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		<title>Autogestion sociale et nouvelle organisation du travail. L'exp&#233;rience argentine </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Autogestion-sociale-et-nouvelle-organisation-du-travail-L-experience-argentine</link>
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		<dc:date>2002-12-23T00:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eduardo Lucita *</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#034;Il ne s'agit pas d'une prise de position dogmatique &lt;br class='autobr' /&gt;
qui r&#233;v&#232;le des pr&#233;jug&#233;s passionnels et irrationnels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit au contraire d'une conclusion logique &lt;br class='autobr' /&gt;
qui d&#233;coule de l'analyse de tendances profondes &lt;br class='autobr' /&gt;
du capitalisme contemporain, examin&#233; depuis &lt;br class='autobr' /&gt;
le point de vue de la lutte de classes.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ernest Mendel &lt;br class='autobr' /&gt;
Anthologie &#034;Conseils ouvriers, contr&#244;le ouvrier et autogestion&#034; &lt;br class='autobr' /&gt; Usines occup&#233;es et gestion ouvri&#232;re en Argentine &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme r&#233;sultat direct de la combinaison, extraordinaire et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Recuperees" rel="directory"&gt;R&#233;cup&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;Il ne s'agit pas d'une prise de position dogmatique &lt;br /&gt;
qui r&#233;v&#232;le des pr&#233;jug&#233;s passionnels et irrationnels.&lt;br /&gt;
Il s'agit au contraire d'une conclusion logique &lt;br /&gt;
qui d&#233;coule de l'analyse de tendances profondes &lt;br /&gt;
du capitalisme contemporain, examin&#233; depuis &lt;br /&gt;
le point de vue de la lutte de classes.&#034;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Ernest Mendel&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
Anthologie &#034;Conseils ouvriers, contr&#244;le ouvrier et autogestion&#034;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Usines occup&#233;es et gestion ouvri&#232;re en Argentine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme r&#233;sultat direct de la combinaison, extraordinaire et in&#233;dite, d'une crise sociale et politique, aussi profonde que prolong&#233;e, accompagn&#233;e d'un processus &#233;tendu d'auto-organisation sociale, l'Argentine est aujourd'hui un formidable laboratoire d'exp&#233;riences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences acqui&#232;rent une forme concr&#232;te dans la cr&#233;ation et recr&#233;ation de formes de lutte et d'organisation qui correspondent aux changements op&#233;r&#233;s dans le capitalisme mondial, particuli&#232;rement avec les transformations rapides et profondes du capitalisme local dans les ann&#233;es '90 et leurs impacts sur notre formation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que cette corr&#233;lation entre changement structurel et r&#233;ponse sociale peut &#234;tre v&#233;rifi&#233;e &#224; diff&#233;rentes &#233;poques historiques du pays. Cependant, actuellement, elle a lieu dans un cadre politique dans lequel l'offensive du Capital - dans sa phase n&#233;o-lib&#233;rale - a men&#233; &#224; la limite de l'ill&#233;gitimit&#233; le syst&#232;me de repr&#233;sentation politico-sociale et a dilu&#233; le r&#244;le int&#233;grateur que jouent les institutions de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le mouvement social ne trouve pas de canaux institutionnels et tend &#224; se radicaliser. Une radicalisation dans la forme et le fond, qui prend une expression concr&#232;te dans l'organisation autonome et autogestionnaire des travailleurs sans emploi, dans l'in&#233;dite expansion des clubs de troc, dans la persistance des assembl&#233;es de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233;, la coop&#233;ration, l'&#233;galit&#233;, la r&#233;sistance, le mise en cause des choses existantes, la d&#233;mocratie directe sous forme d'assembl&#233;es et l'action directe sont des attributs qui paraissent se g&#233;n&#233;raliser &#224; mesure que la crise s'approfondit et que se pr&#233;figurent des valeurs constituantes d'une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette tendance g&#233;n&#233;rale s'ajoute maintenant le mouvement d'occupation d'usine et de gestion ouvri&#232;re, que