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	<title>El Correo</title>
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		<title>&#171; LE D&#201;CLIN DU COURAGE &#187;Alexandre Soljenitsyne, Harvard, 8 juin 1978.</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aleksandr Solzhenitsyn</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; nous &#233;chappe si nous ne nous effor&#231;ons pas pleinement de la rechercher. Et m&#234;me lorsqu'elle nous &#233;chappe, l'illusion de la conna&#238;tre persiste et nous &#233;gare. De plus, la v&#233;rit&#233; est rarement agr&#233;able ; elle est presque toujours am&#232;re (...) Aleksandr Solzhenitsyn&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un monde divis&#233; en morceaux&lt;br /&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis sinc&#232;rement heureux d'&#234;tre parmi vous &#224; l'occasion de la 327e ann&#233;e universitaire de cette universit&#233; ancienne et prestigieuse. Mes f&#233;licitations et mes meilleurs v&#339;ux vous accompagnent, vous qui obtenez votre dipl&#244;me aujourd'hui. La devise de Harvard est &#171; &lt;i&gt;Veritas&lt;/i&gt; &#187; (V&#233;rit&#233;). Nombre d'entre vous l'ont d&#233;j&#224; appris, et d'autres l'apprendront tout au long de leur vie : la v&#233;rit&#233; nous &#233;chappe si nous ne nous effor&#231;ons pas pleinement de la rechercher. Et m&#234;me lorsqu'elle nous &#233;chappe, l'illusion de la conna&#238;tre persiste et nous &#233;gare. De plus, la v&#233;rit&#233; est rarement agr&#233;able ; elle est presque toujours am&#232;re. Mon discours d'aujourd'hui comporte lui aussi une certaine amertume. Mais je souhaite susciter cette angoisse non pas en adversaire, mais en ami. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois ans, aux &#201;tats-Unis, j'ai tenu des propos qui ont paru inacceptables. Aujourd'hui, pourtant, nombreux sont ceux qui partagent mon avis&#8230; La division du monde actuel est perceptible, m&#234;me superficiellement. N'importe lequel de nos contemporains identifierait ais&#233;ment deux puissances mondiales, chacune capable d'an&#233;antir l'autre. Or, la compr&#233;hension de cette division se limite souvent &#224; une conception politique, &#224; l'illusion que le danger peut &#234;tre &#233;cart&#233; par des n&#233;gociations diplomatiques fructueuses ou un &#233;quilibre judicieux des forces arm&#233;es. La v&#233;rit&#233; est que cette division est bien plus profonde et ali&#233;nante ; la rupture est plus importante qu'il n'y para&#238;t. Cette rupture profonde et multiforme porte en elle le risque de multiples catastrophes pour nous tous, conform&#233;ment &#224; la v&#233;rit&#233; ancestrale selon laquelle un royaume &#8211; en l'occurrence, notre Terre &#8211; divis&#233; contre lui-m&#234;me ne peut subsister.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mondes contemporains&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que r&#233;side le concept de Tiers Monde : nous aurions donc d&#233;j&#224; trois mondes. Sans aucun doute, leur nombre est encore plus important ; nous sommes simplement trop &#233;loign&#233;s pour le percevoir. Certaines cultures anciennes et autonomes sont profond&#233;ment enracin&#233;es, surtout si elles se sont r&#233;pandues sur la majeure partie de la Terre, constituant un monde autonome, riche d'&#233;nigmes et de surprises pour la pens&#233;e occidentale. &#192; tout le moins, nous devons inclure dans cette cat&#233;gorie la Chine, l'Inde, le monde musulman et l'Afrique, si l'on accepte v&#233;ritablement l'approche consistant &#224; consid&#233;rer ces deux derniers comme des unit&#233;s compactes. La Russie appartient &#224; cette cat&#233;gorie depuis mille ans, bien que la pens&#233;e occidentale commette syst&#233;matiquement l'erreur de nier son caract&#232;re autonome, et ne l'ait donc jamais comprise, tout comme aujourd'hui l'Occident ne comprend pas la Russie prisonni&#232;re du communisme. Il se peut que, ces derni&#232;res ann&#233;es, le Japon soit devenu de plus en plus semblable &#224; une partie &#233;loign&#233;e de l'Occident &#8211; je ne souhaite pas m'exprimer &#224; ce sujet ici &#8211; mais Isra&#235;l, par exemple, me semble demeurer &#224; l'&#233;cart du monde occidental, ne serait-ce que parce que son syst&#232;me &#233;tatique reste li&#233; &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, le petit monde de l'Europe moderne s'emparait ais&#233;ment de colonies &#224; travers le globe, non seulement sans r&#233;sistance, mais aussi, g&#233;n&#233;ralement, au m&#233;pris des valeurs potentielles des peuples conquis. &#192; cet &#233;gard, son succ&#232;s fut retentissant ; aucune fronti&#232;re g&#233;ographique ne lui &#233;tait connue. La soci&#233;t&#233; occidentale s'&#233;tendait comme un triomphe de l'ind&#233;pendance et de la puissance humaines. Et soudain, au XXe si&#232;cle, sa fragilit&#233; et son incoh&#233;rence furent mises &#224; nu. Nous constatons aujourd'hui que les conqu&#234;tes se sont r&#233;v&#233;l&#233;es &#233;ph&#233;m&#232;res et pr&#233;caires, et ce revirement de situation met en lumi&#232;re les failles de la vision du monde &#224; travers laquelle l'Occident les a envisag&#233;es. Les relations avec l'ancien monde colonial se sont d&#233;sormais retourn&#233;es contre lui, et le monde occidental se montre souvent excessivement servile, mais il reste difficile d'estimer le montant total que les anciennes puissances coloniales pr&#233;senteront &#224; l'Occident ; il est difficile de pr&#233;dire si la cession non seulement des derni&#232;res colonies, mais de tout ce qu'elles poss&#232;dent, suffira &#224; r&#233;gler cette dette.