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	<title>El Correo</title>
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		<title>La France fut le meilleur espion des &#201;tats-Unis &#224; Cuba</title>
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		<dc:date>2020-10-16T10:53:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La France fut le meilleur espion des &#201;tats-Unis &#224; Cuba. Ce sont ses espions &#224; La Havane qui avaient d&#233;couvert, avant tout le monde, l'arriv&#233;e secr&#232;te des missiles sovi&#233;tiques &#224; Cuba et qui en inform&#232;rent Washington...Hernando Calvo Ospina&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Cuba" rel="directory"&gt;Cuba&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;v&#233;lations sur la crise d'octobre 1962. C'est une information presque in&#233;dite. Lors de la Crise d'Octobre, ou Crise des Missiles, de 1962, la France joua un r&#244;le fondamental : ce sont ses espions &#224; La Havane qui avaient d&#233;couvert, avant tout le monde, l'arriv&#233;e secr&#232;te des missiles sovi&#233;tiques &#224; Cuba et qui en inform&#232;rent Washington...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette crise, la plus grave de la Guerre Froide, faillit d&#233;clencher une confrontation nucl&#233;aire entre les &#201;tats-Unis et l'Union Sovi&#233;tique &#224; propos de la r&#233;volution cubaine... De par la pr&#233;cision de l'information que les fran&#231;ais livr&#232;rent, et la port&#233;e du sujet, ce travail en faveur d'une puissance &#233;trang&#232;re a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui comme l'un des plus importants de l'histoire du renseignement fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la demande du gouvernement du pr&#233;sident Harry Truman, le dictateur cubain Fulgencio Batista avait rompu les relations diplomatiques avec l'Union sovi&#233;tique en avril 1952. Le 4 f&#233;vrier 1960, alors que les r&#233;volutionnaires de Fidel Castro Ruz &#233;taient &#224; pr&#233;sent au pouvoir, le vice-premier ministre du gouvernement sovi&#233;tique, Anast&#225;s Mikoy&#225;n, effectua une visite officielle &#224; La Havane. Sans plus attendre, Cuba signa plusieurs accords commerciaux tr&#232;s avantageux, au moment o&#249; les &#201;tats-Unis commen&#231;aient leur agression &#233;conomique. D'autres accords de coop&#233;ration militaire furent &#233;galement convenus. Trois mois plus tard, les relations diplomatiques furent r&#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette date, Washington encourageait les incursions militaires et les actes terroristes des partisans de Batista, allant m&#234;me jusqu'&#224; refuser de vendre &#224; la jeune r&#233;volution des pi&#232;ces de rechange pour les armes r&#233;cup&#233;r&#233;es de la dictature. Il faisait, en outre, pression sur ses alli&#233;s pour que ceux-ci ne lui vendent pas d'armes ou ne lui livrent pas celles qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pay&#233;es par Batista avec l'argent de l'&#201;tat. Seule la Belgique refusa d'ob&#233;ir et vendit des armes et des grenades : le 4 mars 1960, le navire fran&#231;ais &#171; &lt;i&gt;La Coubre&lt;/i&gt; &#187; qui les transportait, explosa dans la baie de La Havane, faisant plus de 200 bless&#233;s et environ 70 morts.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9575 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/mangoose.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L450xH603/mangoose-3c0c6-34aaf.jpg?1694097428' width='450' height='603' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dix-sept avril 1961, une force mercenaire de plus de mille hommes, entra&#238;n&#233;e, dirig&#233;e et arm&#233;e par la CIA, tenta d'envahir Cuba par la Baie des Cochons, mais fut mise en d&#233;route en moins de 70 heures. Le pr&#233;sident John F. Kennedy, qui prit cette d&#233;faite comme une terrible humiliation pour les Etats-Unis, ordonna la pr&#233;paration d'un plan contenant des mesures politiques, militaires, &#233;conomiques et de propagande contre Castro et sa r&#233;volution. C'est ainsi que naquit l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Mongoose&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Op&#233;ration Mangouste&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (Mongoose), nom de code d'une strat&#233;gie de S&#233;curit&#233; Nationale, dont l'objectif final &#233;tait une invasion directe par les &lt;i&gt;Marines&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Washington avait pour seul but d'en finir avec la r&#233;volution, Moscou continuait de multiplier les accords commerciaux avantageux avec elle et contribuait &#224; la n&#233;cessaire modernisation de sa d&#233;fense militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les services de renseignements sovi&#233;tiques d&#233;couvrirent la finalit&#233; de l'Op&#233;ration Mangouste, ils en inform&#232;rent Cuba. Alors les r&#233;volutionnaires sugg&#233;r&#232;rent au dirigeant sovi&#233;tique, Nikita Khrouchtchev, l'installation d'une force de dissuasion sur leur territoire, qui comprendrait des missiles balistiques. Celui-ci ne se fit pas prier, car peu de temps avant, Washington avait plac&#233; des missiles nucl&#233;aires en Turquie et en Italie, capables d'atteindre le territoire sovi&#233;tique en quelques minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait risqu&#233;, mais de cette fa&#231;on, les Sovi&#233;tiques pourraient dissuader les &#201;tats-Unis de les attaquer, car depuis Cuba, ils pouvaient aussi toucher leur territoire dans le m&#234;me court laps de temps. &#192; l'&#233;poque, l'&#233;cart de puissance nucl&#233;aire &#233;tait immense : les &#201;tats-Unis poss&#233;daient 5 000 t&#234;tes nucl&#233;aires, contre 300 pour les Sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vingt-et-un mai 1962, le Conseil de D&#233;fense sovi&#233;tique autorisa l'&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Anadyr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Op&#233;ration Anadyr&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (&#1040;&#1085;&#1072;&#1076;&#1099;&#1088;&#1100;) : entre juin et octobre 1962, furent d&#233;ploy&#233;es, entre autres, des forces conventionnelles et 24 rampes de lancement de missiles balistiques, avec la capacit&#233; de porter des t&#234;tes nucl&#233;aires. Tout cela dans le plus grand secret, bien que les dirigeants cubains eussent demand&#233; que cet accord soit rendu public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etasuniens ne pr&#234;t&#232;rent pas beaucoup d'attention &#224; l'augmentation du trafic maritime sovi&#233;tique vers Cuba. Le vingt-neuf ao&#251;t encore, le pr&#233;sident Kennedy avait affirm&#233;, lors d'une conf&#233;rence de presse, n'avoir aucune information sur la pr&#233;sence de troupes sovi&#233;tiques &#224; Cuba, et encore moins de celle de missiles.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; * * *&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Paris, lundi 22 octobre 1962, 17 heures.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dean Acheson, ancien chef du D&#233;partement d'&#201;tat, remettait une lettre de Kennedy au pr&#233;sident fran&#231;ais Charles de Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/misiles-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L450xH617/misiles-2-7e450-3dda0.jpg?1694097428' width='450' height='617' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il l'informait d'une d&#233;cision prise apr&#232;s une semaine d'enqu&#234;tes et de discussions ultra-secr&#232;tes : &#224; 19 heures, heure de Washington, minuit &#224; Paris, serait annonc&#233;e &#224; la Nation l'instauration d'un blocus autour de Cuba. Celui-ci &#171; &lt;i&gt;couvrira les armements de tous types, &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;dans un avenir proche, couvrira &#233;galement les produits p&#233;troliers et, si n&#233;cessaire plus tard, sera total. &#187;&lt;/i&gt; C'est ce qu'on lit dans le &#171; Tr&#232;s secret &#187; Rapport officiel de cette rencontre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous la direction de Maurice Va&#239;sse et Herv&#233; Magro, Dans les archives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 14 de ce mois, un avion espion U2 avait pris 928 photos pendant six minutes. Le quinze, une &#233;quipe qui d&#233;cryptait les images identifia parfaitement les installations des sites de missiles &#224; moyenne port&#233;e SS-4 (R-12 pour les Sovi&#233;tiques). C'&#233;taient des preuves solides. Kennedy avait autoris&#233; ces vols depuis le 9 octobre, mais le mauvais temps au-dessus de Cuba, tr&#232;s nuageux, n'avait pas permis de faire de prises de vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Rapport de la r&#233;union, il est pr&#233;cis&#233; : &#171; &lt;i&gt;Il semble que les syst&#232;mes d'armes en cours d'installation ne sont pas encore complets&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Il s'agit d'emp&#234;cher l'arriv&#233;e de celles-ci.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s t&#244;t le matin du 16, le conseiller sp&#233;cial pour les Affaires de S&#233;curit&#233; informa Kennedy qui convoqua imm&#233;diatement une r&#233;union urgente du Conseil de s&#233;curit&#233; national. L'une des premi&#232;res mesures issues de cette r&#233;union fut d'organiser le Commandement Unifi&#233; de l'Atlantique, qui aurait entre ses mains le commandement des actions militaires &#224; mener. Toutes les forces terrestres, navales et a&#233;riennes &#233;tasuniennes dans la r&#233;gion lui seraient subordonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Rapport secret de la r&#233;union, de Gaulle avait bien compris que Kennedy ne lui demandait pas son avis ni sa participation, c'est pourquoi il d&#233;clara : &#171; &lt;i&gt;La France ne peut y faire d'objection, car il est normal qu'un pays se d&#233;fende, m&#234;me &#224; titre pr&#233;ventif, s'il est menac&#233; et qu'il a les moyens de se d&#233;fendre&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Gaulle affirma aussi : &#171; &lt;i&gt;J'approuve cependant la politique de fermet&#233; de votre pr&#233;sident&lt;/i&gt; &#187;. Acheson fut surpris par une telle attitude : &#171; &lt;i&gt;Dans cette occasion, la France se montre donc un alli&#233; plus fid&#232;le, plus rassurant pour Washington que Londres, qui redoute le pacifisme de sa presse et de son opinion publique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cit de Dean Acheson, Oral History, Kennedy Library. Cit&#233; dans : Maurice (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons qu'&#224; part de Gaulle, Kennedy n'avait inform&#233; que le Premier ministre britannique, Harold MacMillan, et le Chancelier allemand Konrad Adenauer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne s'attendait pas &#224; une telle solidarit&#233; de la part du pr&#233;sident fran&#231;ais, sans le moindre jugement ni remise en cause, alors que des divergences politiques sur des questions g&#233;ostrat&#233;giques existaient entre ces deux nations. De Gaulle fut, en particulier, l'un des rares dirigeants occidentaux &#224; refuser de rompre les relations ou de se joindre au blocus &#233;conomique et politique men&#233; par Washington contre Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'&#233;change avec Acheson, deux repr&#233;sentants de la CIA montr&#232;rent et expliqu&#232;rent au pr&#233;sident de Gaulle des cartes et des photographies de certains sites &#224; Cuba o&#249; se trouvaient les installations sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette r&#233;union, il fut soulign&#233; que les objectifs de Khrouchtchev &#233;taient que les Etats-Unis cessent de menacer de leurs missiles l'Union sovi&#233;tique et ses alli&#233;s ; qu'ils n'envahissent pas Cuba ; et r&#233;ussir &#171; &lt;i&gt;l'&#233;branlement moral de l'h&#233;misph&#232;re occidental&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;finalement, au niveau diplomatique, Khrouchtchev s'est donn&#233; la possibilit&#233; de dire : Parlons de la suppression de toutes les bases militaires en territoire &#233;tranger&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle estime que M. Khrouchtchev a con&#231;u autour de Cuba une vaste man&#339;uvre permettant de parler aussi bien des bases militaires que de Berlin, de pousser &#224; des conversations directes russo-am&#233;ricaines et d'impressionner les pays d'Am&#233;rique latine. L'affaire est s&#233;rieuse car les Etats-Unis avaient assur&#233; la d&#233;fense de l'Europe pour emp&#234;cher que l'Europe ne devienne une base antiam&#233;ricaine, et voici qu'une telle base existait en Am&#233;rique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette nuit du 22 octobre, Kennedy dira dans son bref discours &#224; la nation : &#171; &lt;i&gt;... Cette transformation pr&#233;cipit&#233;e de Cuba en importante base strat&#233;gique&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;constitue une menace pr&#233;cise &#224; la paix et &#224; la s&#233;curit&#233; de toutes les Am&#233;riques.&lt;/i&gt; [Ces armes] &lt;i&gt;font d&#233;lib&#233;r&#233;ment fi, et d'une fa&#231;on flagrante&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;des traditions de cette nation et de cet h&#233;misph&#232;re&lt;/i&gt; [...], &lt;i&gt;de la Charte des Nations Unies et de mes propres mises en gardes publiques aux Sovi&#233;tiques&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; presque &#224; la fin, il d&#233;clara : &#171; &lt;i&gt;...et notre histoire, contrairement &#224; celles des Sovi&#233;tiques&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;a bien prouv&#233; que nous n'avons aucun d&#233;sir de dominer ou de conqu&#233;rir aucune autre nation ou d'imposer notre syst&#232;me &#224; son peuple&lt;/i&gt; &#187;. Ce message diffus&#233; dans le monde entier fit sourire sarcastiquement beaucoup de monde.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours de JFK du 22 octobre 1962. Vostfr&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 octobre, Sovi&#233;tiques et Etasuniens parvinrent &#224; un accord : le retrait des missiles de Cuba, d'Italie et de Turquie ; et l'engagement &#233;tasunien de ne pas envahir Cuba. Ces n&#233;gociations se d&#233;roul&#232;rent &#224; l'insu des membres de l'OTAN, et du principal int&#233;ress&#233;, Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt; * * *&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien absolu ne fut pas la seule implication de la France dans cette crise : elle avait jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif avant le d&#233;but de celle-ci. De Gaulle ne fut ni surpris, ni inqui&#233;t&#233; par l'annonce de Kennedy, et pas uniquement parce qu'il &#233;tait s&#251;r qu'il n'y aurait pas de guerre nucl&#233;aire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De Gaulle et la crise de Cuba : la conduite de crise, avant, pendant et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, le g&#233;n&#233;ral &#233;tait au courant de l'op&#233;ration Anadyr, puisque ses services d'espionnage l'avaient d&#233;cel&#233;e &#224; Cuba pratiquement d&#232;s le d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le gouvernement fran&#231;ais, Cuba &#233;tait avant le triomphe de la R&#233;volution, &lt;i&gt;&#171; une chasse gard&#233;e de l'Am&#233;rique, juste un lieu de plaisir pour milliardaires et mafieux &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Jauvert, L&#180;Am&#233;rique contre De Gaulle, Editions du Seuil, Paris, 2000.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
Mais depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de Fidel Castro en janvier 1959, les choses chang&#232;rent radicalement car il avait reconnu le Front de lib&#233;ration nationale (FLN), qui luttait contre la France pour l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, avec tout ce que cela impliquait : entra&#238;nement, armes et soutien diplomatique dans les organisations mondiales, comme les Nations unies. Quelque chose de terrible pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1959, Paris d&#233;cida donc d'envoyer l'ambassadeur Roger du Gardier. Il avait occup&#233; le m&#234;me poste au Guatemala, au moment du renversement du pr&#233;sident Jacobo Arbenz, foment&#233; de A &#224; Z par Washington, en juin 1954. On avait besoin de son exp&#233;rience, et en particulier de sa proximit&#233; avec la CIA dans ce pays d'Am&#233;rique centrale. Cuba unissait les int&#233;r&#234;ts des deux nations, alors que d'autres sujets les s&#233;paraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, Philippe Thyraud de Vosjoli, alias Lamia, dut se rendre plus fr&#233;quemment &#224; Cuba. Officiellement vice-consul de France &#224; Washington charg&#233; du contr&#244;le des visas, il &#233;tait en r&#233;alit&#233; le lien entre le Service de documentation ext&#233;rieure et de contre-espionnage, SDECE, et la CIA. Gr&#226;ce &#224; ses contacts dans la bourgeoisie cubaine, il devait &#224; pr&#233;sent &#171; &lt;i&gt;renforcer les r&#233;seaux d'information existants&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/misiles-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L450xH610/misiles-1-c74ad-117c6.jpg?1694097428' width='450' height='610' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En coordination avec l'ambassadeur du Gardier, il r&#233;alisa un travail tr&#232;s efficace, confessera-t-il dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Thyraud De Vosjoli, Lamia, l'Anti-barbouze, Les &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Vosjoli raconta qu'apr&#232;s la d&#233;faite de la Baie des Cochons, le chef de la CIA, l'avait convoqu&#233; d'urgence. Allen Dulles, que l'on tenait pour responsable de cette humiliation, lui dit que les communications avec leurs contacts &#233;taient interrompues : &lt;i&gt;&#171; Nous ne savons rien de ce qu'il se passe &#224; La Havane. &#187;&lt;/i&gt; Etant fran&#231;ais, il n'&#233;veillerait pas les soup&#231;ons des autorit&#233;s cubaines, c'est pourquoi Dulles lui proposa de s'y rendre pour lui donner des informations. Paris l'y autorisa, et le 27 avril 1961, il voyagea depuis Miami ; il revint le 3 mai, et une voiture le conduisit directement au si&#232;ge de la CIA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; ces informations, Dulles &#233;crivit un rapport &#224; Kennedy, que celui-ci utilisa le 5 mai au sein du Conseil National de S&#233;curit&#233;, o&#249; Cuba fut le seul sujet. C'est l&#224; que fut prise la d&#233;cision de continuer &#224; chercher &#224; en finir avec Fidel Castro et sa r&#233;volution, et que l'on se rendit &#233;galement compte de l'urgence qu'il y avait &#224; trouver des informations sur les accords militaires entre l'URSS et Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allen Dulles demanda alors &#224; de Vosjoli que la s&#233;curit&#233; fran&#231;aise lui fournisse les informations obtenues sur Cuba. La direction du SDECE donna son accord. Peu apr&#232;s, la CIA confia &#224; de Vosjoli un minuscule &#233;metteur de derni&#232;re g&#233;n&#233;ration, qui fut install&#233; dans un bureau discret de l'ambassade fran&#231;aise. les informations &#233;taient communiqu&#233;es directement de ce lieu au poste de la CIA &#224; Miami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que du Gardier et de Vosjoli devinrent les meilleurs collaborateurs de la CIA ; &#224; l'insu de leurs chefs &#224; Paris, ils travaill&#232;rent plus pour elle que pour leurs institutions &#224; Paris.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Jauvert, Op. cit.