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		<title>Lopez Obrador face au d&#233;fi de la violence au Mexique</title>
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		<dc:date>2020-02-11T09:36:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Alberto Reygada*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Lopez Obrador face au d&#233;fi de la violence au Mexique. Apr&#232;s 12 ans d'une strat&#233;gie de &#171; guerre contre les cartels &#187; qui a enlis&#233; le pays dans un drame humanitaire sans pr&#233;c&#233;dent, il peine &#224; freiner la courbe de la violence...Luis Reygada&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Mexique" rel="directory"&gt;Mexique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le premier pr&#233;sident progressiste de l'histoire moderne du Mexique a h&#233;rit&#233; d'une situation d&#233;sastreuse du point de vue s&#233;curitaire. Apr&#232;s 12 ans d'une strat&#233;gie de &#171; guerre contre les cartels &#187; qui a enlis&#233; le pays dans un drame humanitaire sans pr&#233;c&#233;dent, il peine &#224; freiner la courbe de la violence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Am&#233;rique latine est la r&#233;gion la plus violente du monde. Alors qu'elle ne r&#233;unit que 8 % de la population mondiale, elle concentre &#224; elle seule plus de 30 % des homicides commis &#224; travers la plan&#232;te. Une &#171; &#233;pid&#233;mie &#187;, selon les termes de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, qui peut s'expliquer par divers facteurs : crime organis&#233;, armes &#224; feu, taux d'impunit&#233;, niveaux des in&#233;galit&#233;s&#8230; &#192; ces funestes ingr&#233;dients le Mexique en a rajout&#233; un autre qui n'a fait qu'empirer les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lu en 2006 dans des circonstances plus que douteuses, le pr&#233;sident Felipe Calder&#243;n (Parti action nationale, droite) s'est empress&#233; d'&#233;clipser son manque de l&#233;gitimit&#233; en endossant l'uniforme de commandant en chef des Forces arm&#233;es. Afin d'asseoir son autorit&#233;, il d&#233;cide &#8211; &#224; peine quelques jours apr&#232;s son investiture &#8211; de lancer une offensive contre les puissants cartels de la drogue. La &#171; guerre contre le narcotrafic &#187; est ainsi officiellement d&#233;clar&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2006 &#8211; 2018 : la &#171; guerre contre les cartels &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;cision, qui bouleversera profond&#233;ment la soci&#233;t&#233; mexicaine, se r&#233;v&#232;lera &#234;tre totalement contreproductive. Soutenue par les &#201;tats-Unis avec lesquels Calder&#243;n s'empresse de signer un accord de coop&#233;ration (l'Initiative de M&#233;rida), elle consiste principalement &#224; impliquer l'arm&#233;e dans les missions de s&#233;curit&#233; publique. Les militaires sortent des casernes et l'accord tacite reposant sur la corruption qui liait barons de la drogue et autorit&#233;s est rompu. Les affrontements se multiplient et les cartels, qui avaient l'habitude de ne se faire la guerre qu'entre eux visent dor&#233;navant aussi l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est bien la population civile qui paye le prix fort : elle se retrouve peu &#224; peu prise en &#233;tau et plusieurs r&#233;gions sombrent dans le chaos de la violence. Les indices explosent. Les homicides augmentent de 150 % durant le sexennat de Calder&#243;n (2006-2012). Son successeur, Enrique Pe&#241;a Nieto (Parti r&#233;volutionnaire institutionnel, centre droit), poursuivra la m&#234;me politique mortif&#232;re jusqu'&#224; la fin de son mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La militarisation du pays est alors d&#233;nonc&#233;e de toute part, notamment par la Commission Interam&#233;ricaine des droits de l'homme et l'ONU. Le constat est catastrophique : avec pas moins de 250 000 morts, le Mexique se place dans le trio de t&#234;te des pays les plus dangereux du monde, devanc&#233; seulement par la Syrie. Le taux d'homicides y a en effet &#233;t&#233; multipli&#233; par 3, passant de 9,85 pour 100 000 habitants en 2006 &#224; 29,27 en 2018. &#192; cela il faut ajouter les centaines de milliers de d&#233;plac&#233;s, l'existence de plus de 1 500 fosses clandestines, 95 journalistes assassin&#233;s&#8230; Dans un contexte de recrudescence des cas de torture et d'ex&#233;cutions extrajudiciaires, la violation des droits de l'homme devient une pratique g&#233;n&#233;ralis&#233;e impliquant autant les autorit&#233;s civiles que militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise est in&#233;dite. Alors qu'&#224; l'&#233;poque la plupart des m&#233;dias dirigent l'attention de la communaut&#233; internationale vers d'autres pays comme le Venezuela, le Mexique traverse la pire situation du continent en mati&#232;re de droits de l'homme. Des ONG locales &#8211; soutenues par la F&#233;d&#233;ration internationale des droits de l'homme &#8211; vont jusqu'&#224; d&#233;noncer &#224; la Cour p&#233;nale internationale des crimes de l&#232;se humanit&#233; perp&#233;tr&#233;s &#224; l'encontre de la population, commis tant par les cartels que par les forces gouvernementales. On estime &#224; 60 000 le nombre de &#171; &lt;i&gt;desaparecidos&lt;/i&gt; &#187;, ces personnes victimes de disparition forc&#233;e. Un chiffre hallucinant qui &#233;voque l'&#233;poque des dictatures militaires d'Am&#233;rique du Sud et leur Plan Condor. Le Comit&#233; de l'ONU contre les disparitions forc&#233;es n'h&#233;site pas &#224; d&#233;noncer une &#171; trag&#233;die humanitaire &#187; un contexte de &#171; disparitions g&#233;n&#233;ralis&#233;es &#187; tout en pointant du doigt l'implication r&#233;currente d'agents de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour quels r&#233;sultats ? Loin d'avoir perdu la guerre, les narcotrafiquants ont conserv&#233; toute leur capacit&#233; de nuisance. Le nombre de cartels a d'ailleurs augment&#233; et ceux-ci ont diversifi&#233; leurs activit&#233;s, s'adonnant d&#233;sormais aussi &#224; l'extorsion, &#224; la traite de personnes ou encore au trafic de combustible. Pire encore, une constellation de plus de 80 organisations criminelles plus ou moins ind&#233;pendantes a surgi tout autour d'eux, ce qui rend la situation encore plus explosive qu'auparavant. Lorsqu'en juillet 2018 le candidat de la gauche Andr&#233;s Manuel Lopez Obrador (Mouvement de r&#233;g&#233;n&#233;ration nationale) remporte triomphalement les &#233;lections pr&#233;sidentielles, la population attend beaucoup de celui qui a promis de mettre un terme &#224; cette guerre pernicieuse et de renvoyer les militaires dans leurs casernes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;AMLO : nouvelle strat&#233;gie s&#233;curitaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; AMLO &#187; prend possession de ses fonctions 5 mois plus tard, le 1er d&#233;cembre 2018. Apr&#232;s douze ans de descente aux enfers, le pays qu'il re&#231;oit est exsangue. Au sentiment d'ins&#233;curit&#233; qui touche 75 % de la population viennent s'ajouter corruption end&#233;mique, collusion rituelle entre pouvoirs publics et d&#233;linquance, d&#233;litement des institutions et un &#233;tat de droit bien trop souvent malmen&#233;&#8230; Avec un syst&#232;me judiciaire au bord de l'effondrement dans plus de trois-quarts du territoire (manque de personnel et de moyens), rien d'&#233;tonnant &#224; ce que l'impunit&#233; s'impose (taux de 99.3 %) et &#224; ce que pr&#233;domine la d&#233;fiance envers les autorit&#233;s (90 % des d&#233;lits ne sont pas d&#233;nonc&#233;s). S'il est exag&#233;r&#233; de parler d'&#201;tat d&#233;faillant, il est par contre impossible de nier l'existence d'un syst&#232;me amplement gangren&#233; tout comme le grave niveau de d&#233;composition sociale pr&#233;valant dans certaines r&#233;gions. Il faudra moins d'une semaine pour que le nouveau secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233; des Droits de l'homme, Alejandro Encinas, fasse une annonce sid&#233;rante : &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.telemundo31.com/noticias/mexico/desaparecidos-cuerpos-morgues-grave-problema-admite-nuevo-gobierno-federal/74983/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Il