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Convergence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, cette c&#233;cit&#233; li&#233;e &#224; la sup&#233;riorit&#233; persiste, au grand dam de tous, et entretient la croyance que de vastes r&#233;gions de notre plan&#232;te devraient se d&#233;velopper et atteindre le niveau actuel du syst&#232;me politique occidental, th&#233;oriquement le meilleur et, en pratique, le plus s&#233;duisant. On croit que tous ces autres mondes ne sont emp&#234;ch&#233;s que temporairement, par des gouvernements faibles, des crises graves, leur propre barbarie ou leur incompr&#233;hension, de suivre la voie des d&#233;mocraties pluralistes occidentales et d'adopter leur mode de vie. Les pays sont &#233;valu&#233;s et jug&#233;s selon leurs progr&#232;s dans cette direction. Or, cette conception d&#233;coule d'une m&#233;connaissance occidentale de l'essence des autres mondes ; elle r&#233;sulte d'une erreur d'appr&#233;ciation, consistant &#224; les mesurer tous selon le m&#234;me crit&#232;re occidental. La r&#233;alit&#233; du d&#233;veloppement de notre plan&#232;te est tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'angoisse engendr&#233;e par un monde divis&#233; a donn&#233; naissance &#224; la th&#233;orie de la convergence entre les grandes puissances occidentales et l'Union sovi&#233;tique. Cette th&#233;orie rassurante occulte le fait que ces mondes n'&#233;voluent pas de mani&#232;re similaire ; et que l'un ne peut se transformer en l'autre sans violence. De plus, la convergence implique in&#233;vitablement d'accepter les d&#233;fauts de l'autre, ce qui est loin d'&#234;tre souhaitable. Si je devais m'adresser aujourd'hui &#224; un public dans mon pays, en analysant la fragmentation du monde, je me concentrerais sur les catastrophes de l'Est. Mais, compte tenu de mon exil forc&#233; en Occident ces quatre derni&#232;res ann&#233;es, et puisque mon auditoire est occidental, il me semble plus pertinent de me concentrer sur certains aspects de l'Occident actuel, tels que je les per&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;clin du courage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin du courage est peut-&#234;tre la caract&#233;ristique la plus frappante qu'un observateur impartial puisse constater en Occident aujourd'hui. Le monde occidental a perdu du courage dans sa vie civique, tant au niveau mondial qu'individuel, dans chaque pays, chaque gouvernement, chaque parti politique et, bien s&#251;r, aux Nations Unies. Ce d&#233;clin est particuli&#232;rement visible parmi les &#233;lites dirigeantes et intellectuelles et donne une impression de l&#226;chet&#233; &#224; toute la soci&#233;t&#233;. Certes, il existe de nombreuses personnes courageuses, mais elles n'ont pas suffisamment d'influence sur la vie publique. Les bureaucrates, les politiciens et les intellectuels manifestent cette d&#233;pression, cette passivit&#233; et cette d&#233;sorientation dans leurs actions, leurs d&#233;clarations et, plus encore, dans leurs justifications, qui tendent &#224; d&#233;montrer combien il est r&#233;aliste, raisonnable, intelligent, voire moralement justifiable de fonder les politiques d'&#201;tat sur la faiblesse et la l&#226;chet&#233;. Et ce d&#233;clin du courage est paradoxalement accentu&#233; par les acc&#232;s de col&#232;re et d'inflexibilit&#233; occasionnels de ces m&#234;mes responsables lorsqu'ils doivent composer avec des gouvernements faibles, des pays en manque de soutien ou des mouvements discr&#233;dit&#233;s, manifestement incapables d'opposer la moindre r&#233;sistance. Mais ils restent silencieux et paralys&#233;s face aux gouvernements puissants et aux forces mena&#231;antes, aux agresseurs et aux terroristes internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il pr&#233;ciser que, depuis l'Antiquit&#233;, la perte de courage a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme le d&#233;but de la fin ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bien-&#234;tre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de la formation des &#201;tats occidentaux modernes, il fut proclam&#233; comme principe fondamental que les gouvernements existent pour servir l'humanit&#233; et que l'humanit&#233; aspire &#224; la libert&#233; et au bonheur (voir, par exemple, la D&#233;claration d'ind&#233;pendance des &#201;tats-Unis). Or, ces derni&#232;res d&#233;cennies, les progr&#232;s technologiques et sociaux ont enfin permis la r&#233;alisation de ces aspirations : l'&#201;tat-providence. Chaque citoyen se voit garantir la libert&#233; et les biens mat&#233;riels souhait&#233;s, en quantit&#233; et en qualit&#233; suffisantes pour garantir, en th&#233;orie, l'acc&#232;s au bonheur, au sens moralement inf&#233;rieur dans lequel il a &#233;t&#233; con&#231;u ces derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un d&#233;tail psychologique a &#233;t&#233; n&#233;glig&#233; : le d&#233;sir constant de poss&#233;der toujours plus de choses et d'atteindre un niveau de vie toujours plus &#233;lev&#233;, avec l'obsession que cela implique, a imprim&#233; sur de nombreux visages occidentaux des traits d'anxi&#233;t&#233;, voire de d&#233;pression, m&#234;me s'il est courant de dissimuler soigneusement ces sentiments. Cette comp&#233;tition intense et active a fini par dominer toute pens&#233;e humaine et n'ouvre en rien la voie &#224; un libre &#233;panouissement spirituel. L'ind&#233;pendance de l'individu vis-&#224;-vis de nombreuses formes de pression &#233;tatique a &#233;t&#233; garantie ; la plupart des gens jouissent d'un niveau de bien-&#234;tre que leurs parents et grands-parents n'auraient m&#234;me pas pu imaginer ; il a &#233;t&#233; possible d'&#233;duquer les jeunes selon ces id&#233;aux, les menant vers la splendeur mat&#233;rielle, le bonheur, la possession de biens mat&#233;riels, d'argent et de temps libre, vers une libert&#233; de plaisir quasi illimit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, qui renoncerait &#224; tout cela maintenant ? Pourquoi, et pour quel b&#233;n&#233;fice, risquerait-on sa pr&#233;cieuse vie pour d&#233;fendre le bien commun, surtout dans le cas n&#233;buleux o&#249; la s&#233;curit&#233; de sa propre nation devrait &#234;tre d&#233;fendue dans un pays lointain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biologie elle-m&#234;me nous apprend qu'une s&#233;curit&#233; et un bien-&#234;tre extr&#234;mes et habituels ne sont pas avantageux pour un organisme vivant. Aujourd'hui, le bien-&#234;tre de la soci&#233;t&#233; occidentale commence &#224; r&#233;v&#233;ler son c&#244;t&#233; pernicieux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vie l&#233;galiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; occidentale a choisi l'organisation qui correspond le mieux &#224; ses objectifs, en se fondant, me semble-t-il, sur la lettre de la loi. Les limites du bien et des droits de l'homme sont d&#233;finies par un syst&#232;me juridique dont la port&#233;e est tr&#232;s vaste. Les Occidentaux ont acquis une habilet&#233; consid&#233;rable &#224; utiliser, interpr&#233;ter et manipuler le droit (m&#234;me si ce dernier est souvent si complexe que le citoyen lambda ne peut le comprendre sans l'aide d'un expert).