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plus pr&#233;cis&#233;ment : l'ambassadeur fran&#231;ais &#171; deviendrait un remarquable officier de renseignement &#187;, dont les t&#233;l&#233;grammes &#171; permettraient de suivre presque quotidiennement le d&#233;roulement de l'op&#233;ration Anadyr &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les archives secr&#232;tes du Quai d'Orsay. De 1945 &#224; nos jours. Op.cit.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, le pr&#233;sident Charles de Gaulle avait donn&#233; l'ordre de rechercher des informations et des moyens pour d&#233;velopper le nucl&#233;aire fran&#231;ais. De Vosjoli vit que le travail effectu&#233; &#224; Cuba, de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; pour Washington, pouvait servir d'&#233;change. Mais, par ordre du Congr&#232;s, les &#201;tats-Unis ne pouvaient pas remettre d'information, ni d'ordinateurs et encore moins d'uranium enrichi &#171; &lt;i&gt;&#224; une puissance &#233;trang&#232;re &#187;&lt;/i&gt;. Kennedy, qui ne le voulait pas non plus, autorisa quand m&#234;me la CIA en janvier 1962 &#224; fournir aux Fran&#231;ais toutes les informations obtenues sur le d&#233;veloppement nucl&#233;aire sovi&#233;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que la CIA remettait &#224; Paris de la documentation peu int&#233;ressante, le 28 mai 1962, Paris autorisait la CIA &#224; avoir son propre bureau dans l'ambassade de France &#224; La Havane. De Vosjoli &#233;tait charg&#233; de transporter par valise diplomatique les &#233;quipements d'interception et de communication les plus sophistiqu&#233;s dont disposait l'Agence.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Thyraud De Vosjoli, Op. cit. Voir aussi : Vincent Jauvert, Op. cit.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ses M&#233;moires, fin juillet 1962, les informateurs et l'ambassadeur du Gardier commenc&#232;rent &#224; lui signaler &#171; l'arriv&#233;e de navires sovi&#233;tiques &#224; la Havane et, fait &#233;trange, &#224; Mariel, petit port ne figurant que rarement sur les cartes de Cuba [&#8230;] et je commen&#231;ai &#224; &#234;tre tr&#232;s intrigu&#233; lorsque le port de Mariel fut ferm&#233; aux Cubains et que des soldats sovi&#233;tiques d&#233;charg&#232;rent eux-m&#234;mes les bateaux. Quels objets pr&#233;cieux Krouchtchev pouvait-il bien envoyer &#224; Cuba ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'officier du SDECE poursuit en disant qu'&#224; partir &#171; de plusieurs sources g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s bien inform&#233;es &#187;, il avait appris l'arriv&#233;e &#171; depuis le d&#233;but du mois d'ao&#251;t de groupes tr&#232;s importants de jeunes gens [&#8230;] qui ont d&#233;barqu&#233; de nuit de paquebots russes dans les ports de Mariel et de Bahia Honda. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, de Vosjoli rencontra imm&#233;diatement le nouveau patron de la CIA, John McCone, voyant que personne ne savait r&#233;ellement ce qu'il se passait. Puis, l'espion revint &#224; La Havane. Mais les r&#233;cits que lui-m&#234;me et l'ambassadeur recevaient de leurs informateurs cubains leurs paraissaient assez fantaisistes. Jusqu'&#224; ce qu'un militaire fran&#231;ais qui passait ses vacances sur l'&#238;le, &lt;i&gt;&#171; m'informa qu'il avait vu une fus&#233;e transport&#233;e sur un camion &#187;&lt;/i&gt;, ainsi que &#171; &lt;i&gt;de grands semi-remorques transportant des fus&#233;es russes sous une b&#226;che... &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
En outre, deux &#171; auxiliaires de l'ambassade &#187;, dont l'un &#233;tait sous-officier, avaient d&#233;couvert, quelques nuits auparavant, &#171; dans une route secondaire que des policiers motocyclistes avaient fait &#233;vacuer, des convois militaires allant d'ouest en est, et comportant notamment des tracteurs lourds entra&#238;nant des remorques plates-formes &#224; six roues doubles sur lesquelles se trouveraient des rampes de lancement de fus&#233;e d'une douzaine de m&#232;tres de long. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque de Vosjoli n'&#233;tait pas &#224; Cuba, c'est le fils de l'ambassadeur qui transportait des microfilms jusqu'&#224; New York. En d'autres occasions, c'&#233;tait la femme de l'ambassadeur de France qui voyageait au Br&#233;sil... Ces personnes devinrent les bras droits des espions fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;McCone fit un rapport &#224; Kennedy, le 22 ao&#251;t 1962, sur les suppos&#233;s missiles et l'aide militaire sovi&#233;tique &#224; Cuba : presque tout &#233;tait bas&#233; sur ce qu'avaient rapport&#233; de Vosjoli et Du Gardier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais effectu&#232;rent un travail si efficace et si important, que le 7 septembre 1962, Herv&#233; Alphand, l'ambassadeur de Paris &#224; Washington, &#233;crivit au Ministre fran&#231;ais des Relations Ext&#233;rieures, Maurice Couve de Murville, pour lui dire que le secr&#233;taire d'&#201;tat de Kennedy, Dean Rusk, &lt;i&gt;&#171; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;a tenu &#224; me remercier des renseignements sur la situation &#224; Cuba que nous avions fournis au d&#233;partement d'Etat et aux services am&#233;ricains &#187;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Alphan, L'&#201;tonnement d'&#234;tre. Journal 1933-1973, Editions Fayard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre, de Vosjoli re&#231;ut les remerciements personnels de McCone. Ce n'&#233;tait pas pour rien : &#171; J'ai tout lieu de croire que mes renseignements, ajout&#233;s &#224; d'autres, servirent de base au pr&#233;sident Kennedy dans sa d&#233;cision de demander des comptes aux Russes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une contribution fondamentale que l'&#201;tat fran&#231;ais apporta aux &#201;tats-Unis, avec la d&#233;couverte de l'arriv&#233;e des missiles sovi&#233;tiques, qui seraient bient&#244;t &#224; l'origine de la crise la plus grave de la Guerre Froide. On affirme que &lt;i&gt;&#171; par sa pr&#233;cision et l'importance du sujet, ce travail a &#233;t&#233; l'un des plus importants dans l'histoire du renseignement fran&#231;ais &#187;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Jauvert, Op. cit.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France tint parole. Alors que les informations que la CIA lui avait remises sur la fabrication d'armes nucl&#233;aires sovi&#233;tiques ne servirent pas au d&#233;veloppement de sa strat&#233;gie nucl&#233;aire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt; para Le Monde diplomatique, Espagne, octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol :&lt;/strong&gt; H&#233;l&#232;ne Vaucelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/hernando-calvo-ospina/blog/151020/la-france-fut-le-meilleur-espion-des-etats-unis-cuba&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 15 octobre 2020&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/hernando-calvo-ospina&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-France-fut-le-meilleur-espion-des-Etats-Unis-a-Cuba&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 15 octobre 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous la direction de Maurice Va&#239;sse et Herv&#233; Magro, &lt;i&gt;Dans les archives secr&#232;tes du Quai d'Orsay. De 1945 &#224; nos jours&lt;/i&gt;, L'Iconoclaste, Paris, 2019. Voir aussi : Archives de la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, 4AG1-201. Archives Nationales, Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cit de Dean Acheson, Oral History, Kennedy Library. Cit&#233; dans : Maurice Vaisse, &#171; La France et la crise de Cuba &#187;, Histoire, &#233;conomie et soci&#233;t&#233;, Paris, 1994. Voir aussi : Jean Lacouture, De Gaulle, tome III, Le Souverain, Editions du Seuil, Paris, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Z3BKxcESdFo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Discours de JFK&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; du 22 octobre 1962. Vostfr&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; De Gaulle et la crise de Cuba : la conduite de crise, avant, pendant et apr&#232;s &#187;, Fondation Charles de Gaulle, &lt;i&gt;Lettre N&#186;14&lt;/i&gt;, Paris, 11 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Jauvert, &lt;i&gt;L&#180;Am&#233;rique contre De Gaulle&lt;/i&gt;, Editions du Seuil, Paris, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Thyraud De Vosjoli, &lt;i&gt;Lamia, l'Anti-barbouze&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de l'Homme, Montr&#233;al, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Jauvert, &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les archives secr&#232;tes du Quai d'Orsay. De 1945 &#224; nos jours. Op.cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Thyraud De Vosjoli, &lt;i&gt;Op. cit. &lt;/i&gt;Voir aussi : Vincent Jauvert, &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herv&#233; Alphan, &lt;i&gt;L'&#201;tonnement d'&#234;tre. Journal 1933-1973&lt;/i&gt;, Editions Fayard, Paris, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Jauvert, &lt;i&gt;Op. cit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ingrid B, entre fraude m&#233;diatique et l&#226;chet&#233; politique</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Ingrid-B-entre-fraude-mediatique-et-lachete-politique</link>
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		<dc:date>2020-02-25T15:19:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ingrid B, entre fraude m&#233;diatique et l&#226;chet&#233; politique. Comme la France l'adulait m&#233;diatiquement, presque toujours de fa&#231;on fausse et extravagante, elle devint un pr&#233;cieux troph&#233;e pour les FARC...Hernando Calvo Ospina&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Bataille-pour-l-information" rel="directory"&gt;Bataille pour l'information&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; I &#187;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le 23&#8239;f&#233;vrier 2002, le pr&#233;sident colombien Andres Pastrana annon&#231;a la rupture des n&#233;gociations de paix avec la gu&#233;rilla des Forces Arm&#233;es R&#233;volutionnaires de Colombie, FARC. Pour r&#233;affirmer l' &#171; autorit&#233; de l'&#201;tat &#187;, il d&#233;cida d'aller jusqu'&#224; San Vicente del Cagu&#225;n, o&#249; les dialogues avaient &#233;t&#233; men&#233;s pendant plus de deux ans. Il ferait en avion les cent cinquante kilom&#232;tres &#224; parcourir depuis la ville de Florencia au sud du pays. Plusieurs journalistes &#233;taient invit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une candidate &#224; la pr&#233;sidence, quasiment inconnue, voulait faire partie du spectacle. Allant d'un responsable de la suite pr&#233;sidentielle &#224; un autre, elle en exigeait le droit. Devant leur refus cat&#233;gorique, elle criait, insultait m&#234;me et mena&#231;ait. Une &#233;quipe de journalistes fran&#231;ais qui l'accompagnaient hallucinaient devant son attitude, qu'elle ne se serait jamais autoris&#233;e en France dans une situation identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; &lt;i&gt;Elle se croit mieux que nous les Colombiens de pure souche parce qu'elle est aussi fran&#231;aise, qu'elle &#233;crit mieux en fran&#231;ais qu'en espagnol et parce que l&#224;-bas, il para&#238;t qu'elle a des amis et des petits amis qui ont du pouvoir&lt;/i&gt; &#187;, dit une femme brune, officier de l'arm&#233;e, tout en la regardant avec m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les sondages, elle atteignait seulement 0,6&#8239;% des intentions de vote. Elle fait campagne &#224; Bogot&#225; en distribuant des pr&#233;servatifs pour &#171; se prot&#233;ger de la corruption &#187;, et du viagra &#171; pour relever le pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le tapage de la dame, le pr&#233;sident d&#233;clara qu'en pleine bataille &#233;lectorale, il ne pouvait privil&#233;gier aucun candidat, m&#234;me si c'&#233;tait une femme. Certaines des personnes se trouvant &#224; c&#244;t&#233; de Pastrana l'entendirent aussi grommeler quelque chose de ce genre &#224; la sulfureuse politicienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te rappelles tout ce que tu dis de moi depuis cette nuit-l&#224; ? Alors si tu veux aller &#224; Cagu&#225;n, vas-y par tes propres moyens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'Ingrid Betancourt dut se d&#233;placer dans un v&#233;hicule d'emprunt. Elle ne put emmener avec elle les gardes du corps qu'on lui avait assign&#233;s du fait qu'elle &#233;tait candidate &#224; la pr&#233;sidentielle. On les lui retira pour une raison tr&#232;s simple : on ne pouvait leur faire courir un si gros risque juste pour satisfaire les caprices de la candidate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas pour exiger publiquement du gouvernement qu'il reprenne les n&#233;gociations et en termine ainsi avec la guerre, qu'elle d&#233;sirait aller dans le Cagu&#225;n. Non, tous savaient que son unique but &#233;tait d'attirer les regards pour promouvoir sa d&#233;plorable campagne. En outre, elle montrerait ainsi &#224; ses compatriotes fran&#231;ais qui l'accompagnaient &#224; qui ils avaient affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politicienne pla&#231;a sur la voiture des panneaux avec son nom, et d'autres, avec l'inscription &#171; Presse internationale &#187;. Elle pensait qu'ainsi la gu&#233;rilla, en &#233;tat d'alerte maximum et d&#233;ploy&#233;e sur toute cette immense zone, lui d&#233;roulerait le tapis rouge d&#232;s qu'elle la reconna&#238;trait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques kilom&#232;tres plus loin, un barrage mili-taire voulut leur interdire de continuer le voyage. Sans la moindre amabilit&#233;, elle dit aux soldats qu'elle &#233;tait Ingrid Betancourt et que la gu&#233;rilla n'oserait pas toucher un seul de ses cheveux. L'officier lui fit signer un document dans lequel elle prenait la responsabilit&#233; de ce qui lui arriverait &#224; partir de ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe continua son chemin. A peine quelques minutes plus tard, ils rencontr&#232;rent une colonne des FARC. Les combattants leur demand&#232;rent affable-ment d'attendre pendant qu'ils v&#233;rifiaient leurs noms. Comme le temps passait, Ingrid d&#233;cida d'impressionner ces hommes et femmes d'ascendance paysanne, mais qui appartenaient &#224; un commando de Forces Sp&#233;ciales, en donnant ses pr&#233;nom et nom de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans sourciller, le commandant du groupe prit le transmetteur et entra en communication avec son sup&#233;rieur. Peu apr&#232;s, on lui indiqua de la retenir en otage avec son assistante et amie intime, Clara Rojas. Les autres personnes furent remises en libert&#233; quelques heures plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit qu'elle vit dans cette d&#233;tention l'aubaine publicitaire de sa vie &#233;lectorale, pensant qu'ils la laisseraient partir quelques jours apr&#232;s. Tout s'&#233;croula pour elle quand on lui annon&#231;a qu'elle ferait partie du groupe de personnes s&#233;questr&#233;es, qui serait &#233;chang&#233; avec des gu&#233;rilleros emprisonn&#233;s et malades. Alors, elle se remit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;crier, tr&#233;pigner, insulter et jusqu'&#224; menacer de faire s'abattre sur eux toute la puissance militaire fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame, cela fait plus de quarante ans que nous affrontons les gringos, alors ce ne sont pas les Fran&#231;ais qui vont nous faire peur, lui dit le chef du commando. Avant d'ajouter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Cessez de brailler, vous restez ici parce que vous faites partie de l'oligarchie de ce pays. Un point c'est tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la nouvelle circula, cela importa peu &#224; l'immense majorit&#233; des Colombiens. En revanche, certains s'en r&#233;jouirent presque, tant il &#233;tait rare qu'une personne issue de la bourgeoisie soit touch&#233;e dans sa propre chair par la longue guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en France, ses amis politiques et intimes se jet&#232;rent dans une &#233;mouvante campagne m&#233;diatique, qui convertit la dame Betancourt en &#171; affaire d'&#201;tat &#187;. Et comme la France l'adulait m&#233;diatiquement, presque toujours de fa&#231;on fausse et extravagante, elle devint un pr&#233;cieux troph&#233;e pour les FARC. La gu&#233;rilla n'allait donc pas la laisser partir facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne &#171; humanitaire &#187; lanc&#233;e par la France fut utilis&#233;e par les gouvernements de Colombie et des &#201;tats-Unis pour entreprendre une attaque mili-taire sans pr&#233;c&#233;dent, au cours de laquelle la majorit&#233; des morts furent des civils, r&#233;guli&#232;rement loin des fronts gu&#233;rilleros, loin du lieu o&#249; se trouvait Ingrid Betancourt [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&#171; VI &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Les bombardements contre les campements des FARC &#233;taient massifs. Les forces sp&#233;ciales de la s&#233;curit&#233; colombienne, conseill&#233;es par des Etasuniens, des Isra&#233;liens et des Britanniques harcelaient les forces de la gu&#233;rilla. La technologie d'espionnage la plus avanc&#233;e &#233;tait partout, suivant la moindre trace douteuse aussi bien en Colombie qu'&#224; l'ext&#233;rieur. Des satellites et des avions scrutaient les for&#234;ts colombiennes. Les lieux o&#249; l'on pensait que pourraient passer les chefs gu&#233;rilleros &#233;taient surveill&#233;s au centim&#232;tre pr&#232;s : on adapta des mini cam&#233;ras sur des insectes de grande taille qu'on l&#226;cha &#224; des points cl&#233;s des immenses for&#234;ts. Des soldats furent infiltr&#233;s avec pour t&#226;che de rester post&#233;s dans les arbres, solitaires, plusieurs jours durant, se nourrissant de comprim&#233;s. Peut- &#234;tre qu'un jour passerait par l&#224; l'un de ceux qui &#233;taient avidement recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; l'&#233;tranger, le nombre des agents des services secrets fut multipli&#233; ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; dans les ambassades et les consulats, on soumit au chantage des centaines de Colombiens qui avaient besoin de papiers, en les obligeant &#224; d&#233;noncer les compatriotes qui s'exprimeraient contre le gouvernement ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des narco-paramilitaires furent d&#233;p&#234;ch&#233;s dans plusieurs pays dont l'Espagne, la France, la Belgique, l'Angleterre, l'Argentine, le Br&#233;sil, pour assassiner, si n&#233;cessaire, des r&#233;fugi&#233;s et des activistes politiques de gauche.