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	<title>El Correo</title>
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		<title>Islamophobie : vous avez dit contre-enqu&#234;te ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Islamophobie-vous-avez-dit-contre-enquete</link>
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		<dc:date>2015-01-06T10:40:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il devient de plus en plus difficile de nier que l'islamophobie se d&#233;veloppe en Europe. De l'attaque contre des mosqu&#233;es en Su&#232;de aux manifestations de &#171; bons allemands &#187; tous les lundis contre une pr&#233;tendue invasion musulmane, chaque jour les preuves s'accumulent. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a consacr&#233; l'introduction de son rapport sur l'ann&#233;e 2013 &#224; expliquer pourquoi elle acceptait finalement le terme d'islamophobie, ce que la plupart des grands (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il devient de plus en plus difficile de nier que l'islamophobie se d&#233;veloppe en Europe. De l'attaque contre des mosqu&#233;es en Su&#232;de aux manifestations de &#171; bons allemands &#187; tous les lundis contre une pr&#233;tendue invasion musulmane, chaque jour les preuves s'accumulent. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a consacr&#233; l'introduction de son rapport sur l'ann&#233;e 2013 &#224; expliquer pourquoi elle acceptait finalement le terme d'islamophobie, ce que la plupart des grands m&#233;dias se sont gard&#233;s de reprendre. M&#234;me l'in&#233;narrable Caroline Fourest a d&#251; finalement conc&#233;der, contrairement &#224; ce qu'elle n'a cess&#233; de r&#233;p&#233;ter pendant une d&#233;cennie, que le terme n'&#233;tait pas une &#171; invention des mollahs iraniens &#187; pour freiner toute critique de l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Lire &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2014/05/LIOGIER/50422&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le mythe de l'invasion arabo-musulmane&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, par Rapha&#235;l Liogier, Le Monde diplomatique, mai 2014. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il serait faux de penser que les tenants de ce rejet de l'islam aient renonc&#233;. Ils se battent autrement. Certains, de mani&#232;re radicale, comme Riposte la&#239;que (les anciens comparses de Caroline Fourest, qui appellent &#224; une manifestation en janvier contre les musulmans et pour la &lt;a href=&#034;http://ripostelaique.com/pegida-zemmour-houellebecq-18-janvier-en-avant-pour-la-reconquista.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Reconquista&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). D'autres se veulent plus subtils, mais v&#233;hiculent le m&#234;me message. Ainsi, dans l'introduction &#224; leur livre Islamophobie, la contre-enqu&#234;te (Plein jour, Paris, 2014), Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau &#233;crivent : &#171; Ce livre n'a pas pour objet de nier cette r&#233;alit&#233; ou de relativiser la gravit&#233; de ces actes (diverses attaques contre des musulmans). Tous sont &#224; proprement parler islamophobes au sens o&#249; ils visent des personnes en raison de leur appartenance r&#233;elle ou suppos&#233;e, &#224; la religion musulmane... &#187; Mais &#8212; car il y a un &#171; mais &#187; qui constitue le c&#339;ur de l'ouvrage : tout cela n'est pas vraiment grave, est largement exag&#233;r&#233;, manipul&#233;. Manipul&#233;, au point pour un des auteurs de d&#233;clarer, dans une interview au site anticomplotiste, que la lutte contre l'islamophobie est un complot visant &#224; &#171; nous convertir aux vertus politiques du multiculturalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8920 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L200xH245/En_pleine_forme-95970-2a71d.jpg?1694238637' width='200' height='245' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Isabelle Kersimon s'est surtout fait conna&#238;tre par des livres sur la lutte contre la cellulite ou le tabac, ou encore sur les meilleures recettes pour rester en forme. Elle collabore au journal Causeur, dirig&#233; par Elisabeth L&#233;vy, dans lequel elle a publi&#233; deux articles sur l'islam, ce qui en fait incontestablement une sp&#233;cialiste de premier plan. Quant &#224; Jean-Christophe Moreau, titulaire d'un Master 2 et pr&#233;parant actuellement une th&#232;se de droit, il n'a, &#224; notre connaissance, rien produit d'autre. Mais son site Etudes franco-musulmanes, donne un aper&#231;u de son combat id&#233;ologique : nul doute qu'il sera fr&#233;quemment invit&#233; d&#233;sormais dans les m&#233;dias, peut-&#234;tre m&#234;me pour remplacer Caroline Fourest qui commence &#224; fatiguer son monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces auteurs n'ont pas besoin de lettres de cr&#233;ance pour b&#233;n&#233;ficier du soutien inconditionnel de Caroline Fourest, laquelle dispose d'une tribune r&#233;guli&#232;re dans &#171; Les Matins de France Culture &#187; &#8212; il n'est pas inutile de rappeler que cette &#233;mission, comme la &#171; matinale &#187; de France Inter, sont des hauts lieux de l'islamophobie, o&#249; circulent des &#171; listes noires &#187; de personnes que l'on ne peut pas inviter. Le 15 d&#233;cembre, l'&#233;ditorialiste encense cet ouvrage, qui est, selon elle, &#171; une r&#233;ponse implacable, argument&#233;e et chiffr&#233;e, &#224; la flop&#233;e de livres, bien moins rigoureux, qui sont parus ces derniers mois pour nous annoncer une vague islamophobe en France &#187;. Et il faut dire qu'en mati&#232;re de rigueur, Caroline Fourest s'y conna&#238;t, elle qui a &#233;t&#233; r&#233;cemment condamn&#233;e pour avoir mis en doute l'agression contre une fille voil&#233;e &#224; Argenteuil (Robin Andraca, &#171; Agression Femme voil&#233;e : Fourest condamn&#233;e &#187;, Arr&#234;t sur images, 23 octobre 2014). Et mise en cause par le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel pour son traitement de l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire cette contre-enqu&#234;te est fastidieux et demande de comparer les attaques dirig&#233;es contre de nombreux chercheurs et leurs travaux pour voir si elles correspondent vraiment &#224; la r&#233;alit&#233;. Les auteurs, &#224; l'instar de Caroline Fourest, s'attaquent en priorit&#233; &#224; l'ouvrage de deux sociologues, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, Islamophobie. Comment les &#233;lites fran&#231;aises fabriquent le &#171; probl&#232;me musulman &#187; (La D&#233;couverte, Paris, 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principal reproche&lt;/strong&gt; : le livre se baserait &#171; presque exclusivement &#187;, selon Fourest, sur les &#233;l&#233;ments fournis par le &lt;i&gt;Collectif contre l'islamophobie en France&lt;/i&gt; (CCIF), pr&#233;sent&#233; comme une &#171; source statistique de r&#233;f&#233;rence &#187;, alors qu'il s'agit, selon elle, d'une association &#171; extr&#234;mement douteuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que disent Hajjat et Mohammed dans leur ouvrage ? Ils expliquent que &#171; les donn&#233;es du CCIF reposent essentiellement sur les d&#233;clarations des victimes (par t&#233;l&#233;phone, Internet ou courrier) et plus marginalement sur la recension d'affaires rendues publiques par la presse. Elles constituent aujourd'hui une source statistique de r&#233;f&#233;rence pour une partie des m&#233;dias fran&#231;ais, mais surtout pour les organisations internationales en charge des droits humains, qui ne manifestent, contrairement &#224; l'Etat fran&#231;ais, aucune r&#233;ticence &#224; reconna&#238;tre un mouvement ind&#233;pendant issu de la communaut&#233; musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur ou du CCIF, l'enregistrement est soumis &#224; de nombreux al&#233;as qui participent &#224; la construction des donn&#233;es finales. L'interpr&#233;tation du motif de rejet se joue au moment de l'incident, tout de suite apr&#232;s et au moment de l'enregistrement d'un acte islamophobe. &#192; chaque &#233;tape, l'incident fait l'objet d'interpr&#233;tations ou de d&#233;lib&#233;rations. En effet, toutes les interactions marqu&#233;es par le rejet ou la d&#233;fiance ne sont pas n&#233;cessairement explicites et les motivations des acteurs ne sont pas toujours discernables. L'enregistrement policier ou associatif d&#233;pendra ainsi du comportement de la victime et de l'auteur lorsqu'il est connu, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et des t&#233;moignages mobilisables, mais &#233;galement de la sensibilit&#233; de l'agent ou du militant &#224; l'&#233;gard de la forme de rejet en question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complexit&#233; li&#233;e au fait de comptabiliser ce type d'actes &#8212; qu'ils soient d'ailleurs islamophobes, antis&#233;mites ou simplement d&#233;lictuels &#8212; n'est pas une d&#233;couverte pour un sociologue. Mais Kersimon et Moreau ne sont pas sociologues&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux auteurs n'abordent pas, dans leur &#171; contre-enqu&#234;te &#187;, nombre d'&#233;tudes d'opinion r&#233;alis&#233;es en France, se bornant &#224; dire que &#171; les sondages r&#233;alis&#233;s &#224; grande &#233;chelle apr&#232;s les attentats du 11-Septembre n'ont montr&#233; aucune progression du rejet des musulmans dans les opinions occidentales &#187;. Pourtant, un simple survol rapide de la presse aurait r&#233;v&#233;l&#233; le contraire &#224; nos z&#233;l&#233;s &#171; contre-enqu&#234;teurs &#187;. Ainsi peut-on lire dans le journal Le Monde du 24 janvier 2013 que &#171; La religion musulmane fait l'objet d'un profond rejet de la part des Fran&#231;ais &#187; (par St&#233;phanie Le Bars) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rarement la d&#233;fiance envers l'islam aura &#233;t&#233; aussi clairement exprim&#233;e par la population fran&#231;aise. 74 % des personnes interrog&#233;es par Ipsos estiment que l'islam est une religion &#171; intol&#233;rante &#187;, incompatible avec les valeurs de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Chiffre plus radical encore, 8 Fran&#231;ais sur 10 jugent que la religion musulmane cherche &#171; &#224; imposer son mode de fonctionnement aux autres &#187;. Enfin, plus de la moiti&#233; pensent que les musulmans sont &#171; en majorit&#233; &#187; (10 %) ou &#8220;en partie&#8221; (44 %) &#171; int&#233;gristes &#187;, sans que l'on sache ce que recouvre ce qualificatif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre angle d'attaque de nos &#171; contre-enqu&#234;teurs &#187; concerne la notion d'islamophobie en France. &#171; La th&#232;se commune consiste &#224; ent&#233;riner l'id&#233;e d'une islamophobie constitutive de l'ADN fran&#231;ais depuis les Lumi&#232;res &#187;, &#233;crivent-ils. Pourtant, l&#224; aussi, les propos de Hajjat et Muhammad sont bien diff&#233;rents : &#171; Il est imp&#233;ratif d'&#233;viter les &#233;cueils de l'anachronisme et d'une vision anhistorique de l'islamophobie discursive. Il n'existe pas d'islamophobie globale, multis&#233;culaire et intrins&#232;que &#224; l'identit&#233; europ&#233;enne, une hostilit&#233; visc&#233;rale et end&#233;mique dont la &#171; nature &#187; serait identique du Moyen Age jusqu'au XXIe si&#232;cle et qui ne ferait que varier d'intensit&#233; d'une p&#233;riode historique &#224; l'autre. Il s'agit au contraire de discours contingents, produits par des acteurs tr&#232;s divers (th&#233;ologiens, philosophes, &#233;rudits, diplomates, gouvernements, scientifiques, journalistes, etc.) et des contextes sociaux et historiques particuliers (r&#233;action aux conqu&#234;tes musulmanes, Croisades, d&#233;clin de l'Empire ottoman, imp&#233;rialisme europ&#233;en et &#233;tats-unien, immigration provenant de pays musulmans vers l'Europe, etc.). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut admirer la mani&#232;re dont ils analysent le discours m&#233;diatique, &#233;voquant quelques &#233;missions audiovisuelles pour &#171; prouver &#187; que les m&#233;dias ne sont pas islamophobes (alors m&#234;me que cette liste est tir&#233;e du livre de Thomas Deltombe, L'islam imaginaire, La D&#233;couverte, qu'ils critiquent vertement). Un peu comme si on se servait de l'&#233;mission &#171; L&#224;-bas si j'y suis &#187; de Daniel Mermet (aujourd'hui supprim&#233;e) pour pr&#233;tendre que France Inter combat la mondialisation et s'aligne sur la gauche radicale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pour arriver &#224; cette magnifique conclusion : notre soci&#233;t&#233; &#171; tente ind&#233;niablement, parfois avec des maladresses (sic), parfois avec des arri&#232;re-pens&#233;es, d'offrir aux musulmans une place digne de l'id&#233;e que nous nous faisons de nous-m&#234;mes : la place de citoyens libres et &#233;gaux en devoirs et en droits &#187;. Il n'existe pas, ajoutent-ils, de &#171; France visc&#233;ralement islamophobe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Gresh *&lt;/strong&gt; pour les &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nouvelles d'Orient&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2015-01-06-Islamophobie-vous-avez-dit-contre-enquete&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nouvelles d'Orient&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Les blogs du Diplo . Paris, 6 janvier 2015.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Grave crise entre les &#233;mirats du Golfe</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Grave-crise-entre-les-emirats-du-Golfe</link>
