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	<title>El Correo</title>
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		<title>Millionnaires patriotiques</title>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Millionnaires patriotiques dicent : &#171; Je pr&#233;f&#232;re payer plus d'imp&#244;ts et ne pas finir par pendu &#187;. Les puissants semblent ignorer que le monde ne peut pas continuer ainsi. Qu'il y aura des r&#233;bellions, que ceux qui marchent contre le racisme et le syst&#232;me qui le soutient.... Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une fois, Mario Vargas Llosa s'est plaint de l'existence d'un Noam Chomsky aux &#201;tats-Unis. Au c&#339;ur de la d&#233;mocratie et du libre march&#233; ! &#199;a ne pouvait &#234;tre , il s' en &#233;tait offusqu&#233;. O&#249; allons-nous ? Le plus ardemment n&#233;olib&#233;ral et capitaine de la &lt;i&gt;Fundaci&#243;n Libertad&lt;/i&gt; &#233;tait mal inform&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, nombreux sont ceux qui sont contre le n&#233;olib&#233;ralisme, cette forme financi&#232;re de ce capitalisme pr&#233;dateur qui a pr&#233;valu dans le monde apr&#232;s la chute de l'URSS. Depuis un an (ou quelque chose comme &#231;a), une organisation se d&#233;veloppe dans le pays imp&#233;rial du nom de &lt;a href=&#034;https://patrioticmillionaires.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Patriotic Millionaires&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. En d'autres termes, &lt;i&gt;Millionaires Patriotiques&lt;/i&gt;. Ils se sont oppos&#233;s &#224; Bush lorsqu'il a voulu baisser les imp&#244;ts des puissants. Ils ont rencontr&#233; Obama et ont partag&#233; leurs id&#233;es avec lui. Ils demandent quelque chose qui - &#224; premi&#232;re vue - semble insolite. Qu'on leur augmente les imp&#244;ts et que cet argent soit r&#233;parti entre les pauvres et les ch&#244;meurs. C'est ce qu'ils demandent. C'est, en substance, la plate-forme de base qu'ils soutiennent. Leur pr&#233;sident est all&#233; jusqu'&#224; d&#233;clarer : &#171; &lt;i&gt;Je pr&#233;f&#232;re payer plus d'imp&#244;ts et ne pas finir pendu&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que les puissants de ce monde soient aveugles, maladroits et, surtout, &#233;go&#239;stes et mauvais. Ils semblent ignorer que le capitalisme est en train de d&#233;vaster la plan&#232;te. Que leurs industries l'empoisonnent. Que l'in&#233;galit&#233; entre les secteurs et les classes et les sous-classes sociales est abyssale. Ces dix pour cent ont la richesse que les quatre-vingt-dix autres n'ont pas. Ils manquent de sentiments humanitaires. Ils expriment un d&#233;dain absolu pour ceux qui sont en dessous d'eux sur l'&#233;chelle sociale. Ils ont un portefeuille, ils n'ont pas de c&#339;ur. Nous le savons d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils semblent ignorer que le monde ne peut pas continuer ainsi. Qu'il y aura des r&#233;bellions, que ceux qui marchent contre le racisme marchent aussi contre le syst&#232;me qui le soutient. Quand le pr&#233;sident de &lt;i&gt;Millionaires Patriots&lt;/i&gt; dit qu'il ne veut pas finir pendu, c'est parce qu'il sait que ce syst&#232;me bas&#233; sur les finances, sur l'usure internationale, va devoir exploser un jour. Ou &#224; cause du r&#233;chauffement climatique. Ou &#224; cause de la sati&#233;t&#233; des peuples. Mais &#231;a va exploser. Et pas &#224; cause de la pand&#233;mie. La pand&#233;mie prendra fin, il y aura enfin un vaccin et l&#224; on verra ce que le capitalisme en fait, lui qui par nature se distribue mal, s'occupe d'abord des banques et des riches et ensuite de ceux qui suivent (s' il y en a assez).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ce serait bien d'avoir une organisation comme &lt;i&gt;Millionaires&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Patriotiques&lt;/i&gt; dans notre pays ! Mais non, ici, le pouvoir est hyper concentr&#233;. Il est entre quelques mains qui ont de nombreux tentacules puissants. Ils dominent le pouvoir m&#233;diatique, qui est le sujet absolu de notre &#233;poque. Et ils colonisent la subjectivit&#233; du vaste univers r&#233;cepteur. La conscience de la population r&#233;ceptrice est passive, elle re&#231;oit pleinement les signifiants du pouvoir. Il soutient les multinationales qui ne vous ont rien donn&#233;, ni ne vous donneront jamais rien. C'est le path&#233;tique sujet-assujetti. Je pense que je suis un autre, que je ne serai jamais, parce que je soutiens leurs int&#233;r&#234;ts. Ou ne sont-ils pas venus &lt;i&gt;cacerolear&lt;/i&gt; pour d&#233;fendre la multinationale Vicentin ? Ont-ils des &lt;i&gt;stocks options&lt;/i&gt; l&#224;-bas ? Ils n'ont rien. Ils ont des &#233;ch&#233;ances de cr&#233;dit, de nombreuses &#233;ch&#233;ances, les aum&#244;nes que les puissants l&#226;chent sur ceux du milieu et - si possible - sur ceux d'en bas. Bien que c'est rarement possible. Finalement, ils finissent par &#234;tre d&#233;vor&#233;s par les int&#233;r&#234;ts de l'usure financi&#232;re. Mais peu importe. Ils se sentent au sommet quand ils &lt;i&gt;cacerolean&lt;/i&gt; pour une multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lui qui va &#224; Paris et en Suisse en &lt;i&gt;classe affaires&lt;/i&gt; est l'enfant g&#226;t&#233; de la haute &lt;i&gt;bourgeoisie &lt;/i&gt;[argentine] et des m&#233;dias idiotis&#233;s de ce pays. Macri est un personnage aux r&#233;miniscences monarchiques. &#171; &lt;i&gt;S'ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche&lt;/i&gt; &#187;, a d&#233;clar&#233; Marie-Antoinette devant la fureur des Fran&#231;ais r&#233;volt&#233;s. Ils lui ont coup&#233; la t&#234;te. &lt;i&gt;MauMac (Maurizio Macri) &lt;/i&gt;aura une autre destin&#233;. Personne ne devrait avoir la t&#234;te coup&#233;e avec une lourde lame tombante. Mais il sait irriter. Ah, le voyage &#224; Paris ! [Macri a quitt&#233; l'Argentine en quarantaine avec passeport italien] Que cr&#232;vent ceux qui restent dans ce pays que j'ai ruin&#233;. Je m'en vais. Ici [dit-il maladroitement &#224; Paris &#224; la sortie de l'avion en transit pour la C&#244;te d'Azur et la Suisse], l'on respire l'air de la d&#233;mocratie. Il part, c'est vrai, car ici, il a des probl&#232;mes juridiques. Mais surtout, il aime partir essuyer sa condition monarchique sur nos visages, sa condition de citoyen privil&#233;gi&#233; du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est loin &lt;i&gt;MauMac&lt;/i&gt; des &lt;i&gt;millionnaires patriotiques&lt;/i&gt;&#8230; Et d'autres personnes puissantes dans ce pays [Argentine] aussi. Quoi qu'il en soit, presque tous. Ils d&#233;testent le &lt;i&gt;populisme&lt;/i&gt; parce qu'ils d&#233;testent le peuple. Les classes moyennes les suivent partag&#233;es entre envieuses et fascin&#233;es. Qui vivent un drame ontologique : ils abominent leur &#234;tre. Parce qu'ils ne veulent pas &#234;tre ce qu'ils sont (classe moyenne), ils veulent &#234;tre ce qu'ils ne sont pas et ils ne le seront jamais (classe sup&#233;rieure) et ils ont peur d'&#234;tre ce qu'ils ne sont pas encore (classe inf&#233;rieure). Mais le syst&#232;me qu'ils soutiennent b&#234;tement, est celui qui peut les conduire le plus &#224; la ruine, &#224; la faim. Ce qu'ils craignent tant d'&#234;tre, pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann *&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/282349-millonarios-patrioticos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 2 ao&#251;t 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Millonarios-patrioticos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par &lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Millionnaires-patriotiques&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 20mai 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le calendrier ne conditionne pas l'Histoire - Jos&#233; Pablo Feinmann</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-calendrier-ne-conditionne-pas-l-Histoire-Jose-Pablo-Feinmann</link>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le calendrier ne conditionne pas l'Histoire - Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/na40fo01_12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L500xH281/na40fo01_12-fb56c.jpg?1712170037' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Imagen : Bernardino Avila
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Macri exprime &#8211; depuis la droite &#8211; cette construction que Gramsci a nomm&#233;e bloc historique, qui s'assume aussi comme bloc h&#233;g&#233;monique. Le patronat, les forces de r&#233;pression, la classe moyenne, des secteurs des classes populaires, les m&#233;dias, la classe privil&#233;gi&#233;e en totalit&#233; et la justice dans sa forme politico-corporative composent le bloc h&#233;g&#233;monique du macrisme. &#171; Et si cela fonctionne ? &#187; s'interroge Le Monde Diplomatique dans son dernier num&#233;ro. C'est la question de la reddition du progressisme culturel moyen devant l'h&#233;g&#233;monie install&#233;e. Dont la force am&#232;ne des secteurs habitu&#233;s &#224; se trouver au centre-gauche &#224; se laisser s&#233;duire par le bloc gouvernant. Si la question sur si cela fonctionne se pose, c'est parce qu'on croit d&#233;j&#224; que c'est l'unique chose qui peut fonctionner. Que l'on est dispos&#233; &#224; laisser fonctionner, que ses actes passent, ses lois, son style. Ou s'assoir sur le trottoir et observer l'exercice gouvernemental d'une force qui a gagn&#233; quelques &#233;lections qui ont &#233;blouies plusieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la r&#233;pression &#8211; qui a pris d&#233;j&#224; deux vies &#8211;elle ne devrait pas surprendre. Le macrisme n'a pas achet&#233; sans avoir un projet plus de deux milliards de pesos d&#233;pens&#233;s en armes. Un gendarme et un Marine usam&#233;ricain ne sont pas trop diff&#233;rents. Le gendarme national est une figure aussi redoutable que le Marine qui combat en Irak. La puissance de l'appareil r&#233;pressif et la d&#233;cision de l'utiliser est quelque chose de nouveau dans notre d&#233;mocratie, quelque chose que les ballons de la joie ne permettaient pas de deviner, ni m&#234;me de soup&#231;onner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste, n'est pas nouveau. Il ne faut pas tomber dans la tentation de voir dans le macrisme ce qui est nouveau, ou actuel ou la politique du XXIe si&#232;cle. Clairement, le nouveau ne vient pas avec le calendrier. Certains se pressent pour enterrer le XXe si&#232;cle. Faux, rien ne se termine aussi rapidement en histoire. Un vrai d&#233;passement du XXe si&#232;cle impliquerait retenir beaucoup de ses modalit&#233;s pour que la cat&#233;gorie &#171; XXIe si&#232;cle &#187; ne manque pas de sens. Il y a une tendance au continuisme : soyons postmodernes du nouveau si&#232;cle, l'avant-garde ce sont les ballons, la couleur jaune, la joie, la danse pr&#233;sidentielle et cette police si d&#233;bordante de jouets mortels. Ainsi, peut-on appeler vieilles ces pens&#233;es politiques et culturelles comme celle de gauche, le nationalisme ou la gauche populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Per&#243;n, en 1945, a accumul&#233; du pouvoir par l'incapacit&#233; des forces politiques face au nouveau sujet historique : les migrants de l'int&#233;rieur. Il y a eu une gr&#232;ve du syndicat de la viande. Personne ne la soutient. Pas m&#234;me les communistes. Qui, &#224; travers le dirigeant Jos&#233; Peter, demandent aux ouvriers de seulement faire gr&#232;ve apr&#232;s le triomphe de l'Union sovi&#233;tique contre le nazisme. Jusqu'alors la viande &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour les h&#233;ro&#239;ques soldats. Depuis le Secr&#233;tariat de Travail, Per&#243;n dynamise la gr&#232;ve : en avant, les gars, s'il faut s'arr&#234;ter on s'arr&#234;te. Et c'est ainsi que le syndicat de la viande a gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temer, au Br&#233;sil, ne veut pas glisser vers la d&#233;magogie et le populisme. Il pr&#233;f&#232;re &#234;tre antipopulaire : si personne ne l'aime il n'aura pas &#224; dicter des mesures populaires. Un raisonnement remarquable. Le Prince devra &#234;tre craint et non aim&#233;. La loi de Macri contre les retrait&#233;s requiert cette conceptualisation mais de mani&#232;re inverse. Macri a eu tellement de votes qu'il peut se permettre des mesures antipopulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence est l'antith&#232;se de la mobilisation populaire. Les r&#233;centes violences auront &#233;t&#233; probablement infiltr&#233;es par des agents de la police experts en r&#233;pression de mutineries, mais il y a des groupes politiques qui continuent de croire &#224; la fameuse sage-femme de l'histoire. Ils font du mal aux authentiques manifestants. Ils donnent un mat&#233;riel abondant aux m&#233;dias qui enregistrent le &#171; d&#233;sordre &#187; pour le diffuser sur r&#233;seaux infinis et &#224; la t&#233;l&#233;vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le macrisme dispose d'un tr&#232;s puissant r&#233;seau m&#233;diatique, et c'est l&#224; son grand soutien. Il y a une colonisation quotidienne des subjectivit&#233;s. Contre cela, le sujet d&#233;mocratique doit retenir la respiration, penser la politique et lutter pour l'autonomie de sa conscience. Il faut aller &#224; la recherche de l'authenticit&#233; existentielle, ne pas vivre sous &#171; l'autorit&#233; des autres &#187; et &#234;tre un sujet libre qui doit cr&#233;er avec d'autres un espace &#8211; aussi succinct qu'il soit&#8211; de libert&#233;. Qui grandira apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann*&lt;/strong&gt; para &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/84847-el-almanaque&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 24 de diciembre de 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Titre Original&lt;/strong&gt; : &#171; El almanaque &#187; [Le calandrier]&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-almanaque-no-condiciona-la-Historia-Jose-Pablo-Feinmann&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; de &lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Le-calendrier-ne-conditionne-pas-l-Histoire-Jose-Pablo-Feinmann&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 24 d&#233;cembre 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le capitalisme</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-capitalisme</link>
