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	<title>El Correo</title>
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		<title>Chomsky : L'&#233;tat de surveillance dans les pays libres</title>
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		<dc:date>2016-09-25T20:01:28Z</dc:date>
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		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ces temps derniers, nous avons beaucoup appris sur la nature du pouvoir de l'&#201;tat et les forces qui g&#233;n&#232;rent ses politiques, en plus d'apprendre sur un sujet &#233;troitement li&#233; : le concept diff&#233;renci&#233; et subtil de la transparence. &lt;br class='autobr' /&gt;
La source de ce savoir est, &#233;videmment, l'ensemble des documents faisant r&#233;f&#233;rence au syst&#232;me de surveillance de l'Agence Nationale de S&#233;curit&#233; (NSA), rendus publics par le courageux d&#233;fenseur de la libert&#233;, monsieur Edward J. Snowden, r&#233;sum&#233;s et analys&#233;s en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces temps derniers, nous avons beaucoup appris sur la nature du pouvoir de l'&#201;tat et les forces qui g&#233;n&#232;rent ses politiques, en plus d'apprendre sur un sujet &#233;troitement li&#233; : le concept diff&#233;renci&#233; et subtil de la transparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source de ce savoir est, &#233;videmment, l'ensemble des documents faisant r&#233;f&#233;rence au syst&#232;me de surveillance de l'Agence Nationale de S&#233;curit&#233; (NSA), rendus publics par le courageux d&#233;fenseur de la libert&#233;, monsieur Edward J. Snowden, r&#233;sum&#233;s et analys&#233;s en grande partie par son collaborateur Glenn Greenwald dans son nouveau livre &#171; &lt;i&gt;No Place to Hide&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; &#187; (&#171; Nulle part o&#249; se cacher &#187; chez Editions JC Latt&#232;s. NDLT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les documents r&#233;v&#232;lent un projet remarquable destin&#233; &#224; soumettre &#224; la surveillance de l'&#201;tat l'information vitale concernant toute personne qui a la malchance de tomber dans les griffes du g&#233;ant, qui serait, en principe, toute personne li&#233;e avec la soci&#233;t&#233; digitale moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais rien de si ambitieux n'a jamais &#233;t&#233; imagin&#233; par les proph&#232;tes dystopiques qui ont d&#233;crit les terrifiantes soci&#233;t&#233;s totalitaires qui nous attendaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un d&#233;tail mineur que le projet soit ex&#233;cut&#233; dans l'un des pays les plus libres de la plan&#232;te et en radicale violation de la &#171; La D&#233;claration des droits &#187; (&lt;i&gt;United States Bill of Rights&lt;/i&gt;), qui prot&#232;gent les citoyens des poursuites et des arrestations sans motif et qui garantissent la vie priv&#233;e des individus, de leurs foyers, leurs documents et de leurs biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand bien m&#234;me les avocats du gouvernement le tentent, il n'y a pas de fa&#231;on de r&#233;concilier ces principes avec l'assaut fait &#224; la population que r&#233;v&#232;lent les documents de Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi rappeler que la d&#233;fense des droits fondamentaux &#224; la vie priv&#233;e a particip&#233; &#224; provoquer la r&#233;volution de l'ind&#233;pendance de cette nation. Au XVIIIe si&#232;cle le tyran &#233;tait le gouvernement britannique, qui s'arrogeait le droit de s'immiscer dans le foyer et dans la vie des colons de ces terres. Aujourd'hui, c'est le gouvernement lui-m&#234;me de ses propres citoyens (us)am&#233;ricains qui s'arroge ce droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore la Grande-Bretagne conserve la m&#234;me posture qui a provoqu&#233; la r&#233;bellion des colons, bien qu'&#224; une moindre &#233;chelle, puisque le centre du pouvoir s'est d&#233;plac&#233; vers les sujets internationaux. Selon &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; et &#224; partir des documents fournis par Snowden, le gouvernement britannique a sollicit&#233; la NSA pour analyser et retenir tous les num&#233;ros de fax et de t&#233;l&#233;phones cellulaires, les messages de courrier &#233;lectronique et directions IP de citoyens britanniques que capte son r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute les citoyens britanniques (comme d'autres &#171; clients &#187; internationaux) doivent &#234;tre enchant&#233;s de savoir que la NSA re&#231;oit ou intercepte de fa&#231;on r&#233;guli&#232;re routeurs, serveurs et d'autres dispositifs informatiques export&#233;s depuis les &#201;tats-Unis (d'Am&#233;rique) pour pouvoir implanter des instruments d'espionnage dans ses machines, comme Greenwald le d&#233;crit dans son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le g&#233;ant satisfait sa curiosit&#233;, chaque chose que n'importe qui d'entre nous &#233;crit sur son clavier d'ordinateur pourrait &#234;tre envoy&#233;e en temps r&#233;el aux bases de donn&#233;es de plus en plus &#233;normes du pr&#233;sident Obama dans l'Utah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part et en se servant d'autres ressources, le constitutionnaliste de la Maison Blanche semble d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;molir les fondements de notre libert&#233; civile, en faisant que le principe basique de pr&#233;somption d'innocence, qui remonte &#224; la &lt;i&gt;Magna Carta&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Magna Carta Libertatum&lt;/i&gt; ou Grande Charte) d'il y a 800 ans, soit jet&#233; aux oubliettes depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas l'unique violation des principes &#233;thiques et l&#233;gaux de base. R&#233;cemment, le &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt; a fait part de l'angoisse d'un juge f&#233;d&#233;ral qui devait d&#233;cider s'il permettait ou non qu'on nourrisse par la force un prisonnier espagnol en gr&#232;ve de la faim, qui protestait ainsi contre son emprisonnement. On n'a exprim&#233; aucune angoisse sur le fait que cet homme ait pass&#233; douze ans &#224; Guantanamo sans jamais avoir &#233;t&#233; jug&#233;, une victime parmi les nombreuses du leader du monde libre, qui revendique le droit de garder des prisonniers sans droits et de les torturer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;v&#233;lations nous incitent &#224; rechercher plus &#224; fond dans la politique de l'&#201;tat et dans les facteurs qui la g&#233;n&#232;rent. La version habituelle que nous recevons est que l'objectif primaire des dites politiques est la s&#233;curit&#233; et la d&#233;fense contre nos ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette doctrine nous oblige &#224; nous poser quelques questions : la s&#233;curit&#233; de qui et la d&#233;fense contre quels ennemis ? Les r&#233;ponses ont &#233;t&#233; d&#233;j&#224; soulign&#233;es, de fa&#231;on dramatique, par les r&#233;v&#233;lations de Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques actuelles sont pens&#233;es pour prot&#233;ger l'autorit&#233; &#233;tatique et les pouvoirs nationaux rassembl&#233;s par certains groupes, en les d&#233;fendant contre un ennemi tr&#232;s dangereux : votre propre population, qui, bien s&#251;r, peut devenir un grand danger si elle n'est pas d&#251;ment contr&#244;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis long temps on sait que poss&#233;der l'information sur un ennemi est essentiel pour le contr&#244;ler. Obama a une s&#233;rie de pr&#233;d&#233;cesseurs distingu&#233;s en cette pratique, bien que ses propres contributions soient arriv&#233;es &#224; des niveaux sans pr&#233;c&#233;dents, comme nous le savons aujourd'hui gr&#226;ce au travail de Snowden, de Greenwald et de quelques autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se d&#233;fendre de l'ennemi interne, le pouvoir de l'&#201;tat et le pouvoir concentr&#233; des grandes entreprises priv&#233;es, ces deux entit&#233;s doivent se maintenir cach&#233;es. En revanche, l'ennemi doit &#234;tre compl&#232;tement sous la surveillance de l'autorit&#233; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe a &#233;t&#233; expliqu&#233; avec lucidit&#233; il y a des ann&#233;es par l'intellectuel et sp&#233;cialiste en politiques, le professeur Samuel P. Huntington, qui nous a appris que le pouvoir se maintient fort quand il reste dans l'ombre ; expos&#233; &#224; la lumi&#232;re, il commence &#224; s'&#233;vaporer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me Huntington l'a illustr&#233; d'une fa&#231;on explicite. Selon lui, &#171; il est possible que nous ayons &#224; vendre [une intervention directe ou une autre forme d'action militaire] de telle mani&#232;re que l'on croit l'impression erron&#233;e que nous combattons l'Union Sovi&#233;tique. C'est ce que les &#201;tats-Unis (d'Am&#233;rique) font depuis la doctrine Truman, d&#233;j&#224; tout au d&#233;but de la Guerre Froide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception de Huntington au sujet du pouvoir et de la politique de l'&#201;tat &#233;tait en m&#234;me temps pr&#233;cise et visionnaire. Quand il a &#233;crit ces mots, en 1981, le gouvernement de Ronald Reagan entreprenait sa &lt;i&gt;guerre contre la terreur&lt;/i&gt;, qui est devenue bient&#244;t une guerre terroriste, assassine et brutale, d'abord en Am&#233;rique Centrale, qui s'est &#233;tendue ensuite bien au-d&#233;l&#224; du sud de l'Afrique, de l'Asie et du Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ce jour , pour exporter la violence et la subversion &#224; l'&#233;tranger, ou pour appliquer la r&#233;pression et la violation des garanties individuelles dans son propre pays, le pouvoir de l'&#201;tat a cherch&#233; de cr&#233;er la fausse impression de ce que nous combattons en r&#233;alit&#233; est le terrorisme, bien qu'il y ait d'autres options : des magnas de la drogue, ul&#233;mas fous ent&#234;t&#233;s pour avoir des armes nucl&#233;aires et d'autres ogres qui, nous a t-on dit &#224; plusieurs reprises, veulent nous attaquer et nous d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de l'ensemble du processus, le principe de base est le m&#234;me. Le pouvoir ne doit pas s'exposer &#224; la lumi&#232;re du jour. Edward Snowden est devenu le criminel le plus recherch&#233; pour ne pas comprendre cette maxime inviolable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il doit y avoir une transparence compl&#232;te pour la population mais aucune pour les pouvoirs qui doivent se d&#233;fendre de cet terrible ennemi interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Noam Chomsky *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;b&gt;* Noam Chomsky&lt;/b&gt; Professeur &#233;m&#233;rite de linguistique et de philosophie au MIT ( Institut de Technologie de Massachusetts du Cambridge). Les essais de Noam Chomsky sur la linguistique et la politique viennent d'&#234;tre rassembl&#233;s dans The Essential Chomsky, &#233;dit&#233;s par Anthony Arnove et publi&#233;s par &lt;i&gt;The New Press&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Original en anglais&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://chomsky.info/20140602/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Surveillance State Beyond Imagination Is Being Created in One of the World's Freest Countries&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187; Alternet, June 2, 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification&lt;/u&gt; 3.0 Unported.&lt;/a&gt; Bas&#233; sur une &#339;uvre de &lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/El-estado-de-vigilancia-en-los-paises-libres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;El Correo&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Chomsky-L-etat-de-surveillance-dans-les-pays-libres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 25 de septembre 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview de Noam Chomsky par Ren&#233; Naba</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Interview-de-Noam-Chomsky-par-Rene-Naba</link>
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		<dc:date>2014-12-17T18:42:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *, Ren&#233; Naba *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;MIT Cambridge (MA) &#8211; L'homme ne se paie pas des mots et ses propos percutent : Les Etats Unis sont un &#171; &#233;tat voyou &#187; et le jour o&#249; &#171; l'Arabie saoudite participera &#224; une coalition contre Da'ech, le monde vivrait dans un monde comparable &#224; celui d'Alice au pays des merveilles &#187;. Le constat &#233;mane du linguiste Noam Chomsky, un des intellectuels les plus influents de la pens&#233;e critique am&#233;ricaine dans une interview au site www.madaniya.info, r&#233;alis&#233;e le 17 octobre 2014. &lt;br class='autobr' /&gt; English version (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Afrique-et-Monde-Arabo-Musulman" rel="directory"&gt;Afrique et Monde Arabo-Musulman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;MIT Cambridge (MA) &#8211; L'homme ne se paie pas des mots et ses propos percutent : Les Etats Unis sont un &#171; &#233;tat voyou &#187; et le jour o&#249; &#171; l'Arabie saoudite participera &#224; une coalition contre Da'ech, le monde vivrait dans un monde comparable &#224; celui d'Alice au pays des merveilles &#187;. Le constat &#233;mane du linguiste Noam Chomsky, un des intellectuels les plus influents de la pens&#233;e critique am&#233;ricaine dans une interview au site &lt;a href=&#034;http://www.madaniya.info&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.madaniya.info&lt;/a&gt;, r&#233;alis&#233;e le 17 octobre 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;English version available below.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Ren&#233; Naba, au si&#232;ge du D&#233;partement de philosophie et de linguistique du mythique Massachusetts Institute of Technology (MIT) &#8211; 77 Massachusetts Avenue &#8211; Cambridge (MA).&lt;br class='autobr' /&gt;
MIT, Cambridge (MA), le 17 octobre 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Naba : &lt;strong&gt;La derni&#232;re offensive isra&#233;lienne contre Gaza, juillet-Ao&#251;t 2014, a bris&#233; le mythe de la &#171; puret&#233; des armes isra&#233;liennes &#187; du fait des violations des lois de la guerre commises par l'&#233;tat h&#233;breu. A terme, la fin du mythe de la puret&#233; des armes isra&#233;lienne, mettra-t-elle fin &#224; l'impunit&#233; isra&#233;lienne ? ou le souvenir du g&#233;nocide hitl&#233;rien va-t-il continuer &#224; constituer le bouclier absolu d'Isra&#235;l ? Le fait de se vivre comme un &#233;tat hors normes ne va-t-il pas d&#233;boucher pour Isra&#235;l &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; par la communaut&#233; internationale comme un &#233;tat hors la loi internationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : Le mythe de la puret&#233; des armes d'Isra&#235;l est bris&#233; depuis longtemps. Chaque op&#233;ration isra&#233;lienne de violence brutale &#233;rode ce mythe encore plus. Les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique constituent le dernier bastion de soutien &#224; Isra&#235;l, encore qu'au sein de la jeunesse, le soutien s'&#233;rode aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#201;tats Unis ont opt&#233; pour une strat&#233;gie de &#171; carbon democracy &#187;, c'est &#224; dire le soutien aux r&#233;gimes dictatoriaux producteurs de p&#233;trole contre les aspirations nationales et les revendications l&#233;gitimes des peuples arabes. Si la &#171; &lt;i&gt;carbon democracy&lt;/i&gt; &#187; a assur&#233; la s&#233;curit&#233; &#233;nerg&#233;tique de l'Am&#233;rique et son expansion &#233;conomique, assurera-telle pour autant la survie de la d&#233;mocratie am&#233;ricaine ? Pensez vous que les &#201;tats-Unis doivent mettre fin &#224; leurs relations privil&#233;gi&#233;es avec l'Arabie saoudite et Isra&#235;l, qui sont ces deux meilleurs alli&#233;s au Moyen orient, mais, paradoxalement, les deux pays qui leur posent le plus de probl&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme carbon democracy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carbon Democracy est un terme forg&#233; par Timothy Mitchell pour d&#233;finir le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est trompeur. Tout est carbon (&#233;nergie), rien n'est d&#233;mocratie. Cela dure depuis un si&#232;cle et a commenc&#233; depuis que l'&#233;conomie a repos&#233; sur l'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait que les &#201;tats Unis soient alli&#233;s des deux parmi les grands &#201;tats voyous (Rogue state) de la zone, l'Arabie saoudite et Isra&#235;l, ne porte il pas en lui les germes du d&#233;p&#233;rissement du cr&#233;dit moral de l'Am&#233;rique et partant de son leadership ? Comment expliquez vous cette extraordinaire tol&#233;rance de l'Am&#233;rique &#224; l'&#233;gard de ces deux pays qui la tirent vers le bas ? Un arrangement entre les &#201;tats Unis et l'Iran, sur le mod&#232;le de la r&#233;conciliation entre les &#201;tats Unis et le Vietnam, ne constituerait il pas un moyen de pression indirect sur les deux grandes th&#233;ocraties que sont l'Arabie saoudite et Isra&#235;l pour les amener &#224; se conformer avantage aux normes internationales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapprochement entre les &#201;tats-Unis et l'Iran serait b&#233;n&#233;fique pour les deux pays et pour l'ensemble de la r&#233;gion. Toutefois je ne pense pas que cela va inciter Isra&#235;l et l'Arabie saoudite &#224; respecter le droit international pour une raison bien simple : Les &#201;tats Unis rejettent le droit international et l'Iran n'est pas mieux plac&#233; &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aptitude des &#201;tats Unis &#224; s'affranchir du Droit international est assez impressionnante. Je vous renvoie au document de la CIA publi&#233; par le New Times en octobre 2014, recensant les interventions usam&#233;ricaines dans le Tiers monde, de Cuba, au Nicaragua, &#224; l'Angola et &#224; la Somalie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos des activit&#233;s de la CIA dans le tiers monde :&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toutes ces op&#233;rations sont des op&#233;rations terroristes majeures et les seuls commentaires qui ont &#233;t&#233; &#233;mis se sont limit&#233;s &#224; des consid&#233;rations de pure forme &#8211; et non des condamnations de fond- sur la meilleure fa&#231;on de les rendre efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;quivaudrait &#224; une manchette de la Pravda recensant les actions terroristes men&#233;es par les russes. Si une telle histoire paraissait dans la Pravda, cela poserait un gros probl&#232;me. Mais quand ce sont les &#201;tats Unis, personne ne le rel&#232;ve. Je suis certain qu'en France personne ne l'a not&#233;, parce qu'il est &#233;vident que les &#201;tats Unis d'Am&#233;rique sont un &#233;tat voyou qui ne respecte pas le Droit international et qu'il est hors de question de porter un jugement sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, ce fait ne pose pas probl&#232;me en ce qu'il rel&#232;ve de la culture politique. Les &#201;tats Unis sont un &#233;tat agresseur et terroriste qui fait ce que bon lui semble. Le Droit international ne repr&#233;sente pour eux qu'une aimable plaisanterie. Cet &#233;tat de choses ne changera que lorsqu'il sera contraint par son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Message aux d&#233;mocrates arabes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky &lt;/strong&gt; : Le message est qu'ils doivent tirer profit de toutes les opportunit&#233;s, sans se nourrir de la moindre illusion, tout en demeurant attentifs &#224; la r&#233;alit&#233;. Que peuvent faire maintenant les Kurdes pour se prot&#233;ger ? Chercher toutes les opportunit&#233;s pour leur autod&#233;fense, mais garder en m&#233;moire le c&#233;l&#232;bre proverbe Kurde : Seules les montagnes sont nos amies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats Unis, la Turquie, l'Iran et Isra&#235;l peuvent para&#238;tre amis dans des occasions particuli&#232;res, lorsque leur propre int&#233;r&#234;t le commande. Ils peuvent fragiliser les Kurdes, s'ils le souhaitent, d&#233;s que l'occasion se pr&#233;sentent et si cela correspond &#224; leurs pr&#233;occupations. La m&#234;me chose peut se produire pour les d&#233;mocrates syriens ou les d&#233;mocrates &#233;gyptiens. Les d&#233;mocrates arabes doivent poursuivre leurs propres objectifs en &#233;valuant rationnellement les options sans jamais accepter les illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ren&#233; Naba : &lt;strong&gt;Peut on consid&#233;rer que les &#201;tats Unis ont fait office de p&#233;pini&#232;re au terrorisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky &lt;/strong&gt; : Oui c'est vrai. Prenez pas exemple l'Arabie Saoudite. Les &#201;tats unis sont leur plus proche alli&#233;. Pour le royaume, participer &#224; la coalition anti ISIS, s'apparenterait au conte d'Alice au pays des merveilles &#187;. L'Arabie est le principal fondateur de ce groupement. Que signifie pour elle de faire partie de cette coalition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'Iran, qui devrait combattre ISIS, n'est pas autoris&#233; &#224; le faire. Le PKK (parti des travailleurs du Kurdistan, dont le chef Abdallah Oceylan est emprisonn&#233; en Turquie), qui m&#232;ne probablement la bataille, est attaqu&#233; &#224; la fois par les Etats Unis et la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est quelque peu surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.renenaba.com/interview-exclusive-de-noam-chomsky-a-madaniya-info-par-rene-naba/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;En point de Mire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 12 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;English version&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : The last Israeli offensive against Gaza (July-August 2014), broke the myth of the &#171; purity of Israeli weapons &#187; because of violations of the laws of war committed by the Jewish state. Does this mean the end of Israeli impunity ? or will the memory of the Nazi genocide continue to be the absolute shield of Israel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : That myth was broken long, long ago. Each exercise of brutal violence erodes Israel's stance more. The last bastion of support is the US, and at least among younger people, it's eroding here too.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : The United States have opted for a strategy of &#171; carbon democracy &#187;, i.e. support for oil producing dictatorships against national and legitimate demands of the Arab peoples aspirations. If the &#171; carbon democracy &#187; supported the energetic security of the U.S and its economic expansion, do you think this strategy will support the survival of American democracy ? Do you think the United States must end their relationships with Saudi Arabia and Israel, which are their two best allies in the Middle East, but, paradoxically, the two countries that pose the most problems ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : The phrase &#171; carbon democracy &#187; is misleading. It's all carbon, no democracy, and has been for close a century, since the world began to shift to an oil-based economy. No paradox. Posing the problems and being close US allies quite commonly go together.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : Madanyia is a geopolitical matters, cultural matters and media. We made a huge file about Daesh in French and Arabic because we have a network in Syria, Irak, Jordan and Lebanon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : What sources ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : Democratic opposition in Syria, in Lebanon I have no Qatari or petro-opposition !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : I met some of the Syrian in Lebanon about a year ago. I spend a lot of time with the Syrians, very nice people, but their cause seemed hopeless.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : A region in crisis, the whole area.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : Irak looks as though it is finished.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : I will send you the file in French and Arabic about Daesh and now I am preparing about the clandestine organization on Syrian brotherhood, the skeleton of Al Qaeda.&lt;br class='autobr' /&gt;
Two quick follow up questions : Ties between US / Iran and Israel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : A rapprochement between the US and Iran would be very valuable in itself for both countries and for the region. However I do not think it will influence Israel and Saudi Arabia to observe international law for a very simple reason : the US reject international laws and Iran is irrelevant in this regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The extent to which the US rejects international law is quite remarkable (New York Time : CIA document that reviewed cases of US interventions in 3rd world and evaluate how successful they were, what did not work&#8230;). Cuba, Nicaragua, Angola, Somalia, etc. : are all major terrorist operations and the only comments is what makes them work, how we can make them better.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is like a headline in Pravda listing all the terrorist actions conducted. If a story like that appeared in Pravda it would be a big issue but when it appears in the US nobody notices it I am sure nobody in France notices it. Because it is taken for granted that the US is a Rogue State, which does not observe international law and so we do not even have to comment on it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the western world it is not even a question, it is just part of the political culture. The US is an aggressor and a terrorist that does what it wants and the international law is a joke.&lt;br class='autobr' /&gt;
