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		<title>Le fant&#244;me que hante le monde. &#171; Survivance des lucioles &#187;</title>
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		<dc:date>2024-12-20T14:38:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lila Mar&#237;a Feldman</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le fant&#244;me que hante le monde. &#171; Survivance des lucioles &#187;. Un fant&#244;me hante le monde. Il s'agit du fant&#244;me fasciste. Ce spectre a &#233;t&#233; identifi&#233; ici aujourd'hui, pr&#233;sence du pr&#233;sent et d'un avenir (...) Lila Mar&#237;a Feldman&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un fant&#244;me hante le monde. Il s'agit du fant&#244;me fasciste. Ce spectre a &#233;t&#233; identifi&#233; ici aujourd'hui, pr&#233;sence du pr&#233;sent et d'un avenir d'au moins quatre ans qui n'a pas encore commenc&#233; mais que l'on peut d&#233;j&#224; sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde, et dans ce pays au sud de la carte, nous avons des disparus morts et vivants, comme nous l'a rappel&#233; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Estela_Barnes_de_Carlotto&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Estela Carlotto&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, il y a des petits-enfants que nous cherchons encore. Nous continuerons &#224; nous battre pour qu'ils apparaissent en vie, et pour notre vie, aujourd'hui, lorsque nous nous r&#233;veillons &#224; nouveau comme des zombies, essayant de se souvenir d'eux -m&#234;mes vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un fant&#244;me me hante, un cauchemar &#233;veill&#233; : le pillage qui se pr&#233;pare, s'organise d&#233;j&#224;, les noms des responsables commencent &#224; &#234;tre connus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme a des enfants sains, je n'ai pas peur de la folie ou de la haine mais du d&#233;sir fasciste, ce d&#233;sir qui produit la terreur. La premi&#232;re &#233;charde que la terreur s&#232;me et qui pousse comme un gigantesque champignon lorsqu'une bombe tombe, c'est le silence. Le silence que l'on s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris contre moi-m&#234;me, contre mes peurs qui me murmurent qu'il vaut mieux ne pas le faire, mieux le garder pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'&#233;cris, et je sais que je le fais pour ne pas mourir d'angoisse, pour ne pas &#234;tre seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coute la vie qui se d&#233;roule derri&#232;re la fen&#234;tre. Paisible, normale, une chaude journ&#233;e de novembre, peut-&#234;tre qu'il va pleuvoir, peut-&#234;tre pas. Les heures suivront leur programme, les patients arriveront, aussi meurtris que moi. Et d'autres imperturbables, plus d&#233;truits que moi. J'ai davantage peur de la sant&#233; &#233;clatante, de la normalit&#233; anesth&#233;si&#233;e et limpide. La confiance qui aime l'ordre et se r&#233;jouit &#224; l'avance des rues d&#233;gag&#233;es pour &lt;strong&gt;la circulation&lt;/strong&gt; qui rassembleront les restes des manifestations massacr&#233;es, peut-&#234;tre m&#234;me avant qu'elles n'aient lieu. J'h&#233;site encore... dois-je &#233;crire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est onze heures. J'interromps ces divagations parce qu'il est temps d'entrer en contact avec la prochaine patiente de la journ&#233;e, qui se trouve &#224; un oc&#233;an de distance. Pourtant, il n'y a pas de distance, elle est l&#224;, pr&#233;sente, vivant, comme moi, les effets &#233;trangleurs de l'angoisse, et elle, avec la solitude de ne pouvoir la partager avec sa famille (car l'oc&#233;an du vote les s&#233;pare). Quelques minutes apr&#232;s le d&#233;but de la s&#233;ance, elle me dit qu'elle est en train de lire un livre et qu'elle veut partager un paragraphe avec moi. Elle me le lit. Il s'agit de &#171; &lt;strong&gt;Survivance des lucioles&lt;/strong&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Survivance des lucioles, Paris, Minuit (Paradoxe), 2009, 144 p. (ISBN (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crit par &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Didi-Huberman&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;George Didi-Huberman&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; en s'inspirant de Pier Paolo Pasolini. Il n'y a pas d'oc&#233;an entre les deux, nous parlons de la nuit noire du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pasolini propose de regarder les choses autrement, de changer de point de vue. Ce n'est pas la nuit que les lucioles ont disparu. Dans les profondeurs de la nuit, nous sommes capables de capter la moindre lueur. Non, les