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		<dc:date>2017-08-06T12:53:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les Am&#233;riques n'ont pas &#233;t&#233; &#171; d&#233;couvertes &#187; avant Colomb. Ces voyageurs vikings ou chinois n'ont rien d&#233;couvert. Leurs aventures maritimes ne faisaient partie d'aucun projet. Les Am&#233;riques ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes par et pour le capitalisme. Colomb est le premier qui ins&#232;re sa formidable trouvaille dans l'&#233;conomie d'expansion occidentale. Ces voyages tram&#233;s par une incertitude, qui n'a jamais &#233;t&#233; &#233;gal&#233;e dans l'histoire, furent le d&#233;placement de l'expansionnisme des bourgs au syst&#232;me monde. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Am&#233;riques n'ont pas &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;d&#233;couvertes&lt;/i&gt; &#187; avant Colomb. Ces voyageurs vikings ou chinois n'ont rien d&#233;couvert. Leurs aventures maritimes ne faisaient partie d'aucun projet. Les Am&#233;riques ont &#233;t&#233; d&#233;couvertes par et pour le capitalisme. Colomb est le premier qui ins&#232;re sa formidable trouvaille dans l'&#233;conomie d'expansion occidentale. Ces voyages tram&#233;s par une incertitude, qui n'a jamais &#233;t&#233; &#233;gal&#233;e dans l'histoire, furent le d&#233;placement de l'expansionnisme des bourgs au syst&#232;me monde. En 1492, la modernit&#233; surgit et d&#232;s lors on peut parler d'un &#171; &lt;i&gt;monde&lt;/i&gt; &#187;. Les Indes occidentales et le cap de Bonne Esp&#233;rance facilitent l'&#233;mergence du capitalisme, Adam Smith et Karl Marx ont c&#233;l&#233;br&#233; cet &#233;v&#233;nement. Nous pourrions l'appeler l'acte fondateur factuel de l'homo capitaliste. L'acte subjectif se concr&#233;tise avec l'ego cogito cart&#233;sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Colomb a fait quatre voyages. Ensuite ont suivi Cortez, Pizarro. Ils cherchaient des &#233;pices et de l'or. La modernit&#233; capitaliste naissante utilisait leurs app&#233;tits individuels comme astuce de l'histoire. Nous ne pouvons pas offrir la modernit&#233; au capitalisme. Pourquoi faire, s'il l'a d&#233;j&#224;. La modernit&#233; capitaliste est cette histoire d'horreurs qui exprime l'accumulation originaire, se poursuit avec la R&#233;volution Fran&#231;aise, la r&#233;volution industrielle britannique et l'imp&#233;rialisme victorien. La modernit&#233; est capitaliste parce qu'elle est tram&#233;e par des spoliations, des pillages, des massacres et des id&#233;ologies racistes. De Heidegger &#224; Foucault et les meilleurs postmodernes (Lyotard et Baudrillard) la critique de la modernit&#233; capitaliste a &#233;t&#233; faite. L'a &#233;galement faite sienne l'&#201;cole de Frankfurt avec son concept de &lt;i&gt;raison instrumentale&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rationalit&#233; instrumentale : On entend par &#171; rationalit&#233; instrumentale &#187; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La modernit&#233; est l'histoire du capitalisme et le capitalisme installe la modernit&#233; dans l'histoire. Si quelqu'un ne veut pas s'offrir Internet qu'il ne le fasse pas. Nous utiliserons Internet et jusqu'aux t&#233;l&#233;phones cellulaires diaboliques, mais nous saurons et nous dirons que ce sont des armes de contr&#244;le, d'espionnage et de soumission culturelle que l'empire manie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de pouvoir exprime le devenir de la raison conqu&#233;rante bourgeoise. La croissance s'est toujours impos&#233;e comme condition de la permanence. Si tu veux vivre ne cherche pas seulement &#224; te conserver, cherche &#224; croitre. C'est tr&#232;s possible que quelques philosophes fonctionnels enseignent cette consigne dans leurs s&#233;minaires et cours pour des entrepreneurs, pour des CEOs. Ne jamais perdre l'initiative &#8211; politique et patronale &#8211; sur un champ de forces divergentes que conjurera celui qui contr&#244;le mieux le pouvoir m&#233;diatique. La conqu&#234;te de la subjectivit&#233; des autres reprend la vigueur des conqu&#234;tes pr&#233;coces du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le fait factuel de la dite &#171; d&#233;couverte &#187;, se produit le fait culturel subjectif de l'ego cart&#233;sien. Maintenant, l'ego capitaliste se jette vers l'appropriation du monde ainsi que de la marchandise ou de la mati&#232;re premi&#232;re de la technique. Si l'inali&#233;nable &#233;tait le pouvoir factuel &#224; l'&#233;tape de la conqu&#234;te, maintenant l'inali&#233;nable est la subjectivit&#233;, qui ouvre l'&#233;poque de la raison conqu&#233;rante. Le capital est le centre du syst&#232;me monde et maintenant, de plus, il le sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui bat dans la trame la plus intime, la plus profonde de l'&#233;tape factuelle et dans sa rationalit&#233; subjective ? La volont&#233; de pouvoir. L'homo capitaliste est constitu&#233; par l'esprit de domination, par la pulsion de mort et la volont&#233; de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trame et le d&#233;veloppement du logos capitaliste est ainsi construite : une &#233;tape factuel de la conqu&#234;te de l'Am&#233;rique, une &#233;tape subjective de centralisation de l'ego d&#233;vastateur capitaliste, qui ouvre la conqu&#234;te du monde ainsi que de la marchandise. Il fonde l'esprit de ce processus, le d&#233;veloppement de la volont&#233; de pouvoir ainsi que de conservation et de croissance. Ceci n'est pas le Mal. Il sera ardu de trouver le Bien dans la modernit&#233;. Ceci est la trame historico-philosophique d'une modernit&#233; qui aujourd'hui incursione dans le pre-apocalyptique. Sans que personne ne puisse encore la battre, ni faire de partie de la r&#233;alit&#233; historique sans faire partie d'elle. Pour l'instant, voila ces &#233;bauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/54771-capitalismo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, Le 6 ao&#251;t 2017&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Capitalismo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par : &lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Le-capitalisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 6 ao&#251;t 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Rationalit&#233; instrumentale :&lt;/strong&gt; On entend par &#171; rationalit&#233; instrumentale &#187; la raison comme instrument au service de passions, non comme moyen de les ma&#238;triser ou de les combattre. Cette approche s'oppose aux explications causales (notamment celles mobilis&#233;es par la psychanalyse et la sociologie). Le concept de rationalit&#233; instrumentale est un mod&#232;le (un syst&#232;me &#233;thique) constitu&#233; de trois optimisations. L'agent doit : trouver le &lt;i&gt;meilleur moyen&lt;/i&gt; de satisfaire ses d&#233;sirs ; formuler des croyances les mieux adapt&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; ; collecter le bon volume d'informations sur le monde, compte tenu de ses croyances et de ses d&#233;sirs. Les d&#233;sirs sont suppos&#233;s &#234;tre ind&#233;pendants des croyances et des moyens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Argentine : Violente r&#233;pression en r&#233;ponse &#224; la demande de dialogue des instituteurs</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Argentina-Violente-repression-en-reponse-a-la-demande-de-dialogue-des-instituteurs</link>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Represi&#243;n neoliberal en Argentina a maestros&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Argentina-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45-45" rel="directory"&gt;Argentine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la phrase de Clausewitz : celle qui propose la guerre comme la continuation de la politique par d'autres moyens. Ici guerre et politique sont identifi&#233;es. Seuls les moyens changent, la politique est pacifique, exclut la violence et privil&#233;gie le dialogue. La guerre est la guerre. Moins une arm&#233;e aura d'humanit&#233;, plus grand sera son succ&#232;s. Tout sentiment d'humanit&#233; est un aveu de faiblesse. Hannah Arendt (cit&#233;e par Horacio Gonz&#225;lez, ex directeur de la Biblioth&#232;que Nationale) propose une distinction entre politique et guerre. Elle n'a rien invent&#233; mais l'a dit. Une chose est la politique, et une autre est la guerre. Arendt exclut toute violence possible de la politique. La politique est un dialogue et non une guerre. Ceci n'est pas ainsi. Comme nous pouvons l'appr&#233;cier au cours des jours derniers dans ce pays [Argentine], la violence fait partie de la politique. Les instituteurs repr&#233;sentent le dialogue, l'&#233;ducation. La police exprime la duret&#233; du pouvoir. Le pouvoir se sait antipopulaire. Mais cela lui est &#233;gal. Pour faire peur, il importe des armes [des USA] au sein du pays. Elles sont destin&#233;es &#224; ceux qui protestent. Y a-t-il une politique des armes ? Toute politique est en m&#234;me temps violence et dialogue. Une information journalistique qui d&#233;clare qu'un gouvernement a achet&#233; beaucoup d'armes d'efficacit&#233; sophistiqu&#233;e, c'est un coup de feu. On tire contre le c&#339;ur apeur&#233; de ceux qui proposent le dialogue m&#234;me s'ils protestent. La protestation est dialogue. Protestent ceux qui demandent &#224; &#234;tre &#233;cout&#233;s. Ils protestent parce que le pouvoir semble sourd, enferm&#233; sur lui-m&#234;me ou tr&#232;s s&#251;r de lui dans son arrogance. La protestation est la p&#233;tition du dialogue. Mais le pouvoir ne r&#233;pond pas, il importe des armes. Telle est sa r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis Menem, on n'a pas tabass&#233; un instit. Ce fut l'une des choses que Menem n'a pas faite, il en a fait plusieurs autres mais pas cela. Menem a vu la tente des enseignants avec &#233;tonnement, il n'a pas su quoi faire, il n'a rien fait, il n'a pas r&#233;prim&#233;. Il suffira de regarder seulement la photo d'un policier des forces sp&#233;ciales r&#233;primer des mutineries. C'est un cyborg&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un cyborg est un &#234;tre humain - ou &#224; la rigueur un autre &#234;tre vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dispos&#233; &#224; lancer sa furie, ses pires rayons lasers. Quino [l'auteur de Mafalda] disait que la matraque d'un r&#233;presseur de mutineries sert &#224; cabosser des id&#233;ologies. Y a-t-il une id&#233;ologie derri&#232;re une gr&#232;ve des enseignants ? Oui, l'id&#233;ologie de manger pour enseigner. Celle de d&#233;fendre le droit &#224; l'enseignement. Qu'il soit reconnu et r&#233;mun&#233;r&#233; positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intelligence est toujours dangereuse. Dans ce monde qui propose des zombis, on d&#233;sire que personne ne pense. La matraque du policier ne pense pas, elle cogne, mais elle sait o&#249; elle cogne. Ils lui ont dit o&#249; cogner. On a d&#233;cid&#233; de cogner parce que l'on a d&#233;cid&#233; que la politique est guerre. Si l'on d&#233;cide de ne pas dialoguer, il ne reste qu'&#224; r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que c'est l'&#201;tat ? L'&#201;tat est la r&#233;pression des instincts naturels des hommes. Si on vit &#224; l'&#233;tat naturel, on vit dans un &#233;tat de guerre permanent. Les hommes doivent r&#233;primer les instincts et les c&#233;der &#224; l'&#201;tat dans leur dernier acte de libert&#233;. L'&#201;tat ordonnera la soci&#233;t&#233; et gouvernera pour tous. Nietzsche maudira cette th&#233;orie hobbesienne et y verra la mort de l'individu libre qui aime la vie, qui ne veut pas se r&#233;primer ni &#234;tre r&#233;prim&#233;. L&#233;nine (pas celui qui a gagn&#233; les &#233;lections en &#201;quateur) proposait dans &#171; L'&#201;tat et la r&#233;volution &#187;, l'&#201;tat en fonction d'une classe. C'&#233;tait la dictature du prol&#233;tariat. L'&#201;tat n&#233;olib&#233;ral ressemble assez &#224; cela. C'est une dictature de classe. Ce n'est pas celle du prol&#233;tariat, mais celle des grands groupes. Les riches naissent avec du pouvoir et consacrent leur vie &#224; le conserver. Pour le conserver, ils recourent &#224; l'&#201;tat r&#233;presseur. L'&#201;tat r&#233;presseur, l'achat d'armes et la r&#233;pression des instituteurs sont des cha&#238;nons de la m&#234;me cha&#238;ne. Les riches s'autorisent eux m&#234;mes. Ils n'ont de comptes &#224; rendre &#224; personne, ils ne le veulent pas et &#224; celui qui le demande, on ne donnera pas d'explications, ils lui donneront des coups des matraques. Dans ce sens la r&#233;pression est inh&#233;rente &#224; la dictature de classe. Cette similitude entre L&#233;nine et le gouvernement de