y a 26 000 corps non identifi&#233;s dans les morgues du pays&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'ann&#233;e 2018 s'&#233;tait termin&#233;e sur une moyenne de pr&#232;s de 100 homicides par jour (devenant la plus violente de l'histoire moderne du Mexique), AMLO proclame le mois suivant que la guerre est officiellement finie. Il remplace la strat&#233;gie de lutte frontale contre les cartels par une nouvelle approche qui se veut plus humaine. Sa d&#233;marche consiste notamment &#224; traiter les facteurs soci&#233;taux qui alimentent la d&#233;linquance : ch&#244;mage, manque d'opportunit&#233;s, mis&#232;re dans les campagnes. C'est l'un des objectifs des diff&#233;rentes bourses et programmes sociaux lanc&#233;s par son gouvernement et dont b&#233;n&#233;ficient bient&#244;t 20 millions de Mexicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de confiance envers les forces de police r&#233;gionales et municipales le pousse n&#233;anmoins &#224; revenir sur sa promesse de campagne : il s'appuie sur diff&#233;rents corps de police militaire pour cr&#233;er une nouvelle entit&#233;, la Garde nationale. Bien qu'ayant plac&#233; le respect des droits de l'homme au c&#339;ur du nouveau dispositif &#8211; qui compte d'ailleurs sur l'aval du Haut-commissariat aux droits de l'homme des Nations unies &#8211; le r&#233;trop&#233;dalage est fortement critiqu&#233; par nombre d'organisations qui d&#233;noncent une perp&#233;tuation de la militarisation du pays. Mais les forces arm&#233;es jouissent du plus haut taux de confiance aupr&#232;s de la population, sont mieux entra&#238;n&#233;es et beaucoup moins corrompues : impossible de s'en priver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, c'est de l'aide des &#201;tats-Unis dont AMLO compte bien se passer : il projette d'abandonner l'Initiative de M&#233;rida. Devenu la cl&#233; de vo&#251;te de la collaboration entre les deux gouvernements dans le cadre de la lutte contre la drogue et le crime organis&#233;, l'accord s'est surtout montr&#233; b&#233;n&#233;fique pour l'industrie de l'armement &#233;tatsunienne. Il a aussi permis de justifier une intromission toujours plus accentu&#233;e des services de s&#233;curit&#233; et de renseignement de Washington en territoire mexicain. C'est pourquoi AMLO compte mettre en place une r&#233;vision globale de la strat&#233;gie de coop&#233;ration. &lt;i&gt;&#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gob.mx/presidencia/prensa/conferencia-de-prensa-del-presidente-andres-manuel-lopez-obrador-del-7-de-mayo-de-2019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nous voulons des investissements pour la cr&#233;ation d'emplois, pas du soutien militaire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare-t-il d&#233;but mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des r&#233;sultats qui tarderont &#224; arriver&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que la nouvelle politique de pacification &#8211; r&#233;sum&#233;e dans la formule &#171; &lt;i&gt;des accolades, pas des balles&lt;/i&gt; &#187; &#8211; tarde &#224; porter ses fruits. Loin de diminuer, les chiffres de la violence maintiennent au contraire leur tendance &#224; la hausse. Tout indique que la premi&#232;re ann&#233;e de mandat d'AMLO verra d&#233;passer les 36 000 homicides comptabilis&#233;s en 2018 (les chiffres d&#233;finitifs pour l'ann&#233;e 2019 n'ont pas encore &#233;t&#233; publi&#233;s). Le manque de r&#233;sultats rapides est s&#233;v&#232;rement point&#233; du doigt et les critiques pleuvent sur la strat&#233;gie s&#233;curitaire du gouvernement. L'opposition, pourtant totalement responsable de la situation actuelle, d&#233;nonce un suppos&#233; manque de fermet&#233; face aux criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au pr&#233;sident Donald Trump, il profite du fait que la Garde nationale essuie plusieurs &#233;checs sanglants face aux cartels pour s'engager dans des d&#233;clarations interventionnistes : il propose sans ambages d'envoyer son arm&#233;e pour &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/realDonaldTrump/status/1191708046126399488&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;faire le travail rapidement et efficacement&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Et de remettre en cause le changement de strat&#233;gie op&#233;r&#233; par AMLO : &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/realDonaldTrump/status/1191708902041227264&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;C'est le moment pour le Mexique, avec l'aide des &#201;tats-Unis, de mener une guerre contre les cartels de la drogue et de les &#233;liminer de la surface de la terre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;. Une &#171; guerre &#187;, soit reprendre le chemin qui a pourtant provoqu&#233; le d&#233;sastre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res mexicain Marcelo Ebrard rappelle que la meilleure contribution que les Etats-Unis puissent faire est &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://elfinanciero.com.mx/nacional/congelar-trafico-ilegal-de-armas-hacia-mexico-es-la-mejor-contribucion-que-puede-hacer-eu-ebrard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;non pas de fournir des h&#233;licopt&#232;res mais plut&#244;t de freiner le trafic d'armes de guerre&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;. En effet, en vente libre dans de nombreux &#201;tats voisin, on calcule que plus de 2 millions d'armes auraient travers&#233; ill&#233;galement la fronti&#232;re vers le Sud durant ces 10 derni&#232;res ann&#233;es. Mais Trump pr&#233;f&#232;re jeter de l'huile sur le feu au lieu de s'occuper s&#233;rieusement de ce probl&#232;me ou de celui de la demande de produits stup&#233;fiants : il menace d&#233;sormais de classer les cartels mexicains comme &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://twitter.com/BillOReilly/status/1199512080329646082&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;organisations terroristes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Un label qui ouvrirait la porte &#224; toujours plus d'ing&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout porte &#224; croire que les insucc&#232;s du gouvernement mexicain en mati&#232;re s&#233;curitaire sont profitables aux int&#233;r&#234;ts de Washington. Fin mai 2019, le Mexique s'&#233;tait vu oblig&#233; &#8211; face &#224; un chantage aux tarifs douaniers impos&#233; par Trump &#8211; d'accepter de d&#233;vier 6 000 membres des forces de l'ordre de leur mission principale en les d&#233;ployant &#224; la fronti&#232;re sud, afin de freiner le flux des migrants en provenance d'Am&#233;rique centrale. Un chantage aux tarifs douaniers impos&#233; par Trump transformait ainsi une partie de la toute nouvelle Garde nationale en sous-traitante de l'US Border Patrol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s un an au pouvoir, le panorama s&#233;curitaire s'av&#232;re tr&#232;s compliqu&#233; pour AMLO. Bien qu'ayant r&#233;affirm&#233; le mois dernier que la lutte contre la criminalit&#233; demeurait sa priorit&#233; absolue, comment r&#233;pondre aux attentes d'une population &#224; bout et qui exige des r&#233;sultats rapides au vue de la situation calamiteuse dont il a h&#233;rit&#233; ? D'autant plus qu'elle n&#233;cessitera forc&#233;ment du temps pour s'assainir. La solution est loin d'&#234;tre &#233;vidente. Le ministre de la S&#233;curit&#233; Alfonso Durazo d&#233;clarait il y a quelques jours face aux 2 000 nouvelles recrues de la Garde nationale : &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.eluniversal.com.mx/nacion/vienen-meses-dificiles-para-la-guardia-nacional-alfonso-durazo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Des mois difficiles nous attendent, et particuli&#232;rement pour vous&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mexique n'est pas encore sorti de son bourbier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Alberto Reygada*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://lvsl.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lvsl&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lvsl.fr/mexique-amlo-defi-violence/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lvsl&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 1 f&#233;vrier 2020.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Luis Alberto Reygada&lt;/strong&gt;. Journaliste (@la_reygada)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Gramsci : Les relations internationales au prisme de l'h&#233;g&#233;monie</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Gramsci-Les-relations-internationales-au-prisme-de-l-hegemonie</link>