And nothing will change unless the US is constraint primarily by its own people.&lt;br class='autobr' /&gt;
Two quick follow up questions : A message to the Arab democrats&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : Do you have any message to address to the Arab democrats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : The message is that they should exploit whatever opportunity they have with no illusion. Pay attention to reality. Take say, the Kurds right now, what can they do to protect themselves ? They should seek whatever opportunity they can for their self-defense but they should remember a famous Kurdish proverb &#8220;the only friends you have are the mountains&#8221;. US, Turkey, Iran, Israel may appear to be friendly on particular occasions but it is for their own interests and they will undermine the Kurds if they wish as soon as the opportunity arise if that is their concern. The same is true for Syrian democrats, Egyptian democrats. Pursue your own objectives rationally estimating circumstances, options but do not accept illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Naba&lt;/strong&gt; : Would you agree that the US is greenhouse that nurtures terrorism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; : Yes it is true. Take Saudi Arabia, the US is their closest allies, for them to be part of the anti-ISIS coalition comes out of Alice in Wonderland. They are their main funders, what does it mean for them to be part of the coalition ! On the other hand Iran who would confront them, is not allowed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The PKK who is probably doing most of the fighting is attacked by the US in Turkey. The whole thing is surreal !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.renenaba.com/interview-exclusive-de-noam-chomsky-a-madaniya-info-par-rene-naba/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;En point de Mire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 12 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Carbon Democracy&lt;/i&gt; est un terme forg&#233; par Timothy Mitchell pour d&#233;finir le pouvoir &#224; l'&#232;re du p&#233;trole. &#171; La d&#233;mocratie du p&#233;trole &#187; d&#233;signe la strat&#233;gie usam&#233;ricaine visant &#224; la pr&#233;servation de la s&#233;curit&#233; de son ravitaillement &#233;nerg&#233;tique par une alliance avec les producteurs de p&#233;trole ind&#233;pendamment de leur r&#233;gime politique, y compris les dictatures, et l'hostilit&#233; de l'Am&#233;rique aux &#233;tats qui s'opposeraient &#224; cette politique, y compris les pays moins r&#233;pressifs que leurs alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos des activit&#233;s de la CIA dans le tiers monde : &lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/2014/10/15/us/politics/cia-study-says-arming-rebels-seldom-works.html?_r=0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.nytimes.com/2014/10/15/us/politics/cia-study-says-arming-rebels-seldom-works.html?_r=0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La Chine et le Nouvel ordre mondialNoam Chomsky</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-Chine-et-le-Nouvel-ordre-mondialNoam-Chomsky</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/La-Chine-et-le-Nouvel-ordre-mondialNoam-Chomsky</guid>
		<dc:date>2010-09-07T12:53:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parmi toutes les menaces suppos&#233;es contre la superpuissance mondiale un rival est en train d'&#233;merger en silence et avec force : la Chine. Et les Etats-Unis analysent de pr&#232;s les intentions de ce pays. &lt;br class='autobr' /&gt; Le 13 ao&#251;t une &#233;tude du Pentagone se pr&#233;occupait de ce que la Chine f&#251;t en train d'&#233;tendre ses forces militaires pour pouvoir neutraliser la capacit&#233; des navires de guerre nord-am&#233;ricains &#224; entrer dans des eaux internationales &#187;, rend compte Thom Schanker dans le New York Times. Washington (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Chine" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parmi toutes les menaces suppos&#233;es contre la superpuissance mondiale un rival est en train d'&#233;merger en silence et avec force : la Chine. Et les Etats-Unis analysent de pr&#232;s les intentions de ce pays.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 13 ao&#251;t une &#233;tude du Pentagone se pr&#233;occupait de ce que la Chine f&#251;t en train d'&#233;tendre ses forces militaires pour pouvoir neutraliser la capacit&#233; des navires de guerre nord-am&#233;ricains &#224; entrer dans des eaux internationales &#187;, rend compte Thom Schanker dans le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;. Washington a fait retentir la sonnette d'alarme disant que le manque de transparence de la Chine sur la croissance, les capacit&#233;s et les intentions de ses militaires donne de l'instabilit&#233; &#224; une r&#233;gion vitale du globe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis, au contraire, sont suffisamment transparents sur leurs intentions d'agir librement de part et d'autre de la &#171; r&#233;gion vitale du monde &#187;qui entoure la Chine (et o&#249; que ce soit)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils arborent leur vaste capacit&#233; &#224; le faire : avec un budget militaire en croissance qui atteint presque celui de l'ensemble du reste du monde, des centaines de bases militaires sur toute la plan&#232;te, et un leadership indiscutable en mati&#232;re de technologie de destruction et de domination&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de compr&#233;hension des r&#232;gles d'urbanit&#233; internationales de la part de la Chine appara&#238;t dans son refus de voir le porte-avion nucl&#233;aire US George Washington participer aux man&#339;uvres militaires des Etats-Unis et de la Cor&#233;e du Sud pr&#232;s des c&#244;tes chinoises en juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche l'Occident comprend que de telles op&#233;rations sont men&#233;es &#224; bien pour d&#233;fendre la stabilit&#233; et leur propre s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de stabilit&#233; a un contenu technique dans le discours des relations internationales : celui de la domination des Etats-Unis. Ainsi, aucun froncement de sourcil ne se produit lorsque James Chace, ancien &#233;diteur du &lt;i&gt;Foreign Affairs &lt;/i&gt; expliquait qu'afin d'obtenir la stabilit&#233; au Chili en 1973, il fut n&#233;cessaire de d&#233;stabiliser le pays et de renverser le gouvernement l&#233;gitime du Pr&#233;sident Salvador Allende et d'instaurer la dictature du g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet, qui commit des assassinats et des actes de torture sans discernement et &#233;tablit un r&#233;seau de terreur qui aida l'installation de r&#233;gimes similaires dans d'autres endroits, avec l'appui des Etats-Unis et ce, pour d&#233;fendre la stabilit&#233; et la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile de reconna&#238;tre que la s&#233;curit&#233; des Etats-Unis requiert un contr&#244;le absolu. L'historien John Lewis Gaddis, de l'Universit&#233; de Yale, a propos&#233; une premi&#232;re approche acad&#233;mique dans &#171; Surprise &#187; &lt;i&gt;Security and American Experience&lt;/i&gt;, o&#249; il recherche les racines de la doctrine de la guerre pr&#233;ventive du pr&#233;sident George W.Bush. Le principe de l'action est que l'expansion est &#171; le chemin de la s&#233;curit&#233; &#187;, une doctrine que Gaddis fait remonter &#224; deux si&#232;cles en arri&#232;re, jusqu'au pr&#233;sident John Quincy Adams, auteur du Destin manifeste. Concernant la mise en garde de Bush adress&#233;e aux &#233;tats-uniens qui doivent &#234;tre pr&#234;ts aux actions pr&#233;ventives quand il sera n&#233;cessaire de lutter pour leur libert&#233; et d&#233;fendre leurs vies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaddis observe que le pr&#233;sident d'alors &#171; se faisait l'&#233;cho d'une vieille tradition , au lieu d'en &#233;tablir une nouvelle &#171; r&#233;it&#233;rant des principes que plusieurs pr&#233;sidents avaient d&#233;fendu et que tant Adams comme Woodrow Wilson avaient tr&#232;s bien compris &#187;. C'est la m&#234;me chose avec les successeurs de Wilson jusqu'&#224; maintenant. La doctrine de Bill Clinton &#233;tait que les Etats-Unis &#233;taient autoris&#233;s &#224; utiliser la force militaire pour assurer &#171; l'acc&#232;s sans complexe &#224; des march&#233;s clefs, des approvisionnements &#233;nerg&#233;tiques et strat&#233;giques &#187; sans m&#234;me le besoin d'inventer des pr&#233;textes du type de ceux de Bush fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le secr&#233;taire de D&#233;fense de Clinton, William Cohen, les Etats-Unis doivent en cons&#233;quence maintenir une &#233;norme avanc&#233;e de forces militaires &#171; d&#233;ploy&#233;es &#187; en Europe et Asie &#187; dans le but de faire pencher l'opinion des gens en notre faveur et &#171; pour forger des &#233;v&#233;nements qui d&#233;fendront notre subsistance et notre s&#233;curit&#233; &#187;. Cette recette de guerre permanente- observe l&#8216;historien militaire Andrew Bacevich- est une nouvelle doctrine strat&#233;gique, qui a &#233;t&#233; renforc&#233;e plus tard par Bush Jr et par Barack Obama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tout chef mafieux le sait, m&#234;me la perte la plus subtile de contr&#244;le peut faire s'&#233;crouler un syst&#232;me de domination, quand d'autres se proposent de suivre le m&#234;me chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe central de pouvoir se formule comme la th&#233;orie des dominos dans le langage des strat&#232;ges politiques. Elle se traduit dans la pratique par la reconnaissance de ce que le &#171; virus &#187; de l'heureux d&#233;veloppement ind&#233;pendant peut &#171; contaminer &#187; dans n'importe quel autre lieu et, de cette mani&#232;re doit &#234;tre d&#233;truit tandis que les victimes potentielles du fl&#233;au en sont inocul&#233;es, alors qu'elles se retrouvent aux mains de brutales dictatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s l'&#233;tude du Pentagone, le budget militaire de la Chine est pass&#233; &#224; environ 150 000 millions de dollars, pr&#232;s de la cinqui&#232;me partie de la d&#233;pense du Pentagone pour engager et mener &#224; bien les guerres d'Iraq et d'Afghanistan cette ann&#233;e, ce qui n'est qu'une partie du montant total du budget militaire &#233;tatsunien, il va sans dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;occupations des Etats-Unis sont compr&#233;hensibles si l'on prend en compte la supposition virtuelle et indiscutable de ce que les USA doivent maintenir un &#171; pouvoir indiscutable &#187; sur la majorit&#233; du reste de pays, avec &#171; une supr&#233;matie militaire et &#233;conomique &#187; -tandis qu'ils assurent limiter tout exercice de souverainet&#233; &#187; de la part des Etats &#8211; qui pourraient interf&#233;rer dans leurs vis&#233;es mondiales .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les principes &#233;tablis par les planificateurs de haut niveau et experts de politique ext&#233;rieure pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand ils ont d&#233;velopp&#233; le cadre du monde de l'apr&#232;s-guerre, cadre qui a &#233;t&#233; largement ex&#233;cut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis devaient maintenir cette domination dans la &#171; grande zone &#187; qui devait inclure au minimum l'h&#233;misph&#232;re occidental, le Moyen-Orient et l'ancien empire britannique incluant les ressources &#233;nerg&#233;tiques cruciales du Proche Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que la Russie commen&#231;ait &#224; pulv&#233;riser les arm&#233;es nazies apr&#232;s Stalingrad, les objectifs de la &#171; Grande Zone &#187; se sont &#233;tendues le plus possible &#224; l'Eurasie. On est toujours parti du principe que l'Europe pouvait choisir une cause alternative, peut-&#234;tre la vision gaulliste d'une Europe depuis l'Atlantique jusqu'&#224; l'Oural. L'organisation du Trait&#233; de l'Atlantique Nord est n&#233;e en partie pour contrecarrer cette menace et cette affaire demeure tr&#232;s vive aujourd'hui au moment o&#249; l'Otan devient une force d'intervention des Etats-Unis, responsable du contr&#244;le des &#171; infrastructures cruciales &#187; du syst&#232;me mondial duquel d&#233;pend l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'ils sont devenus la puissance mondiale dominante depuis la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis ont cherch&#233; &#224; maintenir un syst&#232;me de contr&#244;le mondial. Mais ce projet n'est pas facile &#224; maintenir. Le syst&#232;me s'effrite visiblement, avec des implications significatives pour le futur. La Chine est un joueur en puissance tr&#232;s influent et qui r&#233;pond au d&#233;fi .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction pour &#171; Changement de soci&#233;t&#233; &#187; de&lt;/strong&gt; : Chantal Subias&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etats-Unis, le 6 septembre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La clef de vo&#251;te du syst&#232;me US :d'enormes r&#233;serves de puissance pour sauvegarder ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques dans le monde.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/La-clef-de-voute-du-systeme-US-d-enormes-reserves-de-puissance-pour-sauvegarder-ses-interets-economiques-dans-le-monde</link>
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		<dc:date>2010-07-13T16:25:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'article publi&#233; ici met en lumi&#232;re la continuit&#233; de la politique &#233;trang&#232;re des Etats-Unis. Les r&#233;centes d&#233;clarations de MM. Kissinger et Sonnenfeld sur l'Europe apparaissent ainsi dans la logique du grand dessein que les Etats-Unis, avant m&#234;me son entr&#233;e dans la seconde guerre mondiale, s'appliquait &#224; mettre au point pour assurer son h&#233;g&#233;monie sur de vastes r&#233;gions . &lt;br class='autobr' /&gt; Au mois d'avril 1973, M. Henry Kissinger proclamait avec pompe l'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187;. La soci&#233;t&#233; internationale allait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'article publi&#233; ici met en lumi&#232;re la continuit&#233; de la politique &#233;trang&#232;re des Etats-Unis. Les r&#233;centes d&#233;clarations de MM. Kissinger et Sonnenfeld sur l'Europe apparaissent ainsi dans la logique du grand dessein que les Etats-Unis, avant m&#234;me son entr&#233;e dans la seconde guerre mondiale, s'appliquait &#224; mettre au point pour assurer son h&#233;g&#233;monie sur de vastes r&#233;gions&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est constitu&#233; de tr&#232;s larges extraits de la pr&#233;face que le grand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au mois d'avril 1973, M. Henry Kissinger proclamait avec pompe l'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187;. La soci&#233;t&#233; internationale allait &#234;tre remise en ordre sur la base de certaines &#171; r&#233;alit&#233;s nouvelles &#187;. Ces r&#233;alit&#233;s nouvelles, fruits de la r&#233;ussite de la politique men&#233;e par la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente, posaient un certain nombre de probl&#232;mes qu'il allait falloir affronter. Aux termes de l'expos&#233; de M. Kissinger sur les &#171; probl&#232;mes des relations atlantiques &#187;, les Etats-Unis avaient esp&#233;r&#233; qu'&#171; une Europe unie travaillant en coop&#233;ration avec (eux) dans le cadre de l'association atlantique (les) soulagerait d'une bonne partie de (leurs) fardeaux internationaux &#187;, mais leurs espoirs n'avaient pas abouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment encore, d'autres probl&#232;mes avaient surgi, dus &#224; une in&#233;galit&#233; fondamentale entre les r&#244;les des partenaires atlantiques. &#171; Les Etats-Unis ont des responsabilit&#233;s et des int&#233;r&#234;ts globaux &#187;, expliqua M. Kissinger, tandis que leurs alli&#233;s europ&#233;ens n'ont, eux, que des &#171; int&#233;r&#234;ts r&#233;gionaux &#187;. Alors m&#234;me que, &#171; dans les relations &#233;conomiques, la Communaut&#233; europ&#233;enne met de plus en plus l'accent sur sa personnalit&#233; r&#233;gionale &#187;, les Etats-Unis jouent un r&#244;le fondamentalement diff&#233;rent dans les affaires mondiales : en particulier, ils doivent agir comme &#171; partie constituante et responsable d'un syst&#232;me commercial et mon&#233;taire de plus grande envergure &#187;. Notre t&#226;che, pendant l'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187;, allait &#234;tre de &#171; r&#233;concilier ces deux perspectives &#187;, ajoutait-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans auparavant, M. Kissinger d&#233;veloppait d&#233;j&#224; une th&#232;se analogue. Dans sa conception, &#171; les blocs r&#233;gionaux soutenus par les Etats-Unis devront prendre en charge la responsabilit&#233; de leurs p&#233;rim&#232;tres imm&#233;diats, les Etats-Unis &#233;tant plus soucieux de l'&#233;ditrice d'ensemble de l'ordre mondial que de la gestion de chaque entreprise r&#233;gionale &#187;. De m&#234;me qu'on ne saurait attendre du conseil d'administration de General Motors qu'il intervienne dans les querelles d'atelier d'une petite usine fabriquant des bougies pour Chevrolet... Voil&#224; ce qu'on appelle la &#171; multipolarit&#233; &#187; ! Par ailleurs, il fallait &#233;viter que la structure &#171; bipolaire &#187; Etats-Unis/U.R.S.S., qui sous-tend tout cela, ne soit r&#233;ellement sym&#233;trique. Il valait mieux faire comprendre aux associ&#233;s subalternes que toute marque d' &#171; intransigeance &#187; de leur part serait &#171; p&#233;nalis&#233;e &#187;. Toute autre attitude &#171; ne servirait gu&#232;re la cause de la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henry A. Kissinger, American Foreign Policy, &#233;dition augment&#233;e, Norton, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, en 1973, la faillite de l'Europe &#224; nous &#171; soulager de nos fardeaux internationaux &#187; commen&#231;ait &#224; poser un s&#233;rieux probl&#232;me. La r&#233;ticence dont l'Europe avait fait preuve pour partager le poids du maintien au pouvoir du r&#233;gime-client des Etats-Unis au Vietnam du Sud &#233;tait &#224; cet &#233;gard d'une port&#233;e particuli&#232;re. Les co&#251;ts aussi &#233;normes qu'impr&#233;vus des guerres &#233;tasunienes en Asie du Sud-Est contribuaient au d&#233;clin relatif de la puissance des Etats-Unis face &#224; leurs rivaux capitalistes. C'est l&#224; le facteur d&#233;cisif qui amena les milieux dirigeants des Etats-Unis &#224; op&#233;rer leur revirement contre la guerre ou, plus exactement, contre les tactiques employ&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela devint sp&#233;cialement vrai au d&#233;but de 1968, apr&#232;s que l'offensive du T&#234;t [Vietnam] eut fait tomber d'un coup la toile d'illusions tiss&#233;e par les propagandistes. La r&#233;ussite historique du mouvement &#233;tasunien pour la paix aura &#233;t&#233; d'avoir rendu impossible une v&#233;ritable mobilisation nationale. Il fallut alors d&#233;guiser les co&#251;ts r&#233;els de la guerre et, la r&#233;sistance vietnamienne ayant miraculeusement tenu le choc, la facture finit par tomber, d&#233;clenchant une crise &#233;conomique. A dater de 1968, l'Europe ne consentit plus &#224; coop&#233;rer pleinement &#224; l'agression des Etats-Unis en Asie du Sud-Est, encore moins &#224; prendre en charge la part encore plus importante du fardeau que lui assignait la doctrine Nixon-Kissinger. Un des objectifs de l'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187; &#233;tait de rem&#233;dier &#224; ce genre de vices de fonctionnement dans les &#171; relations atlantiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le tribut des importateurs de p&#233;trole&lt;br/&gt;
&#224; la prosp&#233;rit&#233; des Etats-Unis&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187; s'est achev&#233;e sur la crise p&#233;troli&#232;re qui suivit la quatri&#232;me guerre isra&#233;lo-arabe. Les puissances europ&#233;ennes et le Japon se mirent &#224; explorer la possibilit&#233; d'entamer des relations bilat&#233;rales avec les pays producteurs de p&#233;trole, mais ils furent tr&#232;s vite rappel&#233;s &#224; l'ordre, et avis&#233;s qu'il fallait constituer un &#171; front uni sous la direction des Etats-Unis, forts de leurs responsabilit&#233;s, de leurs int&#233;r&#234;ts &#171; globaux &#187; et de la position unique que leur valait le fait d'&#234;tre les garants d'&#171; un syst&#232;me commercial et mon&#233;taire de plus grande envergure &#187;. Il fallait que la distribution et le march&#233; du p&#233;trole restent sous le contr&#244;le effectif des soci&#233;t&#233;s multinationales de l'&#233;nergie, bas&#233;es pour la plupart aux Etats-Unis. Depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale, cette mainmise sur l'&#233;nergie avait tr&#232;s efficacement contribu&#233; &#224; assurer la domination des Etats-Unis sur leurs alli&#233;s, lesquels se voyaient d&#251;ment avertis qu'aucune transformation majeure ne serait tol&#233;r&#233;e dans ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise p&#233;troli&#232;re fut largement utilis&#233;e pour r&#233;soudre les probl&#232;mes des relations atlantiques qui inqui&#233;taient tant M. Kissinger. En effet, &#224; mesure que le prix du p&#233;trole augmentait, l'Europe et le Japon se voyaient contraints par la force des choses &#224; financer le redressement de l'industrie am&#233;ricaine. Les trusts de l'&#233;nergie en b&#233;n&#233;fici&#232;rent directement, si bien que, d&#232;s le d&#233;but de 1975, les Etats-Unis jouissaient d'une balance commerciale favorable avec l'ensemble des pays du Proche-Orient (&#224; l'exclusion d'Isra&#235;l), ce qui repr&#233;sentait un progr&#232;s substantiel par rapport aux r&#233;sultats d&#233;j&#224; satisfaisants de 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux pays producteurs de p&#233;trole restent des Etats-clients loyaux. Le monde des affaires am&#233;ricain jubile devant les immenses perspectives que lui ouvrent l'Iran et le monde arabe y compris l'Irak, dont le comportement ne diff&#233;rerait gu&#232;re selon ces m&#234;mes milieux de celui de ses voisins plus orthodoxes. Tout dans la r&#233;gion promet un avenir dor&#233; &#224; l'industrie am&#233;ricaine, qu'il s'agisse du commerce, de la construction, des investissements ou des ventes d'armes. Ce sont l'Europe et le Japon qui, comme l'&#233;crit l'hebdomadaire Business Week, &#171; payent la plus grande partie des frais de la prosp&#233;rit&#233; de ce secteur &#187;, tandis que &#171; les p&#233;trodollars qui reviennent aux Etats-Unis par le biais des &#233;changes commerciaux contrebalancent les sorties de devises consacr&#233;es aux achats de p&#233;trole en Proche-Orient &#187;. Les hommes d'affaires am&#233;ricains notent &#171; une pr&#233;f&#233;rence marqu&#233;e pour les produits am&#233;ricains &#187; dans cette r&#233;gion, qui est &#171; un des rares points du globe o&#249; l'entreprise priv&#233;e est en train d'op&#233;rer un retour &#187;, et, au premier chef, l'entreprise am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-l&#224;, les profits p&#233;troliers arabes vont alimenter des institutions &#233;conomiques qui continuent, comme autrefois, &#224; travailler &#224; l'&#233;dification d'un monde ouvert &#224; la p&#233;n&#233;tration &#233;conomique des Etats-Unis et &#224; leur contr&#244;le politique. En effet, l'augmentation des tarifs p&#233;troliers revient &#224; une esp&#232;ce de taxation forc&#233;e impos&#233;e aux pays importateurs, qui sont ainsi contraints de payer un tribut aux institutions internationales domin&#233;es par les Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste actuellement &#224; la naissance d'un nouvel ordre &#233;conomique, au sein duquel les Etats-Unis esp&#232;rent bien &#234;tre en mesure de restaurer une h&#233;g&#233;monie que la d&#233;b&#226;cle indochinoise a s&#233;v&#232;rement entam&#233;e, tandis que leurs associ&#233;s subalternes se verront &#224; nouveau confin&#233;s au d&#233;veloppement de leur &#171; personnalit&#233; r&#233;gionale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l'&#171; ann&#233;e de l'Europe &#187; s'est sold&#233;e par un succ&#232;s de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de &#171; multipolarit&#233; &#187; formul&#233; par M. Kissinger d&#233;finit les Etats-Unis comme la puissance dominante &#224; l'&#233;chelon mondial, &#224; cela pr&#232;s qu'elle se voit d&#233;sormais contrainte d'accepter la &#171; d&#233;tente &#187; dans les termes m&#234;mes o&#249; l'U.R.S.S. l'avait vainement propos&#233;e autrefois. D'apr&#232;s les premi&#232;res &#233;tudes de M. Kissinger, les Etats-Unis ont manqu&#233; l'occasion d'&#233;difier &#224; leur guise un ordre mondial stable &#224; la fois par manque d'audace et parce qu'ils s'embarrassaient trop de scrupules moraux d&#233;plac&#233;s, aliment&#233;s par la propagande communiste. Il ne reste plus maintenant qu'&#224; composer avec les r&#233;alit&#233;s qui se sont form&#233;es &#224; partir de l&#224;. La diplomatie Nixon-Kissinger a effectivement repr&#233;sent&#233; une rupture avec le pass&#233; dans la mesure o&#249; elle admettait enfin ces r&#233;alit&#233;s d&#233;plaisantes. On a abandonn&#233; l'espoir de &#171; lib&#233;rer &#187; l'Europe orientale afin qu'elle puisse acc&#233;der au statut b&#233;ni de nouvelle Am&#233;rique Latine. La poigne de fer du totalitarisme russe y est dor&#233;navant ent&#233;rin&#233;e de fa&#231;on explicite, comme l'avaient exig&#233; Staline et ses successeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#232;ges du d&#233;partement d'Etat ont &#233;galement &#8211; et non sans r&#233;ticence &#8211; renonc&#233;, au moins provisoirement, &#224; leur r&#234;ve de voir un jour la Chine &#224; nouveau gouvern&#233;e par le Kouomintang. En revanche, les Etasuniens cherchent &#224; tirer parti de la rivalit&#233; sino-sovi&#233;tique. Ils attendent de la Chine qu'elle joue dans les affaires mondiales un r&#244;le conservateur, en apportant son soutien &#224; des r&#233;gimes-clients des Etats-Unis comme ceux de M. Marcos aux Philippines ou de Reza Pahlevi [Shah] en Iran. Et, jusqu'&#224; pr&#233;sent, la Chine ne les a pas d&#233;&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce n'est pas tout &#224; fait ainsi que M. Kissinger formule les choses. L'interpr&#233;tation qu'il pr&#233;f&#232;re en donner est que la Russie et la Chine ont fini par comprendre, sous la tutelle attentive de M. Kissinger, qu'elles devaient temp&#233;rer les attitudes &#171; r&#233;volutionnaires &#187; et &#171; belliqueuses &#187; qui mettaient en p&#233;ril depuis vingt ans l'&#233;quilibre mondial (c'est du moins ce que dit l'historiographie officielle), et rejoindre les partisans de la paix group&#233;s sous la houlette des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Exercer un pouvoir incontest&#233; &#187;&lt;br/&gt;