Macri sera suggestive. Nous attendons cela. La dictature du prol&#233;tariat est la dictature des &lt;strong&gt;PDGs&lt;/strong&gt;, de la &#171; &lt;i&gt;Corpolitik&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que la politique est violence ? C'est sans doute la proposition du dialogue mais tous ne veulent pas dialoguer. L&#224; o&#249; meurt le dialogue appara&#238;t le b&#226;ton du r&#233;presseur. Ce gouvernement a une arrogance &#233;tonnante. Il agit comme s'ils &#233;taient des repr&#233;sentants du divin. Ils se moquent de ceux qui les mettent en question, jettent des &#233;pith&#232;tes insultantes. Ainsi, la politique est transform&#233;e en r&#233;pression. La r&#233;pression est violence, la politique est violence. Les photos des gendarmes agressant les manifestants et la nouvelle de l'achat abusif d'armes sont de la r&#233;pression. Mais, seule la violence est-elle r&#233;pression ? La jouissance l'est aussi. Comme bien l'a dit Foucault. Le pouvoir, cette b&#234;te magnifique soumet par la jouissance et la distraction. Il captive avec les s&#233;ries de la t&#233;l&#233;vision, trompe avec ses sourires frivoles et m&#233;diatiques. Les b&#226;tons, ils l'appellent de la joie. Comme si c'&#233;tait des ballons. Les b&#226;tons ne sont pas ballons. Ils font plus de mal. C'est pourquoi ils sont utilis&#233;s. Nous arrivons &#224; un point essentiel, &#224; la douleur. Celui qui s'oppose &#224; l'&#201;tat souffrira. La douleur est le co&#251;t de la protestation. Si toute &#233;thique possible doit partir d'une lutte contre la souffrance, alors toute &#233;thique devra condamner la r&#233;pression violente. Le pouvoir punit, cherche l'ordre. L'ordre est obtenu aux d&#233;pens de la douleur des d&#233;sordonn&#233;s. Les d&#233;sordonn&#233;s sont ceux qui protestent. Les ordonn&#233;s puniront. Ce qui pr&#233;occupe &#224; propos de l'actuel gouvernement argentin est jusqu'o&#249; il se propose d'arriver. Il b&#233;n&#233;ficie d'une conjoncture internationale favorable. Mais il a un front interne tr&#232;s uni contre les politiques n&#233;olib&#233;rales. C'est un h&#233;ritage des droits conquis. Mais cela lui importe t-il ? Ceux qui s'opposent au pouvoir ont_ils des droits ? Oui, ils en ont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout aveuglement devant la protestation am&#232;nera &#224; la r&#233;pression comme unique r&#233;ponse. La vanit&#233;, le d&#233;dain &#233;litiste et les achats fous d'&#233;l&#233;ments r&#233;pressifs sont les caract&#233;ristiques du pouvoir actuel en Argentine. Albert Camus disait : l'un se propose de lib&#233;rer les hommes et finit par organiser une police. Quelle police organisera un pouvoir qui ne se propose m&#234;me pas de lib&#233;rer les hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/32134-palos-y-pizarrones&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Contratapa. Buenos Aires, 16 de abril de 2017&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;* Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; fil&#243;sofo argentino, docente, escritor, ensayista, guionista y conductor de programas culturales sobre Filosof&#237;a.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T&#237;tre original&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Palos y pizarrones&lt;/i&gt; &#187; [Coup de b&#226;tons et tableaux noirs]&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Argentina-Palos-y-pizarrones&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Argentina-Violente-repression-en-reponse-a-la-demande-de-dialogue-des-instituteurs?var_mode=preview&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, le 17 avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported.&lt;/a&gt; Bas&#233; sur une &#339;uvre de &lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un cyborg est un &#234;tre humain - ou &#224; la rigueur un autre &#234;tre vivant intelligent, en science-fiction &#8212; qui a re&#231;u des greffes de parties m&#233;caniques. &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyborg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Wikip&#233;dia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>'Sinceramientos' ou des lamentables aveux path&#233;tiques des argentins macristes aux Pays Bas... Jos&#233; Pablo Feinmann</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Sinceramientos-ou-des-lamentables-aveux-pathetiques-des-argentins-macristes-aux-Pays-Bas-Jose-Pablo-Feinmann</link>
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		<dc:date>2017-04-04T19:32:28Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1.- Nous avons appris ces derniers jours qu'Anne Frank avait des r&#234;ves, qu'elle savait ce qu'elle voulait et &#233;crivait sur cela. Nous avons aussi su que ses r&#234;ves sont rest&#233;s inachev&#233;. Qu'une autorit&#233; qui n'a pas &#233;t&#233; capable d'unir et de porter la paix dans un monde intol&#233;rant fut celui qui a fauch&#233; les r&#234;ves de cette petite fille. Ces jugements (c&#233;l&#232;bres ces jours-ci) ont indign&#233; un remarquable &#233;crivain argentin dont je me souvenais comme assistant de La Biela et chroniqueur de La Nacion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.-&lt;/strong&gt; Nous avons appris ces derniers jours qu'Anne Frank avait des r&#234;ves, qu'elle savait ce qu'elle voulait et &#233;crivait sur cela. Nous avons aussi su que ses r&#234;ves sont rest&#233;s inachev&#233;. Qu'une autorit&#233; qui n'a pas &#233;t&#233; capable d'unir et de porter la paix dans un monde intol&#233;rant fut celui qui a fauch&#233; les r&#234;ves de cette petite fille. Ces jugements (c&#233;l&#232;bres ces jours-ci) ont indign&#233; un remarquable &#233;crivain argentin dont je me souvenais comme assistant de La Biela et chroniqueur de &lt;i&gt;La Nacion &lt;/i&gt;[grand quotidien oligarchico/conservateur argentin]. Mais non. Son indignation l'a amen&#233; &#224; se trouver dans une position inconfortable, &#234;tre contre le macrisme et &#233;crire dans ce quotidien. C'&#233;tait une grande joie de le lire. Il a, Rodolfo Rabanal, une prose impeccable, exquise. &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/28676-la-ligereza-que-enmascara-el-horror&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le texte&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; traite de la l&#233;g&#232;ret&#233; qui masque l'horreur. L'horreur est le nazisme, la l&#233;g&#232;ret&#233; est celle du ministre de l'&#233;ducation de ce gouvernement. D&#233;finir le nazisme comme une autorit&#233; qui n'a pas &#233;t&#233; capable d'unir est une l&#233;g&#232;ret&#233;. Une ing&#233;nuit&#233; peut-&#234;tre. Une connaissance profonde du nazisme. Parce qu'Hitler a toujours voulu unir, unir toute Europe sous son commandement et ensuite suite l'Union sovi&#233;tique. C'&#233;tait la recherche de cette unit&#233; si expansive qui l'a men&#233; &#224; l'&#233;chec. Mais il n'a jamais cherch&#233; ni paix, ni tol&#233;rance. Qu'est-ce que le ministre a voulu dire ? Bien que le monde vire &#224; droite, bien que le ministre appartienne &#224; un gouvernement de cette tendance, s'il sait qu'on ne peut pas bien &#234;tre compr&#233;hensif avec Hitler : pourquoi alors l'a-t-il &#233;t&#233; ? Rappelons-nous d'une sc&#232;ne du &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Docteur_Folamour&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Dr. Folamour&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, film de Stanley Kubrick des ann&#233;es soixante. Le &lt;i&gt;Dr. Folamour &lt;/i&gt; est un grand homme de science allemand qui travaille pour les Usam&#233;ricains pendant la Guerre Froide, Peter Sellers le joue et il le joue tr&#232;s bien. Cet homme de science retient son bras droit, lui emp&#234;che de faire un mouvement qui lutte pour se montrer. A un moment donn&#233; ce bras lui &#233;chappe et fait le salut nazi. serait-il arriv&#233; quelque chose de semblable au ministre ? A lui sans doute cela ne lui importe pas. Est-ce que cela importe &#224; ce gouvernement ce que produisent ses actes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'origine &#233;litiste est exhib&#233;e avec fiert&#233; et arrogance. Ainsi, le pr&#233;sident de la Banque de la Nation a non seulement dit que les manifestants du 24 mars [date de comm&#233;moration contre la Dictature] marchaient derri&#232;re le &lt;i&gt;chorip&#225;n&lt;/i&gt; [sandwich populaire argentin -saucisse dans un pain] mais qui les a vu sortir de ses terres. Alors il nous reste qu'&#224; saluer cet &#233;conomiste et &#224; aussi l'envier pour sa condition de propri&#233;taire terrien. Pourquoi a-t-il dit &lt;i&gt;campo&lt;/i&gt; ? : pour nous dire qu'il a des terres ou son bras lui a &#233;chapp&#233; comme au &lt;i&gt;Dr. follamour&lt;/i&gt; ? A-t-il achet&#233; ces terres ou en a t il h&#233;rit&#233; ? L'oligarchie h&#233;rite des terres. Les bourgeois qui r&#233;ussissent les ach&#232;tent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.-&lt;/strong&gt; Les pistolets &#224; laser figurent parmi les projets les plus solides de la ministre de la s&#233;curit&#233;, il est vrai, que durant les ann&#233;es soixante dix elle jetait des pierres sur la police. Maintenant elle arme la police pour qu'elle foudroient les dissidents avec des rayons &#233;lectriques. Les pistolets &#224; rayons ont une longue persistance dans la fiction. &lt;i&gt;Flash Gordon&lt;/i&gt; en utilisait un pour lutter contre le malfrat &lt;i&gt;Ming&lt;/i&gt; de la plan&#232;te &lt;i&gt;Mongo&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Misterix&lt;/i&gt; avait une pile atomique. Depuis sa ceinture, il tirait. Les martiens de &lt;i&gt;Mars Ataca&lt;/i&gt; avaient quelques mitraillettes sophistiqu&#233;es qui lancaient des rayons. Seul le squelette de l'irradi&#233; restait. Qu'est que pouvons nous attendre des pistolets &#224; laser de l'Argentine ?, qu'ils effraient ces r&#233;volt&#233;s qui abondent dans les rues de Buenos Aires ? Les mobilisations importent-elles au gouvernement ? Nous pensons que cela doit produire quelque g&#234;ne, mais &#231;a ne leur importe pas. &#171; &lt;i&gt;Qu'ils protestent, nous continuons&lt;/i&gt; &#187;. Le repentir est toujours &#224; port&#233;e de main. De toute fa&#231;on, cela ne coute rien de se repentir de quelque chose ou de reconna&#238;tre une erreur. Ils se croient invuln&#233;rables, c'est le pouvoir. Ils ont l'argent, les m&#233;dias nationaux et le pouvoir parlementaire qui grandit de plus en plus par les n&#233;gociateurs qui s'approchent pour entretenir avec ces crois&#233;s du n&#233;olib&#233;ralisme. Sont ils ing&#233;nus ou est ce que rien ne leur importe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.-&lt;/strong&gt; Pour une mobilisation contre le coup d'Etat de 1976, cela ne se fait pas pour un &lt;i&gt;chorip&#225;n&lt;/i&gt;, mais pour des convictions profondes, &#224; cause de douleurs lancinantes, d'absences qui ne reviendront jamais. La m&#232;re (ou le p&#232;re) d'un disparu l'attend toutes les nuits. S'il entend des pas, ce sont ceux de lui ou ceux d'elle. Voici l'un des points qui r&#233;fute &#171; la th&#233;orie des deux d&#233;mons &#187;. Les parents des morts par les organisations arm&#233;es ont eu les corps. Ils ont pu les veiller, leur donner s&#233;pulture, ils ont un lieu o&#249; prier. Les disparus, ne les ont pas. On les attendra toujours. Il n'y a pas d'endroit o&#249; prier pour eux, o&#249; mettre un bouquet de fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations de mars dernier apportent une bonne nouvelle. Loin d'y aller &#224; cause d'un &lt;i&gt;chorip&#225;n,&lt;/i&gt; tous vont derri&#232;re des projets. La m&#233;moire, la v&#233;rit&#233;, la justice, l'&#233;ducation, le salaire, la libert&#233; des d&#233;tenus politiques. Quand le nombre est d'une telle importance et la co&#239;ncidence des valeurs s'affirme, ceci se transforme en force. Le pas de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233;. Cette qualit&#233; est une conqu&#234;te sociale. Pour le moment, n'appara&#238;t pas encore de leadership solide, il faudra les construire. Per&#243;n a construit le sien depuis le Secr&#233;tariat de Travail. Est-ce que les man&#232;ges de Buenos Aires seront le chemin, pas seulement de la manifestation mais de la cr&#233;ation de nouveaux leaderships.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/29320-sinceramientos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 2 avril 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Titre original&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Sinceramientos&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;* Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; fil&#243;sofo argentino, docente, escritor, ensayista, guionista y conductor de programas culturales sobre Filosof&#237;a.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/ecrire/%3Fexec=article%26id_article=26687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/ecrire/%3Fexec=article%26id_article=26687&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 4 avril 2017&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La France et l'Argentine ont d&#233;couvert le visage de l'Autre diabolis&#233;.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-France-et-l-Argentine-ont-decouvert-le-visage-de-l-Autre-diabolise</link>
