<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>El Correo</title>
	<link>https://www.elcorreo.eu.org/</link>
	
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.elcorreo.eu.org/spip.php?id_auteur=1065&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Retrouver la capacit&#233; interpr&#233;tative.Un d&#233;fi pour la vie quotidienne.</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/Retrouver-la-capacite-interpretative-Un-defi-pour-la-vie-quotidienne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.elcorreo.eu.org/Retrouver-la-capacite-interpretative-Un-defi-pour-la-vie-quotidienne</guid>
		<dc:date>2016-12-13T14:04:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Oscar Sotolano*</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;&#171; Retrouver la capacit&#233; interpr&#233;tative. Un d&#233;fi pour la vie quotidienne. &#187; Oscar Sotolano&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit en Avril 2015 par Oscar Sotolano &#224; propos du contexte social argentin de l'&#233;poque. Aujourd'hui, il nous semble que sa r&#233;flexion demeure un apport important pour comprendre la situation dans plusieurs pays d'Am&#233;rique Latine et aussi dans un grand nombre d'autres pays dans le monde - y compris la France - qui souffrent des m&#234;mes causes et effets. &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Retrouver-la-capacite-interpretative-Un-defi-pour-la-vie-quotidienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;El Correo&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est &#233;vident que ces questions exigent un essai, et non 14 000 caract&#232;res. Nous nous servirons alors d'eux seulement comme excuse pour approfondir une id&#233;e d&#233;j&#224; formul&#233;e il y a des ann&#233;es et que le temps, loin de d&#233;mentir, confirme. Commen&#231;ons par affirmer que si quelque chose d&#233;limite la vie quotidienne, c'est l'immensit&#233; de ses confins. Au-del&#224; des d&#233;finitions sociologiques qu'ont fait du philosophe Henri Lefebvre un pionnier, disons que la vie quotidienne, c'est la vie elle m&#234;me ; celle que nous sujets sentons comme notre propre vie, celle o&#249; la vie se r&#233;alise, devient r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire une comparaison pas tout &#224; fait fortuite : pour de vastes pans de la classe moyenne urbaine argentine, leur vie quotidienne sera aux antipodes de (par exemple) la vie quotidienne de la population palestinienne. L'une, pr&#233;occup&#233;e par le cours du dollar, l'inflation et l'ins&#233;curit&#233;, l'autre, par la perspective qu'une nouvelle attaque vienne d&#233;truire son existence physique, &#233;motionnelle ou familiale. La vie quotidienne est cela, la vie ; c'est un territoire d'Eros, peu importe ce qu'il en r&#233;sulte de terrible. Pour cette raison, si &#224; cet argentin on d&#233;crivait la vie quotidienne palestinienne, il est probable qu'il s'exclamerait : &#171; &lt;i&gt;ce n'est pas la vie !&lt;/i&gt; &#187; tandis que pour un palestinien, m&#234;me avec tant de douleur accumul&#233;e pendant des d&#233;cennies, cette vie est n&#233;anmoins sa propre vie. Tr&#232;s probablement il aimerait subir seulement les souffrances de notre argentin urbain &#224; la mentalit&#233; de classe moyenne (quelle que soit son origine de classe), mais ce n'est pas pour cela qu'il arr&#234;terait de sentir que celle qu'il a est sa vie ; une vie quotidienne patiente, une vie quotidienne injuste, mais une vie enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, m&#234;me aux antipodes, un fil invisible unit les vies des deux en cette &#233;poque du capitalisme ultra-concentr&#233; et &#171; concentrationnaire &#187; : les uns et les autres vivent sous la condition de la terreur, bien que les &#233;chelles semblent incomparables. Les uns, avec la terreur de la destruction de leurs maisons, leurs oliviers, leurs familles, leurs propres vies qui les guette au coin de la rue ; les autres, convaincus que la mort de &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alberto_Nisman&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nisman&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, format&#233;e par la rh&#233;torique terroriste des grands m&#233;dias, ou les assassinats qui se