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	<title>El Correo</title>
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		<title>Le N&#233;olib&#233;ralisme, ennemi historique de la D&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2021-07-19T12:30:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aldo Madariaga*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Le N&#233;olib&#233;ralisme, ennemi historique de la D&#233;mocratie.. Son attaque contre la d&#233;mocratie et son affaiblissement des syndicats font aujourd'hui le jeu de l'extr&#234;me droite (...) Aldo Madariaga&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Neoliberalisme" rel="directory"&gt;Capitalisme s&#233;nile&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plus qu'un simple ensemble de politiques de libre-&#233;change, le n&#233;olib&#233;ralisme a toujours cherch&#233; &#224; modifier l'&#233;quilibre des pouvoirs de la soci&#233;t&#233; en faveur des patrons. Son attaque contre la d&#233;mocratie et son affaiblissement des syndicats font aujourd'hui le jeu de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;141&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/rv-ai520_bkrv_p_p_20121026015308.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L450xH300/rv-ai520_bkrv_p_p_20121026015308-0ff08-ea3b8.jpg?1695924961' width='450' height='300' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re r&#233;union de la Soci&#233;t&#233; du Mont Pelerin, en 1947, avec les fondateurs, Friedrich Hayek et Ludwig von Mises.&lt;br/&gt;(Soci&#233;t&#233; Mont Pelerin)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme est pr&#233;sent depuis plus de trois quarts de si&#232;cle. Depuis les efforts de la soci&#233;t&#233; du Mont-P&#232;lerin pour r&#233;inventer le lib&#233;ralisme &#224; l'ancienne dans les ann&#233;es 1940, le n&#233;olib&#233;ralisme a pris diverses formes, qu'il s'agisse de l'&#233;cole de Chicago et de l'ordolib&#233;ralisme allemand, du coup d'&#201;tat chilien de 1973 dirig&#233; par Pinochet, des r&#233;volutions Thatcher et Reagan, des ajustements structurels impos&#233;s par le FMI et la Banque mondiale ou de la Troisi&#232;me voie europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du n&#233;olib&#233;ralisme a donn&#233; lieu &#224; une v&#233;ritable industrie artisanale de commentaires, qui n'a fait que cro&#238;tre au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, les experts tentant de donner un sens &#224; un terme de plus en plus contest&#233; et ambigu. Nombre de ceux qui &#233;crivent sur le n&#233;olib&#233;ralisme vantent aujourd'hui ce qu'ils croient &#234;tre sa derni&#232;re valse sur la sc&#232;ne mondiale : dans le contexte des transformations provoqu&#233;es par la crise financi&#232;re de 2008-9, la mont&#233;e des gouvernements autoritaires protectionnistes et la n&#233;cessit&#233; de solutions de politique publique &#224; grande &#233;chelle &#224; l'&#232;re de la COVID-19, beaucoup ont proclam&#233; que le n&#233;olib&#233;ralisme &#233;tait effectivement &#224; bout de souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce vraiment le cas ? Ou bien le n&#233;olib&#233;ralisme est-il simplement en train de s'installer, sous des formes encore plus virulentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai soutenu ailleurs, le n&#233;olib&#233;ralisme n'est pas en train de mourir mais subit au contraire d'importantes transformations qui le rendent particuli&#232;rement dangereux pour la d&#233;mocratie d'aujourd'hui. En fait, c'est cette menace m&#234;me pour la d&#233;mocratie qui est la cl&#233; pour comprendre la r&#233;silience du n&#233;olib&#233;ralisme : sa capacit&#233; &#224; supporter les crises et les syst&#232;mes rivaux n'est pas tant une cons&#233;quence de l'attrait durable des march&#233;s libres et de la concurrence &#233;conomique. Au contraire, le n&#233;olib&#233;ralisme a surv&#233;cu en alt&#233;rant les fondements m&#234;mes de nos institutions et organisations