nous tentons d'expliquer et de conceptualiser dans ce bref article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise du Capital et r&#233;ponse ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de deux ans, un formidable et croissant mouvement d'occupation d'entreprises et de production sous gestion ouvri&#232;re se d&#233;veloppe dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La base mat&#233;rielle de ce mouvement n'est rien d'autre que l'intense processus de destruction des forces productives ayant provoqu&#233; la crise. Plus de quatre ans de r&#233;cession ont fini par faire entrer l'&#233;conomie dans un cycle de d&#233;pression et de stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une gigantesque faillite, des centaines d'entreprises ferment leurs portes, ce qui provoque la perte de centaines de milliers de postes de travail, une ph&#233;nom&#233;nale chute du taux d'occupation et l'installation de la peur et de l'ins&#233;curit&#233; de l'emploi parmi ceux qui conservent encore leur travail et ceux qui le perdent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers, face &#224; l'abandon des capitalistes, se &#034; retranchent &#034; sur leur lieu de travail : ils occupent d'abord les usines, ils r&#233;sistent ensuite aux d&#233;logements - au moyen de batailles l&#233;gales et physiques - et g&#232;rent finalement leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit alors d'un processus objectif, il n'y a ici aucune pr&#233;d&#233;termination id&#233;ologique. Au contraire, c'est la propre m&#233;canique de la crise du Capital qui a d&#233;plac&#233; le centre de la lutte, en la sortant de l'orbite de la distribution de la richesse pour la replacer sur le plan des propres rapports de production. Avec sa cons&#233;quence in&#233;vitable : le questionnement du sacro-saint principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un processus objectif mais qui se rattache &#224; la tendance historique qui montre comment, &#224; des &#233;tapes et des p&#233;riodes distinctes, avec une force et une intensit&#233; distinctes, le Travail a essay&#233; de suppl&#233;er au Capital, en le rempla&#231;ant par l'organisation ouvri&#232;re, en cherchant &#224; prendre en mains le contr&#244;le des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Echec au patron, tout le pouvoir au travailleur !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernest Mandel, dans son anthologie classique &#034; Conseils ouvriers, contr&#244;le ouvrier et autogestion &#034;, signale qu'en 1819 d&#233;j&#224; &#034; des ouvriers anglais du tabac, apr&#232;s 11 mois de gr&#232;ve, commenc&#232;rent &#224; produire pour leur propre compte &#034;, ou qu'en 1833, &#034; les ouvriers fran&#231;ais du v&#234;tement s'accord&#232;rent 'pour travailler seulement en association', en &#233;liminant les patrons.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'un si&#232;cle et demi de luttes, les travailleurs du monde entier ont prouv&#233; que cette tendance est permanente et r&#233;siste au temps. Les exemples sont si nombreux qu'il n'est pas possible de les citer tous ici, mais il y en a un plus embl&#233;matique que les autres, celui de l'usine d'horloges Lip, en 1973, en France, qui commotionna toute l'Europe. &#034; Les patrons licencient &#8230; Licencions les patrons ! &#034; ; &#034; on travaille, on vend, on se paie &#034;, des consignes qui r&#233;sument parfaitement le caract&#232;re des actions d&#233;velopp&#233;es par ces travailleurs et qui d&#233;montrent le contenu universel qu'ils donn&#232;rent &#224; leur lutte (Gilbert Marquis, Il y a vingt ans... Lip ! Rev. Utopie Critique n&#186;1, Par&#237;s, 1973).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre pays [l'Argentine], au d&#233;but de la seconde moiti&#233; du si&#232;cle, ces tendances r&#233;apparaissairent de temps en temps. Au d&#233;but des ann&#233;es 50, avec la crise du secteur exportateur et son impact sur le march&#233; local, les occupations, sp&#233;cialement dans le secteur textile, furent nombreuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'occupation des entreprises de textile Produtex, Royaltex &amp; Medias (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la p&#233;riode 1958-1962, avec la crise du mod&#232;le d'accumulation de capitaux par l'investissement &#233;tranger, une nouvelle vague d'occupations se