r&#233;p&#232;tent dans l'hypertexte m&#233;diatique, pr&#233;figurent leur destin le plus possible. Tr&#232;s diff&#233;rentes vies quotidiennes, bien que toutes teintes par le climat &#233;motif de l'inqui&#233;tude et de la terreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des ann&#233;es, apr&#232;s l'attentat des tours jumelles, j'ai &#233;crit un article pour cette m&#234;me revue : &#171; &lt;i&gt;L'enseignement de Moore et les terreurs d'Escud&#233;. L'ins&#233;curit&#233; comme s&#233;curit&#233; du syst&#232;me&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Las ense&#241;anzas de Moore y los terrores de Escud&#233; &#187;. Revista Top&#237;a N&#186;39, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Son hypoth&#232;se centrale, d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le titre, &#233;tait que : &#171; L'oligarchie financi&#232;re-mafieuse qui d&#233;finit aujourd'hui les destins du monde fait de la terreur l&#233;gitime individuelle une r&#233;assurance de son projet d'une soci&#233;t&#233; contr&#244;l&#233;e &#224; la fa&#231;on d'Orwell, o&#249; la peur de tout ce qui est &#233;tranger, est devenue un mode de vie soumis. La terreur citoyenne, qui touche les fibres profondes de la d&#233;tresse humaine d'origine, convoque des h&#233;ros omnipotents avec des treillis, arm&#233;s jusqu'aux dents. La terreur appelle la terreur, et la soci&#233;t&#233; s'installe dans une logique parano&#239;aque que les m&#233;dias aiguillonnent au nom de leur 'obligation' d'informer &#187;. (Bien que, en g&#233;n&#233;ral, ils cherchent seulement &#224; d&#233;sinformer, ajoutons maintenant, en ce temps o&#249; la libert&#233; d'expression est devenue pour eux : &#171; libert&#233; d'op&#233;ration &#187;). &#171; L'ins&#233;curit&#233; comme syst&#232;me, est un moyen de la s&#233;curit&#233; du syst&#232;me qui produit une subjectivit&#233; terroris&#233;e et maniaque. Sa condition est la vraisemblance constante de sa fausset&#233; argumentative que le symbolisme, aplani par les images qui accompagnent tous les actes de la vie quotidienne depuis des t&#233;l&#233;viseurs install&#233;s partout, produisant toujours l'illusion que la r&#233;alit&#233; est appr&#233;hender sans interpr&#233;tation d'aucune sorte, r&#233;p&#232;te de mani&#232;re archi traumatisante dans chaque information criminelle qui affecte notre esprit sensibilis&#233; jusqu'&#224; l'os &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment l&#224;, le monde auquel nous faisions r&#233;f&#233;rence &#233;tait, notamment, travers&#233; par la crise de 2001 en Argentine [banqueroute g&#233;n&#233;rale de l'Etat] et l'expansion arm&#233;e des pouvoirs financiers-militaires sur l'ensemble de la plan&#232;te, en particulier au Moyen-Orient, avec les invasions de l'Afghanistan et de l'Irak apr&#232;s le 11/9. Aujourd'hui, cette perspective s'est stabilis&#233;e &#224; travers des politiques de terre ras&#233;e men&#233;es dans plusieurs pays et cherche &#224; s'&#233;tendre dans tous les coins de la vie quotidienne dans un monde travers&#233; par une crise in&#233;dite du capitalisme qui, cependant, loin de l'affaiblir, renforce ses tendances les plus destructives (nous ne pouvons pas ignorer que les guerres ont &#233;t&#233; le mode &#224; travers lequel le capitalisme a affront&#233; ses crises durant tout le XXe si&#232;cle). Comme un vampire : le capitalisme vit du sang de ses victimes ou comme les entreprises fun&#233;raires, il grandit &#224; partir des morts qu'il enterre et, alors, il produit et reproduit le capital dans un climat de terreur interstitielle qui cherche &#224; abattre tant les gouvernements qui (m&#234;me d'une mani&#232;re tr&#232;s timide et contradictoire, c'est-&#224;-dire sans modifier les relations sociales de production et d'appropriation) limitent partiellement ses int&#233;r&#234;ts, qu' &#224; mener la soci&#233;t&#233; &#224; revendiquer qu'elle soit contr&#244;l&#233;e. La terreur int&#233;rioris&#233;e et naturalis&#233;e est la source de la demande d'ordre des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Le capitalisme l'utilise pour continuer &#224; se reproduire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le capitalisme ultra concentr&#233; soit devenu antid&#233;mocratique (&#171; concentrationnaire &#187;) se constate tant dans la terreur &#224; laquelle le peuple palestinien est soumis, &#224; partir des actions du suppos&#233; &#171; &#233;tat d&#233;mocratique &#187; exemplaire du Moyen-Orient, que dans la bord&#233;e permanente de micro terreurs que re&#231;oit n'importe quel citoyen argentin ou de n'importe o&#249; dans le monde, alors qu' il suffit de lire les quotidiens, o&#249; l'ins&#233;curit&#233; est devenue le leitmotiv avec la participation active des usines m&#233;diatiques du grand capital. Si la soci&#233;t&#233; est devenue, depuis d&#233;j&#224; des d&#233;cennies, un spectacle, aujourd'hui le spectacle vise &#224; terroriser m&#234;me pendant des d&#233;jeuners ou des distractions, suppos&#233;s frivoles durant lesquels on ne cesse jamais de rappeler que le monde ext&#233;rieur est dangereux et redoutable, et qu'il n' y a rien de mieux que remettre notre s&#233;curit&#233; entre les mains d'un &#171; Grand fr&#232;re &#187; arm&#233; jusqu'aux dents, mais qui simule son action criminelle tant derri&#232;re les toges noires et &#171; sinistres &#187; des juristes pr&#234;ts &#224; tout service, derri&#232;re les tirades de communicateurs incapables de comprendre les cons&#233;quences de leurs propres actions discursives (quand ils ne sont pas des agents directs de ces actions), que derri&#232;re la dynamique suppos&#233;e transparente (et elle semble la plus structurelle) du monde de l'image qui a fait des lumi&#232;res de l'illustration un monde aveugle par l'&#233;clat du n&#233;on ou des explosions de missiles. La soci&#233;t&#233; du spectacle est aujourd'hui celle de la terreur et un &#171; Grand fr&#232;re &#187; est convoqu&#233; de mani&#232;re permanente pour mettre de l'ordre et apporter la s&#233;curit&#233; des bandes arm&#233;es et la paix des cimeti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#339;ud est si bien structur&#233; que pour lutter contre des assassins, on convoque d'autres assassins. Notre s&#233;curit&#233; est aux mains de leur capacit&#233; &#224; tuer. La soci&#233;t&#233; du spectacle est devenue une soci&#233;t&#233; de la terreur &#171; mise en spectacle &#187;. Sa dynamique marque la vie quotidienne actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, les responsables de la revue &lt;i&gt;Top&#237;a&lt;/i&gt; [en esp] nous demandent : &#171; quels d&#233;fis proposent de g&#233;n&#233;rer des pratiques &#233;mancipatrices sur le plan individuel et social ? &#187; Peut-&#234;tre cela vaut-il la peine d'ouvrir la question pr&#233;c&#233;dente pour l'interroger. Disons-le ainsi : existe-t-il dans la vie quotidienne argentine actuelle une pr&#233;occupation sur un probl&#232;me comme celui qui suppose &#171; de g&#233;n&#233;rer des pratiques &#233;mancipatoires sur le plan social &#187; ? Est-ce que je d&#233;tecte des r&#233;f&#233;rences &#224; cette question sur ce champ singulier d'exploration qui est celui de la clinique psychanalytique quotidienne ?, ou : les marques sociales qui pr&#233;valent sont elles tr&#232;s diff&#233;rentes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons, en premier lieu, que la mani&#232;re interstitielle dans laquelle le capital impose ses conditions &#224; droite et &#224; gauche partout, et le pouvoir gigantesque que lui offre un syst&#232;me globalis&#233; de communication qui fonctionne essentiellement sous le contr&#244;le de sa logique renti&#232;re-disciplinaire (bien que puissent exister des points importants mais petits de fissure) ont fait que, tout du moins c'est mon exp&#233;rience de travail (toujours si limit&#233;e par les caract&#233;ristiques m&#234;me de notre pratique), de l'&#233;mancipation ou de quelque chose qui l'implique, je n'entends plus jamais parler maintenant dans les s&#233;ances avec mes patients, en revanche oui, de la peur de ce qui peut leur arriver, &#224; leurs enfants ou &#224; d'autres parents dans la rue, sur la place, ou dans tout lieu public, ou de la &#171; situation terrible que nous vivons dans le pays &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des ann&#233;es, le signifiant &#171; libert&#233; &#187;, rempli avec de diff&#233;rents significations et avatars, &#233;tait fr&#233;quent ; aujourd'hui il n'en est pas ainsi. J'&#233;coute