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	<title>El Correo</title>
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		<title>Les jeunes m&#233;moires de la dictature argentine.</title>
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		<dc:date>2010-04-22T20:23:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Agn&#232;s Debarge</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Juan Cabandi&#233; est argentin, il a 32 ans&#8230; Mais il se sent v&#233;ritablement n&#233; le 26 janvier 2004, date &#224; laquelle une analyse d'ADN lui a permis de retrouver sa famille. Juan est le 77e enfant de disparu retrouv&#233; gr&#226;ce &#224; Abuelas (Grands-m&#232;res de la Place de mai). &lt;br class='autobr' /&gt; |Le contexte :
&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 1976 et 1983, l'Argentine a connu une effroyable dictature pendant laquelle trente mille personnes ont disparu. D&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es, des femmes se sont mobilis&#233;es contre le r&#233;gime, les &#171; folles de la Place (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Les-Disparus" rel="directory"&gt;Les Disparus&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Juan Cabandi&#233; est argentin, il a 32 ans&#8230; Mais il se sent v&#233;ritablement n&#233; le 26 janvier 2004, date &#224; laquelle une analyse d'ADN lui a permis de retrouver sa famille. Juan est le 77e enfant de disparu retrouv&#233; gr&#226;ce &#224; Abuelas (Grands-m&#232;res de la Place de mai).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Le contexte :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 1976 et 1983, l'Argentine a connu une effroyable dictature pendant laquelle trente mille personnes ont disparu. D&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es, des femmes se sont mobilis&#233;es contre le r&#233;gime, les &#171; folles de la Place de mai &#187;, manifestant toutes les semaines devant la Casa Rosada (palais pr&#233;sidentiel) pour r&#233;clamer le retour de leurs enfants disparus, puis celui de leurs petits-enfants. En effet, outre les disparitions forc&#233;es et les tortures, les bourreaux ou leurs complices se sont &#233;galement appropri&#233;s les quelque cinq cents enfants n&#233;s dans les maternit&#233;s des centres clandestins de d&#233;tention. Ces enfants sont aujourd'hui de jeunes adultes &#224; qui on a vol&#233; une identit&#233;, une famille, une histoire.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;Agn&#232;s Debarge : &lt;strong&gt;Comment en &#234;tes-vous arriv&#233; &#224; douter de vos liens de parent&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Juan Cabandi&#233;&lt;/strong&gt; : Je devais avoir 22 ans. J'ai commenc&#233; &#224; douter parce que je ressentais de grandes diff&#233;rences entre moi et la famille qui m'a &#233;lev&#233;. Il y avait quelque chose de difficile &#224; expliquer, que je ne comprenais pas. A un moment donn&#233;, je me suis demand&#233; si j'&#233;tais vraiment leur fils. Je n'avais jamais eu le moindre signe ou indice du contraire. Ils m'ont toujours dit que j'&#233;tais leur fils, c'&#233;tait indubitable. Mais mes doutes ont persist&#233;, les ann&#233;es ont pass&#233; et je continuais &#224; y penser. Un jour, alors que je pr&#233;parais un examen avec des camarades &#224; l'universit&#233;, nous avons commenc&#233; &#224; raconter nos histoires, &#224; parler de nos familles. J'ai commenc&#233; &#224; d&#233;crire ce p&#232;re tr&#232;s violent, li&#233; &#224; la derni&#232;re dictature &#8211; ce que je savais d&#233;j&#224;. Puis j'ai fini par dire &#224; mes amis que je me demandais si je n'&#233;tais pas un enfant de disparu.&lt;br class='autobr' /&gt;