d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le n&#233;olib&#233;ralisme s'est alli&#233; &#224; des forces &#8211; dictateurs et technocrates &#8211; tout aussi m&#233;prisantes pour la d&#233;mocratie. Cet aspect central du projet n&#233;olib&#233;ral est ce qui pr&#233;pare le terrain pour une nouvelle race de leaders de la droite radicale &#224; travers le monde. Aujourd'hui, on assiste &#224; l'&#233;mergence d'une alliance entre les n&#233;olib&#233;raux et le grand capital, qui s'appuie sur le soutien des nationalistes, des conservateurs sociaux et des populistes autoritaires. C'est cette alliance qui pourrait bien constituer l'une des plus grandes menaces pour la politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme est un projet politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour beaucoup, le n&#233;olib&#233;ralisme est un ensemble d'id&#233;es &#233;conomiques qui vante la sup&#233;riorit&#233; des march&#233;s comme forme de coordination sociale entre les individus. Lu de cette fa&#231;on, le n&#233;olib&#233;ralisme est capable de s&#233;duire, de convaincre et finalement de l'emporter sur des id&#233;es rivales comme la planification &#233;tatique. Pour ceux qui souscrivent &#224; cette d&#233;finition du n&#233;olib&#233;ralisme, les suggestions selon lesquelles l'&#201;tat fait son retour sont consid&#233;r&#233;es comme la preuve que le pendule revient vers un consensus social qui rejette le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un projet politique qui vise non seulement &#224; r&#233;duire le pouvoir de l'&#201;tat mais, plus concr&#232;tement, &#224; saper les efforts de tout acteur collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme est donc commun&#233;ment compris comme l'id&#233;ologie qui place les march&#233;s au-dessus des &#201;tats et les individus au-dessus des soci&#233;t&#233;s. Cependant, des d&#233;cennies de recherche ont prouv&#233; ce que Philip Mirowski appelle la &#171; double v&#233;rit&#233; &#187; derri&#232;re la doctrine n&#233;olib&#233;rale : tout en offrant la libert&#233; de choix et la lib&#233;ration des r&#233;glementations &#233;tatiques oppressives, les n&#233;olib&#233;raux ont toujours &#233;t&#233; conscients de la n&#233;cessit&#233; d'un &#201;tat fort, tr&#232;s souvent coercitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a signifi&#233; deux choses. Premi&#232;rement, les n&#233;olib&#233;raux &#233;taient moins int&#233;ress&#233;s par les march&#233;s en soi (et encore moins par la concurrence sur les march&#233;s) que par ce qui pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; eux. Bien que les n&#233;olib&#233;raux visent g&#233;n&#233;ralement &#224; &#233;liminer toute intervention de l'&#201;tat qui interf&#232;re avec les libres d&#233;cisions des entreprises priv&#233;es, ils ne sont pas oppos&#233;s &#224; toutes les formes d'intervention de l'&#201;tat. Les n&#233;olib&#233;raux sont, bien entendu, moins pr&#233;occup&#233;s par les formes d'intervention de l'&#201;tat qui redistribuent aux principaux groupes d'entreprises (par le biais d'exon&#233;rations fiscales g&#233;n&#233;reuses ou de renflouements massifs lors de crises financi&#232;res) que par le type d'intervention qui impose des mesures de redistribution &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les n&#233;olib&#233;raux s'engagent &#224; &#233;tendre les march&#233;s et les logiques de march&#233; &#224; toutes les formes de la vie sociale et politique, mais ils sont moins pr&#233;occup&#233;s par le fait que cela conduise &#224; une concurrence d&#233;loyale ou &#224; un monopole pur et simple. Deuxi&#232;mement, il est d&#233;sormais bien compris que les n&#233;olib&#233;raux ont besoin d'&#201;tats forts pour imposer &#8211; et faire respecter &#8211; leurs march&#233;s libres, m&#234;me si cela prend la forme de mesures &#233;tatiques carr&#233;ment r&#233;pressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme est donc bien plus qu'un simple ensemble d'id&#233;es sur les march&#233;s libres. C'est un projet politique qui vise non seulement &#224; r&#233;duire le pouvoir de l'&#201;tat mais, plus concr&#232;tement, &#224; saper les efforts de tout acteur collectif &#8211; qu'il s'agisse d'&#201;tats, de syndicats, de partis politiques &#8211; pour interf&#233;rer avec les d&#233;cisions des entreprises priv&#233;es. Ce projet de modifier l'&#233;quilibre des pouvoirs est la cl&#233; de sa r&#233;silience.