des subjectivit&#233;s plus format&#233;es par le spectacle de la terreur et de ses discours performatifs que des r&#233;f&#233;rences &#224; quelque type d'&#233;mancipation. Dans le monde de la terreur spectacularis&#233;e on voit comme preuve d'efficacit&#233; polici&#232;re, par exemple, qu'apr&#232;s le brutal attentat de Charlie-Hebdo &#224; Paris, la police ait localis&#233;, en &#224; peine quelques heures les responsables suppos&#233;s (des terroristes si bien form&#233;s qu'ils laissent leurs documents dans la voiture avec laquelle ils vont r&#233;aliser l'attentat !) , les tuent sans aucune curiosit&#233; pour savoir qui &#233;taient derri&#232;re eux, et on les a enterr&#233;s en secret sans que les majorit&#233;s de la terre de &#171; &lt;i&gt;Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;&lt;/i&gt; &#187; ne s'indignent de cela (comme c'&#233;tait arriv&#233; avec Ben Laden, il n'y a pas de corps qui constate sa mort). Pour beaucoup, partout dans le monde, ces modes d'action sont des exemples &#224; suivre (&#171; quelle diff&#233;rence, l&#224;-bas ils ont mis &#224; peine quelques heures pour trouver les assassins, ici n'allons jamais les trouver ! &#187;, j'ai entendu r&#233;p&#233;ter, &#224; l'int&#233;rieur et en dehors de mes consultations), pour d'autres en revanche, ce qui s'est pass&#233; nous rappelle trop la politique de &#171; disparition de personnes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;mancipation a &#233;t&#233; con&#231;ue pendant le XXe si&#232;cle comme &#233;mancipation de l'exploitation de l'homme par l'homme, actuellement, au contraire, cette mani&#232;re de la comprendre est devenue tr&#232;s rare dans le discours social. L'&#233;mancipation peut signifier, pour plusieurs personnes, la fin du gouvernement des &#171; K &#187;, pour d'autres que &lt;i&gt;Clar&#237;n&lt;/i&gt; ne nous domine plus ; pour d'autres, le droit individualiste de faire ce qui leur pla&#238;t, mais de l'exploitation de l'homme par l'homme, nous ne parlons pas. Le capitalisme a impos&#233; ses r&#232;gles m&#234;me &#224; ceux qui essaient d'affronter ses pires fl&#233;aux. Et ces r&#232;gles sont entrelac&#233;es chaque jour d'une mani&#232;re si profonde que les subjectivit&#233;s s'unifient derri&#232;res ses dogmes devenus le sens commun et la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, la banalisation du contr&#244;le technologique sur les corps est son expression la plus d&#233;l&#233;t&#232;re. Tr&#232;s peu de gens se pr&#233;occupent d'&#234;tre branch&#233;s sur un syst&#232;me qui d&#233;tecte nos moindres go&#251;ts, qui localise o&#249; nous nous trouvons d&#232;s lors que le signal arrive, qui nous poussent &#224; nous exposer dans une vague d'exhibitionniste qui tend &#224; dissoudre ce qui est priv&#233; dans un monde de voyeurs, qui g&#233;n&#232;re des amiti&#233;s instables de 140 caract&#232;res, qui contr&#244;le nos rendements au travail, nos vicissitudes d'humeur, nos sueurs avec une pr&#233;cision chaque jour plus effrayante, qui a fait que tous, espionn&#233;s sans cesse, innocents (jusqu'&#224; ce que le contraire soit d&#233;montr&#233;) nous sommes devenus &lt;i&gt;au premier abord&lt;/i&gt; coupables (c'est-&#224;-dire, suspects), que cela nous - et c' est central du point de vue de la construction de subjectivit&#233; - fait croire que ce qui est vu est la source de toute v&#233;rit&#233; sans n&#233;cessiter aucun travail interpr&#233;tatif. Peut-&#234;tre est-ce cette soci&#233;t&#233;, o&#249; la v&#233;rit&#233; de l'image, comprise comme une source empirique sans failles, qui fait qu'aujourd'hui tant de patients ont des difficult&#233;s &#224; associer, qu'ils parlent presque exclusivement des probl&#232;mes quotidiens, des id&#233;es qui peuplent tout esprit actif. Les mots, avec leur &#233;norme capacit&#233; ludique, les mots ne montrent pas visuellement une v&#233;rit&#233; v&#233;rifiable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naturel avec lequel les &#234;tres humains livrent aujourd'hui leur vie priv&#233;e, leur mani&#232;re de penser, leurs corps et d&#233;sirs au registre perp&#233;tuel et omnipr&#233;sent de donn&#233;es qui se logent dans des fichiers inconnus est peut-&#234;tre l'indicateur le plus &#233;vident