d&#233;veloppa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart de ces cas, l'occupation d'entreprise s'est vue imm&#233;diatement suivie par la mise en route fonctionnement et la commercialisation de la production. Le niveau qu'ont atteint ces actions montre la profondeur et l'orientation des r&#233;flexions politiques de cette &#233;poque qui ont &#233;t&#233; synth&#233;tis&#233;es dans les programmes historiques &#034;la Poitrine&#034; (1957) et le &#034;Grand Potager&#034; (1962)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces contr&#244;les furent le r&#233;sultat de la combinaison d'une r&#233;cession (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, au d&#233;but des ann&#233;es 70, les cas de l'entreprise p&#233;trochimique PASSE, &#224; Rosario, et de la usine &#224; papier Mancusso &amp; Rossi, &#224; La Matanza, ainsi que l'occupation et le d&#233;veloppement de la production de l'entreprise de v&#233;hicules &#224; moteur FORD, &#224; Pacheco en 1985, sont les ant&#233;c&#233;dents imm&#233;diats du processus en cours actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sorganisation patronale &amp; gestion ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est l'ampleur de la crise dans le pays o&#249; - au moment o&#249; est &#233;crit cet article - quelque 120 entreprises, la majorit&#233; d'entre elles abandonn&#233;es par les capitalistes, occupant quelques 10.000 travailleurs et couvrant une gamme vari&#233;e de branches industrielles, ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es par leurs travailleurs et ont repris la production - ou vont la reprendre - ; la majorit&#233; sous le r&#233;gime de la coop&#233;rative, une minorit&#233; sous gestion ouvri&#232;re directe, et en exigeant l'&#233;tatisation sous contr&#244;le ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;alit&#233; a r&#233;introduit avec force au sein des secteurs les plus avanc&#233;s du mouvement ouvrier et populaire le d&#233;bat historique entre contr&#244;le ouvrier et coop&#233;ratisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat trouve dans le pays une base mat&#233;rielle concr&#232;te avec une centaine d'usines occup&#233;es, mais il renferme toutefois une question plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout le monde le sait, sous le r&#233;gime de production capitaliste, les travailleurs, comme producteurs collectifs, sont formellement priv&#233;s de la connaissance int&#233;grale et de toute autorit&#233; sur le processus productif, sur ce qui est produit par leur travail et sur le r&#233;sultat de la vente de ce produit. Le monopole de cette connaissance et de cette autorit&#233; est formellement hors de sa port&#233;e, entre les mains du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, et au-del&#224; duquel ces faits sont rendus conscients, l'action autonome d'occuper, de r&#233;sister, de produire, de commercialiser par les travailleurs eux-m&#234;mes questionne le monopole de l'autorit&#233; et celui du savoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est plus qu'une mise en question, il s'agit de la r&#233;-appropriation du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De fait, et encore de mani&#232;re larv&#233;e ou embryonnaire, un pouvoir diff&#233;rent commence &#224; s'opposer au pouvoir constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la loi du Capital, le Travail devient virtuel, le produit de ce travail appara&#238;t comme une chose ext&#233;rieure au travailleur, comme quelque chose qui a une existence hors de lui. Ce n'est pas autre chose que l'ali&#233;nation du travail ouvrier, que l'appropriation du Travail par le Capital. Base id&#233;ologique sur laquelle s'appuient, ainsi que cela se confirme tous les jours, les relations sociales sous le mode de production capitaliste pr&#233;sent&#233;es comme &#034;naturelles&#034;. Cela est pr&#233;sent&#233; comme un fait assur&#233; et d&#233;finitif, que ces relations r&#233;sultent de rapports d'exploitation et de domination, qui dans le meilleur des cas, peuvent s'am&#233;liorer ou &#234;tre modifi&#233;s pour les rendre simplement plus humaines, mais pas pour les &#233;liminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les travailleurs se chargent des entreprises que les patrons abandonnent met en lumi&#232;re une des grandes mystifications sur lesquelles fonctionne le syst&#232;me : &#034; que ce n'est pas un produit de la