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme Vs la d&#233;mocratie.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la relation entre le n&#233;olib&#233;ralisme et la d&#233;mocratie, nous devons nous pencher sur la crainte s&#233;culaire des n&#233;olib&#233;raux de la tyrannie de la majorit&#233; sans propri&#233;t&#233; et de la possibilit&#233; que leurs ambitions d&#233;mocratiques empi&#232;tent sur la libert&#233; &#233;conomique. James Buchanan, l'un des repr&#233;sentants les plus v&#233;n&#233;r&#233;s de la tradition n&#233;olib&#233;rale, l'explique clairement dans son c&#233;l&#232;bre ouvrage co&#233;crit, &lt;i&gt;Democracy in Deficit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assaut du n&#233;olib&#233;ralisme contre les organisations syndicales et les droits de n&#233;gociation collective est bien document&#233;. Ce qui l'est moins, c'est la mani&#232;re dont nos institutions politiques ont &#233;t&#233; con&#231;ues pour bloquer toute opposition politique cr&#233;dible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il ne s'est pas concentr&#233; sur la libre concurrence, le bon fonctionnement du march&#233;, ni m&#234;me sur la critique de l'intervention de l'&#201;tat. Il s'int&#233;ressait plut&#244;t aux &#171; institutions politiques &#224; travers lesquelles la politique &#233;conomique doit &#234;tre mise en &#339;uvre. &#187; Appliquant cette logique, Jaime Guzm&#225;n, le cr&#233;ateur de l'architecture politique et &#233;conomique chilienne h&#233;rit&#233;e de Pinochet, a estim&#233; que les institutions politiques devaient &#234;tre organis&#233;es de telle sorte que &#171; si les adversaires devaient gouverner, ils [seraient] contraints de prendre des mesures pas si diff&#233;rentes de celles que l'on souhaiterait &#187; &#187;. Comme l'expliquait Walter Lippmann, le grand-p&#232;re de la &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_du_Mont-P%C3%A8lerin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soci&#233;t&#233; Mont-P&#232;lerin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &#171; le n&#339;ud de la question n'est pas de savoir si la majorit&#233; doit gouverner, mais quel type de majorit&#233; doit gouverner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme limite la politique d&#233;mocratique en modifiant l'&#233;quilibre des forces entre ses partisans et ses opposants dans le but ultime de restreindre l'espace disponible pour la politique et les politiques. L'&#233;tude du n&#233;olib&#233;ralisme et de la d&#233;mocratie en Am&#233;rique latine et en Europe de l'Est nous permet d'identifier trois m&#233;canismes concrets &#224; l'&#339;uvre.La premi&#232;re consiste &#224; cr&#233;er une nouvelle classe d'affaires en privatisant les anciens actifs de l'&#201;tat et en autorisant de nouvelles opportunit&#233;s commerciales dans les secteurs d&#233;sormais d&#233;r&#233;glement&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a longtemps pens&#233; que la logique du d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat social consistait &#224; maximiser l'efficacit&#233; et la croissance. Cependant, dans les pays o&#249; le n&#233;olib&#233;ralisme a prosp&#233;r&#233;, la privatisation et la d&#233;r&#233;glementation cibl&#233;es visaient principalement &#224; cr&#233;er ou &#224; renforcer les entreprises les plus susceptibles de soutenir le projet n&#233;olib&#233;ral dans son ensemble.Cela a &#233;t&#233; particuli&#232;rement le cas dans le secteur financier, parmi les entreprises