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		<dc:date>2014-03-11T23:01:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;La d&#233;cision n'a pas vraiment surpris, car le feu couvait depuis longtemps sous la cendre. Le 5 mars, trois pays membres du Conseil de coop&#233;ration du Golfe (CCG), l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahre&#239;n annon&#231;aient, dans un communiqu&#233; commun, le rappel de leurs ambassadeurs au Qatar (&#171; Saudi, Bahrain, UAE recall envoys to Qatar &#187;, Saudi Gazette, 5 mars). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le communiqu&#233; pr&#233;cise que les trois pays &#171; ont fourni des grands efforts pour n&#233;gocier avec le Qatar &#224; tous les niveaux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La d&#233;cision n'a pas vraiment surpris, car le feu couvait depuis longtemps sous la cendre. Le 5 mars, trois pays membres du &lt;i&gt;Conseil de coop&#233;ration du Golfe&lt;/i&gt; (CCG), l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Bahre&#239;n annon&#231;aient, dans &lt;a href=&#034;http://gulfnews.com/news/gulf/qatar/uae-saudi-arabia-and-bahrain-issue-joint-statement-on-qatar-1.1299738&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;un communiqu&#233; commun&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, le rappel de leurs ambassadeurs au Qatar (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.saudigazette.com.sa/index.cfm?method=home.regcon&amp;contentid=20140305197684&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Saudi, Bahrain, UAE recall envoys to Qatar&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Saudi Gazette,&lt;/i&gt; 5 mars).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communiqu&#233; pr&#233;cise que les trois pays &lt;i&gt;&#171; ont fourni des grands efforts pour n&#233;gocier avec le Qatar &#224; tous les niveaux et pour arriver &#224; une politique commune&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;et garantir les principes de non ing&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures des Etats-membres &#187;&lt;/i&gt; (du CCG). &#171; &lt;i&gt;Ils ont aussi demand&#233; au Qatar de ne soutenir aucun mouvement dont le but est de menacer la s&#233;curit&#233; et la stabilit&#233; des Etat membres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communiqu&#233; fait &#233;galement r&#233;f&#233;rence au sommet tripartite du 23 novembre 2013 entre l'&#233;mir du Kowe&#239;t, celui du Qatar (le cheikh Tamilm qui venait de succ&#233;der &#224; son p&#232;re) et le roi d'Arabie saoudite, sommet au cours duquel un accord aurait &#233;t&#233; sign&#233; et que le Qatar n'aurait pas appliqu&#233; malgr&#233; plusieurs tentatives de m&#233;diation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mesure de retrait a entra&#238;n&#233; une chute importante de la bourse de Doha, de 2 % pour l'index des 20 plus grandes soci&#233;t&#233;s, la plus forte baisse depuis 6 mois &#8212; mais les valeurs du march&#233; sont en hausse de pr&#232;s de 10 % sur un an. Les valeurs les plus touch&#233;es ont &#233;t&#233; les t&#233;l&#233;communications, les banques, le transport, l'immobilier (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.gulf-times.com/eco.-bus. news/256/details/383509/qatar-shares-drop-2%25%2c-largest-single-day-loss-in-6-months&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Qatar shares drop 2%, largest single-day loss in 6 months&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Gulf Times,&lt;/i&gt; 5 mars).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Doha a exprim&#233; &lt;i&gt;&#171; ses regrets et sa surprise &#187;&lt;/i&gt; apr&#232;s cette d&#233;cision prise par &lt;i&gt;&#171; des pays fr&#232;res &#187;&lt;/i&gt;. Celle-ci est &lt;i&gt;&#171; contraire aux int&#233;r&#234;ts, &#224; la s&#233;curit&#233; et &#224; la stabilit&#233; des peuples du CCG &#187;&lt;/i&gt;, mais est li&#233;e &#224; des diff&#233;rences de points de vue sur des questions qui ne concernent pas le CCG (allusion sans doute &#224; l'Egypte, lire &#171; &lt;a href=&#034;http://www.gulf-times.com/qatar/178/details/383621/qatar-%E2%80%98regrets%E2%80%99--envoys%E2%80%99-recall-by-three-gcc-states&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Qatar &#171; regrets &#187; envoys' recall by three GCC states&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Gulf Times,&lt;/i&gt; 6 mars). Toutefois, Doha a d&#233;cid&#233; de maintenir ses ambassadeurs dans les trois capitales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une source officielle &#224; Doha, s'exprimant anonymement, a employ&#233; un langage moins diplomatique : &lt;i&gt;&#171; Le Qatar ne renoncera pas, quelles que soient les pressions, &#224; sa politique &#233;trang&#232;re. C'est une question de principes auxquels nous sommes attach&#233;s, quel que soit le prix &#224; payer &#187;&lt;/i&gt; (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.trust.org/item/20140306123733-rgcgb/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Qatar &#171; will not bow to pressure to alter foreign policy &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Reuters, 6 mars 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de revenir sur le fond des probl&#232;mes qui opposent le Qatar aux trois autres pays, une remarque s'impose : deux des six membres du CCG ne se sont pas joints &#224; l'Arabie saoudite, ce qui est un revers pour le royaume. D'abord le Kowe&#239;t, qui a tent&#233; des m&#233;diations mais ne souhaite pas envenimer les choses ; de plus, comme le Qatar, le pays n'a pas sign&#233; l'accord de s&#233;curit&#233; (le Parlement s'y oppose fortement). Ensuite Oman, qui s'est oppos&#233; &#224; plusieurs reprises &#224; ce qui est per&#231;u comme une volont&#233; h&#233;g&#233;monique de Riyad et qui a refus&#233;, lors du sommet du CCG en d&#233;cembre, de cautionner le projet d'union des pays du Golfe, avec une dimension militaire (lire Marc Cher Leparrain, &#171; &lt;a href=&#034;http://orientxxi.info/magazine/fronde-d-oman-contre-l-arabie,0494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fronde d'Oman contre l'Arabie saoudite&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, OrientXXI, 22 janvier 2014.) Pour aggraver leur cas, les Omanais ont servi d'interm&#233;diaires aux n&#233;gociations secr&#232;tes entre l'Iran et les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le front des trois pays n'est pas aussi solide qu'on pourrait le penser, les Emirats arabes unis ayant, contrairement &#224; l'Arabie saoudite, repris langue avec l'Iran : le ministre des affaires &#233;trang&#232;res &#233;mirati s'est rendu &#224; T&#233;h&#233;ran le 28 novembre et son homologue iranien a &#233;t&#233; re&#231;u &#224; Abou Dhabi le 4 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations entre le Qatar et l'Arabie saoudite sont tendues depuis des ann&#233;es, notamment &#224; cause de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Al-Jazira, dont les critiques &#224; l'&#233;gard du r&#233;gime saoudien ont &#233;t&#233; constantes. L'Arabie avait retir&#233; son ambassadeur &#224; Doha en 2002, pour protester contre ses &#233;missions. Il n'avait repris son poste qu'en 2008 &#224; la suite d'une promesse de Doha d'att&#233;nuer le ton de sa cha&#238;ne satellitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette crise semble beaucoup plus grave que les pr&#233;c&#233;dentes, car elle d&#233;passe largement Al-Jazira, accus&#233;e par Riyad d'avoir repris ses critiques contre le royaume ces deux derniers mois. Riyad (et Abou Dhabi) reprochent au Qatar d'avoir aid&#233; et financ&#233; les Fr&#232;res musulmans en Arabie et dans les Emirats arabes unis (ce pays a arr&#234;t&#233; des dizaines de membres de la confr&#233;rie, ou suppos&#233;s tels). Or les Fr&#232;res musulmans sont devenus l'ennemi principal des deux monarchies (lire mon article de novembre 2012, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/GRESH/48337&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les Fr&#232;res musulmans &#224; l'&#233;preuve du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;). Le 7 mars, &#224; la suite de l'Egypte, l'Arabie saoudite a d&#233;sign&#233; les Fr&#232;res comme &#171; organisation terroriste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce reproche, la pomme de discorde essentielle reste l'Egypte, Riyad et Abou Dhabi ayant salu&#233; le coup d'Etat de l'arm&#233;e du 3 juillet 2013, le Qatar l'ayant condamn&#233;. Les relations entre Doha et Le Caire restent mauvaises et l'Egypte, dont l'ambassadeur au Qatar a quitt&#233; son poste en f&#233;vrier, reproche &#224; l'&#233;mirat de s'ing&#233;rer dans ses affaires int&#233;rieures et de refuser d'extrader des &#171; criminels &#187; qui s'y sont r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les critiques du cheikh Youssef Al-Qaradhawi contre la famille r&#233;gnante aux Emirats d&#233;but f&#233;vrier avait provoqu&#233; &lt;a href=&#034;http://www.aljazeera.com/news/middleeast/2014/02/uae-summons-qatar-envoy-over-qaradawi-remarks-20142215393855165.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;une convocation de l'ambassadeur du Qatar &#224; Abou Dhabi&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Il faut noter toutefois que le cheikh, qui pr&#233;sentait une des &#233;missions phare d'Al-Jazira, &#171; La charia et la vie &#187;, en a &#233;t&#233; priv&#233; depuis plusde six mois sans qu'aucune explication n'ait &#233;t&#233; avanc&#233;e ; en revanche, il prononce la khotba du vendredi dans l'une des grandes mosqu&#233;es de Doha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse saoudienne a ajout&#233; deux griefs &#224; ces accusations (&#171; &lt;i&gt;Saudi Arabia and other Gulf States lose patience with Qatar&lt;/i&gt; &#187;, BBC Monitoring research, 5 mars 2014) :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; celui d'aider les groupes les plus extr&#233;mistes en Syrie, notamment le Front Al-Nosra (reproche fait aussi &#224; la Turquie) ; il est &#224; noter pourtant que le Qatar, les Emirats arabes unis et l'Arabie saoudite soutiennent tous la r&#233;bellion en Syrie ;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; celui d'aider les rebelles &#171; houtistes &#187; au Y&#233;men (c'est la premi&#232;re fois que je lis une telle accusation ; lire Pierre Bernin, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/10/BERNIN/18194&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les guerres cach&#233;es du Y&#233;men&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique,&lt;/i&gt; octobre 2009).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Cette crise est la plus s&#233;rieuse qu'ait connue le CCG depuis sa fondation. Elle est d'autant plus significative que l'on assiste &#224; une r&#233;organisation de la r&#233;gion avec la d&#233;tente (relative) entre l'Iran et les Etats-Unis. Le sommet arabe qui doit se tenir &#224; la fin du mois au Kowe&#239;t risque d'&#234;tre agit&#233;. La r&#233;action fran&#231;aise est rest&#233;e discr&#232;te, c'est le moins qu'on puisse dire. Seule la s&#233;natrice Nathalie Goulet a publi&#233; un &lt;a href=&#034;http://www.udi-uc-senat.fr/les-communiques_nathalie-goulet-derriere-la-crise-diplomatique-autour-du-qatar-le-retour-de-l-arabie-saoudite-et-de-la-diplomatie-sunnite-_2522.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;communiqu&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; attirant l'attention sur le caract&#232;re dangereux de l'escalade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Gresh &lt;/strong&gt; pour Le Monde diplomatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2014-03-07-Grave-crise-entre-les-emirats-du-Golfe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;LMD&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 7 mars 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;La version du texte en arabe &lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.akhbarboom.com/archives/73025&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;ici&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ariel Sharon, la fin d'un criminel de guerre</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Ariel-Sharon-la-fin-d-un-criminel-de-guerre</link>
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		<dc:date>2014-01-14T14:03:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Ariel Sharon s'est donc &#233;teint le samedi 11 janvier 2014, apr&#232;s de longues ann&#233;es de coma. Le pr&#233;sident Fran&#231;ois Hollande a publi&#233; un communiqu&#233; qualifi&#233; par Le Point de &#171; lapidaire &#187; : il &#171; a &#233;t&#233; un acteur majeur dans l'histoire de son pays. Apr&#232;s une longue carri&#232;re militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens. Je pr&#233;sente mes condol&#233;ances sinc&#232;res &#224; sa famille et au peuple d'Isra&#235;l &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a connu effectivement des textes plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Israel" rel="directory"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?s=%22ariel+sharon%22&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ariel Sharon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; s'est donc &#233;teint le samedi 11 janvier 2014, apr&#232;s de longues ann&#233;es de coma. Le pr&#233;sident Fran&#231;ois Hollande a publi&#233; un communiqu&#233; qualifi&#233; par &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt; de &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lepoint.fr/monde/mort-d-ariel-sharon-le-communique-lapidaire-de-francois-hollande-11-01-2014-1779218_24.