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		<dc:date>2016-02-29T16:36:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La France et l'Argentine ont d&#233;couvert le visage de l'Autre diabolis&#233;...On nie toujours l'autre.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Des dizaines et des centaines de licenciements ont &#233;t&#233; qualifi&#233;s de n&#233;cessaires. Le n&#233;olib&#233;ralisme cherche toujours &#224; r&#233;duire l'&#201;tat. On peut argumenter : on comprend, l'&#201;tat, par exemple, de l'Allemagne de Bismarck et du kaiser Guillaume I, fut, &#224; ses d&#233;buts, lib&#233;ral mais tout de suite apr&#232;s protectionniste. Parce que le protectionnisme lui a servi &#224; d&#233;velopper la grande industrie. Le chancelier de fer -Bismarck- bat la France lors de la guerre -pr&#233;cis&#233;ment appel&#233;e- &#171; franco-prussienne &#187; et obtient, en 1871, l'unit&#233; de l'Allemagne. En France, la Commune de Paris &#233;clate. Et l'Allemagne rend &#224; Thiers et &#224; Napol&#233;on III tous les prisonniers faits pour qu'ils &#233;crasent cette r&#233;volution ouvri&#232;re, dont Nietzsche (que cela n'emp&#234;che pas la lecture n&#233;cessaire que l'on doit au fou de Turin) et Marx diront des choses tr&#232;s diff&#233;rentes. Le premier, dans une lettre du 21 juin 1871, dira au baron Carl von Gersdorff : &#171; En saillant au-dessus de la lutte des nations, la t&#234;te effroyable de l'hydre internationale nous a fait peur &#187; (Friedrich Nietzshe, le Recueil de lettres, la Nouvelle Biblioth&#232;que, Madrid, 1999, p. 95). Marx, dans &#171; La Guerre civile en France &#187;, &#233;crit : &#171; Cette arm&#233;e (celle de Thiers) aurait &#233;t&#233; ridiculement inefficace sans l'int&#233;gration des prisonniers des guerres imp&#233;riales que Bismarck a remis &#224; cr&#233;dit (...) pour tenir le gouvernement de Versailles dans une d&#233;pendance abjecte &#224; l'&#233;gard de la Prusse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cr&#233;dit ou non, la France a pu &#233;craser les r&#233;volutionnaires de la Commune avec les prisonniers que Bismarck a rendu pour ce travail essentiel qui l'impliquait lui m&#234;me, puisque l'aspect national unissait la bourgeoisie des deux pays oppos&#233;s et l'international (la lutte du prol&#233;tariat) leur produisait une br&#251;lure intol&#233;rable : la vision du malheur qui mena&#231;ait les classes dominantes de tous les pays. Ainsi, commente Marx, se produit, avant la Commune, un fait sans pr&#233;c&#233;dents : &#171; L'arm&#233;e victorieuse et celle vaincue fraternisent dans le massacre commun du prol&#233;tariat (...) La domination de classe ne peut d&#233;j&#224; plus se d&#233;guiser sous l'uniforme national : tous les gouvernements nationaux sont un seul contre le prol&#233;tariat &#187;(Marx &#233;crit ce texte entre avril et mai 1871). La r&#233;pression de Thiers, &#224; la t&#234;te de 45 000 soldats fran&#231;ais et aussi allemands, a &#233;t&#233; d'une telle brutalit&#233;, d'un tel acharnement, comme jamais la ville de Paris n'en avait &#233;t&#233; t&#233;moin. On d&#233;nombre trente mille morts, quarante-cinq mille personnes arr&#234;t&#233;es qui ont continu&#233; d'&#234;tre massacr&#233;es dans les cachots et des dizaines de milliers de condamn&#233;s &#224; l'exil ou aux travaux forc&#233;s. (Toi, Lop&#233;rfido&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dar&#237;o Eduardo Lop&#233;rfido est charg&#233; de la culture, et directeur du Th&#233;&#226;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, muse : ce sont les chiffres d'Eric Hobsbawm et d'autres historiens s&#233;rieux. De plus, ces chiffres, sont renforc&#233;s par une valeur symbolique. Ils expriment le sadisme des bouchers. Dire qu'ils ont &#233;t&#233; plus ou moins nombreux, nie la valeur de chaque vie humaine. Par exemple : dire que les nazis ont tu&#233; quatre au lieu de six millions de Juifs : que cherche t-on &#224; d&#233;montrer ? Que peut-&#234;tre, tous comptes faits, ils n'&#233;taient pas si mauvais ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, dans notre pays [l'Argentine], un probl&#232;me existe. Si l'&#201;tat se r&#233;tr&#233;cit, si on jette les gens dehors, cela cr&#233;e du ch&#244;mage. Le ch&#244;mage m&#232;ne &#224; la protestation sociale. Si elle est criminalis&#233;e, il faut r&#233;primer. Et attention : la police &#171; a faim &#187;. Ils ont la haine. Ils ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s d'agir pendant douze ans et &#8211; par-dessus le march&#233; &#8211; pendant les manifestations, la police recevait insultes et crachats. Maintenant, ils veulent avoir les mains libres pour encaisser ces (pas si) vieilles dettes. La m&#234;me chose se passe avec le n&#233;olib&#233;ralisme dans le reste de monde. En France, en particulier. Maintenant ce sont les noy&#233;s, les immigrants ind&#233;sirables qui sortent pour demander nourriture, protection, &#224; un pays. Ce ne sont plus les jeunes rebelles de la &#171; petite &#187; ou de la &#171; haute &#187;. Ce ne sont plus ceux qui cr&#233;aient des slogans magnifiques. Ceux qui &#233;crivaient : &#171; Sous les pav&#233;s la plage &#187;. Ceux d'aujourd'hui, eux, ne croient pas &#234;tre la po&#233;sie. Pour eux, sous les pav&#233;s, il y a toujours des pav&#233;s. Ils ne veulent pas prendre le pouvoir. Ils veulent affirmer leur pr&#233;sence dans une soci&#233;t&#233; qui les nie. La France est le miroir dans lequel l'occident capitaliste doit se regarder. Elle est son avenir in&#233;vitable. Les monstrueux, les incapables, les cach&#233;s sortent &#224; la lumi&#232;re. Leurs mani&#232;res ne sont pas bonnes ? Parce que personne ne leur a appris des mani&#232;res. Personne ne leur a rien appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment osent-ils ? Est-il possible qu'ils sortent de leurs terriers et crachent au centre ou dans les faubourgs de la ville &#233;tincelante ? Les barbares se sont r&#233;veill&#233;s et agissent comme des barbares. Ils ne savent pas faire autrement, et toute autre mani&#232;re, aujourd'hui, leur semblerait suspecte. Les bonnes mani&#232;res sont celles des empires qui les ont exploit&#233;s. Les bonnes habitudes. Les bons v&#234;tements. La culture de l'homme occidental. L'Afrique et l'Orient ont v&#233;cu humili&#233;s par cette culture. Aujourd'hui, dans l'actualit&#233; 2016, les quotidiens du matin publient des titres catastrophes : &#171; Alarme en Europe &#224; cause du chaos en France &#187;. L'Europe prend non seulement l'eau, elle a peur. Les monstres sont sortis des catacombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bipolarit&#233; tomb&#233;e, le capitalisme s'est emball&#233;. Rien ne le freine. Fascin&#233; par sa cupidit&#233; infinie (et sa maladresse infinie et , nous insistons, son manque, non moins infini de sensibilit&#233;, d'&lt;a href=&#034;https://mefra.revues.org/2768&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;humanitas&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), le capitalisme du nouveau mill&#233;naire rassemble la richesse dans des mains de plus en plus rares et plonge dans la mis&#232;re la plupart de plan&#232;te. Tous savent cela. Ce qui arrive aujourd'hui en France n'est pas le fruit des mauvaises politiques d'assimilation. L'assimilation est impossible. Les affam&#233;s, avant de mourir, envahissent la maison des ma&#238;tres. Les ma&#238;tres ne savent pas les recevoir, ne savent pas que faire avec ceux-ci. L'Europe finira par s'enfermer comme les riches de l'Argentine s'enferment dans ses &lt;i&gt;countries &lt;/i&gt;[quartiers clos], avec des gardes arm&#233;s et arm&#233;s eux m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme cr&#233;e l'exclusion et il ne peut que la cr&#233;er. S'il ne la cr&#233;ait pas, ce ne serait pas le capitalisme de march&#233;. Le monde des entreprises est aux entreprises. Et les entreprises d&#233;vorent tout. Elles d&#233;vastent la terre et abandonnent les hommes &#224; leur faim et &#224; l'exclusion. L'Europe ne peut pas assimiler parce que le capitalisme du nouveau mill&#233;naire emp&#234;che toute assimilation. Il pille la p&#233;riph&#233;rie. Que fait la p&#233;riph&#233;rie, que font ses survivants ? Ils &#233;migrent au Centre pour survivre. Ils acceptent tout. L'humiliation. Le racisme. Il s'agit seulement de subsister. Jusqu'&#224; ce qu'un jour (maintenant) tout &#233;clate. Ils se gavent. Ils disent : non. Un non qui n'a pas d'id&#233;ologie. Ils ne savent pas comment surmonter ce qui existe. Ils ne r&#234;vent pas d'un monde meilleur. Ils voudraient vivre et travailler dans celui-ci. Mais ce monde (celui du capital, celui du march&#233;) ne donne pas de travail, il emp&#234;che de vivre. Alors il reste seulement &#224; le d&#233;truire. Ils sortent comme des fous pour br&#251;ler des voitures et pour d&#233;truire des propri&#233;t&#233;s. Si un Europ&#233;en avec de bonnes intentions sortait pour leur parler ils ne l'&#233;couteraient pas. Si moi (qui &#233;crit ces lignes dans lesquelles j'essaie d'ouvrir un espace de compr&#233;hension) j'apparaissais parmi eux, ils me cracheraient &#224; la gueule. Je suis, comme nous tous, un petit blanc de merde, avec du travail, une maison, des droits. La soci&#233;t&#233; nous donne une place. &#192; eux non. Pour eux, les marges. Tout est un ennemi, parce qu'il occupe un lieu qui pourrait &#234;tre &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alarme en Europe &#187;, lit-on. Et nous, et les argentins de la Buenos Aires cultiv&#233;e ? Ce qui aujourd'hui arrive &#224; Paris est-il par hasard le miroir du pire de nos visages futurs. Quand &#171; ceux de gauche &#187; ou les cr&#233;tins progressistes, comme nous, demandent l'&#233;quit&#233; sociale, la d&#233;mocratisation de la richesse, la r&#233;partition des profits, nous le faisons pas seulement parce que nous sommes de fa&#231;on incurables des idiots et des amis des bonnes causes. La France a d&#233;couvert le visage de l'Autre diabolis&#233;. On nie toujours l'Autre. L'alt&#233;rit&#233; est toujours cach&#233;e. Le langage lacanien a une expression pour cela. Quand il parle de &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Forclusion_%28psychanalyse%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;forclusion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; , cela veut dire cela. La forclusion est la n&#233;gation de l'alt&#233;rit&#233;. Nous ne voulons pas voir l'Autre, nous le nions. De l&#224;, dans les sujets, la psychose &#233;clate. Ainsi, le capitalisme est psychotique. Il nie l'Autre. D'abord il l'a pill&#233;, il l'a exploit&#233;. Maintenant il le nie. Il ne sait pas comment l'assimiler. Il ne sait pas et il ne le peut pas. Alors, il le diabolise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alarme que l'Europe vit doit s'enraciner parmi nous. Est-ce que Buenos Aires n'est pas le Paris de l'Am&#233;rique Latine ? Est-ce que cela n'a pas &#233;t&#233; le titre orgueilleusement assum&#233; par notre oligarchie, qui au lieu d'un pays, a seulement construit une ville ? Une belle ville, comme belle est Paris. Combien d'exclus attendent au portes de Buenos Aires ? Ce ne sont pas les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt; br&#251;lent des pneus et sont p&#233;niblement pr&#233;visibles. Ce sont ceux qui habitent le sous-sol des piqueteros. Ceux qui sont en silence, attendant ou non. Ceux qui meurent de faim. Ceux qui regardent les lumi&#232;res de la grande m&#233;tropole depuis les ombres de l'alt&#233;rit&#233;, de l'&#233;loignement. Il n'y aura pas de Protocole [de s&#233;curit&#233;] qui les freine. Comment pourraient ils exprimer en cinq minutes la trag&#233;die interminable de leurs vies ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt;* pour &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un titre original&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-293416-2016-02-28.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El otro demon&#237;aco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-293416-2016-02-28.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Le Buenos Aires, le 28 f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Francia-ha-descubierto-la-cara-del-Otro-demonizado&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la di&#225;spora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-France-et-l-Argentine-ont-decouvert-le-visage-de-l-Autre-diabolise&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 29 f&#233;vrier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dar&#237;o Eduardo Lop&#233;rfido est charg&#233; de la culture, et directeur du Th&#233;&#226;tre Colon de Buenos Aires depuis f&#233;vrier 2015, et occupe en plus la fonction de Ministre de Culture de la Ville de Buenos Aires. Il est actuellement l'auteur de la tristement c&#233;l&#232;bre phrase : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.infobae.com/2016/01/26/1785606-dario-loperfido-en-argentina-no-hubo-30-mil-desaparecidos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;En Argentine il n'y a pas eu de 30 000 disparus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La fin d'ann&#233;e n'existe pas &#187;Jos&#233; Pablo Feinmann</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-fin-d-annee-n-existe-pas-Jose-Pablo-Feinmann</link>