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		<dc:date>2019-09-09T20:18:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luis Alberto Reygada*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Gramsci : Les relations internationales au prisme de l'h&#233;g&#233;monie&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Empire-et-Resistance" rel="directory"&gt;Empire et R&#233;sistance&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En r&#233;duisant l'h&#233;g&#233;monie &#224; un simple synonyme de &#171; domination &#187;, nombre d'auteurs et autres sp&#233;cialistes des relations internationales oublient qu'un important mouvement th&#233;orique inspir&#233; des id&#233;es d'Antonio Gramsci a donn&#233; &#224; ce concept une approche bien plus subversive, qui permet notamment une analyse critique pouss&#233;e des m&#233;canismes qui r&#233;gissent l'ordre mondial. Nous publions ici la traduction d'un extrait de l'essai &#171; &lt;i&gt;Gramsci, Hegemony and International Relations : An Essay in Method&lt;/i&gt; &#187;, avec lequel Robert Cox posa en 1983 la premi&#232;re pierre du courant n&#233;o-gramscien. Une grille de lecture qui reste plus que jamais utile pour tenter de mieux comprendre les structures qui sous-tendent le syst&#232;me international actuel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelque temps j'ai commenc&#233; la lecture des Cahiers de prison de Gramsci. Dans ces fragments, &#233;crits dans une prison fasciste entre 1929 et 1935, l'ancien chef du Parti communiste italien se pr&#233;occupait du probl&#232;me de la compr&#233;hension des soci&#233;t&#233;s capitalistes dans les ann&#233;es 1920 et 1930, et en particulier de la signification du fascisme et des possibilit&#233;s de construire une forme alternative d'&#201;tat et de soci&#233;t&#233; qui se fonderait sur la classe ouvri&#232;re. Ses analyses se focalisaient sur l'&#201;tat, sur la relation existant entre la soci&#233;t&#233; civile et l'&#201;tat, et sur les relations entre la politique, l'&#233;thique et l'id&#233;ologie par rapport &#224; la production. Comme on pouvait s'y attendre, Gramsci n'avait pas grand-chose &#224; dire au sujet des relations internationales. N&#233;anmoins, j'ai trouv&#233; que la pens&#233;e de Gramsci pouvait &#234;tre utile pour comprendre le sens de l'organisation internationale, sujet dont je m'occupais alors principalement. Son concept d'h&#233;g&#233;monie &#233;tait particuli&#232;rement important, mais plusieurs notions connexes &#8211; &#233;labor&#233;es par lui-m&#234;me ou d&#233;velopp&#233;es par d'autres mais enrichies par lui &#8211; &#233;taient tout aussi utiles. Cet essai pr&#233;sente mon interpr&#233;tation de ce que Gramsci entendait par h&#233;g&#233;monie et de ces concepts connexes, et sugg&#232;re comment je pense qu'ils peuvent &#234;tre adapt&#233;s, en conservant leur sens essentiel, &#224; la compr&#233;hension des probl&#232;mes de l'ordre mondial. Il ne pr&#233;tend pas &#234;tre une &#233;tude critique de la th&#233;orie politique de Gramsci, mais simplement une d&#233;rivation &#224; partir de celle-ci de quelques id&#233;es utiles pour une r&#233;vision de la th&#233;orie actuelle des relations internationales. &lt;a href=&#034;https://lvsl.fr/gramsci-les-relations-internationales-au-prisme-de-hegemonie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;H&#233;g&#233;monie et relations internationales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons maintenant faire la transition &#224; partir de ce que Gramsci disait au sujet de l'h&#233;g&#233;monie et de ses concepts connexes pour analyser les implications de ces concepts dans le champ des relations internationales. Tout d'abord, il est cependant utile de passer en revue ce que le jeune Gramsci a dit au sujet des relations internationales. Commen&#231;ons par ce passage :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Les relations internationales pr&#233;c&#232;dent-elles ou suivent-elles (logiquement) les relations sociales fondamentales ? Elles les suivent sans aucun doute. Toute innovation organique dans la structure sociale, &#224; travers ses expressions technico-militaires, modifie aussi organiquement les relations absolues et relatives sur la sc&#232;ne internationale. &#187; [17]&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; innovation organique &#187;, Gramsci voulait dire structurelle, &#224; long terme ou relativement permanent, par opposition &#224; court terme ou &#171; conjoncturel &#187;. Il avan&#231;ait que les changements fondamentaux dans les relations de pouvoir internationales ou dans l'ordre mondial, qui sont observ&#233;s comme des changements dans l'&#233;quilibre strat&#233;gico-militaire et g&#233;opolitique, peuvent &#234;tre identifi&#233;s comme des changements fondamentaux dans les relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gramsci n'a aucunement l'intention d'&#233;luder l'&#201;tat ou de minimiser son importance. L'&#201;tat reste pour lui l'entit&#233; de base des relations internationales et le lieu o&#249; se d&#233;roulent les conflits sociaux &#8211; le lieu aussi, par cons&#233;quent, o&#249; se construisent les h&#233;g&#233;monies des classes sociales. Dans ces h&#233;g&#233;monies de classes sociales, les caract&#233;ristiques particuli&#232;res des nations s'assemblent d'une mani&#232;re unique et originale. La classe ouvri&#232;re, qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme internationale dans un sens abstrait, se nationalise dans le processus de construction de son h&#233;g&#233;monie. L'&#233;mergence au niveau national de nouveaux blocs dirig&#233;s par les travailleurs pourrait, en suivant ce raisonnement, pr&#233;c&#233;der toute restructuration fondamentale des relations internationales. Cependant, l'&#201;tat, qui demeure le point central de la lutte sociale et l'entit&#233; fondamentale des relations internationales, est l'&#201;tat au sens large qui comprend ses propres bases sociales. Ce point de vue laisse de c&#244;t&#233; une vision limit&#233;e ou superficielle de l'&#201;tat qui le r&#233;duit, par exemple, &#224; la bureaucratie de la politique &#233;trang&#232;re ou &#224; ses capacit&#233;s militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son point de vue italien, Gramsci avait un jugement tranchant sur ce qu'aujourd'hui nous appellerions la d&#233;pendance. Il savait &#224; quel point l'Italie avait &#233;t&#233; influenc&#233;e par des puissances ext&#233;rieures. Sur le plan exclusif de la politique &#233;trang&#232;re, les grandes puissances jouissent d'une relative libert&#233; pour d&#233;terminer leur politique &#233;trang&#232;re en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts nationaux ; les petites puissances ont quant &#224; elles moins d'autonomie. [18] La vie &#233;conomique des nations subordonn&#233;es est p&#233;n&#233;tr&#233;e par et imbriqu&#233;e avec celle des nations puissantes. Cette situation est davantage compliqu&#233;e par l'existence, au sein des pays, de r&#233;gions structurellement diverses qui ont des mod&#232;les distincts de relations avec les forces ext&#233;rieures. [19]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un niveau encore plus pouss&#233;, nous pouvons dire que les &#201;tats puissants sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui ont subi une profonde r&#233;volution &#233;conomique et sociale et qui ont pleinement r&#233;solu les cons&#233;quences de cette r&#233;volution sous la forme d'&#201;tat et de relations sociales. Gramsci faisait r&#233;f&#233;rence &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, mais nous pouvons consid&#233;rer le d&#233;veloppement des puissances am&#233;ricaines et sovi&#233;tiques de la m&#234;me fa&#231;on. Il s'agit &#224; chaque fois de d&#233;veloppements nationaux qui se sont r&#233;pandus au-del&#224; des fronti&#232;res nationales pour devenir des ph&#233;nom&#232;nes se propageant au niveau international. D'autres pays ont &#233;t&#233; touch&#233;s par ces &#233;v&#233;nements d'une mani&#232;re bien plus passive, ce que Gramsci d&#233;crit au niveau national comme une r&#233;volution passive. Cela se produit lorsque l'impulsion du changement ne provient pas d'un &#171; important d&#233;veloppement &#233;conomique local&#8230; mais qu'elle refl&#232;te plut&#244;t l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements internationaux qui transmettent leurs courants id&#233;ologiques &#224; la p&#233;riph&#233;rie. &#187; [20]&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Gramsci faisait r&#233;f&#233;rence &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, mais nous pouvons consid&#233;rer le d&#233;veloppement des puissances am&#233;ricaines et sovi&#233;tiques de la m&#234;me fa&#231;on. Il s'agit &#224; chaque fois de d&#233;veloppements nationaux qui se sont r&#233;pandus au-del&#224; des fronti&#232;res nationales pour devenir des ph&#233;nom&#232;nes se propageant au niveau international. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le groupe porteur d'id&#233;es nouvelles, dans ces circonstances, n'est pas un groupe social autochtone qui serait activement engag&#233; dans la construction d'une nouvelle base &#233;conomique avec une nouvelle structure des relations sociales. Il s'agit d'une strate intellectuelle qui reprend des id&#233;es issues d'une pr&#233;c&#233;dente r&#233;volution sociale et &#233;conomique &#233;trang&#232;re. Ainsi, la pens&#233;e de ce groupe prend une forme id&#233;aliste qui n'est pas fond&#233;e sur le d&#233;veloppement &#233;conomique local ; et sa conception de l'&#201;tat prend la forme d'un &#171; absolu rationnel &#187;. [21] Gramsci a critiqu&#233; la pens&#233;e de Benedetto Croce, la figure dominante de l'establishment intellectuel italien de l'&#233;poque, pour avoir exprim&#233; ce genre de distorsion.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;H&#233;g&#233;monie et ordre mondial&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le concept gramscien d'h&#233;g&#233;monie est-il applicable au niveau international ou mondial ? Avant d'essayer de sugg&#233;rer des moyens d'y parvenir, il est bon d'&#233;carter certaines utilisations de ce terme courantes dans l'&#233;tude des relations internationales. Tr&#232;s souvent, &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; renvoie &#224; la domination d'un pays sur d'autres, de sorte que son utilisation est limit&#233;e &#224; une relation strictement inter&#233;tatique. Parfois, &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; est utilis&#233; comme un euph&#233;misme d'imp&#233;rialisme. Lorsque les dirigeants politiques chinois accusent l'Union sovi&#233;tique d'&lt;i&gt;h&#233;g&#233;monisme&lt;/i&gt;, ils semblent avoir une combinaison de ces deux &#233;l&#233;ments en t&#234;te. Ces significations diff&#232;rent tellement du sens que Gramsci donne &#224; ce terme qu'il est pr&#233;f&#233;rable, pour des raisons de clart&#233; dans cet &#233;crit, d'utiliser le terme &lt;i&gt;domination&lt;/i&gt; pour les remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'appliquer le concept d'h&#233;g&#233;monie &#224; l'ordre mondial, il est important de d&#233;terminer &#224; quel moment une p&#233;riode d'h&#233;g&#233;monie commence et se termine. Une p&#233;riode au cours de laquelle une h&#233;g&#233;monie a &#233;t&#233; &#233;tablie au niveau mondial peut &#234;tre qualifi&#233;e d'h&#233;g&#233;monique, et une p&#233;riode au cours de laquelle pr&#233;vaut une domination de type non-h&#233;g&#233;monique, sera qualifi&#233;e de non-h&#233;g&#233;monique. &#192; titre d'exemple, examinons le si&#232;cle et demi &#233;coul&#233; en distinguant quatre p&#233;riodes distinctes, soit environ 1845-1875, 1875-1945, 1945-1965 et de 1965 &#224; nos jours. [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re p&#233;riode (1845-1875)&lt;/strong&gt; peut &#234;tre qualifi&#233;e d'h&#233;g&#233;monique : il y avait en effet une &#233;conomie mondiale au centre de laquelle se trouvait la Grande-Bretagne. Les doctrines &#233;conomiques conformes avec la supr&#233;matie britannique, mais universelles dans leur forme (avantage comparatif, libre-&#233;change et &#233;talon-or), se sont progressivement r&#233;pandues &#224; l'ext&#233;rieur de la Grande-Bretagne. La force coercitive a soutenu cet ordre. La Grande-Bretagne a maintenu l'&#233;quilibre des pouvoirs en Europe, emp&#234;chant ainsi toute contestation de l'h&#233;g&#233;monie par une puissance terrestre. La Grande-Bretagne avait &#233;galement le contr&#244;le absolu des mers et la capacit&#233; d'imposer l'ob&#233;issance des pays p&#233;riph&#233;riques aux r&#232;gles du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la deuxi&#232;me p&#233;riode (1875-1945)&lt;/strong&gt;, toutes ces caract&#233;ristiques ont &#233;t&#233; invers&#233;es. D'autres pays ont d&#233;fi&#233; la supr&#233;matie britannique. L'&#233;quilibre des pouvoirs en a &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233; en Europe, entra&#238;nant deux guerres mondiales. Le libre-&#233;change a &#233;t&#233; supplant&#233; par le protectionnisme ; l'&#233;talon-or a finalement &#233;t&#233; abandonn&#233; et l'&#233;conomie mondiale s'est fragment&#233;e en blocs &#233;conomiques. C'&#233;tait une p&#233;riode non-h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant la troisi&#232;me p&#233;riode&lt;/strong&gt;, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale (1945-1965), les &#201;tats-Unis ont fond&#233; un nouvel ordre mondial h&#233;g&#233;monique dont la structure de base &#233;tait semblable &#224; celle de la Grande-Bretagne au milieu du XIXe si&#232;cle, mais avec des institutions et des doctrines adapt&#233;es &#224; une &#233;conomie mondiale plus complexe et des soci&#233;t&#233;s nationales plus sensibles aux r&#233;percussions politiques des crises &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un certain moment entre la fin des ann&#233;es soixante et le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, il &#233;tait devenu clair que cet ordre mondial bas&#233; sur les &#201;tats-Unis ne fonctionnait plus correctement. Durant les ann&#233;es incertaines qui ont suivi, trois possibilit&#233;s de transformation structurelle de l'ordre mondial sont apparues : une reconstruction de l'h&#233;g&#233;monie avec un &#233;largissement des politiques de gestion suivant les orientations envisag&#233;es par la Commission trilat&#233;rale ; une plus grande fragmentation de l'&#233;conomie mondiale autour de sph&#232;res &#233;conomiques centr&#233;es sur les grandes puissances ; et l'affirmation possible d'une contre-h&#233;g&#233;monie port&#233;e par le Tiers monde et ayant pour pr&#233;curseur la revendication commune d'un Nouvel Ordre Economique International. &lt;i&gt;[a]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ces annotations provisoires, il pourrait sembler que, historiquement, pour devenir h&#233;g&#233;monique, un &#201;tat devrait mettre en place et maintenir un ordre mondial qui serait universel dans sa conception, c'est-&#224;-dire non pas un ordre dans lequel un &#201;tat h&#233;g&#233;monique exploiterait directement les autres mais plut&#244;t un ordre que la plupart des autres &#201;tats (ou du moins ceux qui se retrouveraient dans la sph&#232;re de ce pouvoir h&#233;g&#233;monique) pourraient consid&#233;rer comme compatible avec leurs propres int&#233;r&#234;ts. Un tel ordre ne serait gu&#232;re con&#231;u uniquement en termes inter&#233;tatiques car cela mettrait probablement en &#233;vidence les divergences en mati&#232;re d'int&#233;r&#234;ts des &#201;tats. Il donnerait tr&#232;s probablement la priorit&#233; aux possibilit&#233;s pour les forces de la soci&#233;t&#233; civile d'agir &#224; l'&#233;chelle mondiale (ou &#224; l'&#233;chelle de la sph&#232;re dans laquelle l'h&#233;g&#233;monie pr&#233;vaut). Le concept h&#233;g&#233;monique d'ordre mondial se base non seulement sur la r&#233;gulation des conflits inter&#233;tatiques mais aussi sur une soci&#233;t&#233; civile globalis&#233;e, c'est-&#224;-dire un