dans le monde&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les ambitions des Etats-Unis ont &#233;t&#233; un tant soit peu mises en veilleuse, les principes qui dirigent actuellement leur politique &#233;trang&#232;re rel&#232;vent toujours de la conception d'ensemble de la structure de la soci&#233;t&#233; internationale qu'ils ont &#233;labor&#233;e au cours de la deuxi&#232;me guerre mondiale. Les planificateurs am&#233;ricains &#233;taient s&#251;rs que les Etats-Unis allaient &#233;merger comme puissance dominante &#224; l'&#233;chelle mondiale. A partir de quoi les Etats-Unis allaient dor&#233;navant se poser en &#171; gardiens de la paix mondiale &#187; car, comme le d&#233;clarait Marry Truman en octobre 1945, &#171; nous avons appris une am&#232;re le&#231;on, qui est que la faiblesse de notre grande R&#233;publique incite des hommes sans scrupules &#224; menacer les fondements m&#234;mes de la civilisation dans le monde entier &#187; Quant &#224; savoir de quelle nature &#233;tait la &#171; civilisation &#187; que les Etats-Unis se proposaient de pr&#233;server par la force, les &#233;v&#233;nements ult&#233;rieurs allaient le montrer -quoique on ait d&#233;j&#224; pu en trouver des exemples &#233;difiants dans l'histoire des Philippines et de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faudrait pas croire que ces &#233;v&#233;nements aient s&#233;rieusement entam&#233; le syst&#232;me de propagande institu&#233; par les universit&#233;s et les m&#233;dias. Ainsi, au plus fort de la guerre du Vietnam, l'&#233;diteur d'un &#171; recueil de textes de chercheurs en sciences sociales &#233;pris de paix &#187; pouvait expliquer dans sa pr&#233;face que l'application des m&#233;thodes des sciences sociales au &#171; jeu de la domination mondiale &#187; allait am&#233;liorer les capacit&#233;s de d&#233;cision &#171; des gouvernants et des l&#233;gislateurs de bonne volont&#233;, comme ceux qui dirigent la politique &#233;trang&#232;re des Etats-Unis et de nombreuses autres nations &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Isard (sous la direction de) : Vietnam : Some Basic Issues and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les bilans r&#233;trospectifs de la guerre du Vietnam dress&#233;s par les analystes lib&#233;raux, universitaires ou autres, ne s'&#233;cartent gu&#232;re de ce dogme fondamental du syst&#232;me id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s-verbaux des d&#233;lib&#233;rations du Conseil des relations &#233;trang&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;es par Lawrence H. Shoup dans &#171; Shaping the Post War World &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; entre 1939 et 1945 donnent un aper&#231;u instructif de la vision que les Am&#233;ricains avaient alors du monde de l'apr&#232;s-guerre. Un m&#233;morandum de 1944 esquisse les grandes lignes de la politique que les Etats-Unis se devaient d'adopter &#171; dans un monde o&#249; ils entendent exercer un pouvoir incontest&#233; &#187;. Il d&#233;finit sommairement &#171; les composantes d'une politique int&#233;gr&#233;e qui permettra aux Etats-Unis d'asseoir leur supr&#233;matie &#233;conomique et militaire sur l'ensemble du monde non allemand &#187;, c'est-&#224;-dire tout l'h&#233;misph&#232;re occidental, l'Empire britannique et l'Extr&#234;me-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce monde non allemand domin&#233; par les Etats-Unis, auquel on devait donner plus tard le nom de &#171; grande zone &#187; (&#171; Grand Area &#187;), &#171; n'&#233;tait pas consid&#233;r&#233; par le groupe comme plus souhaitable que l'instauration d'une &#233;conomie mondiale, pas m&#234;me comme un substitut enti&#232;rement satisfaisant &#187; (1941). Toutefois, il fallait que la &#171; grande zone &#187; se d&#233;veloppe pour elle-m&#234;me, en m&#234;me temps que comme noyau &#224; partir duquel devait se constituer l'&#233;conomie mondiale de l'apr&#232;s-guerre &#224; laquelle on esp&#233;rait que la d&#233;faite des puissances de l'Axe allait donner naissance. Plus sp&#233;cifiquement, on esp&#233;rait que &#171; les institutions mises en place afin de r&#233;aliser l'int&#233;gration de la &#171; grande zone &#187;, fourniraient une exp&#233;rience pouvant contribuer utilement au r&#232;glement des probl&#232;mes de l'Europe, au point qu'il suffirait peut-&#234;tre de relier purement et simplement les &#233;conomies des pays europ&#233;ens &#224; l'&#233;conomie globale de la &#171; grande zone &#187; laquelle &#8211; et c'est crucial &#8211; devait &#234;tre enti&#232;rement domin&#233;e par les Etats-Unis et organis&#233;e en fonction des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et strat&#233;giques des Am&#233;ricains. De longs d&#233;bats sont par ailleurs consacr&#233;s au probl&#232;me de la garantie du libre-acc&#232;s aux march&#233;s et aux mati&#232;res premi&#232;res, de sorte que le mod&#232;le socio-&#233;conomique am&#233;ricain puisse &#234;tre pr&#233;serv&#233; sans modifications notables en tant que syst&#232;me dominant &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les experts du Conseil des relations &#233;trang&#232;res soulignaient que leur objectif essentiel, en planifiant cette &#171; grande zone &#187;, &#233;tait de &#171; mesurer la marge d'aisance dont l'&#233;conomie am&#233;ricaine avait besoin pour subsister sans r&#233;ajustements majeurs &#187;. Mais le groupe d'experts reconnaissait pourtant, en avril 1941, que la proclamation des buts de guerre &#171; aurait un meilleur effet de propagande &#187; si elle insistait sur &#171; les int&#233;r&#234;ts d'autres peuples &#187; au lieu d'appara&#238;tre comme &#171; uniquement attach&#233;e &#224; ceux de l'imp&#233;rialisme anglo-am&#233;ricain &#187;. Quelques mois plus tard, la charte de l'Atlantique &#233;tait promulgu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point extr&#234;mement important de tous ces projets &#233;tait qu'il ne fallait pas laisser l'Europe devenir une puissance &#233;conomique ind&#233;pendante d'une stature comparable &#224; celle des Etats-Unis. De m&#234;me, il fallait que les syst&#232;mes imp&#233;riaux existants soient d&#233;mantel&#233;s, sans quoi l'&#233;conomie mondiale ou m&#234;me seulement la &#171; grande zone &#187; n'auraient pas &#233;t&#233; pensables. Pendant la guerre, les Etats-Unis avaient soigneusement mesur&#233; leur aide financi&#232;re &#224; la Grande-Bretagne, sous forme de pr&#234;ts &#224; terme, de telle fa&#231;on que les r&#233;serves britanniques oscillent constamment entre 600 millions et 1 milliard de dollars. Ce qui eut pour effet (et l'on peut raisonnablement supposer que c'&#233;tait voulu) de permettre &#224; ce pays de rester en guerre sans toutefois disposer de la puissance n&#233;cessaire au maintien de son ind&#233;pendance et de son statut imp&#233;rial. Les Etats-Unis parvinrent &#224; s'assurer une position dominante dans toutes les zones-cl&#233;s o&#249; pr&#233;dominaient auparavant la puissance et l'influence britanniques, en Am&#233;rique latine et au Proche-Orient, ce qui repr&#233;sentait pour eux un pas en avant vers la cr&#233;ation sous leur &#233;gide de la &#171; grande zone &#187; ou, mieux encore, vers l'instauration d'une &#233;conomie mondiale vraiment globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie de l'&#232;re Nixon-Kissinger est plus r&#233;aliste, et marque l'abandon de fait du r&#234;ve d'une &#233;conomie mondiale en faveur de son substitut moins glorieux, la &#171; grande zone &#187; sous contr&#244;le am&#233;ricain (dont la Chine sera malheureusement absente). La Grande-Bretagne a effectivement &#233;t&#233; r&#233;duite, sur le plan mat&#233;riel et partiellement aussi sur le plan culturel, &#224; la dimension d'un satellite. L'Europe occidentale prise dans son ensemble a c&#233;d&#233; aux Etats-Unis une part non n&#233;gligeable de sa souverainet&#233;, notamment par le biais de la p&#233;n&#233;tration &#233;conomique. En Am&#233;rique Latine, malgr&#233; la perte de Cuba, le contr&#244;le imp&#233;rial reste en g&#233;n&#233;ral ferme et bien &#233;tabli. Le Proche-Orient est instable, mais la majeure partie de ses ressources &#233;nerg&#233;tiques sont aux mains de r&#233;gimes-clients ; les principales puissances militaires, Isra&#235;l et Egypte, sont de plus en plus inf&#233;od&#233;es aux Etats-Unis, dont l'Iran demeure le fid&#232;le alli&#233;. L'Indochine s'est s&#233;par&#233;e de la &#171; grande zone &#187;, et les Etats-Unis d&#233;pensent une &#233;nergie consid&#233;rable pour &#233;viter que la contagion ne gagne d'autres &#171; dominos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, bien que le monde de 1976 ne corresponde pas exactement &#224; la vision qu'en avaient les th&#233;oriciens des ann&#233;es 40, il n'en reste pas moins qu'il existe aujourd'hui quelque chose qui ressemble fort &#224; leur &#171; grande zone &#187; &#233;tendue &#224; l'Europe occidentale, au sein de laquelle les firmes am&#233;ricaines ont prosp&#233;r&#233;, les investissements &#233;trangers s'&#233;tant multipli&#233; par dix et qu'une &#233;conomie globale int&#233;gr&#233;e s'est instaur&#233;e, contr&#244;l&#233;e dans une large mesure par des soci&#233;t&#233;s multinationales ayant leur si&#232;ge aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Washington et Moscou&lt;br/&gt;
contre un socialisme authentique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les m&#233;morandums et les &#233;tudes du Conseil des relations &#233;trang&#232;res et d'autres organismes repr&#233;sentatifs des &#233;lites r&#233;gnantes, la n&#233;cessit&#233; d'une planification globale r&#233;pondant aux besoins de l'&#233;conomie et des milieux d'affaires am&#233;ricains revient comme un th&#232;me constant et invariable. Il en va de m&#234;me, en g&#233;n&#233;ral, des rapports du Conseil national de s&#233;curit&#233; et d'autres branches importantes de l'ex&#233;cutif. Par contre, les consid&#233;rations de ce genre sont r&#233;guli&#232;rement &#233;vacu&#233;es de l'historiographie universitaire, o&#249; l'on pr&#233;f&#232;re mettre l'accent sur les grandes d&#233;clarations de principes &#171; qui ont un meilleur effet de propagande &#187;, comme par exemple la pr&#233;tendue fid&#233;lit&#233; des Etats-Unis aux &#171; principes wilsoniens &#187; de non-ing&#233;rence et d'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien des historiens un peu plus r&#233;alistes que les autres pour relever le fait que c'est dans la rh&#233;torique sur les pays situ&#233;s au-del&#224; du rideau de fer que ces principes s'expriment le plus clairement, alors qu'ils sont syst&#233;matiquement foul&#233;s au pied partout o&#249; pr&#233;vaut la puissance am&#233;ricaine. Mais ce d&#233;tail est alors pr&#233;sent&#233; comme une &#171; ironie du sort &#187;, car, bien entendu, ce ne sont pas de simples faits qui peuvent &#233;branler les dogmes fondamentaux de la religion d'Etat, tels que les formule le clerg&#233; s&#233;culier des intellectuels serviles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233;es la volont&#233; des Am&#233;ricains de cr&#233;er une &#233;conomie mondiale domin&#233;e par les Etats-Unis et celle des Russes de maintenir au pouvoir des r&#233;gimes-clients (ou &#171; amis &#187;) dans les pays conquis par l'arm&#233;e rouge, il &#233;tait plus ou moins in&#233;luctable que l'Europe finisse par &#233;clater en un syst&#232;me de colonies russes et de dominions am&#233;ricains. Pour les Etats-Unis, la solution optimale aurait &#233;t&#233; d'incorporer &#224; la &#171; grande zone &#187; une Europe unie exclusivement pr&#233;occup&#233;e de sa &#171; personnalit&#233; r&#233;gionale &#187;. Puisque c'est impossible, ils pr&#233;f&#232;rent une Europe divis&#233;e &#224; une r&#233;gion ind&#233;pendante et unifi&#233;e qui risquerait fort de devenir un v&#233;ritable rival au sein du syst&#232;me global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que les vell&#233;it&#233;s qu'avaient manifest&#233;es les Sovi&#233;tiques dans les ann&#233;es 50 pour explorer la possibilit&#233; d'un syst&#232;me europ&#233;en uni et ind&#233;pendant aient &#233;t&#233; trait&#233;es par l'indiff&#233;rence ou une fin de non recevoir : ainsi, par exemple, leur proposition de proc&#233;der &#224; la r&#233;unification des deux Allemagnes en dehors du cadre de l'OTAN. De toute mani&#232;re, il est peu probable que ces vell&#233;it&#233;s auraient eu des suites concr&#232;tes. La Russie sovi&#233;tique voue &#224; l'id&#233;e d'une Europe ind&#233;pendante une antipathie aussi fondamentale que celle que lui portent les Etats-Unis, quelle que puisse &#234;tre la structure politique et sociale de cette Europe unie. Le plus grand danger est d'ailleurs qu'elle se dote d'institutions authentiquement socialistes et forme une soci&#233;t&#233; libre, par exemple en instaurant le contr&#244;le ouvrier sous un r&#233;gime de libert&#233;s intellectuelles et culturelles et de d&#233;mocratie politique et &#233;conomique. Perspective qui r&#233;pugne au moins autant &#224; l'U.R.S.S. qu'aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une soci&#233;t&#233; parvient &#224; s'&#233;vader de la &#171; grande zone &#187; et que les Etats-Unis n'ont pas les moyens de l'y int&#233;grer de force, ils chercheront &#224; entraver comme ils pourront le d&#233;veloppement de son &#233;conomie. On soumettra donc &#224; un blocus ou &#224; d'autres formes de harc&#232;lement des pays comme la Chine, Cuba, le Chili d'Allende et, aujourd'hui, l'Indochine, dans l'espoir que leur &#233;conomie s'&#233;croulera et qu'un r&#233;gime dur et autoritaire s'installera au pouvoir. Les superpuissances sont unies dans la m&#234;me crainte de voir appara&#238;tre quelque part un r&#233;gime authentiquement socialiste, capable de servir de mod&#232;le &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s et de remporter ce que les th&#233;oriciens du Pentagone nomment des &#171; succ&#232;s id&#233;ologiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie des &#171; dominos &#187;, du moins dans sa version r&#233;aliste, &#233;tait en grande partie une rationalisation de cette crainte. Le Pentagone ne croyait pas vraiment que le Vietnam allait envahir la Tha&#239;lande ou d&#233;barquer en Indon&#233;sie ou &#224; San-Francisco &#8211; il s'agissait simplement d'histoires fabriqu&#233;es de toutes pi&#232;ces qui n'avaient d'autre objet que de terroriser l'opinion publique am&#233;ricaine. Par contre, et non sans raison d'ailleurs, il craignait que les nationalistes r&#233;volutionnaires d'Indochine ne favorisent des progr&#232;s sociaux qui auraient pu para&#238;tre impressionnants &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s paysannes assujetties au mod&#232;le de d&#233;veloppement dit &#171; du goutte &#224; goutte &#187;, qui d&#233;tourne leurs ressources au profit du monde du capitalisme industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive parfois que les principes de base de la politique am&#233;ricaine &#8211; le maintien de l'ordre et de la stabilit&#233; &#8211; soient exprim&#233;s assez franchement. Ainsi, une &#233;tude, r&#233;alis&#233;e en 1955 sous l'&#233;gide de la Fondation Woodwiow-Wilson et de l'Association nationale de planification, situe le danger principal du communisme dans la transformation &#233;conomique des pays communistes &#171; suivant des modalit&#233;s qui restreignent leur d&#233;sir et leur capacit&#233; &#224; jouer un r&#244;le compl&#233;mentaire Par rapport aux &#233;conomies industrielles des pays occidentaux &#187;. Autrement dit, le danger r&#233;side dans le refus des pays en cause &#224; jouer le r&#244;le qui leur est assign&#233; dans l'&#233;conomie globale. Pis encore, l'apparition d'un socialisme authentique pourrait bien faire peser des menaces sur l'ordre et la stabilit&#233; au sein m&#234;me de la puissance imp&#233;riale. Car il est possible, apr&#232;s tout, de soulever certaines questions sur l'usage et le contr&#244;le des forces productives ou sur la redistribution des richesses dans une soci&#233;t&#233; o&#249; il reste encore beaucoup de sous-aliment&#233;s chroniques. Pour des raisons identiques, l'U.R.S.S. ne peut tol&#233;rer l'apparition en Tch&#233;coslovaquie de ferments socialistes infiniment plus dangereux que ne le serait, par exemple, un mouvement fasciste soutenu de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la deuxi&#232;me guerre mondiale qui a permis aux Etats-Unis d'organiser une &#171; grande zone &#187; &#233;tendue, et de se rapprocher, sans jamais vraiment l'atteindre, de son r&#234;ve d'une &#233;conomie capitaliste &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire. C'est elle aussi qui a mis fin &#224; la grande d&#233;pression. Les mesures du New Deal n'y avaient pas suffi, m&#234;me si elles avaient pu arrondir certains angles. Les administrateurs des grandes soci&#233;t&#233;s rassembl&#233;s &#224; Washington pour prendre en main la gestion de l'&#233;conomie de guerre ont appris quelque chose que les Allemands et les Japonais avaient compris sans avoir jamais lu Keynes : que la production massive d'armements, encourag&#233;e par l'Etat, peut r&#233;soudre, au moins provisoirement, une crise des institutions capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D'&#233;normes conglom&#233;rats&lt;br/&gt;
associ&#233;s &#224; un Etat fort&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Utile le&#231;on, qui fut aussit&#244;t mise &#224; profit dons le monde de l'apr&#232;s-guerre. L'Etat conservait son r&#244;le central pour stimuler la production industrielle et encourager la recherche. Mais il &#233;tait tenu de le remplir de mani&#232;re &#224; ne pas contrarier les int&#233;r&#234;ts du capitalisme des monopoles ; au contraire, il fallait qu'il les favorise partout o&#249; cela lui &#233;tait possible. C'est donc tout naturellement qu'on opta pour la production d'armements &#224; grande &#233;chelle, pour un programme massif de construction d'autoroutes et, un moment, pour un programme spatial fantastiquement on&#233;reux et absolument inutile. Dans le m&#234;me temps, la production des biens utiles &#233;tait graduellement transf&#233;r&#233;e en d'autres lieux de la &#171; grande zone &#187; o&#249; les salaires &#233;taient plus bas, les probl&#232;mes &#171; secondaires &#187; (comme la pollution) plus faciles &#224; ignorer, et la force de travail plus ais&#233;ment contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, cela entra&#238;na, parmi d'autres cons&#233;quences, une d&#233;t&#233;rioration inexorable de la base mat&#233;rielle indispensable &#224; la bonne marche d'une soci&#233;t&#233; industrielle ; ainsi, par exemple, du d&#233;clin progressif de l'industrie des machines-outils. En m&#234;me temps, l'aide accord&#233;e par le gouvernement &#224; l'&#171; agri-business &#187; et &#224; la m&#233;canisation agricole aboutissait &#224; un ph&#233;nom&#232;ne massif d'exode rural. Dans une &#233;conomie r&#233;gl&#233;e sur une production &#224; haute technologie, cette &#171; immigration de l'int&#233;rieur &#187; ne pouvait &#234;tre absorb&#233;e comme l'avaient &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment les vagues successives d'immigrants venus d'Europe. Les cons&#233;quences durables en sont le probl&#232;me racial, qui affecte toujours les zones urbaines, et la crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e des villes, qui doivent fournir des services mais ne peuvent offrir des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse &#233;conomique nous en avertit constamment, les Etats-Unis souffrent d'une grave crise de liquidit&#233;s. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral dispose de capitaux gigantesques, dont une bonne partie est all&#233;grement engloutie dans des entreprises hasardeuses qui visent au maintien &#171; de nos responsabilit&#233;s et de nos int&#233;r&#234;ts globaux &#187;, comme en Asie du Sud-Est. Les grandes soci&#233;t&#233;s sont accabl&#233;es de dettes et commencent &#224; se ressentir du manque de capitaux &#224; investir. Tout cela aura fatalement pour cons&#233;quence une acc&#233;l&#233;ration du processus de concentration industrielle, au fur et &#224; mesure que les secteurs les plus faibles c&#233;deront le pas aux puissants monopoles ; ce processus m&#232;ne droit &#224; ce que l'hebdomadaire Business Week d&#233;crit comme un syst&#232;me de Zaibatsu : une poign&#233;e d'&#233;normes conglom&#233;rats associ&#233;s &#224; un Etat fort. Pour garantir les investissements, l'Etat doit trouver un moyen de contingenter les services et d'imposer de force une compression des salaires (ce qu'il fera par le biais de l'inflation si c'est l'unique recours qui lui reste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude adopt&#233;e par le gouvernement f&#233;d&#233;ral dans la crise de la ville de New-York est fort instructive &#224; cet &#233;gard. Contrairement &#224; certains Etats, comme le Texas ou la Californie (qui ont b&#233;n&#233;fici&#233;, eux, de la recherche spatiale et de la production d'armements stimul&#233;es par le gouvernement), la ville de New-York verse au gouvernement f&#233;d&#233;ral une masse d'imp&#244;ts nettement sup&#233;rieure au volume des services qu'elle re&#231;oit en &#233;change. Or le gouvernement f&#233;d&#233;ral ne fait montre d'aucune vell&#233;it&#233; de compenser ce d&#233;s&#233;quilibre ; le pr&#233;sident se borne &#224; annoncer une intervention f&#233;d&#233;rale pour soutenir les &#171; services essentiels &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire la police et le corps des pompiers. On ne sait jamais, apr&#232;s tout : accul&#233;e au d&#233;sespoir, la population de New-York serait bien capable de se mettre &#224; piller les banques ! Par contre, la sant&#233; et l'instruction publique ne sont pas consid&#233;r&#233;es comme &#171; essentielles &#187;, pas plus que la possibilit&#233; de trouver un travail gratifiant &#8211; ou du travail tout court. New-York s'effondre petit &#224; petit, en m&#234;me temps que le cours des obligations &#233;mises par la municipalit&#233;, et les charges des autres grandes villes vont augmenter en cons&#233;quence. Les grands monopoles et leurs repr&#233;sentants au gouvernement n'entendent pas, en effet, tol&#233;rer une diminution s&#233;rieuse du budget f&#233;d&#233;ral d'armements ; par contre, ils consid&#232;rent que les probl&#232;mes des services municipaux et des collectivit&#233;s locales ne sont pas de leur ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on a largement admis la n&#233;cessit&#233; d'instituer une planification centrale sur une &#233;chelle beaucoup plus &#233;tendue que jadis. Puisque nous assistons &#224; l'&#233;mergence d'un syst&#232;me de Zaibatsu, cela ne peut vouloir dire qu'une chose : que les gens qui contr&#244;lent les institutions &#233;conomiques centrales, et monopolisent par l&#224; m&#234;me les fonctions de planification, useront de leur pouvoir pour manipuler d'une mani&#232;re encore plus syst&#233;matique l'ex&#233;cutif d'Etat et l'utiliser &#224; leur seul profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise que traversaient avant la guerre les institutions capitalistes a abouti &#224; la mont&#233;e du fascisme dans une partie du monde industriel et au renforcement des institutions capitalistes d'Etat dans le reste. La crise actuelle m&#232;nera ce processus &#224; un stade sup&#233;rieur, surtout dans une soci&#233;t&#233; aussi atomis&#233;e et (c'est tr&#232;s important) aussi d&#233;politis&#233;e que la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Il n'existe pas aux Etats-Unis de partis r&#233;formistes de masse pour d&#233;fendre les droits des travailleurs et ceux de la &#171; sous-classe &#187; des sans-emploi. Ce qui pourrait entra&#238;ner (beaucoup le pr&#233;voient d&#233;j&#224;) l'apparition d'une sorte de &#171; fascisme b&#233;nin &#187; -c'est-&#224;-dire des structures institutionnelles de type fasciste, mais sans les exc&#232;s de terreur de l'Etat policier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un ordre stable&lt;br/&gt;