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La CIA &#233;tasunienne, le MOSSAD isra&#233;lien et plusieurs agences d'espionnage europ&#233;ennes travaill&#232;rent en &#233;troite collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte de localiser madame Ingrid Betancourt, se mit en place un r&#233;seau politique, militaire et technologique comme il en exista peu dans le monde des guerres non conventionnelles. La v&#233;rit&#233; non dite, c'est que seule une infime partie de tout cela servit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;localiser et &#224; lib&#233;rer l'otage. Le principal objectif &#233;tait d'en finir avec l'opposition au narco-Etat colombien qu'elle soit politique, l&#233;gale ou arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait la situation lorsque nous nous r&#233;un&#238;mes, Ignacio Ramonet, alors directeur du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Diplomatique&lt;/i&gt;, et Maurice Lemoine, r&#233;dacteur en&lt;i&gt; &lt;/i&gt;chef du mensuel. Ignacio mit toute sa confiance dans le projet. Les FARC pla&#231;aient toute leur confiance en nous. Maurice irait en Colombie pour rencontrer Raul Reyes, chef gu&#233;rillero qui coordonnait les n&#233;gociations de lib&#233;ration d'Ingrid Betancourt. Nous trois seulement serions au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la date d&#233;cid&#233;e, le reporter partit pour l'&#201;quateur. De l&#224;, il devait entrer en Colombie. De mon c&#244;t&#233;, je retrouvai Ignacio &#224; Caracas o&#249; nous participions &#224; un &#233;v&#233;nement international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que nous nous croisions, au lieu d'&#233;voquer le sujet de notre pr&#233;sence, nous nous &#233;changions quelques mots inquiets car aucune nouvelle de Maurice n'arrivait. Je me rappelle l'air soulag&#233; d'Ignacio lorsque je lui dis simplement et naturellement&#8239;dans l'ascenseur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il est de nouveau &#224; Quito.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice fit non seulement un excellent reportage, qui fut repris et comment&#233; dans de nombreux m&#233;dias internationaux, mais il rapporta aussi un message &#224; la famille d'Ingrid : Reyes lui assurait qu'elle &#233;tait en bonne sant&#233; et sous bonne protection [...]&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; VIII &#187;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;En mars&#8239;2008, j'avais rencontr&#233; deux fois Astrid Betancourt, la s&#339;ur d'Ingrid, dans des caf&#233;s parisiens. Elle avait l'air inqui&#232;te. Elle me raconta que sa m&#232;re, Yolanda Pulecio, &#233;tait tr&#232;s angoiss&#233;e, tout comme elle et ses neveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne pour la lib&#233;ration d'Ingrid fonctionnait, extr&#234;mement bien huil&#233;e. L'argent jaillissait &#224; flots et sans contr&#244;le. Sur la fa&#231;ade de l'h&#244;tel de ville de Paris, une immense photo fut appos&#233;e, o&#249; l'on voyait Ingrid assise sur un banc en bois de la for&#234;t, ses longs cheveux lui retombant sur la poitrine. Son visage lais-sait pr&#233;sager un tr&#232;s proche adieu &#224; ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incit&#233;s par les m&#233;dias, principalement fran&#231;ais et &#233;tasuniens, des millions de voix s'&#233;levaient pour exiger des FARC sa lib&#233;ration imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Astrid me raconta que les envoy&#233;s du pr&#233;sident Sarkozy avaient perdu le contact avec les FARC, au moment m&#234;me o&#249; la sant&#233; de sa s&#339;ur &#233;tait dans un &#233;tat grave, tr&#232;s grave. Elle avait besoin de vitamines et d'autres m&#233;dicaments urgents et elles ne savaient comment les lui faire parvenir. Si je connaissais un moyen, elle et sa famille me remercieraient du fond du c&#339;ur et auraient une dette envers moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, elle disait sans le dire que la vie d'Ingrid Betancourt &#233;tait entre mes mains. Que j'&#233;tais l'ultime espoir. Le dernier verre d'eau dans le d&#233;sert. Je l'&#233;coutais tr&#232;s attentivement mais je la croyais peu, m&#234;me si je sentais une grande pr&#233;occupation sur son visage et dans ses paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pensai qu'il s'agissait d'un pi&#232;ge. Qu'elle, en toute innocence, &#233;tait utilis&#233;e par les services de police pour savoir jusqu'&#224; quel point j'avais des contacts avec les rebelles. M&#234;me si cela aurait &#233;t&#233; un peu idiot puisque mes relations avec les dirigeants des gu&#233;rillas colombiennes, et pas seulement des FARC, &#233;taient connues, du fait de mon travail de journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui proposai de nous voir avec sa m&#232;re. Quelques jours apr&#232;s nous nous rencontr&#226;mes dans le luxueux h&#244;tel Lutetia de Paris. &#192; cette occasion, je r&#233;p&#233;tai ce que j'avais d&#233;j&#224; dit &#224; Astrid : cette photo &#233;tait tr&#232;s &#233;trange. Si Ingrid avait vraiment &#233;t&#233; malade, la gu&#233;rilla n'aurait pas montr&#233; cette photo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elles me reparl&#232;rent des m&#233;dicaments, je sugg&#233;rai &#224; la m&#232;re de les apporter &#224; Caracas quelques jours plus tard. J'essaierais de faire quelque chose pour qu'ils parviennent &#224; Ingrid, mais je ne lui promis de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les fleuves d'argent sur lesquels naviguait la campagne, il ne me vint pas &#224; l'id&#233;e de leur demander la moiti&#233; d'un centavo pour ce service. Et malgr&#233; mes maigres &#233;conomies, c'est moi qui payai les consommations pour nous trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, d&#233;but avril, je rencontrai la m&#232;re d'Ingrid &#224; l'H&#244;tel Alba de Caracas. J'&#233;tais l&#224; pour participer &#224; la rencontre d'intellectuels pour la paix et la souverainet&#233; en Am&#233;rique Latine. Elle fut surprise de me voir. Cela faisait trois jours qu'elle d&#233;ambulait dans l'ancien Hilton, attendant que quelqu'un la contacte pour les m&#233;dicaments. Elle &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Bien qu'elle n'e&#251;t rencontr&#233; aucune haute autorit&#233; du gouvernement, on lui avait quand m&#234;me assign&#233; deux gardes du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit l&#224;, en cachette de ses anges gardiens, elle se rendit dans ma chambre. Je l'&#233;coutai plusieurs heures durant. Elle me parla beaucoup de ses filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle insistait r&#233;guli&#232;rement aupr&#232;s de moi &#224; propos des m&#233;dicaments. Elle m'assurait, me jurait, que si j'aidais &#224; les lui faire parvenir, elle n'aurait pas assez de sa vie pour me le revaloir. Qu'elle, ses filles et ses petits-enfants, auraient une dette envers moi pour le restant de leur vie. Ses larmes en furent les t&#233;moins muets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me souviens plus quelle source me l'a assur&#233;, mais aujourd'hui je peux dire que l'un de ceux qui s'est charg&#233; d'acheminer les m&#233;dicaments &#233;tait l'actuel pr&#233;sident du Venezuela, Nicol&#225;s Maduro. La France le remercia par les tr&#232;s discr&#232;tes voies diplomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; IX &#187;&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Le 2&#8239;juillet 2008, Ingrid Betancourt fut lib&#233;r&#233;e, ainsi que trois militaires &#233;tasuniens. Le pr&#233;sident colombien n'informa Sarkozy, son homologue fran&#231;ais, qu'au moment o&#249; l'avion qui la transportait allait arriver &#224; Bogot&#225;. Ce dernier explosa de col&#232;re, bless&#233; dans son orgueil de ne pas avoir &#233;t&#233; mis au courant de l'op&#233;ration finale qui l'avait fait sortir de la jungle, alors qu'il connaissait toute l'intrigue en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une op&#233;ration de sauvetage qui ne s'est pas d&#233;roul&#233;e comme elle a &#233;t&#233; racont&#233;e, r&#233;p&#233;t&#233;e et lou&#233;e jusqu'&#224; &#233;puisement aux quatre coins du monde. &#192; aucun moment il n'y eut d'h&#233;ro&#239;sme de la part des troupes colombiennes et &#233;tasuniennes, et encore moins de grand travail de renseignement : ce fut le r&#233;sultat d'une simple transaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe de prisonniers fut remis par Gerardo Antonio Aguilar Ram&#237;rez, alias &lt;i&gt;C&#233;sar&lt;/i&gt;, chef du premier Front des FARC charg&#233; de leur surveillance. Il avait propos&#233; de les &#233;changer contre une grosse somme de dollars et une vie paisible en France, ce qui fut accept&#233; par Paris, Washington et Bogot&#225;. Les pourparlers et le d&#233;roulement de l'op&#233;ration se firent gr&#226;ce &#224; la m&#233;diation de son &#233;pouse, d&#233;tenue dans une prison colombienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires qui all&#232;rent &#171; sauver &#187; Ingrid et les autres otages n'&#233;taient pas au courant de ce troc, c'est pourquoi ils menott&#232;rent et maltrait&#232;rent &#171; C&#233;sar &#187; et son bras droit. Le 16&#8239;juillet 2009, l'ex-chef gu&#233;rill&#233;ro fut extrad&#233; aux &#201;tats-Unis et rapidement condamn&#233; &#224; vingt-sept ans de prison pour trafic de coca&#239;ne. Curieusement, il ne fut pas jug&#233; pour l'enl&#232;vement ni la s&#233;questration des trois citoyens &#233;tasuniens. Son &#233;pouse fut &#233;galement extrad&#233;e, accus&#233;e d'acquisition de mat&#233;-riel &#233;lectronique pour la gu&#233;rilla&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent les deux seuls Colombiens &#224; &#234;tre extrad&#233;s, pourtant la liste &#233;tait longue. On les vit &#224; Bogot&#225;, visages tranquilles et m&#234;me souriants tandis qu'on les conduisait, menott&#233;s, vers l'avion qui les emmenait aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, bizarrement, tous deux disparurent compl&#232;tement du paysage, et m&#234;me de la liste du syst&#232;me f&#233;d&#233;ral des prisons des &#201;tats-Unis (PACER). On n'a plus jamais entendu parler d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que les cam&#233;ras s'&#233;teignirent, Ingrid se changea et fit le voyage jusqu'&#224; Paris. La Colombie, ce pays qu'elle s'&#233;tait propos&#233; de lib&#233;rer de tous les maux pendant sa campagne pour la pr&#233;sidence, pouvait attendre. Les examens m&#233;dicaux complets auxquels elle fut soumise en France ne d&#233;tect&#232;rent pas le moindre parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les cocktails, les r&#233;compenses et les luxueux cadeaux, elle se rappela que des milliers de b&#233;n&#233;voles avaient travaill&#233; dur &#224; la campagne pour sa lib&#233;ration. Elle les r&#233;unit. Toutes et tous &#233;taient pleins d'enthousiasme, leur h&#233;ro&#239;ne se trouvait parmi eux. Mais cela ne dura pas longtemps. La c&#233;r&#233;monie fut br&#232;ve, et ce qu'on put en retenir fut qu'elle leur &#171; interdisait &#187; de continuer &#224; utiliser son nom. Le mythe s'&#233;croula rapidement face &#224; la r&#233;alit&#233; de la femme qu'elle &#233;tait&#8239;et que ses d&#233;fenseurs d&#233;couvraient : arrogante, ambitieuse et m&#233;galomane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il avait &#339;uvr&#233; pour sa lib&#233;ration, le pr&#233;sident Ch&#225;vez se vit presque accul&#233; &#224; une guerre avec la Colombie, car cela d&#233;rangeait les dirigeants &#224; Bogot&#225; et &#224; Washington que les FARC aient toujours eu l'intention de lui remettre la c&#233;l&#232;bre otage. La gu&#233;rilla avait essay&#233; &#224; plusieurs reprises, mais &#224; chaque fois des op&#233;rations militaires rendaient l'&#233;change dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les provocations contre le Venezuela depuis le pays voisin furent nombreuses pendant cette p&#233;riode. La France, principale int&#233;ress&#233;e par la lib&#233;ration d'Ingrid, se montra extr&#234;mement prudente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pays avait organis&#233; en faveur d'Ingrid la grande campagne m&#233;diatique dont voulurent se servir Sarkozy et d'autres hommes politiques. Alors que Ch&#225;vez, lui, prenait des risques pour sa lib&#233;ration, presque au prix de la paix de son peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;montrant &#224; nouveau qui elle &#233;tait, Ingrid Betancourt laissa passer six mois apr&#232;s sa lib&#233;ration, le 8&#8239;d&#233;cembre 2008, pour se rendre &#224; Caracas remercier le pr&#233;sident Ch&#225;vez et les V&#233;n&#233;zu&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, elle &#233;tait d&#233;j&#224; fatigu&#233;e des r&#233;ceptions, restaurants, discoth&#232;ques, plages et soir&#233;es avec la &lt;i&gt;Jet-set&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; X &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22&#8239;septembre 2011, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur fran&#231;ais m'annon&#231;a qu'il me refusait la nationalit&#233;. Motifs : proche de la r&#233;volution cubaine ; proche de la gu&#233;rilla des FARC, m&#234;me si c'&#233;tait en tant que journa-liste (sic) ; et je figurais sur la liste des personnes repr&#233;-sentant un danger pour la s&#233;curit&#233; des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejet&#233; cette d&#233;cision devant les tribunaux. On me donna raison une premi&#232;re fois. Le Minist&#232;re ne s'avoua pas vaincu et contre-attaqua. Un second tribunal statua en sa faveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de Fran&#231;ais, ouvriers, femmes au foyer ou grandes personnalit&#233;s sign&#232;rent un appel au gouver-nement du pr&#233;sident Hollande en demandant que me soit accord&#233;e la nationalit&#233; car mon parcours de jour-naliste et d'&#233;crivain m'en rendait digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je n'&#233;tais pas &#224; l'origine de cet appel, je me souvins des paroles de la famille d'Ingrid Betancourt, quand elle &#233;tait pr&#233;tendument au seuil de la mort et qu'elle avait besoin que les m&#233;dicaments lui parviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors j'&#233;crivis &#224; Astrid pour lui proposer de signer la p&#233;tition. Voici sa r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Cher Hernando,
&lt;p&gt;Je te remercie d'avoir pens&#233; &#224; nous, ainsi que de la confiance dont tu t&#233;moignes en nous envoyant ces documents se rapportant &#224; ton cas. Je sais bien que cela n'est pas facile de faire ce genre de requ&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois te dire qu'il ne m'est pas facile non plus de ne pouvoir acc&#233;der &#224; ta demande, mais te connaissant, je sais que tu vas comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; trop expos&#233;es publiquement Maman et moi, et cela a encore maintenant des cons&#233;quences dans nos vies et dans celles de mes enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cette raison qu'en tant que maman, je me suis engag&#233;e aupr&#232;s de mes enfants &#224; ce que jamais plus &#8211; &#224; partir de la lib&#233;ration de ma s&#339;ur &#8211; je n'aurai de prise de position li&#233;e de mani&#232;re directe ou indirecte au sujet, qui pourrait impliquer de nous exposer publiquement, et il en a &#233;t&#233; ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette beaucoup &#8211; vraiment &#8211; de ne pouvoir t'aider en cela. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vie est faite de co&#239;ncidences. Fin 2017, en rangeant mes papiers, je suis retomb&#233; sur cette lettre. J'&#233;tais juste en train de la relire lorsque quelqu'un m'appela pour me donner rendez-vous. Quelques heures plus tard, j'avais sous les yeux une information tr&#232;s int&#233;ressante : un document non public de la Croix rouge internationale disait que &#171; &lt;i&gt;C&#233;sar&lt;/i&gt; &#187; et son &#233;pouse r&#233;sidaient en France sous une autre identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon interlocuteur m'assura qu'Ingrid Betancourt avait demand&#233; qu'on respecte le pacte. Parfois la trahison paye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelai qu'&#224; La&#8239;Havane, durant les n&#233;gociations des FARC avec le gouvernement, l'un des commandants de la gu&#233;rilla m'avait confi&#233; qu'&#224; la demande des futurs &#171; lib&#233;rateurs &#187;, on avait pris dans le campement de &#171; C&#233;sar &#187; la fameuse photo d'Ingrid assise sur un banc, avec l'expression de celle qui n'attend plus que la mort. C'&#233;tait une pose mise en sc&#232;ne, tout comme le besoin de m&#233;dicaments pour lesquels j'avais vu sa m&#232;re verser tant de larmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;/strong&gt;Ces textes sont extraits d'une des 39 histoires composant le livre &#171; No Fly list et autres contes exotiques &#187;, d'Hernando Calvo Ospina. Editions Bruno Leprince, Paris, 2019.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Ingrid-B-entre-fraude-mediatique-et-lachete-politique?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora Latinoam&#233;ricana&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 25 f&#233;vrier 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De nouveau l'arbitaire US emp&#234;che le transport de personnes </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/De-nouveau-l-arbitaire-US-empeche-le-transport-de-personnes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/De-nouveau-l-arbitaire-US-empeche-le-transport-de-personnes</guid>