exportatrices comp&#233;titives et les multinationales. Les entreprises qui ont tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que le n&#233;olib&#233;ralisme se perp&#233;tue ont utilis&#233; l'avantage structurel qui leur est offert pour repousser les tentatives de r&#233;forme, qu'il s'agisse de fiscalit&#233;, de politique industrielle, de mesures sociales ou de protection de l'environnement et du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le n&#233;olib&#233;ralisme a surv&#233;cu en emp&#234;chant les forces politiques anti-n&#233;olib&#233;rales de s'implanter. L'attaque du n&#233;olib&#233;ralisme contre les organisations syndicales et les droits de n&#233;gociation collective est bien document&#233;e. Ce qui l'est moins, c'est la mani&#232;re dont nos institutions politiques ont &#233;t&#233; con&#231;ues pour bloquer toute opposition politique cr&#233;dible. Il s'agit notamment d'accro&#238;tre le pouvoir de l'ex&#233;cutif pour contourner des parlements plus repr&#233;sentatifs, d'institutionnaliser des acteurs non &#233;lus capables d'opposer leur veto aux d&#233;cisions de la majorit&#233;, etc. Les tactiques les plus efficaces ont &#233;t&#233; celles qui ont affect&#233; les mod&#232;les de repr&#233;sentation politique, comme l'ing&#233;nierie &#233;lectorale et la red&#233;coupe des circonscriptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le cas au Chili, o&#249;, en 1989, le syst&#232;me &#233;lectoral et la magnitude des districts (le nombre de repr&#233;sentants &#233;lus dans un district donn&#233;) ont &#233;t&#233; con&#231;us de mani&#232;re &#224; donner &#224; la droite la moiti&#233; de tous les repr&#233;sentants au parlement (au lieu du tiers habituel). C'est cette mesure qui a priv&#233; la gauche de toute repr&#233;sentation pendant vingt ans, tout en poussant la gauche la plus mod&#233;r&#233;e &#224; conclure une alliance &#224; long terme avec des forces centristes qui ont &#233;dulcor&#233; leurs positions autrement r&#233;formistes. Conjugu&#233;es aux seuils supramajoritaires requis pour modifier les caract&#233;ristiques fondamentales des institutions chiliennes con&#231;ues par Pinochet, ces actions ont &#233;t&#233; essentielles pour emp&#234;cher toute r&#233;forme significative pendant les quatre gouvernements de centre-gauche cons&#233;cutifs des ann&#233;es 1990 et 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres cas, les efforts visant &#224; limiter la repr&#233;sentation ont consist&#233; &#224; priver purement et simplement de leur droit de vote de larges pans de la population. Ce fut le cas en Estonie, o&#249; le n&#233;olib&#233;ralisme a trouv&#233; une cause commune avec les expressions les plus radicales du mouvement d'ind&#233;pendance nationaliste contre l'ancienne Union sovi&#233;tique. Les n&#233;olib&#233;raux ont exploit&#233; avec succ&#232;s les craintes du peuple estonien que l'importante population russe du pays (environ 40 % en 1989) ne bloque l'ind&#233;pendance, ceci afin de laisser les Russes ethniques sans droit de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils l'ont fait tout en faisant passer l'un des projets n&#233;olib&#233;raux les plus ambitieux mis en &#339;uvre en Europe de l'Est.En cons&#233;quence, les personnes les plus touch&#233;es par ces r&#233;formes n'avaient pas le droit de vote ou votaient pour des raisons nationalistes et non socio-&#233;conomiques. En fin de compte, cela a emp&#234;ch&#233; la formation de forces sociales-d&#233;mocrates capables d'au moins temp&#233;rer l'assaut n&#233;olib&#233;ral, comme ce fut le cas dans la plupart des autres pays d'Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les n&#233;olib&#233;raux ont isol&#233; les d&#233;cideurs politiques des demandes populaires par ce que l'on appelle parfois le &#171; verrouillage constitutionnalis&#233; &#187;, ce qui signifie que les aspects cl&#233;s de la politique &#233;conomique d'un pays sont maintenus hors de port&#233;e de la