On en parlait beaucoup, et c'est apparu petit &#224; petit, comme une intuition. A partir de ce moment-l&#224;, la question est devenue plus s&#233;rieuse &#224; mes yeux. Jusqu'au moment o&#249; j'ai demand&#233; &#224; un ami ce que je devais faire. Il m'a conseill&#233; de poser la question &#224; ma m&#232;re. Sa r&#233;ponse, &#224; elle, fut claire : oui, j'&#233;tais son fils. Mais elle ne m'a pas convaincu et j'ai continu&#233; mes recherches. Jusqu'&#224; ce que je me d&#233;cide &#224; aller voir Abuelas. J'avais entendu parler de leur existence, j'&#233;tais au courant des autres &#171; cas &#187; sans les avoir &#233;tudi&#233;s de fa&#231;on approfondie. Elles m'ont alors propos&#233; de faire un test ADN. C'&#233;tait en 2003. Et en janvier 2004, le 26 janvier 2004 exactement, c'est-&#224;-dire il y a quasiment six ans jour pour jour, j'ai retrouv&#233; mon identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est cette identit&#233;, &#224; pr&#233;sent retrouv&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient militants politiques du parti p&#233;roniste, le parti r&#233;volutionnaire local&#8230; Dans les ann&#233;es 1970, les jeunes avaient connu le Mai 68 fran&#231;ais, la r&#233;volution cubaine. Le leader du parti, Juan Per&#243;n, &#233;tait alors en exil en Espagne. Il est revenu en 1973. Les jeunes p&#233;ronistes &#233;taient tr&#232;s actifs, marqu&#233;s par les in&#233;galit&#233;s de ce monde. Mes parents &#233;taient militants Montoneros [voir &#171; Pour en savoir plus &#187;]. A l'&#233;poque mon p&#232;re, Damian, avait 19 ans, il &#233;tait originaire de Buenos Aires et ma m&#232;re, Alicia, avait 16 ans. Ils &#233;taient tr&#232;s jeunes mais les jeunes avaient alors une conscience politique bien plus marqu&#233;e, ils &#233;taient d&#233;j&#224; tr&#232;s adultes. D'une enfance ou d'une adolescence tr&#232;s br&#232;ve, ils entraient vite dans l'&#226;ge adulte. Ils &#233;taient donc tr&#232;s engag&#233;s, mon p&#232;re &#233;tait d'ailleurs membre d'un syndicat. En novembre 1977, ils ont &#233;t&#233; enlev&#233;s et emmen&#233;s dans ce que nous appelons les &#171; centres clandestins de d&#233;tention &#187;. Ensuite ils ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;s et ma m&#232;re, enceinte de cinq mois, a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e &#224; l'Ecole sup&#233;rieure de m&#233;canique de la marine (Esma), o&#249; je suis n&#233; en mars 1978. L'Esma &#233;tait un centre de d&#233;tention clandestin &#224; Buenos Aires. Cinq mille personnes ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;es l&#224;-bas. J'ai pass&#233; &#224; peu pr&#232;s trois semaines aupr&#232;s de ma m&#232;re. La famille qui m'a &#171; adopt&#233; &#187; &#233;tait proche de la dictature. Le &#171; p&#232;re &#187; travaillait pour les services de renseignements de la police f&#233;d&#233;rale. Ils m'ont appel&#233; Mariano. D&#232;s cette disparition, mes grands-parents paternels et maternels ont contact&#233; Abuelas, et ils m'ont cherch&#233; sans rel&#226;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, je suis proche de mes grands-parents, de mes oncles et de mes tantes. Mon p&#232;re avait trois fr&#232;res, et ma m&#232;re deux fr&#232;res et une s&#339;ur. Mon p&#232;re et ma m&#232;re sont les seuls qui aient &#233;t&#233; enlev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Apr&#232;s cette d&#233;couverte d&#233;terminante, les relations avec votre famille adoptive ont-elles chang&#233; ? Y a-t-il des enfants de disparus qui, en raison de ce pass&#233; trop lourd, ne veulent pas &#171; savoir &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voyais d&#233;j&#224; plus l'homme que je croyais &#234;tre mon p&#232;re depuis l'&#226;ge de 18, 19 ans. Mes parents adoptifs &#233;taient divorc&#233;s. Mais je voyais encore la femme que je croyais &#234;tre ma m&#232;re. Pendant toutes ces ann&#233;es, ma s&#339;ur, la fille biologique du couple, m'a aid&#233; &#224; retrouver mon identit&#233;. Je la vois toujours, c'est ma s&#339;ur. Mais je ne vois quasiment plus ma m&#232;re adoptive. Je les aimais, certes, parce que c'&#233;taient mes parents, mais je ne ressens plus aujourd'hui que de l'indiff&#233;rence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par rapport &#224; votre deuxi&#232;me question, je ne dirais pas que les enfants de disparus ne veulent pas savoir. Beaucoup d'entre nous avons &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s par des familles li&#233;es &#224; la dictature, qui y ont particip&#233; ou qui en &#233;taient proches. Ces familles-l&#224; nous ont fait grandir dans un sentiment de culpabilit&#233;, dans la peur, de sorte que si nous