		<dc:date>2018-09-14T17:09:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;De nouveau l'arbitaire US emp&#234;che le transport de personnes - Hernando Calvo Ospina&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Ingerences-abus-et-pillages" rel="directory"&gt;Ing&#233;rences, abus et pillages&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En avril 2009 les autorit&#233;s &#233;tasuniennes ont oblig&#233; un avion commercial d'Air France &#224; d&#233;vier de sa trajectoire. Raison invoqu&#233;e : &#224; bord se trouvait une personne consid&#233;r&#233;e comme un danger pour la s&#233;curit&#233; de leur pays. L'appareil allait juste traverser leur espace a&#233;rien, car c'est &#224; Mexico qu'il devait se poser. Quelques heures plus tard, j'ai appris que j'&#233;tais le &#171; coupable &#187;. C'est l&#224; que j'ai d&#233;couvert que j'&#233;tais sur la &lt;strong&gt; &lt;i&gt;No Fly List&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, cr&#233;&#233;e et aliment&#233;e par le &lt;i&gt;Terrorist Screening Center&lt;/i&gt; (TSC) du gouvernement f&#233;d&#233;ral des Etats-Unis, depuis 2003.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'homme qui mena&#231;ait les Etats-Unis et Un chercheur interdit de survol du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche 6 mai 2012, j'ai voyag&#233; de Paris &#224; Madrid. Je devais y prendre un avion d'Air Europa qui m'emm&#232;nerait &#224; La Havane. Accompagn&#233; d'une responsable de la compagnie a&#233;rienne, un homme est venu me dire que je ne pouvais pas monter &#224; bord parce que l'avion volerait dans l'espace a&#233;rien des Etats-Unis durant 5 minutes et que je me trouvais sur la &lt;strong&gt; &lt;i&gt;No Fly List&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le voyage pour Cuba s'est arr&#234;t&#233; &#224; Madrid&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce samedi 8 septembre 2018, on m'a de nouveau interdit un vol direct pour La Havane. Cela s'est pass&#233; &#224; l'a&#233;roport de Paris-Orly. Mon visa, obtenu la veille au consulat de Cuba, &#233;tait en r&#232;gle ; et j'&#233;tais en possession d'un document de voyage valide, d&#233;livr&#233; par le gouvernement fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s vendredi, ne parvenant pas &#224; obtenir ma carte d'enregistrement sur le site internet de la compagnie CORSAIR, j'ai pressenti les difficult&#233;s &#224; venir. Samedi, trois heures avant le d&#233;part de l'avion je me suis pr&#233;sent&#233; au guichet pour l'enregistrement, qui s'av&#233;ra impossible. L'employ&#233;e Corsair qui s'occupait de moi essaya plusieurs fois puis, s'adressant &#224; son coll&#232;gue le plus proche, lui demanda ce que signifiait ce message bloquant qui apparaissait sur son &#233;cran, le m&#234;me qu'elle avait d&#233;j&#224; vu pour des passagers &#224; destination du Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Munie de mon passeport, elle se rendit au poste de sa responsable. En revenant elle dit &#224; son coll&#232;gue, pensant que je ne l'&#233;coutais pas, que c'&#233;tait le gouvernement cubain qui ne m'autorisait pas &#224; partir et que la responsable &#233;tait en train de parler en anglais, car elle appelait aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de quelques minutes apparut une dame qui se pr&#233;senta comme la responsable de Corsair. Elle m'annon&#231;a que les autorit&#233;s cubaines ne me permettaient pas de prendre cet avion. Et que mon seul recours &#233;tait de m'adresser &#224; l'ambassade de Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui demandai de m'indiquer le nom de la personne ou de l'institution avec qui elle avait parl&#233; &#224; Cuba. Suite &#224; mon insistance, elle me donna ce nom : LAKATOS JOSEPH de la &lt;a href=&#034;https://www.tsa.gov/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;NATIONAL TRANSPORTATION SECURITY SERVICE&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Avec ces num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone : 8665 844501 et 2404 731665.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui fis remarquer que ces num&#233;ros n'&#233;taient pas cubains et qu'elle avait probablement appel&#233; aux Etats-Unis. Mais elle nia et continua de soutenir qu'elle avait contact&#233; les autorit&#233;s cubaines. Elle commen&#231;a &#224; me r&#233;p&#233;ter que je devais r&#233;gler mon probl&#232;me avec ces derni&#232;res puisque l'interdiction venait d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et elle fit demi-tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quelques m&#232;tres de l&#224; se trouvait le bureau de CORSAIR o&#249; je partis expliquer mon probl&#232;me. L'employ&#233;e qui me re&#231;ut m'annon&#231;a que la seule solution &#233;tait de r&#233;server pour une autre date. Je lui r&#233;torquai que cela ne servirait &#224; rien puisqu'on m'emp&#234;cherait encore de monter &#224; bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle partit voir sa responsable et revint en me disant qu'elle ne pouvait rien faire de plus et que c'&#233;tait &#224; cause des autorit&#233;s cubaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui fis remarquer qu'elle r&#233;p&#233;tait le mensonge de sa responsable, car je savais que l'ordre venait des Etats-Unis et non pas de Cuba. Et qu'une entreprise fran&#231;aise n'avait pas &#224; ob&#233;ir &#224; un autre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lever le doute, la personne qui m'accompagnait partit s'enqu&#233;rir de l'indicatif t&#233;l&#233;phonique utilis&#233; par la responsable CORSAIR qui lui r&#233;pondit : 00 1. Et ce UN est bien l'indicatif international des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon accompagnatrice appela et c'est un monsieur de la &lt;a href=&#034;https://www.tsa.gov/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Transportation Security Administation&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (TSA) des Etats-Unis qui lui r&#233;pondit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche il lui refusa toute explication sur les raisons pour lesquelles il m'interdisait d'embarquer pour Cuba, arguant qu'il ne parlait pas aux passagers mais uniquement au personnel des compagnies a&#233;riennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;vidence, les employ&#233;es de CORSAIR refus&#232;rent de nous entendre et continu&#232;rent &#224; r&#233;p&#233;ter que le probl&#232;me venait de Cuba. Je leur demandai plusieurs fois pourquoi elles mentaient et qui les obligeait &#224; accuser le gouvernement cubain. Mais elles s'acharn&#232;rent &#224; dire qu'elles ne mentaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; ce qu'une autre responsable vienne me dire qu'effectivement c'&#233;tait les autorit&#233;s des Etats-Unis qu'elles avaient contact&#233;, mais&#8230; que je ne pouvais les traiter de menteuses&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela doit &#234;tre film&#233; par les cam&#233;ras de surveillance de l'a&#233;roport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rentr&#233; chez moi, n'esp&#233;rant plus rien de Corsair... En 2009, Air France m'avait envoy&#233; une lettre me disant qu'ils ne pourraient plus me transporter vers des pays frontaliers des Etats-Unis ni s'ils devaient traverser leur espace a&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que Cubana de Aviaci&#243;n n'a plus de vol au d&#233;part de Paris, j'ai pu partir avec Air Cara&#239;bes, qui a pass&#233; un accord de partenariat avec Cubana et ne fournit pas sa liste de passagers &#224; la TSA. Mais leur dernier vol de septembre a eu lieu vendredi dernier&#8230; Esp&#233;rons qu'en octobre et dans les mois &#224; venir Air Cara&#239;bes continue &#224; faire preuve de dignit&#233; et refuse la soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que pourrait dire le gouvernement fran&#231;ais ? La r&#233;ponse est pr&#233;visible : les pays de l'Union europ&#233;enne ont accept&#233;, tr&#232;s docilement, il y a quelques ann&#233;es, que leurs compagnies a&#233;riennes fournissent les listes de passagers aux Etats-Unis. La lutte contre le terrorisme a bon dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/De-nouveau-l-arbitaire-US-empeche-le-transport-de-personnes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 14 septembre 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/LEMOINE/17046&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'homme qui mena&#231;ait les Etats-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/04/25/un-chercheur-interdit-de-survol-du-territoire-des-etats-unis_1185377_3222.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un chercheur interdit de survol du territoire des Etats-Unis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/100512/le-voyage-pour-cuba-sest-arrete-madrid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le voyage pour Cuba s'est arr&#234;t&#233; &#224; Madrid&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une h&#233;ro&#239;ne de &#171; Little Hiroshima &#187; durant l'invasion de Panama</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Une-heroine-de-Little-Hiroshima-durant-l-invasion-de-Panama</link>
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		<dc:date>2016-12-19T11:02:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait le 19 d&#233;cembre 1989. Apr&#232;s le d&#238;ner, le couple s'&#233;tait consacr&#233; &#224; l'installation de la cr&#232;che de No&#235;l. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le b&#339;uf, l'&#226;ne et un grand nombre de figurines. Elle avait d&#251; expliquer vingt fois &#224; Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 d&#233;cembre pour placer l'enfant J&#233;sus : c'est ce jour-l&#224; qu'il &#233;tait n&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment d'aller se coucher, les enfants refus&#232;rent de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Heroines" rel="directory"&gt;H&#233;ro&#239;nes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L356xH237/panama-2-9fd12.jpg?1694098135' width='356' height='237' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le 19 d&#233;cembre 1989. Apr&#232;s le d&#238;ner, le couple s'&#233;tait consacr&#233; &#224; l'installation de la cr&#232;che de No&#235;l. Ils avaient pratiquement tout mis en place : la Vierge Marie, Saint Joseph, les bergers, le b&#339;uf, l'&#226;ne et un grand nombre de figurines. Elle avait d&#251; expliquer vingt fois &#224; Jorge, le plus jeune, qui avait quatre ans, pourquoi il devait attendre le 25 d&#233;cembre pour placer l'enfant J&#233;sus : c'est ce jour-l&#224; qu'il &#233;tait n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment d'aller se coucher, les enfants refus&#232;rent de dormir dans leurs lits. Ils voulaient rester pr&#232;s de la cr&#232;che. Ana, la m&#232;re, accepta &#224; la condition qu'ils dorment de l'autre c&#244;t&#233;, pr&#232;s de la fen&#234;tre. Les parents y dispos&#232;rent un matelas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait de la musique dans le voisinage. L'ambiance festive allait crescendo, car &#231;a sentait d&#233;j&#224; No&#235;l, particuli&#232;rement dans ce quartier panam&#233;en du &lt;i&gt;Chorrillo&lt;/i&gt;. Son mari alla se coucher. Elle se sentait &#233;trange. Elle &#233;tait fatigu&#233;e, mais elle pr&#233;f&#233;ra s'asseoir par terre et lire un livre. Par moments, elle observait avec tendresse ses deux petits gar&#231;ons. Le temps passa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle regarda le vieux r&#233;veil pos&#233; sur la t&#233;l&#233;vision et se rendit compte qu'il manquait peu de temps pour qu'une aiguille recouvre l'autre : il &#233;tait presque minuit. C'est alors que l'appareil commen&#231;a &#224; vibrer. Elle regarda les murs, le plafond et posa les yeux sur les figurines qui changeaient de place. Tout tremblait ! Elle entendit un terrible fracas, ensuite un autre, puis d'autres. Pendant quelques secondes, elle crut que c'&#233;tait une autre man&#339;uvre de l'Arm&#233;e &#233;tasunienne cantonn&#233;e aux alentours du Canal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L356xH243/panama-1-e2d52.jpg?1694098135' width='356' height='243' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle se leva comme un ressort et fon&#231;a vers la chambre o&#249; son mari &#233;tait d&#233;j&#224; debout, en slip. Ensemble, ils s'approch&#232;rent de la fen&#234;tre et se pench&#232;rent terrifi&#233;s. Ils vivaient au quatri&#232;me &#233;tage. Partout des &#233;clats de lumi&#232;re et des explosions : &#171; L'invasion, l'invasion ! &#187; furent les cris angoiss&#233;s qu'ils entendirent comme un ch&#339;ur. Les h&#233;licopt&#232;res lan&#231;aient des fus&#233;es contre la Caserne de l'Etat Major des Forces de D&#233;fense Panam&#233;enne, situ&#233;e non loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils coururent au salon. Elle ouvrit la porte, sortant sur le balcon pour &#234;tre t&#233;moin du d&#233;but de l'apocalypse. Les cris de terreur s'amplifiaient de tous c&#244;t&#233;s, aussi bien que les explosions et les rafales de tirs. Elle entra et se jeta sur les enfants qui &#233;taient d&#233;j&#224; assis en pleurs, effray&#233;s. Elle les embrassa. Elle leva les yeux et vit son mari plant&#233; l&#224; au milieu de la pi&#232;ce et ne sachant que faire. &#171; Apporte un matelas ! Apporte un matelas ! &#187;, lui cria-t-elle. L'homme r&#233;agit enfin en s'exclamant qu'il fallait mettre les enfants pr&#232;s de la cr&#232;che pour que la Vierge Marie les prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apporte un matelas, je t'en prie, apporte-le ! &#187;, lui cria-t-elle, d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#171; La vierge ne peut rien pour nous en ce moment ! &#187;, pr&#233;cisa-t-elle. Voyant les &#233;clats lumineux qui entraient par la fen&#234;tre et le tremblement de terre &#224; ses pieds, elle courut jusqu'&#224; la chambre des gar&#231;ons, saisit le matelas qui restait et le souleva, comme s'il s'agissait d'une plume et le pla&#231;a sur les petits qui ne cessaient de pleurer, paniqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avions supersoniques sillonnaient le ciel, suivis d'un bruit qui faisait &#233;clater les tympans et les vitres. Le ciel devenait rouge&#226;tre &#224; cause du reflet des explosions et des incendies. Le bruit des rotors des h&#233;licopt&#232;res r&#233;sonnait partout. Les fus&#233;es aussi partaient de la baie tr&#232;s proche : les navires de guerre bombardaient &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, par la porte entra une sorte de rayon aveuglant. Quand elle rouvrit les yeux, tout &#233;tait encore illumin&#233; et tremblant, mais il y avait une sorte de fum&#233;e dont on ne pouvait d&#233;finir l'odeur. A la place de la cr&#232;che et de la t&#233;l&#233;vision, il ne restait plus qu'une tache d'huile noire et des cendres. M&#234;me la Vierge n'avait pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mari, atterr&#233; et muet, regardait &#171; &#231;a &#187; puis regardait o&#249; se trouvaient les petits. Si sa femme n'avait pas &#233;t&#233; l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana se rappela qu'elle &#233;tait &#233;lue de la commune, et que pour cette raison elle devait se calmer et essayer d'aider. Elle ouvrit la porte de l'appartement et trouva tous les voisins d&#233;boussol&#233;s, en plein chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle dit &#224; son &#233;poux qu'il fallait partir avec les enfants, car une bombe pouvait d&#233;truire le b&#226;timent de sept &#233;tages. Il fallait chercher un refuge. Il sortit avec les enfants dans les bras, tandis qu'elle montait les &#233;tages pour exiger que tout le monde &#233;vacue les lieux. Au dernier &#233;tage, elle d&#233;couvrit deux petits vieux qui pleuraient et criaient, tout en demandant &#224; leur petit-fils de quitter le balcon d'en face. Le jeune mena&#231;ait un h&#233;licopt&#232;re avec un revolver qui n'avait plus de balle. Ana lui cria que par sa faute, ils allaient bombarder l'immeuble. Il semblait devenu fou et s'exclamait &#224; pleins poumons &#171; Yankees assassins ! Yankees fils de putes ! &#187;. Les trois virent une sorte de rayon laser couper le jeune en deux, au niveau de la ceinture. M&#234;me une scie &#233;lectrique ne l'aurait pas fait avec autant de facilit&#233;. Des cris et encore des cris de panique, et l'impuissance devant tant d'horreur. Ana poussa les vieux, les obligeant &#224; descendre, m&#234;me s'ils n'avaient plus envie de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas, elle rencontra son mari. Tous les enfants qu'il y avait l&#224; &#233;taient dans une panique totale. Elle, avec pr&#233;caution, ouvrit le portail et sortit. Lui n'osa pas la retenir. Elle &#233;tait comme &#231;a. Dans la diagonale, plusieurs b&#226;timents br&#251;laient. A chaque explosion de bombes, les gens hurlaient, car ils croyaient qu'elles leur tombaient dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes et les femmes couraient dans tous les sens, portant jusqu'&#224; trois enfants dans les bras. Des enfants portaient des enfants. Des vieillards priaient, &#224; genoux dans l'embrasure des portes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coin de la rue, &#224; quelque cent m&#232;tres, elle vit trois hommes en civil tirer sur les h&#233;licopt&#232;res. Elle courut jusqu'&#224; eux et demanda une arme. Il n'y en avait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle revint sur ses pas, d&#233;&#231;ue. Elle proposa de rester l&#224; parce qu'il n'y avait nulle part o&#249; aller. Ils se blottirent &#224; l'int&#233;rieur de l'immeuble. Certains s'&#233;treignaient. Tout en pleurant, les hommes et les femmes se mirent &#224; attendre que la lumi&#232;re du jour se l&#232;ve, car peut-&#234;tre que cet horrible cauchemar serait moins &#233;pouvantable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 6h15, les explosions continuaient. Ana ouvrit lentement le portail, avan&#231;a la t&#234;te et d&#233;couvrit plusieurs hommes aux visages peints. Elle pensa qu'elle &#233;tait morte quand ils la vis&#232;rent de leurs armes immenses. Ils commenc&#232;rent &#224; lui crier plusieurs choses dont les seules qu'elle put comprendre furent &#171; &lt;i&gt;go, go, go&lt;/i&gt; &#187;, dehors, dehors, dehors. Ils leur firent signe de sortir les mains en l'air. Les envahisseurs avaient pris possession de presque toutes les maisons et les immeubles. L'un d'eux, qui avait une t&#234;te de latino, leur dit en espagnol qu'ils devaient aller jusqu'&#224; Balboa, un port situ&#233; &#224; l'embouchure du canal de Panama, au bord de l'Oc&#233;an Pacifique. A peu pr&#232;s &#224; cinq kilom&#232;tres de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L356xH259/panama-3-6fc55.jpg?1694098135' width='356' height='259' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les tanks entraient massivement dans &lt;i&gt;Chorrillo&lt;/i&gt;. Les envahisseurs sortirent des v&#233;hicules, criant en anglais de quitter les lieux. Ils commenc&#232;rent ensuite &#224; lancer &#224; l'int&#233;rieur des maisons un petit dispositif qui prenait feu comme par magie. A San Miguelito, un autre quartier peupl&#233; de gens modestes, c'&#233;tait le m&#234;me sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ana voulut aider une femme bless&#233;e qui pouvait &#224; peine marcher et qui portait son petit gar&#231;on dans les bras. Les soldats les visaient, mena&#231;ants. Une autre femme vint l'aider, sachant qu'elles pouvaient &#234;tre assassin&#233;es si elles n'avaient pas les mains en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait beaucoup de morts dans les rues, tous des civils. Un gar&#231;on de dix ans montra horrifi&#233; les corps de deux petites camarades d'&#233;cole gisant dans une grande flaque de sang. Ana sentit son &#226;me se d&#233;chirer quand elle reconnut sa voisine, ses deux enfants dans les bras, tous trois quasiment calcin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le groupe et ceux qui assist&#232;rent &#224; la sc&#232;ne lanc&#232;rent les cris les plus d&#233;chirants de leur vie en voyant un tank passer sur les corps de deux hommes, alors que l'un deux, bless&#233;, &#233;tait assis dans la rue. Les chenilles du tank les r&#233;duisirent en bouillie. Les cerveaux vol&#232;rent &#224; plusieurs m&#232;tres. Parmi les t&#233;moins, certains se mirent &#224; vomir ou tomb&#232;rent &#224; genoux. Et ceci se reproduisit plusieurs fois pendant le trajet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On marchait au milieu les cadavres. Les envahisseurs &#233;taient libres d'assassiner comme bon leur semblait. Ils ex&#233;cutaient des civils en pleine rue pour le seul motif qu'ils leur avaient cri&#233; &#171; &lt;i&gt;yankee go home&lt;/i&gt; &#187;, yanqui, dehors !