favorable &#224; la prosp&#233;rit&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;faite indochinoise s'est indubitablement traduite par un net recul de la strat&#233;gie globale am&#233;ricaine, il serait faux de penser qu'elle lui a port&#233; un coup fatal. Il s'agit simplement d'une aventure que sa t&#233;m&#233;rit&#233; m&#234;me condamnait &#224; avorter, qu'il faut s'efforcer de liquider et d'oublier le plus vite possible afin que l'entreprise principale puisse reprendre son cours normal. Car les objectifs de cette entreprise -l'Europe, le Japon, le Proche-Orient -sont d'une tout autre importance que le sort d'une soci&#233;t&#233; paysanne perdue quelque port au fin fond de l'Asie du Sud-Est, et c'est pour cette raison que les imp&#233;rialistes les plus sens&#233;s tenaient tant (de leur point de vue, c'&#233;tait d'ailleurs tout &#224; fait juste) &#224; ce que l'on en rev&#238;nt &#224; des perspectives un peu plus r&#233;alistes dans les affaires globales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; multipolarit&#233; &#187; s'av&#232;re donc n'&#234;tre rien de plus que la &#233;ni&#232;me mouture d'une doctrine d&#233;j&#224; bien famili&#232;re. Les Etats-Unis vont s'efforcer de mettre sur pied une &#233;conomie globale organis&#233;e de mani&#232;re &#224; satisfaire les besoins du capitalisme international dont ils restent la base principale. La concentration &#233;conomique va se poursuivre, et l'Etat se mettra de plus en plus au service de ses exigences, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'int&#233;rieur, les forces qui s'y opposent sont faibles et dispers&#233;es, g&#233;n&#233;ralement bien tenues en main. Les Etats-Unis sont toujours &#224; m&#234;me d'imposer &#224; l'ordre mondial la structure qui leur convient, structure au sein de laquelle ils permettent &#224; leurs alli&#233;s europ&#233;ens de continuer &#224; g&#233;rer leur entreprise &#171; r&#233;gionale &#187;, &#224; condition de ne pas outrepasser les limites que leur a fix&#233;es la seule vraie puissance mondiale. Les associ&#233;s subalternes de la d&#233;tente doivent contribuer au maintien de l'ordre international de la mani&#232;re qui leur est prescrite ; en &#233;change de quoi les Etats-Unis leur abandonnent la charge de r&#233;gler leurs probl&#232;mes int&#233;rieurs, quitte &#224; leur pr&#234;ter main-forte si le besoin s'en fait sentir. Le monde de la prochaine g&#233;n&#233;ration ne devrait pas diff&#233;rer sensiblement de ce qu'il &#233;tait jusqu'&#224; maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la guerre du Vietnam touchait &#224; sa fin, on a vu se manifester un &#233;moi certain en face des perturbations qui semblaient imminentes. La presse &#233;conomique am&#233;ricaine discutait des probl&#232;mes avec une franchise inaccoutum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans son &#233;ditorial du 7 avril 1975, l'hebdomadaire Business Week parlait des &#171; terribles b&#233;vues de notre politique &#233;trang&#232;re dont le pays est en train de subir les cons&#233;quences &#187; et constatait avec inqui&#233;tude &#171; l'apparente impuissance du pr&#233;sident Ford et du secr&#233;taire d'Etat Henry Kissinger face &#224; un d&#233;sordre mondial grandissant &#187;. Le m&#234;me &#233;ditorial d&#233;crivait ensuite, succinctement, et avec beaucoup de justesse, &#171; la structure &#233;conomique internationale au sein de laquelle les firmes am&#233;ricaines ont prosp&#233;r&#233; depuis la fin de la seconde guerre mondiale &#187;, structure qui est aujourd'hui &#171; mise en p&#233;ril &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aliment&#233;e &#224; ses d&#233;buts par les dollars du plan Marshall, l'entreprise am&#233;ricaine a prosp&#233;r&#233; et s'est agrandie en tablant principalement sur les commandes &#233;trang&#232;res, malgr&#233; la &#171; guerre froide &#187;, malgr&#233; la d&#233;colonisation, malgr&#233; la cr&#233;ation de nouvelles nations militantes et souvent anticapitalistes. Aussi n&#233;gatif que pouvait &#234;tre tel ou tel ph&#233;nom&#232;ne, le &#171; parapluie &#187; de la puissance am&#233;ricaine parvenait toujours &#224; le contenir (...). La progression des firmes multinationales n'&#233;tait que l'expression &#233;conomique de la structuration politique du monde de l'apr&#232;s-guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; pr&#233;sent, &#171; cet ordre mondial stable et si propice aux op&#233;rations commerciales est en voie d'&#233;croulement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorial passe alors en revue certains des probl&#232;mes qui concourent &#224; le d&#233;truire. &#171; M&#234;me en Europe occidentale &#8211; qui constitue la clef de vo&#251;te de l'ordre international &#233;difi&#233; par les Etats-Unis &#8211; la stabilit&#233; est de plus en plus menac&#233;e &#187; ; il s'agit, &#233;videmment, d'une allusion au manque de coop&#233;ration manifest&#233; par les pays europ&#233;ens au moment de la crise du p&#233;trole. On pouvait &#233;galement craindre, &#224; l'&#233;poque, que &#171; le mal qui ronge le Portugal ne contamine l'Espagne &#187;. A cette s&#233;rie de &#171; coups de massue &#187; venait s'ajouter un probl&#232;me potentiel : celui qui surgirait &#171; si le Japon ne pouvait continuer &#224; &#233;couler le tiers de sa production en Asie du Sud-Est &#187;. Mais les auteurs ne vont pas jusqu'&#224; dire, &#224; ce propos, qu'un des objectifs majeurs de l'intervention am&#233;ricaine au Vietnam fut, pr&#233;cis&#233;ment, d&#232;s le d&#233;part, d'assurer au Japon le libre acc&#232;s aux march&#233;s du Sud-Est asiatique, de sorte qu'il ne soit pas tent&#233; de se montrer &#171; plus accommodant &#187; &#224; l'&#233;gard de la Chine communiste. Et le Congr&#232;s ne faisait que poser un probl&#232;me suppl&#233;mentaire par son refus de comprendre ce que M. Kissinger appelle &#171; les relations normales entre l'ex&#233;cutif et le l&#233;gislatif &#187; &#8211; autrement dit, son refus de laisser la bride sur le cou &#224; l'ex&#233;cutif pour tout ce qui concernait la gestion globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces craintes n'&#233;taient gu&#232;re fond&#233;es. Ce serait bien mal comprendre le syst&#232;me politique am&#233;ricain que de penser que le Congr&#232;s pourrait adopter une attitude de nature &#224; saper dans ses fondements &#171; la structure &#233;conomique internationale au sein de laquelle les firmes am&#233;ricaines &#187; ont si bien &#171; prosp&#233;r&#233; &#187;, ou d'entraver de quelque mani&#232;re que ce soit la puissance am&#233;ricaine, qui doit &#234;tre toujours pr&#234;te &#224; se d&#233;ployer pour &#171; contenir les ph&#233;nom&#232;nes n&#233;gatifs &#187;. Une fois le premier choc pass&#233;, le Congr&#232;s se montrera aussi coop&#233;ratif qu'il l'a toujours &#233;t&#233;. Il ne saurait en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233;e la r&#233;partition du pouvoir au sein de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde n'est pas devenu ingouvernable &#224; la suite des &#233;checs subis par les Etats-Unis en Asie du Sud-Est. L'&#171; ordre mondial stable si propice aux op&#233;rations commerciales &#187; n'est pas en voie d'&#233;croulement. D'immenses r&#233;serves de puissance &#233;conomique et militaire sont l&#224; pour sauvegarder les int&#233;r&#234;ts des milieux d'affaires am&#233;ricains dans le monde entier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chomsky utilise en anglais la formule &#171; to make the world safe for American (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, malgr&#233; les p&#233;rils qui menacent de toute part l'&#171; ordre &#187; et la &#171; civilisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Noam Chomsky &lt;/strong&gt; Professeur au Massachusetts&lt;i&gt; Institute of Technology &lt;/i&gt; (MIT), Boston, Etats-Unis. Auteur notamment de Les Etats manqu&#233;s. Abus de puissance et d&#233;ficit d&#233;mocratique, Fayard, Paris, 2007. La plupart des textes de Noam Chomsky sont disponibles sur son site Internet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est constitu&#233; de tr&#232;s larges extraits de la pr&#233;face que le grand linguiste &#233;tasunien a r&#233;dig&#233;e pour un ouvrage collectif &#224; para&#238;tre prochainement aux &#233;ditions Masp&#233;ro. Les auteurs de cet ouvrage &#8211; Pierre P&#233;an, Andr&#233; Farhi et Jean-Pierre Vigler &#8211; analysent, notamment, les moyens par lesquels les Etats-Unis ont &#233;tabli leur influence sur l'Europe occidentale et les perspectives qui s'ouvrent &#224; eux dans une p&#233;riode de crise dont le terme ne saurait &#234;tre annonc&#233; par les premi&#232;res indications d'une &#171; reprise &#187; qui ne semble pas devoir &#234;tre durable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henry A. Kissinger, American Foreign Policy, &#233;dition augment&#233;e, Norton, New-York, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Isard (sous la direction de) : Vietnam : Some Basic Issues and Alternatives, Peace Research Society (International), Schenkman, Cambridge (Massachusetts), 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233;es par Lawrence H. Shoup dans &#171; Shaping the Post War World &#187;, The Insurgent Sociologist, volume 5, printemps 1975. M. Shoup para&#238;t &#234;tre le premier chercheur &#224; avoir entrepris une &#233;tude syst&#233;matique et d&#233;taill&#233;e des d&#233;lib&#233;rations du Council on Foreign Relations, un organisme consultatif form&#233; d'experts extr&#234;mement influents, calqu&#233; sur le mod&#232;le du Royal Institute of International Affairs britannique. Une caract&#233;ristique de la litt&#233;rature universitaire (et cela n'a rien de surprenant) est d'ignorer obstin&#233;ment certains &#233;l&#233;ments qui jou&#232;rent un r&#244;le crucial dans la mise au point de notre actuelle politique &#233;trang&#232;re, comme l'influence des int&#233;r&#234;ts des grands monopoles et de leurs repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chomsky utilise en anglais la formule &#171; &lt;i&gt;to make the world safe for American business&lt;/i&gt; &#187;, paraphrase de la formule du pr&#233;sident Wilson &#171; &lt;i&gt; to make the world safe for democracy &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Etats-Unis et Isra&#235;l veulent continuer d'&#234;tre les gendarmes nucl&#233;aires de la plan&#232;te &#187;Noam Chomsky</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Etats-Unis-et-Israel-veulent-continuer-d-etre-les-gendarmes-nucleaires-de-la-planete-Noam-Chomsky</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Etats-Unis-et-Israel-veulent-continuer-d-etre-les-gendarmes-nucleaires-de-la-planete-Noam-Chomsky</guid>
		<dc:date>2010-07-10T18:51:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les Etats-Unis et Isra&#235;l se sentent les gendarmes du Moyen-Orient et s'attribuent le droit de d&#233;cider quel pays peut ou non d&#233;velopper une technologie nucl&#233;aire ind&#233;pendante. Ils ont d&#233;j&#224; commenc&#233; les pr&#233;paratifs guerriers d'une prochaine croisade tendant &#224; &#171; corriger &#187; l'Iran indocile. &lt;br class='autobr' /&gt; La grave menace de l'Iran est la plus s&#233;rieuse crise de politique ext&#233;rieure qu'affronte l'administration Obama. Le Congr&#232;s &#233;tasunien vient de durcir les sanctions contre ce pays, avec plus de punitions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Etats-Unis et Isra&#235;l se sentent les gendarmes du Moyen-Orient et s'attribuent le droit de d&#233;cider quel pays peut ou non d&#233;velopper une technologie nucl&#233;aire ind&#233;pendante. Ils ont d&#233;j&#224; commenc&#233; les pr&#233;paratifs guerriers d'une prochaine croisade tendant &#224; &#171; corriger &#187; l'Iran indocile.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La grave menace de l'Iran est la plus s&#233;rieuse crise de politique ext&#233;rieure qu'affronte l'administration Obama. Le Congr&#232;s &#233;tasunien vient de durcir les sanctions contre ce pays, avec plus de punitions s&#233;v&#232;res pour les compagnies &#233;trang&#232;res qui font des affaires l&#224;-bas. L'administration a &#233;tendu la capacit&#233; offensive des Etats-Unis sur l'&#238;le africaine de Diego Garc&#237;a, propri&#233;t&#233; du Royaume-Uni, qui avait expuls&#233; la population de mani&#232;re &#224; ce que les Etats-Unis puissent construire une grande base pour attaquer le Moyen-Orient et l'Asie centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Marine &#233;tasunienne a fait conna&#238;tre l'envoi de mat&#233;riel sur l'&#238;le pour appuyer ses sous-marins dot&#233;s de missiles Tomahawk, qui peuvent porter des t&#234;tes nucl&#233;aires. Selon le rapport de la Marine obtenu par le quotidien Sunday Herald, de Glasgow, en &#201;cosse, le mat&#233;riel militaire inclut 387 armes anti bunkers pour faire exploser des structures souterraines renforc&#233;es. &#171; Ils activent l'engrenage pour la destruction de l'Iran &#187;, a d&#233;clar&#233; &#224; ce journal le directeur du Centre d'&#201;tudes Internationales et de Diplomatie de l'Universit&#233; de Londres, Dan Plesch. &#171; Les bombardiers et les missiles de longue port&#233;e des Etats-Unis sont pr&#233;par&#233;s pour d&#233;truire 10.000 objectifs en Iran en quelques heures &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse arabe informe qu'une flotte &#233;tasunienne (avec un navire isra&#233;lien) est r&#233;cemment pass&#233;e par le Canal de Suez en route vers le Golfe Persique, o&#249; sa mission consiste &#224; &#171; appliquer les sanctions contre l'Iran et &#224; surveiller les bateaux qui entrent dans et sortent de ce pays &#187;. Des m&#233;dias britanniques et isra&#233;liens affirment que l'Arabie Saoudite fournit un corridor pour un &#233;ventuel bombardement isra&#233;lien en Iran, version qui a &#233;t&#233; d&#233;mentie par les saoudiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Harangues bellicistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son retour d'une visite en Afghanistan, pour tranquilliser ses Alli&#233;s de l'OTAN apr&#232;s la d&#233;mission du g&#233;n&#233;ral Stanley McChrystal, l'amiral Michael Mullen, haut responsable des Chefs d'Etat-major, s'est rendu en Isra&#235;l pour rencontrer le chef d'&#233;tat-major des Forces isra&#233;liennes de D&#233;fense, Gabi Ashkenazi, et pour poursuivre un dialogue strat&#233;gique annuel. La r&#233;union a eu comme th&#232;me &#171; la pr&#233;paration d'Isra&#235;l et des Etats-Unis face &#224; la possibilit&#233; d'un Iran dot&#233; d' une capacit&#233; nucl&#233;aire &#187;, selon le quotidien Haaretz, qui a dit de plus que Mullen avait soulign&#233; : &#171; J'essaie de voir toujours les d&#233;fis depuis la perspective isra&#233;lienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs analystes d&#233;crivent la menace iranienne dans des termes apocalyptiques. &#171; Les Etats-Unis devront affronter l'Iran ou laisser le Moyen-Orient &#187;, remarque Amitai Etzioni. Si le programme nucl&#233;aire de l'Iran se concr&#233;tise, dit-il, la Turquie, l'Arabie Saoudite et d'autres &#201;tats &#171; se d&#233;placeront &#187; vers la nouvelle une &#171; superpuissance &#187; iranienne. Dans une rh&#233;torique moins fervente, cela signifie que pourrait prendre forme une alliance r&#233;gionale ind&#233;pendante des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal de l'Arm&#233;e des Etats-Unis Military Review, Etzioni presse les Etats-Unis pour une attaque non seulement contre les installations nucl&#233;aires de l'Iran, mais aussi contre ses actifs militaires non nucl&#233;aires, y compris les infrastructures, c'est-&#224;-dire la soci&#233;t&#233; civile. &#171; Ce type d'action militaire est semblable aux sanctions : il cause des dommages avec comme objectif de changer les choses, y compris par des moyens plus puissants &#187;, &#233;crit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie d&#233;fensive.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse autoris&#233;e sur la menace iranienne est propos&#233;e par un rapport du D&#233;partement de D&#233;fense US pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s en avril dernier. La d&#233;pense militaire de l'Iran est relativement &#171; basse en comparaison du reste de la r&#233;gion &#187;, soutient le document. La doctrine militaire de l'Iran est strictement &#171; d&#233;fensive, dessin&#233;e pour retarder une invasion et pour forcer une solution diplomatique aux hostilit&#233;s &#187;. Il signale de plus, que &#171; le programme nucl&#233;aire de l'Iran et sa volont&#233; de maintenir ouverte la possibilit&#233; de d&#233;velopper des armes nucl&#233;aires (sont) une partie centrale de sa strat&#233;gie de dissuasion &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Washington, la capacit&#233; de dissuasion de l'Iran est un exercice ill&#233;gitime de souverainet&#233; qui interf&#232;re avec les pr&#233;tentions globales des Etats-Unis. Concr&#232;tement, il menace le contr&#244;le &#233;tasunien des ressources &#233;nerg&#233;tiques du Moyen-Orient. Mais la menace de l'Iran va au-del&#224; de la dissuasion. T&#233;h&#233;ran cherche &#224; &#233;tendre aussi son influence dans la r&#233;gion, ce qui est vu comme un facteur &#171; de d&#233;stabilisation &#187; , suppos&#233; en contraste avec l'invasion &#171; stabilisatrice &#187; et l'occupation militaire &#233;tasunienne des voisins de l'Iran. Au-del&#224; de ces crimes - poursuit le rapport du Pentagone - l'Iran appuie le terrorisme avec son soutien aux Hezbollah et au Hamas, les principales forces politiques au Liban et en Palestine (si les &#233;lections comptent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Etats-Unis veulent seulement la soumission.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de d&#233;mocratie dans le monde musulman, malgr&#233; ses s&#233;rieux d&#233;fauts, est la Turquie, qui a des &#233;lections relativement libres. L'administration Obama s'est indign&#233;e quand la Turquie s'est unie au Br&#233;sil dans la recherche d'un arrangement avec l'Iran pour qu'il restreigne son enrichissement d'uranium. Les Etats-Unis ont rapidement enterr&#233; l'accord, provoquant une r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; de l'ONU si d&#233;pourvue de sens que la Chine les a gaiement appuy&#233;s tout de suite, assumant, que tout au plus, ils emp&#234;cheraient les int&#233;r&#234;ts occidentaux de concourir avec la Chine pour les ressources de l'Iran. D'une mani&#232;re en rien surprenante, la Turquie (de m&#234;me que le Br&#233;sil) a vot&#233; contre l'initiative &#233;tasunienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre membre r&#233;gional, le Liban, s'est abstenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces comportements ont provoqu&#233; encore plus d'indignation &#224; Washington. Philip Gordon, le diplomate de plus haut rang de l'Administration Obama sur les questions europ&#233;ennes, a pr&#233;venu la Turquie que ses actions ne se comprennent pas depuis les Etats-Unis et qu' elle devrait &#171; d&#233;montrer son engagement comme associ&#233; de l'Occident &#187;, comme l' a expliqu&#233; Associated Press. Un avertissement curieux &#224; un alli&#233; crucial de l'OTAN. La classe politique le comprend aussi ainsi. Steven A. Cook, un expert du Conseil des Relations ext&#233;rieures, soutient que la question critique est : &#171; Comment maintenir les Turcs sur leurs rails ? &#187;, c'est &#224; dire, en suivant des ordres en bons d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas de gazoduc non plus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne voit pas de signes que d'autres pays de la r&#233;gion favorisent les sanctions promues par les US plus que la Turquie ne le fait. Le Pakistan et l'Iran, r&#233;unis &#224; Ankara, ont r&#233;cemment sign&#233; un accord pour un nouveau gazoduc. Plus inqui&#233;tant pour les Etats-Unis, c'est que l'ol&#233;oduc peut s'&#233;tendre en Inde. Le trait&#233; de 2008 des Etats-Unis avec l'Inde, en appuyant ses programmes nucl&#233;aires, cherchait &#224; &#233;viter que ce pays se joigne au gazoduc, comme remarque Moeed Yusuf, conseiller sur les questions sud-asiatiques de l'Institut de Paix des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde et le Pakistan sont deux des trois puissances nucl&#233;aires qui ont refus&#233; de signer le Trait&#233; de Non Prolif&#233;ration (TNP). Isra&#235;l est le troisi&#232;me. Tous ont d&#233;velopp&#233; des armements nucl&#233;aires avec l'appui des Etats-Unis, et le font encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Isra&#235;l avec passe-droit.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune une personne raisonnable veut que l'Iran, ou tout autre pays, d&#233;veloppe des armes nucl&#233;aires. Une mani&#232;re &#233;vidente de calmer ou d'&#233;liminer cette menace consiste &#224; &#233;tablir une zone libre des armes nucl&#233;aires au Moyen-Orient. Ce sujet a &#233;t&#233; de nouveau trait&#233; lors de la conf&#233;rence sur le TNP dans les Nations Unies au d&#233;but du mois de mai dernier. L'&#201;gypte, comme pr&#233;sident du Mouvement des Non Align&#233;s - compos&#233; de 118 pays - a propos&#233; que la conf&#233;rence avance un plan pour commencer des n&#233;gociations en 2011 pour un Moyen-Orient libre d'armes nucl&#233;aires, comme cela avait &#233;t&#233; convenu par l'occident, y compris les Etats-Unis lors de la conf&#233;rence sur le TNP de 1995. Washington est encore formellement d'accord, mais il insiste avec une proposition inacceptable : que seul Isra&#235;l soit exempt&#233; ; et voil&#224; qu'il n'a pas donn&#233; d'indice de permettre que les provisions du pacte s'appliquent aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de faire des avanc&#233;es pratiques vers la r&#233;duction de la terrifiante menace de la prolif&#233;ration d'armes nucl&#233;aires en Iran ou ailleurs, les Etats-Unis s'activent &#224; renforcer le contr&#244;le dans les r&#233;gions vitales productrices de p&#233;trole du Moyen-Orient, de mani&#232;re violente si d'autres moyens ne r&#233;ussissent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.laarena.com.ar/opinion-ee.uu._e_israel_quieren_seguir_siendo_los_matones_nucleares_del_planeta-49844-111.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;&lt;u&gt;La Arena&lt;/u&gt;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Argentine, le 9 juillet 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Le d&#233;fi de l'Am&#233;rique LatineNoam Chomsky</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a plus d'un mill&#233;naire, bien avant la conqu&#234;te europ&#233;enne, une civilisation perdue a fleuri dans une r&#233;gion que nous connaissons maintenant comme Bolivie. &lt;br class='autobr' /&gt; Les arch&#233;ologues sont entrain d&#233;couvrir que la Bolivie avait une soci&#233;t&#233; tr&#232;s sophistiqu&#233;e et complexe, ou, pour reprendre leurs mots, &#034;l'un des milieux ambiants artificiels les plus grands, &#233;tranges et &#233;cologiquement le plus riche de la plan&#232;te... ses populations et villes &#233;taient gvastes et organis&#233;es&#034;, et cela a cr&#233;&#233; un panorama (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Notre-Amerique" rel="directory"&gt;Notre Am&#233;rique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a plus d'un mill&#233;naire, bien avant la conqu&#234;te europ&#233;enne, une civilisation perdue a fleuri dans une r&#233;gion que nous connaissons maintenant comme Bolivie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les arch&#233;ologues sont entrain d&#233;couvrir que la Bolivie avait une soci&#233;t&#233; tr&#232;s sophistiqu&#233;e et complexe, ou, pour reprendre leurs mots, &#034;l'un des milieux ambiants artificiels les plus grands, &#233;tranges et &#233;cologiquement le plus riche de la plan&#232;te... ses populations et villes &#233;taient gvastes et organis&#233;es&#034;, et cela a cr&#233;&#233; un panorama qui &#233;tait &#034;l'une des plus grandes &#339;uvres d'art de l'humanit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant la Bolivie, de m&#234;me qu'une grande partie de la r&#233;gion, du Venezuela jusqu'&#224; l'Argentine, a resurgi. La conqu&#234;te et son &#233;cho de la domination imp&#233;riale des &#201;tats-Unis c&#232;dent le passage &#224; l'ind&#233;pendance et &#224; l'interd&#233;pendance qui marquent une nouvelle dynamique dans les relations entre le nord et le sud. Et tout cela a pour toile de fond la crise &#233;conomique aux &#201;tats-Unis et dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la derni&#232;re d&#233;cennie, l'Am&#233;rique Latine est devenue la r&#233;gion la plus progressiste du monde. Les initiatives prises &#224; travers le sous-continent ont eu un impact significatif sur plusieurs pays et sur l'&#233;mergence lente d'institutions r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi elles, figurent la banque du Sud, appuy&#233;e en 2007 par l'&#233;conomiste et prix Nobel, Joseph Stiglitz, &#224; Caracas, au Venezuela ; et l'ALBA, l'Alternative Bolivarienne pour l'Am&#233;rique Latine et les Cara&#239;bes qui pourrait s'av&#233;rer une v&#233;ritable aube si sa promesse initiale peut se concr&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ALBA est habituellement d&#233;crite comme une alternative au &#171; Trait&#233; de libre commerce des Am&#233;riques &#187; sponsoris&#233; par les &#201;tats-Unis, mais les termes sont trompeurs. On doit les comprendre comme un d&#233;veloppement ind&#233;pendant, non comme une alternative. Et de plus, les soi-disant &#171; accords de libre-&#233;change &#187; ont seulement une relation limit&#233;e avec le libre commerce, ou inclusive avec le commerce au sens propre du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce ne sont certainement pas des accords, au moins si les personnes font partie de ses pays. Un terme plus pr&#233;cis serait &#034;des accords pour d&#233;fendre les droits des investisseurs&#034;, dessin&#233;s par des soci&#233;t&#233;s multinationales et des banques et les &#233;tats puissants pour satisfaire leurs int&#233;r&#234;ts, &#233;tablis en grande partie en secret, sans la participation du public, ou sans qu'il ait conscience de ce qui arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre organisation r&#233;gionale prometteuse est l'Unasur, l'Union des Nations de l'Am&#233;rique du Sud. Model&#233;e sur la base de l'Union Europ&#233;enne, l'Unasur se propose d'&#233;tablir un Parlement sud-am&#233;ricain &#224; Cochabamba, en Bolivie. Il s'agit d'un endroit ad&#233;quat. En 2000, le peuple de Cochabamba a commenc&#233; une lutte r&#233;ussie et brave contre la privatisation de l'eau. Cela a r&#233;veill&#233; la solidarit&#233; internationale, puisqu' a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; ce qui peut &#234;tre obtenu &#224; travers un activisme engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique du C&#244;ne Sud provient en partie du Venezuela, avec l'&#233;lection de