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		<dc:date>2016-01-03T20:00:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nouvelle ann&#233;e. F&#234;tes. Conventions de temporalit&#233; objectives. Soci&#233;t&#233;. Oppression. Macri. Trump. Merkel. Neoliberalisme. Walter Benjamin&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas de temporalit&#233; objective. Bas&#233;s sur certaines r&#233;gularit&#233;s de la nature (mar&#233;es, stations, astres), au cours des si&#232;cles ont &#233;t&#233; dessin&#233;s les d&#233;nomm&#233;s calendriers. Qui sont la tentative de transf&#233;rer les r&#233;gularit&#233;s de la nature &#224; l'histoire des sujets humains. Peut-&#234;tre est-il rassurant de penser que tout a un ordre dans un monde qui n'en pr&#233;sente aucun. Si on a perdu le sens de l'histoire, au moins nous reste t-il le sens du calendrier. Nous f&#234;tons la fin de l'ann&#233;e, nous portons un toast, nous nous so&#251;lons, nous mangeons excessivement et le jour suivant nous nous levons avec un mal de t&#234;te terrible, ce qu'on appelle la gueule de bois, et qui est un malaise g&#233;n&#233;ralis&#233; dus aux exc&#232;s du jour pr&#233;c&#233;dent. Pourquoi arrive t-il quelque chose de si peu rassurant, de si d&#233;sagr&#233;able ? Ne fut ce pas l'ann&#233;e pass&#233;e que nous avons commis ces exc&#232;s ? Pourquoi en souffrons-nous maintenant si un an s'est &#233;coul&#233; entre le toast p&#233;tillant et d&#233;mesur&#233;, les v&#339;ux de bonheur &#171; pour l'ann&#233;e qui commence &#187;, les verres lev&#233;s, le cochon de lait avec 35 degr&#233;s [Et&#233; austral en Argentine] et autres exub&#233;rances et ces affreux vomissements du 1er janvier, de cette &#171; nouvelle ann&#233;e &#187; qui devrait &#234;tre tr&#232;s loin puisque elle est d&#233;j&#224; pass&#233;e, celle qui fut avec toute sa charge de malheurs, d'amertumes, de frustrations, d'amours rat&#233;s, de divorces, de b&#233;b&#233;s souhait&#233;s parce qu'ils &#171; rendront notre union plus solide &#187; et il en ressort qu'ils pleurent toute la nuit, ils pissent, ont fait &#171; &lt;i&gt;popo&lt;/i&gt; &#187;, vomissent sur leur bavoir, commettent ardemment une &#171; diarrh&#233;e estivale &#187;, ou se chopent une toux intol&#233;rable (pour nous) et le m&#233;decin nous dit &#171; quand l'acc&#232;s arrive &#187; faites qu'ils l&#232;vent les petit bras et tout ira mieux, et nous, qui ob&#233;issons aux m&#233;decins, comme le disciple de la spiritualit&#233; idiote &#224; ses gourous, parce que, finalement, on pratique la spiritualit&#233; idiote de transformer les m&#233;decins en ses gourous tyranniques, on dit, appelons le b&#233;b&#233;, &#171; allez, mon amour, l&#232;ve tes petits bras et arr&#234;te de tousser, arr&#234;te de tousser, petit namour, mon amour, arr&#234;te de tousser que mamounette et papounet s'inqui&#232;tent, ils s'angoissent, et alors tu ne remplirais pas, disons, la principale tache pour laquelle tu es venu dans ce monde, faire que le couple maman et papa se cristallise, se consolide, se renforce, tout pour t'&#233;lever dans un climat d'amour conjugal fort et sain, chose qui ne sera pas possible si tu continues &#224; nous coller la panique dans l'&#226;me avec tes toux de tuberculeux &#224; l'agonie, de Chopin irr&#233;versible, de Marguerite Gautier p&#226;le, souffrante, &#233;mouvante et pute, donc, mon BB, mon ch&#233;ri : arr&#234;te de tousser, merde ! Remercie-nous de t'avoir amen&#233; &#224; ce monde malgr&#233; nos doutes, parce que, mon fils, maman et papa pensent, et penser c'est savoir se situer dans le monde dans lequel on vit, parce que maman et papa ont &#233;tudi&#233; beaucoup et bien, et quand nous disons bien, nous disons que nous n'avons pas choisi la psychologie, la litt&#233;rature ou la philosophie, mais par la discipline du XXIe si&#232;cle, mon fils, si&#232;cle qui sera Merkel ou ne sera pas, qui sera Macri ou ne sera pas, qui sera Trump ou ne sera pas ; mam&#225;n et papa ont &#233;tudi&#233; la Gestion d'Entreprises, mon amour, ils ont &#233;tudi&#233; la rationalisation du travail au niveau op&#233;rationnel (qui, en vulgate popu, signifie : d&#233;gager n'importe qui et cela &#224; chaque fois que l'envie nous prend, que les co&#251;ts ne font pas le bilan, qu'il faut les r&#233;duire, et comme tout le monde sait, cela signifie jeter &#224; la rue un ou cinquante prolos, une mani&#232;re sans appel de r&#233;duire des co&#251;ts, la meilleure, pour l'instant : viendra l'invasion de robots et nous produirons sans ouvriers, va te faire voir Marx !) Maman et papa ont &#233;tudi&#233; la th&#233;orie de la bureaucratie, la th&#233;orie des relations humaines : du leadership, de la communication et de la dynamique de groupe, la th&#233;orie des d&#233;cisions : de l'int&#233;gration des objectifs organisationnels et individuels, en essayant toujours de favoriser l'organisation avant les individus, maintenant, par exemple, maman et moi nous sommes une organisation, l'organisation qui t'a amen&#233;e au monde, et toi tu es l'individu, l'individu qui nous g&#226;che la vie, au lieu de renforcer notre couple, raison pour laquelle nous soup&#231;onnons que nous t'avons amen&#233; au monde un peu inutilement (nous voudrions dire &lt;i&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;comme un pet}&lt;/code&gt; mais nous croyons que &lt;i&gt;&lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;inutilement}&lt;/code&gt; sonne plus fin), mais, pourquoi te disions-nous que nous sommes intelligents, que nous &#233;tudions et tout cela ?, parce que, mon cher fils, nous avons bien pens&#233; avant de t'amener au monde, et nous nous sommes demand&#233; : cela vaudra-t-il la peine d'apporter un fils &#224; ce monde ? cela vaudra-t-il la peine d'apporter un autre &#234;tre qui se pose des questions sans r&#233;ponse, qui sait si Dieu lui donnera de l'importance m&#234;me s'il a pri&#233; et s'il tendra &#224; peine une oreille (en supposant qu'il ait des oreilles) pour &#233;couter ses suppliques, que jamais il comprendra ce qu'a fait le petit caillou, le petit caillou qui a &#233;clat&#233; et, que de cette explosion, est sortie l'impeccabilit&#233; math&#233;matique de l'Univers qui s'est dilat&#233;e, par-dessus le march&#233;, sans cesse : jusqu'o&#249; ? Qu'un jour il saura tragiquement que, de m&#234;me qu'il est n&#233;, il mourra, la Mort n'est pas un spectacle, un peu laid et triste qui arrive aux autres mais qu'il lui arrivera, et non tout d'un coup, paf : un glouglou et adieu ! non, rien de cela, mais d'abord il tombera malade et apr&#232;s il souffrira et souffriront tous ceux qui l'aiment ou feignent de l'aimer, et les m&#233;decins lui mentiront, et les amis aussi &#224; travers l'idiote consolation et surtout pour aller mieux eux m&#234;mes, si je te console c'est parce que je suis en vie, et je ne vais pas mourir parce que je ne fume pas comme tu fumais toi irresponsable, bien que, d'autre part : ne sera-t-il pas injuste, de le priver de ces spectacles merveilleux, imposants, rythmiques de la nature ? : les cataractes majestueuses, le cr&#233;puscule cramoisi, les orchid&#233;es, les aubes &#224; c&#244;t&#233; de la mer, le tsunami, les crocodiles, les serpents, les tarentules, les moustiques, les araign&#233;es-loups, les requins, les cantharides, les termites, les frelons asiatiques, les fourmi &lt;i&gt;Paraponera&lt;/i&gt;, les punaises, les sangsues japonaises, les mille-pattes gigantesques ou l'araign&#233;e-banane ? et aussi, et peut-&#234;tre sp&#233;cialement : ne serait t-il pas injuste de le priver des exploits du g&#233;nie humain, de toute la grandeur que l'homme, le sujet historique, a fait tout le long des si&#232;cles, les pyramides, la philosophie hell&#233;nique, la jurisprudence romaine, la foi du Moyen &#226;ge, la musique de Mozart, les adages de ses derniers concerts pour piano, surtout le 23 et le 21, la neuvi&#232;me symphonie de Beethoven, les tableaux de Turner, la lumi&#232;re magique de Johannes Vermeer, le tableau mystique et &#233;nigmatique de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Jeune_Fille_%C3%A0_la_perle_%28film%29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La jeune fille &#224; la perle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1665)] devenue film avec les rondeurs (plus Rubens que Vermeer) de Scarlett Johansson, les mouvements du pinceau de Vel&#225;zquez, &lt;i&gt;Les Menines&lt;/i&gt; et l'analyse de Foucault, la Sonate Si mineur de Liszt, la Ballade N&#186; 1 de Chopin, les deux concerts pour piano de Brahms, sa premi&#232;re symphonie, toute la musique de Gershwin, de Gary Cooper dans &lt;i&gt;Le train sifflera trois fois&lt;/i&gt;, Richard Widmark dans &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Forbans_de_la_nuit&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les Forbans de la nuit&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; [&lt;i&gt;Night and the City&lt;/i&gt; (1950), les yeux de Jennifer Connelly, Connelly et Ben Kingley dans &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/House_of_Sand_and_Fog&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Maison de sable et de brume&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;House of Sand and Fog&lt;/i&gt;), les documentaires de Leni Riefensthal, ces d&#233;fil&#233;s si ordonn&#233;s, si imp&#233;ratifs des arm&#233;es nationales socialistes, la rationalit&#233; implacable d'Auschwitz, ces bombes monumentales de Hiroshima et Nagasaki, la torture comme travail du renseignement en Alg&#233;rie, en Argentine et en Irak, la majest&#233; des Tours Jumelles en tombant, les d&#233;capitations des fondamentalistes de l'islam, du petit enfant syrien mort dans au bord de la mer o&#249; jouent les petits enfants d'Occident, les &#233;lections de la d&#233;mocratie, de la joie de perdre l'une d'elles par trois points, les dandinements heureux, joyeux, insouciants de &lt;i&gt;MauMac&lt;/i&gt; [Mauricio &lt;i&gt;&#171; Hamel&#237;n &#187;&lt;/i&gt; Macri] sur le balcon de la Casa Rosada, la possibilit&#233; proche de Donald Trump comme pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; la t&#234;te des r&#233;publicains, le coup d'Etat imminent au Venezuela, les d&#233;crets de &lt;i&gt;MauMac&lt;/i&gt;, etc. ?, nous pensons tout cela, BB bien aim&#233;, et avec beaucoup de courage nous avons d&#233;cid&#233; de t'amener au monde, alors arr&#234;te la diarrh&#233;e estivale ou nous te mettons dans un internat, et nous te laissons tomber et nous nous consacrons &#224; notre travail : Apprendre aux entrepreneurs comment gagner plus d'argent en baissant les co&#251;ts, c'est-&#224;-dire : en mettant des salari&#233;s &#224; la rue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la fin d'ann&#233;e n'existe pas. C'est une convention. Pas tout &#224; fait &#171; &lt;i&gt;nouvelle ann&#233;e, nouvelle vie&lt;/i&gt; &#187;. Vous croyez s&#233;rieusement que vous allez avoir une nouvelle vie parce que 2016 est arriv&#233;e et la droite s'est empar&#233;e de la plan&#232;te, et rien lui ne r&#233;siste, qu'ils ne craignent rien sauf les fondamentalistes, parce qu'ils sont si semblables que les deux se font peur, parce que l'unique chose qui diff&#233;rencie un soldat d'infanterie navale entra&#238;n&#233; et sur&#233;quip&#233; pour tuer, d'un terroriste de l'islam, c'est que l'un tue et pr&#233;tend s'affranchir, l'autre non, cela ne lui importe pas, l&#224;-haut l'attendent Allah et les vierges qu'il a comme destin&#233;es. Enfin, d&#233;sol&#233; pour ces lignes, peut-&#234;tre pas tr&#232;s optimistes, mais de toutes fa&#231;ons : La Nouvelle Ann&#233;e Heureuse Pour Tous. (Oh, pardon : pour tous ? Rien ne peut &#234;tre heureux pour tous. Si c'est heureux pour quelques-uns, cela ne l'est pas pour tous les autres qui osent encore habiter e cette plan&#232;te ; ces obstin&#233;s, peut-&#234;tre des sujets humains h&#233;ro&#239;ques. Portons leur un toast . Et rappelons-nous la phrase de l'&#233;norme et c&#233;l&#232;bre Walter Benjamin : &#171; &lt;i&gt;C'est seulement&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;cause&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;ceux qui sont sans espoir&lt;/i&gt; que l'&lt;i&gt;espoir nous est donn&#233;&lt;/i&gt;. &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-289449-2016-01-03.