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;lapidaire&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;/i&gt; : il &#171; &lt;i&gt;a &#233;t&#233; un acteur majeur dans l'histoire de son pays. Apr&#232;s une longue carri&#232;re militaire et politique, il a fait le choix de se tourner vers le dialogue avec les Palestiniens. Je pr&#233;sente mes condol&#233;ances sinc&#232;res &#224; sa famille et au peuple d'Isra&#235;l&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a connu effectivement des textes plus chaleureux, mais fallait-il vraiment pr&#233;senter ses condol&#233;ances au peuple d'Isra&#235;l ? Il aurait mieux valu les offrir aux Palestiniens et aux milliers de victimes dues aux actions directes de cet officier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus c&#233;l&#232;bre, si l'on peut dire, est celle des camps de Sabra et Chatila. Mais le parcours de Sharon est jonch&#233; de cadavres et il n'est pas inutile de rappeler quelques-uns de ses exploits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier connu eut lieu le 14 octobre 1953 dans le village de Qibya, en Cisjordanie (&#224; l'&#233;poque sous souverainet&#233; jordanienne). En repr&#233;sailles &#224; une action de commandos palestiniens qui avait fait plusieurs victimes civiles, l'unit&#233; 101 de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, sous le commandement de Sharon, p&#233;n&#232;tre dans le village et dynamite une cinquantaine de maisons avec leurs habitants. Bilan : soixante-neuf morts palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'agression isra&#233;lienne contre l'Egypte en octobre 1956 (qui fait suite &#224; la nationalisation de la compagnie du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser), une unit&#233; command&#233;e par Sharon s'empare de la passe de Mitla. On devait apprendre en 1995 que plusieurs dizaines de prisonniers &#233;gyptiens, mais aussi une cinquantaine d'ouvriers captur&#233;s par hasard ainsi qu'une cinquantaine de fedayin palestiniens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s lors de cette op&#233;ration (parmi d'autres massacres durant la guerre de 1956 r&#233;v&#233;l&#233;s dans les ann&#233;es 1990 &#8212; lire la biographie de Sharon dans &lt;i&gt;Les 100 cl&#233;s du Proche-Orient&lt;/i&gt;, Alain Gresh et Dominique Vidal, Fayard, Paris, 2011) ; et aussi la magnifique bande dessin&#233;e de Joe Sacco, &lt;i&gt;Gaza 1956. En marge de l'histoire,&lt;/i&gt; Futuropolis, Paris, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait dire aussi un mot du &#171; &lt;i&gt;r&#233;tablissement de l'ordre&lt;/i&gt; &#187; &#224; Gaza en 1970-1971, une op&#233;ration qui a dur&#233; des mois et a abouti &#224; la destruction de centaines de maisons, et &#224; la mort d'un nombre incalculable de Palestiniens (avez-vous remarqu&#233; que, d&#232;s qu'il s'agit de morts palestiniens, on ne conna&#238;t jamais les chiffres exacts ? Ils forment toujours une masse sans noms et sans visages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les exploits les plus &#233;clatants de Sharon sont les massacres de Sabra et Chatila, qui ont lieu &#224; la suite de l'invasion isra&#233;lienne du Liban &#224; l'&#233;t&#233; 1982, invasion qui en soit est d&#233;j&#224; un crime passible de la justice internationale et qui provoquera des milliers de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Human Rights Watch&lt;/i&gt; rappelle, dans un communiqu&#233; publi&#233; le 11 janvier 2014, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.hrw.org/news/2014/01/11/israel-ariel-sharon-s-troubling-legacy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Israel : Ariel Sharon's Troubling Legacy. Evaded Prosecution Over Sabra and Shatilla Massacres&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; sa responsabilit&#233; dans les massacres des (camps palestiniens) Sabra et Chatila au Liban, durant lesquels des centaines (l&#224; aussi les chiffres varient, mais sans doute plus d'un millier) de Palestiniens, hommes, femmes, vieillards et enfants furent sauvagement extermin&#233;s. Ces atrocit&#233;s ont &#233;t&#233; commises par les Phalanges libanaises, alli&#233;es d'Isra&#235;l, sous l'oeil de l'arm&#233;e isra&#233;lienne qui encerclait les camps palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En f&#233;vrier 1983, la Commission Kahane, commission officielle d'enqu&#234;te isra&#233;lienne sur ces &#233;v&#233;nements, note HRW, a estim&#233; que : &#171; &lt;i&gt;Sharon n'a pas pris s&#233;rieusement en consid&#233;ration&#8230; le fait que les phalangistes &#233;taient susceptibles de commettre des atrocit&#233;s...&lt;/i&gt; &#187; La commission a estim&#233; que le m&#233;pris que Sharon avait manifest&#233; &#171; &#224; l'&#233;gard de la possibilit&#233; d'un massacre &#187; &#233;tait &#171; &lt;i&gt;impossible &#224; justifier&lt;/i&gt; &#187;. Elle a recommand&#233; sa destitution en tant que ministre de la d&#233;fense. Il est rest&#233; dans le cabinet isra&#233;lien en tant que ministre sans portefeuille et est devenu plus tard premier ministre en 2001, poste qu'il a occup&#233; jusqu'&#224; son attaque (c&#233;r&#233;brale) en janvier 2006.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les autorit&#233;s judiciaires isra&#233;liennes n'ont jamais men&#233; une enqu&#234;te criminelle pour d&#233;terminer si Sharon et d'autres responsables militaires isra&#233;liens portaient une responsabilit&#233; p&#233;nale. En 2001, les survivants (des massacres de Sabra et Chatila) ont port&#233; plainte en Belgique pour demander que Sharon soit poursuivi en vertu de la &#171; comp&#233;tence universelle &#187; de la loi belge. Des pressions politiques ont conduit le Parlement belge &#224; modifier la loi en avril 2003 et &#224; l'abroger purement et simplement en ao&#251;t, ce qui amena le plus haut tribunal de Belgique &#224; abandonner l'affaire contre Sharon au mois de septembre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les changements de la loi en Belgique, on pourra lire Pierre P&#233;an, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2002/09/PEAN/16819&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La bataille de Bruxelles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux t&#233;moignages montrent que le r&#244;le de l'arm&#233;e isra&#233;lienne ne fut pas seulement &#171; passif &#187;. Le journaliste isra&#233;lien (et collaborateur du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt; Amnon Kapeliouk l'avait montr&#233; dans un livre c&#233;l&#232;bre publi&#233; &#224; chaud, &lt;i&gt;Sabra et Chatila, enqu&#234;te sur un massacre&lt;/i&gt; (Le Seuil, Paris, 1982). Il allait y revenir &#224; plusieurs reprises, notamment dans un article publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; (juin 1983), &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/1983/06/KAPELIOUK/37393&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les insuffisances de l'enqu&#234;te isra&#233;lienne sur les massacres de Sabra et Chatila&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;L'un des d&#233;fauts les plus graves du rapport Kahane est relatif &#224; la question de la responsabilit&#233; du massacre. Sur ce point, les conclusions de la commission sont en contradiction avec les faits qu'elle-m&#234;me rapporte. L'arm&#233;e isra&#233;lienne a occup&#233; Beyrouth-Ouest ; elle &#233;tait donc responsable de la paix et de la s&#233;curit&#233; de sa population civile, aux termes des lois internationales les plus &#233;l&#233;mentaires. D'ailleurs, le pr&#233;texte invoqu&#233; pour justifier son entr&#233;e &#224; Beyrouth-Ouest &#233;tait bien la volont&#233; &#8220;d'&#233;viter les risques de violences, les effusions de sang et le chaos &#187; (&#167; 41). &lt;br/&gt;
Le 16 septembre 1982, au lendemain de l'occupation de Beyrouth-Ouest, le bureau du ministre de la d&#233;fense diffuse un document o&#249; il est dit notamment : &#171; F) Un seul &#233;l&#233;ment, et cet &#233;l&#233;ment sera l'arm&#233;e isra&#233;lienne, commandera les forces sur le terrain. Quant &#224; l'op&#233;ration dans les camps, ce sont les Phalanges qui y seront envoy&#233;es &#187; (&#167; 32). &lt;br class='autobr' /&gt;
Selon l'interpr&#233;tation du chef du bureau des renseignements militaires de l'arm&#233;e, &#171; cela signifiait que toutes les forces op&#233;rant sur le terrain, y compris les Phalanges, se trouveraient sous l'autorit&#233; de Tsahal et agiraient selon ses directives &#187;&lt;/i&gt; (ibid.). &#187;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s quoi, les trois enqu&#234;teurs (de la commission Kahane) affirment que la responsabilit&#233; de MM. Begin, Sharon, Eytan, etc. est indirecte. La meilleure r&#233;ponse &#224; cette affirmation est venue de la plume d'Amos Oz, le plus connu des &#233;crivains isra&#233;liens : &#171; Celui qui invite l'&#233;ventreur du Yorkshire &#224; passer deux nuits dans un orphelinat de jeunes filles ne peut ensuite pr&#233;tendre, en voyant l'amoncellement de cadavres, qu'il s'&#233;tait entendu avec lui pour qu'il se contente de laver la t&#234;te des enfants &#187;. Le romancier Izhar Smilansky a lui aussi ironis&#233; : &#171; On a l&#226;ch&#233; des lions affam&#233;s dans l'ar&#232;ne. Ils ont d&#233;vor&#233; des hommes. Donc les lions sont coupables &#187;. D'apr&#232;s le paragraphe 298 du code p&#233;nal isra&#233;lien de 1977, &#171; sera accus&#233; de meurtre quiconque aura provoqu&#233; par un acte ou par une incurie la mort d'une personne &#187;. Le paragraphe 26 du m&#234;me code d&#233;finit les complices d'un meurtre et les consid&#232;re comme des responsables directs. Comment ne pas conclure alors que la responsabilit&#233; isra&#233;lienne &#233;tait directe avant le d&#233;but du massacre, et &#224; plus forte raison apr&#232;s l'entr&#233;e des &#171; forces libanaises &#187; dans les camps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autant de crimes pour lesquels Sharon ne sera jamais jug&#233;. Et les pays occidentaux, si prompts &#224; envoyer devant la Cour p&#233;nale internationale tel ou tel dictateur africain, ont tout fait pour &#233;viter que le g&#233;n&#233;ral ait des comptes &#224; rendre devant la justice (les responsables isra&#233;liens en g&#233;n&#233;ral, ceux qui sont responsables de la guerre du Liban de 2006 comme de l'invasion de Gaza en 2008-2009, ont aussi &#233;chapp&#233; &#224; tout proc&#232;s et ils sont accueillis &#224; bras ouverts en Europe ou aux Etats-Unis). Comment une telle partialit&#233; n'alimenterait pas les discours complotistes et antis&#233;mites tels que les v&#233;hicule Dieudonn&#233; ? Isra&#235;l (et les juifs &#224; travers le monde, bien s&#251;r, puisqu'Isra&#235;l se veut l'Etat du peuple juif) dirigerait le monde. La meilleure mani&#232;re de combattre ces d&#233;rives est d'affirmer clairement qu'un crime contre l'humanit&#233; est un crime contre l'humanit&#233;, qu'il soit commis par un g&#233;n&#233;ral isra&#233;lien ou par un pr&#233;sident soudanais. On en est loin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;A lire &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt; - &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/VIDAL/13194&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Saint Sharon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2006.&lt;br /&gt; - &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/KAPELIOUK/15774&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les ant&#233;c&#233;dents du g&#233;n&#233;ral Sharon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, novembre 2001.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; pour &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2014-01-12-Ariel-Sharon-la-fin-d-un-criminel-de-guerre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 12 janvier 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un appel d'&#233;lus fran&#231;ais pour Georges Ibrahim Abdallah, trenti&#232;me ann&#233;e dans les prisons fran&#231;aises. </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Un-appel-d-elus-francais-pour-Georges-Ibrahim-Abdallah-trentieme-annee-dans-les-prisons-francaises</link>
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		<dc:date>2013-10-24T21:27:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &#224; plusieurs reprises le cas de Georges Ibrahim Abdallah, notamment dans Le Monde diplomatique (avec Marina Da Silva, &#171; Georges Ibrahim Abdallah, un prisonnier politique expiatoire &#187;, mai 2012). Il entame, demain 24 octobre 2013, sa trenti&#232;me ann&#233;e d'incarc&#233;ration. Il existe peu de prisonniers politiques qui sont, &#224; l'heure actuelle, encore embastill&#233;s pour une si longue p&#233;riode, &#224; part des Palestiniens oubli&#233;s de tous et, &#224; ma connaissance, personne d'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son sort est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &#224; plusieurs reprises le cas de Georges Ibrahim Abdallah, notamment dans &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; (avec Marina Da Silva, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/DA_SILVA/47661&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Georges Ibrahim Abdallah, un prisonnier politique expiatoire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, mai 2012). Il entame, demain 24 octobre 2013, sa trenti&#232;me ann&#233;e d'incarc&#233;ration. Il existe peu de prisonniers politiques qui sont, &#224; l'heure actuelle, encore embastill&#233;s pour une si longue p&#233;riode, &#224; part des Palestiniens oubli&#233;s de tous et, &#224; ma connaissance, personne d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son sort est tellement scandaleux que m&#234;me l'ancien pr&#233;fet Yves Bonnet, patron de la &lt;i&gt;Direction de la s&#233;curit&#233; du territoire&lt;/i&gt; (DST) de 1982 &#224; 1985, et ex-d&#233;put&#233; UDF, demande sa lib&#233;ration (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.sudouest.fr/2013/09/17/le-sort-de-georges-ibrahim-abdallah-1170987-2780.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le sort de Georges Ibrahim Abdallah&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Sud-Ouest,&lt;/i&gt; 17 septembre 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire &#233;galement : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Georges-Ibrahim-Abdallah/p-26598-Georges-Ibrahim-Abdallah-prisonnier-des-raisons-d-Etats.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier des raisons d'Etats&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, par Pascal Priestley (TV5 monde, 24 octobre 2013).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre t&#233;moignage, &#171; &lt;i&gt;O&#249; le sang nous appelle&lt;/i&gt; &#187; (Le Seuil), &#233;crit par Daniel Schneidermann et Chlo&#233; Delaume, &#233;voque longuement le cas de Georges Ibrahim Abdallah, dont Delaume est la ni&#232;ce. On trouvera, sur le site de cette derni&#232;re, un texte o&#249; elle raconte qu'elle a remis l'ouvrage &#224; Christiane Taubira qui, avec d'autres, a son mot &#224; dire sur le dossier (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.chloedelaume.net/?p=2360&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;#S&#233;rail, famille, magie&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 8 octobre 2013) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Mon p&#232;re, mes oncles, ma famille. Le caveau de mon p&#232;re, mon oncle Georges en prison. Visiter papa &#231;a c'est fait, comment s'y prendre avec Tonton. Georges Ibrahim Abdallah, emprisonn&#233; depuis 30 ans, combattant libanais dans une cellule de France. Prisonnier politique. Peut-&#234;tre lib&#233;r&#233; &#224; condition d'&#234;tre expuls&#233; imm&#233;diatement vers le Liban, d&#232;s sa sortie. Il suffirait pour &#231;a que Manuel Valls signe l'arr&#234;t&#233;. A quoi bon froisser l'ambassade am&#233;ricaine, indisposer l'Etat d'Isra&#235;l pour ce d&#233;tenu. Georges Ibrahim Abdallah, marxiste, cause palestinienne, des fractions et des guerres devenues d'outre si&#232;cle. Il pr&#233;f&#232;re ne pas, Manuel Valls. Depuis janvier dernier, et il ne bougera pas. Aucun int&#233;r&#234;t, ni pour lui, ni pour la France, dans cette histoire.