Hugo Ch&#225;vez, un pr&#233;sident de gauche dont l'intention est d'utiliser les ressources du Venezuela au b&#233;n&#233;fice du peuple v&#233;n&#233;zu&#233;lien au lieu de les remettre aux riches et privil&#233;gi&#233;s de son pays et de l'&#233;tranger. Il a aussi l'intention de promouvoir l'int&#233;gration r&#233;gionale dont on a besoin de mani&#232;re d&#233;sesp&#233;r&#233;e comme pr&#233;-requis &#224; l'ind&#233;pendance, pour la d&#233;mocratie, et pour un d&#233;veloppement positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ch&#225;vez n'est pas seul sur ces objectifs. La Bolivie, le plus pauvre pays du continent, est peut-&#234;tre l'exemple le plus dramatique. La Bolivie a trac&#233; un chemin important pour la vraie d&#233;mocratisation de l'h&#233;misph&#232;re. En 2005, la majorit&#233; indig&#232;ne, la population qui a souffert le plus des r&#233;pressions dans l'h&#233;misph&#232;re, a &#233;t&#233; admise dans l'ar&#232;ne politique et elle a choisi l'un de ses propres fils, Evo Morales, pour impulser les programmes qui &#233;manaient des organisations populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection fut seulement une &#233;tape dans les luttes en cours. Les principaux sujets &#233;taient bien connus et graves : le contr&#244;le des ressources, les droits culturels et la justice dans une soci&#233;t&#233; pluri-ethnique complexe, et le grand foss&#233; &#233;conomique et sociale entre la majorit&#233; et l'&#233;lite nantie, les gouvernants traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, la Bolivie est &#233;galement la sc&#232;ne de la confrontation la plus dangereuse entre la d&#233;mocratie populaire et les &#233;lites privil&#233;gi&#233;es europ&#233;anis&#233;es qui craignent la perte de leurs privil&#232;ges politiques et s'opposent par cons&#233;quent &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la justice sociale, parfois d'une mani&#232;re violente. Et de fa&#231;on r&#233;currente, i jouissent du soutien ferme des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre dernier, lors d'une r&#233;union d'urgence de l'Unasur &#224; Santiago, au Chili, des leaders sud-am&#233;ricains ont d&#233;clar&#233; &#034;leur soutien plein et ferme au gouvernement constitutionnel du pr&#233;sident Evo Morales, dont le mandat a &#233;t&#233; ratifi&#233; &#224; la majorit&#233;&#034;, faisant allusion &#224; sa victoire &#224; un r&#233;cent r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales a remerci&#233; l'Unasur, remarquant que &#034;pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Am&#233;rique du Sud, les pays de notre r&#233;gion d&#233;cident comment r&#233;soudre leurs probl&#232;mes, sans la pr&#233;sence des &#201;tats-Unis&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis ont domin&#233; depuis longtemps l'&#233;conomie de la Bolivie, sp&#233;cialement gr&#226;ce au traitement de ses exportations d'&#233;tain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'explique l'expert en questions internationales, Stephen Zunes, au d&#233;but des ann&#233;es 50, &#034;a un moment critique des efforts de la nation, pour se convertir &#224; l' autosuffisance , le gouvernement des &#201;tats-Unis a oblig&#233; la Bolivie &#224; utiliser son capital peu abondant non pour son propre d&#233;veloppement, mais pour compenser les ex-propri&#233;taires de mines et pour repayer sa dette ext&#233;rieure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;conomique qui a &#233;t&#233; impos&#233;e &#224; la Bolivie &#224; cette &#233;poque fut pr&#233;curseur des programmes d'ajustement structurel mis en application sur le continent 30 ans plus tard, sous les termes de&#034;Consensus n&#233;olib&#233;ral de Washington&#034;, qui a eu en g&#233;n&#233;ral des effets d&#233;sastreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, parmi les victimes du fondamentalisme du march&#233; n&#233;olib&#233;ral on compte aussi les pays riches, o&#249; la mal&#233;diction de la lib&#233;ralisation financi&#232;re a apport&#233; la pire crise financi&#232;re depuis la grande d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les modalit&#233;s traditionnelles du contr&#244;le imp&#233;rial - de la violence et de la guerre &#233;conomique - se sont rel&#226;ch&#233;es. L'Am&#233;rique Latine a des options r&#233;elles. Washington comprend tr&#232;s bien que ces options menacent non seulement sa domination dans l'h&#233;misph&#232;re, mais aussi sa domination globale. Le contr&#244;le de l'Am&#233;rique Latine a &#233;t&#233; l'objectif de la politique ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis depuis les premiers jours de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats-Unis ne peuvent pas contr&#244;ler l'Am&#233;rique Latine, ils ne peuvent pas esp&#233;rer &#034;concr&#233;tiser un ordre heureux dans d'autres parties du monde&#034;, a conclu en 1971 le Conseil National de S&#233;curit&#233; &#224; l'&#233;poque de Richard Nixon. Il consid&#233;rait aussi d'une importance primordiale la destruction de la d&#233;mocratie chilienne, quelque chose qu'il a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des experts du courant traditionnel reconnaissent que Washington a seulement appuy&#233; la d&#233;mocratie quand elle contribuait &#224; ses int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et strat&#233;giques. Cette politique a continu&#233;, sans changer, jusqu'&#224; maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pr&#233;occupations antid&#233;mocratiques sont la forme rationnelle de la th&#233;orie des dominos, parfois qualifi&#233;e, de fa&#231;on pr&#233;cise, comme &#034;la menace du bon exemple&#034;. Pour telles raisons, y compris la moindre d&#233;viation &#224; l'ob&#233;issance la plus stricte est consid&#233;r&#233;e comme une menace existentielle &#224; laquelle on r&#233;pond d'une mani&#232;re dure. Cela va depuis l'organisation de la paysannerie dans des communaut&#233;s lointaines du nord du Laos, jusqu'&#224; la cr&#233;ation de coop&#233;ratives de p&#234;cheurs &#224; Grenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une Am&#233;rique Latine avec une confiance en soi flambant neuve, l'int&#233;gration a au moins trois dimensions. L'une est r&#233;gionale, un pr&#233;alable crucial pour l'ind&#233;pendance, qui oblige le ma&#238;tre de l'h&#233;misph&#232;re de choisir des pays, l'un apr&#232;s l'autre. L'autre est globale, en &#233;tablissant des relations entre sud et sud et en diversifiant les march&#233;s et les investissements . La Chine est devenue un associ&#233; de plus en plus important dans les questions h&#233;misph&#233;riques. Et la derni&#232;re est interne, peut-&#234;tre la dimension la plus vitale de toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique Latine est connue pour la concentration extr&#234;me de richesse et de pouvoir, et pour le manque de responsabilit&#233; des &#233;lites privil&#233;gi&#233;es &#224; l'&#233;gard du bien-&#234;tre de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique Latine a de grands probl&#232;mes, mais il y a aussi des d&#233;veloppements prometteurs qui pourraient annoncer une &#233;poque de vraie globalisation. Il s'agit d'une int&#233;gration internationale en faveur des int&#233;r&#234;ts de peuple, non des investisseurs et des autres concentrations du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.jornada.unam.mx/2009/03/14/index.php%3Fsection=mundo%26article=022a1mun%26partner=rss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Jornada&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Mexique, le 15 mars 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le lavage de cerveaux en libert&#233; est plus efficace encore qu'en dictature.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-lavage-de-cerveaux-en-liberte-est-plus-efficace-encore-qu-en-dictature</link>
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		<dc:date>2007-11-27T18:31:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Rachats de grands journaux - le &#171; Wall Street Journal &#187; aux Etats-Unis, &#171; Les Echos &#187; en France - par des hommes fortun&#233;s habitu&#233;s &#224; plier la v&#233;rit&#233; au gr&#233; de leurs int&#233;r&#234;ts (lire aussi, dans ce num&#233;ro, &#171; Pr&#233;dateurs de presse et marchands d'influence &#187;, par Marie B&#233;nilde), m&#233;diatisation outranci&#232;re de M. Nicolas Sarkozy, cannibalisation de l'information par les sports, la m&#233;t&#233;o et les faits divers, le tout dans une d&#233;bauche de publicit&#233;s : la &#171; communication &#187; constitue l'instrument de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Bataille-pour-l-information" rel="directory"&gt;Bataille pour l'information&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rachats de grands journaux - le &#171; Wall Street Journal &#187; aux Etats-Unis, &#171; Les Echos &#187; en France - par des hommes fortun&#233;s habitu&#233;s &#224; plier la v&#233;rit&#233; au gr&#233; de leurs int&#233;r&#234;ts (lire aussi, dans ce num&#233;ro, &#171; Pr&#233;dateurs de presse et marchands d'influence &#187;, par Marie B&#233;nilde), m&#233;diatisation outranci&#232;re de M. Nicolas Sarkozy, cannibalisation de l'information par les sports, la m&#233;t&#233;o et les faits divers, le tout dans une d&#233;bauche de publicit&#233;s : la &#171; communication &#187; constitue l'instrument de gouvernement permanent des r&#233;gimes d&#233;mocratiques. Elle est, pour eux, ce que la propagande est aux dictatures. Dans un entretien accord&#233; au journaliste de France Inter Daniel Mermet, l'intellectuel am&#233;ricain Noam Chomsky analyse ces m&#233;canismes de domination et les replace dans leur contexte historique. Il rappelle, par exemple, que les r&#233;gimes totalitaires se sont appuy&#233;s sur les ressorts de la communication publicitaire perfectionn&#233;s aux Etats-Unis au &lt;br class='autobr' /&gt;
lendemain de la premi&#232;re guerre mondiale. Au-del&#224;, il &#233;voque les perspectives de transformation sociale dans le monde actuel, et ce &#224; quoi pourrait ressembler l'utopie pour ceux qui, malgr&#233; la p&#233;dagogie de l'impuissance martel&#233;e par les m&#233;dias, n'ont pas renonc&#233; &#224; changer le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Commen&#231;ons par la question des m&#233;dias. En France, en mai 2005, lors du r&#233;f&#233;rendum sur le trait&#233; de Constitution europ&#233;enne, la plupart des organes de presse &#233;taient partisans du &#171; oui &#187;, et cependant 55 % des Fran&#231;ais ont vot&#233; &#171; non &#187;. La puissance de manipulation des m&#233;dias ne semble donc pas absolue. Ce vote des citoyens repr&#233;sentait-il aussi un &#171; non &#187; aux m&#233;dias ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail sur la manipulation m&#233;diatique ou la fabrique du consentement fait par Edward Herman et moi n'aborde pas la question des effets des m&#233;dias sur le public&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward Herman et Noam Chomsky, Manufacturing Consent, Pantheon, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un sujet compliqu&#233;, mais les quelques recherches en profondeur men&#233;es sur ce th&#232;me sugg&#232;rent que, en r&#233;alit&#233;, l'influence des m&#233;dias est plus importante sur la fraction de la population la plus &#233;duqu&#233;e. La masse de l'opinion publique para&#238;t, elle, moins tributaire du discours des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, l'&#233;ventualit&#233; d'une guerre contre l'Iran : 75 % des Am&#233;ricains estiment que les Etats-Unis devraient mettre un terme &#224; leurs menaces militaires et privil&#233;gier la recherche d'un accord par voie diplomatique. Des enqu&#234;tes conduites par des instituts occidentaux sugg&#232;rent que l'opinion publique iranienne et celle des Etats-Unis convergent aussi sur certains aspects de la question nucl&#233;aire : l'&#233;crasante majorit&#233; de la population des deux pays estime que la zone s'&#233;tendant d'Isra&#235;l &#224; l'Iran devrait &#234;tre enti&#232;rement d&#233;barrass&#233;e des engins de guerre nucl&#233;aires, y compris ceux que d&#233;tiennent les troupes am&#233;ricaines de la r&#233;gion. Or, pour trouver ce genre d'information dans les m&#233;dias, il faut chercher longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux principaux partis politiques des deux pays, aucun ne d&#233;fend ce point de vue. Si l'Iran et les Etats-Unis &#233;taient d'authentiques d&#233;mocraties &#224; l'int&#233;rieur desquelles la majorit&#233; d&#233;termine r&#233;ellement les politiques publiques, le diff&#233;rend actuel sur le nucl&#233;aire serait sans doute d&#233;j&#224; r&#233;solu. Il y a d'autres cas de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant, par exemple, le budget f&#233;d&#233;ral des Etats-Unis, la plupart des Am&#233;ricains souhaitent une r&#233;duction des d&#233;penses militaires et une augmentation, en revanche, des d&#233;penses sociales, des cr&#233;dits vers&#233;s aux Nations unies, de l'aide &#233;conomique et humanitaire internationale, et enfin l'annulation des baisses d'imp&#244;ts d&#233;cid&#233;es par le pr&#233;sident George W. Bush en faveur des contribuables les plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces sujets-l&#224;, la politique de la Maison Blanche est totalement contraire aux r&#233;clamations de l'opinion publique. Mais les enqu&#234;tes qui rel&#232;vent cette opposition publique persistante sont rarement publi&#233;es dans les m&#233;dias. Si bien que les citoyens sont non seulement &#233;cart&#233;s des centres de d&#233;cision politique, mais &#233;galement tenus dans l'ignorance de l'&#233;tat r&#233;el de cette m&#234;me opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une inqui&#233;tude internationale relative &#224; l'abyssal &#171; double d&#233;ficit &#187; des Etats-Unis : le d&#233;ficit commercial et le d&#233;ficit budg&#233;taire. Or ceux-ci n'existent qu'en relation &#233;troite avec un troisi&#232;me d&#233;ficit : le d&#233;ficit d&#233;mocratique, qui ne cesse de se creuser, non seulement aux Etats-Unis, mais plus g&#233;n&#233;ralement dans l'ensemble du monde occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque fois qu'on demande &#224; un journaliste vedette ou &#224; un pr&#233;sentateur d'un grand journal t&#233;l&#233;vis&#233; s'il subit des pressions, s'il lui arrive d'&#234;tre censur&#233;, il r&#233;plique qu'il est enti&#232;rement libre, qu'il exprime ses propres convictions. Comment fonctionne le contr&#244;le de la pens&#233;e dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ? En ce qui concerne les dictatures, nous le savons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des journalistes sont mis en cause, ils r&#233;pondent aussit&#244;t : &lt;i&gt;&#171; Nul n'a fait pression sur moi, j'&#233;cris ce que je veux. &#187;&lt;/i&gt; C'est vrai. Seulement, s'ils prenaient des positions contraires &#224; la norme dominante, ils n'&#233;criraient plus leurs &#233;ditoriaux. La r&#232;gle n'est pas absolue, bien s&#251;r ; il m'arrive moi-m&#234;me d'&#234;tre publi&#233; dans la presse am&#233;ricaine, les Etats-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n'a aucune chance d'&#234;tre pressenti pour acc&#233;der au rang de commentateur ayant pignon sur rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs l'une des grandes diff&#233;rences entre le syst&#232;me de propagande d'un Etat totalitaire et la mani&#232;re de proc&#233;der dans des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. En exag&#233;rant un peu, dans les pays totalitaires, l'Etat d&#233;cide de la ligne &#224; suivre et chacun doit ensuite s'y conformer. Les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques op&#232;rent autrement. La &#171; ligne &#187; n'est jamais &#233;nonc&#233;e comme telle, elle est sous-entendue. On proc&#232;de, en quelque sorte, au &#171; lavage de cerveaux en libert&#233; &#187;. Et m&#234;me les d&#233;bats &#171; passionn&#233;s &#187; dans les grands m&#233;dias se situent dans le cadre des param&#232;tres implicites consentis, lesquels tiennent en lisi&#232;re nombre de points de vue contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me de contr&#244;le des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques est fort efficace ; il instille la ligne directrice comme l'air qu'on respire. On ne s'en aper&#231;oit pas, et on s'imagine parfois &#234;tre en pr&#233;sence d'un d&#233;bat particuli&#232;rement vigoureux. Au fond, c'est infiniment plus performant que les syst&#232;mes totalitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le cas de l'Allemagne au d&#233;but des ann&#233;es 1930. On a eu tendance &#224; l'oublier, mais c'&#233;tait alors le pays le plus avanc&#233; d'Europe, &#224; la pointe en mati&#232;re d'art, de sciences, de techniques, de litt&#233;rature, de philosophie. Puis, en tr&#232;s peu de temps, un retournement complet est intervenu, et l'Allemagne est devenue l'Etat le plus meurtrier, le plus barbare de l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'est accompli en distillant de la peur : celle des bolcheviks, des Juifs, des Am&#233;ricains, des Tziganes, bref, de tous ceux qui, selon les nazis, mena&#231;aient le c&#339;ur de la civilisation europ&#233;enne, c'est-&#224;-dire les &lt;i&gt;&#171; h&#233;ritiers directs de la civilisation grecque &#187;&lt;/i&gt;. En tout cas, c'est ce qu'&#233;crivait le philosophe Martin Heidegger en 1935. Or la plupart des m&#233;dias allemands qui ont bombard&#233; la population avec des messages de ce genre ont repris les techniques de marketing mises au point... par des publicitaires am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas comment s'impose toujours une id&#233;ologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d'une autre nature. Ainsi, lorsqu'une personne exerce son pouvoir sur une autre - que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron -, elle a besoin d'une id&#233;ologie justificatrice, toujours la m&#234;me : cette domination est faite &#171; pour le bien &#187; du domin&#233;. En d'autres termes, le pouvoir se pr&#233;sente toujours comme altruiste, d&#233;sint&#233;ress&#233;, g&#233;n&#233;reux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la violence d'Etat ne suffit plus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1930, les r&#232;gles de la propagande nazie consistaient, par exemple, &#224; choisir des mots simples, &#224; les r&#233;p&#233;ter sans rel&#226;che, et &#224; les associer &#224; des &#233;motions, des sentiments, des craintes. Quand Hitler a envahi les Sud&#232;tes [&lt;i&gt;en 1938&lt;/i&gt;], ce fut en invoquant les objectifs les plus nobles et charitables, la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; intervention humanitaire &#187; pour emp&#234;cher le &#171; nettoyage ethnique &#187; subi par les germanophones, et pour permettre que chacun puisse vivre sous l'&#171; aile protectrice &#187; de l'Allemagne, avec le soutien de la puissance la plus en avance du monde dans le domaine des arts et de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de propagande, si d'une certaine mani&#232;re rien n'a chang&#233; depuis Ath&#232;nes, il y a quand m&#234;me eu aussi nombre de perfectionnements. Les instruments se sont beaucoup affin&#233;s, en particulier et paradoxalement dans les pays les plus libres du monde : le Royaume-Uni et les Etats-Unis. C'est l&#224;, et pas ailleurs, que l'industrie moderne des relations publiques, autant dire la fabrique de l'opinion, ou la propagande, est n&#233;e dans les ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux pays avaient en effet progress&#233; en mati&#232;re de droits d&#233;mocratiques (vote des femmes, libert&#233; d'expression, etc.) &#224; tel point que l'aspiration &#224; la libert&#233; ne pouvait plus &#234;tre contenue par la seule violence d'Etat. On s'est donc tourn&#233; vers les technologies de la &#171; fabrique du consentement &#187;. L'industrie des relations publiques produit, au sens propre du terme, du consentement, de l'acceptation, de la soumission. Elle contr&#244;le les id&#233;es, les pens&#233;es, les esprits. Par rapport au totalitarisme, c'est un grand progr&#232;s : il est beaucoup plus agr&#233;able de subir une publicit&#233; que de se retrouver dans une salle de torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, la libert&#233; d'expression est prot&#233;g&#233;e &#224; un degr&#233; que je crois inconnu dans tout autre pays du monde. C'est assez r&#233;cent. Dans les ann&#233;es 1960, la Cour supr&#234;me a plac&#233; la barre tr&#232;s haut en mati&#232;re de respect de la libert&#233; de parole, ce qui exprimait, &#224; mon avis, un principe fondamental &#233;tabli d&#232;s le XVIIIe si&#232;cle par les valeurs des Lumi&#232;res. La position de la Cour fut que la parole &#233;tait libre, avec pour seule limite la participation &#224; un acte criminel. Si, par exemple, quand je rentre dans un magasin pour le d&#233;valiser, un de mes complices tient une arme et que je lui dis : &#171; Tire ! &#187;, ce propos n'est pas prot&#233;g&#233; par la Constitution. Pour le reste, le motif doit &#234;tre particuli&#232;rement grave avant que la libert&#233; d'expression soit mise en cause. La Cour supr&#234;me a m&#234;me r&#233;affirm&#233; ce principe en faveur de membres du Ku Klux Klan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, au Royaume-Uni et, me semble-t-il, dans le reste de l'Europe, la libert&#233; d'expression est d&#233;finie de mani&#232;re tr&#232;s restrictive. A mes yeux, la question essentielle est : l'Etat a-t-il le droit de d&#233;terminer ce qu'est la v&#233;rit&#233; historique, et celui de punir qui s'en &#233;carte ? Le penser revient &#224; s'accommoder d'une pratique proprement stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des intellectuels fran&#231;ais ont du mal &#224; admettre que c'est bien l&#224; leur inclination. Pourtant, le refus d'une telle approche ne doit pas souffrir d'exception. L'Etat ne devrait avoir aucun moyen de punir quiconque pr&#233;tendrait que le Soleil tourne autour de la Terre. Le principe de la libert&#233; d'expression a quelque chose de tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire : ou on le d&#233;fend dans le cas d'opinions qu'on d&#233;teste, ou on ne le d&#233;fend pas du tout. M&#234;me Hitler et Staline admettaient la libert&#233; d'expression de ceux qui partagaient leur point de vue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute qu'il y a quelque chose d'affligeant et m&#234;me de scandaleux &#224; devoir d&#233;battre de ces questions deux si&#232;cles apr&#232;s Voltaire, qui, comme on le sait, d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; Je d&#233;fendrai mes opinions jusqu'&#224; ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez d&#233;fendre les v&#244;tres. &#187;&lt;/i&gt; Et c'est rendre un bien triste service &#224; la m&#233;moire des victimes de l'Holocauste que d'adopter une des doctrines fondamentales de leurs bourreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un de vos livres, vous commentez la phrase de Milton Friedman : &lt;i&gt;&#171; Faire des profits est l'essence m&#234;me de la d&#233;mocratie &#187;&lt;/i&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire, les deux choses sont tellement contraires qu'il n'y a m&#234;me pas de commentaire possible... La finalit&#233; de la d&#233;mocratie, c'est que les gens puissent d&#233;cider de leur propre vie et des choix politiques qui les concernent. La r&#233;alisation de profits est une pathologie de nos soci&#233;t&#233;s, adoss&#233;e &#224; des structures particuli&#232;res. Dans une soci&#233;t&#233; d&#233;cente, &#233;thique, ce souci du profit serait marginal. Prenez mon d&#233;partement universitaire [&lt;i&gt;au Massachusetts Institute of Technology&lt;/i&gt;] : quelques scientifiques travaillent dur pour gagner beaucoup d'argent, mais on les consid&#232;re un peu comme des marginaux, des gens perturb&#233;s, presque des cas pathologiques. L'esprit qui anime la communaut&#233; acad&#233;mique, c'est plut&#244;t d'essayer de faire des d&#233;couvertes, &#224; la fois par int&#233;r&#234;t intellectuel et pour le bien de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans l'ouvrage qui vous est consacr&#233; aux &#233;ditions de L'Herne, Jean Ziegler &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Il y a eu trois totalitarismes : le totalitarisme stalinien, nazi et maintenant c'est Tina&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tina, initiales de &#171; There is no alternative &#187;, &#171; il n'y a pas de solution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Compareriez-vous ces trois totalitarismes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne les mettrais pas sur le m&#234;me plan. Se battre contre &#171; Tina &#187;, c'est affronter une emprise intellectuelle qu'on ne peut pas assimiler aux camps de concentration ni au goulag. Et, de fait, la politique des Etats-Unis suscite une opposition massive &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. L'Argentine et le Venezuela ont jet&#233; le Fonds mon&#233;taire international (FMI) dehors. Les Etats-Unis ont d&#251; renoncer &#224; ce qui &#233;tait encore la norme il y a vingt ou trente ans : le coup d'Etat militaire en Am&#233;rique latine. Le programme &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral, qui a &#233;t&#233; impos&#233; de force &#224; toute l'Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es 1980 et 1990, est aujourd'hui rejet&#233; dans l'ensemble du continent. Et on retrouve cette m&#234;me opposition contre la globalisation &#233;conomique &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement pour la justice, qui est sous les feux des projecteurs m&#233;diatiques lors de chaque Forum social mondial, travaille en r&#233;alit&#233; toute l'ann&#233;e. C'est un ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s nouveau dans l'histoire, qui marque peut-&#234;tre le d&#233;but d'une vraie Internationale. Or son principal cheval de bataille porte sur l'existence d'une solution de