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 3 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-fin-de-ano-no-existe-Jose-Pablo-Feinmann&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la diaspora latinoamercaine&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-fin-d-annee-n-existe-pas-Jose-Pablo-Feinmann&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora latinoamericaine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 3 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Anthropologie du bourgeois effray&#233; : Le L&#233;viathan</title>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il est possible que les guerres civiles anglaises soient aux origines du L&#233;viathan [de Hobbes], en le d&#233;terminant, en lui donnant un contexte fort, incontournable, mais elles ne l'expliquent pas compl&#232;tement. Je risque cette hypoth&#232;se : ces guerres (parce qu'il n'y a pas eu une seule une guerre civile, mais, au moins trois, bien que maintenant on pr&#233;f&#232;re les nommer ensemble) ont vu l'affrontement des monarchistes et des parlementaires. Comme toutes les guerres (et surtout civiles, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est possible que les guerres civiles anglaises soient aux origines du L&#233;viathan [de Hobbes], en le d&#233;terminant, en lui donnant un contexte fort, incontournable, mais elles ne l'expliquent pas compl&#232;tement. Je risque cette hypoth&#232;se : ces guerres (parce qu'il n'y a pas eu une seule une guerre civile, mais, au moins trois, bien que maintenant on pr&#233;f&#232;re les nommer ensemble) ont vu l'affrontement des monarchistes et des parlementaires. Comme toutes les guerres (et surtout civiles, il suffira de mentionner celle des Etats-Unis d'Am&#233;rique) ont fait coul&#233; du sang et de la cruaut&#233;, pour le moins. Ce fut des temps mauvais. Des temps qui ont exprim&#233; cette mal&#233;diction chinoise qui sugg&#232;re de d&#233;sirer des temps int&#233;ressants &#224; tout celui que l'on d&#233;teste. Ces temps, ceux int&#233;ressants, cependant, nous les vivons tous, puisque l'histoire que font et subissent les &#234;tres humains, est toujours douloureusement int&#233;ressante. Rappelons cette phrase de Borges sur Pascal : l'ont touch&#233;, comme nous tous, des temps mauvais &#224; vivre. Ces temps ont bless&#233; l'esprit de Thomas Hobbes, qui a v&#233;cu conditionn&#233;, effray&#233; par eux. Pendant les f&#233;roces combats de ses compatriotes, il n'a pas v&#233;cu en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1642, Hobbes publie sa premi&#232;re grande tentative de philosophie politique. Il l'intitule &lt;i&gt;De Cive &lt;/i&gt; (Du Citoyen). Ici, il anticipe (dans la Pr&#233;face de l'auteur au lecteur) la th&#233;orie qui sous-tend toutes les autres qu'il avance. D'abord : L'&#233;tat de nature. Deuxi&#232;mement : La lutte de tous contre tous. Dans cet &#233;tat, sur ce champ de bataille redoutable o&#249; r&#232;gnent le vacarme et la fureur, pr&#233;alables &#224; toute organisation rationnelle, a lieu la guerre de tous contre tous (&lt;i&gt;Bellum omnium contre omnes&lt;/i&gt;), celle qui exige que chaque homme soit pour l'autre l'unique chose qui peut l'amener &#224; survivre, un loup. Ainsi, l'homme est un loup pour l'homme (&lt;i&gt;Homo, homini lupus est&lt;/i&gt;). Et Hobbes r&#233;sume quelque chose que nous appellerons sa ruse essentielle, son stratag&#232;me, sa supercherie fondatrice. Qui est la suivante : si l'on veut l&#233;gitimer l'&#233;mergence d'un &#233;tat absolutiste, il faut introduire la peur dans la conscience libre des hommes. La peur est l'arme de pr&#233;dilection du pouvoir. Elle est dans les origines de l'&#201;tat bourgeois. Elle est chez Hobbes, qui fait peur &#224; ceux qui le lisent pour qu'ils acceptent la protection du L&#233;viathan, l'&#201;tat. Il dit dans &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt; : &#171; L'&#233;tat des hommes sans soci&#233;t&#233; civile, &#233;tat avec propri&#233;t&#233;, que nous pouvons nommer &#233;tat de nature, n'est pas autre chose qu'une guerre de tous contre tous ; et dans cette guerre tous les hommes ont droit &#224; toutes choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire, que l'&#233;tat de nature d&#233;coule par d&#233;finition du concept de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Sans respect pour la propri&#233;t&#233; des autres, sans la certitude qui me m&#232;ne &#224; respecter autrui, ce qui ne m'appartient pas, il n'y a pas de rationalit&#233; sociale possible. La philosophie politique de l'&#201;tat bourgeois surgit avec la sanctification conceptuelle de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Contrairement, &#171; Rousseau (&#233;crivent Hardt et Negri) disait que la premi&#232;re personne qui a voulu obtenir une partie de la nature afin qu'elle soit de sa possession exclusive et l'a transform&#233;e dans la forme transcendante de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e , fut celui qui a invent&#233; le malheur &#187; (l'Empire, cap. XIII). Hegel, qui n'&#233;tait pas contractualiste, dira que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est l'objectivation de la libert&#233; individuelle. Pour tout bon bourgeois de l'Occident capitaliste &#8211; celui de nos jours et celui de toujours &#8211; cette d&#233;finition est, sans plus, la v&#233;rit&#233;. C'est-&#224;-dire si nous suivons Rousseau, le malheur. Qui (selon le Candide de Voltaire) s'est appropri&#233; la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette menace (que d&#233;crit la situation horrible de vivre sans contr&#244;les) permet &#224; Hobbes de l&#233;galiser la proposition d'une seule entit&#233; toute-puissante qui introduit le contr&#244;le, le pouvoir-ordre-contr&#244;leur parmi les hommes. Bien s&#251;r, Foucault a &#233;t&#233; un lecteur appliqu&#233; du L&#233;viathan. Toute analyse du pouvoir doit partir de cette lecture. Dans le formidable chapitre XIII de son magnum un opus, Hobbes part du concept d'&#233;galit&#233;. Il ne sert en rien, il est pernicieux. Si les hommes sont &#233;gaux en nature et raison, ils vont toujours se confronter entre eux. Tout vise &#224; introduire la n&#233;cessit&#233; d'un &#234;tre sup&#233;rieur. L'&#233;galit&#233;, le commun, n'apporte pas la paix, mais la dispute pour la possession. Hobbes &#233;crit : &#171; De cette &#233;galit&#233; (...) surgit une &#233;galit&#233; dans l'espoir de parvenir &#224; nos fins. Et, donc, si deux hommes d&#233;sirent la m&#234;me chose (...) ils deviennent des ennemis ; et, pour parvenir &#224; leurs fins (...), ils s'obstinent &#224; se d&#233;truire et &#224; mutuellement se soumettre l'un &#224; l'autre &#187;. Et plus loin : &#171; De tout cela, il reste manifestement que, tandis que les hommes vivent sans &#234;tre contr&#244;l&#233; par un pouvoir commun qui les maintient tous effray&#233;s, ils sont dans cette condition dite de guerre, guerre de chaque homme contre chaque homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plong&#233;s dans cette situation tous vivent avec peur, puisqu'ils ont peur de mourir, &#224; tout moment, d'une mort violente. Il faut, par cons&#233;quent, instaurer une peur qui d&#233;passe toutes les autres et qui s' impose &#224; tous comme l'unique chose dont il faut avoir peur. Ce sera mieux pour tous et chacun des hommes. Et ce sera aussi un acte pieux, parce que &#171; la vie de l'homme est solitaire, pauvre, d&#233;sagr&#233;able, brutale et courte &#187;. Personne ne peut nier le pessimisme profond, m&#233;taphysique de Hobbes. J'ignore si Woody Allen le lui a propos&#233;, j'ignore s'il a connu le L&#233;viathan (il n'en a pas besoin), mais dans l'un de ses films (Annie Hall), il dit : &#171; &lt;i&gt;Pour moi la vie est divis&#233;e en deux parties : l'horrible et l'&#233;pouvantable&lt;/i&gt; &#187;. Il y a aussi une histoire dr&#244;le sur un bourgeois du XIXe si&#232;cle qui sort d'un restaurant et le chef lui demande la nourriture lui a plu. L'opulent bourgeois r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Elle &#233;tait mauvaise, mais au moins il en avait peu&lt;/i&gt; &#187;. Comme la vie pour Hobbes : &#171; elle est solitaire, pauvre, d&#233;sagr&#233;able, brutale &#187;, mais, au moins, elle est courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, selon Hobbes la passion des hommes qui aide le plus &#224; instaurer un ordre pour tous, est la peur. La peur de mourir. L'&#233;tat de nature fait courir un risque &#224; la vie de tous, parce que c'est un &#233;tat de guerre incessant dans lequel tous croient avoir les m&#234;mes droits. Apr&#232;s l'avoir cru, tous se croient libres. &#202;tre libre est agr&#233;able mais p&#233;rilleux. &#202;tre libre d'&#234;tre expos&#233; &#224; &#234;tre victime de la libert&#233; de l'autre. Ce brillant jeu conceptuel entre &#234;tre libre ou vivre en s&#233;curit&#233; m&#232;ne &#224; la qu&#234;te de ce que Hobbes nomme le L&#233;viathan. C'est-&#224;-dire l'&#201;tat, une entit&#233; dans laquelle tous d&#233;posent leur libert&#233;. On la remet &#224; l'&#201;tat pour que celui-ci &#8211; en tant que pouvoir sup&#233;rieur &#224; tous les pouvoirs individuels &#8211; garantisse la s&#233;curit&#233; du tout social. La s&#233;curit&#233; a un co&#251;t : le co&#251;t est la libert&#233; qui reste maintenant sous l'omnipotence de l'&#201;tat. Pourquoi Hobbes adosse-t-il &#224; l'&#201;tat ce nom ? Pourquoi le nomme-t-il L&#233;viathan ? Presque tous, ou nombreux, savent que le L&#233;viathan est un monstre biblique, une sorte d'&#233;norme serpent de mer. Mais peu (ou du moins, peu nombreux sont ceux que j'ai trouv&#233;s &#224; travers des ann&#233;es et les fr&#233;quentes r&#233;f&#233;rences au texte indispensable de Hobbes) ont recouru &#224; la source. Dans quel passage tumultueux de la Bible appara&#238;t le L&#233;viathan ? Dans le brillant Livre de Job, l'un des Livres Sapientiaux (des livres savants) de l'Ancien Testament. On ignore qui a &#233;crit ce livre, mais j'oserai dire que c'est le plus profond de tout l'Ancien Testament et, en ce qui concerne le Nouveau, il faudra dire que les paroles de Job, au niveau sagesse, sont &#224; la hauteur de celles de J&#233;sus. Job, apr&#232;s avoir cru si profond&#233;ment en Dieu, ce Dieu terrible et vindicatif de l'Ancien Testament, lui a remis sa libert&#233;, mais il vit en s&#233;curit&#233; et jouit de sa famille et de ses richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la demande de Satan (comme cela se passe dans le Faust de Goethe, le Faust de la modernit&#233; dans laquelle le Satan s'appelle M&#233;phistoph&#233;l&#232;s), Dieu met &#224; l'&#233;preuve son serviteur, son meilleur serviteur, Job. Il tue sa famille, son b&#233;tail, lui jette des fl&#233;aux pestilents et Job, en r&#233;cup&#233;rant sa libert&#233;, lui dit des mots terribles. Enfin, Dieu, dans son dernier et extr&#234;me effort pour le dominer, lui parle du L&#233;viathan, la b&#234;te omnipotente, invincible, &#224; qui il reste seulement &#224; avoir peur et &#224; se soumettre. Dieu lui dit : &#171; Tu p&#234;cheras avec un hame&#231;on le L&#233;viathan, / tu assujettiras sa langue avec des cordes ? (...) Ton espoir serait illusoire, / puisque seule sa vue terrorise / il n'y a pas d'audacieux capable de le provoquer / : Personne sous les cieux ! / : La terreur r&#232;gne autour de ses dents ! / Son &#233;ternuement provoque un scintillement / ses yeux clignotent comme l'aube . / Des torches poussent de ses mandibules / des &#233;tincelles de feu s'&#233;chappent ; / de ses narines un nuage de fum&#233;e sort / sa respiration allume les braises, / il expulse des flammes par sa bouche / devant lui danse l'&#233;pouvante. / Le fer est pour lui comme de la paille / du bois pourri du bronze. / il laisse derri&#232;re lui un sillage lumineux, / chevelure blanche on dirait l'abime. / Rien ne lui est &#233;gal sur terre, / puisqu'il est la cr&#233;ature sans peur. / Regarde le visage des plus hautains, / il est le roi des enfants de l'orgueil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Dieu, avec ses mots puissants, nomme le L&#233;viathan comme cr&#233;ature (&#234;tre cr&#233;&#233;), il est clair pour Job et pour nous qu'il ne s'agit pas d'un &lt;i&gt;ens creatum&lt;/i&gt;, mais du roi de la cr&#233;ation lui m&#234;me, Dieu. L'&#201;tat hobbesien est, alors, Dieu. Et la premi&#232;re chose qu'il demande aux hommes pour leur octroyer le bonheur de vivre s&#251;rs, est leur libert&#233;. De cette fa&#231;on, dans ce premier dessin majestueux de l'&#201;tat bourgeois capitaliste, il y aura la s&#233;curit&#233; seulement si les hommes, en se soumettant, remettent au L&#233;viathan leur condition d'&#234;tres libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruce Ackerman, un brillant constitutionnaliste usam&#233;ricain, a publi&#233; un livre au titre explicite : &#171; Avant qu'ils ne nous attaquent &#224; nouveau &#187;. C'est un chef-d'&#339;uvre de la peur et de la parano&#239;a. Il dit &#224; ses lecteurs : &#171; Si vous ne voulez pas qu'ils nous attaquent &#224; nouveau (si vous ne voulez pas un autre &lt;i&gt;nine-eleven&lt;/i&gt;) nous avons besoin de vous surveiller, si vous voulez vivre en s&#233;curit&#233;, le co&#251;t c'est la libert&#233;, que nous remettons &#224; l'&#201;tat antiterroriste. Au L&#233;viathan du XXIe si&#232;cle. De cette fa&#231;on, et en nous r&#233;f&#233;rant aux mauvaises, tr&#232;s mauvaises, nouvelles de ces jours derniers, les attaques terroristes favorisent les faucons d'Occident, et les citoyens qui, entre leur libert&#233; et la furie monstrueuse du L&#233;viathan, soit, entre ces deux possibilit&#233;s, choisissent, par peur, une peur exacerb&#233;e par des livres comme celui de Ackerman et par le pouvoir m&#233;diatique associ&#233; au Complexe Militairo-Industriel, la deuxi&#232;me. Ils dansent, alors, soumis mais s&#251;rs, la danse de la frayeur sous le regard du L&#233;viathan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann*&lt;/strong&gt; para &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-286205-2015-11-15.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, 15 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Antropologia-del-burgues-asustado-El-Leviatan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la diaspora latinoamericana&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par :&lt;/strong&gt; Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Anthropologie-du-bourgeois-effraye-Le-Leviathan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora latinoamericaine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 17 novembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La construction de l'ennemi...