d&#233;couvrions nos origines, la culpabilit&#233; nous emp&#234;cherait d'avancer plus loin dans nos recherches. Elles nous ont &#233;lev&#233;s en disant nous avoir &#171; donn&#233; une famille, une maison, une &#233;ducation &#187;, que nous sommes &#171; redevables &#187;. Il est donc parfois difficile, pour beaucoup d'entre nous, de traverser cette fronti&#232;re et de se dire que l'identit&#233; ne se n&#233;gocie pas, qu'il faut la conna&#238;tre. Les familles tentent de nous retenir ou refusent d'en parler. Beaucoup d'enfants ont &#233;galement peur, une peur naturelle qui dispara&#238;t avec le temps. Parmi les jeunes qui ont retrouv&#233; leur identit&#233;, aucun d'entre eux ne regrette cette qu&#234;te. Il y a eu deux ou trois enfants qui ont refus&#233;, et ils l'ont d&#233;clar&#233; publiquement : ils ne voulaient pas conna&#238;tre leur identit&#233;, leurs parents biologiques, et souhaitaient rester avec ceux qu'ils aimaient et les avaient &#233;lev&#233;s. Selon eux, c'&#233;tait une affaire politique. Mais savoir qui l'on est, c'est un droit de l'Homme, l'acc&#232;s &#224; l'identit&#233; est un droit. Il y a aussi le cas d'une jeune fille qui a &#233;crit un livre &#224; ce sujet, elle conna&#238;t son histoire, est contente de conna&#238;tre la v&#233;rit&#233;, mais elle est rest&#233;e avec sa famille adoptive et elle ne voit pas sa famille biologique. Elle ne veut pas aller plus loin. Peut-&#234;tre changera-t-elle d'avis et, un jour, ils se r&#233;uniront. C'est son droit. Certains enfants de disparus sont rest&#233;s en relation avec leurs familles adoptives mais la nature de ces relations s'est transform&#233;e apr&#232;s la d&#233;couverte de la v&#233;rit&#233;. Pareillement, certaines familles ont choisi de le dire aux enfants, ont accept&#233; de les accompagner dans leur recherche d'identit&#233;, et cela a compl&#232;tement chang&#233; la nature de leurs rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en est-il des recherches aujourd'hui, et quels outils juridiques permettent de faire valoir les droits des enfants et de leurs familles biologiques ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Grands-m&#232;res de la Place de mai sont en premier lieu des m&#232;res qui r&#233;clamaient le retour de leurs enfants et de leurs petits-enfants, tr&#232;s jeunes &#224; l'&#233;poque. Certaines d'entre elles savaient que leur fille ou belle-fille &#233;tait enceinte, et elles ont entrepris de manifester pour retrouver leurs petits-enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le temps, elles ont compris qu'elles ne reverraient pas leurs enfants, mais peut-&#234;tre leurs petits-enfants. Discr&#232;tement, pendant la dictature, et puis plus ouvertement &#224; partir de 1983, quelques juges les ont appel&#233;es pour leur signaler des dossiers d'adoption qui leur semblaient suspects. Alors elles allaient voir, prenaient des photos, comparaient des dates. Puis des voisins ont commenc&#233; &#224; les appeler ou &#224; d&#233;poser des plaintes, elles allaient alors sonner aux portes des maisons, dans les &#233;coles, mais les directeurs ou les enseignants n'&#233;taient pas toujours coop&#233;ratifs. Ces femmes accomplissaient un travail de fourmi, long, fastidieux et difficile, sans aucun instrument juridique sur lequel s'appuyer. Et en g&#233;n&#233;ral la justice ne collaborait pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement, elles cherchaient des solutions juridiques et scientifiques qui leur permettraient de retrouver ces enfants. Jusqu'au jour o&#249; Estela de Carlotto, aujourd'hui pr&#233;sidente d'Abuelas, a rencontr&#233; une g&#233;n&#233;ticienne am&#233;ricaine, Marie-Claire King. C'&#233;tait en 1983-1984. Celle-ci lui a confirm&#233; qu'il &#233;tait possible d'&#233;tablir la parent&#233;, m&#234;me avec des &#233;chantillons d'ADN des grands-parents ou des lat&#233;raux de la famille (oncles et tantes), puisque la difficult&#233; principale pour les grands-m&#232;res &#233;tait qu'elles ne disposaient pas d'&#233;chantillons de leurs enfants enlev&#233;s. Enfin, en 1994, le gouvernement argentin a cr&#233;&#233; la Banque nationale de donn&#233;es g&#233;n&#233;tiques (BNDG). Des &#233;chantillons