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	<title>El Correo</title>
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		<title>LE CAP DE LA PEUR</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raquel Robles*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Cette p&#233;riode fait peur. Peur et terreur, ce qui n'est pas la m&#234;me chose : la peur a un objet, la terreur est une angoisse pure qui ne trouve pas les mots pour d&#233;finir le monstre qui nous guette (...) Raquel Robles&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette p&#233;riode fait peur. Peur et terreur, ce qui n'est pas la m&#234;me chose : la peur a un objet, la terreur est une angoisse pure qui ne trouve pas les mots pour d&#233;finir le monstre qui nous guette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il soit tr&#232;s utile d'&#233;num&#233;rer les atrocit&#233;s de ces derniers mois, et les cerises sur le g&#226;teau qui, entre la fin de l'ann&#233;e et ces quelques jours du nouvel an, sont venues nous bouleverser. Comme dans ces films o&#249; les protagonistes tombent dans une spirale d'&#233;v&#233;nements de plus en plus effrayants, c'est ainsi que nous vivons depuis un certain temps. Ce qui vaut peut-&#234;tre la peine, c'est de r&#233;fl&#233;chir un peu &#224; cette peur, de d&#233;broussailler la terreur, pour voir si nous pouvons r&#233;habiter notre propre corps avec un peu moins de douleur. Voir ce qu'il y a sous l'eau, ce qui nous fait tant de mal, sans que nous ne puissions jamais en voir le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernest Hemingway a invent&#233; l'id&#233;e d'une &#233;criture qui serait comme la pointe d'un iceberg. Raconter des &#233;v&#233;nements apparemment insignifiants, qui ne peuvent exister que si, sous la ligne de flottaison, se cache un morceau de glace capable de transformer en trag&#233;die le plus opulent des Titanic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Rivi%C3%A8re_au_c%C5%93ur_double&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La Grande Rivi&#232;re au c&#339;ur double&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, la nouvelle avec la quelle se termine son premier livre en 1927 &#8211;&lt;i&gt;In our time&lt;/i&gt;&#8211;, nous montre un Nick, que nous avons d&#233;j&#224; vu grandir dans d'autres r&#233;cits, qui part p&#234;cher. Seul, avec sa tente et son mat&#233;riel de p&#234;che, il s'enfonce dans la for&#234;t jusqu'&#224; atteindre la rivi&#232;re. Il n'y a pas grand-chose d'autre qu'un jeune homme qui descend du train, marche, monte sa tente, d&#238;ne au feu de camp, dort, boit l'eau de la rivi&#232;re, p&#234;che. Cependant, les d&#233;g&#226;ts de la guerre sont l&#224;. Dans tout ce qui n'est pas dit. Ce que le narrateur ne dit pas et que le protagoniste non plus ne pense pas. Le poids de ce silence est si inqui&#233;tant qu'il rend sinistres m&#234;me les ventres argent&#233;s des poissons qui sautent dans l'eau glac&#233;e. Sous la ligne de flottaison, l'exp&#233;rience de la guerre gangr&#232;ne jusqu'&#224; l'innocente joie d'un gentil gar&#231;on qui part &#224; la rencontre de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, tout ce que nous racontons sur nous-m&#234;mes, que ce soit la finale de la Coupe du monde ou une journ&#233;e de pique-nique dans la R&#233;publique des enfants, a aussi un c&#244;t&#233; toxique. J'ose dire que ce qui se cache sous notre ligne de flottaison, c'est l'effet, qui n'a jamais cess&#233;, de la dictature. Apr&#232;s la mort, la mort continue de tuer et de tuer encore. Un corps mort tue l'id&#233;e m&#234;me de l'existence de ce corps. Un corps mort qui, de plus, n'appara&#238;t toujours pas. Il est mort, oui. Mais il n'est pas l&#224;. Ce qui est l&#224;, ce qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre l&#224;, c'est la peur. Et c'est l&#224; la v&#233;ritable victoire de l'ennemi : nous faire croire que la violence des forces r&#233;pressives est li&#233;e aux actions men&#233;es pour d&#233;fendre les droits, obtenir des droits, lutter contre le capital. &#171; Ils ont bien d&#251; faire quelque chose &#187;, a install&#233; la dictature. Et m&#234;me ceux qui ont l'estomac nou&#233; lorsqu'ils entendent cette phrase en ressentent les r&#233;percussions. Une version politique de &#171; &lt;i&gt;regarde comment tu me mets en col&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;ne le provoque pas, tu sais qu'il devient nerveux&lt;/i&gt; &#187;. Si la police nous frappe, c'est parce que nous jetons des pierres. Des pierres qu'il n'aurait pas fallu jeter, et alors les coups et les gaz auraient &#233;t&#233; &#233;vit&#233;s. S'il y a des coups et des gaz, mais pas de