&lt;p&gt;Penser &#224; l'&#233;mission Faites entrer l'accus&#233;, ses affaires criminelles grouillant de p&#233;dophiles meurtriers r&#233;cidivistes. Entre la bonne conduite et les remises de peine, ils sortent apr&#232;s 15 ans. R&#233;aliser qu'en France certains combats ne se purgent que par la perp&#233;tuit&#233;, les ann&#233;es de plomb se paient cher, et l'outre-si&#232;cle n'est plus cot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce week-end j'ai loup&#233; la Nuit Blanche. Mais j'ai donn&#233; &#171; O&#249; le sang nous appelle &#187; &#224; Christiane Taubira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre ne porte en lui aucun sort de lib&#233;ration, il n'a pas le pouvoir de modifier le r&#233;el. Faire sortir un oncle de prison, c'est beaucoup plus difficile que de tuer sa grand-m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le performatif ne fonctionne pas, ici dire n'est pas faire. M&#234;me si Christiane Taubira est une femme puissante, qui fait parce qu'elle a dit. M&#234;me en imaginant qu'elle se trouve convaincue, faire sortir Georges, elle ne pourrait pas. Le gouvernement fran&#231;ais ne va pas s'emmerder pour un vieux communiste arabe, l'Ennemi num&#233;ro 1, la peur est toute mit&#233;e, plus personne ne sait qui c'est, Georges Ibrahim Abdallah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a raison, Fran&#231;ois Hollande, &#171; La politique ce n'est pas de la magie &#187;. Par contre, la magie peut &#234;tre politique. Alors si cet hiver un cyclone fait tomber les murs de la Centrale de Lannemezan, il n'est pas impossible qu'il soit revendiqu&#233;. D'ici l&#224; je vais devoir ma&#238;triser le sum&#233;rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;claration faite le 23 octobre &#224; la presse, son avocat, Me Jean-Louis Chalanset, d&#233;clare : &#171; Aujourd'hui dans la 30&#232;me ann&#233;e de sa d&#233;tention, on refuse de l'expulser, seule condition &#224; sa lib&#233;ration, au m&#233;pris des d&#233;cisions des juges et au m&#233;pris de tous les usages concernant un &#233;tranger condamn&#233; &#224; une peine criminelle. Il convient de souligner que jamais en France un prisonnier politique n'a &#233;t&#233; d&#233;tenu aussi longtemps que Georges Ibrahim Abdallah. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;voque aussi la lettre que, pour la premi&#232;re fois, des &#233;lus, d&#233;put&#233;s, s&#233;nateurs, maires, conseillers r&#233;gionaux &#8212; socialistes, communistes, Verts, ainsi qu'une centriste &#8212; adressent au pr&#233;sident de la R&#233;publique pour r&#233;clamer sa lib&#233;ration et son retour au Liban, dont les autorit&#233;s sont pr&#234;tes &#224; l'accueillir. Nous la publions ci-dessous :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Lettre ouverte au pr&#233;sident de la R&#233;publique&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt; Paris, le 23 octobre 2013,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il a pass&#233; plus de temps en prison que Nelson Mandela. Il est le plus vieux prisonnier politique du continent europ&#233;en et sans doute un des plus vieux du monde. Le 24 octobre 2013, il entamera sa trenti&#232;me ann&#233;e de d&#233;tention. Georges Ibrahim Abdallah a &#233;t&#233; condamn&#233; le 24 octobre 1987 &#224; la prison &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il peut b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle depuis 1999. Et, pourtant, alors m&#234;me que le Liban s'est dit pr&#234;t &#224; l'accueillir, il s'est vu refuser huit fois cette demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce refus est d'autant plus scandaleux que, en 1985, dans le cadre de n&#233;gociations men&#233;es pour la lib&#233;ration d'un otage fran&#231;ais, les plus hautes autorit&#233;s de la France avaient accept&#233; qu'il soit lib&#233;r&#233;. Elles n'ont pas tenu parole. Ce qui indignait l'ancien directeur de la direction de la surveillance du territoire (DST), le pr&#233;fet Yves Bonnet : &#171; Cette injustice a assez dur&#233; ; elle a m&#234;me d&#233;pass&#233; les limites du raisonnable. Qu'on le mette dans un avion et qu'on le renvoie chez lui, au Liban, o&#249; les autorit&#233;s sont dispos&#233;es &#224; l'accueillir. &#187; (D&#233;claration &#224; France 24, 28 d&#233;cembre 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pour cela, Monsieur le Pr&#233;sident, que nous, &#233;lus de la R&#233;publique, nous vous demandons de mettre un terme &#224; cette injustice et de prendre les mesures, quelles que soient les pressions &#233;trang&#232;res, pour qu'il puisse &#234;tre lib&#233;r&#233; et rejoindre le Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Signataires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No&#235;l Mam&#232;re&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233;-maire de B&#232;gles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Serge Janquin&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233;-maire de Labuissi&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Danielle Bidard-Reydet&lt;/strong&gt;, s&#233;natrice honoraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Sergio Coronado&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233; des Fran&#231;ais &#233;tablis hors de France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Patrick Braouezec&lt;/strong&gt;, membre honoraire du parlement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Nathalie Goulet&lt;/strong&gt;, s&#233;natrice&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Bally Bagayoko&lt;/strong&gt;, vice-pr&#233;sident du Conseil g&#233;n&#233;ral de Seine-Saint-Denis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Fran&#231;ois Asensi&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233;-maire de Tremblay-en-France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;St&#233;phane Gatignon&lt;/strong&gt;, maire de Sevran&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Jean-Claude Lefort&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233; honoraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;, d&#233;put&#233; du Puy-de-D&#244;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Nicole Borvo&lt;/strong&gt;, s&#233;natrice honoraire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Jacques Perreux&lt;/strong&gt;, conseiller r&#233;gional&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Rose-Marie Saint-Germes-Akar&lt;/strong&gt;, conseill&#232;re r&#233;gionale&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2013-10-23-Georges-Ibrahim-Abdallah-trentieme-annee-dans-les&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nouvelles d'Orient&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;. Le Monde Diplomatique, Paris, 24 octobre 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gaza, assassinats et d&#233;sinformation</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Gaza-assassinats-et-desinformation</link>
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		<dc:date>2012-11-17T09:55:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour comprendre l'escalade &#224; Gaza, il faut toujours rappeler quelques donn&#233;es sur ce territoire (360 kilom&#232;tres carr&#233;s, plus de 1,5 million d'habitants, soit plus de 4 500 personnes par kilom&#232;tre carr&#233; &#8212; ce qui en fait un des endroits de la plan&#232;te o&#249; la densit&#233; de population est la plus &#233;lev&#233;e), occup&#233; depuis 1967 par Isra&#235;l. M&#234;me si l'arm&#233;e s'en est retir&#233;e, ses acc&#232;s avec le monde ext&#233;rieur sont toujours contr&#244;l&#233;s par Isra&#235;l ; la circulation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette mince bande de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Israel" rel="directory"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour comprendre l'escalade &#224; Gaza, il faut toujours rappeler quelques donn&#233;es sur ce territoire (360 kilom&#232;tres carr&#233;s, plus de 1,5 million d'habitants, soit plus de 4 500 personnes par kilom&#232;tre carr&#233; &#8212; ce qui en fait un des endroits de la plan&#232;te o&#249; la densit&#233; de population est la plus &#233;lev&#233;e), occup&#233; depuis 1967 par Isra&#235;l. M&#234;me si l'arm&#233;e s'en est retir&#233;e, ses acc&#232;s avec le monde ext&#233;rieur sont toujours contr&#244;l&#233;s par Isra&#235;l ; la circulation &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette mince bande de terre est limit&#233;e et le blocus mis en place depuis des ann&#233;es perdure : pour les Nations unies, Gaza reste un territoire occup&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les donn&#233;es qui suivent sont fournies par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires palestiniens (OCHA oPt), dans un document de juin 2012 intitul&#233; : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.ochaopt.org/documents/ocha_opt_gaza_blockade_factsheet_june_2012_english.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Five Years of Blockade : The Humanitarian Situation in the Gaza Strip&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; -*C'est en juin 2007 que le gouvernement isra&#233;lien a d&#233;cid&#233; d'intensifier le blocus de ce territoire, qui &#233;tait d&#233;j&#224; s&#233;v&#232;rement &#171; contr&#244;l&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 34 % de la population (et la moiti&#233; des jeunes) est au ch&#244;mage.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 80 % de la population d&#233;pend de l'aide alimentaire.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le PNB par habitant &#233;tait, en 2011, 17 % en dessous de celui de 2005 (en termes constants).&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; En 2011, un camion par jour sortait de Gaza avec des produits pour l'exportation, soit moins de 3 % du chiffre de 2005.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 35 % des terres cultivables et 85 % des eaux pour la p&#234;che sont partiellement ou totalement inaccessibles aux Gazaouis &#224; la suite des restrictions isra&#233;liennes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 85 % des &#233;coles doivent fonctionner en &#171; double service &#187; &#8212; un le matin, l'autre l'apr&#232;s-midi &#8212;, en raison de la surpopulation.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Toute guerre s'accompagne d'une propagande intense et le gouvernement isra&#233;lien est pass&#233; ma&#238;tre dans cet art. D&#233;j&#224; lors de l'offensive de d&#233;cembre 2008-janvier 2009, on avait assist&#233; &#224; un d&#233;ferlement m&#233;diatique (Marie B&#233;nilde, &#171; &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-02-05-Du-plomb-durci-dans-les-tetes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Gaza : du plomb durci dans les t&#234;tes&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;). Des intellectuels fran&#231;ais, dont l'in&#233;narrable &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-01-10-Liberer-les-Palestiniens-des-mensonges-de-Bernard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Bernard-Henri L&#233;vy&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, avaient contribu&#233; &#224; cette d&#233;sinformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme assassin&#233; par Isra&#235;l, Ahmed Jabari, &#233;tait le chef de l'aile militaire du Hamas (sur cette organisation, lire &#171; &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-01-27-Qu-est-ce-que-le-Hamas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Qu'est-ce que le Hamas ?&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;). Nombre de m&#233;dias le pr&#233;sentent comme &#171; un terroriste &#187; responsable de toutes les attaques contre Isra&#235;l. La r&#233;alit&#233; est assez &#233;loign&#233;e de ce portrait &#8212; au-del&#224; m&#234;me de l'usage du terme &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2006-08-31-Terrorisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;terrorisme&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;/i&gt; &#187;, pour le moins ambigu. Une nouvelle fois, c'est un journaliste isra&#233;lien Aluf Benn qui fait remarquer (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israel-killed-its-subcontractor-in-gaza.premium-1.477886&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Israel killed its subcontractor in Gaza&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, 15 novembre) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ahmed Jabari &#233;tait un sous-traitant, en charge du maintien de la s&#233;curit&#233; d'Isra&#235;l dans la bande de Gaza. Cette qualification para&#238;tra sans aucun doute absurde pour tous ceux qui, au cours des derni&#232;res heures, ont vu Jabari d&#233;crit comme un &#171; archi-terroriste &#187;, &#171; le chef du personnel de la terreur &#187; ou &#171; notre Ben Laden &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait pourtant la r&#233;alit&#233; durant ces cinq ann&#233;es et demi. Isra&#235;l a exig&#233; du Hamas qu'il observe la tr&#234;ve dans le sud et la fasse appliquer par les nombreuses organisations arm&#233;es dans la bande de Gaza. L'homme &#224; qui avait &#233;t&#233; confi&#233;e cette t&#226;che &#233;tait Ahmed Jabari. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de regarder les graphiques publi&#233;s par le minist&#232;re des affaires &#233;trang&#232;res isra&#233;lien lui-m&#234;me sur les tirs de roquettes (&#171; &lt;a href=&#034;http://www.mfa.gov.il/MFA/Terrorism-+Obstacle+to+Peace/Hamas+war+against+Israel/Palestinian_ceasefire_violations_since_end_Operation_Cast_Lead.