</title>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Personne, aucun politologue s&#233;rieux, ne nierait aujourd'hui que les deux bombes atomiques jet&#233;es par les Usam&#233;ricains au Japon l'ont &#233;t&#233;, non seulement pour mettre fin &#224; la guerre, mais pour &#233;viter que les sovi&#233;tiques s'emparent de l'empire de Hirohito. Et exhiber, &#224; titre d'intimidation, le pouvoir nucl&#233;aire d&#233;vastateur des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. La peur de la &#171; vague rouge &#187;, de son expansion, de ses conqu&#234;tes, a fonctionn&#233; une fois encore. Il fallait jeter ces bombes : pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Personne, aucun politologue s&#233;rieux, ne nierait aujourd'hui que les deux bombes atomiques jet&#233;es par les Usam&#233;ricains au Japon l'ont &#233;t&#233;, non seulement pour mettre fin &#224; la guerre, mais pour &#233;viter que les sovi&#233;tiques s'emparent de l'empire de Hirohito. Et exhiber, &#224; titre d'intimidation, le pouvoir nucl&#233;aire d&#233;vastateur des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. La peur de la &#171; vague rouge &#187;, de son expansion, de ses conqu&#234;tes, a fonctionn&#233; une fois encore. Il fallait jeter ces bombes : pour liquider les japs, bien s&#251;r, mais &#8211; en projetant les choses vers l'avenir &#8211; parce que tous savaient que la nouvelle guerre avait d&#233;j&#224; &#233;clat&#233;. La nouvelle, la vraie, qui confrontait les authentiques adversaires, l'occident et l'orient sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quelle sorte de guerre avait &#233;t&#233; la dite &#171; seconde &#187; ? Nombreux, aujourd'hui encore, ne savent pas r&#233;pondre &#224; cette question. La n&#233;bulosit&#233; de l'affrontement entre la d&#233;mocratie d'Occident et le totalitarisme national-socialiste recouvre tout, croit et dit offrir les r&#233;ponses, mais non, ment. Hitler a &#233;t&#233;, depuis le d&#233;but, un alli&#233; de l'occident capitaliste. Malgr&#233; son &#233;loquence, son art oratoire fr&#233;n&#233;tique contre la m&#233;diocrit&#233; bourgeoise, le F&#252;hrer, et qui ceux l'entouraient &#233;taient les ennemis des bolcheviques. Une chose &#233;tait le d&#233;lire de Hitler, ses extravagances, ses attaques contre les Juifs, les handicap&#233;s, les gitans et contre ses adversaires, une autre i&#233;tait la v&#233;rit&#233; d'un poids authentique, qui cadrait avec la logique des temps : ce F&#252;hrer temp&#233;tueux &#233;tait le seul, en Allemagne, d&#233;cid&#233; &#224; lutter contre les sovi&#233;tiques. Seul lui pourrait arr&#234;ter la menace de la vague rouge. Les SA &lt;i&gt;(SturmAbteilung)&lt;/i&gt; d'Ernst R&#246;hm s'affrontaient dans les rues de Berlin aux groupes organis&#233;s des syndicats socialistes. Cela favorisait Hitler et l'Occident &#171; d&#233;mocratique &#187;. Personne ne disait rien. &#171; Laissez-le au fou. Pour l'instant nous avons besoin de cela. Quand il aura bien fait son travail, quand il l'aura compl&#233;t&#233;, nous nous lib&#233;rerons de lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se voit tr&#232;s bien dans une sc&#232;ne du film &#171; Cabaret &#187; de Bob Fosse. C'est la sc&#232;ne champ&#234;tre. Un jeune homme commence &#224; chanter une douce chanson, le soleil brille, les bons Allemands prennent de la bi&#232;re et accompagnent la chanson du jeune homme qui porte une chemise brune. Peu &#224; peu, presque imperceptiblement, la chanson se crispe jusqu'&#224; se transformer en hymne de la guerre qui proclame : Demain nous appartient. Un aristocrate de l'industrie allemande, au c&#244;t&#233; d'un ami qui est de passage en Allemagne, observe, en souriant avec un air m&#233;prisant, ironique mais approbatif, le jeune homme et tous ceux qui l'ont accompagn&#233;, en levant leurs verres de bi&#232;re comme des lances de la vieille Allemagne glorieuse des Nibelungen, du &lt;i&gt;Sacrum Imperium&lt;/i&gt;, du Premier Reich. Son ami demande : &#171; Pourquoi ne les freinent-ils pas. Ne sont-ils pas dangereux ? &#187; &#171; Oui &#187;, r&#233;pond l'aristocrate, &#171; mais, pour l'instant, nous avons besoin d'eux. Ils vont nettoyer l'Allemagne des bolcheviques et des Juifs. Apr&#232;s, nous prendrons le contr&#244;le &#187;. &#171; Vous ? &#187; &#171; Certes, nous : L'Allemagne &#187;. L'Allemagne n'a pas pris le contr&#244;le, Hitler s'est empar&#233; de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre film, un film majestueux dirig&#233; par Stanley Kramer et qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; en 1961, &#171; le Jugement &#224; Nuremberg &#187;, on juge les juges national-socialistes, qui ont redu la justice pendant le Troisi&#232;me Reich. Le procureur les accuse d'&#234;tre coupables des cruaut&#233;s, des fr&#233;n&#233;sies des nazis. La d&#233;fense, &#224; la charge de Hans Rolfe, homme brillant et passionn&#233;, qui est v&#234;tu d' une toge noire et a les convictions d'un peloton entier de SS, est impeccable et implacable : &#171; Qu' existe-t-il du reste de monde ? Ne connaissiez-vous pas les intentions du Troisi&#232;me Reich ? N'aviez-vous pas entendu les mots de Hitler transmis au monde entier ? N'aviez-vous pas lu son intention dans &lt;i&gt;Mein Kampf&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; publi&#233;e sur toute la plan&#232;te ? O&#249; est rest&#233;e la responsabilit&#233; de l'Union sovi&#233;tique, qui en 1939 a offert &#224; Hitler le pacte qui lui a permis de faire la guerre ? O&#249; est rest&#233;e la responsabilit&#233; du Vatican, qui en 1933 a sign&#233; avec Hitler le concordat qui lui a donn&#233; son prestige terrible pour la premi&#232;re fois ? Allons-nous d&#233;clarer coupable le Vatican ? O&#249; est rest&#233;e la responsabilit&#233; du leader mondial Winston Churchill qui en 1938 : en 1938 !, il a dit dans une lettre ouverte au journal &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Si l'Angleterre souffrait d'une catastrophe internationale, elle prierait Dieu qu'il nous envoy&#226;t un homme avec l'intelligence et la volont&#233; de Hitler &#187;&lt;/i&gt;. Allons-nous d&#233;clarer coupable Winston Churchill ? O&#249; est rest&#233;e la responsabilit&#233; des industriels usam&#233;ricains qui, pour gagner de l'argent, ont aid&#233; Hitler &#224; reconstruire son armement ? Allons-nous d&#233;clarer coupables ces industriels ? Non, monsieur le Pr&#233;sident. L'Allemagne n'est pas l' unique responsable. Tout le monde est aussi responsable pour Hitler que l'est Allemagne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fenseur Hans Rolfe sait ce qu'il dit. Le procureur Lawson le v&#233;rifie pendant le proc&#232;s. Un sup&#233;rieur le convoque &#224; une r&#233;union priv&#233;e et l&#224;, durement, lui dit : &#171; Vous &#234;tes fous. Arr&#234;tez de maltraiter ces juges. Nous avons besoin d'eux pour la nouvelle guerre, qui s'initie maintenant. Nous ne pouvons pi&#233;tiner l'honneur des Allemands &#187;. Le procureur argumente : &#171; Ces hommes ont envoy&#233; des dizaines de milliers des personnes dans les camps de concentration &#187;. Le sup&#233;rieur insiste : &#171; Cela est d&#233;j&#224; du pass&#233;. Maintenant il faut regarder vers l'avenir &#187;. Le procureur Lawson, un lib&#233;ral, un d&#233;mocrate de ceux qui l'ont trouve de moins en moins aux USA, arrive &#224; la porte, s'arr&#234;te, il regarde son sup&#233;rieur et il lui dit : &#171; Je vais vous poser une question amusante : pourquoi y a-t-il- eu- cette guerre ? &#187; Il ouvre la porte et sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi y a eu -t-il cette la guerre ? Essayons d'&#234;tre brefs. Ou bien, en r&#233;sumant : la terreur de la &#171; vague rouge &#187; s'&#233;tait fix&#233;e en Allemagne, la d&#233;route du Trait&#233; de Versailles, humiliant, maladroit. Le comble de la diplomatie de la vengeance. La R&#233;publique de Weimar n'a pas su cr&#233;er un pouvoir, une n&#233;gation joyeuse de la r&#233;alit&#233; lui permettait de jouer &#224; la d&#233;mocratie, de prendre de la bi&#232;re, de chanter et danser comme Sally Bowles dans le &lt;i&gt;Kit Kat Club&lt;/i&gt;. (Voir mon roman &#171; L'ombre de Heidegger &#187;. Aussi La chute des dieux dans &#171; Il nous restera toujours Paris &#187; [Film CASABLANCA de Michael Curtiz] : le cin&#233;ma et la condition humaine. Et, bien s&#251;r, le film de Bob Fosse &#171; Cabaret&#171; et celui de Bergman &#171; L'&#339;uf du serpent &#187;). La R&#233;publique de Weimar a commenc&#233; &#224; se fissurer. Les syndicats bolcheviques, les activistes du socialisme, ont lutt&#233; dans les rues, dans les usines et ont cherch&#233; &#224; sortir de la catastrophe au moyen du communisme et de l'appui de l'URSS. Le monde occidental a paniqu&#233;. Qui &#233;tait le meilleur, dans cette Allemagne en ruine, pour freiner cela ?&#171; Il y en a un tr&#232;s bien. Adolf Hitler. Mais il n'est pas fiable. Nous croyons qu'il est fou &#187;. &#171; Cela n'est pas important . Tant qu'il freine les communistes il est notre homme. Apr&#232;s nous nous occuperons de lui &#187;. C'&#233;tait le dialogue secret qui &#8211; nous ne doutons pas de cela &#8211; s'est tenu dans les hautes sph&#232;res du pouvoir politique et de guerre d'Occident. Alors ils ont arm&#233; &#224;&#171; un fou &#187;. Ainsi ils ont cr&#233;&#233; leur ennemi le plus f&#233;roce. &#171; Un fou &#187;a battu les communistes, il a l&#233;galement gagn&#233; les &#233;lections (apr&#232;s avoir tu&#233; plusieurs de ses adversaires et avec les prisons pleines d'ouvriers, d'avocats, d'&#233;crivains, d'hommes politiques dissidents) et il s'est dispos&#233;, sans plus, &#224; conqu&#233;rir le monde.&#171; Le fou &#187; &#233;tait fou et sa folie fascinait l'Allemagne. :&#171; Avez-vous vu la beaut&#233; de ses mains ? &#187; Heidegger demande &#224; Jaspers. Hitler pactise avec Molotov et ensuite envahit la Pologne. Il commence la guerre. Cette guerre est visualis&#233;e, maladroitement ou d&#233;lib&#233;r&#233;ment, comme un fruit de la folie du F&#252;hrer et de son environnement de fanatiques. Faux : la guerre a lieu parce que l'Occident a arm&#233; Hitler pour qu'il freine les communistes. Que personne ne s'&#233;tonne si Henry Ford lui a rendu visite. Si Charles Lindberg s'est d&#233;clar&#233; son partisan enthousiaste et de plus antis&#233;mite. Si Ford lui a vendu des autos et des avions. Si l'Angleterre de Churchill lui a offert ou vendu les avions pas cher les avions de la RAF (Royal Air Force), avec lesquels ensuite Hitler bombardera Londres. Quel paradoxe sinistre ! Le Lion de l'Angleterre, le grand Sir Winston, avait remis des avions au Monstre qui d&#233;truisait maintenant Londres, la ville que lui aussi maintenant, avec une t&#233;nacit&#233; glorieuse, d&#233;fendait, d&#233;fense qui allait lui permettre des phrases que l'Histoire allait recueillir comme exemple de courage devant l'adversit&#233; (Je peux seulement leur promettre du sang, de la sueur et des larmes), une adversit&#233; facilit&#233;e par lui m&#234;me, par le h&#233;ros qui prot&#233;geait maintenant son peuple de la furie des avions allemands... et anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le guerrier anticommuniste qu'ils ont arm&#233;, celui qu'ils ont cr&#233;&#233; pour qu'il emp&#234;che que l'Allemagne, le centre du monde, le centre de l'Europe, la maltrait&#233;e par les n&#233;gociations post&#233;rieures &#224; la &#171; Premi&#232;re Guerre mondiale &#187;, tombe entre des mains des communistes, leur a fait un tour et leur a montr&#233; son pire des visages : il allait battre les communistes et aussi les marchands nord-am&#233;ricains, les associ&#233;s de la perfide l'Albion. Que personne ne s'&#233;tonne si maintenant il se passe la m&#234;me chose. Oussama Ben Laden a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233; par la CIA, lui et les talibans ont aussi re&#231;us des armes sophistiqu&#233;es de la CIA, pour qu'ils luttent contre les communistes. Ensuite, les Nord-Am&#233;ricains ont demand&#233; aux ex-sovi&#233;tiques &#171; comment ils se battent contre les afghans &#187;, sans obtenir de r&#233;ponses satisfaisantes de militaires qui avaient &#233;t&#233; battus. C'est la m&#234;me dialectique boomerang, que celle subie par les EU, aux cons&#233;quences terribles avec Hitler. Ils arment jusqu'aux dents un ennemi de leur grand ennemi, et ensuite leur alli&#233; &#8211; qui reste arm&#233; jusqu'aux dents &#8211; se retourne contre eux. L'Occident a cr&#233;&#233; Hitler et ensuite il a cr&#233;&#233; Oussama Ben Laden. Il semble exister pour cr&#233;er, &#224; plusieurs reprises, ses pires cauchemars. Maintenant, dans ces terres chaudes, la CIA est plus d&#233;sorient&#233;e que jamais. Ses ennemis, comme avant les Vietnamiens, sont &#233;vanescents, voire m&#233;taphysiques, comme disait Westmoreland des groupes de guerilleros du Vietcong. Chaque fois que j'entre dans ce sujet je me rappelle la fin d'un grand film de John Milius : &#171; Le lion et le vent &#187; (&lt;i&gt;The Wind and the Lion&lt;/i&gt;, 1975). Au bord de la mer, mont&#233;s sur de beaux chevaux, dialoguent, le sheik (Sean Connery, dans son meilleur r&#244;le) et son fid&#232;le adepte, qui lui demande s'ils sont encore en danger, puisque Teddy Roosevelt les a poursuivis, rien de moins. Le sheik r&#233;pond par un &#233;clat de rire : &#171; Nous n'avons jamais &#233;t&#233; nous, ni ne serons en danger. Ils sont le lion, mais nous... sommes le vent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt;* pour &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-284074-2015-10-18.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 19 octobre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; * &lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur, &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et auteur-animateur d'&#233;missions culturelles sur la philosophie. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-construccion-del-enemigo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la diaspora latinoamericana&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-construccion-del-enemigo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora latinoamericana&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 27 octobre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported.&lt;/a&gt; Bas&#233; sur une &#339;uvre de &lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pink Floyd est &#224; revisiter d'urgence </title>
