<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>El Correo</title>
	<link>https://www.elcorreo.eu.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.elcorreo.eu.org/spip.php?id_auteur=1095&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Les ressorts de la violence &#187; Russell Jacoby</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Les-ressorts-de-la-violence-Russell-Jacoby</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Les-ressorts-de-la-violence-Russell-Jacoby</guid>
		<dc:date>2017-02-10T12:35:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Russell Jacoby *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; s'exacerbent les extr&#233;mismes, o&#249; attentats, guerres civiles, r&#233;pressions font rage, on a t&#244;t fait d'assimiler cette violence inou&#239;e au choc des cultures et &#224; la peur de la diff&#233;rence. Prenant l'exact contrepied du discours ambiant, l'un des plus grands intellectuels am&#233;ricains contemporains bouscule les id&#233;es re&#231;ues et relance le d&#233;bat : selon Russell Jacoby, c'est de la peur du semblable que na&#238;trait la violence. &lt;br class='autobr' /&gt; Pourquoi vous &#234;tre int&#233;ress&#233; &#224; ce sujet ? &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;crit ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; s'exacerbent les extr&#233;mismes, o&#249; attentats, guerres civiles, r&#233;pressions font rage, on a t&#244;t fait d'assimiler cette violence inou&#239;e au choc des cultures et &#224; la peur de la diff&#233;rence. Prenant l'exact contrepied du discours ambiant, l'un des plus grands intellectuels am&#233;ricains contemporains bouscule les id&#233;es re&#231;ues et relance le d&#233;bat : selon Russell Jacoby, c'est de la peur du semblable que na&#238;trait la violence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_9244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L186xH300/violencejacoby-41145-f420b.jpg?1694934266' width='186' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi vous &#234;tre int&#233;ress&#233; &#224; ce sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit ce livre comme historien et citoyen. Je suis frapp&#233; de voir combien on pr&#233;sente les &#233;trangers comme des tortionnaires alors que c'est historiquement inexact. Ce sont les guerres civiles qui ont &#233;t&#233; les plus sanglantes, notamment aux Etats-Unis. Il suffit de voir la guerre de S&#233;cession et l'&#233;tendue des violences qu'elle a d&#233;clench&#233;es. Le nombre de morts, plus de six cent mille, surpasse la totalit&#233; des pertes am&#233;ricaines dans tous les autres conflits depuis la guerre d'ind&#233;pendance jusqu'&#224; la guerre du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'avez-vous souhait&#233; d&#233;montrer dans ce livre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que la violence et la haine sont bas&#233;es sur le sentiment de l'&#233;tranger est trompeuse ; c'est ce que je souhaite d&#233;montrer. C'est une question d'&#233;ducation : on est souvent &#233;lev&#233; dans la peur de l'autre, en disant que l'on a peut-&#234;tre plus &#224; craindre de l'autre que de ce qui nous est familier, alors que ce n'est pas tant l'inconnu qui nous menace que le connu&#8230; Cette notion de similitude et le malaise qu'elle provoque vont &#224; l'encontre de notre interpr&#233;tation habituelle des conflits mondiaux, car nous aimons croire que les hostilit&#233;s sont li&#233;es &#224; de profondes diff&#233;rences sur la mani&#232;re de vivre en soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mythe fondateur d'Abel et Ca&#239;n, racont&#233; dans la Gen&#232;se, est pr&#233;sent&#233; comme le premier meurtre commis dans le monde jud&#233;o-chr&#233;tien et c'est un crime fratricide&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce meurtre originel est fratricide. L'hostilit&#233; caract&#233;rise les relations entre fr&#232;res tout au long de la Bible h&#233;bra&#239;que : &#201;sa&#252; envisage de tuer Jacob, tout comme les fr&#232;res de Joseph songent &#224; de d&#233;barrasser de lui. La Bible met en sc&#232;ne des fr&#232;res ennemis et cette violence fraternelle semble &#234;tre &#224; l'origine des premi&#232;res cit&#233;s humaines, voire de l'organisation politique elle-m&#234;me comme le sugg&#232;re Hannah Arendt. Ce th&#232;me parcourt d'ailleurs les textes fondateurs de la culture occidentale. L'histoire de Rome (Romulus et Remus), s'ouvre sur le meurtre d'un homme par son fr&#232;re. On retrouve &#233;galement cette id&#233;e du meurtre fratricide dans les &#233;crits de la Gr&#232;ce antique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites notamment que la violence s'exerce avec le plus de force entre des groupes culturellement tr&#232;s proches&#8230; Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, la forme de violence la plus r&#233;pandue oppose des communaut&#233;s voisines au sein d'un m&#234;me pays. Aux &#201;tats Unis, la plupart des violences sont intra-communautaires : les Noirs luttent contre les Noirs, et les gangs urbains s'en prennent surtout aux gangs des quartiers voisins. L&#224; aussi, c'est la ressemblance et non la diff&#233;rence qui suscite la violence. Une &#233;tude sur les homicides commis &#224; New-York entre 2003 et 2005 montre que les trois quarts des criminels connaissent leur victime ! Par ailleurs, on peut noter qu'en 5000 ans d'histoire, les guerres civiles sont beaucoup plus importantes que les conflits internationaux. Je pense par exemple aux guerres entre nordistes et sudistes aux Etats-Unis, aux Hutus et Tutsis au Rwanda ou encore aux chiites et sunnites dans le monde musulman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;j&#224; les Grecs, dans l'Antiquit&#233;, remarquaient que les conflits civils &#233;taient plus violents que les guerres traditionnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens grecs disaient que les guerres civiles &#233;taient les plus vicieuses et les plus dangereuses, ils parlaient d'ailleurs de &#171; guerres inciviles &#187;, remarquant que les prisonniers &#233;taient syst&#233;matiquement ex&#233;cut&#233;s et les villes d&#233;truites. Platon &#233;tablissait une distinction claire entre la guerre contre les &#233;trangers et ce qu'il appelle les &#171; dissensions entre factions &#187;. Pour Thucydide, les &#171; passions de la guerre civile &#187; ne laissent aucune place au compromis, le d&#233;sir de vengeance minant la r&#233;conciliation &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on &#233;tablir un lien entre la foi et le fratricide ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce lien existe. Je ne dis pas que c'est l'unique source de violence, mais il est tr&#232;s pr&#233;sent lors des guerres civiles. N'oublions pas que les violences religieuses dans l'Europe du XVI&#232;me si&#232;cle oppos&#232;rent des chr&#233;tiens &#224; d'autres chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Freud parlait d'ailleurs du &#171; narcissisme des petites diff&#233;rences &#187;. Qu'entendait-il par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de l'hostilit&#233; qui surgit entre des groupes historiquement ou culturellement proches o&#249; &#171; les petites diff&#233;rences &#187; semblent susciter plus de col&#232;re que les grandes. La ranc&#339;ur qu'elles engendrent nourrit les explosions de violence fratricide qui &#233;maillent l'histoire humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Toujours selon Freud, la relation homme / femme joue &#233;galement un r&#244;le tr&#232;s important&#8230; Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte de la femme per&#231;ue comme &#233;trang&#232;re et hostile illustre ce narcissisme des &#171; petites diff&#233;rences &#187;. Les hommes les redoutent car ils ont peur de perdre leur virilit&#233;. Des milliers de r&#232;gles, principalement religieuses, t&#233;moignent de cette angoisse. Une crainte qui parcourt l'ensemble de la mythologie : attir&#233; par la femme, l'homme redoute dans le m&#234;me temps de &#171; mourir ou de se perdre &#187; &#224; son contact. Celle-ci est &#224; la fois intime et &#233;trang&#232;re &#224; l'homme. Pourtant les femmes montrent selon moi plus d'int&#233;r&#234;t pour la paix et la non-violence, et je pense qu'elles peuvent ouvrir une nouvelle voie dans la pr&#233;vention de ces conflits. Elles ont un r&#244;le important &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aur&#233;lie Godefroy&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.lemondedesreligions.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Monde de Religions&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/les-ressorts-de-la-violence-selon-russell-jacoby-13-01-2014-3636_111.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Monde de Religions&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Paris, le 13/01/2014&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;Russell Jacoby, &#171; Les ressorts de la violence &#8211; peur de l'autre ou peur du semblable &#187;, Belfond, coll. L'esprit d'ouverture ?, 2014 (&#224; para&#238;tre le 23 janvier), 330 p., 19 &#8364;.&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* Russel Jacoby&lt;/strong&gt; (23 avril 1945) Prof. d'histoire US dans l'Universit&#233; de Californie, Los Angeles (UCLA). Ses investigations se r&#233;f&#232;rent, surtout, &#224; l'histoire intellectuelle et culturelle europ&#233;enne et &#233;tasunienne, &#224; l'histoire des intellectuels et &#224; celle de l'&#233;ducation. Certains de ses livres r&#233;cents sont &lt;i&gt;End of Utopie : Des polytics and Culture in the Age of Apathy&lt;/i&gt; (1999), &lt;i&gt;Picture Imperfect : Utopian Thought for an Anti-Utopian Age&lt;/i&gt; (2005) et &lt;i&gt;Bloodlust : On the Roots of Violence from Cain and Abel to the Present&lt;/i&gt; (2011).&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