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Palestinian ceasefire violations since the end of Operation Cast Lead&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 14 novembre 2012), pour se rendre compte que, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la tr&#234;ve a bien &#233;t&#233; observ&#233;e. Elle a &#233;t&#233; rompue par des raids de l'arm&#233;e isra&#233;lienne les 7 et 8 octobre 2012, puis les 13 et 14 octobre, provoquant une escalade qui a continu&#233; sans discontinuer depuis. Et, &#224; la veille de l'assassinat de Jabari, une tr&#234;ve avait &#233;t&#233; finalis&#233;e par l'Egypte, ce que confirme le t&#233;moignage du militant de la paix Gershon Baskin, repris dans &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.haaretz.com/news/diplomacy-defense/israeli-peace-activist-hamas-leader-jabari-killed-amid-talks-on-long-term-truce.premium-1.478085&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Israeli peace activist : Hamas leader Jabari killed amid talks on long-term truce&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 15 novembre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque escalade fait suite &#224; des assassinats cibl&#233;s de militants palestiniens &#224; Gaza. Ces ex&#233;cutions extra-judiciaires sont une pratique ancienne du gouvernement isra&#233;lien (&#224; laquelle les Etats-Unis se sont ralli&#233;s depuis longtemps). Vous avez dit &#171; terrorisme &#187; ? (lire &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/WEILL/18101&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;De Gaza &#224; Madrid, l'assassinat cibl&#233; de Salah Shehadeh&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, par Sharon Weill, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, septembre 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario avait &#233;t&#233; exactement le m&#234;me en 2008. Alors que la tr&#234;ve &#233;tait respect&#233;e du c&#244;t&#233; palestinien depuis juin 2008 (&#171; &lt;a href=&#034;http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_Palestinian_rocket_attacks_on_Israel,_2008&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;List of Palestinian rocket attacks on Israel, 2008&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Wikipedia), c'est l'assassinat de sept militants palestiniens en novembre qui devait d&#233;boucher sur une escalade et l'op&#233;ration &#171; &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Gaza-choc-et-effroi-II&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plomb durci&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les violations par Isra&#235;l des cessez-le-feu au cours des derni&#232;res ann&#233;es, on pourra lire Adam Horowitz, &#171; &lt;a href=&#034;http://mondoweiss.net/2012/11/two-new-resources-timeline-of-israeli-escalation-in-gaza-and-israels-history-of-breaking-ceasefires.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Two &lt;strong&gt;new resources : Timeline of Israeli escalation in Gaza and Israel's history of breaking ceasefires&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; (Mondoweiss, 14 novembre 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il est difficile de parler d'un affrontement entre deux parties : les F-16 isra&#233;liens et les roquettes palestiniennes ne sont pas des armes &#233;quivalentes. Le bilan humain, depuis la tr&#234;ve de janvier 2009 qui a suivi l'op&#233;ration &#171; &lt;i&gt;Plomb durci&lt;/i&gt; &#187;, le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation isra&#233;lienne de d&#233;fense des droits humains B'Tselem dresse le compte des Palestiniens et des Isra&#233;liens tu&#233;s &#224; Gaza depuis le 19 janvier 2009 jusqu'au 30 septembre 2012 (&#171; &lt;a href=&#034;http://old.btselem.org/statistics/english/Casualties.asp?sD=19&amp;sM=01&amp;sY=2009&amp;filterby=event&amp;oferet_stat=after&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Fatalities after operation &#171; Cast Lead &#187;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;271 Palestiniens (dont 30 mineurs) contre 4 Isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres parlent d'eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Alain Gresh &lt;/strong&gt; pour &lt;strong&gt;Nouvelles d'Orient&lt;/strong&gt; du le &lt;i&gt;blogs du Diplo&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2012-11-15-Gaza-assassinats-et-desinformation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Nouvelles &lt;i&gt;d'Orient.&lt;/i&gt; Paris, 15 novembre 2012,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Silence sur Bahre&#239;n</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Silence-sur-Bahrein</link>
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		<dc:date>2011-04-18T11:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les images sur Al-Jazira se r&#233;p&#232;tent et le monde arabe semble en suspens, h&#233;sitant entre r&#233;volution et contre-r&#233;volution. Des dizaines de milliers de manifestants et de manifestantes au Y&#233;men, dont de nombreuses portant la burqa, r&#233;clament le d&#233;part du pr&#233;sident et la d&#233;mocratie. En Syrie, le feu &#233;clate ici et l&#224;, et le r&#233;gime semble incapable de r&#233;pondre par autre chose qu'une r&#233;pression brutale. En Egypte, le pr&#233;sident et ses deux fils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et interrog&#233;s par la police et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les images sur Al-Jazira se r&#233;p&#232;tent et le monde arabe semble en suspens, h&#233;sitant entre r&#233;volution et contre-r&#233;volution. Des dizaines de milliers de manifestants et de manifestantes au Y&#233;men, dont de nombreuses portant la burqa, r&#233;clament le d&#233;part du pr&#233;sident et la d&#233;mocratie. En Syrie, le feu &#233;clate ici et l&#224;, et le r&#233;gime semble incapable de r&#233;pondre par autre chose qu'une r&#233;pression brutale. En Egypte, le pr&#233;sident et ses deux fils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et interrog&#233;s par la police et le premier hospitalis&#233; apr&#232;s une crise cardiaque ; l'enqu&#234;te prouve au moins que le mouvement n'a pas &#233;t&#233; stopp&#233; et, pas &#224; pas, arrive &#224; imposer des changements. En Libye, une sorte d'&#233;quilibre s'est &#233;tablie entre les forces du colonel Kadhafi et celles des rebelles. Ces incertitudes ne doivent pas masquer l'essentiel : le mouvement d&#233;clench&#233; par les Tunisiens a atteint tous les pays arabes &#8211; des blogueurs ont m&#234;me &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s aux Emirats arabes unis &#8211; et la r&#233;gion en sera profond&#233;ment modifi&#233;e, m&#234;me si les puissances occidentales n'arrivent pas &#224; mesurer ce qui s'est pass&#233; (lire Marwan Bishara, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://english.aljazeera.net/indepth/opinion/2011/04/2011412113321225761.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;It's Arab and it's personal&lt;/U&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, Al Jazeera English, 12 avril). Nous non plus, sans doute, tellement ce tremblement de terre &#233;branle tous les paradigmes &#224; travers lesquels on comprenait la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut para&#238;tre &#233;trange, dans ces conditions, et surtout &#224; partir de Ramallah, d'&#233;crire quelques lignes sur un petit &#233;mirat qui ne fait pas la Une, et au sujet duquel les dirigeants occidentaux, si prompts &#224; d&#233;noncer les r&#233;pressions, semblent priv&#233;s de parole. Pourtant, c'est l&#224; que la contre-r&#233;volution se d&#233;ploie avec brutalit&#233;, menant une guerre confessionnelle. Les autorit&#233;s de Bahre&#239;n ont confirm&#233; que Karim Fakhrawi &#233;tait mort en d&#233;tention : c'&#233;tait un homme d'affaires, membre de l'organisation Al-Wefaq, qui disposait de 18 si&#232;ges sur 40 au Parlement &#233;lu (&#171; &lt;i&gt;[&lt;u&gt;&lt;a href=&#034;http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2011/04/201141220154357546.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bahrain opposition figure 'dies in custody' &lt;/&lt;/a&gt;&lt;/u&gt;-&gt;]&lt;/i&gt; &#187;, Al Jazeera English, 12 avril). Il est difficile de se faire une id&#233;e de qui se passe, les autorit&#233;s maintenant un grand silence et les arrestations arbitraires se multipliant : on &#233;value &#224; plusieurs centaines de personnes, voire &#224; un millier, le nombre de personnes incarc&#233;r&#233;es et au moins quatre sont mortes, sans doute sous la torture &#8212; pratique courante dans l'&#233;mirat depuis les ann&#233;es 1970, quand des conseillers britanniques encadraient la police locale. Les rapports de &lt;i&gt;Human Rights Watch&lt;/i&gt; ou des articles de presse, comme celui paru dans The New York Times du 12 avril, jettent pourtant une lumi&#232;re inqui&#233;tante sur ce qui se passe : Clifford Krauss (&#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/2011/04/13/world/middleeast/13bahrain.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Hospital Is Drawn Into Bahrain Strife&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;) : on y voit les autorit&#233;s arr&#234;ter des m&#233;decins, entrer dans un h&#244;pital, confisquer des dossiers m&#233;dicaux de gens qui ont &#233;t&#233; soign&#233;s &#224; la suite de la r&#233;pression... En revanche, on peut noter le profil bas d'Al-Jazira, prise dans les relations complexes entre Qatar et l'Arabie saoudite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le royaume est dirig&#233; par une dynastie sunnite tandis que la majorit&#233; de la population est chiite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne de r&#233;pression et l'intervention des troupes saoudiennes et du Golfe ont mis fin &#224; toute id&#233;e de dialogue national. Pour les autorit&#233;s, la majorit&#233; de la population chiite est d&#233;sormais suspecte et accus&#233;e de collaborer avec T&#233;h&#233;ran. Dans un entretien donn&#233; au quotidien Al-Sharq Al-Awsat le 20 mars, cheikh Abdalatif Al-Mahmoud, le leader du Rassemblement de l'unit&#233; nationale (dont le nom est bien trompeur, il ne repr&#233;sente qu'une partie des sunnites), affirme que les chiites avaient un plan pour s'emparer du pouvoir et organiser un coup d'Etat. Il divise les chiites bahreinis en trois cat&#233;gories : ceux qui travaillent avec l'Iran, ceux qui attendent le r&#233;sultat de la confrontation et ceux qui soutiennent le r&#233;gime. Il affirme que ces derniers repr&#233;sentent 20% des chiites &#8212; une mani&#232;re de reconnaitre que la majorit&#233; de la population du royaume s'oppose au r&#233;gime. Rarement a-t-on vu quelqu'un d&#233;noncer la majorit&#233; de son propre peuple comme des agents de l'&#233;tranger (je ne sais pas si c'est le caract&#232;re scandaleux des propos qui a amen&#233; le journal &#224; ne pas traduire cet entretien sur le site en anglais).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation au Bahre&#239;n est certes compliqu&#233;e, et la dimension confessionnelle ne peut &#234;tre n&#233;glig&#233;e, mais le mouvement qui a d&#233;but&#233; en f&#233;vrier exigeait une constitution d&#233;mocratique et la transformation de la monarchie en monarchie constitutionnelle. Bien des sunnites ont particip&#233; aux rassemblements. Pour conna&#238;tre les d&#233;tails de ce mouvement, et aussi les calculs des uns et des autres, on lira le rapport de l'&lt;i&gt;International Crisis Goup&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.crisisgroup.org/en/publication-type/media-releases/2011/mena/the-bahrain-revolt.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;The Bahrein Revolt&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, 6 avril 2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les &#233;l&#233;ments les plus r&#233;actionnaires dans la famille royale qui ont &#224; la fois utilis&#233; la violence en faisant tuer des manifestants pacifiques et aviv&#233; le caract&#232;re confessionnel du conflit. La brutalit&#233; des forces de l'ordre, toutes sunnites, souvent compos&#233;es d'&#233;trangers naturalis&#233;s pour la seule raison qu'ils &#233;taient sunnites, a pu se d&#233;ployer encore plus avec l'entr&#233;e des troupes saoudiennes sous le drapeau de &#171; Bouclier du d&#233;sert &#187;, l'organisation commune de d&#233;fense du Conseil de coop&#233;ration du Golfe (CCG), compos&#233; de l'Arabie saoudite, Bahre&#239;n, Qatar, les Emirats arabes unis, le Kowe&#239;t et Oman. Mais, rien ne pr&#233;voit une telle intervention, si ce n'est une menace ext&#233;rieure, qui n'existait &#233;videmment pas &#224; Bahre&#239;n, m&#234;me si le CCG d&#233;nonce l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effectifs totaux des forces sous le commandement int&#233;gr&#233; s'&#233;l&#232;vent &#224; 40 000 hommes ; elles disposent d'une base permanente &#224; Hafar Al-Batin (Arabie saoudite). En fait, c'est Riyad qui m&#232;ne le jeu et des tensions se sont fait sentir au sein du CCG depuis l'intervention, Qatar regrettant que seule soit mise en &#339;uvre la r&#233;pression, alors qu'il faudrait relancer les tentatives de dialogue national. Pour Riyad, l'installation d'un r&#233;gime d&#233;mocratique &#224; ses fronti&#232;res (l'&#238;le est reli&#233;e &#224; l'Arabie par un pont de 26 kilom&#232;tres) est d'autant plus inacceptable que Bahre&#239;n jouxte la province est du royaume, o&#249; sont concentr&#233;es les ressources p&#233;troli&#232;res et la minorit&#233; chiite saoudienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lira une interview du commandant en chef de &#171; Bouclier du d&#233;sert &#187; dans Al-Sharq Al-Awsat, 27 mars (traduit en anglais le 28 mars sur le site du journal, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.asharq-e.com/news.asp?section=3&amp;id=24676&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;A talk with Peninsula Shield force commander Mutlaq Bin Salem al-Azima&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt; &#187;). La complaisance des questions est &#224; la mesure de l'alignement du quotidien sur la politique saoudienne (lire Mohammed El-Oifi, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2006/12/EL_OIFI/14224&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Voyage au c&#339;ur des quotidiens panarabes&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Le Monde diplomatique, d&#233;cembre 2006). Le commandant en chef affirme que la force intervenue &#224; Bahre&#239;n repr&#233;sente 10% des effectifs des forces de &#171; Bouclier du d&#233;sert &#187;, soit 4 000 hommes (et non 1 500, comme l'a rapport&#233; la presse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bahre&#239;n est le si&#232;ge de la Ve flotte am&#233;ricaine et du commandement de la composante navale du Centcom et il offre aux avions am&#233;ricains une base (&#224; Issa) ainsi que l'utilisation de l'a&#233;roport international. La base contribue &#224; 1% du PNB du royaume et Washington a d&#233;cid&#233; d'investir plus d'un demi-milliard de dollars d'ici 2015 pour en doubler les capacit&#233;s (lire Alexander Cooley et Daniel H. Nexon, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.foreignaffairs.com/articles/67700/alexander-cooley-and-daniel-h-nexon/bahrains-base-politics&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;Bahrein's Base Politics. The Arab Spring and America's Military Bases&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, Foreign Affairs, 5 avril.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les Etats-Unis aient au d&#233;part &#233;t&#233; r&#233;ticents face &#224; l'entr&#233;e des troupes saoudiennes, ils se sont ralli&#233;s depuis &#224; l'id&#233;e des ing&#233;rences iraniennes qui justifieraient la politique de la famille royale. La visite du secr&#233;taire am&#233;ricain &#224; la d&#233;fense Robert Gates le 6 avril &#224; Riyad a confirm&#233; cet infl&#233;chissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est probable qu'il existe des ing&#233;rences iraniennes (et aussi saoudiennes, am&#233;ricaines, etc.) et si les autorit&#233;s de T&#233;h&#233;ran ont condamn&#233; avec force l'intervention saoudienne, c'est surtout en Irak que les r&#233;actions ont &#233;t&#233; les plus vives, les chiites irakiens et bahre&#239;nis &#233;tant tr&#232;s li&#233;s &#8211; et les relations entre Bagdad et Riyad sont d&#233;j&#224; tr&#232;s tendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat sera sans doute l'aggravation des tensions entre chiites et sunnites, un moyen de d&#233;tourner les r&#233;volutions arabes de leur objectif d&#233;mocratique. La demande des pays du CCG de reporter le sommet arabe qui devait se tenir fin mars &#224; Bagdad en est un signe parmi d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2011-04-13-Silence-sur-Bahrein&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&lt;u&gt;LMD&lt;/u&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 13 avril 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Faut-il intervenir militairement en Libye ?</title>
