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		<title> &#171; L'Orientalisme &#187; en France : malentendu ou m&#233;sentente ?</title>
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		<dc:date>2019-03-28T08:30:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sonia Dayan-Herzbrun</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; L'Orientalisme &#187; en France : malentendu ou m&#233;sentente ? Pourquoi la pens&#233;e d'Edward Said est-elle rest&#233;e si longtemps inaudible ? - Sonia Dayan-Herzbrun&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/France" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi la pens&#233;e d'Edward Said est-elle rest&#233;e si longtemps inaudible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.elcorreo.eu.org/IMG/jpg/16390912.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L500xH376/16390912-b017d.jpg?1701405861' width='500' height='376' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Edward Said (1935-2003).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1980/10/24/rencontres-avec-l-islam-un-autodafe-pour-les-orientalistes_3073052_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un autodaf&#233; pour les orientalistes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;. Tel &#233;tait le titre de l'article que le journaliste du &#171; Monde &#187;, Jean-Pierre P&#233;roncel-Hugoz, consacrait au livre d'Edward Said, &#171; L'Orientalisme &#187;, qui, en 1980, venait d'&#234;tre traduit aux &#201;ditions du Seuil. La lev&#233;e de boucliers contre l'ouvrage fut telle qu'il fallut attendre vingt-cinq ans pour une nouvelle &#233;dition du livre qui &#233;tait devenu introuvable. Entre temps Edward Said &#233;tait mort, et sa notori&#233;t&#233; internationale telle qu'il &#233;tait impossible de continuer &#224; faire comme si cet ouvrage avait cess&#233; d'exister. On peut na&#239;vement s'&#233;tonner d'une telle r&#233;action, en face d'un livre dans lequel il est largement question d'&#233;crivains et de savants fran&#231;ais, et qui surtout a &#233;t&#233; &#233;crit en partie dans le sillage intellectuel de Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, dans &#171; R&#233;flexions sur l'exil &#187;, il prendra des distances avec la th&#233;orie foucaldienne, quand il commencera &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la possibilit&#233; d'&#233;laborer des contre-discours, comme autant d'&#233;l&#233;ments pour une culture de r&#233;sistance. Il se tourne alors vers d'autres grilles d'analyse, &#233;labor&#233;es par des auteurs venus du &#171; Sud &#187; ou de l'&#171; Orient &#187;, comme Ibn Khaldoun ou Frantz Fanon, mais les lit &#233;galement &#224; la lumi&#232;re de Georg Lukacs et d'Antonio Gramsci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les universit&#233;s fran&#231;aises ne furent gu&#232;re r&#233;ceptives aux th&#232;ses d'Edward Said, &#224; l'exception de Pierre Bourdieu qui l'invita &#224; faire des conf&#233;rences au Coll&#232;ge de France, et de l'Universit&#233; Paris 7, la seule &#224; avoir le courage, en 2003, de lui d&#233;cerner un doctorat &lt;i&gt;honoris causa&lt;/i&gt;, quelques mois avant sa mort. On aurait tort de ne voir l&#224; qu'une question de personne, li&#233;e &#224; l'engagement politique d'Edward Said dans l'Organisation de Lib&#233;ration de la Palestine (OLP). C'est le fond m&#234;me de sa pens&#233;e qui semblait inaudible, tout comme l'ont &#233;t&#233; pendant bien des ann&#233;es les th&#233;ories postcoloniales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Edward Said et le monde intellectuel fran&#231;ais&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On ne peut mettre en doute la connaissance que Said avait du monde intellectuel fran&#231;ais. Il s'est appropri&#233; cette notion m&#234;me d'intellectuel &#224; partir de sa lecture de Gramsci, bien s&#251;r, mais &#233;galement de Julien Benda et de Sartre. L'auteur de &#171; &lt;i&gt;Des intellectuels et du pouvoir&lt;/i&gt; &#187; (Seuil, 1996) admirait avant tout en Sartre l'homme qui s'&#233;tait oppos&#233; &#224; la