lucioles ont disparu dans la clart&#233; aveuglante des projecteurs. Les lucioles, ces souvenirs cuisants du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'improbable et minuscule lueur des lucioles m&#233;taphorise pour Pasolini l'Humanit&#233; r&#233;duite &#224; son plus simple pouvoir : celui de nous faire signe dans la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regards et &#233;clairs contre-h&#233;g&#233;moniques, survivance du d&#233;sir de voir qui est ou sera capable de situer le regard au-del&#224; de l'endroit o&#249; le pouvoir ordonne et dicte. Le fascisme se montre en pleine lumi&#232;re. Il ose tout dire et tout faire. Plus de la moiti&#233; de ce pays a vot&#233; pour lui, il est entr&#233; par les portes de la d&#233;mocratie, il est citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continue d'&#233;couter mes patients. Certains me disent qu'ils ont pass&#233; la nuit &#224; effacer des tweets, d'autres qu'ils ont d&#233;cid&#233; de ne plus utiliser les m&#233;dias sociaux pendant un certain temps. Il y a la peur. Une jeune patiente me dit qu'hier soir, elle pensait que Millei allait gagner. Elle ralentit, nous nous regardons. Elle me dit : eh bien, il a d&#233;j&#224; gagn&#233;... le lapsus est dans ce cas un report qui confond ce qui est d&#233;j&#224; pr&#233;sent, ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233;. Il a gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis elle dira que ce qui se passe, c'est qu'elle ne peut pas encore le mesurer, elle conna&#238;t la terreur par des r&#233;cits, mais elle ne l'a pas encore v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens aux lucioles et &#224; ces signaux envoy&#233;s par Pasolini depuis le pass&#233;, dans les mots de Didi-Huberman, lorsqu'il &#233;crit et pense &#224; partir d'elles, &#224; partir de ma patiente depuis un autre continent. Maintenant j'&#233;cris, d&#233;termin&#233;e, jet&#233;e sur la page, dans l'&#233;criture qui est pour moi et pour tant d'entre nous un territoire existentiel, un lieu qui active le m&#234;me d&#233;sir de survie que les lucioles, qui refusent de s'&#233;teindre et savent que la nuit peut &#234;tre le lieu pour s'opposer &#224; ce qui brille, &#224; ce qui aveugle et emp&#234;che de voir, en plein jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lila Mar&#237;a Feldman*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pagina12.com.ar/688098-la-supervivencia-de-las-luciernagas&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#225;gina 12&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, le 23 noviembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Lila Mar&#237;a Feldman&lt;/strong&gt;) &#201;crivain. Psychanalyste. Dipl&#244;m&#233;e de la facult&#233; de psychologie (UBA). Elle a effectu&#233; son internat et dirig&#233; l'Internat de l'H&#244;pital pour Enfants et Adolescents Dr. Carolina Tobar Garc&#237;a (1998-2004). Depuis 2004, elle est membre de l'&#233;quipe de soins de sant&#233; mentale du secteur de l'enfance et de l'adolescence d'Oniros, o&#249; elle a &#233;galement travaill&#233; en tant que responsable des admissions pendant plusieurs ann&#233;es, et coordinatrice du secteur (2014-2016). Elle a supervis&#233; l'&#233;quipe de sant&#233; mentale pour enfants et adolescents de Cesac 41 de la zone programmatique de l'H&#244;pital Dr Cosme Argerich du GCABA (2013-2015). Elle a coordonn&#233; des ateliers litt&#233;raires &#224; la Facult&#233; de Psychologie et dans d'autres institutions. Elle a publi&#233; plusieurs articles et chapitres de livres dans la revue Clepios et dans les livres &#171; 13 Variaciones &#187; sobre cl&#237;nica psicoanal&#237;tica et &#171; Nuevas variaciones &#187; sobre cl&#237;nica psicoanal&#237;tica. Entre-temps, il &#233;crit &#233;galement pour &lt;strong&gt;Pagina 12&lt;/strong&gt; et pour le site &lt;a href=&#034;https://lobosuelto.com/?s=Feldman&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lobo Suelto&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour et par&lt;/strong&gt; : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Un-fantasma-recorre-el-mundo-La-supervivencia-de-las-luciernagas&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.elcorreo.eu.org/Un-fantasma-recorre-el-mundo-La-supervivencia-de-las-luciernagas&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 24 novembre 2023.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034;href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Survivance des lucioles&lt;/i&gt;, Paris, Minuit (Paradoxe), 2009, 144 p. (&lt;strong&gt;ISBN&lt;/strong&gt; 9782707320988])&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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