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;tait pas permis de porter secours aux bless&#233;s, ni que les membres d'une m&#234;me famille touchent &#224; leurs morts. Les camions des envahisseurs venaient les chercher et les emportaient. De nombreux habitants de la capitale virent quand ils incin&#233;raient les corps avec des lance-flammes sur les plages. Tandis que d'autres centaines de corps furent jet&#233;s dans des fosses communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, dans les quartiers riches, des gens sortaient se prendre en photo avec les envahisseurs, en arborant le drapeau des Etats-Unis d'Am&#233;rique. Des femmes voulaient m&#234;me les embrasser. Dans certains endroits de la campagne, on leur offrait aussi du Coca-Cola et des cigarettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette invasion &#233;tasunienne fut appel&#233;e &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Invasion_du_Panama_par_les_%C3%89tats-Unis&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Juste Cause&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; : ce fut le plus grand d&#233;barquement a&#233;rien depuis la Seconde Guerre Mondiale. Sur ce petit pays de trois millions d'habitants, s'abattit tout le pouvoir militaire de la premi&#232;re puissance mondiale : 26 000 soldats qui semblaient assoiff&#233;s de sang [bapt&#234;me de feux pour les femmes soldat US]. Tandis que l'ONU condamnait l'invasion barbare, le pr&#233;sident fran&#231;ais, Fran&#231;ois Mitterrand, fut le seul &#224; la soutenir ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Panama se transforma en un champ d'exp&#233;rimentation de la technologie de guerre la plus avanc&#233;e, celle qui fut ensuite utilis&#233;e en Irak, en 1991. Par exemple, le rayon qui d&#233;truisit la cr&#232;che et la t&#233;l&#233;vision d'Ana, et qui coupa le petit-fils en deux : c'&#233;tait aussi le bapt&#234;me de l'avion bombardier invisible &#171; &lt;i&gt;Stealth&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Forces de D&#233;fense de Panama comptaient &#224; peine 3 000 combattants. La d&#233;fense a&#233;rienne &#233;tait inexistante. Civils et militaires donn&#232;rent leur vie non pas pour le g&#233;n&#233;ral Antonio Noriega, mais pour la souverainet&#233; et pour la patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car s'il y eut plus de 4 000 personnes assassin&#233;es, c'&#233;tait sous pr&#233;texte de capturer le dictateur Noriega recherch&#233; pour narcotrafic. Un militaire qui, peu de mois auparavant, &#233;tait encore l'un des favoris des Etats-Unis en Am&#233;rique Latine. Salari&#233; de la CIA, et grand ami de George Bush p&#232;re, il servit de pont entre la mafia colombienne et la CIA pour le trafic de coca&#239;ne qui finan&#231;a la guerre contre-insurrectionnelle en Am&#233;rique Centrale, dans les ann&#233;es quatre-vingt. Mais dans un sursaut de souverainet&#233;, il refusa que les Etats-Unis aient le moindre contr&#244;le sur Panama, &#224; commencer par le Canal. Alors ses p&#233;ch&#233;s, qui n'avaient jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme tels, firent tout &#224; coup la une des journaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'invasion, ils ne purent lui mettre la main dessus. La CIA fut ridiculis&#233;e. Ils durent promettre de l'argent pour le capturer. Noriega se rendit le 3 janvier 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les envahisseurs s'acharn&#232;rent sur &lt;i&gt;Chorrillo&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;San Miguelito&lt;/i&gt; parce qu'ils savaient que dans ces quartiers ils n'&#233;taient pas les bienvenus. Ils n'y laiss&#232;rent que quelques rares colonnes de b&#233;ton arm&#233;. Les soldats &#233;tasuniens eux-m&#234;mes se mirent &#224; nommer &lt;i&gt;Chorrillo&lt;/i&gt; leur &#171; &lt;i&gt;Petit Hiroshima&lt;/i&gt; &#187;, en souvenir des ruines, de la mort et de la d&#233;solation auxquelles fut r&#233;duite la ville japonaise apr&#232;s la bombe atomique lanc&#233;e par les Etats-Unis d'Amerique le 6 ao&#251;t 1945. La grande majorit&#233; des Panam&#233;ens le consid&#232;rent comme le &#171; &lt;i&gt;Quartier Martyr&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ro&#239;ne et martyre, Ana le fut. Elle laissa son mari avec les enfants et s'&#233;vada du camp de concentration o&#249; on les avait parqu&#233;s &#224; Balboa. Elle se joignit &#224; ceux qui combattaient les troupes d'envahisseurs. Elle leur infligea plusieurs pertes et endommagea un h&#233;licopt&#232;re. La femme qui tirait &#224; ses c&#244;t&#233;s vit la balle qui transper&#231;a la poitrine d'Ana. Agonisante, elle murmura : &#171; &lt;i&gt;Parle de moi &#224; mes enfants&lt;/i&gt; &#187;. Sa main serrait si fort le fusil qu'on faillit ne pas le r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L406xH215/panama-4-bfaaa-abf55.jpg?1694098136' width='406' height='215' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &lt;/div&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Quelque bibliografie :&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; M&#233;ndez, Roberto. Panam&#225;, 20 d&#233;cembre 1989 : Liberaci&#243;n... O crimen de guerra ?&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Calloni, Stella. &#171; Panam&#225; : El D&#237;a del Lobo &#187;. Revue Am&#233;rica : la Patria Grande. N&#176; 8&#176;. M&#233;xico. Juillet-Septembre 1990.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Rodr&#237;guez, Mario. &#171; La Operaci&#243;n Just Cause en Panam&#225; &#187;. Fondation Omar Torrijos. Panam&#225;, 1991.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles/19-12-16-invasion-panama/19-12-16-invasion-panama.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;.&lt;/a&gt;]. Paris, le 19 d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;cembre 1928, massacre des bananeraies en Colombie</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Decembre-1928-massacre-des-bananeraies-en-Colombie</link>
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		<dc:date>2016-12-05T10:32:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce n'est pas le fruit de l'imagination du Colombien Gabriel Garc&#237;a M&#225;rquez, prix Nobel de litt&#233;rature. Le massacre d'environ mille cinq cents ouvriers, le 6 d&#233;cembre 1928, et la r&#233;pression qui s'ensuivit pendant trois semaines, qu'il raconte dans son roman &#171; Cent ans de solitude &#187;, eut bien lieu. Il se d&#233;roula dans les plantations banani&#232;res de la soci&#233;t&#233; usam&#233;ricaine United Fruit, sur la c&#244;te cara&#239;be colombienne. Ainsi naissait le terrorisme d'Etat en Colombie. Il est toujours en vigueur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Colombie" rel="directory"&gt;Colombie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas le fruit de l'imagination du Colombien Gabriel Garc&#237;a M&#225;rquez, prix Nobel de litt&#233;rature. Le massacre d'environ mille cinq cents ouvriers, le 6 d&#233;cembre 1928, et la r&#233;pression qui s'ensuivit pendant trois semaines, qu'il raconte dans son roman &lt;/i&gt;&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;Cent ans de solitude&lt;/i&gt; &#187;, eut bien lieu. Il se d&#233;roula dans les plantations banani&#232;res de la soci&#233;t&#233; usam&#233;ricaine &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt;, sur la c&#244;te cara&#239;be colombienne. Ainsi naissait le terrorisme d'Etat en Colombie. Il est toujours en vigueur presque un si&#232;cle plus tard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9182 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L306xH245/bananeras-2-3-6917a.jpg?1694095638' width='306' height='245' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans ce pays, &#224; l'aube du XXe si&#232;cle, les gisements de p&#233;trole, d'or, de platine et d'autres pr&#233;cieux m&#233;taux sont quasiment offerts &#224; des entreprises &#233;tasuniennes ou anglaises. De la m&#234;me fa&#231;on, on leur c&#232;de de vastes territoires pour l'exploitation sans mod&#233;ration de la banane, du cacao, du tabac et du caoutchouc. Avec le consentement du gouvernement, le personnel employ&#233; par ces entreprises est trait&#233; comme &#224; l'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrialisation donne naissance &#224; un d&#233;but de bourgeoisie urbaine, mais aussi &#224; un secteur ouvrier, qui peu &#224; peu r&#233;clame des am&#233;liorations sociales. Suivant cet exemple, les paysans, les Indiens et les artisans s'organisent aussi. Ces mouvements revendicatifs aboutissent aux premi&#232;res organisations politiques et syndicales, dans les ann&#233;es 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut comprendre ce processus sans mentionner un &#233;l&#233;ment ext&#233;rieur d&#233;terminant : la r&#233;volution d'Octobre et l'&#233;tablissement de l'Union sovi&#233;tique qui influencent de mani&#232;re d&#233;cisive la pens&#233;e politique et sociale mondiale, comme l'avait fait la R&#233;volution fran&#231;aise en 1789. En Colombie pas moins qu'ailleurs, ne serait-ce que parce que le mot socialisme n'y &#233;tait pas inconnu de certains cercles intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, de nombreuses mobilisations et gr&#232;ves permettent d'arracher des droits et des concessions inimaginables quelques ann&#233;es plus t&#244;t. Ce sont les ouvriers p&#233;troliers de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine &lt;i&gt;Tropical Oil Company&lt;/i&gt; qui sont &#224; l'avant-garde de ces conqu&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux du gouvernement conservateur, de l'oligarchie et de la hi&#233;rarchie eccl&#233;siastique &#8211; au sein de laquelle on trouve les plus grands propri&#233;taires terriens du pays &#8211;, l'organisation et le m&#233;contentement social prouvent l'existence d'un complot communiste international. Leur effroi augmente &#224; la cr&#233;ation, en 1926, du Parti socialiste r&#233;volutionnaire, une alternative aux partis traditionnels, Lib&#233;ral et Conservateur. De fait, un secteur important des intellectuels lib&#233;raux &#233;tait favorable aux changements sociaux, non pas pour &#233;tablir le socialisme, mais pour moderniser un Etat qui g&#233;rait le pays comme un majordome g&#232;re une hacienda&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hernando Calvo Ospina, &#171; Colombie, derri&#232;re le rideau de fum&#233;e &#187;, Le Temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En provenance du gouvernement, du Parlement, de l'Eglise et des journaux, les sermons se multipliaient contre la &#171; &lt;i&gt;subversion bolch&#233;vique&lt;/i&gt; &#187;. Terroris&#233;es, l'&#233;lite conservatrice et la hi&#233;rarchie catholique d&#233;cident d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu de l'ann&#233;e 1927, le ministre de la guerre, Ignacio Rengifo, un ancien intellectuel de gauche r&#233;ins&#233;r&#233; dans le syst&#232;me qu'il avait mis en question, d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Sous la protection du climat de grande libert&#233; qu'on respire en territoire colombien, un nombre non n&#233;gligeable de nationaux et d'&#233;trangers font en tout lieu une active et constante propagande communiste de leur propre chef ou comme agents &#224; la solde du gouvernement sovi&#233;tique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ignacio Rengifo, Memorias del Ministerio de Guerra, Bogot&#225;, 1927.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rengifo fut le principal instigateur de la &lt;i&gt;Loi de d&#233;fense sociale&lt;/i&gt;. Promulgu&#233;e en octobre 1928, celle-ci marquait la concr&#233;tisation d'un cadre th&#233;orique hautement r&#233;pressif. Avec elle, la Colombie devan&#231;ait les th&#233;oriciens des guerres colonialistes europ&#233;ennes et am&#233;ricaines, en formulant la doctrine destin&#233;e &#224; combattre ce qu'on appellerait au d&#233;but des ann&#233;es 1960 &#171; &lt;i&gt;l'ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187;. La loi d&#233;finissait comme &#171; &lt;i&gt;subversive&lt;/i&gt; &#187; l'action revendicatrice, politique et sociale des syndicats et des organisations populaires naissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin du XIXe si&#232;cle, l'entreprise &#233;tasunienne &lt;i&gt;United Fruit Company&lt;/i&gt; s'installa &#224; Santa Marta, dans la r&#233;gion carib&#233;enne de la Colombie. On lui donna plus de pr&#233;rogatives qu'&#224; aucune autre entreprise &#233;trang&#232;re ; elle allait fonctionner dans l'immense r&#233;gion comme une r&#233;publique ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de vingt-cinq mille personnes travaillaient dans les plantations de &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt; en 1927, avec des journ&#233;es de douze heures minimum. Elles ne percevaient pas de salaire en argent : on leur donnait des bons qui ne pouvaient &#234;tre utilis&#233;s que dans les boutiques de l'entreprise, en &#233;change de produits import&#233;s depuis les Etats-Unis par les bateaux qui avaient transport&#233;s les bananes. Les travailleurs dormaient entass&#233;s dans des cabanes insalubres et n'avaient pas acc&#232;s aux soins m&#233;dicaux. Un syst&#232;me de sous-traitants interm&#233;diaires constituait le seul lien avec les salari&#233;s et permettait &#224; &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt; de se d&#233;barrasser de ses obligations de base envers les travailleurs. Cherchant &#224; am&#233;liorer la situation, le syndicat pr&#233;senta un cahier de dol&#233;ances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;gociations, qui n'avan&#231;aient pas, se retrouv&#232;rent suspendues lorsque la Loi de d&#233;fense sociale fut approuv&#233;e. &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt; refusa le cahier de dol&#233;ances, le qualifiant de subversif. Les travailleurs n'avaient plus d'autre solution que la gr&#232;ve, qui commen&#231;a le 12 novembre 1928. La consigne &#233;tait : &#171; &lt;i&gt;Pour l'ouvrier et pour la Colombie&lt;/i&gt; &#187;. Evidemment, le mouvement fut catalogu&#233; comme &#171; &lt;i&gt;subversif &lt;/i&gt; &#187; par le gouvernement, la hi&#233;rarchie et la presse. On alla jusqu'&#224; dire que des agents de Moscou &#233;taient venus dans la r&#233;gion pour pr&#233;parer une insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt; exig&#232;rent du gouvernement la pr&#233;sence de l'arm&#233;e. Le pr&#233;sident Miguel Abad&#237;a M&#233;ndez r&#233;pondit en d&#233;clarant l'&#233;tat de si&#232;ge dans la zone, et en chargeant le g&#233;n&#233;ral Carlos Cort&#233;s Vargas d'en finir avec la &lt;i&gt;&#171; bande de malfaiteurs &#187;&lt;/i&gt;. L'&#233;tat-major prit ses quartiers dans les d&#233;pendances de la compagnie. Il fallait en priorit&#233; prot&#233;ger la vie des dirigeants de United Fruit, tous am&#233;ricains, car on racontait que les travailleurs allaient les &#233;gorger ainsi que leurs familles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9186 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L450xH222/bis_bananeras-4-d042a-d2776-557d1.jpg?1711378216' width='450' height='222' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le corps des officiers recevait alcool, cigarettes, salaire et pouvait s'adonner &#224; de grandes bacchanales avec des prostitu&#233;es &#171; recueillies &#187; dans la r&#233;gion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le d&#233;veloppement de la gr&#232;ve et la r&#233;pression qui s'abat ensuite sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les conditions de travail se d&#233;t&#233;rior&#232;rent ; les travailleurs organis&#232;rent des meetings permanents et des blocages de la voie ferr&#233;e utilis&#233;e pour emmener les bananes au port.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 d&#233;cembre, on convoqua les gr&#233;vistes au village de Ci&#233;naga sous pr&#233;texte d'y recevoir le gouverneur qui allait probablement participer aux n&#233;gociations. Mais il n'arriva jamais. A sa place, c'est le g&#233;n&#233;ral Cort&#233;s Vargas qui, &#224; 23 h 30, ordonna la dissolution de &lt;i&gt;&#171; toute r&#233;union de plus de trois individus &#187;&lt;/i&gt; et mena&#231;a de &lt;i&gt;&#171; tirer sur la foule si n&#233;cessaire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux heures plus tard, alors que quelques gr&#233;vistes criaient &#171; &lt;i&gt;Vive la Colombie !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Vive l'arm&#233;e !&lt;/i&gt; &#187;, et refusaient de vider les lieux, le g&#233;n&#233;ral donna l'ordre aux soldats plac&#233;s sur les toits et arm&#233;s de mitrailleuses d'ouvrir le feu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ricardo Sanchez, &#171; Historia Pol&#237;tica de la Clase Obrera en Colombia &#187;, Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Plus tard, le militaire d&#233;clara : &lt;i&gt;&#171; Il fallait absolument que la loi soit respect&#233;e, et elle l'a &#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a calcul&#233; qu'il y avait l&#224; environ cinq mille paysans, dont beaucoup &#233;taient accompagn&#233;s de leurs femmes et enfants. Ceux qui ne moururent pas sur le coup furent achev&#233;s &#224; la ba&#239;onnette ou enterr&#233;s vivants dans des fosses communes par les trois cents soldats. On embarqua dans les trains de l'entreprise des centaines de cadavres qui furent jet&#233;s &#224; la mer comme les bananes de mauvaise qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ordonna de poursuivre tous les survivants, qu'ils aient travaill&#233; ou pas pour &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt;. Par centaines, ils furent battus et emprisonn&#233;s, tandis que des tribunaux militaires jugeaient rapidement les leaders ouvriers. La tuerie dura plusieurs jours, jusqu'&#224; ce que, malgr&#233; la censure de la presse, la nouvelle se r&#233;pande &#224; travers le pays et que des manifestations &#233;clatent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;United Fruit&lt;/i&gt; et le gouvernement, les choses suivaient leur cours comme s'il ne s'&#233;tait rien pass&#233;, &#224; tel point que le g&#233;n&#233;ral Cort&#233;s Vargas signa pour les travailleurs un &#171; &lt;i&gt;accord professionnel&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques travailleurs organis&#232;rent une sorte de gu&#233;rilla. Ils br&#251;l&#232;rent des plantations, sabot&#232;rent les lignes t&#233;l&#233;graphiques et &#233;lectriques, coup&#232;rent les voies ferr&#233;es de l'entreprise. La zone fut militaris&#233;e pendant pr&#232;s d'un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cort&#233;s Vargas reconnut neuf morts. Le gouvernement, treize, et dix-neuf bless&#233;s. Le 16 janvier 1929, Jefferson Caffery, un diplomate am&#233;ricain rapporta au d&#233;partement d'Etat : &#171; &lt;i&gt;Le repr&#233;sentant de &lt;i&gt;United Fruit Company&lt;/i&gt; &#224; Bogota m'a dit hier que le nombre de gr&#233;vistes tu&#233;s par les Forces arm&#233;es colombiennes d&#233;passe le millier&lt;/i&gt; &#187;. De fait, la commission d'enqu&#234;te du Congr&#232;s, men&#233;e par Gait&#225;n, d&#233;couvrit des fosses communes. Le nombre des victimes d&#233;passait les mille cinq cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Cort&#233;s Vargas justifia sa d&#233;cision en pr&#233;textant une situation insurrectionnelle, qui aurait pu provoquer un d&#233;barquement des troupes &#233;tasuniennes pour prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts de la compagnie fruiti&#232;re. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique le f&#233;licita d'avoir sauv&#233; le pays de l'anarchie. Un &#233;ditorial du quotidien lib&#233;ral &lt;i&gt;El Tiempo&lt;/i&gt;, le 17 d&#233;cembre, s'interrogeait n&#233;anmoins : &#171; &lt;i&gt;Reste &#224; savoir s'il n'existait pas de mesures plus efficaces que celles de consacrer la moiti&#233; de l'arm&#233;e de la R&#233;publique &#224; massacrer des travailleurs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_9179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L306xH236/bananeras-3-cae4a.jpg?1694095638' width='306' height='236' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Durant la pr&#233;sentation de l'enqu&#234;te parlementaire, en septembre 1929, Gait&#225;n pointa un doigt accusateur en direction de l'oligarchie, consid&#233;r&#233;e comme responsable du massacre. A propos du clerg&#233;, il dit : &#171; &lt;i&gt;Ce sont des pharisiens qui trahissent leur doctrine.&lt;/i&gt; &#187; Gait&#225;n constata qu'on avait appliqu&#233; contre les gr&#233;vistes, et en faveur des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, la politique de &#171; &lt;i&gt;l'ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je ne nie pas, moi, qu'une grande agitation pour la justice sociale parcourt le pays (&#8230;). Elle existe, non pas comme le fruit du communisme, mais comme la raison vitale d'un peuple qui veut se d&#233;fendre contre la caste des politiciens sans scrupules (&#8230;). Nous savons que dans ce pays le gouvernement a pour les Colombiens la mitraille homicide et que pour l'or am&#233;ricain il met genou &#224; terre en tremblant&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jorge Eli&#233;cer Gait&#225;n, candidat aux pr&#233;sidentielles, devenu l'ennemi de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre des bananeraies n'eut aucune cons&#233;quence p&#233;nale ou politique. Le g&#233;n&#233;ral Cort&#233;s Vargas fut promu directeur de la Police nationale. Il fut finalement destitu&#233;, non pas pour le massacre des bananeraies mais pour l'assassinat d'un jeune, le 8 juin 1929, lors d'une manifestation dans les rues de la capitale. Il s'agissait d'un &#233;tudiant issu de l'&#233;lite de Bogota, fils d'un ami du pr&#233;sident Abad&#237;a. L'oligarchie et le haut clerg&#233; furent scandalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt; pour sa page &lt;a href=&#034;http://hcalvospina.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hcalvospina.com/articles/06-12-16-bananeras/06-12-16-bananeras.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 5 d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hernando Calvo Ospina, &#171; &lt;i&gt;Colombie, derri&#232;re le rideau de fum&#233;e &#187;&lt;/i&gt;, Le Temps des Cerises, Pantin, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ignacio Rengifo, &lt;i&gt;Memorias del Ministerio de Guerra&lt;/i&gt;, Bogot&#225;, 1927.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le d&#233;veloppement de la gr&#232;ve et la r&#233;pression qui s'abat ensuite sur les travailleurs sont d&#233;crits dans l'enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e par le d&#233;put&#233; lib&#233;ral Jorge Eli&#233;cer Gait&#225;n (assassin&#233; en 1948), et pr&#233;sent&#233;e au Congr&#232;s colombien en septembre 1929.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ricardo Sanchez, &#171; &lt;i&gt;Historia Pol&#237;tica de la Clase Obrera en Colombia&lt;/i&gt; &#187;, Ed. La Rosa Roja, Bogota, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Jorge-Eliecer-Gaitan-1898-1948-14977&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jorge Eli&#233;cer Gait&#225;n&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, candidat aux pr&#233;sidentielles, devenu l'ennemi de l'oligarchie, fut assassin&#233; le 9 avril 1948 &#224; Bogota. Ce qui d&#233;clencha une p&#233;riode connue sous le nom de &#171; &lt;i&gt;la Violence&lt;/i&gt; &#187;, qui en six ans causa la mort de trois cents personnes, presque tous des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Journ&#233;e nationale du candombe en Uruguay </title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Journee-nationale-du-candombe-en-Uruguay</link>