France, en Alg&#233;rie ou au Vietnam. Mais son incapacit&#233; &#224; comprendre la question palestinienne l'a profond&#233;ment d&#233;&#231;u. Dans un article publi&#233; en avril 2000 par le journal &#233;gyptien &#171; Al Ahram &#187; et traduit en septembre de la m&#234;me ann&#233;e dans &#171; Le Monde diplomatique &#187;, Said a racont&#233; avec humour sa rencontre avec Foucault et surtout avec Jean-Paul Sartre, en mars 1979. Il avait &#233;t&#233; invit&#233; &#224; un s&#233;minaire sur la paix au Moyen-Orient, qui devait se tenir dans l'appartement de Michel Foucault. Sartre &#233;tait alors sous l'influence de Pierre Victor (Benny Levy), et ainsi incapable d'une analyse critique de la politique isra&#233;lienne. Il en &#233;tait de m&#234;me de Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Sartre et de Foucault sur la question palestinienne &#233;tait partag&#233;e par une grande partie des intellectuels fran&#231;ais, de droite comme de gauche. Il y eut des exceptions notables, celle de l'historien Pierre Vidal-Naquet, ou celle de Gilles Deleuze dont la rupture avec Michel Foucault fut motiv&#233;e, entre autres, par leurs divergences sur cette question. Or c'est bien sur le fond de la question de la Palestine que Said a &#233;crit &#171; l'Orientalisme &#187;. Il a commenc&#233; &#224; y travailler au lendemain de la guerre de 1967, au sortir de ce qu'il nomme dans son autobiographie, sa p&#233;riode pr&#233;politique. Et il entre au Conseil National Palestinien en 1977, l'ann&#233;e qui pr&#233;c&#232;de la publication de l'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Said et la question palestinienne&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la formule d'Isra&#235;l Zangwill reprise par de nombreux courants du mouvement sioniste : &lt;i&gt;&#171; Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. &#187;&lt;/i&gt; Dans le chapitre consacr&#233; aux p&#232;lerins et aux p&#232;lerinages, Said montre qu'un des aspects de l'orientalisme est sa c&#233;cit&#233; aux habitants r&#233;els qui peuplent les r&#233;gions que traversent des voyageurs &#224; la recherche d'eux-m&#234;mes ou d'une exp&#233;rience mystique. Dans &#171; l'Orientalisme &#187; (Seuil, 1980, p. 200), il cite ainsi Chateaubriand, qui de la Jud&#233;e ne voit qu'un d&#233;sert :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Quand on voyage dans la Jud&#233;e, d'abord un grand ennui saisit le c&#339;ur ; mais lorsque passant de solitude en solitude, l'espace s'&#233;tend sans bornes devant vous, peu &#224; peu l'ennui se dissipe, on &#233;prouve une terreur secr&#232;te qui loin d'abaisser l'&#226;me, donne du courage et &#233;l&#232;ve le g&#233;nie. &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'invisibilit&#233;, en tant qu'individus, des humains vivant en ces lieux, il y a leur invisibilit&#233; comme peuple, c'est-&#224;-dire comme communaut&#233; politique. Jusqu'&#224; la signature des accords d'Oslo, en 1993, les Isra&#233;liens ne reconnaissaient pas l'existence de Palestiniens, et encore moins d'un peuple palestinien. On ne les d&#233;signait que comme des Arabes, sans lien &#224; la terre sur laquelle ils vivaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les st&#233;r&#233;otypes attach&#233;s &#224; la figure de l'oriental, construite dans les discours orientalistes, sont repris dans des d&#233;clarations de responsables du mouvement sioniste, par exemple Cha&#239;m Weizmann, qui sera le premier pr&#233;sident d'Isra&#235;l, et qui &#233;crit en 1918 au ministre des britannique des affaires &#233;trang&#232;res, Lord Balfour, avec qui il n&#233;gocie les conditions de l'&#233;tablissement d'un foyer national juif : &lt;i&gt;&#171; Les Arabes, qui, superficiellement, sont intelligents et d'esprit vif, respectent une chose et une seule : le pouvoir et la r&#233;ussite. Les autorit&#233;s britanniques connaissant comme elles le font la nature tra&#238;tresse des Arabes, doivent &#234;tre constamment sur leurs gardes. Plus le r&#233;gime anglais cherche &#224; &#234;tre juste, plus l'Arabe devient arrogant. Les conditions