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque conflit est r&#233;solu conform&#233;ment &#224; la lettre de la loi, et cette proc&#233;dure est consid&#233;r&#233;e comme une solution id&#233;ale. Si l'on est prot&#233;g&#233; par la loi, rien de plus n'est requis. Personne ne pr&#233;tendrait que, malgr&#233; cela, on puisse se tromper. Exiger une autolimitation ou une renonciation &#224; ces droits, imposer un sacrifice et un renoncement au risque, serait tout simplement absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocontr&#244;le volontaire est quasiment inconnu : chacun s'efforce de repousser au maximum les limites impos&#233;es par le cadre l&#233;gal. (Une compagnie p&#233;troli&#232;re est juridiquement exempte de toute responsabilit&#233; lorsqu'elle ach&#232;te le brevet d'une nouvelle &#233;nergie pour en emp&#234;cher l'utilisation. Un fabricant de produits alimentaires est juridiquement exempt de toute responsabilit&#233; lorsqu'il empoisonne son produit pour en prolonger la dur&#233;e de conservation : apr&#232;s tout, les consommateurs sont libres de ne pas l'acheter.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu toute ma vie sous un r&#233;gime communiste, et je peux vous dire qu'une soci&#233;t&#233; d&#233;pourvue de cadre juridique objectif est une chose terrible. Mais une soci&#233;t&#233; dont la seule &#233;chelle de r&#233;f&#233;rence est le cadre juridique n'est pas non plus enti&#232;rement digne de l'humanit&#233;. Une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des codes juridiques, et qui n'aspire jamais &#224; rien de plus &#233;lev&#233;, manque l'occasion de r&#233;aliser pleinement le potentiel humain. Un code juridique est trop froid et formel pour avoir une influence b&#233;n&#233;fique sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la trame d&#233;licate de la vie se trouve tiss&#233;e de relations l&#233;galistes, il engendre un climat de m&#233;diocrit&#233; morale qui paralyse les plus nobles aspirations humaines. D&#232;s lors, il sera tout simplement impossible d'affronter les conflits de ce si&#232;cle mena&#231;ant avec pour seul appui une structure l&#233;galiste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'orientation de la libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; occidentale moderne nous a montr&#233; la diff&#233;rence entre la libert&#233; d'agir pour le bien et la libert&#233; d'agir pour le mal. Un homme d'&#201;tat qui souhaite accomplir quelque chose d'important et de profond&#233;ment constructif pour son pays est contraint d'agir avec une grande prudence, voire une certaine timidit&#233;. Des milliers de critiques h&#226;tifs (et irresponsables) l'observeront attentivement. Il sera constamment d&#233;nigr&#233; par le Parlement et la presse. Il devra d&#233;montrer que chacune de ses actions est justifi&#233;e et absolument irr&#233;prochable. Au final, une personne v&#233;ritablement grande, v&#233;ritablement extraordinaire, n'a aucune chance de triompher. Des dizaines de pi&#232;ges lui seront tendus d&#232;s le d&#233;part. Et ainsi, la m&#233;diocrit&#233; l'emporte. Partout, il est possible, et m&#234;me facile, de saper le pouvoir administratif. De fait, ce pouvoir a &#233;t&#233; consid&#233;rablement affaibli dans tous les pays occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense des droits individuels a atteint des sommets tels qu'elle laisse la soci&#233;t&#233; totalement d&#233;munie face &#224; certains individus. Il est temps, en Occident, de d&#233;fendre moins les droits de l'homme que les devoirs humains. Parall&#232;lement, une libert&#233; destructrice et irresponsable s'est vue accorder un espace illimit&#233;. La soci&#233;t&#233; s'est montr&#233;e bien impuissante face &#224; l'ab&#238;me de la d&#233;cadence humaine ; par exemple, face &#224; l'abus de libert&#233; qui conduit &#224; des violences morales contre la jeunesse, &#224; travers des films abondamment pornographiques, criminels et horrifiques. Tout cela est consid&#233;r&#233; comme faisant partie int&#233;grante de la libert&#233; et est cens&#233; &#234;tre th&#233;oriquement contrebalanc&#233; par le droit des jeunes de ne ni le regarder ni l'accepter. Ainsi, la vie organis&#233;e de mani&#232;re l&#233;galiste d&#233;montre son incapacit&#233; &#224; se d&#233;fendre contre les effets corrosifs du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'en est-il des aspects les plus sombres de la criminalit&#233; ? Les fronti&#232;res l&#233;gales (surtout aux &#201;tats-Unis) sont suffisamment larges pour encourager non seulement la libert&#233; individuelle, mais aussi son abus. Le coupable peut rester impuni ou b&#233;n&#233;ficier d'une sympathie injustifi&#233;e, gr&#226;ce au soutien de milliers de personnes au sein de la soci&#233;t&#233;. Lorsqu'un gouvernement entreprend s&#233;rieusement d'&#233;radiquer la subversion, l'opinion publique l'accuse aussit&#244;t de violer les droits civiques des terroristes. Les cas de ce genre sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant de la libert&#233; pour le mal s'est install&#233; progressivement, mais il d&#233;coule manifestement d'une conception humaniste et bienveillante selon laquelle l'humanit&#233; &#8211; reine de la cr&#233;ation &#8211; n'est pas fondamentalement mauvaise, et tous les d&#233;fauts de la vie sont caus&#233;s par des syst&#232;mes sociaux erron&#233;s qu'il convient donc de corriger. Pourtant, aussi &#233;trange que cela puisse para&#238;tre, malgr&#233; le fait que les meilleures conditions sociales aient &#233;t&#233; atteintes en Occident, la criminalit&#233; y persiste consid&#233;rablement ; en r&#233;alit&#233;, elle est bien plus importante qu'en Union sovi&#233;tique, soci&#233;t&#233; appauvrie et marqu&#233;e par l'arbitraire juridique. (Il est vrai que nos camps de concentration abritent une multitude de prisonniers accus&#233;s de crimes, mais la plupart d'entre eux n'en ont commis aucun. Ils tentaient simplement de se d&#233;fendre contre un &#201;tat ill&#233;gitime qui recourait &#224; la terreur en dehors de tout cadre l&#233;gal.)