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		<dc:creator>Jos&#233; Pablo Feinmann *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pourquoi revisiter Pink Floyd ? Cette bande de jeunes anglais avait inject&#233; la philosophie dans le rock de mani&#232;re imp&#233;rissable. Nous ne raconterons pas leur histoire, elle est bien connue. Nous analyserons certaines de leurs chansons, dans la mesure du possible surtout celles qui composent la bande annonce du film The Wall, qui est le sommet de leur carri&#232;re et qui est peut-&#234;tre aussi celui du rock en tant que musique, po&#233;sie et art de la r&#233;bellion. Ces chansons, d'une autre d&#233;cade, d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi revisiter Pink Floyd ? Cette bande de jeunes anglais avait inject&#233; la philosophie dans le rock de mani&#232;re imp&#233;rissable. Nous ne raconterons pas leur histoire, elle est bien connue. Nous analyserons certaines de leurs chansons, dans la mesure du possible surtout celles qui composent la bande annonce du film &lt;i&gt;The Wall&lt;/i&gt;, qui est le sommet de leur carri&#232;re et qui est peut-&#234;tre aussi celui du rock en tant que musique, po&#233;sie et art de la r&#233;bellion. Ces chansons, d'une autre d&#233;cade, d'un autre si&#232;cle, continuent de nous interpeler, de nous appeler vers les deux attitudes existentielles d&#233;finitives face &#224; la r&#233;alit&#233; (ce mur infranchissable) : la douce acceptation ou la r&#233;bellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi mon ami, qui veux-tu &#234;tre ? Un &#234;tre autonome, un &#234;tre libre ou juste une brique dans le mur ? Tu as &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; pour &#234;tre l'inverse de la libert&#233;. Pour que tu sois partie int&#233;grante du mur. Une brique, rien qu'une de plus. C'est pour cela qu'on t'a cri&#233; dessus, frapp&#233;, humili&#233;. A un certain moment, tu t'es rebell&#233; et ta r&#233;bellion s'est exprim&#233;e avec force, &#224; grands cris, de mani&#232;re po&#233;tique. &#171; Nous n'avons pas besoin d'&#233;ducation / Nous n'avons pas besoin du contr&#244;le de la pens&#233;e / &#161;Hey, Professeurs, laissez les enfants tranquilles ! &#187;. (&lt;i&gt;All in all you are just another brick in the wall&lt;/i&gt;). &#171; Tout compte fait, ce n'est qu'une brique de plus dans le mur &#187;. Celui qui punit, le professeur sadique, celui qui croit que l'instruction entre avec le sang, n'est rien d'autre qu'une brique dans le mur, int&#233;gr&#233;e &#224; lui, qui impose ses valeurs. Adorno nommait cette &#233;ducation &#171; la p&#233;dagogie de la douleur &#187;, dans un texte qui s'interrogeait sur quelles choses rendraient possible une r&#233;p&#233;tition d'Auschwitz. &#171; L'id&#233;al p&#233;dagogique de la rigueur (...). L'id&#233;e que la virilit&#233; consiste en ce point de r&#233;sistance le plus &#233;lev&#233;, a &#233;t&#233; pendant tr&#232;s longtemps l'image cachant un certain masochisme qui &#8211;comme l'a d&#233;montr&#233; la psychologie&#8211; fr&#244;le le sadisme avec tant de facilit&#233; &#187; (Adorno, Consignas, Amorrortu, Buenos Aires, pag. 88). Ce sujet &#233;tait tr&#232;s en vogue parmi nous suite aux d&#233;clarations d'un comique pass&#233; en politique. Cet homme avait expliqu&#233; que deux bons coups de b&#226;ton avaient fait de lui le porte-drapeau de son &#233;cole (ce qui avait &#233;t&#233; d&#233;menti par ses professeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que &lt;i&gt;The Wall&lt;/i&gt; ? A quoi faisaient r&#233;f&#233;rence les Pink Floyd en parlant du Mur ? Entre nous et tout ce qu'il y a de bon dans ce monde, il y a un mur. C'est le mur des puissants, de ceux qui commandent, de ceux qui nous &#233;duquent, de ceux qui nous forment pour que nous ne soyons qu'une brique dans ce mur, pour que nous fassions partie de lui, muets, cousus, inertes, que jamais nous ne le traversions, que jamais nous ne connaissions l'autre c&#244;t&#233; m&#234;me si nous pouvons en avoir l'intuition voire m&#234;me le d&#233;sirions, non, jamais, toujours de ce c&#244;t&#233; ou pire encore, partie du mur, en lui, partie int&#233;grante de lui, une brique de plus, juste cela. D'o&#249; cette autre chanson puissante des Floyd qui pousse &#224; la r&#233;bellion. &#171; &lt;i&gt;Hey, You !&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &#161;Eh, toi. Que fais tu l&#224; dehors, dans le froid, de plus en plus seul, de plus en plus vieux ? &#187; (&lt;i&gt;Getting lonely, getting old&lt;/i&gt;). Les paroles en anglais contiennent un sens qui va bien au del&#224; de la traduction fran&#231;aise. &lt;i&gt;Getting lonely&lt;/i&gt; peut aussi vouloir signifier en attrapant la solitude, la faisant sienne, ce qui transf&#232;re la responsabilit&#233; du fait advenu. Elle ne vient pas du dehors. Ni la solitude ni la vieillesse. Elles se gagnent. Elles s'attrapent. Elles s'obtiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hey, toi, peux-tu me percevoir ? &#187; Ne te limite pas seulement &#224; &#171; percevoir &#187; ma voix. Per&#231;ois aussi ma pr&#233;sence, ma proximit&#233;. Ainsi, et seulement ainsi, tu pourras &#171; attraper &#187; mes paroles. Et voila le moment de l'annonce. L'exigence rockeuse de la r&#233;bellion : &#171; Ne les aide pas &#224; enterrer la lumi&#232;re / N'abandonne pas sans te battre &#187;. &#171; Hey toi ! &#187; Me toucherais-tu ? Me tendrais-tu la main ? La r&#233;bellion, quand elle est vraie, elle se fait avec tout. L'esprit ne peut pas tout, bien que nous n'ayons que ces mots &#224; la bouche, qui, bien que tr&#232;s beaux, sont incomplets. : &#171; L'esprit de la r&#233;bellion &#187;. La r&#233;bellion n'est pas seulement esprit, elle est aussi corps, chair partag&#233;e, ardente, toujours en danger. C'est pour cela qu'ils savent qu'ils pourront toujours nous vaincre par la douleur. C'est pour cela qu'ils nous frappent. Ils soumettent notre corps car ils conqui&#232;rent notre pens&#233;e en la remplissant de petits vers. Chaque vers, une id&#233;e en moins. Chaque vers une id&#233;e &#224; eux. Jusqu'&#224; ce que chaque vers exprime le syst&#232;me complet d'id&#233;es avec lesquelles ils noieront notre libert&#233;. &#171; Hey, tu ! &#187; Ne t'assoies pas tout pr&#232;s du t&#233;l&#233;phone, n'attends pas pendant de longs hivers, n'attends pas l&#224;-bas soumis au froid ou au feu, la t&#234;te pos&#233;e contre le mur, un appel qui n'aura pas lieu, et s'il existe il viendra d'eux ; encore un autre, un autre appel pour te mettre des vers dans le cerveau. Ecoute-moi. Sens-moi. Aide-moi &#224; lever la pierre. Chaque jour, je la soul&#232;ve et la porte vers le sommet du mur, mais je n'y arrive jamais, le mur est trop haut, la Pierre tombe, je tombe et &#224; chaque fois c'est la m&#234;me chose, encore et encore, soulever la pierre et tomber. &#171; Hey toi ! &#187; Les vers ont-ils mang&#233; ton cerveau ? Sont-il d&#233;j&#224; l&#224;, en toi ? Ont-ils commenc&#233; &#224; se nourrir de ton cerveau ? Assez de faire ce que l'on te dit de faire ! (&lt;i&gt;Always doing what you're told.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvre ton c&#339;ur. Aide-moi. Ne me dis pas qu'il n'y a pas d'espoirs. Ensemble nous sommes debout ; divis&#233;s, nous tombons. Ensemble nous pouvons nous lever, s&#233;par&#233;s nous sommes battus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur ce sont les prisons de Foucault : les h&#244;pitaux psychiatriques pour les fous, les prisons pour les d&#233;linquants, une soci&#233;t&#233; n'est rationnelle que quand elle sait s'adapter &#224; tout ce qui nie la raison. Les vers sont le pouvoir de communication. Ils mangent ton cerveau, entrent en lui, tu ne t'en rends pas compte mais ils te d&#233;vorent de l'int&#233;rieur. Bient&#244;t tu penseras ce qu'ils veulent que tu penses. Quelqu'un arrive, comme le dit Heidegger dans son livre &lt;i&gt;Etre et Temps&lt;/i&gt;, dans un monde d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233;. Vit dans ce monde et y grandit. Il vit et grandit en &#233;tat d'interpr&#233;t&#233;. Il ne parle pas, on lui parle. Lorsqu'il parle, sortent de sa bouche les mots que les autres ont mis en elle. Il croit conna&#238;tre une langue, la langue le connait et le soumet &#224; elle. Il parle sa langue maternelle ou sa langue paternelle. Elle est parl&#233;e par son p&#232;re, par sa m&#232;re, ensuite par l'&#233;ducation, ensuite par le sens commun, un sens commun qui est celui du pouvoir, celui que le pouvoir a impos&#233; en tant que vision du monde. Tout cela est le mur. Il faut grimper sur lui et sortir, s'&#233;chapper. S'&#233;chapper vers soi-m&#234;me, vers tous les autres qui grimpent, vers la libert&#233;. Inventer de nouveaux mots. Les interpr&#233;tations. Il faut interpr&#233;ter le monde d'une autre mani&#232;re, nouvelle, lumineuse. Mais le mur est trop haut. Nous retombons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous recommen&#231;ons &#224; monter. Ou bien nous nous rendons &#8211;en plein milieu de notre joyeux esclavage- aux vers. &#171; Eh, toi ! Ne me dis pas qu'il n'y a aucun espoir. &#187; (&lt;i&gt;Hey you, don't tell me there's no hope at all.&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Floyd ne viennent pas dire cela. Ils ne diront &#224; personne : il n'y a aucun espoir. Loin du rock punk, ils font un rock conceptuel d'une lecture complexe. Pourtant, ils sont clairement loin de certaines choses. De la violence, du d&#233;sespoir, des paradis artificiels des drogues dures (une trag&#233;die qui les a touch&#233;s dans leur chair) ou de la sottise je-m'en-foutiste. Surtout de cela, sans aucun doute. Il faut pouvoir jouer un rock conceptuel et eux l'ont fait. Si je le pouvais, je dirais qu'ils pratiquent un existentialisme &#226;pre, souvent douloureux, toujours romantique, en assumant les contrastes vertigineux de cette esth&#233;tique, un humanisme r&#233;aliste, qui inclut l'inhumanit&#233; &#224; l'&lt;i&gt;humanitas&lt;/i&gt; universel, en la limitant, en indiquant que l'Autre partie de l'homme est aussi l'homme, que le sujet humain est autant celui qui cherche la libert&#233; que celui qui la nie, celui qui construit le mur comme celui qui tente d'y grimper pour fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarquable chanson de 1975, &#171; &lt;i&gt;Wish You Were Here&lt;/i&gt; &#187; (Comme j'aimerais que tu sois ici), r&#233;unit tous ces &#233;l&#233;ments. Quelqu'un dit qu'il souhaite que quelqu'un d'autre &#8211;celui qu'il aime- soit avec lui. Mais cet autre traine beaucoup d'&#233;cueils qu'il doit vaincre. Les &#233;cueils sont comme toujours, ceux du mur. Il faut apprendre &#224; distinguer ce qui est la propri&#233;t&#233; du mur, ce qui lui appartient sans nul conteste, des autres choses, celles de la beaut&#233;, celles de la libert&#233;. &#171; Crois-tu pouvoir distinguer le ciel de l'enfer/le ciel bleu de la douleur/un champ vert des rails d'acier/un sourire d'un voile ? &#187; Ou peut-&#234;tre pas ? Peut-&#234;tre ont-ils r&#233;ussi &#224; te faire remplacer tes h&#233;ros par des fant&#244;mes, &#224; changer un r&#244;le (m&#234;me secondaire) dans une guerre contre un r&#244;le principal dans une cage. Oui, j'aimerais, O combien j'aimerais que tu sois avec moi. Nous sommes deux &#226;mes perdues qui nagent dans un bocal. Ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, nous avons march&#233; sur une vielle terre. Et au final, qu'avons-nous trouv&#233; ? Seulement les m&#234;mes vielles peurs. J'aimerais tant que tu sois ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, la d&#233;route est consomm&#233;e. La vie est pass&#233;e a nager dans un bocal, d'o&#249; le poisson ne sort jamais et ne sait m&#234;me pas o&#249; il est, car il est dans le bocal et seulement s'il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dehors (m&#234;me au risque de mourir), il saurait qu'il y a plus que sa prison, qu'il existe des fleuves larges et turbulents, des oc&#233;ans infinis. Si on ne saute pas le mur, les ann&#233;es passeront sans laisser de trace, on marchera toujours sur la vieille terre, avec les vieilles peurs. La phrase finale devrait se lire ainsi : j'aimerais que tu sois ici pour fuir ensemble. Car c'est de cela dont il s'agit. Aimer, c'est sauter le mur avec quelqu'un d'autre ou avec beaucoup d'autres, vers l'autre c&#244;t&#233;, loin des vers, de la terre s&#232;che, des peurs &#233;ternelles, du joyeux esclavage, vers la nouveaut&#233;, vers l'incertitude, vers la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233; Pablo Feinmann* &lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-276407-2015-07-05.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, 5 juillet 2015.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Jos&#233; Pablo Feinmann&lt;/strong&gt; philosophe argentin, professeur ; &#233;crivain, essayiste, sc&#233;nariste et responsable de projets culturels sur la philosophie.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Pink-Floyd-a-re-visitar-de-urgencia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la diaspora argentine&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; par&lt;/strong&gt; : Montserrat Pacheco&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Pink-Floyd-a-revisiter-d-urgence&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora argentine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 7 juillet 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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