actuelles tendraient n&#233;cessairement vers la cr&#233;ation d'une Palestine arabe s'il y avait un peuple arabe en Palestine. &#187; &lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward Said, L'Orientalisme, traduction de Catherine Malamoud, Editions du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image persiste, indique Edward Said dans &#171; l'Orientalisme &#187; (p. 337) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Dans sa r&#233;sistance aux colonialistes &#233;trangers, le Palestinien arabe est, ou bien un sauvage stupide, ou bien une quantit&#233; n&#233;gligeable, du point de vue moral et m&#234;me du point de vue existentiel [&#8230;]. L'orientalisme gouverne de bout en bout la politique isra&#233;lienne &#224; l'&#233;gard des Arabes [&#8230;]. Il y a de bons Arabes (ceux qui font ce qu'on leur dit) et de mauvais Arabes (qui ne le font pas, ce sont donc des terroristes). &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Orientalisme &#187; ne saurait &#234;tre lu uniquement comme une arch&#233;ologie des dispositifs discursifs et id&#233;ologiques de la politique isra&#233;lienne, mais cette dimension est essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que pour des lecteurs fran&#231;ais, l'un des aspects les plus perturbants des analyses d'Edward Said, est qu'elles ne rel&#232;vent pas de la litt&#233;rature militante. La position d'&#171; intellectuel critique &#187; que Said d&#233;veloppera dans ses textes ult&#233;rieurs mais aussi dans ses prises de position concernant la Palestine (par exemple &#224; l'&#233;gard des accords d'Oslo puis en faveur d'un &#201;tat binational), son exigence d'&#171; &lt;i&gt;universaliser la crise&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour l'intellectuel il s'agit, j'en suis convaincu, d'universaliser la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ne consiste pas &#224; &#234;tre au service d'une cause et d'une seule. Dans sa pr&#233;face de 2003, Said rappelle qu'il a voulu montrer que l'orientalisme et l'antis&#233;mitisme moderne ont des racines communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la position d'intellectuel critique qui rend compte de la coextensivit&#233; de l'esth&#233;tique et du politique que revendique Said et qui lui permet de &#171; &lt;i&gt;faire sentir comment le consensus lib&#233;ral [&#8230;] voile les conditions politiques organis&#233;es fortement encore qu'obscur&#233;ment, qui pr&#233;valent dans la production du savoir.&lt;/i&gt; &#187; La lecture des premiers livres de Michel Foucault lui a fourni la notion de discours, mais aussi de style de domination, qui caract&#233;rise l'orientalisme. Cependant &#224; la diff&#233;rence de Foucault, Said ne se limite pas &#224; &#233;tudier l'arch&#233;ologie de tel ou tel dispositif de pouvoir &#224; travers la lecture de textes rares. Il s'attaque &#224; un large pan de l'histoire de l'Occident, navigue d'un domaine &#224; l'autre, n'&#233;pargne pas les grandes figures (Victor Hugo, Marx, Renan&#8230;) et passe d'une discipline &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#233;lange d'&#233;rudition et d'iconoclastie &#233;tait pour le moins profond&#233;ment d&#233;routant dans une France o&#249; le tabou de la colonisation pesait lourdement. Les auteurs des textes dont Said explicite les sous-entendus, les allusions, les silences, ne sont pas r&#233;duits comme chez Foucault &#224; des &#233;l&#233;ments d'un dispositif. Ce qu'ils &#233;crivent n'est pas un pur produit de leur situation sociale. Les auteurs sont chez lui &#233;galement pleinement sujets.