nature ni d'un fait divin in&#233;vitable que le patron soit celui qui commande &#034;, ni &#034; que la machine appartienne &#224; un autre et non &#224; celui qui la fait fonctionner et produire tous les jours &#034;. De l&#224;, le caract&#232;re universel des consignes qu'a universalis&#233;es la lutte de Lip : &#034;Nous produisons, nous vendons, nous nous payons&#034; ; &#034; les patrons licencient &#8230; Licencions les patrons&#034;, parce qu'elles portent implicitement une solution de classe &#224; la crise nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;bat entre coop&#233;ratisme ou contr&#244;le ouvrier, une question est sous-jacente, celle de l'opposition entre la rupture avec la logique du Capital ou la r&#233;int&#233;gration &#224; cette m&#234;me logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la forme coop&#233;rative, qui pr&#233;suppose une adh&#233;sion volontaire et une gestion autonome, la r&#233;cup&#233;ration des postes de travail, une distribution plus &#233;galitaire des revenus &#224; l'int&#233;rieur de chaque unit&#233; de production, y compris la possibilit&#233; d'un plus grand rendement produit d'une rationalit&#233; administrative diff&#233;rente sont obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que ce sont des conditions infiniment meilleures de celles existantes, - qu'elles soient sous la domination patronale et encore plus quand le patron abandonne l'entreprise -, mais on ne peut toutefois &#233;chapper &#224; la logique du syst&#232;me : la concurrence sur le march&#233;. Ce qui implique que les niveaux de salaire, les conditions de travail et les niveaux de productivit&#233;s soient toujours en jeu. Parce que tant les r&#233;mun&#233;rations, les conditions de vente de la force de travail et le temps et les rythmes de la production influencent les co&#251;ts finaux du produit, et c'est fondamental pour la concurrence inter capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les cas concrets du pays, il faut ajouter que beaucoup de ces exp&#233;riences sont soumises au fait que les l&#233;gislateurs provinciaux ou municipaux puissent d&#233;clarer ces entreprises sujettes &#224; une expropriation qui peut &#234;tre totale ou se limiter aux machines, &#224; des &#233;quipements, &#224; des marques et des brevets pour un temps limit&#233;, deux ou quatre ann&#233;es. Au bout de la p&#233;riode, les biens expropri&#233;s sont vendus au rabais et les travailleurs se retrouvent face au dilemme de capitaliser leur part par des indemnisations et/ou de sortir &#224; la recherche de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il s'agit ici de r&#233;formes que le syst&#232;me peut r&#233;int&#233;grer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le contr&#244;le ouvrier, qui suppose aussi une adh&#233;sion volontaire et une autonomie, maintient l'entreprise sous la responsabilit&#233; du Capital, qu'elle soit priv&#233; ou public, mais les travailleurs assument le contr&#244;le de tout le processus, ainsi que des registres comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#034;d'une r&#233;forme non r&#233;formiste&#034;, propre &#224; une p&#233;riode d'accentuation de la lutte de classes, qui ne puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e par le Capital et dont le futur d&#233;pend d'une g&#233;n&#233;ralisation et d'une modification profonde du rapport de forces sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, depuis les 19 et 20 d&#233;cembre pass&#233;s [2001], il y a une modification de la situation g&#233;n&#233;rale, une chance de virement &#224; gauche de secteurs de la soci&#233;t&#233;. Mais ce changement est-il aussi profond qu'il permette une g&#233;n&#233;ralisation de ces caract&#233;ristiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture argentine actuelle pr&#233;sente des particularit&#233;s propres, puisque face &#224; la fuite des capitalistes et au refus de l'&#201;tat d'assumer des responsabilit&#233;s, il y a des entreprises qui fonctionnent sous une forme de contr&#244;le ouvrier sui generis puisqu'il n'y a plus de patrons, qu'ils soient capitalistes ou &#233;tatiques, que l'on puisse. D'autre part, dans ces entreprises o&#249; les travailleurs ont choisi la forme coop&#233;rative et sont en attente de la d&#233;claration d'expropriation par les l&#233;gislateurs, cela a l'habitude d'&#234;tre tellement lent qu'ils passent de