mod&#232;le de production globalis&#233; qui instaure des liens entre les diff&#233;rentes classes sociales des pays concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les h&#233;g&#233;monies de ce genre sont mises en place par des &#201;tats puissants qui ont connu de v&#233;ritables r&#233;volutions sociales et &#233;conomiques. La r&#233;volution modifie non seulement les structures &#233;conomiques et politiques internes de l'&#201;tat en question, mais elle lib&#232;re aussi des &#233;nergies qui s'&#233;tendent au-del&#224; des fronti&#232;res de cet &#201;tat. Une h&#233;g&#233;monie mondiale est donc, &#224; ses d&#233;buts, une expansion vers l'ext&#233;rieur de l'h&#233;g&#233;monie interne (nationale) &#233;tablie par la classe sociale dominante. Les institutions &#233;conomiques et sociales, la culture, la technologie associ&#233;es &#224; cette h&#233;g&#233;monie nationale deviennent des mod&#232;les qu'il convient d'&#233;muler &#224; l'&#233;tranger. Une h&#233;g&#233;monie s'&#233;tendant de la sorte empi&#232;te sur les pays les plus p&#233;riph&#233;riques &#224; la mani&#232;re d'une r&#233;volution passive. Ces pays n'ont pas subi la m&#234;me r&#233;volution sociale profonde, leurs &#233;conomies ne sont pas d&#233;velopp&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re, mais ils essaient d'int&#233;grer des &#233;l&#233;ments du mod&#232;le h&#233;g&#233;monique sans perturber les anciennes structures du pouvoir. Alors qu'ils peuvent adopter certains aspects &#233;conomiques et culturels du noyau h&#233;g&#233;monique, la capacit&#233; des pays p&#233;riph&#233;riques &#224; adopter ses mod&#232;les politiques est moindre. Tout comme en Italie la r&#233;volution passive a pris la forme du fascisme dans l'entre-deux-guerres, de nombreuses formes de r&#233;gimes militaro-bureaucratiques dirigent la r&#233;volution passive dans les p&#233;riph&#233;ries d'aujourd'hui. Dans le mod&#232;le h&#233;g&#233;monique mondial, l'h&#233;g&#233;monie est plus intense et coh&#233;rente au centre et plus charg&#233;e de contradictions &#224; la p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;g&#233;monie au niveau international n'est donc pas simplement un ordre entre &#201;tats. C'est un ordre au sein d'une &#233;conomie mondiale avec un mod&#232;le de production dominant qui p&#233;n&#232;tre tous les &#201;tats et les relie &#224; d'autres mod&#232;les de production subordonn&#233;s. C'est aussi un ensemble de relations sociales internationales qui connecte les classes sociales de diff&#233;rents pays. L'h&#233;g&#233;monie mondiale peut &#234;tre mod&#233;lis&#233;e comme une structure sociale, une structure &#233;conomique, et une structure politique ; elle ne peut toutefois pas &#234;tre r&#233;duite &#224; un seul de ces &#233;l&#233;ments puisqu'elle est compos&#233;e des trois &#224; la fois. Par ailleurs, l'h&#233;g&#233;monie mondiale s'exprime &#224; travers des normes internationales, des institutions et des m&#233;canismes qui fixent des r&#232;gles g&#233;n&#233;rales de comportement pour les &#201;tats et pour les forces de la soci&#233;t&#233; civile qui agissent au-del&#224; des fronti&#232;res nationales &#8211; des r&#232;gles qui soutiennent le mod&#232;le de production dominant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les m&#233;canismes de l'h&#233;g&#233;monie : les organisations internationales&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'organisation internationale repr&#233;sente un des m&#233;canismes &#224; travers lequel s'expriment les normes universelles d'une h&#233;g&#233;monie mondiale. En effet, l'organisation internationale fonctionne comme le processus par lequel les institutions de l'h&#233;g&#233;monie et son id&#233;ologie se d&#233;veloppent. Parmi les caract&#233;ristiques qui montrent le r&#244;le h&#233;g&#233;monique des organisations internationales, nous pouvons citer les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; (1) elles comportent les r&#232;gles qui facilitent l'expansion de l'ordre h&#233;g&#233;monique mondial ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; elles sont en elles-m&#234;mes le produit de l'ordre h&#233;g&#233;monique mondial ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; elles l&#233;gitiment id&#233;ologiquement les normes de l'ordre h&#233;g&#233;monique mondial ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; elles assimilent les &#233;lites des pays p&#233;riph&#233;riques et&lt;/li&gt;&lt;li&gt; elles absorbent les id&#233;es contre-h&#233;g&#233;moniques.&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Les institutions internationales comportent des r&#232;gles qui facilitent l'expansion des forces &#233;conomiques et sociales dominantes mais tout en permettant aux int&#233;r&#234;ts subordonn&#233;s de r&#233;aliser des ajustements avec un pr&#233;judice minimal. Les r&#232;gles r&#233;gissant la politique mon&#233;taire mondiale et les relations commerciales sont particuli&#232;rement significatives. Elles sont &#233;labor&#233;es avant tout pour promouvoir le d&#233;veloppement &#233;conomique. En m&#234;me temps, elles permettent des exceptions et des d&#233;rogations pour faire face &#224; des situations probl&#233;matiques ; elles peuvent &#234;tre revues dans certaines circonstances. Compar&#233;es au syst&#232;me de l'&#233;talon-or, les institutions de Bretton Woods offraient plus de garanties pour les pr&#233;occupations sociales nationales telles que le ch&#244;mage, &#224; condition que les politiques nationales soient compatibles avec l'objectif d'une &#233;conomie mondiale lib&#233;rale. Le r&#233;gime actuel de taux de change flottant permet aussi d'agir au niveau national tout en respectant le principe pr&#233;alable suivant : l'engagement &#224; harmoniser les politiques nationales avec les int&#233;r&#234;ts d'une &#233;conomie mondiale lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions et les r&#232;gles internationales sont g&#233;n&#233;ralement &#233;tablies par l'&#201;tat qui instaure l'h&#233;g&#233;monie. Elles doivent au moins avoir le soutien de cet &#201;tat. L'&#201;tat dominant s'occupe d'assurer l'assentiment des autres &#201;tats selon la hi&#233;rarchie des pouvoirs au sein de la structure inter&#233;tatique de l'h&#233;g&#233;monie. Certains pays de deuxi&#232;me rang sont consult&#233;s en premier lieu et leur soutien est assur&#233; ; le consentement d'au moins quelques-uns des pays les plus p&#233;riph&#233;riques est sollicit&#233;. La participation formelle peut &#234;tre pond&#233;r&#233;e en faveur des puissances dominantes comme au Fonds Mon&#233;taire International et &#224; la Banque Mondiale, ou elle peut se faire sur la base d'un &#201;tat/une voix comme dans la plupart des autres principales institutions internationales. Il existe une structure d'influence informelle qui refl&#232;te les diff&#233;rents niveaux de pouvoir r&#233;el du point de vue politique et &#233;conomique, qui sous-tend les proc&#233;dures formelles de prise de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions internationales jouent &#233;galement un r&#244;le id&#233;ologique. Elles contribuent &#224; d&#233;finir les lignes directrices des politiques des &#201;tats et &#224; l&#233;gitimer certaines institutions et pratiques au niveau national. Elles refl&#232;tent des orientations favorables aux forces sociales et &#233;conomiques dominantes. En recommandant le mon&#233;tarisme, l'OCDE [Organisation pour la Coop&#233;ration et le D&#233;veloppement Economique, NDT] a cautionn&#233; un consensus dominant en mati&#232;re de r&#233;flexion politique dans les pays du centre et a renforc&#233; ceux qui &#233;taient d&#233;termin&#233;s &#224; combattre l'inflation de cette mani&#232;re, alors que d'autres &#233;taient plus pr&#233;occup&#233;s par le ch&#244;mage. En pr&#244;nant le tripartisme, l'OIT [Organisation Internationale du Travail, NDT] a l&#233;gitim&#233; la mani&#232;re dont les relations sociales se sont d&#233;velopp&#233;es dans les pays du centre et l'a pr&#233;sent&#233; comme le mod&#232;le &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus grands talents des pays p&#233;riph&#233;riques sont capt&#233;s par les institutions internationales, rappelant la pratique politique du &lt;i&gt;transformisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[b]&lt;/i&gt;. Les individus des pays p&#233;riph&#233;riques, m&#234;me s'ils pourraient envisager d'int&#233;grer les institutions internationales avec l'id&#233;e de changer le syst&#232;me de l'int&#233;rieur, sont condamn&#233;s &#224; travailler dans le cadre des structures d'une r&#233;volution passive. Dans le meilleur des cas, ils contribueront &#224; transf&#233;rer des &#233;l&#233;ments de &lt;i&gt;modernisation&lt;/i&gt; &#224; la p&#233;riph&#233;rie, mais seulement s'ils sont compatibles avec les int&#233;r&#234;ts des pouvoirs locaux &#233;tablis. L'h&#233;g&#233;monie est comme un oreiller : elle absorbe les coups et t&#244;t ou tard l'agresseur potentiel trouvera confortable de se reposer dessus. Ce n'est que lorsque la participation au sein des institutions internationales est r&#233;solument fond&#233;e sur un clair d&#233;fi social et politique &#224; l'encontre de l'h&#233;g&#233;monie &#8211; en s'appuyant sur un bloc historique et contre-h&#233;g&#233;monique &#233;mergent &#8211; qu'elle pourra constituer une menace r&#233;elle. Mais la captation des talents de la p&#233;riph&#233;rie rend ce sc&#233;nario trop peu probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;transformisme&lt;/i&gt; absorbe aussi potentiellement les id&#233;es contre-h&#233;g&#233;moniques et les rend conformes &#224; la doctrine h&#233;g&#233;monique. La notion d'autosuffisance, par exemple, repr&#233;sentait initialement un d&#233;fi pour l'&#233;conomie mondiale en pr&#244;nant un d&#233;veloppement autonome d&#233;termin&#233; de fa&#231;on endog&#232;ne. &lt;i&gt;A posteriori&lt;/i&gt;, le sens de ce terme s'est transform&#233; pour signifier &#171; soutien des organismes de l'&#233;conomie mondiale pour des programmes sociaux dans les pays p&#233;riph&#233;riques &#187;. Ces programmes ont pour but de permettre aux populations rurales d'atteindre l'autosuffisance et d'endiguer l'exode rural vers les villes, afin d'obtenir un meilleur niveau de stabilit&#233; sociale et politique au sein de populations que l'&#233;conomie mondiale est incapable d'int&#233;grer convenablement. Ainsi, le nouveau sens de l'autosuffisance devient compl&#233;mentaire et propice aux vis&#233;es h&#233;g&#233;moniques de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;La mission de l'OCDE est de &#171; promouvoir les politiques qui am&#233;lioreront le bien-&#234;tre &#233;conomique et social partout dans le monde &#187; ; elle encourage notamment la lib&#233;ralisation &#233;conomique au travers du libre-&#233;change et de la concurrence. &lt;a href=&#034;http://www.oecd.org/fr/apropos/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;http://www.oecd.org/fr/apropos&lt;/strong&gt;/&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, une tactique visant &#224; provoquer un changement dans la structure de l'ordre mondial peut &#234;tre rejet&#233;e comme une illusion totale. Les probabilit&#233;s de succ&#232;s d'une guerre de mouvement au niveau international &#224; travers laquelle les radicaux prendraient le pouvoir de la superstructure des institutions internationales sont tr&#232;s faibles. Quoi qu'en dise Daniel Patrick Moynihan, les radicaux du Tiers monde ne contr&#244;lent pas les institutions internationales. Et m&#234;me s'ils le faisaient, ils n'en tireraient rien. Ces superstructures ne sont que trop mal connect&#233;es aux bases politiques populaires. Elles sont connect&#233;es aux classes h&#233;g&#233;moniques nationales dans les pays du centre et, par l'interm&#233;diaire de ces classes, ont une base plus large dans ces pays. Dans les p&#233;riph&#233;ries, elles ne se connectent qu'&#224; la r&#233;volution passive.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les perspectives de contre-h&#233;g&#233;monie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les ordres mondiaux &#8211; pour revenir &#224; la formulation de Gramsci cit&#233;e plus haut dans cet essai &#8211; sont bas&#233;s sur les relations sociales. Un changement structurel significatif dans l'ordre mondial pourrait ainsi probablement &#234;tre li&#233; &#224; un changement fondamental des relations sociales et dans les ordres politiques nationaux, ce qui correspond aux structures nationales des relations sociales. Dans l'esprit de Gramsci, cela se produirait avec l'&#233;mergence d'un nouveau bloc historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du changement de l'ordre mondial doit &#234;tre revu non pas &#224; partir des institutions internationales mais &#224; partir des soci&#233;t&#233;s nationales. L'analyse que fait Gramsci de l'Italie est d'autant plus pertinente lorsqu'elle est appliqu&#233;e &#224; l'ordre mondial : seule une guerre de position peut, &#224; long terme, entra&#238;ner des changements structurels, et une guerre de position implique la construction de la base sociopolitique du changement gr&#226;ce &#224; la cr&#233;ation de nouveaux blocs historiques. Le contexte national reste le seul endroit dans lequel un bloc historique peut &#234;tre fond&#233;, m&#234;me si l'&#233;conomie et les conditions politiques mondiales influencent mat&#233;riellement les perspectives d'une telle entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du changement de l'ordre mondial doit &#234;tre revu non pas &#224; partir des institutions internationales mais &#224; partir des soci&#233;t&#233;s nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise prolong&#233;e de l'&#233;conomie mondiale (dont le d&#233;but peut &#234;tre situ&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970) est propice &#224; certaines &#233;volutions qui pourraient mener &#224; une contestation contre-h&#233;g&#233;monique. Dans les pays du centre, ces politiques qui r&#233;duisent les d&#233;penses envers les groupes sociaux d&#233;munis et g&#233;n&#232;rent un ch&#244;mage &#233;lev&#233; ouvrent la perspective d'une grande alliance des d&#233;favoris&#233;s contre les secteurs du capital et du travail qui trouvent un terrain d'entente dans le cadre du syst&#232;me de production internationale et de l'ordre mondial lib&#233;ral-monopoliste. La base politique d'une telle alliance serait plut&#244;t post-keyn&#233;sienne et n&#233;o-mercantiliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays p&#233;riph&#233;riques, certains &#201;tats sont expos&#233;s &#224; l'action r&#233;volutionnaire, comme le sugg&#232;rent les &#233;v&#233;nements en Iran et en Am&#233;rique centrale. Une pr&#233;paration politique de la population suffisamment approfondie peut toutefois ne pas &#234;tre en mesure de suivre le rythme des opportunit&#233;s r&#233;volutionnaires, ce qui diminue la perspective d'un nouveau bloc historique. Une organisation politique efficace (le Prince moderne de Gramsci) serait n&#233;cessaire pour rassembler les nouvelles classes ouvri&#232;res g&#233;n&#233;r&#233;es par le syst&#232;me de production internationale et pour construire un pont vers les paysans et les marginaux urbains. Sans cela, nous ne pouvons que concevoir un processus dans lequel les &#233;lites politiques locales, m&#234;me si certaines sont le produit de bouleversements r&#233;volutionnaires infructueux, ancreraient leur pouvoir dans un ordre mondial lib&#233;ral-monopoliste. Une h&#233;g&#233;monie lib&#233;ral-monopoliste reconstitu&#233;e serait tout &#224; fait capable de mettre en pratique le &lt;i&gt;transformisme&lt;/i&gt; en s'adaptant &#224; diverses formes d'institutions et de pratiques nationales, y compris la nationalisation d'industries. La rh&#233;torique du nationalisme et du socialisme pourrait alors &#234;tre mise en coh&#233;rence avec la restauration de la r&#233;volution passive sous une nouvelle forme &#224; la p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, la t&#226;che de transformer l'ordre mondial commence avec le long et laborieux effort qui consiste &#224; cr&#233;er de nouveaux blocs historiques &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source : &lt;/strong&gt;Cox, Robert W. &#8220;&lt;a href=&#034;https://doi.org/10.1177/03058298830120020701&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gramsci, Hegemony and International Relations : An Essay in Method.