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'orientation de la presse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La presse, bien s&#251;r, jouit de la plus grande libert&#233;. (J'utiliserai le terme &#171; presse &#187; pour d&#233;signer tous les m&#233;dias de masse.) Mais comment utilise-t-elle cette libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, la pr&#233;occupation primordiale est de ne pas enfreindre la loi. La distorsion ou l'exag&#233;ration n'entra&#238;ne aucune v&#233;ritable responsabilit&#233; morale. Quelle responsabilit&#233; un journaliste a-t-il envers ses lecteurs ou envers l'histoire ? Lorsqu'une opinion publique est induite en erreur par des informations inexactes ou des conclusions erron&#233;es, conna&#238;t-on un seul cas o&#249; le journaliste ou le journal concern&#233; l'ait reconnu et pr&#233;sent&#233; des excuses publiques ? Non. Cela nuirait aux ventes. Une nation peut subir les pires cons&#233;quences d'une telle erreur, mais le journaliste restera toujours impuni. Fort de sa confiance retrouv&#233;e, il se mettra probablement &#224; &#233;crire exactement le contraire de ce qu'il a dit auparavant. Face &#224; l'exigence d'informations instantan&#233;es et cr&#233;dibles, il devient n&#233;cessaire de recourir &#224; des pr&#233;somptions, des rumeurs et des suppositions pour combler les lacunes ; et aucune ne sera r&#233;fut&#233;e. Elles s'ancreront durablement dans la m&#233;moire du lecteur. Combien de jugements h&#226;tifs, immatures, superficiels et trompeurs sont exprim&#233;s chaque jour, semant d'abord la confusion chez les lecteurs, puis les laissant perplexes ? La presse peut soit se faire l'&#233;cho de l'opinion publique, soit la pervertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on peut voir des terroristes glorifi&#233;s comme des h&#233;ros, des informations confidentielles relatives &#224; la d&#233;fense nationale divulgu&#233;es publiquement, ou encore la violation &#233;hont&#233;e de la vie priv&#233;e de personnalit&#233;s sous le slogan &#171; &lt;i&gt; chacun a le droit de tout savoir&lt;/i&gt; &#187;. (Bien qu'il s'agisse d'un slogan fallacieux, propre &#224; une &#233;poque r&#233;volue. Bien plus pr&#233;cieux est le droit, aujourd'hui discr&#233;dit&#233;, de ne pas savoir ; de pr&#233;server son &#226;me des ragots, des absurdit&#233;s et des bavardages futiles. Une personne qui travaille et m&#232;ne une vie pleine de sens n'a nul besoin de ce flot excessif et &#233;touffant d'informations.) La pr&#233;cipitation et la superficialit&#233; sont le mal du XXe si&#232;cle, et ce mal se refl&#232;te plus que partout ailleurs dans la presse. L'analyse approfondie d'un probl&#232;me est un anath&#232;me pour la presse. Elle reste prisonni&#232;re de formules sensationnalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; l'heure actuelle, la presse est devenue la force la plus puissante des pays occidentaux, surpassant les pouvoirs l&#233;gislatif, ex&#233;cutif et judiciaire. D&#232;s lors, on peut se demander : selon quels crit&#232;res a-t-elle &#233;t&#233; &#233;lue et &#224; qui doit-elle rendre des comptes ? Dans les pays de l'Est communistes, un journaliste est ouvertement d&#233;sign&#233; comme un fonctionnaire d'&#201;tat. Mais qui a &#233;lu les journalistes occidentaux qui occupent cette position de pouvoir, pour combien de temps et avec quels privil&#232;ges ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une autre surprise pour qui vient d'un Orient totalitaire o&#249; la presse est rigoureusement unifi&#233;e. On d&#233;couvre une tendance commune au sein de la majorit&#233; de la presse occidentale (l'esprit du temps), des mod&#232;les de jugement g&#233;n&#233;ralement accept&#233;s, et peut-&#234;tre m&#234;me des int&#233;r&#234;ts corporatifs partag&#233;s, de sorte que l'effet qui en r&#233;sulte n'est pas la concurrence, mais l'unification. La libert&#233; de la presse est totale, mais pas celle des lecteurs, car les journaux transmettent surtout, de mani&#232;re forc&#233;e et syst&#233;matique, les opinions qui ne contredisent pas trop ouvertement leur propre opinion et la tendance g&#233;n&#233;rale susmentionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une tendance de r&#233;flexion&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Occident, sans censure, les courants de pens&#233;e et les id&#233;es &#224; la mode sont frustrantement s&#233;par&#233;s de ceux qui sont pass&#233;s de mode. Ces derniers, bien que jamais interdits, ont tr&#232;s peu de chances d'&#234;tre refl&#233;t&#233;s dans les journaux et les livres, ou m&#234;me entendus dans les universit&#233;s. Vos universitaires sont libres au sens juridique du terme, mais ils sont brid&#233;s par les caprices du moment. Il n'y a pas de violence aussi manifeste qu'en Orient ; mais une s&#233;lection impos&#233;e par la mode et la n&#233;cessit&#233; de se conformer aux normes de masse emp&#234;chent souvent les penseurs les plus ind&#233;pendants de contribuer &#224; la vie publique. Il existe une dangereuse tendance &#224; former un troupeau, &#233;touffant ainsi les initiatives prometteuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, j'ai re&#231;u des lettres de personnes tr&#232;s intelligentes &#8211; comme, par exemple, l'instituteur d'une petite &#233;cole isol&#233;e &#8211; qui auraient pu beaucoup contribuer au renouveau et au salut de leur pays, mais ce dernier n'a pas pu les entendre, faute de tribune m&#233;diatique ad&#233;quate. Cette situation engendre des pr&#233;jug&#233;s tenaces et r&#233;pandus, une forme d'aveuglement dangereuse &#224; notre &#233;poque si dynamique. On peut citer en exemple cette interpr&#233;tation complaisante de la situation actuelle, qui agit comme une armure autour des esprits, &#224; tel point que les voix de ceux qui vivent dans dix-sept pays d'Europe de l'Est et d'Extr&#234;me-Orient ne parviennent pas &#224; la percer. Seul le cours inexorable des &#233;v&#233;nements finira par la briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; quelques aspects de la vie occidentale qui surprennent et &#233;tonneront un n&#233;ophyte. Le but et la port&#233;e de cette dissertation m'emp&#234;chent de poursuivre cette analyse, notamment en ce qui concerne l'impact de ces aspects sur des pans importants de la vie d'une nation, tels que l'&#233;ducation, tant &#233;l&#233;mentaire que sup&#233;rieure, dans les arts et les lettres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Socialisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est presque