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les universitaires fran&#231;ais et &#171; L'Orientalisme &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La stricte division disciplinaire et le mandarinat sont des inventions fran&#231;aises&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Terry Nichols Clark, Prophets and Patrons : The French University and (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or Said ne cesse de s'attaquer au principe d'autorit&#233; par lequel se l&#233;gitime le mandarinat, ce qui ne peut pas manquer d'indisposer la majorit&#233; des universitaires fran&#231;ais. Et surtout il est inclassable. Cela a &#233;t&#233; &#233;galement le cas pour Michel Foucault revendiqu&#233; (et rejet&#233;) par les philosophes, les historiens et les sociologues. Les corpus &#224; partir desquels travaille Foucault sont cependant relativement bien circonscrits. Edward Said, au contraire, convoque des types de textes de statut tout &#224; fait diff&#233;rent. Son livre &#171; &lt;i&gt;Beginnings. Intention and Methods&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(Columbia University Press, 1975)&lt;/i&gt;, qui figurait en bonne place dans la biblioth&#232;que de Michel Foucault, relevait de la litt&#233;rature compar&#233;e, mais la philosophie y occupait une place importante, et particuli&#232;rement la r&#233;f&#233;rence &#224; la &lt;i&gt;French theory&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Orientalisme &#187; va plus loin et transgresse sans scrupule les divisions disciplinaires dont les postcoloniaux vont montrer, quelques ann&#233;es apr&#232;s, qu'elles sont pr&#233;cis&#233;ment des cr&#233;ations coloniales. L'Orient, explique Said, est produit par ce style occidental de domination qu'est l'orientalisme, &#224; des niveaux aussi divers : politique, sociologique, militaire, id&#233;ologique, scientifique et imaginaire, qui sont autant d'&#233;l&#233;ments d'une m&#234;me formation discursive, qui elle-m&#234;me est prise dans un r&#233;seau d'int&#233;r&#234;ts auxquelles elle est li&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse se d&#233;place d'un de ces niveaux &#224; l'autre, d'un type de discours &#224; un autre. Dans une perspective qui est proche de celle de la th&#233;orie critique d'Adorno dont il se d&#233;clarera le disciple, il r&#233;cuse la s&#233;paration entre science et id&#233;ologie. Enfin, se r&#233;f&#233;rant au Gramsci des &#171; Cahiers de Prison &#187;, il affichera d'embl&#233;e son implication personnelle, en tant qu'&#171; Oriental &#187; (dans le regard des autres mais dans son propre mode de subjectivation) dans l'&#233;criture du livre. Dans la pr&#233;face de 2003, il parlera de critique humaniste, l'humanisme consistant &#224; briser les cha&#238;nes qui emprisonnent l'esprit. Le rapport acad&#233;mique d'un sujet &#224; un objet ext&#233;rieur au profit de ce que les postcoloniaux vont appeler le savoir situ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule corporation &#224; r&#233;agir sera celle des &#171; orientalistes &#187;, qui ne verront dans le livre de Said qu'une attaque contre leur domaine. Said sera d&#233;sormais ostracis&#233;. M&#234;me ceux dont il parle avec estime et respect lui garderont une rancune tenace, et au premier rang Jacques Berque et Maxime Rodinson. Ils &#233;taient pourtant cit&#233;s dans &#171; L'Orientalisme &#187; (p. 352) comme des &#233;rudits et des critiques ayant re&#231;u une formation orientaliste traditionnelle, mais &#171; &lt;i&gt;parfaitement capables de se lib&#233;rer de l'ancienne camisole de force id&#233;ologique&lt;/i&gt; &#187;. Edward Said leur &#233;tait gr&#233; de convoquer dans leurs recherches les diff&#233;rentes sciences humaines. Il rendait particuli&#232;rement hommage &#224; Rodinson pour avoir dans son &#233;tude &#171; Islam et capitalisme &#187;, d&#233;montr&#233;, contre le sociologue Max Weber, qu'il n'y avait aucune incompatibilit&#233; entre le capitalisme et l'islam, ce que l'avenir a largement confirm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de la parution de &#171; L'Orientalisme &#187; Rodinson avait r&#233;agi sans animosit&#233; au livre, invitant ses lecteurs &#224; le lire, et soulignant le succ&#232;s que l'ouvrage avait re&#231;u dans le monde anglo-saxon. En revanche, ajoutait Rodinson dans &#171; la Fascination de l'islam &#187; &lt;i&gt;(La D&#233;couverte, 1980)&lt;/i&gt;, le livre &#171; &lt;i&gt;a suscit&#233; dans le milieu professionnel des orientalistes quelque chose comme un traumatisme. Ils avaient certes l'habitude de voir critiquer leurs travaux comme &#171; ethnocentristes &#187; et de se voir d&#233;noncer eux-m&#234;mes par les publications &#171; indig&#232;nes &#187; comme des agents, conscients ou inconscients de l'imp&#233;rialisme europ&#233;ano-us.