&#8221; &lt;i&gt;Millennium : Journal of International Studies&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, vol. 12, no. 2, June 1983, pp. 162&#8211;175.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'anglais par :&lt;/strong&gt; Luis Alberto Reygada*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*- &lt;strong&gt;Nota bene :&lt;/strong&gt; cette traduction s'est limit&#233;e aux sections de l'article pr&#233;cit&#233; abordant le concept d'h&#233;g&#233;monie dans le cadre des relations internationales (pp.169-175). Les sections suivantes ont donc &#233;t&#233; omises ici : &lt;i&gt;Gramsci et l'h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; [P.162] ; &lt;i&gt;Origines du concept d'h&#233;g&#233;monie&lt;/i&gt; [P.163] ; &lt;i&gt;Guerre de mouvement et guerre de position&lt;/i&gt; [P.164] ; &lt;i&gt;La r&#233;volution passive&lt;/i&gt; [P.165] ; &lt;i&gt;Bloque historique&lt;/i&gt; [P.167]. L'article original est consultable dans son int&#233;gralit&#233; &lt;a href=&#034;https://issuu.com/la.reygada/docs/gramsci__hegemony_and_international&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES DE L'AUTEUR :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt; Je fais r&#233;f&#233;rence dans mes citations &#224; l'ouvrage Antonio Gramsci, &lt;i&gt;Selections from the Prison Notebooks&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; et traduit par Quinton Hoare et Geoffrey Nowell Smith (New York : International Publishers, 1971), mentionn&#233; par la suite dans le texte comme &lt;i&gt;Selections&lt;/i&gt;. L'&#233;dition critique compl&#232;te, &lt;i&gt;Quaderni del carcere&lt;/i&gt; (Torino : Einaudi editore, 1975) est mentionn&#233; comme &lt;i&gt;Quaderni&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[17]&lt;/strong&gt; Gramsci, &lt;i&gt;Selections&lt;/i&gt;, p. 176.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[18]&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 264.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[19]&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 182.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[20]&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 116.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[21]&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 117.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;[22]&lt;/strong&gt; La datation est une tentative et devrait &#234;tre plus pr&#233;cis&#233;ment d&#233;finie en enqu&#234;tant sur les caract&#233;ristiques structurelles propres &#224; chaque p&#233;riode ainsi que sur les facteurs dont on consid&#232;re qu'ils constituent les points de rupture entre chaque p&#233;riode. Ces p&#233;riodes sont pr&#233;sent&#233;es ici en tant que simples annotations dans le but de soulever quelques questions sur l'h&#233;g&#233;monie ainsi que sur les structures et les m&#233;canismes qui l'accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme, qui a pris diff&#233;rentes formes au cours de ces p&#233;riodes, est une question qui reste centrale. Dans un premier temps, durant la &lt;i&gt;Pax Britannica&lt;/i&gt;, bien que certains territoires aient &#233;t&#233; directement administr&#233;s, le contr&#244;le des colonies semble avoir &#233;t&#233; accessoire plut&#244;t que n&#233;cessaire &#224; l'expansion &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Argentine, un pays formellement ind&#233;pendant, entretenait en substance les m&#234;mes relations avec l'&#233;conomie britannique que le Canada, une ancienne colonie. C'est ce qu'on peut appeler, comme l'a fait remarquer George Lichtheim, la phase de &lt;i&gt;l'imp&#233;rialisme lib&#233;ral&lt;/i&gt;. Au cours de la deuxi&#232;me p&#233;riode, le soi-disant &#171; nouvel imp&#233;rialisme &#187; a mis davantage l'accent sur les contr&#244;les politiques directs. Elle a &#233;galement connu l'accroissement des exportations de capitaux et du capital financier identifi&#233;s par L&#233;nine comme l'essence m&#234;me de l'imp&#233;rialisme. Durant la troisi&#232;me p&#233;riode, que l'on pourrait appeler celle de l&#8216;imp&#233;rialisme n&#233;olib&#233;ral ou lib&#233;ral-monopoliste, l'internationalisation de la production est apparue comme la forme pr&#233;&#233;minente, soutenue &#233;galement par de nouvelles formes de capitalisme financier (banques et consortiums multinationaux). Il ne semble gu&#232;re utile d'essayer de d&#233;finir une essence immuable de l'imp&#233;rialisme, mais il serait plus utile de d&#233;crire les caract&#233;ristiques structurelles des imp&#233;rialismes qui correspondent &#224; des ordres mondiaux h&#233;g&#233;moniques et non-h&#233;g&#233;moniques successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un examen plus approfondi de cette question en ce qui concerne les &lt;i&gt;pax britannica&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pax americana&lt;/i&gt;, voir Robert W. Cox &#171; Social Forces, States and World Orders : Beyond International Relations Theory &#187;, &lt;i&gt;Millennium : Journal of International Studies&lt;/i&gt; (Vol. 10, No. 2, Summer 1981), pp. 126-155.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES DU TRADUCTEUR :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[a]&lt;/strong&gt; Le Nouvel ordre &#233;conomique international (ou &lt;i&gt;New International Economic Order&lt;/i&gt; &#8211; NIEO) est une notion impuls&#233;e dans les ann&#233;es 1970 par un groupe de pays en voie de d&#233;veloppement pour exprimer leurs revendications dans le domaine des relations commerciales internationales : ceux-ci r&#233;clament alors une r&#233;vision du syst&#232;me &#233;conomique international afin de remplacer le syst&#232;me de Bretton Woods &#8211; qui avait surtout profit&#233; aux principaux &#201;tats qui l'avaient cr&#233;&#233; et en particulier les &#201;tats-Unis &#8211; de sorte que les pays les plus fragiles puissent b&#233;n&#233;ficier d'avantages sp&#233;cifiques par rapport &#224; ceux d&#233;j&#224; d&#233;velopp&#233;s. Lors de la Conf&#233;rence d'Alger de 1973, le Mouvement des pays non-align&#233;s remet en cause le principe d'&lt;i&gt;aide au d&#233;veloppement&lt;/i&gt; et d&#233;nonce l'existence d'un syst&#232;me &#233;conomique mondial perp&#233;tuant la position de pauvret&#233; des pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Il esquisse alors les grandes lignes d'un programme d'action en faveur d'un &#171; Nouvel ordre &#233;conomique international &#187;, notion qui est port&#233;e l'ann&#233;e suivante aux Nations Unies o&#249; ont lieu des discussions entre pays industrialis&#233;s et pays en d&#233;veloppement, plus connues sous le nom de &#171; dialogue Nord-Sud &#187;. Bien que l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale adopte une &lt;i&gt;D&#233;claration concernant l'instauration d'un nouvel ordre &#233;conomique international&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp?symbol=A/RES/3201(S-VI)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;r&#233;solution 3201 S-VI&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) ainsi qu'un &lt;i&gt;Programme d'action&lt;/i&gt; en ce sens (&lt;a href=&#034;http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=a/res/3202(S-VI)&amp;Lang=F&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;r&#233;solution 3202 S-VI&lt;/a&gt;) qui sera m&#234;me suivi d'une &lt;i&gt;Charte des droits et devoirs &#233;conomiques des &#201;tats&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/RES/3281(XXIX)&amp;Lang=F&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;r&#233;solution 3281 -XXIX&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), l'initiative sera mise en &#233;chec par le contexte de crise qui s&#233;vit alors et l'opposition de plusieurs pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[b]&lt;/strong&gt; Gramsci a utilis&#233; le terme de transformisme pour d&#233;signer le processus selon lequel des &#171; personnalit&#233;s politiques individuelles, form&#233;es par les partis d&#233;mocratiques d'opposition, int&#232;grent en tant qu'individus la &lt;i&gt;classe politique&lt;/i&gt; conservatrice mod&#233;r&#233;e &#187;. Ainsi, des coalitions regroupant des composantes de droite et de gauche appartenant &#224; l'aile centriste de leur parti se sont succ&#233;d&#233; au Parlement