nombreux mois &#224; produire et &#224; commercialiser les produits de fait, sans l&#233;galisation de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, ce qui pr&#233;domine est la gestion ouvri&#232;re directe, o&#249; les travailleurs se chargent de l'administration int&#233;grale de l'entreprise, dans un processus qui poss&#232;de des traits &#233;vidents d'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette solution de classe est le r&#233;sultat direct du caract&#232;re de la crise que traverse le pays. Il ne s'agit pas d'une crise r&#233;volutionnaire mais c'est une situation o&#249; le haut degr&#233; de concentration du capital ne para&#238;t pas laisser d'espaces, au moins pour le moment, &#224; des sorties de type r&#233;formiste g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Il s'agit &#224; la rigueur d'une crise organique latente qui n'arrive pas &#224; trouver un terme, et dont l'extension dans le temps est impossible &#224; pr&#233;dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, quel est le cours &#224; suivre par l'intervention politique ? Est-il n&#233;cessaire de s'affirmer dans l'id&#233;e du contr&#244;le ouvrier ind&#233;pendamment de ses r&#233;elles possibilit&#233;s futures ? Ou les formes coop&#233;ratives sont-elles les seuls viables, celles qui ont un avenir mais qui ne questionnent pas la logique ultime du Capital ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'actuelle conjoncture, deux tendances contestent l'orientation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;ponse plus adapt&#233;e para&#238;trait surgir de la crise elle-m&#234;me, des efforts et des aspirations des travailleurs. Et cette r&#233;ponse - conditionn&#233;e par la priorit&#233; des travailleurs de conserver leurs sources de travail - est la tendance &#224; la gestion ouvri&#232;re, ind&#233;pendamment de la mani&#232;re dont celle-ci est assum&#233;e, qui implique de prendre la place des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une conclusion objective, qui renferme un conflit, non explicite , le conflit au terme duquel seule une classe en tant que telle pourra sortir le pays du marasme dans lequel il est plong&#233;. Et il est n&#233;cessaire de soutenir cette conclusion, parce que m&#234;me si ces exp&#233;riences sont limit&#233;es ou conditionn&#233;es par la situation g&#233;n&#233;rale, elles constituent n&#233;anmoins des actions pratiques concr&#232;tes dans le maniement et le contr&#244;le des entreprises, un exercice indispensable pour la maturation de la conscience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois il est n&#233;cessaire d'&#234;tre prudent. Quelles que soient les formes qu'elles acqui&#232;rent, si les travailleurs qui g&#232;rent ces entreprises leurs efforts et leur cr&#233;ativit&#233; exclusivement vers l'int&#233;rieur de leurs &#233;tablissements, s'ils abandonnent toute tentative de coordination et de solidarit&#233; avec d'autres usines et exp&#233;riences, elles sont ind&#233;fectiblement condamn&#233;es &#224; retomber dans la concurrence capitaliste et dans l'auto-exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement d'occupation d'usines et de gestion ouvri&#232;re est capable de d&#233;passer les limites &#233;troites des usines en question, si le caract&#232;re social de sa production est affirm&#233; - diff&#233;renci&#233;e pour autant de la logique du profit - et s'il avance dans la coordination et la planification de ses productions - en les diff&#233;renciant pour autant du capitalisme anarchique -, il sera prouv&#233; &#224; la soci&#233;t&#233;, qui fait preuve d'une adh&#233;sion et d'une sympathie envers le mouvement rarement vues, que d'autres formes de produire et de planifier sont possibles, et que d'autres rapports de production sont n&#233;cessaires pour r&#233;soudre la crise du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'encore de mani&#232;re contradictoire, la situation actuelle pr&#233;sente des conditions favorables. Le mouvement d'occupation d'entreprises et de gestion ouvri&#232;re a des contacts avec les autres mouvements. Il partage avec eux le caract&#232;re d'organisation en assembl&#233;es, c'est-&#224;-dire la discussion pour savoir qui d&#233;cide et comment c'est d&#233;cid&#233;. Avec le mouvement piquetero, il partage les pratiques d'autogestion des initiatives qu'ils effectuent, c'est-&#224;-dire prendre en mains la