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		<dc:date>2016-12-02T17:42:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que cela venait de son nom, car tout au long de sa vie la lune l'accompagna davantage que le soleil. Rosa Luna dansait, surtout la nuit. &lt;br class='autobr' /&gt; Cons&#233;quence de son faible niveau d'&#233;tudes et de sa grande pauvret&#233;, elle d&#251;t travailler comme domestique alors qu'elle &#233;tait encore une enfant. Tous les patrons cherchaient &#224; abuser de ces femmes &#224; leur service, et d'elle tout particuli&#232;rement. Elle partit se prostituer. Une nuit, dans un bar, elle tua son maquereau. Elle n'en pouvait plus des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Uruguay" rel="directory"&gt;Uruguay&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que cela venait de son nom, car tout au long de sa vie la lune l'accompagna davantage que le soleil. Rosa Luna dansait, surtout la nuit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cons&#233;quence de son faible niveau d'&#233;tudes et de sa grande pauvret&#233;, elle d&#251;t travailler comme domestique alors qu'elle &#233;tait encore une enfant. Tous les patrons cherchaient &#224; abuser de ces femmes &#224; leur service, et d'elle tout particuli&#232;rement. Elle partit se prostituer. Une nuit, dans un bar, elle tua son maquereau. Elle n'en pouvait plus des humiliations : &#171; Lorsque j'ai eu du sang sur les mains et que j'ai pris la vie d'un homme &#224; l'Antequera, c'&#233;tait de la l&#233;gitime d&#233;fense. &#187; L'histoire affirme qu'elle ne &#171; resta pas dix minutes &#187; en prison. Toutes et tous lui donn&#232;rent raison devant la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle pensait que parce qu'elle &#233;tait jeune, noire, pauvre, putain et qu'elle avait assassin&#233; un homme, elle deviendrait &#171; un oiseau de la pire des esp&#232;ces &#187;. Non. Elle raconta dans son autobiographie Sin tanga y sin tongo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rosa Luna et Jos&#233; Ra&#250;l Abirad, Rosa Luna : Sin tanga y sin tongo, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Ce fut ma conscience pure qui m'aida &#224; aller de l'avant, en &#233;vitant les obstacles sur mon chemin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle continua &#224; fr&#233;quenter les bars, mais en dansant. Le monde s'arr&#234;tait de tourner pour ceux qui la regardaient bouger son corps. Il paraissait s'enflammer de la t&#234;te aux pieds. Mais &#224; pr&#233;sent, m&#234;me l'homme le plus macho devait se contenter de la regarder, mais ne la touchait pas, si elle ne le voulait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait n&#233;e le 20 juin 1939 dans le quartier Palermo, dans la banlieue de Montevideo, dans une chambre du conventillo (immeuble) appel&#233; le Mediomundo. &#171; Mediomundo &#187; (la moiti&#233; du monde) signifiait qu'ici vivait la moiti&#233; de l'humanit&#233;. Comme les autres conventillos, c'&#233;tait un immeuble de location, o&#249; chaque pi&#232;ce &#233;tait lou&#233;e &#224; une personne ou &#224; une famille. Il y avait 40 logements au Mediomundo, r&#233;partis sur deux &#233;tages, entourant un grand patio avec 32 petits &#233;viers et une citerne pour r&#233;cup&#233;rer l'eau. Les deux toilettes, les douches et le r&#233;fectoire &#233;taient collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conventillos commenc&#232;rent &#224; se remplir de noirs libres au milieu du XIX&#232;me si&#232;cle, dans cette r&#233;gion nomm&#233;e Rio de La Plata, &#224; cheval sur l'Uruguay et l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa raconta : &#171; J'ai eu la chance de na&#238;tre au Medio Mundo, l&#224; o&#249; les noirs de ma race battaient les tambours jour et nuit en faisant trembler les murs de cette construction ancienne. Et je dis chance parce qu'entre ces murs qui abritaient mille familles, du linge accroch&#233; et des fen&#234;tres ouvertes sur le ciel, il n'existait aucun calendrier, ni aucune date pour le carnaval, ce n'&#233;tait qu'une question d'&#171; envie &#187; ou de &#171; bruits &#187; qui jaillissaient de ce &#171; grand enfer &#187;, comme une contagion permanente issue d'un quartier modeste o&#249; il y avait peu d'espoir et des difficult&#233;s constantes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ces b&#226;timents qu'a surgi le candombe, le son sur lequel dansait Rosa comme une poss&#233;d&#233;e depuis l'&#226;ge de quatorze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le candombe influen&#231;a la culture qui se d&#233;veloppait dans ces deux pays. Par exemple, les europ&#233;ens pauvres qui arriv&#232;rent durant le XIX&#232;me si&#232;cle, et qui s'install&#232;rent pr&#232;s des noirs, le &#171; blanchirent &#187; : et c'est ainsi que naquit le tango. &#171; Tangos &#187; &#233;tait aussi le nom donn&#233; aux conventillos des faubourgs de Buenos Aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es soixante, Rosa Luna devint la figure f&#233;minine la plus importante du candombe. Elle en fut la &#171; Vedette &#187;, titre d&#233;di&#233; &#224; la danseuse principale du carnaval et elle l'honora pendant 35 ans. Si elle conserva sa supr&#233;matie pendant si longtemps c'est parce qu'elle &#233;tait terriblement disciplin&#233;e et enti&#232;rement consacr&#233;e &#224; cette passion : tel &#233;tait le secret qui lui permit de r&#233;ussir &#224; faire chalouper pendant tant d'ann&#233;es son corps exub&#233;rant aux seins &#233;normes et aux hanches ondulantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne se contentait pas de danser : elle dirigeait aussi ses propres partenaires, dessinait et aidait m&#234;me &#224; confectionner les v&#234;tements et les parures de plumes. Elle &#233;crivait des livrets et chantait. Elle &#233;tait aussi chor&#233;graphe, mais d&#233;clarait qu'elle ne croyait pas en la chor&#233;graphie : &#171; Je danse sans m'arr&#234;ter, comme un boxeur que l'on frappe mais qui n'abandonne pas. Je me remue. Et je peux t'assurer que je marche comme personne sur des chaussures &#224; talons aiguilles de treize centim&#232;tres qui m'&#233;l&#232;vent &#224; presque un m&#232;tre quatre vingt dix &#187;. Elle ouvrait la marche devant les tambours et ne semblait jamais se fatiguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un corps et un rythme que le po&#232;te Wilson Mesa d&#233;crivait ainsi : &#171; Rosa des noirs / Rosa des tambours / aux &#233;normes seins de charbon / et de bronze / Rosa du carnaval / Fleur des noirs / que ta race sema dans le faubourg de Palermo / Tu naquis faite de bronze, de charbon et de rue [&#8230;.] Un sexuel et somptueux roulement / de tambour / un tambour d&#233;ambulant par les rues &#233;troites / de ton fief / du fief des noirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une femme l'&#233;voque ainsi : &#171; C'&#233;tait une reine, moi j'&#233;tais jeune, et je l'admirais en la voyant danser avec ce corps de r&#234;ve et je crois qu'elle m'a mis le feu du candombe dans le sang. Je ne l'ai jamais connue personnellement mais je l'aimais &#187;. Car elle fut d&#233;sir&#233;e et admir&#233;e par les hommes et les femmes, qui s'extasiaient en r&#234;vant devant l'&#233;nergie de ce &#171; corps de r&#234;ve &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luna &#233;tait une fanatique de l'&#233;quipe de football Nacional de la capitale : &#171; La plus grande, la plus belle, la meilleure &#187;, &#233;crivait-elle dans son livre. Elle raconta comment elle c&#233;l&#233;brait les grandes victoires : &#171; Ces f&#234;tes lorsque je dansais le candombe sur la table du Pr&#233;sident du Nacional et que nous nous baignions dans le champagne &#187;. Et l'on se rappelle comment, lorsque le Nacional marquait un but : &#171; cette figure monumentale hurlait dans le stade &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, la dictature s'installa et les ann&#233;es de silence et de peur commenc&#232;rent, jusqu'en 1985. Beaucoup d'artistes et d'intellectuels connurent l'exil, la mort ou la prison et la torture. Une commission de censure des militaires alla jusqu'&#224; interdire les tangos de Carlos Gardel parce qu'il &#233;tait &#171; tr&#232;s proche des ouvriers &#187;. Le Carnaval de Montevideo, l&#224; o&#249; le candombe &#233;tait un dieu, se fit rare : nombre de ses responsables ne plaisaient pas aux g&#233;n&#233;raux. Rosa Luna continua. Les militaires la regardaient de travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dictature consid&#233;rait que les noirs du conventillo Mediomundo ne pouvaient continuer &#224; vivre avec leurs tambours, leurs f&#234;tes et leur pauvret&#233; dans un lieu si proche des quartiers bourgeois. Ils le d&#233;molirent le 3 d&#233;cembre 1978. Les locataires durent se r&#233;fugier l&#224; o&#249; ils ne g&#234;naient personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa ne vivait d&#233;j&#224; plus &#224; Mediomundo, mais elle gardait cette humilit&#233; qui caract&#233;rise rarement les c&#233;l&#233;brit&#233;s. Elle allait toujours dans les quartiers pauvres, illuminant tout de son all&#233;gresse. Anim&#233;e par son temp&#233;rament &#233;nergique, elle encouragea les femmes et la communaut&#233; noire &#224; s'organiser. Elle avait &#224; peine appris &#224; lire et &#224; &#233;crire mais, pendant plusieurs ann&#233;es, elle signa une chronique hebdomadaire dans le quotidien La Rep&#250;blica o&#249; l'on supportait les fl&#232;ches qu'elle lan&#231;ait pour d&#233;noncer l'exclusion des gens de sa communaut&#233;, la condition des femmes et l'injustice sociale dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 42 ans elle tomba passionn&#233;ment amoureuse de Raul, qui &#233;tait presque deux fois plus jeune qu'elle. A tous les coins de rue, dans les bars, dans les bureaux, les ragots ne manqu&#232;rent pas. Par pure jalousie. Ils &#233;taient envieux du jeune homme qui poss&#233;dait l'&#171; Eve d'&#233;b&#232;ne &#187;, la &#171; Vedette de l'asphalte &#187;, l'ic&#244;ne du carnaval. Le couple adopta Raulito. Raul l'aida &#224; &#233;crire sa biographie, o&#249; peu de secrets furent gard&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'avait mise en garde qu'un long voyage en avion pouvait mettre sa sant&#233; en p&#233;ril. Femme des bas quartiers, o&#249; les pauvres se battent pour survivre, elle qui avait grandi dans la rue et au c&#339;ur de la nuit, elle n'allait pas s'arr&#234;ter pour &#231;a. En juin 1993, elle partit en tourn&#233;e au Canada. Le 13, peu avant ses 54 ans, son c&#339;ur ne voulut pas la suivre davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treize ann&#233;es plus tard, lors de la l&#233;gislature de 2006, sur proposition de l'unique d&#233;put&#233; noir, le Parlement uruguayen prit une d&#233;cision, &#224; l'unanimit&#233; : le 3 d&#233;cembre serait d&#233;sormais la &#171; Journ&#233;e nationale du candombe, de la culture afro-uruguayenne et de l'&#233;galit&#233; raciale &#187;. De plus, le candombe &#233;tait consid&#233;r&#233; comme une partie du patrimoine culturel du pays. A coup s&#251;r, Rosa Luna et d'autres danseuses de candombe, accompagn&#233;es de joueurs de tambours, dans&#232;rent jusqu'&#224; faire vibrer l'&#233;l&#233;gant plancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa se d&#233;finissait simplement &#171; comme une noire, danseuse de candombe &#187;, mais aussi comme &#171; une femme qui aime les gens &#187;. Expressions qui pour elle &#233;taient synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment fait-on pour devenir danseuse de candombe ? &#171; Pour &#234;tre une danseuse de candombe, il faut vivre et r&#234;ver et rire et pleurer. Tu dois aimer les gens, &#234;tre claire, sinc&#232;re et sentir ce que tu fais, sinon, tu n'es pas une danseuse de candombe &#187;. Et elle poursuivait avec ces paroles qui pour elle &#233;taient comme une pri&#232;re : &#171; Tu dois croire en ta race, palpiter et vibrer quand tu offres ta danse, et ton chant doit &#234;tre un chant d'espoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina*&lt;/strong&gt; pour sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com/articles/03-12-16-candombe/03-12-16-canbombe.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187;. Consulter sa page &lt;a href=&#034;http://www.hcalvospina.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'espagnol&lt;/strong&gt; : Karine Alvarez&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Journee-nationale-du-candombe-en-Uruguay&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Di&#225;spora Latinoam&#233;ricana&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 2 d&#233;cembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rosa Luna et Jos&#233; Ra&#250;l Abirad, Rosa Luna : Sin tanga y sin tongo, Proyecci&#243;n, Montevideo, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Antonio Gades, le &#171; compa&#241;ero &#187; du flamenco</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Antonio-Gades-le-companero-du-flamenco</link>
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		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il naquit &#224; Elda, Alicante, un 14 novembre 1936. Son p&#232;re n'&#233;tait pas l&#224; pour sa naissance, car il &#233;tait parti &#224; Madrid lutter contre les forces de Francisco Franco. Quand les franquistes triomph&#232;rent, la famille dut se rassembler dans la capitale car la pauvret&#233;, install&#233;e chez eux depuis longtemps, s'acharnait contre le foyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s onze ans, il fut oblig&#233; de travailler pour aider &#224; faire bouillir la marmite. La p&#233;riode la plus dure fut celle o&#249; il travaillait la nuit dans une imprimerie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il naquit &#224; Elda, Alicante, un 14 novembre 1936. Son p&#232;re n'&#233;tait pas l&#224; pour sa naissance, car il &#233;tait parti &#224; Madrid lutter contre les forces de Francisco Franco. Quand les franquistes triomph&#232;rent, la famille dut se rassembler dans la capitale car la pauvret&#233;, install&#233;e chez eux depuis longtemps, s'acharnait contre le foyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s onze ans, il fut oblig&#233; de travailler pour aider &#224; faire bouillir la marmite. La p&#233;riode la plus dure fut celle o&#249; il travaillait la nuit dans une imprimerie et o&#249; il parcourait les rues au petit matin pour livrer des fruits. Il s'essaya &#224; &#234;tre boxeur, tor&#233;ador et coureur cycliste. &#171; J'adorais &#233;tudier, mais ce n'&#233;tait pas possible. Pour t'en sortir, il fallait faire le pitre. J'ai essay&#233; la boxe, mais j'ai arr&#234;t&#233; d&#232;s la premi&#232;re claque que l'on m'a donn&#233;e &#187;, d&#233;clara t-il longtemps apr&#232;s &#224; un journaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis ni gitan, ni andalou, et m&#234;me si &#234;tre cycliste, &#231;a m'allait bien, je me suis tr&#232;s t&#244;t mis &#224; danser. A sautiller &#187;, se souvenait-il. En pleine adolescence, sa m&#232;re l'inscrivit dans une &#233;cole de danse flamenco, pendant qu'il essayait d'apprendre le m&#233;tier de torero. Jusqu'&#224; ce qu'un jour, la professeure, chor&#233;graphe et danseuse Pilar L&#243;pez d&#233;couvre ses qualit&#233;s. Elle lui parla alors tr&#232;s s&#233;rieusement : &#171; &#201;coutez, je ne discute pas le fait que vous puissiez arriver &#224; devenir un grand torero, mais je suis certaine que vous allez &#234;tre un grand danseur. Si vous continuez &#224; tor&#233;er et qu'un taureau vous met un coup, adieu danseur et adieu torero &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que d&#233;buta la carri&#232;re d'Antonio Esteve Rodenas. Comme il l'a toujours reconnu, Pilar ne l'a pas seulement convaincu de s'appeler Antonio Gades, mais elle lui a aussi appris &#224; s'habiller, &#224; aimer la litt&#233;rature et &#224; conna&#238;tre le flamenco et les diff&#233;rentes musiques de l'&#201;tat espagnol. Et aussi &#224; combiner l'&#233;l&#233;gance du ballet avec le panache du flamenco. Mais en particulier, &#171; elle m'a inculqu&#233; la dignit&#233;, le sens du respect et la culture d'un peuple. Et la volont&#233; d'apprendre sans cesse &#187;. Tr&#232;s t&#244;t, le jeune Gades &#233;merveilla les sc&#232;nes du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux spectacles, il lisait Garc&#237;a Lorca et il d&#233;veloppa ainsi la conscience politique que lui avait d&#233;j&#224; inocul&#233;e son ma&#231;on de p&#232;re. Selon lui, il se confronta tr&#232;s t&#244;t &#224; la r&#233;alit&#233; politique du franquisme : &#171; En 1965, nous donnions la premi&#232;re de Don Juan (&#8230;) Je suis arriv&#233; sur sc&#232;ne et j'ai commenc&#233; en disant : &#171; Donne-moi du vin, ma jeune aim&#233;e, quand le soleil se l&#232;ve, le rot d'un ivrogne vaut bien plus que la pri&#232;re d'un hypocrite &#187; ! Tu t'imagines ce que &#231;a a donn&#233; ! J'ai re&#231;u un coup de b&#226;ton qui m'en a fait voir de toutes les couleurs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait non seulement danseur mais aussi chor&#233;graphe. En 1969, il r&#233;alisa la chor&#233;graphie de El amor brujo (L'amour sorcier), et il voyagea dans plusieurs pays. En 1978, il cr&#233;a le Ballet National Espagnol, qu'il dirigea trois ans, jusqu'&#224; ce qu'il sente qu'on voulait lui mettre des barri&#232;res et l'emp&#234;cher de respirer pour cr&#233;er. Alors il fit ses bagages et partit former sa propre compagnie. Car la libert&#233; de cr&#233;ation et d'action figurait parmi ses plus grandes professions de foi. Sa propre troupe &#233;tait compos&#233;e d'une quarantaine de professionnels et n'avait pas de subventions. Il n'en voulait pas non plus, &#171; car la libert&#233; co&#251;te cher, la libert&#233;, personne ne te la donne &#187;, reconnut-il dans une autre interview. &#171; Mais cela nous permet de danser ce que nous voulons, avec qui nous voulons, o&#249; nous voulons et quand nous voulons, existe-t-il plus grande richesse ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s la mort du dictateur, en novembre 1975, la p&#233;riode qu'on a appel&#233;e &#171; Transition &#187; arriva timidement dans l'&#201;tat espagnol, et avec elle une fen&#234;tre s'ouvrit sur le plan politique et culturel. Alors tout le monde d&#233;couvrit ce que beaucoup savaient d&#233;j&#224; : sa pens&#233;e marxiste et son soutien &#224; l'ind&#233;pendance de la Catalogne. Concr&#232;tement, il se mit &#224; militer au Parti Communiste des Peuples d'Espagne, PCPE, dont il devint membre du Comit&#233; Central jusqu'&#224; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec sa compagne, l'actrice et chanteuse Pepa Flores, plus connue sous le nom de Marisol, il participa activement aux mobilisations contre l'OTAN et soutint les luttes syndicales et sociales. Devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;, celle-ci dira, avec Gades &#224; ses c&#244;t&#233;s : &#171; Nous sommes ici pour apporter notre soutien, en utilisant notre image populaire, pour donner de la force &#224; nos camarades et compa&#241;eros &#187;. Marisol fit don au Parti et aux syndicats les b&#233;n&#233;fices de la vente des m&#233;dailles et des multiples r&#233;compenses en or et m&#233;taux pr&#233;cieux qui lui avaient &#233;t&#233; remises par le dictateur et son r&#233;gime lorsqu'elle &#233;tait &#171; l'enfant prodige &#187;, l'ic&#244;ne franquiste. Le couple se s&#233;para en 1986, apr&#232;s treize ans de vie intense. Quand on lui posait la question, Gades reconnaissait toujours que des cinq &#233;pouses et des histoires d'amour qu'il avait eues, Marisol restait le grand amour de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 80, il porta au cin&#233;ma la trilogie Bodas de sangre (Noces de sang) (1981), Carmen (1983) et El amor brujo (1986), avec le r&#233;alisateur Carlos Saura. Sa derni&#232;re production en tant que chor&#233;graphe fut Fuenteovejuna en 1994, une adaptation de l'&#339;uvre de Lope de Vega.