italien dans les d&#233;cennies suivant le &lt;i&gt;Risorgimento&lt;/i&gt;, ph&#233;nom&#232;ne qui a contribu&#233; &#224; l'effacement du rapport dialectique opposant traditionnellement droite et gauche. Lire &lt;a href=&#034;https://lvsl.fr/entretien-nathan-sperber-introduction-a-gramsci&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nathan Sperber : &#171; Pour Gramsci, le combat est beaucoup plus vaste qu'un simple assaut &#187;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, publi&#233; par Le Vent Se L&#232;ve (4 novembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POSTFACE DU TRADUCTEUR :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'h&#233;g&#233;monie est employ&#233; depuis de nombreuses ann&#233;es dans le champ des relations internationales d'une mani&#232;re qui n&#233;glige consid&#233;rablement son potentiel critique, &#233;tant presque exclusivement associ&#233; &#224; l'id&#233;e de domination. Il est par exemple tr&#232;s souvent utilis&#233; en g&#233;opolitique pour qualifier la nature du pouvoir exerc&#233; par la puissance en position de force et en mesure d'imposer sa volont&#233; aux autres &#201;tats sur la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c'est faire abstraction d'un important courant qui, &#224; partir des ann&#233;es 1980, a transpos&#233; &#224; l'ordre international l'approche du concept d'h&#233;g&#233;monie d&#233;velopp&#233;e par le th&#233;oricien politique italien Antonio Gramsci (1891-1937), pour qui ce terme impliquait aussi &#8211; au-del&#224; de la simple domination &#8211; la dimension id&#233;ologique du processus d'instauration et de maintien de la subordination consentie d'un groupe au profit d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le canadien Robert Cox (1926-2018) fut le premier &#224; introduire le concept d'h&#233;g&#233;monie au sens gramscien dans le cadre de l'&#233;tude des relations internationales. Avec son essai &lt;i&gt;Gramsci, Hegemony and International Relations : An Essay in Method&lt;/i&gt; &#8211; publi&#233; en 1983 &#8211; il ouvrait la voie au d&#233;veloppement d'une nouvelle approche th&#233;orique critique, un courant qui prendra le nom de n&#233;o-gramscien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une carri&#232;re de haut fonctionnaire des Nations Unies, c'est en tant que fin connaisseur des organisations internationales que Cox a enseign&#233; et d&#233;velopp&#233; ses id&#233;es, d'abord &#224; l'Universit&#233; de Columbia aux &#201;tats-Unis, puis &#224; celle de York au Canada, o&#249; ses positions se sont radicalis&#233;es alors qu'il s'attachait &#224; comprendre les &#171; structures qui sous-tendent le monde. &#187; Ainsi, il a utilis&#233; le cadre conceptuel gramscien pour d&#233;velopper une pens&#233;e s'&#233;cartant de la classique &lt;i&gt;th&#233;orie de la stabilit&#233; h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt; en situant le concept d'h&#233;g&#233;monie &#171; dans une reformulation du mat&#233;rialisme historique &#224; partir d'une double triangulation : trois cat&#233;gories de forces &#8211; les capacit&#233;s mat&#233;rielles, les id&#233;es, les institutions &#8211; interagissent sur trois niveaux &#8211; celui des forces sociales, des formes d'&#201;tat et (&#8230;) de l'ordre mondial. &#187;[ Jean-Christophe Graz &#171; In memoriam Robert Cox (1926-2018) &#187;, sur le site de l'Association Fran&#231;aise de Science Politique, &lt;a href=&#034;https://www.afsp.info/in-memoriam-robert-cox-1926-2018/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Afsp.info&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.] De cette fa&#231;on, il a par exemple avanc&#233; qu'un &#201;tat s'av&#232;re &#234;tre h&#233;g&#233;monique non seulement lorsque celui-ci domine par la force mais aussi s'il r&#233;ussit &#224; instaurer un ordre mondial dans lequel les autres acteurs &#233;tatiques conservent &#224; leur tour certains int&#233;r&#234;ts, consentant de la sorte &#224; une dynamique qui limite la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;galement point&#233; du doigt le r&#244;le des institutions internationales qui l&#233;gitiment les normes de l'organisation h&#233;g&#233;monique, et avanc&#233; que l'h&#233;g&#233;monie n'est &#233;tablie que lorsque les autres acteurs du syst&#232;me adh&#233;rent &#224; l'ordre dominant qu'ils consid&#232;rent comme l&#233;gitime. Enfin, si pour Cox l'&lt;i&gt;hegemon&lt;/i&gt; &#233;tait bien un &#201;tat, c'est en premier lieu l'h&#233;g&#233;monie de sa classe sociale dominante qui utilise celui-ci pour promouvoir ses id&#233;es et d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts au niveau international et r&#233;ussit &#224; d&#233;ployer son mode de production en dehors de ses fronti&#232;res, en soumettant les modes de productions alternatifs. L'h&#233;g&#233;monie d&#233;pend donc de la configuration des forces sociales au sein de l'&#201;tat h&#233;g&#233;monique, ce qui a amen&#233; l'universitaire canadien &#224; conclure que &#171; la t&#226;che de transformer l'ordre mondial commence avec le long et laborieux effort qui consiste &#224; cr&#233;er de nouveaux blocs historiques &#224; l'int&#233;rieur des fronti&#232;res nationales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ces id&#233;es, nombre d'auteurs se r&#233;clamant de la grille de lecture de Cox et d'une analyse n&#233;o-gramscienne n'ont pas tard&#233; &#224; voir en la figure des &#201;tats-Unis l'&#201;tat qui porterait les valeurs dominantes &#8211; celles du n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; et qui chercherait &#224; les propager. D'autres ont refus&#233; de voir l'h&#233;g&#233;monie mat&#233;rialis&#233;e en un seul &#201;tat, pr&#233;f&#233;rant pointer du doigt l'apparition d'un &#171; &#201;tat imp&#233;rial global &#187; dirig&#233; par une &#171; classe capitaliste transnationale &#187; s'appuyant notamment sur des organisations (OMC, FMI, Banque mondiale&#8230;) et le droit commercial international pour imposer les r&#232;gles du jeu &#233;conomique international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, avec des positions qui l'ont souvent plac&#233; &#224; proximit&#233; d'auteurs comme Susan Strange ou encore Immanuel Wallerstein, il est ind&#233;niable que les apports th&#233;oriques de Cox ont consid&#233;rablement enrichi l'&#233;tude des Relations internationales. Consid&#233;rant qu'il est important de participer &#224; la diffusion de ses id&#233;es, Le Vent Se L&#232;ve propose ici la premi&#232;re traduction en fran&#231;ais de l'extrait de son article &lt;i&gt;Gramsci, Hegemony and International Relations : An Essay in Method&lt;/i&gt; (publi&#233; originairement dans la revue Millenium : Journal of International Studies de la London School of Economics) consacr&#233; &#224; la relation h&#233;g&#233;monie/ordre international. &#192; quelques mois de sa disparition, c'est aussi en quelque sorte un hommage que nous rendons ici celui qui, &#224; travers ses &#233;crits, a contribu&#233; &#224; alimenter la r&#233;flexion critique internationale, bien pr&#233;cieuse pour celles et ceux qui aspirent &#224; comprendre le monde pour ensuite le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luis Alberto Reygada&lt;/strong&gt;. Paris, 8 avril 2019&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Nous vous invitons vivement &#224; consulter le hors-s&#233;rie &lt;a href=&#034;https://www.sqdi.org/fr/hors-serie-septembre-2014-lhegemonie-dans-la-societe-internationale-un-regard-neo-gramscien/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'h&#233;g&#233;monie dans la soci&#233;t&#233; internationale : un regard n&#233;o-gramscien&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; publi&#233; en 2014 par la Revue qu&#233;b&#233;coise de droit international, dont &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/rqdi_0828-9999_2014_hos_1_1_2087&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'introduction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, de Marie-Neige Laperri&#232;re et R&#233;mi Bachand, a largement inspir&#233; cette br&#232;ve pr&#233;sentation du travail de Robert Cox.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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