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		<dc:date>2011-02-25T19:03:50Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Depuis la chute du r&#233;gime Ben Ali en Tunisie, une vague de soul&#232;vements submerge le monde arabe, port&#233;e par les images de la cha&#238;ne Al-Jazira, qui permet &#224; l'opinion de suivre en direct les &#233;v&#233;nements. Du Maroc &#224; Bahre&#239;n, de l'Alg&#233;rie &#224; l'Irak, les citoyens, le plus souvent d&#233;sarm&#233;s, descendent dans la rue pour demander des r&#233;formes politiques et une plus grande justice sociale. Dans la plupart des cas, les autorit&#233;s h&#233;sitent &#224; faire un emploi indiscrimin&#233; de la force. En Libye, en revanche, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis la chute du r&#233;gime Ben Ali en Tunisie, une vague de soul&#232;vements submerge le monde arabe, port&#233;e par les images de la cha&#238;ne Al-Jazira, qui permet &#224; l'opinion de suivre en direct les &#233;v&#233;nements. Du Maroc &#224; Bahre&#239;n, de l'Alg&#233;rie &#224; l'Irak, les citoyens, le plus souvent d&#233;sarm&#233;s, descendent dans la rue pour demander des r&#233;formes politiques et une plus grande justice sociale. Dans la plupart des cas, les autorit&#233;s h&#233;sitent &#224; faire un emploi indiscrimin&#233; de la force. En Libye, en revanche, les manifestants se sont heurt&#233;s &#224; la r&#233;pression la plus terrible (&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; publie dans son prochain num&#233;ro, en kiosques le 2 mars, un dossier de huit pages sur &#171; le r&#233;veil arabe &#187;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les informations provenant de Libye sont contradictoires, partielles, quelquefois non confirm&#233;es. La brutalit&#233; du r&#233;gime ne fait aucun doute, et le nombre de morts est important : des centaines selon les organisations non gouvernementales, probablement plus compte tenu de la violence utilis&#233;e par les milices du r&#233;gime. Si l'est du pays, avec les villes de Benghazi et de Tobrouk, est tomb&#233; aux mains des insurg&#233;s, ce qui a permis l'entr&#233;e dans le pays de journalistes &#233;trangers, la partie ouest, et notamment Tripoli, restent inaccessibles. Kadhafi a apparemment repris en main la situation dans la capitale, et il semble avoir gard&#233; la confiance des tribus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les tribus, sujet complexe que je ne pr&#233;tends pas conna&#238;tre bien, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, par Leila Fadel et Sudarsan Raghavan, &lt;i&gt;The Washington Post&lt;/i&gt;, 24 f&#233;vrier). Il vient d'annoncer que Tripoli serait ouverte d&#232;s demain &#224; tous les journalistes. Par ailleurs, il s'appuie sur des mercenaires de pays d'Afrique subsaharienne, ce qui risque de d&#233;velopper le racisme anti-Noirs dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re erratique et dictatorial du colonel Mouammar Kadhafi a &#233;t&#233; confirm&#233; par son discours illumin&#233; prononc&#233; le 22 f&#233;vrier 2011 (lire une &lt;a href=&#034;http://www.antiwar.com/blog/2011/02/22/qadaffis-norma-desmond-moment/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;traduction en anglais ici&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;). Le leader libyen y a rappel&#233; les conqu&#234;tes de son r&#232;gne &#8211; en particulier l'obtention du retrait des bases britannique et &#233;tasunienne et la nationalisation du p&#233;trole &#8211; qui lui avaient acquis, au d&#233;but, une popularit&#233; incontestable et une condamnation occidentale aussi massive. Mais il a aussi, dans son discours, multipli&#233; les propos mena&#231;ants et incoh&#233;rents, affirmant qu'il ne pouvait pas d&#233;missionner car il n'occupait aucun poste officiel, qu'il se battrait jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de sang, que le pays allait vers la guerre civile, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les indignations justifi&#233;es contrastent avec le silence qui pr&#233;valait quand le r&#233;gime, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, alors que s'esquissait la r&#233;conciliation avec l'Occident, &#233;crasait sans piti&#233; les islamistes. La d&#233;tention et la torture de militants islamistes en Libye (comme en Egypte ou en Tunisie) n'indignaient pas les bonnes &#226;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, les appels &#224; des interventions militaires se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Lynch, sur son blog de &lt;i&gt;Foreign Policy&lt;/i&gt;, est tr&#232;s clair, comme l'indique le titre de son envoi : &lt;a href=&#034;http://lynch.foreignpolicy.com/posts/2011/02/21/the_libyan_horror&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;u&gt; Intervening in the Libyan tragedy&lt;/u&gt; &#187;&lt;/a&gt; (21 f&#233;vrier 2011) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La comparaison doit se faire avec la Bosnie ou le Kosovo, ou encore avec le Rwanda : un massacre se d&#233;roule en direct &#224; la t&#233;l&#233;vision et le monde est incit&#233; &#224; agir. Il est temps pour les Etats-Unis, l'OTAN, l'Organisation des Nations Unies et la Ligue arabe d'agir avec force pour essayer d'emp&#234;cher la situation d&#233;j&#224; sanglante de d&#233;g&#233;n&#233;rer en quelque chose de bien pire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un peu de mal &#224; comprendre ces comparaisons. Au Rwanda, on avait affaire &#224; un g&#233;nocide qui a fait des centaines de milliers de morts. Quant au Kosovo, il est douteux que l'intervention militaire ait &#233;t&#233; un succ&#232;s (lire Noam Chomsky, &lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2000/03/CHOMSKY/13426&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&#171; Au Kosovo, il y avait une autre solution &#187;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, mars 2000).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marc Lynch poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En agissant, et j'entends par l&#224; une r&#233;ponse suffisamment &#233;nergique et directe pour emp&#234;cher le r&#233;gime libyen d'utiliser ses ressources militaires pour &#233;craser ses adversaires. J'ai vu des rapports selon lesquels l'OTAN a s&#233;v&#232;rement mis en garde la Libye contre de nouvelles violences contre son peuple. Rendre cela cr&#233;dible pourrait signifier la d&#233;claration et l'imposition d'une zone d'exclusion a&#233;rienne sur la Libye, sans doute par l'OTAN, pour emp&#234;cher l'utilisation d'avions militaires contre les manifestants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de vue que conteste fortement Justin Raimondo, sur le site Antiwar.com, &lt;a href=&#034;http://original.antiwar.com/justin/2011/02/22/interventionists-target-libya/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;u&gt;Interventionists Target Libya&lt;/u&gt; &#187;&lt;/a&gt; (23 f&#233;vrier) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le spectre d'une intervention &#233;tasunienne est juste ce que Kadhafi souhaite : cela jouerait en sa faveur. Comme c'est souvent le cas des actions des Etats-Unis, cette intervention aurait exactement les effets contraires &#224; ceux recherch&#233;s. (...) Est-ce que le professeur Lynch croit vraiment qu'une intervention &#171; &#233;nergique &#187; (...) ne renforcerait pas la position de Kadhafi ? [Il] sait comment utiliser les passions et les pr&#233;jug&#233;s de son peuple et sa strat&#233;gie est clairement de diviser son pays selon des lignes g&#233;n&#233;rationnelles. &#187; (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une intervention occidentale renforcerait Kadhafi et le sauverait peut-&#234;tre d'une fin bien m&#233;rit&#233;e. Elle donnerait des munitions au courant islamiste marginal qui sympathise avec Al-Qaida. Tous deux seraient confort&#233;s dans leur point de vue : regardez, dirait Kadhafi, les &#233;trangers reviennent pour prendre le contr&#244;le du pays ; regardez, diraient les islamistes, les Crois&#233;s viennent pour voler votre r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images qui proviennent de Libye sont terribles. Mais qui a demand&#233; une intervention militaire occidentale quand les avions isra&#233;liens bombardaient Gaza durant l'op&#233;ration Plomb durci ? ou lors des bombardements de l'OTAN en Afghanistan ? ou de l'Irak par les Etats-Unis ? Faut-il y intervenir militairement, contre Isra&#235;l et les Etats-Unis, cette fois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le cas irakien est l&#224; pour nous inciter &#224; la prudence. La dictature de Saddam Hussein &#233;tait l'une des plus brutales du Proche-Orient, elle aussi alli&#233;e des Etats-Unis tant que le r&#233;gime menait une guerre d'agression contre l'Iran. Son invasion du Kowe&#239;t a chang&#233; la donne et a fait de lui un paria. Mais qui peut penser, huit ans apr&#232;s l'intervention des Etats-Unis en Irak, que celle-ci a &#233;t&#233; un succ&#232;s ? Les manifestations, aussi bien dans le Kurdistan irakien (pr&#233;sent&#233; comme un mod&#232;le de d&#233;mocratie) que dans le reste du pays, ont fait l'objet d'une r&#233;pression brutale, dont peu de m&#233;dias ont parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, accepter le fait que, sauf dans des cas de g&#233;nocide comme au Rwanda, une intervention militaire sous l'&#233;gide de l'ONU n'est pas toujours la meilleure solution. D'autant qu'elle serait sans doute d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; l'OTAN, dont le r&#244;le en Afghanistan ne semble pas vraiment positif. Les mouvements tunisien et &#233;gyptien ont abouti sans intervention militaire ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi se r&#233;jouir de la position de la Ligue arabe qui, pour la premi&#232;re fois, suspend un Etat-membre pour des probl&#232;mes relevant de la &#171; souverainet&#233; nationale &#187;. Cette position, comme celle de l'Union africaine et de l'Organisation de la conf&#233;rence islamique, devrait aggraver les fissures dans le r&#233;gime, notamment dans l'arm&#233;e et chez les diplomates, nombreux d&#233;j&#224; &#224; avoir abandonn&#233; Kadhafi. Elle aura plus de poids que celle de gouvernements europ&#233;ens et am&#233;ricain, soup&#231;onn&#233;s, non sans raison, d'arri&#232;re-pens&#233;es, et qui ont d&#233;velopp&#233; avec le dictateur libyen d'&#233;troites relations ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi, pour l'Union europ&#233;enne, tirer quelques le&#231;ons pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'est pas possible pour les Etats europ&#233;ens de fonder toute leur politique &#233;trang&#232;re sur le respect des droits humains, et s'il est impossible et non souhaitable de rompre les relations avec tout r&#233;gime qui les violerait (avec Isra&#235;l, par exemple), il est certain que l'on peut adopter des politiques plus &#233;quilibr&#233;es entre int&#233;r&#234;ts et principes, d'autant plus que bien des projets mirifiques se sont r&#233;v&#233;l&#233;s des mirages (lire Alain Faujas, &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/02/24/les-dangers-et-les-illusions-du-commerce-avec-kadhafi_1484539_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;u&gt;Les dangers et les illusions du commerce avec Kadhafi&lt;/u&gt; &#187;&lt;/a&gt;, LeMonde.fr, 24 f&#233;vrier) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les pays europ&#233;ens, dont la France, ont arm&#233; les forces libyennes, les ont conseill&#233;es, et leur ont ainsi donn&#233; les moyens de se battre contre leur propre population (la France envisageait m&#234;me de leur vendre des &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2009-09-09-Mon-beau-Rafale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;Rafale&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'appui au r&#233;gime du colonel Kadhafi dans l'Union europ&#233;enne, et notamment en Italie, s'est fond&#233; sur un chantage : la capacit&#233; pour la Libye de stopper le flux des immigrants africains vers le Vieux continent ; cette obsession migratoire am&#232;ne Bruxelles &#224; aider toute une s&#233;rie de r&#233;gimes peu soucieux des droits humains &#224; g&#233;rer eux-m&#234;mes, dans des conditions souvent terribles, les immigr&#233;s. A tout prix, il faut d&#233;fendre la forteresse Europe ; et, de ce point de vue, Kadhafi &#233;tait un alli&#233; que Silvio Berlusconi, notamment, r&#233;pugne &#224; abandonner (lire Stefano