d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique, de peur qu'ils ne soient, selon les mots de Buchanan et Richard E. Wagner, &#171; laiss&#233;s &#224; la d&#233;rive dans la mer de la politique d&#233;mocratique &#187;. Les banques centrales ind&#233;pendantes et les r&#232;gles de politique fiscale, par exemple, sont des instruments cl&#233;s pour maintenir la politique mon&#233;taire et fiscale &#224; l'&#233;cart de la d&#233;lib&#233;ration d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancrage de l'inflation comme objectif macro&#233;conomique cl&#233; a r&#233;duit la capacit&#233; des banques centrales &#224; utiliser la politique mon&#233;taire pour att&#233;nuer les crises &#233;conomiques et &#224; privil&#233;gier les consid&#233;rations relatives &#224; l'emploi par rapport &#224; celles relatives &#224; la stabilit&#233; des prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, les r&#232;gles budg&#233;taires telles que les proc&#233;dures d'&#233;quilibre budg&#233;taire ont fortement r&#233;duit la capacit&#233; de d&#233;pense globale du gouvernement. En outre, l'&#233;tablissement de seuils constitutionnels &#233;lev&#233;s pour modifier ces dispositions a mis hors de port&#233;e des aspects essentiels de la panoplie d'outils de politique &#233;conomique des gouvernements &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes n&#233;o-gramsciens, un bloc social multipartite enracin&#233; dans des secteurs d'activit&#233; sp&#233;cifiques a d&#233;fendu avec succ&#232;s le projet n&#233;olib&#233;ral gr&#226;ce &#224; ces ressources &#233;conomiques et institutionnelles concr&#232;tes r&#233;duisant l'espace disponible pour la politique et les politiques. Et la cons&#233;quence directe de cela a &#233;t&#233; un d&#233;clin brutal du caract&#232;re repr&#233;sentatif de nos d&#233;mocraties.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;N&#233;olib&#233;ralisme et logique populiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la relation hostile du n&#233;olib&#233;ralisme aux institutions d&#233;mocratiques de base, il n'est pas difficile de comprendre l'affinit&#233; &#233;lective entre le n&#233;olib&#233;ralisme et la droite populiste radicale d'aujourd'hui. Contrairement &#224; ce qu'a affirm&#233; Wendy Brown, la droite radicale n'&#233;merge pas &#171; des ruines &#187; du n&#233;olib&#233;ralisme, mais des possibilit&#233;s concr&#232;tes qui apparaissent lorsque les principes fondamentaux du n&#233;olib&#233;ralisme sont &#171; hybrid&#233;s &#187; avec le populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970 et 1980, les id&#233;aux n&#233;olib&#233;raux ont &#233;t&#233; align&#233;s sur les doctrines autoritaires pour cr&#233;er certaines des r&#233;formes &#8211; et des dictatures &#8211; les plus radicales que le monde ait jamais connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cet hybride est-il apparu ? Dans les ann&#233;es 1970 et 1980, les id&#233;aux n&#233;olib&#233;raux se sont align&#233;s sur les doctrines autoritaires pour cr&#233;er certaines des r&#233;formes &#8211; et des dictatures &#8211; les plus radicales que le monde ait jamais connues. Plus tard, au cours des ann&#233;es 1990 et 2000, les n&#233;olib&#233;raux ont conquis les c&#339;urs et les esprits des &#233;lites technocratiques de la &#171; troisi&#232;me voie &#187; d&#233;sireuses d'imposer la discipline du march&#233; &#224; des gouvernements irresponsables. De m&#234;me, aujourd'hui, les principes fondamentaux du n&#233;olib&#233;ralisme sont enclins &#224; former des alliances avec la droite populiste radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces alliances ne sont pas fond&#233;es sur un int&#233;r&#234;t partag&#233; pour les libert&#233;s du march&#233;, mais sur un m&#233;pris commun pour la politique d&#233;mocratique et la n&#233;cessit&#233; per&#231;ue de limiter davantage les institutions d&#233;mocratiques repr&#233;sentatives (sans parler d'une conception individualis&#233;e du