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mena toutes sortes de batailles et sortit vainqueur de presque toutes - ou fit match nul. Jusqu'&#224; ce qu'un cancer gagne la derni&#232;re et l'emp&#234;che d'accomplir l'un de ses grands r&#234;ves : monter la chor&#233;graphie de Don Quichote. Il mourut &#224; Madrid, le 20 juillet 2004, &#224; seulement 67 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de personnes voulurent t&#233;moigner leur affection devant son cercueil, mais seules sa derni&#232;re &#233;pouse et ses filles virent son corps. Telle &#233;tait sa volont&#233;. Il fut incin&#233;r&#233; le lendemain. Et &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, comme il l'avait demand&#233;, seuls des membres du corps diplomatique de l'ambassade de Cuba purent &#234;tre pr&#233;sents au crematorium. Plus insolite encore :&lt;br class='autobr' /&gt;
le 22 juillet, ses cendres partirent pour La Havane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une surprise g&#233;n&#233;rale pour les foules qui l'admiraient, mais tout s'explique dans cette phrase qu'il avait dite &#224; un journaliste &#224; La Havane, en 2003, &#224; No&#235;l : &#171; Cuba n'est pas une simple aventure. C'est mon port d'attache. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gades &#233;tait venu &#224; Cuba pour la premi&#232;re fois en 1975. Il venait de dissoudre sa compagnie pour protester contre les ex&#233;cutions du franquisme en septembre 1975. Il avait aussi d&#233;cid&#233; d'arr&#234;ter la danse &#224; cause de cela. C'est Alfredo Guevara, fondateur de l'Institut Cubain d'Art et d'Industrie Cin&#233;matographique, ICAIC, qui l'avait invit&#233;. &#202;tre sur cette &#238;le r&#233;volutionnaire avait &#233;t&#233; &#171; sa plus grande aspiration, depuis de nombreuses ann&#233;es &#187;. Il se sentait ici ce qu'il &#233;tait vraiment : &#171; le fils d'un combattant de l'Arm&#233;e R&#233;publicaine qui voit r&#233;alis&#233; le r&#234;ve de son p&#232;re &#187;. A partir de ce moment, ses s&#233;jours furent donc fr&#233;quents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A plusieurs occasions, il reconnut que sa passion pour la r&#233;volution cubaine avait d&#233;but&#233; &#224; peu pr&#232;s depuis 1959, quand Fidel Castro et ses barbudos avaient pris le pouvoir. Il gardait en m&#233;moire ce que lui avait dit son p&#232;re : &#171; Si &#231;a fait si mal aux &#201;tats-Unis qu'ils aient gagn&#233;, c'est que ce sont des gens en qui on peut avoir confiance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;l&#232;bre danseuse et chor&#233;graphe cubaine, Alicia Alonso, le convainquit de reprendre la danse, alors que cela faisait cinq ans qu'il avait arr&#234;t&#233;. Avec elle et son ballet, il participa &#224; de nombreux projets et tourn&#233;es. Les premi&#232;res repr&#233;sentations du Ballet National d'Espagne eurent lieu &#224; Cuba : &#171; Ce n'est pas par hasard si je commence ici, c'est parce que je porte un amour tr&#232;s fort &#224; Cuba &#187;, affirma t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1982, Fidel Castro et Alicia Alonso furent les t&#233;moins de son mariage avec Marisol, qui eut lieu alors que le couple avait d&#233;j&#224; trois filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il con&#231;ut, r&#233;alisa et donna la premi&#232;re de son dernier grand succ&#232;s, Fuenteovejuna, sur l'&#238;le. C'&#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 90, quand personne ne pariait sur la survie de la r&#233;volution cubaine, face &#224; l'isolement dans lequel elle se trouvait &#224; cause de l'effondrement du camp socialiste en Europe : &#171; Fuenteovejuna est une le&#231;on de solidarit&#233;. Tout comme Cuba &#187;, dira t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, il rendit visite aux soldats cubains post&#233;s &#224; la fronti&#232;re avec la base navale ill&#233;galement occup&#233;e par les &#201;tats-Unis &#224; Guant&#225;namo. Il partagea avec eux le peu de nourriture qu'il y avait, car la terrible crise &#233;conomique persistait. Puis il improvisa une danse. Ses danseuses et lui r&#233;pondaient au chant et aux battements de mains des soldats, tandis que le sol br&#251;lant servait de sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 juin 2004, il re&#231;ut du pr&#233;sident Fidel Castro la plus haute d&#233;coration conc&#233;d&#233;e par le Conseil d'&#201;tat, l'Ordre Jos&#233; Marti. Pour le remercier de ses &#171; apports &#224; la culture universelle &#187;, et pour son &#171; amiti&#233; et fid&#233;lit&#233; in&#233;branlables envers le peuple et la r&#233;volution cubaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre des Affaires Ext&#233;rieures de l'&#233;poque, Felipe Perez Roque, rappela pendant la c&#233;r&#233;monie simple et intime, comment durant les tr&#232;s dures ann&#233;es quatre-vingt-dix, &#171; quand il semblait que la R&#233;volution Cubaine ne pouvait &#233;viter les &#233;normes dangers qui se dressaient devant elle, [Gades] &#233;tait pr&#234;t &#224; mettre &#224; notre disposition non seulement ses &#233;conomies, non seulement sa capacit&#233; de parler de Cuba et de le d&#233;fendre sur chaque tribune o&#249; cela &#233;tait possible, mais aussi sa propre vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chancelier d&#233;clara que la remise de cette d&#233;coration &#233;tait surtout &#171; la reconnaissance envers l'irr&#233;ductible communiste, le r&#233;volutionnaire qui n'a jamais perdu l'illusion d'un monde meilleur et qui n'a jamais cess&#233; de lutter pour lui &#187;. R&#233;v&#233;lant ce que tr&#232;s peu savaient : Gades &#233;tait un militant du Parti Communiste de Cuba depuis de nombreuses ann&#233;es : un de ses militants de base qui donne du prestige &#224; notre parti, comme le fit Che Guevara &#187;. Gades &#233;tait accompagn&#233; de quelques-uns de ses plus proches parents. Lors de la c&#233;r&#233;monie, ses plus intimes amis cubains &#233;taient l&#224;, comme le ministre des Forces Arm&#233;es de l'&#233;poque, Raul Castro, et celui de l'Int&#233;rieur, Abelardo Colom&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gades s'adressa &#224; Fidel et Raul : &#171; Cher Commandant en Chef et cher ministre, jamais je ne me suis senti artiste, je ne suis qu'un simple milicien v&#234;tu de vert olive, avec un fusil &#224; la main pour &#234;tre &#224; vos ordres o&#249; que ce soit, de quelque fa&#231;on que ce soit et &#224; tout moment &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Compa&#241;ero Antonio Gades &#187; d&#233;clara aussi : &#171; C'est moi qui dois remercier votre r&#233;volution qui, vous le savez, est la mienne. La r&#233;volution m'a confirm&#233; que mes id&#233;aux r&#233;volutionnaires n'&#233;taient pas une erreur et ne r&#233;sultaient pas d'une &#233;pid&#233;mie de romantisme juv&#233;nile, comme certains voulaient me le faire croire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut donc pas un hasard que ses cendres aillent &#224; Cuba. En outre, dans ses derni&#232;res volont&#233;s, &#233;crites le 14 juillet 2004 depuis son lit de mort et sur une feuille &#224; en-t&#234;te de l'h&#244;pital, il avait dit &#224; Raul Castro :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je voudrais vous dire que selon ma derni&#232;re volont&#233;, ma femme Eugenia et mes filles Maria, Tamara et Celia, vous remettront mes cendres. Faites-en ce qui vous semblera opportun. Je n'ai jamais imagin&#233; avoir l'honneur de devenir votre Compadre, mais depuis que je vous ai connu vous avez toujours &#233;t&#233; en moi par votre fermet&#233;, votre exemple de v&#233;ritable communiste et votre fid&#233;lit&#233; &#224; notre Commandant. Je veux que vous sachiez que la seule chose que je regrette est de ne pas avoir fait plus pour la R&#233;volution (&#8230;) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans l'un des salons du Minist&#232;re des Forces Arm&#233;es R&#233;volutionnaires qu'une garde d'honneur veilla sur l'urne contenant les cendres. En mars 2005, elle fut transf&#233;r&#233;e dans le mausol&#233;e de la cordill&#232;re de la Sierra Maestra, dans l'est de Cuba, le berceau de la r&#233;volution. C'est l&#224; que sont enterr&#233;s les gu&#233;rilleros qui combattirent avec Raul pendant la lutte contre la dictature de Batista. C'est Raul lui-m&#234;me qui d&#233;posa l'urne dans le monument. On rendit &#224; Gades des honneurs militaires dignes d'un combattant de haut grade : trois salves de fusils furent tir&#233;es, puis on entonna l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses filles se souvenait du visage de son p&#232;re quand, au moment de mourir &#224; l'h&#244;pital, il sut que ses restes reposeraient &#224; c&#244;t&#233; des gu&#233;rilleros de son Compadre Raul : &#171; J'ai vu qu'il &#233;tait heureux. Il &#233;tait fier, pour lui c'&#233;tait un honneur, car Cuba &#233;tait sa r&#233;f&#233;rence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2007, sur la Place de la Cath&#233;drale, dans le centre historique de La Havane, se trouve une sculpture de bronze du grand danseur espagnol. Et, pourquoi ne pas le dire, du r&#233;volutionnaire cubain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques personnes ont os&#233; demander &#224; Gades ce qu'il avait fait, derri&#232;re le rideau, pour la r&#233;volution cubaine. Ils disent qu'il souriait, les yeux brillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; pour son &lt;a href=&#034;http://hcalvospina.com/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;blog&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;, Journaliste, &#233;crivain et r&#233;alisateur colombien r&#233;sidant en France.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction &lt;/strong&gt; : H&#233;l&#232;ne Vaucelle&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quelques sources :&lt;/strong&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Antonio Gades, Ediciones Fundaci&#243;n Antonio Gades, Madrid, 2005.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#193;ngel &#193;lvarez Caballero, El baile flamenco, Alianza Editorial, Madrid, 1998.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Muere Gades, el comandante flamenco, Miguel Mora, El Pa&#237;s, Madrid, 21 juillet 2004.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Cuba, el faro de su existencia, Mauricio Vicent, El Pa&#237;s, Madrid, 21 juillet 2004.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Gades, cuando un amigo se va, Gabriel
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hcalvospina.com/articles/16-11-gades.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 14 Novembre 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Blocus contre Cuba n'a pas cess&#233;... </title>
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		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voir le documentaire &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; BLOCUS CONTRE CUBA &#187;22' 28 &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce documentaire montre que le blocus contre Cuba n'a pas cess&#233; ; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ont chang&#233; de tactique, mais leur objectif reste d'en finir avec la r&#233;volution. Les Cubains sont quant &#224; eux d&#233;cid&#233;s &#224; se battre pour leur r&#233;volution. R&#233;alisation et interviews : Hernando Calvo Ospina Production : Association France-Cuba Avec la collaboration de : Associazione Nazionale Di Amicizia Italia-Cuba CubainformacionTV, Bilbao, Espa&#241;a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Guerre-invisible" rel="directory"&gt;Guerre invisible&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;center&gt;&lt;strong&gt;Voir le documentaire&lt;/strong&gt;&lt;/center&gt;&lt;center&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ChESkBcXDEQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;BLOCUS CONTRE CUBA&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;br/&gt;22' 28&lt;/h3&gt;&lt;/center&gt;
&lt;p&gt;Ce documentaire montre que le blocus contre Cuba n'a pas cess&#233; ; les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique ont chang&#233; de tactique, mais leur objectif reste d'en finir avec la r&#233;volution. Les Cubains sont quant &#224; eux d&#233;cid&#233;s &#224; se battre pour leur r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;alisation et interviews&lt;/strong&gt; : Hernando Calvo Ospina&lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Production&lt;/strong&gt; : Association France-Cuba&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Avec la collaboration de&lt;/strong&gt; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Associazione Nazionale Di Amicizia Italia-Cuba
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; CubainformacionTV, Bilbao, Espa&#241;a&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Montage&lt;/strong&gt; : Enrique Gracia Herrera&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Traduction pour le sous-titrage&lt;/strong&gt; : Karine Alvarez et H&#233;l&#232;ne Vaucelle&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Musique&lt;/strong&gt; : Lucas Herrera, Yohan Calvo et Ana Catherine Martinez &lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;La Havane - Paris Avril 2015.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; &#201;crivain, journaliste colombien r&#233;sidant en France. Collaborateur de &#171; Le Monde Diplomatique &#187; et de &#171; El Correo de la Diaspora Latinoamericana &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Blocus-contre-Cuba-n-a-pas-cesse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 29 avril 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Latines, belles et rebelles &#187; de Hernando Calvo Ospina</title>
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		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce livre contient trente-trois histoires courtes de femmes, qui ne pr&#233;tendent pas &#234;tre leurs biographies. &#192; travers elles, c'est toute une page de l'histoire de l'Am&#233;rique latine que l'on parcourt, depuis l'arriv&#233;e des envahisseurs europ&#233;ens en 1492 jusqu'&#224; nos jours. Bien que la plupart d'entre elles soient peu ou pas connues, ces femmes ont jou&#233; un r&#244;le essentiel dans les luttes d'&#233;mancipation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi elles, la princesse indienne Anacaona, qui s'est soulev&#233;e contre les conqu&#233;rants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Livres" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce livre contient trente-trois histoires courtes de femmes, qui ne pr&#233;tendent pas &#234;tre leurs biographies. &#192; travers elles, c'est toute une page de l'histoire de l'Am&#233;rique latine que l'on parcourt, depuis l'arriv&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
des envahisseurs europ&#233;ens en 1492 jusqu'&#224; nos jours. Bien que la plupart d'entre elles soient peu ou pas connues, ces femmes ont jou&#233; un r&#244;le essentiel dans les luttes d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi elles, la princesse indienne Anacaona, qui s'est soulev&#233;e contre les conqu&#233;rants espagnols dans l'&#238;le partag&#233;e par Ha&#239;ti et la R&#233;publique dominicaine ; la vice-reine Bartolina qui a dirig&#233; l'un des principaux&lt;br class='autobr' /&gt;
mouvements contre la colonie espagnole en Bolivie ; la noire Marie-Jeanne de Lamartini&#232;re qui a aid&#233; &#224; vaincre les troupes de Napol&#233;on en Ha&#239;ti ; Lucy Gonzalez, la Mexicaine qui a lutt&#233; &#224; Chicago pour les&lt;br class='autobr' /&gt;
droits des ouvri&#232;res ; Lola Lebron, qui s'est battue pour l'ind&#233;pendance de Puerto Rico ; l'Uruguayenne Lucia Topolansky, la Br&#233;silienne Dilma Rousseff ou la Nicaraguayenne Nora Astorga, qui pass&#232;rent de la&lt;br class='autobr' /&gt;
gu&#233;rilla &#224; des postes de haute responsabilit&#233; d'&#201;tat ; l'anonyme Ana qui a affront&#233; l'arm&#233;e des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique lors de l'invasion du Panama ; l'&#233;crivaine Gabriela Mistral ou l'artiste Chavela Vargas, lesbiennes dans un monde hypocrite ; les m&#232;res colombiennes qui font face au pouvoir au nom de leurs enfants disparus ; ou la Cubaine Adriana Perez qui s'est battue pour la libert&#233; de son mari et le droit d'&#234;tre m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Latines, belles et rebelles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
Hernando Calvo Ospina&lt;br/&gt;
R&#233;cits des Libert&#233;s&lt;br/&gt;
14 x 19,5 cm&lt;br/&gt;
160 p.&lt;br/&gt;
15 &#8364;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;EAN&lt;/strong&gt; : 978-2-37071-046-8&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> De Truman &#224; Santos, r&#233;pression et insurrection pour la Colombia</title>