pierres, alors on cherche tous les micros pour expliquer que &#171; nous ne faisions rien de mal &#187;. Donc, jeter des pierres sur le Congr&#232;s alors qu'il vient de voter des mesures barbares, c'est mal. Si nous marchons sur le trottoir, nous nous plaignons qu'on nous jette des boucliers dessus parce que &#171; nous respectons le protocole &#187;. Un protocole anti-droit de manifestation qui ne pourrait &#234;tre plus ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut pr&#233;ciser que nous sommes de bons manifestants, de bons protestataires, que nous sommes des militants bons et non violents. Nous n'avons pas le droit d'&#234;tre en col&#232;re. Ou plut&#244;t, nous avons le droit d'&#234;tre en col&#232;re de mani&#232;re civilis&#233;e et canalis&#233;e par le biais de lettres recommand&#233;es. Nous voyons &#224; la t&#233;l&#233;vision les agriculteurs europ&#233;ens, en col&#232;re contre l'importation &#233;ventuelle de produits d'Am&#233;rique latine, jeter des excr&#233;ments sur les institutions depuis un camion-citerne et cela nous r&#233;jouit, mais ici, nous n'osons m&#234;me pas jeter les petits sacs de sable que nous emmenions au jardin d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vous m&#233;prenez pas : je ne dis pas qu'on manque du courage. Ce que je veux dire, c'est que la peur domine. Une peur qui s'est install&#233;e sans que nous nous en rendions compte. &#192; l'&#233;poque o&#249; bon nombre des revendications des organismes de d&#233;fense des droits humains &#233;taient les politiques publiques, cette peur n'a pas &#233;t&#233; combattue : elle s'est calm&#233;e. On nous a offert une belle m&#233;diocrit&#233; dans laquelle, si nous &#233;tions sages, si nous ne revenions pas avec ces id&#233;es si violentes et perturbatrices de tout changer, nous pouvions vivre en paix. D'autres ont continu&#233; &#224; vivre tr&#232;s mal, mais nous venions de tout perdre et nous semblions m&#233;riter cette tr&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne vous m&#233;prenez pas :&lt;/strong&gt; c'&#233;tait bien que pendant un certain temps, ils aient cess&#233; de nous menacer de mort. C'&#233;tait &#233;galement formidable de pouvoir faire ces quelques petites choses que l'&#201;tat pouvait faire pour am&#233;liorer la vie des gens. Peu de choses par rapport &#224; ce qui est n&#233;cessaire, mais beaucoup par rapport &#224; ce qui n'avait jamais &#233;t&#233; fait auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais h&#233;las, lorsque le plancher (qu'on ne nous tue pas, qu'on puisse manifester, qu'il y ait des politiques publiques qui tiennent compte des besoins des gens) se confond avec le plafond, l'ennemi s'acharne et nous renvoie au sous-sol. Parce que nous n'avions pas touch&#233; le ciel du doigt. On nous avait seulement permis de nous mettre debout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai peur. Moi aussi, j'ai peur. J'ai peur qu'on me frappe, j'ai peur qu'on me tue comme le monsieur de Lugano qui, torse nu et en tongs, r&#233;clamait du respect pour son fils que la police &#233;tait en train de maltraiter. J'ai peur de mourir comme la fille qui surveillait les agissements des forces paramilitaires de Trump. J'ai peur que l'eau soit empoisonn&#233;e, que les glaciers soient transform&#233;s en zone commerciale, que la terre soit exploit&#233;e de l'int&#233;rieur pour en extraire les m&#233;taux qui restent. Je veux un monde m&#233;diocre et merdique o&#249; personne ne meurt. O&#249; les in&#233;galit&#233;s sont tout aussi in&#233;gales, mais o&#249; cela n'est pas bien vu. O&#249; notre travail sert &#224; soulager le malaise de vivre au fond du pot. Ce monde petit-bourgeois et mensonger qui, comme l'a d&#233;j&#224; dit Marx dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, nous donne des droits politiques, mais nous prive de nos droits &#233;conomiques. Mais ce monde n'existe plus. Le monde de merde dans lequel on pouvait, plus ou moins, pr&#233;voir les circonstances des d&#233;c&#232;s, a d&#233;j&#224; disparu dans les &#233;gouts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre faudrait-il accepter que ce monde de merde que nous aimions tant soit parti &#224; vau-l'eau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en suis pas s&#251;re, mais peut-&#234;tre n'y a-t-il rien &#224; faire pour gagner. Pour gagner maintenant. Mais gagner est-il la raison pour laquelle nous nous battons ? La victoire n'est jamais assur&#233;e. Elle ne l'a jamais &#233;t&#233; et ne le sera jamais. Parfois, la victoire est si loin que le combat n'est rien d'autre qu'un imp&#233;ratif &#233;thique. Faire quelque chose, parce qu'on ne peut pas ne rien faire. Parce que ne rien