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, pr&#233;cisait-il, est que l'auteur, cette fois, est un &#171; &lt;i&gt;professeur d'une valeur reconnue&lt;/i&gt; &#187;. Il peut cependant inciter certains &#224; pousser &#224; la limite certaines de ses analyses, et aboutir &#224; une forme de &#171; jdanovisme &#187;, distinguant, comme &#224; l'&#232;re stalinienne, science bourgeoise (donc fausse) et science prol&#233;tarienne. Une dizaine d'ann&#233;es apr&#232;s, peut-&#234;tre irrit&#233; par le succ&#232;s international de Said, Rodinson le r&#233;tablira dans sa place d'&#171; indig&#232;ne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre d'orientalistes am&#233;ricains, au premier rang desquels Bernard Lewis ont &#233;galement durement critiqu&#233; le livre de Said, qui a d'ailleurs r&#233;fut&#233; ces critiques point par point. Said les avait directement mis en cause sans le dernier chapitre de &#171; L'Orientalisme &#187;, consacr&#233; &#224; sa phase r&#233;cente et tous appartenaient au courant n&#233;o-conservateur. Bernard Lewis a m&#234;me &#233;t&#233; conseiller de Benjamin Netanyahou. En revanche, Berque aussi bien que Rodinson appuyaient ouvertement la cause palestinienne. Cependant quand les &#201;ditions du Seuil consult&#232;rent Maxime Rodinson sur l'opportunit&#233; de publier la traduction de &#171; Culture et Imp&#233;rialisme &#187;, qui &#233;tend les analyses de &#171; L'Orientalisme &#187; &#224; un domaine plus vaste, englobant en particulier l'Afrique au Sud du Sahara, Rodinson s'y opposa vigoureusement. Ce furent les &#201;ditions Fayard, conjointement avec &#171; Le Monde Diplomatique &#187;, qui publi&#232;rent le livre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'Autre et les autres&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La revue &#171; Qantara &#187; de l'Institut du Monde Arabe a publi&#233; &#224; l'automne 1994 un num&#233;ro consacr&#233; &#224; &#171; L'Orientalisme et apr&#232;s ? &#187;. Certains articles de ce num&#233;ro, dans lequel Rodinson et Berque, mais &#233;galement des auteurs moins connus, explicitent leur position, permettent d'y voir plus clair. Leur d&#233;nonciation des m&#233;faits de la colonisation, en faisait, semble-t-il, des d&#233;tenteurs l&#233;gitimes de l'exclusivit&#233; du savoir sur un Orient connu et aim&#233;. Et voil&#224; qu'ils devenaient eux-m&#234;mes des objets de connaissance pour un penseur venu d'Orient, et pourvu de toute la reconnaissance institutionnelle occidentale. Est-ce pour ces raisons psychologico-politiques, dont on a retrouv&#233; l'&#233;quivalent &#224; la m&#234;me &#233;poque dans les r&#233;actions des universitaires (hommes) aux id&#233;es f&#233;ministes, qu'ils n'ont pas fait l'effort de comprendre tout ce qu'impliquait la pens&#233;e de Said ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pr&#233;face &#224; &#171; L'Orientalisme &#187; Tzvetan Todorov, qui a parfaitement lu Said n'utilise &#171; autre &#187; qu'avec une minuscule, et parle plus volontiers des &#171; autres &#187;. L'&#171; Autre &#187; est en effet pure construction essentialiste, qu'il s'agisse de l'Oriental, de l'Occidental, de l'Arabe, du Musulman, ou de la Femme. Or, rappelant son amour de la langue arabe et les diff&#233;rentes recherches men&#233;es dans les r&#233;gions o&#249; est parl&#233;e cette langue (l'Orient), Berque d&#233;clare dans &#171; Au-del&#224; de l'orientalisme &#187; (&#171; Qantara &#187;, n&#176;13) : &#171; &lt;i&gt;Comment rejeter le regard de l'Autre, alors que nous savons tr&#232;s bien que sans l'Autre nous ne serions pas ? [&#8230;] Nous n'existons que par l'Autre et gr&#226;ce &#224; l'Autre. L'Autre personne, l'Autre culture, au choix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Thierry Hentsch, qui a publi&#233; en 1988 un livre intitul&#233; &#171; L'Orient imaginaire : la