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		<dc:creator>Hernando Calvo Ospina *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le 9 avril 1948, &#224; Bogota, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;paraient la naissance de l'Organisation des Etats Am&#233;ricains (OEA). Ce m&#234;me jour, &#233;tait assassin&#233; Jorge Eliecer Gaitan. Bien qu'il f&#251;t le plus haut dirigeant du parti Lib&#233;ral, il appelait dans ses harangues &#224; l'union des lib&#233;raux et des conservateurs contre les repr&#233;sentants de l'oligarchie qui les opposaient et les appauvrissaient. &lt;br class='autobr' /&gt;
On expulsa la d&#233;l&#233;gation diplomatique sovi&#233;tique pour prouver que c'&#233;tait de l&#224; qu'&#233;tait venu l'ordre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Etats-Unis-d-Ameriques-et-ses-allies" rel="directory"&gt;Etats-Unis d'Am&#233;riques et ses alli&#233;s&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 9 avril 1948, &#224; Bogota, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;paraient la naissance de l'Organisation des Etats Am&#233;ricains (OEA). Ce m&#234;me jour, &#233;tait assassin&#233; Jorge Eliecer Gaitan. Bien qu'il f&#251;t le plus haut dirigeant du parti Lib&#233;ral, il appelait dans ses harangues &#224; l'union des lib&#233;raux et des conservateurs contre les repr&#233;sentants de l'oligarchie qui les opposaient et les appauvrissaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On expulsa la d&#233;l&#233;gation diplomatique sovi&#233;tique pour prouver que c'&#233;tait de l&#224; qu'&#233;tait venu l'ordre d'assassiner. Presque personne n'y crut, mais ce fait devint le premier acte politique mondial de ce qu'on a appel&#233; la &#171; Guerre Froide &#187;, cette confrontation de la &#171; civilisation occidentale chr&#233;tienne &#187; et du &#171; communisme ath&#233;e sovi&#233;tique &#187;, imagin&#233;e par le pr&#233;sident &#233;tasunien Harry Truman en 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; que cet &#233;v&#233;nement transforma l'histoire du pays, on ne sait toujours pas le nom des responsables intellectuels, m&#234;me si tout le monde continue de regarder vers l'oligarchie bipartite. Avec l'assassinat de Gaitan, la violence d&#233;j&#224; existante augmenta, dans les campagnes principalement. Invoqu&#233;e par le gouvernement conservateur et le clerg&#233;, la cruaut&#233; la plus extr&#234;me fut exerc&#233;e contre les lib&#233;raux et les communistes : on ouvrait le ventre des femmes enceintes pour en arracher la &#171; graine &#187; ennemie ; on coupait la t&#234;te des hommes pour les exhiber sur des pieux ou jouer au football avec... (1) La sauvagerie contre l'opposition, une pratique qui est toujours en cours, &#233;tait n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sister ou mourir &#233;tant l'unique alternative, les lib&#233;raux s'organis&#232;rent en gu&#233;rillas, avec l'approbation de leurs dirigeants. En novembre 1949, le Parti Communiste ill&#233;gal appela &#224; l'autod&#233;fense de masses. Imm&#233;diatement, le pr&#233;sident Mariano Ospina Perez remit les minist&#232;res du Gouvernement, de la Justice et de la Guerre dans les mains des Forces Arm&#233;es, en d&#233;cr&#233;tant que quiconque s'opposerait aux lois serait consid&#233;r&#233; comme &#171; brigand &#187;. C'est ainsi que les militaires, neutres jusqu'&#224; pr&#233;sent, se retrouv&#232;rent lanc&#233;s sur la violente sc&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le gouvernement accepta de participer &#224; la premi&#232;re confrontation militaire de la Guerre Froide. Entre mai 1951 et octobre 1954, la Colombie fut le seul pays latino-am&#233;ricain qui envoya des troupes en Cor&#233;e sous le commandement &#233;tasunien. Aider &#224; combattre le communisme en fut le pr&#233;texte. En r&#233;compense, le Pacte d'Assistance Militaire (PAM), le premier de ce genre sur le continent, fut sign&#233; en avril 1952. Les militaires colombiens commenc&#232;rent &#224; recevoir des armes des Etats-Unis, et de plus, le nombre d'&#233;l&#232;ves invit&#233;s dans les &#233;coles de guerre &#233;tasuniennes fut en augmentation. (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 1952, les armes furent utilis&#233;es pour la premi&#232;re fois lors d'une op&#233;ration militaire sans pr&#233;c&#233;dent dans le pays men&#233;e contre les lib&#233;raux du &#171; llano &#187;, cette immense &#233;tendue de terre plane qui fait fronti&#232;re avec le Venezuela. La police, qui venait d'&#234;tre conseill&#233;e par le Scotland Yard britannique, sema la terreur avec des m&#233;thodes paramilitaires, ce qui lui valut d'&#234;tre appel&#233;e la &#171; Gestapo cr&#233;ole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration fut un &#233;chec, alors le gouvernement chercha &#224; n&#233;gocier. Les habitants des plaines accept&#232;rent, mais demand&#232;rent des terres, la sant&#233; et l'&#233;ducation gratuite. Le gouvernement refusa, et la r&#233;pression s'amplifia. Ces demandes sortaient du cadre de la confrontation bipartite. M&#234;me la direction Lib&#233;rale qui vivait tranquille &#224; Bogota commen&#231;a &#224; se d&#233;marquer d'eux : &#171; le Gouvernement disait qu'il luttait contre des bandits, des voleurs de grand chemin, des malfaiteurs. Tandis que le Lib&#233;ralisme officiel disait qu'il ne fallait pas confondre le lib&#233;ralisme authentique avec ces coquins. &#187; (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites bipartites virent la menace augmenter quand les gu&#233;rilleros commenc&#232;rent &#224; se coordonner au niveau national. Elles trouv&#232;rent alors une solution : le 13 juin 1953, elles remirent le pouvoir au g&#233;n&#233;ral Gustavo Rojas Pinilla. Le g&#233;n&#233;ral Jos&#233; Joaquin Matallana, l'expliquera : &#171; Le peuple s'unissait contre le gouvernement, la gu&#233;rilla prenait de plus en plus d'ampleur, et les partis politiques traditionnels comprirent que la Colombie allait prendre le chemin du chaos. Nous &#233;tions en train de passer de la haine lib&#233;ral-conservateur au vrai probl&#232;me de la lutte des classes. C'est alors qu'une alternative militaire surgit &#187;. (4) M&#234;me le peuple, d&#233;sesp&#233;r&#233; par la violence, vit d'un bon oeil cet arbitrage militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, Rojas Pinilla commen&#231;a par donner aux insurg&#233;s le traitement politique que ne leur avaient pas accord&#233; les civils, y compris en proposant une amnistie. Il leur offrit &#171; Paix, Justice et Libert&#233; &#187;. Le d&#233;sir de r&#233;conciliation fit qu'entre juillet et septembre 1953, plus de 4000 gu&#233;rilleros du llano d&#233;pos&#232;rent les armes. Ils furent 7000 dans tout le pays. Le 8 septembre, les llaneros d&#233;clar&#232;rent dans une lettre au g&#233;n&#233;ral : nous avons d&#233;pos&#233; les armes &#171; avec honneur, sous la protection de votre gouvernement et de la banni&#232;re nationale. &#187; Mais peu apr&#232;s, leurs chefs commenc&#232;rent &#224; tomber, assassin&#233;s par des &#171; inconnus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gu&#233;rillas paysannes du sud-ouest du pays, men&#233;es par des communistes et des lib&#233;raux gaitanistes, donc plus politis&#233;es, accept&#232;rent la proposition de pacification, mais exig&#232;rent des dialogues pour discuter de r&#233;formes sociales et &#233;conomiques de base. Sans cela ils ne d&#233;poseraient pas les armes. La r&#233;ponse fut l'envoi d'effectifs militaires plus importants, de tueurs &#224; gage et de bandes paramilitaires appel&#233;es &#171; Gu&#233;rillas de la paix &#187;. Les paysans r&#233;activ&#232;rent la lutte d'autod&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, en 1955, l'Ecole des Lanciers, le premier centre de contre-insurrection d'Am&#233;rique Latine, fut cr&#233;&#233;e pr&#232;s de Bogota. Les instructeurs venaient de Fort Benning, centre &#233;tasunien sp&#233;cialis&#233; dans la guerre irr&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mai 1957, Rojas Pinilla renon&#231;a au pouvoir. Fait des plus extraordinaires : les patrons avaient oblig&#233; les travailleurs &#224; mener une &#171; Gr&#232;ve Civique Nationale &#187; pour faire pression sur lui. Les directions lib&#233;rale et conservatrice avaient d&#233;j&#224; convenu d'un accord nomm&#233; &#171; Front National &#187; : &#224; partir de 1958, les deux partis alterneraient au gouvernement tous les quatre ans, et ce pendant 16 ans. Ceux qui avaient encourag&#233; l'effusion de sang r&#233;apparurent comme des sp&#233;cialistes du droit civil, auteurs du retour &#224; la d&#233;mocratie. Leurs m&#233;dias jet&#232;rent un voile d'amn&#233;sie qui les autoamnistiait : on a calcul&#233; qu'entre 1948 et 1958, p&#233;riode connue sous le nom d' &#171; Epoque de la violence &#187;, quelque 300 000 colombiens furent assassin&#233;s. Et environ 200 000 furent d&#233;plac&#233;s des meilleures terres. Tous des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement ext&#233;rieur secoua la politique colombienne et se fit sentir dans tout l'h&#233;misph&#232;re, en particulier &#224; Washington : le Premier janvier 1959, la r&#233;volution cubaine triompha sans aucun appui externe. L' &#171; ennemi &#187; &#233;tait dans la m&#234;me cour. Les arm&#233;es latino-am&#233;ricaines pass&#232;rent de &#171; d&#233;fense de l'h&#233;misph&#232;re &#187; &#224; la mission de &#171; s&#233;curit&#233; interne &#187;, car il fallait &#233;viter de nouveaux Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que le gouvernement de John F. Kennedy imposa la Doctrine de S&#233;curit&#233; Nationale (DSN). Celle-ci comprenait toute une variante de m&#233;thodes contre-insurrectionnelles pour en terminer avec l' &#171; ennemi interne &#187;. Qui, &#171; en fonction de l'image que l'on veut exploiter peut s'appeler &#171; bandit &#187;, &#171; subversif &#187;, &#171; gu&#233;rillero &#187; ou &#171; terroriste &#187;. &#187; (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; ennemi &#187; &#233;tait d&#233;j&#224; une vieille connaissance en Colombie. En octobre 1928, la Loi de D&#233;fense Sociale fut dict&#233;e pour emp&#234;cher &#171; la vague imp&#233;tueuse et destructrice des id&#233;es r&#233;volutionnaires et dissolvantes de la Russie du Soviet. &#187; C'est de cette mani&#232;re que le gouvernement expliquait les gr&#232;ves ouvri&#232;res contre les entreprises p&#233;troli&#232;res &#233;tasuniennes et la naissance du Parti Socialiste R&#233;volutionnaire, la premi&#232;re organisation de gauche. Cette m&#234;me ann&#233;e, le mot &#171; subversion &#187; fut utilis&#233; pour la premi&#232;re fois contre une gr&#232;ve de travailleurs bananiers. (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il s'agissait de s&#233;curit&#233; nationale, c'est aux Forces Arm&#233;es que fut transf&#233;r&#233;, directement ou indirectement, le pouvoir politique, avec l'approbation des &#233;lites &#233;conomiques. Cependant, il fallait une formation militaire et politique diff&#233;rente. Ce qui se fit massivement au d&#233;but de 1962, &#224; l'Ecole des Am&#233;riques, centre d'endoctrinement &#233;tasunien install&#233; dans la zone du canal de Panama. D&#232;s le d&#233;but, les militaires colombiens furent parmi les plus nombreux. (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es soixante, les autod&#233;fenses paysannes du sud-ouest du pays, dirig&#233;es &#224; pr&#233;sent par le Parti Communiste, continuaient &#224; r&#233;sister. Pour la premi&#232;re fois sur le continent, l'Action Civico-Militaire (ACM) qui faisait partie de la DSN fut appliqu&#233;e. Pour cela, une &#233;quipe de conseillers de Fort Bragg vint en f&#233;vrier 1962. On voulait montrer que les militaires et les policiers &#233;taient des entit&#233;s d'utilit&#233; sociale, qui travaillaient main dans la main avec le peuple. Gagner les coeurs et les esprits sur le communiste &#233;tait une des strat&#233;gies de l'ACM. L'autre strat&#233;gie visait la collecte de renseignements. Gr&#226;ce &#224; sa dynamique, l'ACM permit aux Forces Arm&#233;es de s'ing&#233;rer dans les minist&#232;res de l'Agriculture, des Travaux Publics, de la Sant&#233; et de l'Education.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette m&#234;me ann&#233;e 1962, en vertu de lois vot&#233;es sous &#233;tat de si&#232;ge, les probl&#232;mes d' &#171; ordre public &#187;, qui comprenaient tout type de protestation sociale, furent confi&#233;s aux Forces Arm&#233;es. Il ne fut m&#234;me plus n&#233;cessaire d'invoquer des &#171; bandits &#187;, ni des &#171; gu&#233;rilleros &#187; pour justifier une intervention militaire. Le gouvernement continuait &#224; prendre des mesures pour instaurer un Etat militaris&#233; &#224; visage de d&#233;mocratie. Sans dictature ternissant son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 mai 1964, d&#233;buta une immense action militaire contre des paysans &#171; bandits &#187; du sud-ouest du pays : l'Op&#233;ration Marquetalia. L'ACM avait d&#233;j&#224; fait sa partie. Une autre m&#233;thode contre-insurrectionnelle fut d&#233;velopp&#233;e : la guerre psychologique. A la radio et dans tous le pays, on entendait des informations qui provoquaient inqui&#233;tude et col&#232;re contre ceux qui &#233;taient en train de cr&#233;er des &#171; r&#233;publiques ind&#233;pendantes &#187;. Men&#233;s par les v&#233;t&#233;rans de Cor&#233;e, et les &#233;l&#232;ves sortis de l'Ecole de Lanciers et de celle des Am&#233;riques, 16 000 soldats encercl&#232;rent une vaste r&#233;gion. Ils disposaient de l'assistance &#233;tasunienne et de son puissant armement. Toute cette d&#233;monstration de force, accompagn&#233;e de l'hyst&#233;rie d&#233;sinformatrice, pour agresser un groupe mal arm&#233; de 52 hommes et 3 femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime Guaracas, l'un de ceux qui participa &#224; la d&#233;fense des r&#233;gions a racont&#233; : &#171; Aucun d'entre nous n'avait d'exp&#233;rience militaire. Et nous ne savions pas quel type d'arm&#233;e nous allions affronter. Il y avait deux r&#233;servistes, mais ils ne connaissaient pas de techniques de combat. &#187; (8) Le groupe dut s'adapter rapidement &#224; la guerre de gu&#233;rillas : des unit&#233;s en mouvement permanent qui &#233;vitent la confrontation, et dont la meilleure arme lorsqu'elles attaquent est l'effet de surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que ce jour de mai est n&#233;e l'organisation qui deux ans plus tard s'appellerait les Forces Arm&#233;es R&#233;volutionnaires de Colombie (FARC). Le 4 juillet, quand l' &#171; Op&#233;ration Marquetalia &#187; faisait rage au nord-est du pays, 18 hommes entreprenaient la cr&#233;ation d'une autre gu&#233;rilla. C'&#233;tait l'un des autres &#171; effets &#187; de la r&#233;volution cubaine. En 1962, le gouvernement de l'Ile avait accord&#233; des bourses &#224; 27 jeunes. &#171; Sept d'entre eux furent form&#233;s id&#233;ologiquement et militairement. Ils revinrent au pays pour cr&#233;er l'Arm&#233;e de Lib&#233;ration Nationale (ELN). Ils n'agissaient pas comme les autod&#233;fenses paysannes, qui se consacraient &#224; la d&#233;fense d'une zone. &#187; (9) D&#233;monstration en fut faite le 7 janvier 1965, lorsque l'ELN prit le village de Simacota et annon&#231;a que son but serait la prise du pouvoir. Les paysans, mais aussi des pr&#234;tres et des religieuses, inspir&#233;s par la Th&#233;ologie de la Lib&#233;ration commenc&#232;rent &#224; grossir ses rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ELN tenta de ne pas tomber dans la lutte id&#233;ologique chino-sovi&#233;tique que vivait la presque totalit&#233; de la gauche dans le monde. Une confrontation que v&#233;cut le Parti Communiste de Colombie. Certains de ses cadres rompirent avec le parti pour cr&#233;er le Parti Communiste de Colombie, Marxiste-L&#233;niniste. C'&#233;taient les pro-chinois ou mao&#239;stes. Cela se passait aussi en 1964. Trois ans plus tard, ils formeraient l'Arm&#233;e Populaire de Lib&#233;ration (EPL). Ils s'&#233;loign&#232;rent de l'autod&#233;fense puisqu'ils pr&#233;tendaient &#224; la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, on comm&#233;more les 50 ans de la formation de ces organisations r&#233;volutionnaires : aujourd'hui elles sont pr&#233;sentes dans tout le pays, les FARC et l'ELN principalement. En lan&#231;ant l'op&#233;ration Marquetalia, le pr&#233;sident Guillermo Leon Valencia assurait ce que tous ses successeurs, sans exception, allaient r&#233;p&#233;ter : &#171; Le pays sera totalement pacifi&#233; bien avant que je termine mon mandat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule r&#233;alit&#233; c'est que les conditions objectives tant sociales, &#233;conomiques, que politiques, tout comme la r&#233;pression, qui ont men&#233; &#224; la naissance de ces gu&#233;rillas, ont augment&#233;. Cependant que Washington d&#233;cide aujourd'hui plus que jamais dans la vie des colombiens, sans cesser d'attiser la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose invraisemblable : le 2 septembre 1958, des paysans gu&#233;rilleros lib&#233;raux et communistes firent parvenir une lettre au pr&#233;sident Alberto Lleras Camargo : &#171; la lutte arm&#233;e ne nous int&#233;resse pas, et nous sommes pr&#234;ts &#224; collaborer par tous les moyens &#224; notre port&#233;e &#224; la t&#226;che de pacification que ce gouvernement a d&#233;cid&#233; de mener. &#187; Parmi les signataires se trouvait Manuel Marulanda Velez, qui deviendra le chef supr&#234;me des FARC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : H&#233;l&#232;ne Vaucelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Germ&#225;n Guzm&#225;n Campos ; Orlando Fals Borda ; Eduardo Uma&#241;a Luna : La Violencia en Colombia. Estudio de un proceso social, tomo 1. Ed. C&#237;rculo de Lectores, Bogota, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Elsa Blair Trujillo : Las Fuerzas Armadas. Una mirada civil. Ed. Cinep, Bogota, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Eduardo Franco Isaza, Las Guerrilleras del Llano, Ed. Circulo de Lectores, Bogota, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Jos&#233; Joaqu&#237;n Matallana, en Olga Behar : Las Guerras de la Paz, Ed. Planeta. Bogota, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#8220;La Guerra Total&#8221;. Rapport de Deborah Barry, Ra&#250;l Vergara et Rodolfo Castro. Universit&#233; de Californie du Sud. F&#233;vrier 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Memorias del Ministerio de Guerra, Ignacio Rengifo, 1927. Cit&#233; dans Ren&#225;n Vega Cantor : Colombia entre la Democracia y el Imperio. Editorial El B&#250;ho, Bogota, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. De 1949 &#224; 1996, pr&#232;s de 10 000 officiers et sous-officiers furent dipl&#244;m&#233;s dans les centres de guerre irr&#233;guli&#232;re &#233;tasuniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Interview de Jaime Guaracas, l'un des fondateurs des FARC, par l'auteur. Mars 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Interview de Ramiro Vargas, membre du Commando Central de l'ELN, par l'auteur. Septembre 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. El Tiempo, Bogota, 8 mai 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt; pour &lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://hcalvospina.free.fr/spip.php?article516&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hernando Calvo Ospina&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 5 juin 2014&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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