faire, c'est causer beaucoup de tort. Parce qu'on ne peut pas voir la vie nous filer entre les doigts et ouvrir davantage les mains. C'est &#224; nous de jouer. C'est notre moment et c'est &#224; nous de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur est l'essence m&#234;me de notre existence en tant qu'&#234;tres vivants. Se recroqueviller face &#224; la menace. Mais sortons de la terreur &#8211; celle qui nous emp&#234;che de penser, de mettre des mots &#8211; et voyons ce qui nous fait peur. La mort, bien s&#251;r. La douleur, bien s&#251;r. Et la honte ? Et d'&#234;tre ce personnage horrible du po&#232;me de Brecht, celui qui attend jusqu'&#224; la derni&#232;re minute inutile que tous ceux qui ne sont pas lui soient emmen&#233;s ? Et d'&#234;tre ce voisin, cette voisine que nous avons vu fermer la fen&#234;tre quand ils ont emmen&#233; nos proches ? Ces choses-l&#224;, ne nous font-elles pas peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais tant ressusciter notre monde de merde. Vivre dans la m&#233;diocrit&#233; avec l'id&#233;e r&#233;confortante que les statistiques sont de notre c&#244;t&#233;, que nous avons d&#233;j&#224; beaucoup perdu, que nous nous sommes d&#233;j&#224; beaucoup plus investis que presque tout le monde, que nous n'avons plus aucune marge de man&#339;uvre dans le muscle de la douleur. Mais la v&#233;rit&#233;, c'est que j'ai plus peur des coups, j'ai tr&#232;s peur que la peur m'emp&#234;che d'&#234;tre qui je suis, qui je veux &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas. J'aimerais, sinc&#232;rement, me glisser sous les draps que j'ai encore et attendre que quelqu'un arr&#234;te le monde pour pouvoir descendre. Mais je ne suis pas pr&#234;te &#224; livrer mon corps &#224; la douleur que mes enfants doivent endurer. J'ai un corps. Il m'a co&#251;t&#233; cher, mais maintenant je l'ai. Et je veux le mettre entre la cruaut&#233; et nos petits. Pas comme une offrande, pas pour qu'on lui fasse du mal. Car, m&#234;me s'il est difficile de se d&#233;faire des enseignements de la dictature, nous n'offrons pas notre vie en sacrifice, nous ne sommes pas responsables du mal qu'on nous fait, nous ne sommes pas responsables de la cruaut&#233; de l'ennemi. Je veux risquer mon corps pour la joie de dire &#171; je suis l&#224;, nous sommes l&#224; &#187;. M&#234;me si j'ai tr&#232;s peur. Ou plut&#244;t, parce que j'ai tr&#232;s peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la victoire n'est pas assur&#233;e. Mais la d&#233;faite non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raquel Robles*&lt;/strong&gt; para &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/2026/01/21/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/2026/01/21/cabo-de-miedo-2/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 21 janvier 2026.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Raquel Robles*&lt;/strong&gt; &#201;crivaine, journaliste et enseignante argentine, professeure de litt&#233;rature pour les jeunes marginalis&#233;s, responsable de plusieurs projets d'int&#233;gration. Son roman &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lecturalia.com/libro/61648/perder&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Perder&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187; a remport&#233; le prix Clar&#237;n en 2008. Elle est &#233;galement l'auteure des livres &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://fce.com.ar/tienda/literatura/pequenos-combatientes/?srsltid=AfmBOoogCh0tmdsoAX0a1aqAi8WKigA45rOY4u1vn8ecJgYDBspiICS5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Peque&#241;os combatientes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, o&#249; elle explore l'univers enfantin des enfants de disparus. Elle a &#233;galement publi&#233; &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.casadellibro.com/ebook-la-dieta-de-las-malas-noticias-ebook/9789870425649/2021914?srsltid=AfmBOooni7Y-Ax6IGJJA2vwgU5r-vGm2AANfHnRaqf_fLKEW4p-dE7Oy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dieta de las malas noticias&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, une com&#233;die noire sur la famille, les relations familiales et les chemins &#233;pineux de l'amour. Elle a milit&#233; pendant dix ans au sein du groupe H.I.J.O.S. Elle collabore au quotidien &lt;i&gt;P&#225;gina/12&lt;/i&gt; et aux magazines &lt;a href=&#034;https://revistatrespuntos.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Tres puntos&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://elplanetaurbano.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Planeta Urbano&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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