universellement admis que l'Occident montre au reste du monde la voie d'un d&#233;veloppement &#233;conomique prosp&#232;re, malgr&#233; les graves perturbations qu'a connues cette voie ces derni&#232;res ann&#233;es, dues &#224; une inflation galopante. Pourtant, nombreux sont ceux qui, en Occident, sont insatisfaits de leur propre soci&#233;t&#233;. Ils la m&#233;prisent ou l'accusent de ne plus &#234;tre &#224; la hauteur des exigences de la maturit&#233; humaine. Ce m&#233;contentement pousse nombre d'entre eux vers le socialisme, une tendance aussi erron&#233;e que dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re qu'aucun des pr&#233;sents n'a soup&#231;onn&#233; que mes critiques partiales du syst&#232;me occidental visaient &#224; sugg&#233;rer le socialisme comme alternative. Non. Fort de mon exp&#233;rience dans un pays o&#249; le socialisme est en vigueur, je ne parlerai pas d'une telle alternative. Le math&#233;maticien Igor Chafarevich , membre de l'Acad&#233;mie des sciences de l'URSS, a &#233;crit un ouvrage brillamment argument&#233; intitul&#233; &#171; Socialisme &#187;, dans lequel il m&#232;ne une analyse historique p&#233;n&#233;trante et d&#233;montre que le socialisme, sous toutes ses formes, conduit &#224; la destruction totale de l'esprit humain et &#224; l'an&#233;antissement de l'humanit&#233;. Le livre de Chafarevich a &#233;t&#233; publi&#233; en France il y a pr&#232;s de deux ans et, &#224; ce jour, personne n'a pu le r&#233;futer. Il sera bient&#244;t publi&#233; en anglais aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce n'est pas un mod&#232;le&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on me demandait plut&#244;t si je proposerais l'Occident, tel qu'il est aujourd'hui, comme mod&#232;le pour mon pays, je r&#233;pondrais franchement par la n&#233;gative. Non, je ne recommanderais pas votre soci&#233;t&#233; comme id&#233;al pour transformer la n&#244;tre. &#192; travers de profondes souffrances, le peuple de notre pays a connu un d&#233;veloppement spirituel d'une telle intensit&#233; que le syst&#232;me occidental, dans son &#233;tat d'&#233;puisement actuel, ne para&#238;t plus attrayant. M&#234;me les aspects de votre mode de vie que je viens d'&#233;num&#233;rer sont extr&#234;mement d&#233;courageants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fait ind&#233;niable est l'affaiblissement de la personnalit&#233; humaine en Occident, tandis qu'en Orient, elle s'est affirm&#233;e et renforc&#233;e. Six d&#233;cennies pour notre peuple et trois d&#233;cennies pour ceux d'Europe de l'Est ; durant tout ce temps, nous avons connu une formation spirituelle qui surpasse de loin celle de l'Occident. Les pressions complexes et parfois mortelles de la vie quotidienne ont forg&#233; des personnalit&#233;s plus fortes, plus profondes et plus int&#233;ressantes que celles engendr&#233;es par le confort standardis&#233; de l'Occident. Par cons&#233;quent, si notre soci&#233;t&#233; venait &#224; se transformer en la v&#244;tre, cela signifierait une am&#233;lioration sur certains points, mais aussi une d&#233;t&#233;rioration dans d'autres domaines particuli&#232;rement importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, une soci&#233;t&#233; ne peut demeurer ind&#233;finiment dans un ab&#238;me d'arbitraire juridique, comme c'est le cas dans notre pays. Mais il est tout aussi d&#233;gradant d'opter pour une indulgence automatique, comme vous l'avez fait. Apr&#232;s des d&#233;cennies de souffrance, de violence et d'oppression, l'&#226;me humaine aspire &#224; quelque chose de plus &#233;lev&#233;, de plus chaleureux et de plus pur que ce qu'offrent les habitudes de la vie en soci&#233;t&#233;, impos&#233;es par l'invasion r&#233;pugnante de la publicit&#233;, le bruit assourdissant de la t&#233;l&#233;vision et une musique insupportable. Tout cela est visible pour de nombreux observateurs &#224; travers le monde. Il devient de plus en plus improbable que le mode de vie occidental devienne un mod&#232;le &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire rec&#232;le des avertissements significatifs pour une soci&#233;t&#233; menac&#233;e de disparition. On peut citer, par exemple, le d&#233;clin des arts ou la rar&#233;faction des grands hommes d'&#201;tat. D'autres signes, tout aussi manifestes, alertent &#233;galement. Le c&#339;ur m&#234;me de sa d&#233;mocratie et de sa culture est &#233;branl&#233; par une simple coupure d'&#233;lectricit&#233; de quelques heures : des hordes de citoyens am&#233;ricains se livrent alors &#224; des pillages et &#224; des actes de vandalisme. La fa&#231;ade protectrice est alors t&#233;nue, signe d'un syst&#232;me social instable et fragilis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la lutte pour notre plan&#232;te, tant physique que spirituelle &#8211; cette lutte aux proportions cosmiques &#8211; n'est pas une vague question d'avenir. Elle a d&#233;j&#224; commenc&#233;. Les forces du mal ont d&#233;j&#224; lanc&#233; leur offensive d&#233;cisive. Vous en ressentez peut-&#234;tre la pression, mais vos &#233;crans et vos publications restent emplis des sourires de circonstance et des toasts lev&#233;s. D'o&#249; vient toute cette joie ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Myopie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Certains repr&#233;sentants &#233;minents de votre soci&#233;t&#233;, comme George Kennan, affirment : on ne peut appliquer de crit&#232;res moraux &#224; la politique. Ce faisant, on confond le bien et le mal, le juste et l'injuste, et l'on laisse le Mal triompher dans le monde. Au contraire, seuls des crit&#232;res moraux peuvent prot&#233;ger l'Occident contre la strat&#233;gie bien orchestr&#233;e du monde communiste. Il n'existe pas d'autres crit&#232;res. Toute consid&#233;ration pratique ou accessoire sera in&#233;vitablement balay&#233;e par la strat&#233;gie communiste. D&#232;s lors qu'un certain niveau de compr&#233;hension du probl&#232;me est atteint, le raisonnement l&#233;galiste paralyse ; il emp&#234;che de saisir l'ampleur et la port&#233;e des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'abondance d'informations, ou peut-&#234;tre &#224; cause d'elle, l'Occident peine &#224; appr&#233;hender la r&#233;alit&#233; telle qu'elle est. Certains commentateurs am&#233;ricains ont formul&#233; des pr&#233;dictions na&#239;ves, croyant que l'Angola deviendrait le Vietnam de l'Union sovi&#233;tique ou que l'intervention cubaine en Afrique serait stopp&#233;e par l'attention particuli&#232;re que les &#201;tats-Unis portent &#224; Cuba. Le conseil de Kennan &#224; son propre pays &#8211; entamer un d&#233;sarmement unilat&#233;ral &#8211; rel&#232;ve de la m&#234;me cat&#233;gorie. Si seulement vous saviez comment les officiels de la &lt;i&gt;place de la Vieille Ville &#224; Moscou&lt;/i&gt; se moquent de vos experts politiques !