rechange. D'ailleurs, quel meilleur exemple de globalisation diff&#233;rente que le Forum social mondial ? Les m&#233;dias hostiles appellent ceux qui s'opposent &#224; la globalisation n&#233;olib&#233;rale les &#171; antimondialistes &#187;, alors qu'ils se battent pour une autre mondialisation, la mondialisation des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut observer le contraste entre les uns et les autres, parce que, au m&#234;me moment, a lieu, &#224; Davos, le Forum &#233;conomique mondial, qui travaille &#224; l'int&#233;gration &#233;conomique plan&#233;taire, mais dans le seul int&#233;r&#234;t des financiers, des banques et des fonds de pension. Puissances qui contr&#244;lent aussi les m&#233;dias. C'est leur conception de l'int&#233;gration globale, mais au service des investisseurs. Les m&#233;dias dominants consid&#232;rent que cette int&#233;gration est la seule qui m&#233;rite, en quelque sorte, l'appellation officielle de mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un bel exemple du fonctionnement de la propagande id&#233;ologique dans les soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. A ce point efficace que m&#234;me des participants au Forum social mondial acceptent parfois le qualificatif malintentionn&#233; d'&#171; antimondialistes &#187;. A Porto Alegre, je suis intervenu dans le cadre du Forum, et j'ai particip&#233; &#224; la Conf&#233;rence mondiale des paysans. Ils repr&#233;sentent &#224; eux seuls la majorit&#233; de la population de la plan&#232;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On vous range dans la cat&#233;gorie des anarchistes ou des socialistes libertaires. Dans la d&#233;mocratie telle que vous la concevez, quelle serait la place de l'Etat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vit dans ce monde, pas dans un univers imaginaire. Dans ce monde, il existe des institutions tyranniques, ce sont les grandes entreprises. C'est ce qu'il y a de plus proche des institutions totalitaires. Elles n'ont, pour ainsi dire, aucun compte &#224; rendre au public, &#224; la soci&#233;t&#233; ; elles agissent &#224; la mani&#232;re de pr&#233;dateurs dont d'autres entreprises seraient les proies. Pour s'en d&#233;fendre, les populations ne disposent que d'un seul instrument : l'Etat. Or ce n'est pas un bouclier tr&#232;s efficace, car il est, en g&#233;n&#233;ral, &#233;troitement li&#233; aux pr&#233;dateurs. A une diff&#233;rence, non n&#233;gligeable, pr&#232;s : alors que, par exemple, &lt;i&gt;General Electric&lt;/i&gt; n'a aucun compte &#224; rendre, l'Etat doit parfois s'expliquer aupr&#232;s de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la d&#233;mocratie se sera &#233;largie au point que les citoyens contr&#244;leront les moyens de production et d'&#233;change, qu'ils participeront au fonctionnement et &#224; la direction du cadre g&#233;n&#233;ral dans lequel ils vivent, alors l'Etat pourra dispara&#238;tre petit &#224; petit. Il sera remplac&#233; par des associations volontaires situ&#233;es sur les lieux de travail et l&#224; o&#249; les gens vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce les soviets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient les soviets. Mais la premi&#232;re chose que L&#233;nine et Trotski ont d&#233;truit, sit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution d'Octobre, ce sont les soviets, les conseils ouvriers et toutes les institutions d&#233;mocratiques. L&#233;nine et Trotski ont &#233;t&#233; &#224; cet &#233;gard les pires ennemis du socialisme au XXe si&#232;cle. En tant que marxistes orthodoxes, ils ont estim&#233; qu'une soci&#233;t&#233; retardataire comme la Russie de leur &#233;poque ne pouvait pas passer directement au socialisme avant d'&#234;tre pr&#233;cipit&#233;e de force dans l'industrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, au moment de l'effondrement du syst&#232;me communiste, j'ai pens&#233; que cet effondrement repr&#233;sentait, paradoxalement, une victoire pour le socialisme. Car le socialisme tel que je le con&#231;ois implique, au minimum, je le r&#233;p&#232;te, le contr&#244;le d&#233;mocratique de la production, des &#233;changes et des autres dimensions de l'existence humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, les deux principaux syst&#232;mes de propagande se sont accord&#233;s pour dire que le syst&#232;me tyrannique institu&#233; par L&#233;nine et Trotski, puis transform&#233; en monstruosit&#233; politique par Staline, &#233;tait le &#171; socialisme &#187;. Les dirigeants occidentaux ne pouvaient qu'&#234;tre enchant&#233;s par cet usage absurde et scandaleux du terme, qui leur a permis pendant des d&#233;cennies de diffamer le socialisme authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un enthousiasme identique, mais de sens contraire, le syst&#232;me de propagande sovi&#233;tique a tent&#233; d'exploiter &#224; son profit la sympathie et l'engagement que suscitaient pour beaucoup de travailleurs les id&#233;aux socialistes authentiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'est-il pas vrai que toutes les formes d'auto-organisation selon les principes anarchistes se sont finalement effondr&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de &#171; principes anarchistes &#187; fixes, une sorte de cat&#233;chisme libertaire auquel il faudrait pr&#234;ter all&#233;geance. L'anarchisme, du moins tel que je le comprends, est un mouvement de la pens&#233;e et de l'action humaines qui cherche &#224; identifier les structures d'autorit&#233; et de domination, &#224; leur demander de se justifier et, d&#232;s qu'elles en sont incapables, ce qui arrive fr&#233;quemment, &#224; tenter de les d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'&#234;tre &#171; effondr&#233; &#187;, l'anarchisme, la pens&#233;e libertaire, se porte tr&#232;s bien. Il est &#224; la source de nombreux progr&#232;s r&#233;els. Des formes d'oppression et d'injustice qui &#233;taient &#224; peine reconnues, et encore moins combattues, ne sont plus admises. C'est une r&#233;ussite, une avanc&#233;e pour l'ensemble du genre humain, pas un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par &lt;i&gt;Daniel Mermet&lt;/i&gt; , revus et corrig&#233;s par l'auteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/CHOMSKY/14992&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paris, ao&#251;t 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &lt;strong&gt;Noam Chomsky&lt;/strong&gt; est professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Boston, Etats-Unis. Auteur, apr&#232;s bien d'autres ouvrages, de &lt;i&gt;Pirates et empereurs. Le terrorisme dans le monde contemporain&lt;/i&gt;, Fayard, Paris, 2003. La plupart des textes de Noam Chomsky sont disponibles sur son : &lt;a href=&#034;http://www.chomsky.info&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;site Internet&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Edward Herman et Noam Chomsky&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Manufacturing Consent&lt;/i&gt;, Pantheon, New York, 2002. La &#171; fabrique du consentement &#187; est une expression de l'essayiste am&#233;ricain Walter Lippmann, qui, &#224; partir des ann&#233;es 1920, mettant en doute la capacit&#233; de l'homme ordinaire &#224; se d&#233;terminer avec sagesse, a propos&#233; que les &#233;lites savantes &#171; assainissent &#187; l'information avant qu'elle n'atteigne la masse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Tina&lt;/strong&gt;, initiales de &lt;i&gt;&#171; There is no alternative &#187;, &lt;/i&gt;&#171; il n'y a pas de solution de rechange &#187;, propos de Mme Margaret Thatcher posant le caract&#232;re in&#233;luctable du capitalisme n&#233;olib&#233;ral, qui n'est qu'une forme possible de &#171; mondialisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notas :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;La manipulation par la peur / The Manipulation of Fear&#034; : Noam Chomsky </title>
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		<dc:date>2005-09-12T00:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le recours &#224; la peur, employ&#233; par les syst&#232;mes au pouvoir pour discipliner les populations civiles a laiss&#233; une longue et terrible tra&#238;n&#233;e d'effusion de sang et de douleur que nous ignorons &#224; nos risques et p&#233;rils. L'histoire r&#233;cente en fournit plusieurs exemples choquants. &lt;br class='autobr' /&gt; Au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle on sans doute a assist&#233; aux crimes les plus terribles peut-&#234;tre depuis les invasions mongoles. Les plus sauvages ont &#233;t&#233; commis l&#224; o&#249; la civilisation occidentale a atteint sa plus grande (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le recours &#224; la peur, employ&#233; par les syst&#232;mes au pouvoir pour discipliner les populations civiles a laiss&#233; une longue et terrible tra&#238;n&#233;e d'effusion de sang et de douleur que nous ignorons &#224; nos risques et p&#233;rils. L'histoire r&#233;cente en fournit plusieurs exemples choquants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle on sans doute a assist&#233; aux crimes les plus terribles peut-&#234;tre depuis les invasions mongoles. Les plus sauvages ont &#233;t&#233; commis l&#224; o&#249; la civilisation occidentale a atteint sa plus grande splendeur. L'Allemagne &#233;tait le centre mod&#232;le des sciences, des arts et de la litt&#233;rature, de l'&#233;rudition humaniste et autres accomplissements m&#233;morables. Avant la Premi&#232;re Guerre Mondiale, avant que l'hyst&#233;rie anti-germanique soit aviv&#233;e dans l'Ouest, les politologues am&#233;ricains consid&#233;raient que l'Allemagne &#233;tait aussi un mod&#232;le de d&#233;mocratie digne d'&#234;tre imit&#233; dans l'Ouest. Vers le milieu des ann&#233;es trente, l'Allemagne a &#233;t&#233; emport&#233;e en quelques ann&#233;es vers un niveau de barbarie qui a peu de pendants historiques. C'&#233;tait vrai, notamment, parmi les secteurs de la population les plus instruits et les plus civilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les extraordinaires journaux de sa vie en tant que juif pendant le nazisme (o&#249; il a &#233;chapp&#233; aux chambres &#224; gaz par un quasi-miracle), Victor Klemperer &#233;crit ces mots &#224; propos d'un professeur allemand de ses amis qu'il avait beaucoup admir&#233;, mais qui a finalement rejoint la meute : &#034;Si un jour la situation s'inversait et le destin des vaincus &#233;tait entre mes mains, je laisserais en libert&#233; tous les gens ordinaires et m&#234;me certains des chefs qui, apr&#232;s tout, ont peut-&#234;tre pu avoir d'honorables intentions et ignoraient ce qu'ils faisaient. Mais je pendrais tous les intellectuels et les professeurs trois pieds plus haut que les autres ; ils resteraient pendus aux r&#233;verb&#232;res aussi longtemps que le permettrait l'hygi&#232;ne&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Klemperer &#233;tait justifi&#233;e et s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; une grande part des annales de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements historiques complexes ont toujours de nombreuses causes. Un facteur crucial dans ce cas a &#233;t&#233; l'habile manipulation de la peur. Les &#034;gens ordinaires&#034; ont &#233;t&#233; pouss&#233;s &#224; craindre une conspiration jud&#233;o-bolchevique de conqu&#234;te du monde qui mettrait en p&#233;ril la survie m&#234;me du peuple allemand. Des mesures extr&#234;mes &#233;taient alors n&#233;cessaires, par &#034;autod&#233;fense&#034;. De respectables intellectuels ont &#233;t&#233; bien plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que les nuages de l'orage nazi s'&#233;tablissaient sur le pays en 1935, Martin Heidegger d&#233;crivait l'Allemagne comme la nation la &#034;plus menac&#233;e&#034; du monde, prise dans les &#171; grandes tenailles &#187; d'un assaut contre la civilisation elle-m&#234;me, men&#233; dans sa forme la plus crue par la Russie et les &#201;tats Unis. L'Allemagne &#233;tait non seulement la victime principale de cette force affreuse et barbare, mais c'&#233;tait en outre la responsabilit&#233; de l'Allemagne, &#034;la plus m&#233;taphysique des nations&#034;, de diriger la r&#233;sistance. L'Allemagne &#233;tait &#034;le centre du monde occidental&#034; et devait prot&#233;ger le grand h&#233;ritage de la Gr&#232;ce classique de l'&#034;annihilation&#034;, en comptant sur &#034;les nouvelles &#233;nergies spirituelles qui se d&#233;veloppent historiquement depuis le centre&#034;. Les &#034;&#233;nergies spirituelles&#034; ont continu&#233; &#224; &#234;tre d&#233;velopp&#233;es de mani&#232;re tr&#232;s &#233;vidente quand Heidegger a rendu public ce message, auquel lui et d'autres importants intellectuels ont continu&#233; d'adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paroxysme du massacre et de l'annihilation ne s'est pas termin&#233; avec l'utilisation d'armes qui pourraient bien entra&#238;ner les esp&#232;ces &#224; une fin am&#232;re. On ne devrait pas non plus oublier que ces armes qui conduisent &#224; l'extinction d'esp&#232;ces ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es par les figures les plus brillantes, les plus humaines et les mieux instruites de la civilisation moderne, qui en travaillant en isolement, et en &#233;tant tellement subjugu&#233;es par la beaut&#233; du travail dans lequel elles &#233;taient engag&#233;es ont apparemment pr&#234;t&#233; peu d'attention aux cons&#233;quences : d'importantes protestations scientifiques contre les armes nucl&#233;aires ont commenc&#233; dans les laboratoires de Chicago, apr&#232;s qu'ils aient termin&#233; leur r&#244;le dans la cr&#233;ation de la bombe, non &#224; Los Alamos, o&#249; le travail s'est poursuivi jusqu'&#224; son effrayante fin. Qui n'est pas la fin d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version officielle de l'Arm&#233;e de l'air des Etats-Unis rapporte qu'apr&#232;s le bombardement de Nagasaki, quand il &#233;tait certain que le Japon signerait une capitulation inconditionnelle, le G&#233;n&#233;ral Hap Arnold &#034;voulait une fin aussi grandiose que possible&#034;, un raid en plein jour de 1000 avions sur les villes japonaises sans d&#233;fense. Le dernier bombardier retournait &#224; la base alors m&#234;me qu'&#233;tait formellement re&#231;ue la d&#233;claration de reddition sans condition. Le chef de l'Arm&#233;e de l'air, le g&#233;n&#233;ral Carl Spaatz, aurait pr&#233;f&#233;r&#233; que le grand final eut &#233;t&#233; une troisi&#232;me attaque nucl&#233;aire sur Tokyo, mais on l'en dissuada. Tokyo &#233;tait une &#034;pauvre cible&#034;, ayant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e par l'orage de feu soigneusement ex&#233;cut&#233; en mars, laissant quelque 100 000 cadavres calcin&#233;s, dans ce qui fut un des pires crimes de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sujets sont exclus des tribunaux p&#233;naux militaires et sont en grande partie effac&#233;s de l'histoire. De nos jours ils sont &#224; peine connus de quelques cercles d'activistes et de sp&#233;cialistes. A l'&#233;poque ils &#233;taient publiquement salu&#233;s comme un exercice l&#233;gitime d'autod&#233;fense contre un ennemi impitoyable qui avait atteint le niveau maximal de l'infamie en bombardant les bases militaires des Etats-Unis dans leurs colonies d'Hawa&#239; et des Philippines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il est sans doute utile de rappeler que les bombardements japonais de d&#233;cembre 1941 (&#034;le jour qui restera dans l'infamie&#034;, selon les mots retentissants de FDR (Franklin D. Roosevelt)) &#233;taient plus que justifi&#233;s selon la doctrine de &#034;l'autod&#233;fense anticip&#233;e&#034; qui r&#232;gne aujourd'hui parmi les chefs des autoproclam&#233;s &#034;&#201;tats &#233;clair&#233;s&#034;, les Etats-Unis et leur client britannique. Les dirigeants japonais savaient que Boeing produisait les Forteresses Volantes B-17, et &#233;taient s&#251;rement inform&#233;s des d&#233;bats publics aux Etats-Unis qui expliquaient comment ceux-ci seraient utilis&#233;s pour incendier les villes japonaises en bois dans une guerre d'extermination, en volant depuis les bases d'Hawa&#239; et des Philippines -&#034;pour br&#251;ler le c&#339;ur industriel de l'Empire par des attaques aux bombes incendiaires de ce tas de fourmili&#232;res de bambou&#034;, comme le recommandait le G&#233;n&#233;ral &#224; la retraite de l'Arm&#233;e de l'air Chennault en 1940, une proposition qui &#034;a simplement enchant&#233;&#034; le Pr&#233;sident Roosevelt. A l'&#233;vidence, c'est une justification beaucoup plus puissante pour bombarder les bases militaires des Etats-Unis dans les colonies que n'importe laquelle de celles &#233;voqu&#233;es par Bush, Blair et leurs partenaires quand ils ont ex&#233;cut&#233; leur &#034;guerre pr&#233;ventive&#034; -et qui ont &#233;t&#233; accept&#233;es, avec des r&#233;serves tactiques, par l'ensemble de l'opinion inform&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison, cependant, n'est pas appropri&#233;e. Ceux qui habitent dans un tas de fourmili&#232;res de bambou n'ont pas le droit de ressentir des &#233;motions comme la peur. De tels sentiments et pr&#233;occupations sont les privil&#232;ges des &#034;hommes riches qui vivent en paix dans leurs habitations&#034;, selon la rh&#233;torique de Churchill, &#034;les nations satisfaites, qui ne souhaitaient rien de plus pour elles que ce qu'elles avaient d&#233;j&#224;&#034;, et, auxquelles, pour cela, on &#034;devait confier le gouvernement du monde&#034; pour &#234;tre en paix - un certain type de paix, dans laquelle les hommes riches seraient lib&#233;r&#233;s de la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mesure pr&#233;cis&#233;ment combien les hommes riches doivent se sentir lib&#233;r&#233;s de la peur par l'extr&#234;me valorisation des &#233;tudes des nouvelles doctrines d'&#034;autod&#233;fense anticip&#233;e&#034;, &#233;labor&#233;es par les puissants. La contribution la plus importante, avec un certain fondement historique, et celle d'un historien contemporain renomm&#233;, John Lewis Gaddis de l'Universit&#233; de Yale. Il fait remonter la doctrine de Bush &#224; son h&#233;ros intellectuel, le grand strat&#232;ge John Quincy Adams. Dans une paraphrase du The New York Times, Gaddis &#034;sugg&#232;re que le programme de Bush pour combattre le terrorisme s'enracine dans la tradition noble et id&#233;aliste de John Quincy Adams et Woodrow Wilson&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons n&#233;gliger l'honteux pass&#233; de Wilson et en rester aux origines de la tradition noble et id&#233;aliste qu'Adams a &#233;tablie dans un c&#233;l&#232;bre document d'Etat pour justifier la conqu&#234;te de la Floride par Andrew Jackson durant la Premi&#232;re Guerre des Seminoles, en 1818. Adams a fait valoir que la guerre &#233;tait justifi&#233;e par l'autod&#233;fense. Gaddis est d'accord pour dire que les motifs &#233;taient une l&#233;gitime pr&#233;occupation pour la s&#233;curit&#233;. Selon la version de Gaddis, apr&#232;s que les Britanniques aient pill&#233; Washington en 1814, les dirigeants des Etats-Unis ont reconnu que &#034;l'expansion est le chemin vers la s&#233;curit&#233;&#034; et c'est pourquoi ils ont conquis la Floride, une doctrine qui s'est aujourd'hui &#233;largie au monde avec Bush (correctement, selon lui).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gaddis cite les sources &#233;rudites correctes, principalement l'historien William Earl Weeks, mais omet ce qu'elles disent. On apprend beaucoup sur les pr&#233;c&#233;dents des doctrines en cours et le consensus actuel, en pr&#234;tant attention &#224; ce que Gaddis omet. Weeks d&#233;crit tous les d&#233;tails scabreux de ce que Jackson faisait dans &#034;l'exposition de meurtres et des pillages connus comme la Premi&#232;re Guerre des Seminoles&#034;, qui n'&#233;tait pas plus qu'une autre phase de son projet pour &#034;&#233;loigner ou &#233;liminer les natifs am&#233;ricains du sud-est&#034;, en cours bien avant 1814. La Floride &#233;tait un probl&#232;me, tant parce qu'elle n'avait pas encore &#233;t&#233; incorpor&#233;e &#224; l'empire am&#233;ricain en expansion, que parce que c'&#233;tait &#034;un havre pour les Indiens et les esclaves fugitifs... qui fuyaient la col&#232;re de Jackson ou l'esclavage&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait il y a eu une attaque indienne, que Jackson et Adams ont utilis&#233;e comme pr&#233;texte : les forces am&#233;ricaines ont expuls&#233; un groupe de Seminoles de leurs terres, en ont tu&#233; quelques-uns et ont br&#251;l&#233; leur village de fond en combles. Les Seminoles ont r&#233;pondu en attaquant un bateau d'approvisionnement sous commandement militaire. Saisissant l'occasion Jackson &#034;s'est embarqu&#233; dans une campagne de terreur, de d&#233;vastation et d'intimidation&#034;, en d&#233;truisant villages et &#034;sources d'alimentation dans un effort calcul&#233; pour infliger la famine aux tribus, qui s'abrit&#232;rent de sa col&#232;re dans les marais&#034;. Les choses se sont poursuivies ainsi, et ont abouti au document d'&#201;tat d'Adams, dont on a tant fait l'&#233;loge, et qui a soutenu l'agression non motiv&#233;e de Jackson pour &#233;tablir en Floride &#034;la pr&#233;dominance de cette r&#233;publique sur les bases odieuses de la violence et des effusions de sang&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici les mots de l'ambassadeur espagnol, &#034;une description douloureusement pr&#233;cise&#034;, &#233;crit Weeks. Adams &#034;avait consciemment fauss&#233;, d&#233;guis&#233; et menti au sujet des objectifs et de la conduite de la politique ext&#233;rieure am&#233;ricaine devant le Congr&#232;s et le peuple r&#233;unis&#034;, continue Weeks, en violant grossi&#232;rement les principes moraux qu'il proclamait, &#034;en d&#233;fendant implicitement l'extermination indienne, et l'esclavage&#034;. Les crimes de Jackson et Adams &#034;ont d&#233;montr&#233;s n'&#234;tre que le pr&#233;lude de la seconde guerre d'extermination contre (les Seminoles)&#034;, durant laquelle les survivants se sont enfuis &#224; l'ouest, pour conna&#238;tre plus tard le m&#234;me sort, &#034;ou ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou forc&#233;s &#224; s'abriter dans les denses marais de Floride&#034;. Aujourd'hui, conclut Weeks, &#034;les Seminoles survivent dans la conscience nationale comme la mascotte de l'Universit&#233; de l'Etat de Floride&#034;, un cas typique et instructif...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Le cadre rh&#233;torique est soutenu par trois piliers (Weeks) : &#034;la supposition de la vertu morale unique des Etats-Unis, l'affirmation de sa mission de r&#233;dempteur du monde&#034; - en diffusant ses id&#233;aux d&#233;clar&#233;s et &#034;le style de vie am&#233;ricain&#034;-, et la foi en la &#034;destin&#233;e divinement assign&#233;e&#034; de la nation. Le cadre th&#233;ologique supprime le d&#233;bat raisonn&#233; et r&#233;duit les affaires politiques &#224; choisir entre le Bien et le Mal, r&#233;duisant ainsi la menace &#224; la d&#233;mocratie. Les critiques peuvent &#234;tre rejet&#233;es en tant qu' &#034;anti-Am&#233;ricaines&#034;, un concept int&#233;ressant emprunt&#233; au vocabulaire du totalitarisme. Et la population doit se blottir sous le parapluie du pouvoir, par peur que son mode de vie et sa destin&#233;e soient en danger imminent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit pour El Correo :&lt;/strong&gt; Thomas Solorzano&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tehelka/Znet&lt;/strong&gt;, 2 septembre 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le Plan Colombie : Les v&#233;ritables objectifs </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Le-Plan-Colombie-Les-veritables-objectifs</link>
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		<dc:date>2003-04-14T22:51:15Z</dc:date>