vision politique occidentale de l'Est m&#233;diterran&#233;en &#187;, semble prendre dans ce m&#234;me num&#233;ro de &#171; Qantara &#187; la d&#233;fense de Said. Il faut, &#233;crit-il, r&#233;fl&#233;chir sur les conditions d'&#233;laboration du savoir. Sauf qu'ici, c'est &#224; nouveau d'un savoir sur l'Autre qu'il est question. Il appelle cependant &#224; s'int&#233;resser &#224; l'autre (et non aux autres) dans une rencontre qui ne soit plus conflictuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e o&#249; paraissait &#171; l'Orientalisme &#187;, Maxime Rodinson publiait &#171; la Fascination de l'Islam &#187;, qui peut &#234;tre lue comme une critique d'un certain orientalisme. Il y d&#233;non&#231;ait le conservatisme de ceux qui refusent d'envisager la dimension historique de tous les ph&#233;nom&#232;nes humains et sociaux, et le d&#233;signait m&#234;me sous le terme d'&#171; essentialisme &#187;. Ce sont cependant des arguments essentialistes qu'il va invoquer pour d&#233;l&#233;gitimer la d&#233;marche d'Edward Said.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui, en effet, &#171; L'Orientalisme &#187; a &#233;t&#233; un agent de mythologisation car il a fabriqu&#233; un &#233;pouvantail aux dimensions et aux nuisances monstrueuses. Or, explique Maxime Rodinson, tout cela provient de ce que Edward Said, Palestinien chr&#233;tien, est un &#171; Arabe d'Orient &#187; et qu'il fait preuve d'ethnocentrisme. &#171; &lt;i&gt;Il ne s'int&#233;resse que secondairement au monde arabe d'Occident (Maghreb), encore moins aux peuples musulmans non arabes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Il n'y a pas d'orientalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans ce m&#234;me num&#233;ro de &#171; Qantara &#187;, Jacques Berque, lui-m&#234;me fils d'un directeur des Affaires musulmanes et des Territoires du Sud au Gouvernement G&#233;n&#233;ral d'Alg&#233;rie, explique qu'il a longtemps refus&#233; de s'appeler &#171; orientaliste &#187;. Cependant, dit-il encore, s'il accepte maintenant l'appellation d'orientaliste, &#171; &lt;i&gt;c'est, depuis le livre d'Edward Said, par solidarit&#233; avec des coll&#232;gues que je voyais injustement attaqu&#233;s. Mais, jusque-l&#224;, je voulais n'&#234;tre qu'un sociologue ou un historien.&lt;/i&gt; &#187; Et c'est bien ainsi qu'il se per&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de Maxime Rodinson ne diff&#232;re pas beaucoup de celle de Jacques Berque. Tous deux d&#233;fendent les sciences sociales. &#171; Il n'y a pas d'orientalisme, de sinologie, d'iranologie, etc. Il y a des disciplines scientifiques d&#233;finies par leur objet et leur probl&#233;matique sp&#233;cifique &#187;, dit Rodinson de son c&#244;t&#233; dans &#171; la Fascination de l'islam &#187; (p. 130). Les savants peuvent s'engager au service d'un parti ou d'une cause. Mais la science, en elle-m&#234;me est neutre, politiquement parlant, et m&#234;me elle peut &#233;clairer les dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Berque et Rodinson rendent hommage &#224; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, les grands orientalistes qui leur ont fray&#233; la route. La brutalit&#233; souvent atroce des &lt;i&gt;&#171; manifestations mat&#233;rielles de l'h&#233;g&#233;monie europ&#233;enne &#187;&lt;/i&gt;, comme dit Rodinson, est &#224; mettre sur un autre plan que l'&#339;uvre des savants. Jacques Berque d&#233;signe dans l'Occident la source du savoir scientifique : &lt;i&gt;&#171; Les orientalistes ont enseign&#233; aux savants arabes les nouvelles m&#233;thodes d'&#233;tude des textes, de questionnement et d'induction &#224; partir d'indices, de recherche, de d&#233;couverte de source, bref, de critique historique. Tout cela est parti d'Occident puis est arriv&#233; aux savants musulmans&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces convictions inh&#233;rentes au positivisme qui ont rendu le texte de Said herm&#233;tique &#224; des chercheurs qui auraient pourtant d&#251; se sentir proche de lui. Or Said, dans le sillage de la Th&#233;orie critique et pas seulement