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Vieille Place de Moscou (Staraya Ploshchad) est la place o&#249; se trouve le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Quant &#224; Fidel Castro, il m&#233;prise ouvertement les &#201;tats-Unis, qui envoient leurs troupes dans des aventures lointaines alors que son pays est voisin du v&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'erreur la plus grave a &#233;t&#233; la mauvaise interpr&#233;tation de la guerre du Vietnam. Certains souhaitaient sinc&#232;rement la fin de toutes les guerres au plus vite ; d'autres estimaient qu'il devait y avoir une place pour l'autod&#233;termination au Vietnam, ou au Cambodge, comme nous le constatons aujourd'hui avec une clart&#233; particuli&#232;re. Mais des membres du mouvement pacifiste am&#233;ricain ont particip&#233; &#224; la trahison de nations orientales lointaines, &#224; un g&#233;nocide et aux souffrances inflig&#233;es aujourd'hui &#224; 30 millions de personnes dans ces pays. Ces pacifistes convaincus entendent-ils les cris qui montent de l&#224;-bas ? Comprennent-ils leur responsabilit&#233; aujourd'hui ? Ou pr&#233;f&#232;rent-ils rester sourds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CIA am&#233;ricaine a perdu son sang-froid et, de ce fait, le danger s'est consid&#233;rablement rapproch&#233; des &#201;tats-Unis. Mais personne ne le reconna&#238;t. La myopie des politiciens qui ont sign&#233; une capitulation pr&#233;cipit&#233;e au Vietnam a apparemment offert aux &#201;tats-Unis un r&#233;pit de complaisance ; or, un Vietnam centuple se profile d&#233;sormais &#224; l'horizon. Ce petit Vietnam avait &#233;t&#233; un avertissement et une occasion de mobiliser le courage de la nation. Mais si des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, pourtant pleinement arm&#233;s, ont subi une v&#233;ritable d&#233;faite face &#224; un petit pays communiste, comment l'Occident peut-il esp&#233;rer rester in&#233;branlable &#224; l'avenir ? J'ai d&#233;j&#224; eu l'occasion de dire qu'au XXe si&#232;cle, la d&#233;mocratie n'a remport&#233; aucune guerre majeure sans l'aide et la protection d'un alli&#233; continental dont elle ne remettait pas en question la philosophie et l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la Seconde Guerre mondiale contre Hitler, au lieu de remporter la guerre par ses propres forces, ce qui aurait certainement suffi, la d&#233;mocratie occidentale a cultiv&#233; un ennemi encore plus puissant. Hitler n'a jamais dispos&#233; d'autant de ressources ni d'autant d'hommes, ni propos&#233; d'id&#233;es s&#233;duisantes, ni b&#233;n&#233;fici&#233; d'un soutien aussi important en Occident &#8211; une potentielle cinqui&#232;me colonne &#8211; que l'Union sovi&#233;tique. Aujourd'hui, certaines voix occidentales &#233;voquent d&#233;j&#224; la possibilit&#233; de se pr&#233;valoir de la protection d'une troisi&#232;me puissance en cas d'agression lors d'un prochain conflit mondial ; dans ce cas, ce protecteur serait la Chine. Mais je ne souhaiterais une telle protection &#224; aucun pays au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il s'agit d'une nouvelle alliance avec le mal ; de plus, elle accorderait un r&#233;pit aux &#201;tats-Unis, mais si, &#224; la derni&#232;re minute, la Chine, forte de son milliard d'habitants, se retournait contre eux arm&#233;e d'armes am&#233;ricaines, les Etats-Unis elle-m&#234;me serait victime d'un g&#233;nocide semblable &#224; celui qui se d&#233;roule actuellement au Cambodge.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Perte de volont&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais aucune arme, aussi puissante soit-elle, ne peut sauver l'Occident tant qu'il n'aura pas surmont&#233; sa perte de volont&#233;. Dans un &#233;tat de faiblesse psychologique, les armes deviennent un fardeau pour ceux qui capitulent. Pour se d&#233;fendre, il faut aussi &#234;tre pr&#234;t &#224; mourir ; or, cette pr&#233;paration est rare dans une soci&#233;t&#233; nourrie du culte du bien-&#234;tre mat&#233;riel. Il ne reste alors que des concessions, des tentatives pour gagner du temps et la trahison. Ainsi, lors de la honteuse conf&#233;rence de Belgrade, les diplomates de l'Occident libre, dans leur faiblesse, ont livr&#233; la fronti&#232;re o&#249; les membres des groupes de vigilance d'Helsinki sacrifient leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e occidentale est devenue conservatrice : la situation mondiale doit rester inchang&#233;e &#224; tout prix ; aucun changement n'est permis. Ce r&#234;ve paralysant d'un &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; irr&#233;formable est le sympt&#244;me d'une soci&#233;t&#233; parvenue au terme de son d&#233;veloppement. Il faudrait &#234;tre aveugle pour ne pas voir que les oc&#233;ans n'appartiennent plus &#224; l'Occident, tandis que les terres sous son contr&#244;le ne cessent de se r&#233;duire. Les deux pr&#233;tendues guerres mondiales (en r&#233;alit&#233;, elles &#233;taient loin d'avoir cette ampleur plan&#233;taire) ont entra&#238;n&#233; l'autodestruction interne de ce petit Occident progressiste, qui a ainsi pr&#233;par&#233; sa propre fin. La prochaine guerre (qui ne sera pas forc&#233;ment atomique, et je ne crois pas qu'elle le sera) pourrait an&#233;antir la civilisation occidentale &#224; jamais. Face &#224; de tels dangers, forte d'un pass&#233; historique si riche, avec un tel degr&#233; de r&#233;alisation et d'attachement &#224; la libert&#233;, comment est-il possible de perdre &#224; ce point la volont&#233; de se d&#233;fendre ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'humanisme et ses cons&#233;quences&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comment ce d&#233;s&#233;quilibre des pouvoirs s'est-il instaur&#233; ? Comment l'Occident est-il pass&#233; de sa marche triomphale &#224; sa faiblesse actuelle ? Y a-t-il eu des d&#233;viations fatales et une perte de cap dans son d&#233;veloppement ? Il ne semble pas. L'Occident a progress&#233; r&#233;guli&#232;rement, conform&#233;ment &#224; ses intentions sociales proclam&#233;es, au rythme de ses progr&#232;s technologiques fulgurants. Et soudain, il se retrouve en position de faiblesse. Cela signifie que l'erreur r&#233;side &#224; la racine, au fondement m&#234;me de la pens&#233;e humaine des derniers si&#232;cles. Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; la vision du monde occidentale qui pr&#233;vaut aujourd'hui, n&#233;e de la Renaissance et ayant trouv&#233; son expression politique au si&#232;cle des Lumi&#232;res. Cette vision du monde est devenue la base de toutes les doctrines politiques et sociales ; on pourrait la qualifier d'humanisme rationaliste ou d'autarcie humaniste. Il s'agit de l'autonomie proclam&#233;e et pratiqu&#233;e de l'humanit&#233; vis-&#224;-vis de toute force sup&#233;rieure. On pourrait &#233;galement la qualifier d'anthropocentrisme, l'humanit&#233; &#233;tant per&#231;ue comme occupant le centre de tout ce qui existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant op&#233;r&#233; par la Renaissance &#233;tait sans doute in&#233;vitable d'un point de vue historique. Le Moyen &#194;ge avait atteint son terme naturel par &#233;puisement, se muant en une r&#233;pression intol&#233;rable et despotique de la nature physique de l'humanit&#233; au profit de sa nature spirituelle. Mais ensuite, nous nous sommes d&#233;tourn&#233;s du spirituel et avons embrass&#233; le mat&#233;riel de mani&#232;re excessive et d&#233;brid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle pens&#233;e humaniste, proclam&#233;e guide, niait l'existence d'un mal intrins&#232;que chez l'&#234;tre humain et n'envisageait aucune mission sup&#233;rieure &#224; la recherche du bonheur terrestre. Elle a introduit dans la civilisation occidentale une dangereuse tendance &#224; idol&#226;trer l'humanit&#233; et ses besoins mat&#233;riels. Tout ce qui d&#233;passait le bien-&#234;tre physique et l'accumulation de biens mat&#233;riels &#8211; tous les autres besoins et caract&#233;ristiques humaines, d'une nature plus &#233;lev&#233;e et plus subtile &#8211; demeurait hors du champ d'action des syst&#232;mes sociaux et &#233;tatiques, comme si la vie humaine &#233;tait d&#233;pourvue de sens sup&#233;rieur. Ceci a ouvert la voie au Mal, qui, de nos jours, circule librement et constamment. La libert&#233; &lt;i&gt;en soi&lt;/i&gt; ne r&#233;sout en rien les probl&#232;mes de l'existence humaine et, de fait, en soul&#232;ve un grand nombre de nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans les premi&#232;res d&#233;mocraties, comme la d&#233;mocratie am&#233;ricaine &#224; ses d&#233;buts, tous les droits de l'homme &#233;taient conf&#233;r&#233;s sur la base que l'humanit&#233; est une cr&#233;ature de Dieu. Autrement dit, la libert&#233; &#233;tait accord&#233;e &#224; l'individu sous condition, sous pr&#233;somption de sa responsabilit&#233; religieuse constante. Telle &#233;tait la tradition des mille ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. Il y a deux cent cinquante ans, voire deux cent cinquante ans, il aurait &#233;t&#233; presque inimaginable aux &#201;tats-Unis d'accorder une libert&#233; illimit&#233;e &#224; un individu pour la simple satisfaction de ses caprices personnels. Par la suite, cependant, toutes ces limitations se sont &#233;rod&#233;es dans tout l'Occident. On a assist&#233; &#224; un abandon total de l'h&#233;ritage moral des si&#232;cles chr&#233;tiens, avec ses grandes r&#233;serves de mis&#233;ricorde et de sacrifice. Les syst&#232;mes &#233;tatiques sont devenus encore plus mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, l'Occident a conquis les droits de l'homme, parfois m&#234;me &#224; l'exc&#232;s, mais le sens des responsabilit&#233;s humaines devant Dieu et la soci&#233;t&#233; s'est consid&#233;rablement affaibli. Ces derni&#232;res d&#233;cennies, l'&#233;go&#239;sme l&#233;galiste de la vision occidentale du monde a atteint son apog&#233;e, et le monde se trouve confront&#233; &#224; une profonde crise spirituelle et &#224; une transition politique. Toutes les prouesses technologiques c&#233;l&#233;br&#233;es, y compris la conqu&#234;te de l'espace, sont insuffisantes pour racheter la pauvret&#233; morale du XXe si&#232;cle, une pauvret&#233; que personne n'aurait pu imaginer jusqu'&#224; la fin du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une relation inattendue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que l'humanisme se d&#233;veloppait et se mat&#233;rialisait, il laissait progressivement place &#224; des concepts qui furent ensuite adopt&#233;s par le socialisme, puis par le communisme. Ainsi, Karl Marx pouvait affirmer, en 1844, que &#171; &lt;i&gt;le communisme est l'humanisme naturalis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Cette affirmation n'est pas totalement d&#233;nu&#233;e de raison. On retrouve les m&#234;mes fondements d'un humanisme &#233;rod&#233; dans tout type de socialisme : un mat&#233;rialisme d&#233;brid&#233; ; l'affranchissement de la religion et de la responsabilit&#233; religieuse (qui, dans les r&#233;gimes communistes, fr&#244;le la dictature antireligieuse) ; et la concentration des structures sociales sous un crit&#232;re pr&#233;tendument scientifique. (Ce dernier point est caract&#233;ristique des Lumi&#232;res comme du marxisme.) Ce n'est pas un hasard si les grandes promesses rh&#233;toriques du communisme s'articulent autour de l'Homme (avec un grand &#171; H &#187;) et de son bonheur terrestre. &#192; premi&#232;re vue, le parall&#232;le peut para&#238;tre troublant : des tendances communes dans la pens&#233;e et le mode de vie de l'Occident et de l'Orient contemporains ? Mais telle est la logique du d&#233;veloppement mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cette interrelation est telle que le courant mat&#233;rialiste, plus &#224; gauche et donc plus coh&#233;rent, se r&#233;v&#232;le toujours le plus fort, le plus s&#233;duisant et le plus victorieux. L'humanisme, ayant perdu son h&#233;ritage chr&#233;tien, ne peut l'emporter dans cette comp&#233;tition. Ainsi, au cours des si&#232;cles pass&#233;s, et plus particuli&#232;rement ces derni&#232;res d&#233;cennies, &#224; mesure que le processus s'intensifiait, le rapport de forces s'est