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		<dc:creator>Noam Chomsky *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En 1999, la Colombie se transforme en principal r&#233;cepteur d'aide militaire et polici&#232;re des Etats-Unis, rempla&#231;ant la Turquie ( Isra&#235;l et l'Egypte entrant dans une cat&#233;gorie &#224; part). Cette situation s'accr&#251;t de fa&#231;on marqu&#233;e avec l'approbation du Plan Colombie de Clinton, un train &#171; d'aide d'urgence &#171; de un milliard six cents millions de dollars sur deux ans. Pendant les ann&#233;es 90, la Colombie a &#233;t&#233; le principal r&#233;cepteur latino-am&#233;ricain d'aide am&#233;ricaine et a cumul&#233; la pire historique en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Colombie" rel="directory"&gt;Colombie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1999, la Colombie se transforme en principal r&#233;cepteur d'aide militaire et polici&#232;re des Etats-Unis, rempla&#231;ant la Turquie ( Isra&#235;l et l'Egypte entrant dans une cat&#233;gorie &#224; part). Cette situation s'accr&#251;t de fa&#231;on marqu&#233;e avec l'approbation du Plan Colombie de Clinton, un train &#171; d'aide d'urgence &#171; de un milliard six cents millions de dollars sur deux ans. Pendant les ann&#233;es 90, la Colombie a &#233;t&#233; le principal r&#233;cepteur latino-am&#233;ricain d'aide am&#233;ricaine et a cumul&#233; la pire historique en droits humains en une corr&#233;lation bien &#233;tablie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; que, souvent, nous pouvons apprendre des patrons de fa&#231;on syst&#233;matique, concentrons-nous pour le moment sur le champion ant&#233;rieur, la Turquie. En sa qualit&#233; d'alli&#233; militaire important et bastion strat&#233;gique des Etats-Unis, la Turquie a re&#231;u une aide militaire importante depuis les d&#233;buts de la guerre froide. Mais les livraisons d'armes commenc&#232;rent &#224; augmenter de fa&#231;on marqu&#233;e en 1984, sans relation aucune avec la guerre froide. Au contraire, en cette ann&#233;e, la Turquie commen&#231;a un campagne de contre insurrection &#224; grande &#233;chelle dans la r&#233;gion kurde du sud-est, qui est aussi le site des plus grandes bases a&#233;riennes des Etats-Unis, et un point de surveillance r&#233;gional, ce qui fait que tout ce qui se produit l&#224; est connu de Washington. Les livraisons d'armes connurent leur pointe en 1997, d&#233;passant celles de toute la p&#233;riode 1950-1983. Les armes am&#233;ricaines totalis&#232;rent 80% de tout l'&#233;quipement militaire turc, incluant l'armement lourd (avions, tanks, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, la Turquie avait supprim&#233;, en grande partie, la r&#233;bellion kurde au moyen de la terreur et du nettoyage ethnique, avec comme r&#233;sultat 2 &#224; 3 millions de r&#233;fugi&#233;s et 3 500 villages d&#233;truits (7 fois plus qu'au Kosovo sous les bombes de l'OTAN) et des dizaines de milliers de morts. Le flux massif d'armes sous l'administration Clinton n'&#233;tait pas si n&#233;cessaire afin d'atteindre ces objectifs. La Turquie pouvait encore &#234;tre choisie afin de louer ses &#171; exp&#233;riences positives &#171; qui d&#233;montraient comment de fortes mesures antiterroristes, jointes au dialogue politique avec les groupes opposants non terroristes, peuvent surmonter la plaie de la violence et des atrocit&#233;s, selon ce que nous enseigne l'article principal du New York Times, en relation au dernier rapport annuel du D&#233;partement d'Etat d&#233;crivant &#171; les efforts de l'administration pour combattre le terrorisme &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; le grand succ&#232;s obtenu par un des terrorismes d'Etat les plus extr&#233;mistes des ann&#233;es 90, les op&#233;rations militaires continu&#232;rent pendant qu'on niait aux kurdes les droits les plus &#233;l&#233;mentaires. Le premier avril, dix mille hommes de troupe initi&#232;rent de nouvelles op&#233;rations terrestres dans les zones les plus d&#233;vast&#233;es par les campagnes de terreur turc-am&#233;ricaines des ann&#233;es ant&#233;rieures, et lanc&#232;rent une autre offensive de plus dans le nord de l'Irak contre les forces gu&#233;rillas kurdes - dans la zone d'exclusion o&#249; les kurdes se trouvent prot&#233;g&#233;s par la force a&#233;rienne des Etats-Unis de son ( pour le moment ) &#233;quivoque oppresseur. Au moment o&#249; ces campagnes commen&#231;aient, le Secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, William Cohen, se dirigeait au Conseil turc-am&#233;ricain &#224; l'occasion d'une f&#234;te, avec rires et applaudissements &#224; foison, selon l'information du gouvernement. Cohen loua, apparemment sans rougir, la Turquie d'avoir particip&#233; au bombardement humanitaire en Yougoslavie, et annon&#231;a que la Turquie &#233;tait invit&#233;e &#224; la co-production du nouvel avion Joint Strike, comme il en avait &#233;t&#233; auparavant avec le F-16, qu'ils avaient utilis&#233;, comme loyal membre de l'OTAN, avec de si remarquables r&#233;sultats, dans les vari&#233;t&#233;s d'atrocit&#233;s autoris&#233;es et le nettoyage ethnique sur son propre territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Colombie, cependant, les militaires arm&#233;s et entra&#238;n&#233;s par les Etats-Unis n'ont pas r&#233;ussi &#224; &#233;craser la r&#233;sistance int&#233;rieure, de telle sorte qu'on continue de produire l'habituel nombre d'atrocit&#233;s. Chaque ann&#233;e, quelque 300 000 nouveaux r&#233;fugi&#233;s sont expuls&#233;s de leur zone, avec un r&#233;sultat approximatif de 3 000 morts et plusieurs horribles massacres. La grande majorit&#233; des atrocit&#233;s est attribu&#233;e aux forces paramilitaires (extr&#234;me droite), lesquelles sont &#233;troitement li&#233;es aux militaires, comme il a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;, une fois de plus, en f&#233;vrier 2000 par Human Right Watch, et en avril de la m&#234;me ann&#233;e par une &#233;tude de l'ONU. Ce dernier rapport montre que les forces de s&#233;curit&#233;, qui sont en grande partie renforc&#233;es par le Plan Colombie, maintiennent une relation intime avec les escadrons de la mort, organisent les forces paramilitaires et participent &#224; leurs massacres, directement ou simplement en ne les emp&#234;chant pas et, de cette fa&#231;on, &#171; ont sans doute permis aux groupes paramilitaires d'atteindre leur objectif d'extermination &#171; . La Commission Colombienne de Juristes informait, en septembre 1999, que le taux d'assassinats avait augment&#233; de pr&#232;s de 20% par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, et que la proportion attribuable aux paramilitaires avait augment&#233; de 46% &#224; 80% entre 1995 et 1999. La Commission de D&#233;fense du Peuple informa d'une augmentation de 68% dans les massacres de la premi&#232;re moiti&#233; de 1999, en comparaison avec la m&#234;me p&#233;riode en 1998, atteignant plus d'un massacre par jour, attribu&#233;, de fa&#231;on accablante, aux paramilitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons rappeler que dans les premiers mois de 1999, pendant que les massacres se produisaient en Colombie &#224; raison de plus d'un par jour, au Timor Oriental aussi il y eut un accroissement dans les atrocit&#233;s (massacres inclus) r&#233;alis&#233;es par des commandos indon&#233;siens arm&#233;s et entra&#238;n&#233;s par les Etats-Unis. Dans les deux cas la r&#233;ponse fut exactement la m&#234;me qu'en Turquie : appuyer les assassins. Il y eut aussi un massacre &#224; Racak, au Kosovo, le 15 janvier, qui inspira une telle horreur aux humanistes occidentaux qu'il f&#251;t n&#233;cessaire de bombarder la Yougoslavie dix semaines plus tard, avec l'expectative, rapidement confirm&#233;e, que la cons&#233;quence serait une augmentation marqu&#233;e des atrocit&#233;s. Le torrent accompagnateur d'auto f&#233;licitation, qui poss&#232;de peu ou aucune contre-partie, souligna une &#171; nouvelle &#232;re &#171; dans les affaires humaines dans lesquelles les &#171; &#233;tats &#233;clair&#233;s &#171; se d&#233;dieraient &#224; la d&#233;fense des droits humains. Laissant de c&#244;t&#233; les v&#233;ritables faits reli&#233;s au Kosovo, le spectacle fut facilit&#233;, en grande partie, par le silence ou le mensonge au sujet de la participation des m&#234;mes puissances aux atrocit&#233;s comparables ou pires, exactement &#224; la m&#234;me p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant &#224; la Colombie, d'&#233;vidents activistes des droits humains continuent de fuir &#224; l'ext&#233;rieur sous les menaces de mort, incluant maintenant le P&#232;re Javier Giraldo, le valeureux directeur de Paix et Justice, le groupe de base dans l'Eglise Catholique, lequel a jou&#233; un r&#244;le remarquable dans la d&#233;fense des droits humains. La AFL-CIO, centrale syndicale des Etats-Unis, informe que plusieurs syndicalistes sont assassin&#233;s chaque semaine, la majorit&#233; par les paramilitaires appuy&#233;s par les forces de s&#233;curit&#233; du gouvernement. Le d&#233;placement forc&#233; a augment&#233; de 20% par rapport &#224; l'ann&#233;e ant&#233;rieure, et s'&#233;tait accru dans quelques-unes des r&#233;gions en 1999, selon Human Right Watch. Apr&#232;s le Soudan et l'Angola, la Colombie poss&#232;de maintenant la troisi&#232;me plus grande population de d&#233;plac&#233;s dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Acclam&#233;e comme d&#233;mocratie leader par Clinton et d'autres leaders et commentateurs politiques aux Etats-Unis, la Colombie a permis, &#224; la fin, qu'un parti ind&#233;pendant (Union Patriotique, UP d&#233;fie le syst&#232;me &#233;litiste bipartite. L'Union Patriotique, form&#233;e en partie par des membres de la gu&#233;rilla des FARC, affronta cependant certaines difficult&#233;s, incluant le rapide assassinat de 3 000 militants candidats pr&#233;sidentiels, maires et parlementaires. Les r&#233;sultats renseignent les gu&#233;rilleros sur les cons&#233;quences d'une int&#233;gration au syst&#232;me politique. Washington, aussi, tira des enseignements de ceux-ci et de d'autres &#233;v&#232;nements de la m&#234;me p&#233;riode : l'administration Clinton &#233;tait particuli&#232;rement impressionn&#233;e par le travail du pr&#233;sident C&#233;sar Gaviria, lequel pr&#233;sida &#224; l'accroissement du terrorisme d'Etat, et donna impulsion (certains disent imposa) &#224; ce que l'Organisation des Etats Am&#233;ricains (OEA) l'accepte comme Secr&#233;taire G&#233;n&#233;ral sur le fait que : &#171; il a &#339;uvr&#233; &#233;nergiquement &#224; la construction d'institutions d&#233;mocratiques dans un pays o&#249;, souvent, cela &#233;tait dangereux &#171; , ce qui est s&#251;rement vrai, en grande mesure par les actions de son gouvernement. Une raison plus significative est peut-&#234;tre qu'aussi : &#171; il donna impulsion &#8230;&#224; des r&#233;formes &#233;conomiques en Colombie et en relation avec l'int&#233;gration h&#233;misph&#233;rique &#171; , paroles cod&#233;es facilement interpr&#233;tables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, de honteuses conditions socio-&#233;conomiques persistaient, laissant une grande partie de la population dans la mis&#232;re dans un pays riche, poss&#233;dant une concentration de richesse et une haute possession en terre, m&#234;me pour les param&#232;tres latino-am&#233;ricains. La situation empira dans la d&#233;cade des ann&#233;es 90 comme r&#233;sultat des r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales rendues l&#233;gales par la Constitution de 1991. La Constitution a r&#233;duit encore plus la participation effective de la soci&#233;t&#233; civile au d&#233;veloppement politique, pendant qu'en Am&#233;rique Latine en g&#233;n&#233;ral &#171; les r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales ont donn&#233; naissance &#224; des niveaux alarmants de pauvret&#233; et d'in&#233;galit&#233;s &#171; , approximativement 55% de la population colombienne vit sous le seuil de pauvret&#233;, et cette situation a empir&#233;e par la crise aigu&#235; dans l'agriculture, laquelle est aussi un effet du programme n&#233;o-lib&#233;ral. ( Arlene Tickner, Current History, f&#233;vrier 1998) .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le respect&#233; pr&#233;sident du Comit&#233; Colombien pour les Droits Humains, l'ex-ministre des Affaires Ext&#233;rieures Alfredo Vasquez Carrizosa, &#233;crit que &#171; c'est la pauvret&#233; et la r&#233;forme agraire insuffisante qui a fait de la Colombie un des pays les plus tragiques de l'Am&#233;rique Latine &#171; , si bien qu'en plusieurs lieux &#171; la violence a &#233;t&#233; exacerb&#233;e par des facteurs ext&#233;rieurs &#171; , principalement les initiatives de l'administration Kennedy, laquelle s'est efforc&#233;e de transformer nos arm&#233;es en brigades de contre insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces initiatives introduisirent ce qu'en Am&#233;rique Latine on conna&#238;t comme la Doctrine de la S&#233;curit&#233; Nationale, laquelle ne s'occupe pas de la d&#233;fense face &#224; un ennemi ext&#233;rieur mais bien plus face &#224; un ennemi int&#233;rieur. La nouvelle strat&#233;gie des escadrons de la mort offre aux militaires de droit de combattre et d'exterminer les travailleurs sociaux, les syndicalistes, les hommes et les femmes qui n'appuient pas le statu quo, lesquels sont consid&#233;r&#233;s comme des extr&#233;mistes communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme partie de la strat&#233;gie de convertir les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines de la &#171; s&#233;curit&#233; h&#233;misph&#233;rique &#171; en celles de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#171; - ce qui signifie la guerre contre la population locale - Kennedy envoya, en 1962, une mission militaire en Colombie command&#233;e par le G&#233;n&#233;ral des Forces Sp&#233;ciales William Yarborough. Il proposa des &#171; r&#233;formes &#171; afin de permettre aux forces de s&#233;curit&#233; &#171; qu'il soit n&#233;cessaire d'ex&#233;cuter des activit&#233;s paramilitaires, du sabotage et / ou du terrorisme contre des communistes connus &#171; - les m&#234;mes &#171; extr&#233;mistes communistes &#171; dont fait allusion Carizosa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, il est pr&#233;cieux de conna&#238;tre plus amplement les patrons. Peu apr&#232;s, Lyndon Johnson amplifia la guerre au Vietnam de Sud - ce qu'on appelait ici &#171; la d&#233;fense du Vietnam &#171; , de telle sorte que la Russie &#233;tiqueta sa guerre contre l'Afghanistan &#171; la d&#233;fense de l'Afghanistan &#171; . En janvier 1965, les Forces Sp&#233;ciales des Etats-Unis au Vietnam du Sud re&#231;urent l'ordre d'en finir avec les officiers contr&#244;l&#233;s par le Vietcong (VC), incluant l'assassinat, et de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale pour utiliser des techniques de pacification telles que les embuscades, les assauts, les sabotages et la commission d'actes terroristes contre le personnel connu du VC, la contrepartie des &#171; communistes connus &#171; de Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une Commission Gouvernementale Colombienne a conclu que la criminalisation de la protestation sociale est un des principaux facteurs qui permet et stimule la violation des droits de l'homme par les autorit&#233;s militaires et polici&#232;res, et leurs collaborateurs paramilitaires. Il y a dix ans, lorsque la terreur &#233;tatique appuy&#233;e par les Etats-Unis allait augmentant de fa&#231;on prononc&#233;e , le Ministre de la D&#233;fense appela &#224; une guerre totale sur les terrains politique, &#233;conomique et social, pendant qu'un autre haut officier militaire expliquait que les gu&#233;rillas avaient une importance secondaire : &#171; le danger r&#233;el est ce que les insurg&#233;s ont appel&#233; le guerre politique et psychologique, la guerre pour le contr&#244;le des &#233;l&#233;ments populaires et pour la manipulation des masses &#171; . Les &#171; subversifs &#171; esp&#232;rent influences les syndicats, les universit&#233;s, les m&#233;dias de communication, etc. &#171; Chaque individu qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, appuie les objectifs de l'ennemi, doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un tra&#238;tre et trait&#233; comme tel &#171; , prescrivait un manuel militaire en 1963, lorsque les initiatives de Kennedy commen&#231;aient &#224; fonctionner &#224; grande &#233;chelle. Puisque les objectifs des gu&#233;rillas sont &#171; social-d&#233;mocrate &#171; , le circuit des tra&#238;tres cibles &#233;tait ample.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les ann&#233;es qui suivirent, la strat&#233;gie Kennedy-Yarborough fut d&#233;velopp&#233;e et amplement appliqu&#233;e dans notre petite r&#233;gion pr&#232;s d'ici, comme le d&#233;crivait Henry Stimson, secr&#233;taire de guerre de Franklin Delano Roosevelt, &#224; expliquer pourquoi les Etats-Unis avait le droit de contr&#244;ler leur propre syst&#232;me r&#233;gional lorsque tous les autres furent d&#233;mantel&#233;s. Une violente r&#233;pression s'&#233;tendit sur tout l'h&#233;misph&#232;re, commen&#231;ant dans le C&#244;ne Sud et atteignant son pic maximum en Am&#233;rique Centrale dans la d&#233;cade des ann&#233;es 80, lorsque le ma&#238;tre h&#233;misph&#233;rique r&#233;agit avec une extr&#234;me violence devant les efforts de l'Eglise et autres &#171; subversifs &#171; pour affronter un terrible legs de mis&#232;re et de r&#233;pression [1]. L'avance de la Colombie en premi&#232;re position, entre les &#233;tats criminels de &#171; notre petite r&#233;gion &#171; , est en partie le r&#233;sultat de la diminution du terrorisme d'&#233;tat en Am&#233;rique Centrale, une fois atteint leurs objectifs, tels ceux en Turquie dix ans plus tard, laissant sur leur passage une culture de terreur que domestique les attentes de la majorit&#233; et qui mine les aspirations &#171; d'alternatives diff&#233;rentes &#224; celle des puissants &#171; , selon les paroles des j&#233;suites salvadoriens , lesquels apprirent la le&#231;on par le moyen d'am&#232;res exp&#233;riences ; ceux qui ont surv&#233;cus &#224; l'attaque des Etats-Unis, bien s&#251;r. Cependant, en Colombie, le probl&#232;me d'&#233;tablir des formes autoris&#233;es de d&#233;mocratie et de stabilit&#233; persiste, et est m&#234;me rendu plus difficile. Une avenue serait de regarder en face les probl&#232;mes et les n&#233;cessit&#233;s de la majorit&#233; pauvre. Une autre est de brandir les armes afin de maintenir les choses comme elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on hautement pr&#233;visible, l'annonce du Plan Colombie a conduit les gu&#233;rillas &#224; prendre des contre-mesures, en particulier &#224; ce que ceux qui poss&#232;dent des fortunes sup&#233;rieures &#224; un million paient un &#171; imp&#244;t r&#233;volutionnaire &#171; ou affrontent la menace d'enl&#232;vement (emprisonnement pour &#233;vasion fiscale, dans les termes des FARC). Le Financial Times de Londres explique le motif : &#171; Aux yeux des FARC, le financement est n&#233;cessaire afin de combattre le feu par le feu. Le Gouvernement attend 1,3 milliard de dollars en aide militaire des Etats-Unis, apparemment pour des op&#233;rations anti-drogues ; les FARC croient que les nouvelles armes seront utilis&#233;es contre eux. Il para&#238;t qu'ils sont pr&#234;ts &#224; s'armer avec vis&#233;e sur la bataille &#171; , ce qui conduira &#224; une escalade militaire et ruinera les fragiles n&#233;gociations en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En accord avec le reporter de NYT Larry Rohter, les &#171; colombiens communs &#171; sont irrit&#233;s avec les n&#233;gociations de paix du gouvernement, du fait qu'ils ont c&#233;d&#233; aux FARC le contr&#244;le d'une grande r&#233;gion que d&#233;j&#224; ils contr&#244;laient ; et les habitants frustr&#233;s de la r&#233;gion s'opposent aussi aux gu&#233;rillas (on ne cite aucune &#233;vidence de ceci). Le principal analyste militaire colombien Alfredo Rangel voit les choses de fa&#231;on diff&#233;rente. Il note &#224; rappeler aux interviewers que &#171; les FARC poss&#232;dent un appui significatif dans les r&#233;gions o&#249; ils op&#232;rent &#171; , renseigne Alma Prieto. Rangel cite &#171; l'habilet&#233; des FARC &#224; lancer des attaques surprises en diff&#233;rentes parties du pays, un fait politiquement significatif, parce ce qu'en chaque occasion, un seul avertissement de la part de la population civile serait suffisant pour alerter l'arm&#233;e &#171; , et cela ne se fait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour que Rohter informait de la col&#232;re des &#171; colombiens communs &#171; , le Financial Times laissait savoir qu'un forum novateur, dans la r&#233;gion contr&#244;l&#233;e par les FARC, un des nombreux r&#233;alis&#233;s l&#224;, permettrait aux membres du public de participer aux actuelles conversations de paix. Ils vinrent de toutes les parties de la Colombie, parl&#232;rent devant les cam&#233;ras et se r&#233;unirent avec les leaders des FARC, incluant des dirigeants syndicaux, des entrepreneurs, des paysans et d'autres. Un leader syndical de Cali, la seconde ville en importance de Colombie, encouragea ceux qui croyaient qu'on en finirait avec le long conflit arm&#233; dont souffre le pays, en s'adressant aux leaders des FARC et du Gouvernement. Il adressa ses paroles au se&#241;or Marulanda, le vieux leader paysan des FARC qui, quelques minutes auparavant, avait int&#233;gr&#233; le groupe sous une ovation, disant que le ch&#244;mage n'est pas un probl&#232;me caus&#233; par la violence mais par le gouvernement et les entrepreneurs de ce pays. Les chefs d'entreprises parl&#232;rent aussi mais furent harcel&#233;s avec des questions par une grande quantit&#233; de repr&#233;sentants syndicaux. Sur un fond de &#171; vive les syndicats &#171; , un porte-parole des FARC exposa une des visions les plus claires sur le programme &#233;conomique de leur organisation, appelant &#224; un gel des privatisations, &#224; instituer des subsides &#224; l'&#233;nergie et &#224; l'agriculture comme il se fait dans les pays riches, et &#224; stimuler l'&#233;conomie prot&#233;geant les entreprises locales. Le repr&#233;sentant du gouvernement souligna la croissance bas&#233;e sur le secteur exportateur et la participation priv&#233;e, d&#233;crivit cependant les d&#233;clarations des FARC comme &#171; mati&#232;re pour les n&#233;gociations &#171; , si bien que les FARC &#171; appuy&#233;s par l'&#233;vident m&#233;contentement populaire &#224; l'&#233;gard des politiques n&#233;o-lib&#233;rales du gouvernement &#171; argument&#232;rent que ceux qui ont monopolis&#233; le pouvoir doivent le c&#233;der pendant les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est entendu que personne ne peut dire ce que pensent les colombiens communs (ou les am&#233;ricains communs), encore en temps de paix, beaucoup moins quand pr&#233;valent la terreur et la violence et qu'une grande partie de la population cherche &#224; survivre sous des conditions de mis&#232;re et de r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan Colombie est justifi&#233; officiellement en terme de &#171; guerre aux drogue &#187;, une all&#233;gation prise au s&#233;rieux par peu d'analyste comp&#233;tent. L'administration de combat aux drogues ( DEA ) aux Etats-Unis informe que tous les paliers du gouvernement de Colombie sont impliqu&#233;s dans la corruption reli&#233;e aux drogues. En novembre 1998, les Douanes des Etats-Unis et les inspecteurs de la DEA trouv&#232;rent 415 kilogrammes de coca&#239;ne et 6 kilogramme d'h&#233;ro&#239;ne dans un avion de la Force A&#233;rienne Colombienne qui avait atterri en Floride, ce qui conduisit &#224; l'arrestation de plusieurs officiers et du personnel de la Force A&#233;rienne. D'autres observateurs ont inform&#233; de la forte participation des militaires colombiens dans le narcotrafic, et des militaires am&#233;ricains se sont trouv&#233; impliqu&#233;s. L'&#233;pouse du colonel James Hiett a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e coupable de conspiration pour contrebande d'h&#233;ro&#239;ne de la Colombie &#224; New York et, peu apr&#232;s, on informa que, du colonel Hiett en charge des troupes am&#233;ricaines qui entra&#238;naient les troupes de s&#233;curit&#233; colombienne aux op&#233;rations anti-narcotiques, on s'attendait &#224; ce qu'il soit d&#233;clar&#233; coupable de complicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paramilitaires proclament ouvertement leur d&#233;pendance du commerce de la drogue. Cependant, la presse am&#233;ricaine et latino-am&#233;ricaine renseigne que &#171; l'attaque financ&#233;e par les Etats-Unis respecte les aires contr&#244;l&#233;es par les forces paramilitaires, malgr&#233; que le chef des paramilitaires ( Carlos Castano ) reconnaissait durant une entrevue pour la t&#233;l&#233;vision que 70% de leurs ressources financi&#232;res provient du narcotrafic &#187;. Les objectifs du Plan Colombie sont de constituer des forces guerri&#232;res ayant leur base dans le terroir et dont le but serait de provoquer un changement social int&#233;rieur, qui pourrait interf&#233;rer avec l'int&#233;gration de la Colombie au syst&#232;me global, en des termes que les Etats-Unis exigent, c'est-&#224;-dire, domination par les &#233;lites li&#233;es aux int&#233;r&#234;ts de pouvoir des Etats-Unis, qui leur conc&#232;dent le libre acc&#232;s aux pr&#233;cieuses ressources de la Colombie, incluant son p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la terminologie am&#233;ricaine, les FARC sont des narco gu&#233;rilleros, un concept utile pour justifier la contre-insurrection ; mais qui a &#233;t&#233; critiqu&#233; d'une fa&#231;on aigu&#235;, et ce, bas&#233; sur les faits. Il y a un accord - et les leaders des FARC le disent - en ce que ces derniers comptent sur la production de coca pour se financer, sur laquelle ils per&#231;oivent un imp&#244;t, comme ils le font avec d'autres commerces. Mais les gu&#233;rillas sont quelque chose de diff&#233;rent des trafiquants, affirme Klaus Nyholm, lequel dirige le Programme de Contr&#244;le des Drogues de l'ONU, qui poss&#232;de des agents tout le long des r&#233;gions productrices de drogues. Il d&#233;crit les fronts locaux des FARC comme &#171; tr&#232;s autonomes &#187;. Dans certaines aires, ils ne sont pas impliqu&#233;s de fa&#231;on absolue dans la production de coca et, dans d'autres, ils proposent aux paysans de ne pas la cultiver. Le sp&#233;cialiste andin des drogues, Ricardo Vargas, d&#233;crit le r&#244;le des gu&#233;rillas comme centr&#233; prioritairement sur l'encaissement d'un imp&#244;t sur les cultures illicites. Ils ont r&#233;clam&#233; un plan de d&#233;veloppement pour les paysans qui pourrait permettre l'&#233;radication de la coca sur la base de cultures alternatives. &#171; Cela est tout ce que nous voulons &#187;, a annonc&#233; publiquement leur chef, Marulanda, de m&#234;me que d'autres voix de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons ces sujets de c&#244;t&#233; et consid&#233;rons d'autres questions. Pourquoi les paysans cultivent-ils la coca, et non d'autres cultures ? &#171; Les paysans cultivent la coca et l'amapola, observe Vargas, &#224; cause de la crise dans le secteur agricole des pays latino-am&#233;ricains, renforc&#233;e par la crise &#233;conomique g&#233;n&#233;rale dans la r&#233;gion &#187;. Il &#233;crit que &#171; les paysans commenc&#232;rent la colonisation de l'Amazonie colombienne dans la d&#233;cade des ann&#233;es 50, &#224; partir du d&#233;placement forc&#233; des paysans par les grands propri&#233;taires fonciers &#187; et trouv&#232;rent que la coca &#233;tait &#171; l'unique produit lucratif et de commercialisation facile &#187;. Les pressions sur les plantations augment&#232;rent substantiellement lorsque les rancheros investisseurs et les fermiers commerciaux l&#233;gaux cr&#233;&#232;rent et fortifi&#232;rent des arm&#233;es priv&#233;es - &#171; les paramilitaires &#187; - qui servirent dans le but d'exproprier les terres des indig&#232;nes par des moyens violents, de m&#234;mes que les paysans et les colonisateurs, avec le r&#233;sultat, qu'aujourd'hui, les