Liberti, &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2010-08-25-L-Italie-et-la-Libye-main-dans-la-main&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &lt;/u&gt;L'Italie et la Libye main dans la main&lt;/u&gt; &#187;&lt;/a&gt;, Visions cartographiques, 25 ao&#251;t 2010) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Comme dans sa coop&#233;ration avec les autres pays du pourtour m&#233;diterran&#233;en, l'Union europ&#233;enne a fait pr&#233;valoir les principes du libre-&#233;change sur le d&#233;veloppement, multipliant les rapports &#233;logieux sur la Tunisie ou l'Egypte ; n'est-il pas temps, comme y invite George Corm, &#224; faire pr&#233;valoir une autre conception ? (&lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/11/quand-la-rue-arabe-sert-de-modele-au-nord_1478635_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Quand la &#8220;rue arabe&#8221; sert de mod&#232;le au Nord &#187;&lt;/a&gt;, LeMonde.fr, 11 f&#233;vrier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est malheureux que les pr&#233;occupations essentielles des Europ&#233;ens face aux &#233;v&#233;nements de Libye soient avant tout la crainte concernant les exportations de p&#233;trole [[Lire &#171; &lt;u&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/mav/115/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Batailles pour l'&#233;nergie&lt;/a&gt; &#187;&lt;/u&gt;, Mani&#232;re de voir, n&#176; 115, f&#233;vrier-mars 2011, actuellement en kiosques.] et la peur de voir affluer des vagues d'immigr&#233;s. Cela ne pr&#233;sage rien de bon pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes &#233;voqu&#233;s, plut&#244;t que l'appel aux interventions militaires, devraient guider la politique europ&#233;enne &#224; l'&#233;gard de tous les pays arabes, notamment ceux du sud de la M&#233;diterran&#233;e qui sont touch&#233;s par la &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2011-01-30-Egypte-monde-arabe-la-troisieme-vague&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;vague r&#233;volutionnaire&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;qui d&#233;ferle sur le monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2011-02-24-Faut-il-intervenir-militairement-en-Libye&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 24 f&#233;vrier 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les tribus, sujet complexe que je ne pr&#233;tends pas conna&#238;tre bien, on pourra lire &lt;a href=&#034;http://findarticles.com/p/articles/mi_hb6511/is_4_44/ai_n28948866/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;u&gt;&#171; Libya - Tribal Rivalries &#187;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;, sur le site Bnet.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Indestructible r&#234;ve d'un monde meilleurAlan Gresh</title>
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		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le fond de l'air &#233;tait rouge . Deux d&#233;cennies durant, des sierras d'Am&#233;rique Latine aux rizi&#232;res d'Asie, en passant par les djebels d'Afrique du Nord, un m&#234;me ouragan semblait emporter l'ordre colonial ancien et la domination &#233;conomique du Nord. En 1956, dans un &#233;clat de rire hom&#233;rique, le pr&#233;sident &#233;gyptien Gamal Abdel Nasser annon&#231;ait la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. Dans les Aur&#232;s, les fellagas se dressaient pour mettre un terme au statut de &#171; d&#233;partement fran&#231;ais &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Fil-rouge" rel="directory"&gt;Fil rouge&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fond de l'air &#233;tait rouge&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Marker, Le fond de l'air est rouge, documentaire, 240 min, 1977.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux d&#233;cennies durant, des sierras d'Am&#233;rique Latine aux rizi&#232;res d'Asie, en passant par les djebels d'Afrique du Nord, un m&#234;me ouragan semblait emporter l'ordre colonial ancien et la domination &#233;conomique du Nord. En 1956, dans un &#233;clat de rire hom&#233;rique, le pr&#233;sident &#233;gyptien Gamal Abdel Nasser annon&#231;ait la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez. Dans les Aur&#232;s, les fellagas se dressaient pour mettre un terme au statut de &#171; d&#233;partement fran&#231;ais &#187; impos&#233; &#224; l'Alg&#233;rie. Apr&#232;s son triomphe &#224; La Havane, Ernesto &lt;i&gt;Che&lt;/i&gt; Guevara, le &#171; gu&#233;rillero h&#233;ro&#239;que &#187;, repartait vers d'autres combats anti-imp&#233;rialistes, du Congo &#224; la Bolivie. En Indochine, le peuple vietnamien r&#233;sistait aux bombardements massifs men&#233;s par la &#171; citadelle du monde libre &#187;. Dans les lointaines montagnes du Dhofar de la p&#233;ninsule Arabique, des insurg&#233;s lib&#233;raient les tribus et les femmes d'une oppression mill&#233;naire sous le drapeau du marxisme-l&#233;ninisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur m&#234;me de l'Europe et des Etats-Unis, &#233;tudiants et ouvriers se r&#233;voltaient contre le vieux monde au nom d'un socialisme r&#233;nov&#233;. R&#233;unis en 1973 &#224; Alger, les leaders des pays non align&#233;s annon&#231;aient leur volont&#233; d'instaurer un &#171; nouvel ordre &#233;conomique international &#187; fond&#233; sur la r&#233;cup&#233;ration de leurs richesses naturelles, et les Etats p&#233;troliers donnaient l'exemple en nationalisant l'or noir. &lt;i&gt;&#171; Les temps sont en train de changer &#187; (The times they are a-changin'),&lt;/i&gt; avait chant&#233; Bob Dylan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des &#233;lections per&#231;ues comme un instrument de domination &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur l'aide de l'URSS, ces mouvements s'en diff&#233;renciaient aussi fortement, d&#233;non&#231;ant la bureaucratisation du pouvoir &#224; Moscou, son peu de militantisme, son choix de la &#171; coexistence pacifique &#187; avec Washington, assimil&#233; &#224; la d&#233;fense du statu quo. Pourtant, au-del&#224; de leur diversit&#233;, tous se r&#233;clamaient de la r&#233;volution. Ils voulaient renverser l'ordre social ancien, interne et international, par tous les moyens, y compris par la violence arm&#233;e ou par un coup d'Etat. Les &#171; d&#233;mocraties bourgeoises &#187; &#233;taient vilipend&#233;es, les &#233;lections per&#231;ues comme un instrument de domination des oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence de cette &#233;poque, nul mieux que Jean-Paul Sartre ne l'a exprim&#233;e. Dans sa fameuse pr&#233;face de 1961&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reprise dans Jean-Paul Sartre, Situations V. Colonialisme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; au livre de Frantz Fanon &lt;i&gt;Les Damn&#233;s de la terre,&lt;/i&gt; il &#233;crivait que la violence du colonis&#233; &lt;i&gt;&#171; n'est pas une absurde temp&#234;te ni la r&#233;surrection d'instincts sauvages, ni m&#234;me un effet du ressentiment : c'est l'homme lui-m&#234;me se recomposant.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le colonis&#233; se gu&#233;rit de la n&#233;vrose coloniale en chassant le colon par les armes &#187;.&lt;/i&gt; Et le philosophe d'ajouter que ce &lt;i&gt;&#171; fils de la violence &#187;&lt;/i&gt; puise &lt;i&gt;&#171; en elle &#224; chaque instant son humanit&#233; : nous &#233;tions hommes &#224; ses d&#233;pens, il se fait homme aux n&#244;tres. Un autre homme : de meilleure qualit&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans, trente ans plus tard, ce discours &#233;tait devenu inaudible, la plus petite esp&#233;rance d'un changement de l'ordre social r&#233;duite &#224; une volont&#233; totalitaire, l'id&#233;al d'&#233;galit&#233; identifi&#233; &#224; l'archipel du goulag. On assistait partout au triomphe de l'argent et de l'individualisme. Nous &#233;tions &lt;i&gt;&#171; condamn&#233;s &#224; vivre,&lt;/i&gt; selon la formule de l'historien Fran&#231;ois Furet, &lt;i&gt;dans le monde o&#249; nous vivons &#187;,&lt;/i&gt; &#224; ne plus r&#234;ver aux &#171; lendemains qui chantent &#187;. Et, si nous gardions une mauvaise conscience n&#233;e de la mis&#232;re persistante, nous pouvions nous engager aux c&#244;t&#233;s des champions de l'humanitaire pr&#234;ts &#224; soulager les victimes des catastrophes, des guerres, des dictatures, comme hier les dames patronnesses consolaient les pauvres tout en les maintenant &#224; l'abri de la propagande des &#171; rouges &#187;. Les &lt;i&gt;French doctors&lt;/i&gt; rempla&#231;aient les Brigades internationales, la charit&#233; se substituait &#224; la solidarit&#233;. Quant &#224; l'usage de la violence, il &#233;tait totalement discr&#233;dit&#233;, ramen&#233; au terrorisme ; seule la violence &#233;tatique de l'Occident conservait sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment une telle r&#233;volution - faut-il dire contre-r&#233;volution ? - a-t-elle &#233;t&#233; possible en un laps de temps aussi court ? Plusieurs facteurs y ont contribu&#233;. Loin de sortir durablement affaiblis de leur d&#233;faite en Indochine, les Etats-Unis r&#233;ussirent un redressement d'autant plus spectaculaire que l'Union sovi&#233;tique s'enfon&#231;ait dans une interminable stagnation politique, culturelle et id&#233;ologique, dont t&#233;moignait, en 1968, l'&#233;crasement du &#171; printemps de Prague &#187; et de l'espoir d'un &#171; socialisme &#224; visage humain &#187;. Menant une bataille sur tous les fronts, Washington r&#233;ussit &#224; imposer un ordre &#233;conomique relay&#233; par les institutions financi&#232;res mondiales, &#224; discr&#233;diter le &#171; mod&#232;le socialiste &#187;, &#224; &#233;puiser l'URSS dans des combats douteux en Afghanistan ou dans la course aux armements, &#224; s'assurer la collaboration des nouvelles &#233;lites issues de la lutte anticoloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette contre-r&#233;volution est aussi n&#233;e d'une d&#233;sillusion qui fut &#224; la mesure des attentes messianiques de la naissance d'un &#171; homme nouveau &#187; que Sartre avait esp&#233;r&#233;e. Certes, Fanon, entre autres, avait mis en garde contre le risque de confiscation de la r&#233;volution et avait d&#233;nonc&#233; ceux qui, sur leur peau noire, portaient un masque blanc. Mais la r&#233;alit&#233; d&#233;passa ses pires cauchemars. Les &#233;lites qui s'&#233;taient r&#233;clam&#233;es du &#171; socialisme scientifique &#187;, de l'Ethiopie &#224; l'Angola en passant par le Congo-Brazzaville, se reclass&#232;rent sans &#233;tats d'&#226;me aux c&#244;t&#233;s de l'ordre lib&#233;ral et capitaliste. Partout se cr&#233;aient de nouvelles classes aussi rapaces parfois que les anciens colons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine politique, le discr&#233;dit de la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187; d&#233;boucha sur une d&#233;mocratie qui n'avait de populaire que le nom et dont la seule &#171; justification &#187; &#233;tait le caract&#232;re dictatorial av&#233;r&#233; des pays alli&#233;s de l'Occident, de l'Indon&#233;sie au Za&#239;re. Le long combat arm&#233; n'avait pas seulement abouti &#224; la d&#233;faite de l'ennemi - et de ses nombreux alli&#233;s des couches coloniales cultiv&#233;es. Il avait aussi contribu&#233; &#224; b&#226;illonner toute voix dissidente : toute critique &#233;tait assimil&#233;e &#224; de la trahison en temps de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, le Front de lib&#233;ration nationale (FLN) proc&#233;da &#224; l'&#233;limination non seulement des forces qui lui &#233;taient ext&#233;rieures, mais aussi de tous les opposants &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'organisation. Ces m&#233;thodes autoritaires devaient se prolonger bien au-del&#224; de l'ind&#233;pendance. En Am&#233;rique latine, l'instauration de dictatures militaires sauvages dans les ann&#233;es 1970 montra que la &#171; d&#233;mocratie bourgeoise &#187;, les &#171; libert&#233;s formelles &#187; avaient aussi quelques avantages, ce que les peuples d'Europe de l'Est soup&#231;onnaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de l'URSS et du &#171; camp socialiste &#187;, le triomphe du lib&#233;ralisme, la domination sans partage du Nord sur l'ordre international, le recours &#224; des &#233;lections plus ou moins libres, de l'Europe de l'Est &#224; l'Am&#233;rique Latine en passant par l'Afrique, parurent inaugurer une nouvelle &#232;re. Les Objectifs du mill&#233;naire pour le d&#233;veloppement, adopt&#233;s par les Nations unies en 2000, traduisaient une promesse de r&#233;duction de la pauvret&#233;, d'un &#233;largissement de l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et &#224; la sant&#233;, d'&#233;galit&#233; des sexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte nouveau, les forces r&#233;volutionnaires durent revoir leur discours, leur strat&#233;gie, leur pratique. D'autant que la mythologie de la lutte arm&#233;e (&lt;i&gt;&#171; Cr&#233;er deux, trois... de nombreux Vietnam &#187;,&lt;/i&gt; lan&#231;ait Che Guevara) relevait aussi d'un romantisme abstrait. Ce n'est qu'apr&#232;s de multiples d&#233;bats internes que le Parti des travailleurs vietnamiens, &#224; Hano&#239;, d&#233;cida &#224; la fin 1963 de r&#233;pondre par la voie militaire, dans le sud du pays, &#224; l'escalade am&#233;ricaine, conscient du prix que devrait payer son peuple apr&#232;s un tel choix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire William J. Duiker, Ho Chi Minh. A Life, Hyperion, New York, 2001, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;fl&#233;chissant &#224; l'exp&#233;rience pass&#233;e que M. Nelson Mandela accepta d'engager un dialogue avec le pouvoir en Afrique du Sud et favorisa un compromis qui garantissait suffisamment de droits aux Blancs pour &#233;viter l'exode qu'avaient connu l'Angola, le Mozambique mais &#233;galement, dans des conditions bien diff&#233;rentes, l'Alg&#233;rie - et, aussi, pour r&#233;pondre aux exigences des puissances occidentales qui occupaient totalement la sc&#232;ne &#233;conomique au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Cet accord eut un prix : la lutte contre les profondes in&#233;galit&#233;s sociales, qui frappaient en premier lieu les Noirs, passa au second plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sous-commandant Marcos, au Chiapas, critiqua l'apologie de la &#171; violence r&#233;volutionnaire &#187; qui avait domin&#233; dans les ann&#233;es 1970 : &lt;i&gt;&#171; Nous ne voulons pas imposer nos solutions par la force, nous voulons la cr&#233;ation d'un espace d&#233;mocratique. Nous voyons les luttes arm&#233;es non pas dans le sens classique des gu&#233;rillas ant&#233;rieures, c'est-&#224;-dire comme unique voie et seule v&#233;rit&#233; toute-puissante autour de laquelle tout s'organise. Ce qui est d&#233;cisif dans une guerre, ce n'est pas l'affrontement militaire mais la politique qui est en jeu dans cet affrontement. Nous ne sommes pas entr&#233;s en guerre pour tuer ou pour &#234;tre tu&#233;s. Nous sommes entr&#233;s en guerre pour qu'on nous &#233;coute&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Lutte arm&#233;e et politique &#187;, site de la m&#233;diath&#232;que de Noisy-Le-Sec.