d&#233;roul&#233; comme suit : le lib&#233;ralisme a in&#233;vitablement &#233;t&#233; supplant&#233; par l'extr&#233;misme ; l'extr&#233;misme a d&#251; c&#233;der la place au socialisme ; et le socialisme n'a pu r&#233;sister au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime communiste &#224; l'Est a pu se maintenir et prosp&#233;rer gr&#226;ce au soutien enthousiaste d'un grand nombre d'intellectuels occidentaux qui, se sentant proches de lui, ont refus&#233; de voir les crimes des communistes et, ne pouvant plus les nier, ont tent&#233; de les justifier. Le probl&#232;me persiste : dans nos anciens pays du bloc de l'Est, le communisme a subi une d&#233;faite id&#233;ologique totale ; son prestige est nul, voire pire. Pourtant, les intellectuels occidentaux continuent de le consid&#233;rer avec un int&#233;r&#234;t et une affinit&#233; consid&#233;rables, ce qui rend pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;sistance &#224; l'Est si difficile pour l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avant le changement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas examiner le cas d'une catastrophe provoqu&#233;e par une guerre mondiale et les bouleversements qu'elle engendrerait pour la soci&#233;t&#233;. Tant que nous nous r&#233;veillons chaque matin sous un soleil paisible, nous devons poursuivre notre vie quotidienne. Mais un d&#233;sastre est d&#233;j&#224; bien pr&#233;sent parmi nous. Je parle du fl&#233;au d'une conscience d&#233;spiritualis&#233;e et d'un humanisme irr&#233;ligieux. Ce crit&#232;re a fait de l'homme la mesure de toute chose sur terre ; cet &#234;tre humain imparfait, jamais exempt de vanit&#233;, d'&#233;go&#239;sme, d'envie, de vanit&#233; et d'une douzaine d'autres d&#233;fauts. Nous payons aujourd'hui le prix des erreurs commises au d&#233;but de cette aventure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la Renaissance &#224; nos jours, nous avons enrichi notre exp&#233;rience, mais nous avons perdu le concept d'une entit&#233; supr&#234;me et compl&#232;te qui, jadis, limitait nos passions et notre irresponsabilit&#233;. Nous avons plac&#233; trop d'espoir dans la politique et les r&#233;formes sociales, pour finalement nous retrouver d&#233;pouill&#233;s de notre bien le plus pr&#233;cieux : notre vie spirituelle, pi&#233;tin&#233;e par les clivages partisans &#224; l'Est et les imp&#233;ratifs commerciaux &#224; l'Ouest. C'est l&#224; l'essence de la crise : la division du monde est moins terrifiante que la similitude du mal qui ronge ses membres les plus profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme le sugg&#232;re l'humanisme, les &#234;tres humains naissaient uniquement pour &#234;tre heureux, ils ne na&#238;traient pas pour mourir. Puisque leur corps est vou&#233; &#224; la mort, leur mission sur terre doit &#234;tre manifestement plus spirituelle, et non se limiter &#224; la simple jouissance incontr&#244;l&#233;e des plaisirs quotidiens, ni &#224; la recherche des meilleurs moyens d'acqu&#233;rir des biens mat&#233;riels et &#224; leur consommation inconsid&#233;r&#233;e. Il s'agit de l'accomplissement d'un devoir s&#233;rieux et durable, afin que le passage de l'existence devienne avant tout une exp&#233;rience de croissance morale &#8211; quitter ce monde en &#233;tant meilleur qu'on ne l'a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est imp&#233;ratif de reconsid&#233;rer l'&#233;chelle des valeurs humaines conventionnelles ; leur distorsion actuelle est stup&#233;fiante. Il est inacceptable que l'&#233;valuation de la performance d'un pr&#233;sident se r&#233;sume &#224; des questions de salaire ou de disponibilit&#233; d'essence. Ce n'est qu'en cultivant volontairement en nous une ma&#238;trise de soi sereine et librement accept&#233;e que l'humanit&#233; pourra s'&#233;lever au-dessus de la tendance mondiale au mat&#233;rialisme. Aujourd'hui, il serait r&#233;trograde de s'accrocher aux formules fig&#233;es des Lumi&#232;res. Un tel dogmatisme social nous laisse sans d&#233;fense face aux d&#233;fis de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si nous sommes &#233;pargn&#233;s par la destruction de la guerre, la vie devra changer, sous peine de p&#233;rir d'elle-m&#234;me. Nous ne pouvons &#233;viter une r&#233;&#233;valuation des d&#233;finitions fondamentales de la vie et de la soci&#233;t&#233;. L'humanit&#233; est-elle vraiment au-dessus de tout ? N'existe-t-il pas un Esprit sup&#233;rieur qui la transcende ? Est-il juste que la vie d'une personne et les activit&#233;s d'une soci&#233;t&#233; soient guid&#233;es avant tout par le d&#233;veloppement mat&#233;riel ? Est-il permis de promouvoir un tel d&#233;veloppement au d&#233;triment de l'int&#233;grit&#233; de notre vie spirituelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le monde n'a pas encore atteint sa fin, il a au moins franchi un cap historique majeur, d'une importance comparable &#224; la transition du Moyen &#194;ge &#224; la Renaissance. Il exigera de nous un ardeur spirituelle intense. Nous devrons nous &#233;lever &#224; un niveau de vision nouveau, &#224; un nouveau mode de vie, o&#249; notre nature physique ne sera plus anath&#233;matis&#233;e comme au Moyen &#194;ge, mais, plus important encore, o&#249; notre &#234;tre spirituel ne sera plus foul&#233; aux pieds comme &#224; l'&#233;poque moderne. Cette ascension s'apparente &#224; une progression vers la prochaine &#233;tape anthropologique. Nul, nulle part dans le monde, n'a d'autre issue que celle de s'&#233;lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre Soljenitsyne&lt;/strong&gt;, Harvard le 8 juin 1978.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Alexandre Issa&#239;evitch Soljenitsyne&lt;/strong&gt;, n&#233; le 28 novembre 1918 &#224; Kislovodsk URSS et mort le 3 ao&#251;t 2008 &#224; Moscou, Rusie, est un &#233;crivain russe et un des plus c&#233;l&#232;bres dissidents du r&#233;gime sovi&#233;tique durant les ann&#233;es 1970 et 1980.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La &lt;i&gt;Vieille Place&lt;/i&gt; de Moscou (Staraya Ploshchad) est la place o&#249; se trouve le si&#232;ge du Comit&#233; central du Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique (PCUS) ; c'est le vrai nom de ce que l'on appelle en Occident &#171; le Kremlin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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