social). Ainsi, malgr&#233; les affirmations selon lesquelles le populisme et le n&#233;olib&#233;ralisme sont des tendances antagonistes, les tentatives populistes d'entraver les libert&#233;s et les institutions d&#233;mocratiques de base renforcent en fait le projet antid&#233;mocratique du n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Presque partout, le n&#233;olib&#233;ralisme a &#233;t&#233; associ&#233; &#224; un renforcement de l'autorit&#233; ex&#233;cutive et &#224; la d&#233;l&#233;gation du pouvoir d&#233;mocratique &#224; des institutions bureaucratiques non responsables. Souvent, les n&#233;olib&#233;raux ont modifi&#233; les syst&#232;mes &#233;lectoraux et les mod&#232;les de repr&#233;sentation politique pour favoriser la &#171; libert&#233; &#233;conomique &#187;, de la m&#234;me mani&#232;re que la droite populiste radicale sape la d&#233;mocratie aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite populiste radicale a une vision du monde moralisatrice et nationaliste, qui semble &#234;tre en contradiction avec l'individualisme du n&#233;olib&#233;ralisme et son attitude incr&#233;dule envers la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral. Chaque fois que les n&#233;olib&#233;raux ont fait appel &#224; un large soutien social, c'&#233;tait g&#233;n&#233;ralement sous la forme des avantages potentiels de la consommation individuelle de masse r&#233;sultant de la lib&#233;ralisation des march&#233;s. La mobilisation populiste, en revanche, a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme une re&#8211;politisation d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus apathique et individualis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, comme l'ont montr&#233; les recherches de Melinda Cooper, il existe des liens &#233;troits entre le n&#233;olib&#233;ralisme et le conservatisme social. Et comme nous le rappelle Wendy Brown, le n&#233;olib&#233;ralisme de style hayekien visait &#224; prot&#233;ger les hi&#233;rarchies traditionnelles autant que les libert&#233;s &#233;conomiques. Au premier rang de ces hi&#233;rarchies figurent les valeurs familiales et la division traditionnelle du travail domestique. Cela r&#233;sonne fortement avec la volont&#233; de la droite populiste de se rallier &#224; la figure de la famille traditionnelle.Si nous regardons au-del&#224; de l'Europe occidentale et des pays fondateurs de l'OCDE, les liens entre le n&#233;olib&#233;ralisme et une autre caract&#233;ristique essentielle de la droite radicale, le nativisme, ne sont pas nouveaux. Le chauvinisme nationaliste &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sent chez les dirigeants n&#233;olib&#233;raux-cum-populistes des ann&#233;es 1990 en Am&#233;rique latine et en Europe de l'Est, les cas paradigmatiques &#233;tant Alberto Fujimori au P&#233;rou et Lech Wa&#322;&#281;sa en Pologne &#8211; ainsi qu'en Estonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ces affinit&#233;s &#233;lectives se cache une conception individualis&#233;e de la soci&#233;t&#233; qui permet de faire facilement appel &#224; une notion vide de &#171; peuple. &#187; Le &#171; peuple &#187;, dans le populisme de droite, n'est pas une unit&#233; fondatrice de la soci&#233;t&#233; et ne repose pas non plus sur un ensemble de liens communs ; il est construit par l'identification interne d'un individu au discours du leader populiste. C'est pourquoi Ernesto Laclau appelle cette construction un &#171; signifiant vide &#187; qui peut &#234;tre rempli avec une diversit&#233; d'appels conservateurs, autoritaires et nativistes non sp&#233;cifiques. Observant la mont&#233;e d'un nouveau type de droite radicale dans l'Allemagne des ann&#233;es 1960, le philosophe Theodor Adorno a remarqu&#233; pr&#233;cis&#233;ment que leur attrait ne reposait pas tant sur des id&#233;es comme le demos ou la nation que sur les traits de personnalit&#233; autoritaires d'un individu et son d&#233;sir d'autorit&#233; et de discipline. Dans ce m&#234;me sens, si