narcotrafiquants contr&#244;lent une grande partie des pr&#233;cieuses terres de la Colombie. Les bataillons de contre-insurrection arm&#233;s et entra&#238;n&#233;s par les Etats-Unis ne s'attaquent pas aux trafiquants, note Vargas, mais a comme objectif &#171; le maillon le plus fragile de la cha&#238;ne de la drogue : la production par les indig&#232;nes, les colonisateurs et les paysans &#187;. La m&#234;me chose se produit avec les armes chimiques et biologiques que Washington emploie, de fa&#231;on exp&#233;rimentale, &#224; l'encontre des indications des fabricants. Ces mesures multiplient les dangers pour la population civile, l'environnement et l'agriculture l&#233;gale. Elles d&#233;truisent les cultures l&#233;gales comme celle de la yuca et de la banane, les sources aquif&#232;res, les p&#226;turages, le b&#233;tail et toutes les cultures incluses dans les programmes de substitution, m&#234;mes celles de projets bien &#233;tablies par l'Eglise qui cherche &#224; d&#233;velopper des alternatives &#224; la production de coca. Il existe aussi des effets incertains mais potentiellement s&#233;v&#232;res sur &#171; l'environnement de la for&#234;t tropicale humide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant les programmes traditionnels des Etats-Unis que l'actuel Plan Colombie appuient les forces sociales qui contr&#244;lent les gouvernements et les forces militaires-paramilitaires qui ont, en grande mesure, cr&#233;&#233; les probl&#232;mes avec leur rapacit&#233; et leur violence. Les blancs sont toujours les &#171; victimes &#187; habituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'autres facteurs qui op&#232;rent afin d'augmenter la production de la coca. La Colombie fut, il y a quelque temps, un producteur de bl&#233;. Cela fut min&#233; dans la d&#233;cade des ann&#233;es 50 par le Programme d'aide Alimentaire pour la Paix, programme qui proportionna les allocations des contribuables aux agro-industries am&#233;ricaines avec fonds de contre-partie aux &#233;tats clients qui, habituellement, furent utilis&#233;s par ces derniers en d&#233;penses militaires et de contre-insurrection. Une ann&#233;e avant que le pr&#233;sident Bush annonce &#224; grand coup de fanfare (une fois de plus) la &#171; guerre aux drogues &#187;, l'accord international sur le caf&#233; fut suspendu sous la pression am&#233;ricaine fond&#233;e sur les &#171; violations au commerce propre &#187;. Le r&#233;sultat fut une chute des prix de plus de 40% en deux mois pour le principal exportateur l&#233;gal colombien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres facteurs sont discut&#233;s par l'&#233;conomiste politique Susan Strange dans son dernier livre. Dans les ann&#233;es 60, les gouvernements du G-77 (maintenant 133, repr&#233;sentant 80% de la population mondiale) lanc&#232;rent une initiative pour un &#171; nouvel ordre &#233;conomique international &#187;, o&#249; les n&#233;cessit&#233;s de la majorit&#233; de la population mondiale seraient une pr&#233;occupation primordiale. Des propositions sp&#233;cifiques furent formul&#233;es &#224; la Conf&#233;rence de l'ONU sur le Commerce et la D&#233;veloppement ( UNCTAD ), qui fut &#233;tablie en 1964 afin de cr&#233;er un syst&#232;me de commerce international consistant avec la promotion du d&#233;veloppement &#233;conomique et social. Les propositions de l'UNCTAD furent &#233;cart&#233;es sommairement par les grandes puissances, de m&#234;me qu'un appel &#224; un nouvel ordre international en g&#233;n&#233;ral ; les Etats-Unis, en particulier, insiste en ce que le d&#233;veloppement n'est pas un droit et que ce serait insens&#233; et une incitation dangereuse de soutenir le contraire, en accord avec les provisions socio-&#233;conomiques de la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme, ce que les Etats-Unis rejettent. Le monde s'est m&#251; - ou, plus exactement, fut d&#233;plac&#233; - vers un nouvel ordre &#233;conomique mondial, suivant un cours diff&#233;rent, au service des n&#233;cessit&#233;s d'un secteur diff&#233;rent, celui des concepteurs de ce cours - difficilement cela fut une surprise - &#224; moins que quelqu'un devrait se surprendre de ce que la doctrine standard, la fa&#231;on institu&#233;e de globalisation doive se pr&#233;senter comme un processus inexorable face auquel il n'y a pas d'alternatives, en la cruelle phrase de Margaret Thatcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une proposition initiale de l'UNCTAD consistait en un programme afin de stabiliser les prix sur les biens &#233;conomiques, une pratique qui est standard dans les pays industrialis&#233;s, au moyen de quelque forme de subside, malgr&#233; que ce f&#251;t menac&#233; bri&#232;vement aux Etats-Unis, lorsque le Congr&#232;s &#233;tait domin&#233;, en 1994, par l'ultra droite qui, para&#238;t-il, cr&#233;&#232;rent leur propre rh&#233;torique, pour la grande consternation des chefs d'entreprises qui comprennent que la discipline du march&#233; est pour ceux qui peuvent se d&#233;fendre d'elle. Les parvenus id&#233;ologiques du libre march&#233; re&#231;urent bien vite des le&#231;ons de comment se comporter ou furent renvoy&#233;s &#224; la maison, mais pas avant que le Congr&#232;s approuve, en 1996, la Loi de la libert&#233; agraire afin de lib&#233;rer l'&#233;conomie am&#233;ricaine des &#171; programmes socialistes de l'Allemagne Orientale du New Deal &#187;, selon le paroles Newt Gingrich, en terminant avec les subsides qui provoquent la distorsion du march&#233; - qui, rapidement, furent tripl&#233;s, atteignant un record de 23 milliards de dollars en 1999, et programm&#233;s pour augmenter encore plus. Cependant, le march&#233; a r&#233;alis&#233; sa magie : les subsides du contribuable vont, de fa&#231;on disproportionn&#233;e, aux grandes agro-industries et aux oligopoles corporatifs, qui dominent l'entr&#233;e et la sortie du commerce, observe correctement Nicholas Kristof. Ceux qui poss&#232;dent un pouvoir de march&#233; dans la cha&#238;ne alimentaire (depuis les corporations &#233;nerg&#233;tiques jusqu'aux d&#233;taillants) jouissent des grands b&#233;n&#233;fices, tandis que la crise agricole, qui est r&#233;elle, se concentre sur le milieu de la cha&#238;ne, les petits agriculteurs, ceux qui produisent l'aliment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des principaux vecteurs de l'histoire &#233;conomique moderne estqueles dispositifs utilis&#233;s par les riches et les puissants afin de s'assurer la protection de l'&#233;tat nourricier ne seront pas disponibles pour les pauvres. Enaccord avec cela, l'initiative de l'UNCTAD pour stabiliser les prix fut rapidement renvers&#233;e ; l'organisation a &#233;t&#233; pratiquement marginalis&#233;e et domestiqu&#233;e avec d'autres qui refl&#232;tent, en quelque mesure pour le moins, les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233; globale. R&#233;visant ces faits, Strange observe que les agriculteurs furent pouss&#233;s vers les cultures pour lesquelles il y avait un march&#233; stable. L'agro-industrie de grande &#233;chelle peut tol&#233;rer la fluctuation dans les prix, compensant les pertes temporaires par d'autres zones. Les paysans pauvre ne peuvent dire &#224; leurs enfants : &#171; ne vous inqui&#233;tez pas, peut-&#234;tre aurez-vous quelque chose &#224; manger l'ann&#233;e prochaine &#187;. Le r&#233;sultat, continue Strange, fut que les entreprises de la drogue purent facilement trouver des agriculteurs dispos&#233;s &#224; cultiver la coca, du cannabis et de l'opium, pour lesquels &#171; il y a toujours un march&#233; ouvert dans les soci&#233;t&#233;s riches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres programmes des Etats-Unis et des institutions mondiales qui dominent magnifient ces effets. Le Plan de Clinton pour la Colombie inclut non seulement des fonds symboliques pour les cultures alternatives et rien pour les aires sous contr&#244;le de la gu&#233;rilla, quoique les chefs des FARC aient exprim&#233;, de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, leur esp&#233;rance qu'on proportionne les alternatives afin que les paysans ne se voient pas forc&#233;s &#224; cultiver la coca. Vers la fin de 1999, les Etats-Unis avaient d&#233;pens&#233; un total de 750 mille dollars en programmes alternatifs de d&#233;veloppement, nous informe le Centre pour la Politique Internationale, tout en culture d'amapola , loin des plaines du sud, celles auxquelles s'adressait le Plan qui annon&#231;ait une assistance aux civils qui seraient d&#233;plac&#233;s par la pression sur le sud de la Colombie, une partie du Plan que le Centre, de fa&#231;on concr&#232;te, trouve sp&#233;cialement inqui&#233;tante. L'administration Clinton insista aussi - en relation avec les objectifs du gouvernement colombien - &#224; ce que quelconque accord de paix devait permettre la destruction de culture et autres op&#233;rations anti-narcotiques des Etats-Unis en Colombie. Les approximations constructives n'&#233;taient pas prohib&#233;es mais &#233;taient affaire des autres. Les Etats-Unis se concentreront dans les op&#233;rations militaires qui, &#244; hasard, b&#233;n&#233;ficieront aux industries de technologie de pointe qui produisent l'&#233;quipement militaire et participent d'un ample groupe de pression en faveur du Plan, uni &#224; Occidental Petroleum, qui poss&#232;de de grands investissements en Colombie, ainsi que d'autres corporations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les programmes de la Banque Mondiale et du Fond Mon&#233;taire International (FMI) demandent que les pays ouvrent leurs fronti&#232;res &#224; une pluie de produits agricoles (hautement subventionn&#233;s) des pays riches, avec l'effet &#233;vident de d&#233;manteler la production locale. Ces d&#233;plac&#233;s sont, ou bien pouss&#233;s vers les quartiers marginaux des villes (faisant baisser les salaires pour les investisseurs &#233;trangers), ou bien instruits afin de se convertir en &#171; paysans rationnel &#187; qui produisent pour le march&#233; ext&#233;rieur et cherchent le prix les plus hauts - ce qui se traduit par coca, cannabis et opium. Ayant appris leur le&#231;on de fa&#231;on ad&#233;quate, ils sont alors r&#233;compens&#233;s par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res d'assaut pendant que leurs champs sont d&#233;truits au moyen de produits chimiques et d'armes biologiques, courtoisie de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose se produit, sans beaucoup de variante, &#224; travers toute la r&#233;gion andine. Les probl&#232;mes apparurent bri&#232;vement aux yeux de l'opinion publique pendant le d&#233;bat sur le Plan Colombie. Le 8 avril, le gouvernement de Bolivie d&#233;clara l'&#233;tat d'urgence &#224; la suite de protestations massives fermant la ville de Cochabamba, troisi&#232;me ville de Bolivie. Les protestations eurent pour origine la privatisation du syst&#232;me d'eau publique et la grande augmentation des prix de l'eau &#224; un niveau d&#233;passant les possibilit&#233;s d'une grande partie de la population. La toile de fond est une crise &#233;conomique attribu&#233;e, en partie, aux politiques n&#233;o-lib&#233;rales qui culmin&#232;rent avec la guerre aux drogues, qui a d&#233;truit plus de la moiti&#233; de la feuille de coca du pays, laissant les &#171; paysans rationnels &#187; dans la mis&#232;re. Une semaine plus tard, les agriculteurs bloqu&#232;rent une route pr&#232;s de la ville de La Paz afin de protester contre l'&#233;radication de la feuille de coca, leur unique moyen de survie qui leur reste, sous les r&#233;formes, telles qu'elles ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'information sur les protestations contre le prix de l'eau et les programmes d'&#233;radication, le Financial Times observe que la Banque Mondiale et le FMI voient la Bolivie comme un mod&#232;le, une des heureuses histoires du Consensus de Washington. Mais &#224; la suite de protestations d'avril, nous pouvons voir que le succ&#232;s des programmes d'&#233;radication au P&#233;rou et en Bolivie ont apport&#233; avec eux un haut co&#251;t social. Le journal cite un diplomate europ&#233;en qui raconte que &#171; jusqu'&#224; il y a quelques semaines, la Bolivie &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme un mod&#232;le r&#233;ussi &#171; - &#224; tout le moins par quelques-uns - ; pour ceux qui consid&#232;rent un pays sans se soucier de sa population. Mais maintenant, continuant, &#171; la communaut&#233; internationale doit reconna&#238;tre que les r&#233;formes &#233;conomiques n'ont rien fait pour r&#233;soudre les croissants probl&#232;mes de la pauvret&#233; &#187; : bel euph&#233;misme. Le Secr&#233;taire de la Conf&#233;rence Episcopales Bolivienne, lequel a servi de m&#233;diateur afin d'en terminer avec la crise, d&#233;crivit le mouvement de protestation comme &#171; le r&#233;sultat de l'extr&#234;me pauvret&#233;. Les demandes de la population locale doivent prises en compte si nous voulons une paix durable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les protestations de Cochabamba &#233;taient dirig&#233;es contre la Banque Mondiale et la corporation Bechtel ayant si&#232;ge social &#224; San Francisco et &#224; Londres, le principal pouvoir financier derri&#232;re le conglom&#233;rat transnational qui acheta le syst&#232;me d'eau public dans un contexte d'accusations s&#233;rieuses de corruption et de pots-de-vin, et qui imm&#233;diatement doubla les tarifs pour beaucoup de consommateurs pauvres. Sous la pression de la Banque Mondiale, la Bolivie a vendu une grande partie de son patrimoine &#224; des corporations (quasiment toujours &#233;trang&#232;res) priv&#233;es. La vente du syst&#232;me d'eau public et l'augmentation d&#233;cha&#238;n&#232;rent des mois de protestations qui culmin&#232;rent avec la d&#233;monstration qui paralysa la ville. Les politiques du Gouvernement se sont pli&#233;es aux recommandations de la Banque Mondiale disant &#171; de ne pas octroyer de subsides pour amortir l'augmentation des tarifs &#187; : tous les utilisateurs, m&#234;me les plus pauvres, doivent payer le tarif en entier. A travers Internet, les activistes en Bolivie appel&#232;rent &#224; des protestations internationales, qui eurent un impact significatif, pr&#233;sum&#233;ment amplifi&#233; par les protestations concurrentes &#224; Washington contre les politiques de la BM et du FMI. Bechtel se retira et le Gouvernement r&#233;silia la vente. Mais une longue et difficile lutte reste &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que la loi martiale &#233;tait d&#233;cr&#233;t&#233;e en Bolivie, un article de presse &#224; partir du sud de la Colombie, d&#233;crivait la peur croissante de ce que les avions de fumigations en &#233;taient arriv&#233;s &#224; &#171; jeter leur venin sur les champs de coca, ce qui aussi d&#233;truirait les cultures de subsistance des paysans, causerait des troubles sociaux massifs et fomenterait la menace toujours pr&#233;sente de violence &#187;. La peur, la col&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e refl&#232;tent le niveau de frayeur et de confusion dans cette partie de la Colombie, lorsque les Etats-Unis r&#233;alisent une guerre chimique et biologique afin de d&#233;truire une production de coca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question nous guette, dans le fond, non tr&#232;s loin. Quel droit ont les Etats-Unis de r&#233;aliser des op&#233;rations militaires et une guerre chimique/biologique dans d'autres pays, afin de d&#233;truire une culture qui ne leur pla&#238;t pas ? Nous pouvons laisser de c&#244;t&#233; la r&#233;ponse cynique que les gouvernements ont requis cette &#171; assistance &#187;, comme si elle ne le fut pas sous menaces. Nous devons pour le moment nous demander si les autres ont le m&#234;me droit extraterritorial &#224; la violence et &#224; la destruction que les Etats-Unis r&#233;clament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de Colombiens qui meurent &#224; cause des drogues l&#233;tales produites aux E.U. exc&#232;de le nombre d'Am&#233;ricains qui meurent par la coca&#239;ne, et est beaucoup sup&#233;rieur en regard &#224; la population. En Asie Orientale, les drogues l&#233;tales produites aux E.U. sont li&#233;es &#224; des millions de morts. Ces pays sont pouss&#233;s, non seulement &#224; accepter ces produits, mais de plus, &#224; accepter leur publicit&#233;, sous menace de sanctions commerciales. Les effets d'un march&#233; agressif et publicis&#233; de la part d'entreprises am&#233;ricaines sont, en bonne mesure, responsables d'une&#8230; consid&#233;rable augmentation dans le taux de femmes et de jeunes fumeurs dans les pays d'Asie dont les portes furent ouvertes de force sous la menace de s&#233;v&#232;res sanctions commerciales de la part des E.U., concluent les chercheurs en sant&#233; publique. En contraste, on ne permet pas aux cartels colombiens de faire des campagnes publicitaires o&#249; une contre-partie de Joe Camel loue les merveilles de la coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pour le moment en conditions, et de fait moralement oblig&#233;s, &#224; demander si la Colombie, la Tha&#239;lande, la Chine et autres objectifs des politiques commerciales et de promotion d'exportations l&#233;tales des E.U. ont le droit de conduire une guerre militaire, chimique et biologique en Caroline du Nord. Et sinon, pourquoi non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions demander pourquoi il n'y a pas d'op&#233;rations de la Force Delta sur les banques et corporations chimiques am&#233;ricaines, lorsque ce n'est nullement secret qu'elles sont aussi impliqu&#233;es dans le commerce de la drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourquoi le Pentagone ne s'appr&#234;te pas &#224; attaquer le Canada, qui est en train de remplacer la Colombie et le Mexique avec la marijuana de haute qualit&#233; qui maintenant est transform&#233;e en le produit agricole le plus rentable de la Colombie Britannique, et en un de ses plus importants secteurs de son &#233;conomie, joint au Qu&#233;bec et suivi de pr&#232;s par le Manitoba, avec un d&#233;cuplement de la production seulement dans les deux derni&#232;res ann&#233;es. Ou, pour attaquer les E.U., un important producteur de marijuana avec une production en rapide expansion, qui inclue des serres hydroponiques et le traditionnel centre de fabrication illicite de drogues de hautes technologies (ETA, stimulants de type amph&#233;tamines) le secteur des drogues en plus rapide croissance avec 30 millions d'utilisateurs au niveau mondial, d&#233;passant probablement l'h&#233;ro&#239;ne et la coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de n&#233;cessit&#233; &#224; revoir en d&#233;tail les effets l&#233;taux des drogues am&#233;ricaines. La Cour Supr&#234;me de Justice concluait r&#233;cemment qu'il a &#233;t&#233; &#171; amplement d&#233;montr&#233; &#187; que le tabac est peut-&#234;tre la principale menace singuli&#232;re &#224; la sant&#233; publique aux E.U., responsable de plus de 400 mille morts annuelles, plus que le Sida, les accidents d'automobiles, les drogues ill&#233;gales, les suicides et les incendies, tous r&#233;unis. La Cour, pratiquement, pria instamment le Congr&#232;s &#224; l&#233;gif&#233;rer. Comme l'usage de cette substance l&#233;tale a &#233;t&#233; r&#233;duit aux E.U., et les fabricants oblig&#233;s &#224; payer de substantielles indemnisations &#224; des victimes, ces premiers se sont d&#233;plac&#233;s sur des march&#233;s &#233;trangers, autre pratique standard. Le nombre de morts est incalculable. Richard Peto, &#233;pid&#233;miologue &#224; l'Universit&#233; d'Oxford, estime que seulement en Chine, entre les enfants qui aujourd'hui ont moins de 20 ans, 50 millions mourront de maladies en relation avec la cigarette, un nombre substantiel d&#251; &#224; la doctrine du libre commerce, hautement s&#233;lectif des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En comparaison avec les 400 mille morts caus&#233;es chaque ann&#233;e aux E.U. par le tabac, les morts en relation avec les drogues atteignirent un record de 16 000 en 1997. D'autre part, seulement 4 sur 10 des intoxiqu&#233;s qui auront besoin d'un traitement le recevront, selon un rapport de la Maison Blanche. Ces faits projettent de nouvelles questions sur les motifs de la guerre aux drogues. Le s&#233;rieux de la pr&#233;occupation au sujet de l'usage des drogues fut illustr&#233; de nouveau lorsqu'une Commission Parlementaire &#233;tudia le Plan Colombie de Clinton. On rejeta un amendement propos&#233; par Nancy Pelosi, D&#233;mocrate pour la Californie, r&#233;clamant le financement de services destin&#233;s &#224; la r&#233;duction de la demande de drogues. Il est bien connu que ces derniers sont beaucoup plus effectifs que les mesures par la force. Une &#233;tude amplement cit&#233;e par la corporation Rand, financ&#233;e par l'arm&#233;e des E.U. et l'Office de la Politique Nationale de Contr&#244;le des Drogues, trouva que les fonds d&#233;pens&#233;s dans le traitement domestique des intoxiqu&#233;s furent 23 fois plus efficaces que le &#171; contr&#244;le &#187; du pays d'origine (Plan Colombie), 11 fois plus efficaces que la limitation de l'offre et 7 fois plus que l'application des lois domestiques. Mais on ne suit pas le chemin le plus &#233;conomique et le plus efficace. En contre-partie, la guerre aux drogues attaque les paysans pauvres &#224; l'ext&#233;rieur, et les gens pauvres aux E.U. ; par le moyen de l'utilisation de la force, non de mesures constructives afin de soulager les probl&#232;mes &#224; un co&#251;t beaucoup moindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'on pr&#233;parait le Plan Colombie de Clinton, les fonctionnaires de haut rang de l'administration discut&#232;rent une proposition de l'Office du Budget et de l'Administration consistant &#224; pr&#233;lever 100 millions des 1 300 millions de dollars alors projet&#233;s pour la Colombie, afin de les d&#233;dier au traitement des intoxiqu&#233;s am&#233;ricains. Il y eut une opposition quasi unanime, particuli&#232;rement du &#171; tsar des drogues &#187; Barry McCaffrey, et la proposition fut laiss&#233;e de c&#244;t&#233;. En contraste, lorsque Richard Nixon - sous beaucoup d'aspects le dernier pr&#233;sident lib&#233;ral - d&#233;clara une guerre aux drogues en 1971, deux tiers des fonds furent affect&#233;s au traitement qui devint disponible pour un nombre record d'intoxiqu&#233;s : il se produisit une drastique r&#233;duction dans les arrestations li&#233;es aux drogues et dans le nombre d'incarc&#233;rations, ainsi que dans le taux de d&#233;lits. A partir de 1980, cependant, la guerre contre les drogues a subi un virage vers le ch&#226;timent des d&#233;linquants, la vigilance aux fronti&#232;res et le combat &#224; la production dans les pays d'origine, nous informe John Donnelly dans le Boston Globe. Une cons&#233;quence est l'&#233;norme accroissement des d&#233;lits (souvent sans victime) en relation avec les drogues, et un accroissement explosif de la population carc&#233;rale, atteignant des niveaux tr&#232;s au-dessus de n'importe quel pays industrialis&#233;, et possiblement &#233;tablissant un record mondial, sans effet perceptible sur la disponibilit&#233; ou le prix des drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles observations, bien simples, suscitent la question sur : &#171; De quoi s'agit-il lorsqu'on parle de la guerre aux drogues &#187; ? Il est amplement reconnu qu'elle &#233;choue dans son intention d'atteindre ses fins d&#233;clar&#233;es, et que les m&#233;thodes erron&#233;es sont encore utilis&#233;es plus vigoureusement pendant que les m&#233;thodes efficaces sont laiss&#233;es de c&#244;t&#233;. Il est pourtant naturel de conclure que la guerre aux drogues, dans sa forme durement punitive appliqu&#233;e depuis 1980, n'est pas st&#233;rile, elle continue d'atteindre ses objectifs. Quels sont ses objectifs ? Une r&#233;ponse plausible demeure implicite dans un commentaire du s&#233;nateur Daniel Patrick Moynihan, un des rares s&#233;nateurs qui pr&#234;te une bonne attention aux statistiques sociales. Prenant ces donn&#233;es, il observe &#171; nous sommes en train de choisir d'avoir un grand probl&#232;me d&#233;lictueux concentr&#233; dans les minorit&#233;s &#187;. Le criminologue Michael Tonry conclue que &#171; les planificateurs de la guerre savent parfaitement ce qu'ils sont en train de faire &#187;. Ce qu'ils sont en train de faire c'est premi&#232;rement, enlever la &#171; population superflue &#187;, les &#171; gens jetables &#187; comme on les appelle en Colombie, o&#249; ils sont &#233;limin&#233;s &#224; travers le &#171; nettoyage social &#187; ; et deuxi&#232;mement, effrayer tous les autres, ce qui n'est pas une t&#226;che moindre dans une p&#233;riode o&#249; on impose une forme domestique &#171; d'ajustement structurel &#171; avec des co&#251;ts significatifs pour la majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que la guerre aux drogues sert occasionnellement et, plus souvent qu'autrement, d&#233;grade la sant&#233; publique et la s&#233;curit&#233;, conclue une &#233;tude bien document&#233;e des chercheurs de Partners in Healt, elle sert habituellement les int&#233;r&#234;ts de la richesse priv&#233;e : int&#233;r&#234;ts r&#233;v&#233;l&#233;s dans le sch&#233;ma &#171; gagnant-perdant &#187;, &#171; objectifs et non-objectifs &#187;, &#171; financ&#233;s et non-financ&#233;s &#187;, g&#233;n&#233;ralement en accord avec les principaux int&#233;r&#234;ts des politiques des E.U. au niveau int&#233;rieur et ext&#233;rieur, et avec le secteur priv&#233; qui poss&#232;de &#171; influence asservissante sur la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;battre des motifs, mais les cons&#233;quences aux Etats-Unis et &#224; l'ext&#233;rieur paraissent raisonnablement claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Voir Monde Diplomatique : Le Plan Condor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol par :&lt;/strong&gt; Pierre Trottier , mars 2003. Trois-Rivi&#232;res , Qu&#233;bec , Canada&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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