de Michel Foucault, refusait la s&#233;paration entre savoir et pouvoir dans &#171; l'Orientalisme &#187; (p. 23) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; Ce qui m'int&#233;resse c'est de faire sentir comment le consensus lib&#233;ral selon lequel le &#8216;&#171; vrai &#187;' savoir est fondamentalement non politique (et, &#224; l'inverse, qu'un savoir ouvertement politique n'est pas un &#8216;&#171; vrai &#187;' savoir) voile les conditions politiques organis&#233;es fortement, encore qu'obscur&#233;ment, qui pr&#233;valent dans la production du savoir. &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De grands ouvrages orientalistes comme la &#171; Chrestomathie arabe &#187; de Silvestre de Sacy ou &#171; &lt;i&gt;Accounts of the Manners and Customs of Modern Egyptians&lt;/i&gt; &#187; d'Edward Lane &#171; &lt;i&gt;font preuve d'une v&#233;ritable science&lt;/i&gt; &#187;, dit encore Said dans &#171; L'Orientalisme &#187; (p. 20). Mais ce sont &#233;galement des expressions de l'orientalisme acad&#233;mique. Du positivisme, Said refusait donc &#224; la fois la barri&#232;re rigoureuse qu'il &#233;tablit entre ce qui est scientifique et ce qui est id&#233;ologique, et les cloisonnements disciplinaires interdisant les comparaisons et les rapprochements. Aux yeux d'universitaires p&#233;n&#233;tr&#233;s de convictions positivistes et de ce fait m&#234;me imbus de cette autorit&#233; qui est une figure de la domination, cette approche n'&#233;tait pas admissible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas saisi non plus l'aspect r&#233;flexif et second de la critique de Said. Sa lecture des po&#232;tes et des romanciers chez lesquels il met au jour des expressions de l'orientalisme ne conduit nullement &#224; un autodaf&#233;. Il aime et appr&#233;cie la plupart de ces &#233;crivains. George Eliot, par exemple, avec son &#171; Daniel Deronda &#187;, fait partie des &#233;crivains &#171; &lt;i&gt;pour lesquels l'Orient est d&#233;fini par la possession mat&#233;rielle, par une imagination mat&#233;rielle pour ainsi dire&lt;/i&gt; &#187; (&#171; L'Orientalisme &#187;, p. 196). Said ne la consid&#232;re pas moins comme un tr&#232;s grand &#233;crivain, de m&#234;me que Dickens. Et pourtant ils partageaient avec bon nombre de leurs contemporains des id&#233;es bien d&#233;finies sur la race et l'imp&#233;rialisme. Nerval et Flaubert sont, &#224; ses yeux, de grands artistes. Il n'en va &#233;videmment pas de m&#234;me pour les politiques, ni m&#234;me pour des &#233;crivains comme Gobineau et Renan, qui d&#233;veloppent des th&#233;ories sur la race.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En v&#233;rit&#233; le subalterne peut parler&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les diff&#233;rents ouvrages qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; et suivi &#171; L'Orientalisme &#187;, Sa&#239;d n'a cess&#233; de se d&#233;placer entre Europe, Etats-Unis et Moyen-Orient. C'est qu'il refuse la division entre Est et Ouest. Sa recherche est une travers&#233;e des fronti&#232;res, qu'il r&#233;sume dans sa postface de 1994 &#224; la r&#233;&#233;dition de &#171; l'Orientalisme &#187; (Seuil, 2005, p. 363) :&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&#171; J'ai franchi la ligne imp&#233;riale entre l'Est et l'Ouest, je suis entr&#233; dans la vie de l'Occident et j'ai malgr&#233; tout conserv&#233; une sorte de lien organique avec le lieu dont je suis originaire. &#187; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette travers&#233;e des fronti&#232;res (je dirais m&#234;me cet aller-retour) caract&#233;rise les &lt;i&gt;Subaltern Studies&lt;/i&gt;, comme l'explique Said dans sa pr&#233;face de 1984 &#224; un recueil de travaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ranajit Guha and Gayatri Chakravorty Spivak &#187; , Selected Subaltern (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les subalternes peuvent parler. Il l'affirme avec fermet&#233; dans sa postface de 1994 &#224; &#171; L'Orientalisme &#187;. Ils parlent dans leurs &#339;uvres litt&#233;raires, dans