d'ADN des membres des familles de disparus ont ainsi &#233;t&#233; stock&#233;s pour pouvoir &#234;tre utilis&#233;s dans les recherches d'identit&#233;. La science &#233;tait donc enfin au service de la justice et du droit, ce qui a permis aux grands-m&#232;res de demander des analyses d'ADN. Mais beaucoup de juges s'y sont oppos&#233;s. C'est encore le cas aujourd'hui, car certains juges ont commenc&#233; leur carri&#232;re pendant la dictature, et il y a encore une frange de notre soci&#233;t&#233; qui v&#233;hicule des id&#233;es dictatoriales, autoritaires, fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse d'ADN est une proc&#233;dure relativement lourde&#8230; Comment s'effectue-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, gr&#226;ce aux progr&#232;s scientifiques, il n'est plus n&#233;cessaire de faire une prise de sang. La justice est oblig&#233;e de diligenter les enqu&#234;tes s'il y a soup&#231;on de vol d'enfant, pour l'identifier, et d'ordonner la saisie d'objets personnels (brosse &#224; dents) ou de tissus (cheveux) pour proc&#233;der &#224; l'identification. Cette m&#233;thode a l'avantage d'&#234;tre moins invasive et plus simple, et elle permet d'acc&#233;l&#233;rer les recherches : vingt-cinq enfants ont ainsi &#233;t&#233; retrouv&#233;s en six ans, gr&#226;ce &#224; ces nouvelles m&#233;thodes et &#224; l'action du gouvernement. Car c'est ce gouvernement qui a aid&#233; Abuelas, financi&#232;rement, et qui a sensibilis&#233; la population sur la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre les droits de l'Homme et de retrouver les petits-enfants. C'est aussi ce gouvernement qui a abrog&#233; les lois d'amnistie et mis en prison les militaires qui &#233;taient en libert&#233;. Aujourd'hui je ne pense pas qu'il y ait plus de quatre ou cinq politiciens de droite qui nient la r&#233;alit&#233;, ou qui s'opposent &#224; la recherche d'identit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, en novembre 2009, le congr&#232;s a vot&#233; une r&#233;forme du Code p&#233;nal sur la BNDG, qui oblige les juges &#224; recourir &#224; cette m&#233;thode non invasive, et &#224; la BNDG pour les recherches. Ceux qui &#233;taient oppos&#233;s ne pourront plus contourner la loi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a, cependant, le cas d'Ernestina Herrera de Noble, directrice du groupe de m&#233;dia Clar&#237;n et femme de pouvoir proche de la dictature, qui a adopt&#233; deux enfants. La proc&#233;dure d'adoption &#233;tait irr&#233;guli&#232;re et les deux enfants seraient en fait des enfants de disparus. L'affaire a rebondi en d&#233;cembre 2009 lorsque la famille a tent&#233; de se d&#233;rober aux obligations de tests ADN. Mais m&#234;me les &#233;chantillons, finalement pr&#233;lev&#233;s, sont suspects, selon nous ! L'impunit&#233; de certains pouvoirs est impressionnante. Selon la loi de 1994, l'analyse des &#233;chantillons doit &#234;tre effectu&#233;e &#224; la BNDG, qui d&#233;pend de l'h&#244;pital public. Le juge a ordonn&#233; que l'analyse soit effectu&#233;e &#224; l'institut m&#233;dicol&#233;gal qui d&#233;pend du minist&#232;re de la Justice, mais qui ne dispose pas des moyens techniques de proc&#233;der &#224; l'analyse. Il a donc &#233;t&#233; oblig&#233; de recourir &#224; un laboratoire externe priv&#233;. Et d&#232;s qu'il y a un acteur priv&#233;&#8230; Le jour m&#234;me, nous sommes intervenus dans les m&#233;dias pour condamner cette d&#233;cision. Le juge a fait un pas en arri&#232;re et a ordonn&#233; une saisie au domicile des deux jeunes gens. Il fallait agir rapidement. La police s'est rendue sur place et a pris des &#233;chantillons de cheveux et une brosse &#224; dents. Cela fait aujourd'hui trois semaines, et l'on ne sait m&#234;me pas o&#249; sont pass&#233;s ces &#233;chantillons ! Ce groupe Clar&#237;n est le groupe m&#233;dias le plus puissant d'Argentine : la justice a &#233;t&#233; achet&#233;e, le juge a ignor&#233; la loi&#8230; Nous allons exiger que ce dernier soit poursuivi devant le Conseil de la magistrature, mais il y a peu d'espoir qu'il soit d&#233;mis de ses fonctions, compte tenu de la composition de ce Conseil. Peut-&#234;tre que la pression m&#233;diatique et le travail des associations le conduiront &#224; d&#233;missionner...