r&#233;solution des probl&#232;mes, un aspect qu'ont aussi commenc&#233; &#224; adopter les assembl&#233;es. Dans l'ensemble, ils co&#239;ncident dans le caract&#232;re d&#233;mocratique et de pluralisme politique qui doit pr&#233;valoir, une caract&#233;ristique indispensable pour maintenir l'unit&#233; du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au-del&#224; du temps durant lequel ces exp&#233;riences formidables peuvent subsister et de la profondeur qu'elles atteignent, elles montrent objectivement qu'il y a des secteurs de travailleurs qui, pouss&#233;s par la crise, ont pris la parole, ont cess&#233; d'&#234;tre seulement des ouvriers, des employ&#233;s, des techniciens, des professionnels, des intellectuels &#8230; pour commencer &#224; devenir des sujets collectifs, des sujets sociaux conscients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de la capacit&#233; dont font preuve les travailleurs pour tirer leurs propres conclusions du processus en cours, et aussi du caract&#232;re qu'aura notre intervention politique pour les soutenir, que d&#233;pendra l'engagement de ces sujets sociaux conscients dans la modification des rapports de force et dans la construction d'un autre mod&#232;le de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Eduardo Lucita&lt;/strong&gt; est m&#234;mbre du EDI -Economistas de Izquierda- (Economistes de gauche) et Collaborateur de SSF, Eduardo Lucita est directeur de la revue Cuardenos del Sur. Nous l'avions largement interview&#233; dans le premier num&#233;ro de notre revue, cette ann&#233;e. &lt;br /&gt;
Buenos Aires, septembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction :&lt;/strong&gt; Fr&#233;d&#233;ric L&#233;v&#234;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;** &#034;Jaque al patr&#243;n, todo el poder al pe&#243;n&#034; repris d'une pancarte dans la fabrique occup&#233;e Grissinopoli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'occupation des entreprises de textile Produtex, Royaltex &amp; Medias Paris fait partie de cette exp&#233;rience historique. Dans le premier cas, les travailleurs parcourraient les quartiers avec les camions de l'entreprise en vendant la production. A Medias Paris, une assembl&#233;e de travailleurs d&#233;cida, face &#224; la chute de la demande sur le march&#233; local, envoyer une d&#233;l&#233;gation en Uruguay pour arranger la vente de leur produit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces contr&#244;les furent le r&#233;sultat de la combinaison d'une r&#233;cession &#233;conomique aigu&#235; avec des conflits &#224; l'int&#233;rieur de la CGT entre les diff&#233;rentes fractions du mouvement syndical. Ceci a men&#233; &#034;&#224; un virement &#224; gauche&#034; de la centrale ouvri&#232;re qui a facilit&#233; particuli&#232;rement l'influence de secteurs de gauche, des courants trotskistes, qui furent ceux qui, entre autres consignes relatives au programme, ont promu le contr&#244;le ouvrier de la production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est plus qu'une mise en question, il s'agit de la r&#233;-appropriation du savoir ouvrier, que le Capital exproprie cycliquement avec la rationalisation et la syst&#233;matisation des processus productifs, l'implantation de nouvelles technologies et le remplacement du travail &#034;vivant&#034; par le travail &#034;mort&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans l'actuelle conjoncture, deux tendances contestent l'orientation g&#233;n&#233;rale du mouvement. D'une part, le Mouvement National d'Entreprises R&#233;cup&#233;r&#233;es (MNER), o&#249; se regroupe la majorit&#233; des entreprises occup&#233;es sous la forme coop&#233;rative, clairement orient&#233; par l'&#201;glise, des membres du Parti justicialiste (p&#233;roniste) et la Centrale des Travailleurs Argentins (CTA). D'autre part, un p&#244;le d'entreprises sous gestion ouvri&#232;re directe (GOD) ayant comme axe l'entreprise de textile Brukman, de c&#233;ramique Zan&#243;n et mini&#232;re re-&#233;tatis&#233;e Rio Turbio, g&#233;r&#233;es sous contr&#244;le ouvrier et qui rassemble en outre un important nombre d'entreprises autog&#233;r&#233;es comme coop&#233;ratives, et comptant sur l'appui des mouvements de travailleurs sans emploi, de quelques assembl&#233;es populaires et des partis de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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