leurs travaux de recherches, dans leurs textes th&#233;oriques. Mais ils (et elles) ont d'abord pris la parole dans les mouvements de lib&#233;ration du XX&#232;me si&#232;cle. Le probl&#232;me est qu'en France, on a encore beaucoup de mal &#224; les entendre, et plus encore &#224; les &#233;couter. &#171; &lt;i&gt;Le Harem colonial&lt;/i&gt; &#187; de Malek Alloula, un &#233;crivain alg&#233;rien de langue fran&#231;aise, livre largement cit&#233; dans les bibliographies anglo-saxonnes et qui applique les hypoth&#232;ses de Said &#224; un corpus iconographique (les cartes postales datant de la p&#233;riode de colonisation de l'Alg&#233;rie), n'a pu d'abord &#234;tre &#233;dit&#233; qu'&#224; Gen&#232;ve. Alloula s'&#233;tait donn&#233; comme objectif de d&#233;couvrir la nature et la signification du regard colonial, et du coup de subvertir le st&#233;r&#233;otype si fortement attach&#233; aux corps (voil&#233;s/d&#233;nud&#233;s), des femmes &#224; partir de l'analyse de cartes postales repr&#233;sentant des Alg&#233;riens, femmes et hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent dit que la colonie &#233;tait en France l'envers, invisible, de la R&#233;publique. Si l'on y ajoute le fait que le positivisme a &#233;t&#233; l'axe philosophique de cette m&#234;me R&#233;publique, on peut comprendre l'imperm&#233;abilit&#233; d'une partie du public fran&#231;ais &#224; &#171; l'Orientalisme &#187;. Avec le passage des g&#233;n&#233;rations, avec la survenue de jeunes intellectuels originaires de r&#233;gions autrefois colonis&#233;es, les paradigmes postcoloniaux puis d&#233;coloniaux &#233;mergent sur des sc&#232;nes qui cessent d'&#234;tre totalement marginalis&#233;es. Said refusait de faire &#233;cole et d'&#234;tre &#224; l'origine d'une quelconque th&#233;orie. Mais on commence enfin &#224; l'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sonia Dayan-Herzbrun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Sonia Dayan-Herzbrun&lt;/strong&gt; est professeure &#233;m&#233;rite de sociologie politique &#224; l'Universit&#233; Paris7-Denis Diderot, membre du Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP) et directrice de la revue interdisciplinaire &#171; Tumultes &#187; sur les ph&#233;nom&#232;nes politiques contemporains. Ses recherches portent sur la th&#233;orie critique, en particulier dans ses rapports au post-colonial, et sur le lien entre esth&#233;tique et politique. Elle est notamment l'auteure de &#171; Femmes et politique au Moyen-Orient &#187; (L'Harmattan, 2005), et sous sa direction : &#171; Vers une pens&#233;e politique postcoloniale &#224; partir de Frantz Fanon &#187; (Tumultes, Ed.Kim&#233;, 2008), &#171; Edward Said th&#233;oricien critique &#187; (Tumultes, Ed.Kim&#233;, 2010). Elle a re&#231;u en 2016 le Prix Frantz Fanon de la Carribean Philosophical Association.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nouvelobs.com/index/2018/01/13/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;BibliObs&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 13 janvier 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edward Said, &lt;i&gt;L'Orientalisme&lt;/i&gt;, traduction de Catherine Malamoud, Editions du Seuil, Paris 1980, page 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Pour l'intellectuel il s'agit, j'en suis convaincu, d'universaliser la crise, de donner une plus grande dimension humaine &#224; la souffrance d'une race ou d'une nation particuli&#232;re et de la mettre en rapport avec d'autres souffrances &#187; (Edward W. Said, &lt;i&gt;Des intellectuels et du pouvoir&lt;/i&gt;, &#233;dition cit&#233;e, page 60).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Terry Nichols Clark, &lt;i&gt;Prophets and Patrons : The French University and the Emergence of the Social Sciences&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Ranajit Guha and Gayatri Chakravorty Spivak&lt;/i&gt; &#187; , &lt;i&gt;Selected Subaltern Studies&lt;/i&gt;, Oxford University Press, 1988, page X.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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