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estela de Carlotto parle &#171; d'otages &#187; pour d&#233;signer les enfants de disparus, et d'une torture permanente et impardonnable dont sont victimes leurs parents. Ces termes traduisent-ils ce que vous avez v&#233;cu ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; un otage pendant vingt-six ans, c'est en retrouvant mon identit&#233; que j'ai rencontr&#233; la libert&#233;. Je me suis lib&#233;r&#233;, je marchais heureux, je vivais diff&#233;remment. J'ai ressenti un grand bonheur, malgr&#233; toute la douleur, tout le chagrin de savoir que je n'ai plus de parents, que je ne les ai pas connus et que je ne peux m&#234;me pas aller d&#233;poser un bouquet de fleurs au cimeti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant les parents adoptifs ravisseurs, les proc&#232;s sont en cours. Selon un jugement prononc&#233; en Argentine il y a quelques ann&#233;es, la soustraction d'identit&#233; d'enfants enlev&#233;s est un crime contre l'humanit&#233;. Il entre dans la m&#234;me cat&#233;gorie que la torture ou le g&#233;nocide. Mais tous les juges ne sont pas dispos&#233;s &#224; traiter ces affaires, et la lenteur bureaucratique est un bon moyen pour se d&#233;rober...&lt;br class='autobr' /&gt;
S'agissant, justement, de mon ravisseur, le proc&#232;s a commenc&#233;. J'ai port&#233; plainte contre lui et je vais t&#233;moigner, avec ma s&#339;ur, contre lui. La loi autorise en effet la fratrie de la famille incrimin&#233;e &#224; t&#233;moigner, ce qui n'est pas le cas des &#233;pouses. Il s'agit de la premi&#232;re affaire o&#249; un membre lat&#233;ral issu de la famille adoptive vient t&#233;moigner. Ma s&#339;ur m'aide beaucoup. Elle conna&#238;t ma famille biologique, s'entend bien avec elle et c'est r&#233;ciproque. J'ai quand m&#234;me un peu de chance dans cette histoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre histoire, d&#233;sormais r&#233;v&#233;l&#233;e, a-t-elle eu un r&#244;le dans votre engagement politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais d&#233;j&#224; un enfant tr&#232;s politis&#233;, ce qui m'a valu des rapports difficiles avec mon p&#232;re adoptif. Retrouver mon identit&#233; a achev&#233; de confirmer mon engagement de fa&#231;on d&#233;finitive. Aujourd'hui je suis militant des droits de l'Homme, secr&#233;taire national de la Jeunesse p&#233;roniste (JP), membre du Front pour la victoire (FPV, parti au pouvoir) et d&#233;put&#233; au gouvernement de la ville de Buenos Aires&#8230; Donc les deux sont tr&#232;s li&#233;s. Deux autres fils de disparus sont entr&#233;s dans la vie politique, &#224; Buenos Aires. Sont &#233;lus une d&#233;put&#233;e au Congr&#232;s national, et moi.&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, combien d'enfants retrouv&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2009, cent enfants de disparus ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s, sur environ cinq cents. Le 100e a &#233;t&#233; retrouv&#233; et identifi&#233; r&#233;cemment, avec une particularit&#233; : c'est le p&#232;re biologique de l'enfant, qui &#233;tait en exil, qui a cherch&#233; son fils avec Abuelas.
&lt;p&gt;Les Grands-m&#232;res ne perdent pas espoir mais le temps commence &#224; jouer contre ces retrouvailles tant d&#233;sir&#233;es. Estela de Carlotto a 80 ans et cherche toujours Guido, son petit-fils&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Pour en savoir plus :&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Montoneros - une histoire argentine &#187;, documentaire de Fr&#233;d&#233;ric Compain, production Dune-Arte, 1h34', 1998.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Victoria Donda, Moi Victoria, enfant vol&#233;e de la dictature argentine, Ed. Robert Laffont, 2010, 267 p.&lt;br class='autobr' /&gt; - Site Internet (en espagnol) des Grands-m&#232;res de la Place de mai, tr&#232;s complet : &lt;u&gt;&lt;a href=&#034;http://www.abuelas.org.ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.abuelas.org.ar&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;
		
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