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Mais la r&#233;volution zapatiste resta plus &#224; l'&#233;tat de potentialit&#233; que de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, les luttes arm&#233;es s'&#233;teignaient avec la fin de la guerre froide, que ce soit en Am&#233;rique centrale ou en Irlande du Nord. M&#234;me en Palestine, les accords d'Oslo de 1993 semblaient ouvrir enfin la voie de la paix. Demeuraient quelques r&#233;sidus, au Sri Lanka ou au Pays basque espagnol, des &#171; mod&#232;les &#187; fort peu attirants pour la plupart des forces r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, toutes les illusions sur la &#171; fin de l'histoire &#187;, l'extinction des in&#233;galit&#233;s et de la mis&#232;re, le nouvel ordre mondial international, devaient s'effacer devant l'&#233;chec des politiques lib&#233;rales et les strat&#233;gies aventuristes des Etats-Unis. L'affirmation de la Chine comme de l'Inde sur la sc&#232;ne internationale ouvrait des marges de man&#339;uvre aux pays du Sud. A nouveau se posait le probl&#232;me du &#171; changement &#187; de l'ordre social interne et de l'ordre politique international, m&#234;me si ce n'&#233;tait plus au nom du &#171; socialisme scientifique &#187;, mais d'un m&#233;lange d&#233;tonant d'espoirs mill&#233;naristes, d'affirmations d'un nationalisme culturel et politique, d'&#233;galitarisme fond&#233; sur les traditions indig&#232;nes ou religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la violence arm&#233;e est frapp&#233;e de discr&#233;dit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique Latine, qui a subi de longues ann&#233;es de &#171; m&#233;decine &#187; lib&#233;rale, a inaugur&#233; cette nouvelle &#233;tape avec l'arriv&#233;e au pouvoir de mouvements d&#233;cid&#233;s &#224; transformer profond&#233;ment la situation et &#224; donner du pain aux plus pauvres et aux exclus, en premier lieu aux Indiens. Et l'affrontement direct avec les puissances &#233;tablies se fait dans le respect du verdict des urnes. La violence arm&#233;e n'est plus &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Proche-Orient, c'est moins l'ordre social qui est contest&#233; que l'intervention militaire &#233;trang&#232;re, en premier lieu celle de Washington. La lutte arm&#233;e, men&#233;e souvent au nom de l'islam, que ce soit par le Hamas ou par le Hezbollah, et largement soutenue par les opinions publiques, remporte des succ&#232;s. En revanche, Al-Qaida, r&#233;seau transnational sans implantation locale, ne doit sa popularit&#233; toute relative qu'&#224; sa capacit&#233; de &#171; porter des coups &#187; aux Etats-Unis. En Asie, enfin, la contestation des in&#233;galit&#233;s se combine, parfois de mani&#232;re contradictoire, &#224; une capacit&#233; des gouvernements &#224; mobiliser leurs opinions autour de la d&#233;fense d'une souverainet&#233; trop longtemps bafou&#233;e et d'une remise en cause de l'ordre international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la diversit&#233; des situations, c'est bien la p&#233;riode de &#171; stabilit&#233; &#187; qui avait pr&#233;valu dans les ann&#233;es 1990 et le d&#233;but des ann&#233;es 2000 qui s'ach&#232;ve. Il est difficile de savoir vers quels bouleversements nous allons ; toutefois, le r&#234;ve d'un monde meilleur, un r&#234;ve aussi vieux que l'humanit&#233;, mais dont les contours sont profond&#233;ment diff&#233;rents de celui des ann&#233;es 1960, est de retour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/GRESH/17059&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, juillet 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chris Marker, &lt;i&gt;Le fond de l'air est rouge,&lt;/i&gt; documentaire, 240 min, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Reprise dans Jean-Paul Sartre, &lt;i&gt;Situations V. Colonialisme et n&#233;o-colonialisme,&lt;/i&gt; Gallimard, Paris, 1964.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire William J. Duiker, &lt;i&gt;Ho Chi Minh. A Life,&lt;/i&gt; Hyperion, New York, 2001, notamment p. 534 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://www.mediatheque-noisylesec.org/femmes-chiapas/Z4.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lutte arm&#233;e et politique&lt;/a&gt; &#187;, site de la m&#233;diath&#232;que de Noisy-Le-Sec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Insoumission</title>
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		<dc:date>2005-09-21T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alain Gresh*</dc:creator>



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&lt;p&gt;A l'occasion d'une conf&#233;rence des ministres chinois, russe et indien des affaires &#233;trang&#232;res tenue &#224; Vladivostok le 2 juin 2005, P&#233;kin et Moscou paraphent le r&#232;glement de leur diff&#233;rend frontalier, et New Delhi confirme ses investissements dans le p&#233;trole russe - 1 milliard de dollars pour le projet dit Sakhaline I. &lt;br class='autobr' /&gt; Les trois pays appellent &#224; rejeter le &#171; deux poids, deux mesures &#187; dans les relations internationales, une formule qui vise l'administration Bush. En ao&#251;t 2005, devant la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion d'une conf&#233;rence des ministres chinois, russe et indien des affaires &#233;trang&#232;res tenue &#224; Vladivostok le 2 juin 2005, P&#233;kin et Moscou paraphent le r&#232;glement de leur diff&#233;rend frontalier, et New Delhi confirme ses investissements dans le p&#233;trole russe - 1 milliard de dollars pour le projet dit Sakhaline I.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les trois pays appellent &#224; rejeter le &#171; deux poids, deux mesures &#187; dans les relations internationales, une formule qui vise l'administration Bush. En ao&#251;t 2005, devant la lev&#233;e de boucliers suscit&#233;e au Congr&#232;s am&#233;ricain par son offre, la compagnie chinoise Cnooc Ltd. renonce &#224; racheter la soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re am&#233;ricaine Unocal ; la libre circulation des capitaux a c&#233;d&#233; devant des &#171; imp&#233;ratifs de s&#233;curit&#233; &#187;. Le m&#234;me mois, l'Iran repousse les propositions de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, soutenues par les Etats-Unis, impliquant un abandon d&#233;finitif de sa fili&#232;re d'enrichissement d'uranium, alors m&#234;me que le trait&#233; de non prolif&#233;ration nucl&#233;aire lui reconna&#238;t le droit &#224; cette technologie. A T&#233;h&#233;ran, o&#249; br&#251;le encore la m&#233;moire des interventions &#233;trang&#232;res - de celle de la Russie, au XIX, si&#232;cle, &#224; celle de la CIA, en 1953 -, on brandit l'&#233;tendard de la souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;v&#233;nements parmi d'autres : multiplication de voyages des dirigeants chinois en Afrique et en Am&#233;rique et la Chine autour du textile, des avions, de l'agriculture ; reconnaissance par la Cor&#233;e du Sud du droit de Pyongyang &#224; disposer d'une industrie nucl&#233;aire civile, en contradiction avec les positions de Washington, etc. Rassembl&#233;s, ces faits &#233;pars esquissent les contours d'une g&#233;opolitique mondiale bien plus complexe qu'on ne l'imagine parfois et qui ne se r&#233;duit pas au d&#233;ferlement imp&#233;tueux de la mondialisation lib&#233;rale. Partout persistent les nationalismes, les cultures des soci&#233;t&#233;s, les ambitions ancr&#233;es dans l'histoire ; de plus en plus nombreux sont ceux qui refusent de se soumettre &#224; l'ordre mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit pas &#233;merger de &#171; supra-imp&#233;rialisme &#187; qui mettrait fin aux rivalit&#233;s. Face &#224; une Am&#233;rique qui n'h&#233;site pas, comme dans le cas d'Unocal, &#224; prot&#233;ger ses int&#233;r&#234;ts, s'affirment, de P&#233;kin &#224; S&#224;o Paulo, de S&#233;oul &#224; New Delhi, un patriotisme &#233;conomique et politique, une d&#233;termination &#224; d&#233;fendre son ind&#233;pendance. D&#233;j&#224;, en septembre 2003 &#224; Cancan, vingt pays du Sud, dont l'Inde, le Br&#233;sil et l'Afrique du Sud, avaient provoqu&#233; l'&#233;chec de la conf&#233;rence de l'Organisation mondiale du commerce, leurs revendications n'ayant pas &#233;t&#233; satisfaites. -En France, l'opposition &#224; une &#233;ventuelle reprise de &lt;i&gt;Danone &lt;/i&gt; par &lt;i&gt;PepsiCo &lt;/i&gt; rel&#232;ve de la m&#234;me logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; fin de l'histoire &#187;, expliquait Francis Fukuyama, annon&#231;ait le triomphe non seulement de la mondialisation, mais aussi du mod&#232;le lib&#233;ral incarn&#233; par les Etats-Unis. Or, depuis plus d'une d&#233;cennie, ceux-ci sont incapables de gagner &#171; les c&#339;urs et les esprits &#187;. En 1789, les id&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise essaimaient largement en Europe et au-del&#224; ; la r&#233;volution sovi&#233;tique constitua, pendant longtemps, un d&#233;fi autant id&#233;ologique que militaire pour l'Ouest. Mais l'apog&#233;e de la force militaire des Etats-Unis co&#239;ncide avec le point le plus bas de leur popularit&#233; dans le monde. Limage de Washington &#224; l'&#233;tranger n'a jamais &#233;t&#233; aussi n&#233;gative. &#171; M&#234;me la Chine fait mieux &#187;, titrait l'&lt;i&gt;International Herald Tribune&lt;/i&gt;, le 24 juin 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, aucun grand pays, &#224; l'horizon de la prochaine d&#233;cennie, n&#233; peut esp&#233;rer rivaliser avec les Etats-Unis comme le fit l'Union sovi&#233;tique au cours de la seconde moiti&#233; du XX` si&#232;cle. Puissance militaire sans &#233;quivalent, l'Am&#233;rique reste pourtant enlis&#233;e en Irak, faisant face &#224; une r&#233;sistance de quelques milliers de combattants qui clouent sur le terrain 148 000 soldats am&#233;ricains. Et les scandales de Guantanamo, d'Abou Ghraib, la torture, le grignotage des libert&#233;s fondamentales sapent la pr&#233;tention des Etats-Unis, et parfois aussi de l'Europe (ce duo que l'on appelle l'Occident), &#224; d&#233;finir seuls les valeurs universelles - droits de la personne, d&#233;mocratie, libert&#233;s, etc. -, &#224; proclamer le Mal et le Bien, &#224; d&#233;cr&#233;ter quel r&#233;gime est acceptable et quel r&#233;gime ne l'est pas, lequel est passible de sanctions et lequel ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout est refus&#233;e leur tentative d'imposer, notamment &#224; travers les m&#233;dias, une vision tronqu&#233;e du monde, du droit et de la morale. Le succ&#232;s des cha&#238;nes satellitaires dans le monde arabe, en particulier d'Al-Jazira, le lancement en Am&#233;rique du Sud de Telesur manifestent cette insoumission qui s'&#233;tend &#224; tous les domaines, politiques, &#233;conomiques et culturels. M&#234;me si, quelquefois, ce refus peut prendre les formes d&#233;voy&#233;es de l'extr&#233;misme religieux ou national, et alimenter l'id&#233;e du &#171; choc des civilisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'or&#233;e du XVIIIe si&#232;cle, l'Europe avait impos&#233; son h&#233;g&#233;monie face aux autres puissances. Cette primaut&#233;, l'historiographie contemporaine montre qu'elle r&#233;sulta d'une conjoncture singuli&#232;re, particuli&#232;rement l'avantage donn&#233; par la possession de l'Am&#233;rique du Nord et l'&#233;conomie de traite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire, notamment, Christopher Alan Bayly, The Birth of the Modern World, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle se traduisit par une pr&#233;pond&#233;rance militaire qui permit au Vieux Continent de soumettre le reste de la plan&#232;te au joug colonial. L'Europe chercha &#224; l&#233;gitimer cette domination par la pr&#233;tendue sup&#233;riorit&#233; mill&#233;naire de ses valeurs et de sa pens&#233;e, en premier lieu la philosophie grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le caract&#232;re outr&#233; de cette vision, lire Marcel Detienne, Les Grecs et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle m&#233;prisa toutes les autres cultures, consid&#233;r&#233;es comme &#171; barbares &#187; ou &#171; inf&#233;rieures &#187;. D&#233;sormais, les Etats-Unis, et parfois l'Europe, semblent reprendre ces pr&#233;jug&#233;s d'un autre &#226;ge. Ils devraient pourtant se souvenir que les empires coloniaux, plus &#171; avanc&#233;s &#187;, plus &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187;, ont finalement, disparu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/strong&gt;, septembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alain Gresh&lt;/strong&gt; est un journaliste fran&#231;ais. R&#233;dacteur en chef du mensuel Le Monde diplomatique jusqu'en d&#233;cembre 2005, il en devient le directeur adjoint &#224; partir de janvier 2008. Auteur de plusieurs livres sur le Proche-Orient et sur l'islam.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire, notamment, Christopher Alan Bayly, &lt;i&gt;The Birth of the Modern World&lt;/i&gt;, 1780-1914, &lt;i&gt;Blackwell, Oxford, 2004, et Kenneth Pomeranz, The Great Diver&#172;gence. China, Europe, and the Making of the Modern World Economy&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Princeton University Press&lt;/i&gt;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le caract&#232;re outr&#233; de cette vision, lire Marcel Detienne, Les Grecs et nous, Perrin, Paris, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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