la &#171; repolitisation de la soci&#233;t&#233; &#187; populiste peut conduire &#224; des foules en col&#232;re, elle ne m&#232;ne pas au type de pouvoir collectif organis&#233; que la classe des propri&#233;taires craint vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les populistes n'ont pas donn&#233; de pouvoir aux travailleurs qu'ils jurent de prot&#233;ger, et ont encore moins r&#233;duit le pouvoir de la classe des affaires en g&#233;n&#233;ral, ni de la finance en particulier. En fait, l'alliance entre les n&#233;olib&#233;raux et les populistes semble avoir pour but d'arracher le contr&#244;le du projet n&#233;olib&#233;ral aux &#233;lites technocratiques de la troisi&#232;me voie : alors que les technocrates de la troisi&#232;me voie peuvent reconna&#238;tre &#224; contrec&#339;ur les exc&#232;s du n&#233;olib&#233;ralisme, augmenter les protections sociales et permettre une plus grande responsabilit&#233; des organes technocratiques, les vrais n&#233;olib&#233;raux comprennent que leur projet repose sur la limitation continue des institutions d&#233;mocratiques repr&#233;sentatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance du n&#233;olib&#233;ralisme avec la droite populiste radicale acc&#233;l&#232;re le d&#233;clin de la politique d&#233;mocratique et alimente un d&#233;sir d'autorit&#233;, d'ordre et de conservatisme social, tout en lib&#233;rant la tendance du capital &#224; l'accumulation sans limites. La capacit&#233; du n&#233;olib&#233;ralisme et de la droite populiste radicale &#224; former un hybride stable d&#233;pendra de facteurs structurels et institutionnels &#8211; c'est-&#224;-dire de la politique. Ce n'est qu'une fois que nous aurons reconnu les m&#233;canismes &#233;conomiques, politiques et institutionnels concrets qui rendent le n&#233;olib&#233;ralisme si r&#233;sistant que nous pourrons commencer &#224; esquisser quelques id&#233;es sur la mani&#232;re de stopper sa marche en avant tout en d&#233;fendant la d&#233;mocratie et l'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aldo Madariaga*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://jacobinmag.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jacobinmag&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Original :&lt;/strong&gt; &lt;br/&gt;
&#171; &lt;a href=&#034;https://jacobinmag.com/2021/06/neoliberalism-democracy-populist-right&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Neoliberalism Has Always Been a Threat to Democracy&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187; by Aldo Madariaga*
&lt;p&gt;*&lt;strong&gt;Aldo Madariaga&lt;/strong&gt; is an assistant professor of political science at the Universidad Diego Portales, Santiago de Chile and associate researcher of the Center for Social Conflict and Cohesion Studies. He is the author of &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691182599/neoliberal-resilience&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Neoliberal Resilience&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'inglais par les lecteurs du site &lt;a href=&#034;https://www.les-crises.fr/le-neoliberalisme-ennemi-historique-de-la-democratie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Les-Crises&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Aldo Madariaga&lt;/strong&gt; est professeur adjoint de sciences politiques &#224; l'Universidad Diego Portales, Santiago du Chili, et chercheur associ&#233; du Centre d'&#233;tudes sur les conflits sociaux et la coh&#233;sion. Il est l'auteur de &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://press.princeton.edu/books/hardcover/9780691182599/neoliberal-resilience&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Neoliberal Resilience&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Le-Neoliberalisme-ennemi-historique-de-la-Democratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 19 juillet 2021&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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