que l'&#233;mancipation est rest&#233;e rel&#233;gu&#233;e &#224; des conciliabules exclusifs. L'&#233;mancipation est fragment&#233;e dans des luttes tr&#232;s honorables (celles des femmes, celles des peuples originaires, celles des minorit&#233;s sexuelles), mais qui ont perdu comme r&#233;f&#233;rence l'unique &#233;mancipation qui peut donner une certaine solidit&#233; &#224; ces revendications, celle de l'exploitation &#171; de l'homme par l'homme &#187; (dit dans la forme traditionnelle d'&#171; homme &#187; en tant qu'&#234;tre g&#233;n&#233;rique). Aujourd'hui l'&#233;mancipation des femmes n'&#233;vite pas qu'une Condoleezza Rice, une Hilary Clinton, une Margaret Thatcher ou, sur nos terres, une Patricia Bullrich, une Lilita Carri&#243; ou une Cecilia Pando incarnent la forme la plus impitoyable, bien que parfois vaillante, de l'exploitation dans sa forme imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reformatage technologique de la vie quotidienne a facilit&#233; l'inoculation de la terreur dans l'&#233;ternel pr&#233;sent que la temporalit&#233; du r&#233;seau mondial a install&#233;. Dans ce monde d'images qui se succ&#232;dent, o&#249; les mots fonctionnent aussi comme images, le pouvoir m&#233;diatique produit une ins&#233;curit&#233; et une peur de fa&#231;on constante. Il la produit, et ne se limite pas &#224; en informer. Il la produit en informant, et il ne la produit pas al&#233;atoirement comme un effet de propri&#233;t&#233;s technologiques in&#233;dites et autonomes, mais il cherche &#224; la cr&#233;er. Le capitalisme a besoin que cette exp&#233;rience subjective quotidienne de terreur banalis&#233;e s'empare de tous les esprits. Il suffit d'&#233;couter la forme terrifiante dans laquelle tout &#233;v&#233;nement est racont&#233;, depuis les avatars d'une catastrophe naturelle, jusqu'&#224; un vol &#224; main arm&#233;, toujours mis en musique efficacement, pour que nous puissions comprendre de quoi nous parlons. Aujourd'hui, le capitalisme a investi la phrase traditionnelle de Clausewitz : si la guerre &#233;tait comprise comme la poursuite de la politique par d'autres moyens, aujourd'hui c'est la politique qui est devenue la continuit&#233; de la guerre par d'autres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une perspective heideggerienne a vu dans la science, dans ce qu'ils nomment le discours de la science, la raison d'un monde o&#249; domine un &#339;il absolu. C'est une mani&#232;re de penser qui semble supposer que les images qui nous traversent manquent de support. Les discours ainsi con&#231;us seraient des discours sans sujet, sans classes en conflit, et par cette voie on ne remarque pas que l'apparente transparence du monde &#171; hyperbranch&#233; &#187; et &#171; hypervisualis&#233; &#187;, cache les pouvoirs r&#233;els qui commercent avec la mort et avec notre terreur induite, et pour lesquels, m&#234;me l'id&#233;e de nation a perdu toute raison d'&#234;tre, sauf dans les discours de campagne parce que son prestige perdure encore, et ne pas faire r&#233;f&#233;rence &#224; elle a pour cons&#233;quence une perte de vote. Aujourd'hui, les nouvelles technologies, qui ont une place privil&#233;gi&#233; dans les m&#233;dias et dans leurs formes de plus en plus &#171; d&#233;mocratiquement &#187; en expansion, ont r&#233;ussi &#224; faire croire que ce qui est vu est l'unique v&#233;rit&#233;. Des images qui peuvent avoir le format d'un &lt;i&gt;spot&lt;/i&gt; ou d'une br&#232;ve o&#249; sont lues les consignes qui semblent dire tout. Des textes-images qui, dans chaque pixel suppos&#233; imbib&#233; de v&#233;rit&#233;, cachent la v&#233;rit&#233; qui les g&#233;n&#232;re. C'est un monde de lumi&#232;re qui devient aveugle, un monde de transparence o&#249; le vrai pouvoir reste opaque, un monde d'alentours distants et de proximit&#233;s perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde, apprendre &#224; bouger dans le r&#233;seau sans tomber prisonnier de ses r&#233;seaux, est peut-&#234;tre l'un des plus grands d&#233;fis des g&#233;n&#233;rations futures d&#233;j&#224; n&#233;es digitales. Il n'y aura pas d'&#233;mancipation possible pour un &#234;tre humain qui ignore ou nie les fils obscurs qui l'attachent &#224; une in-communication communiqu&#233;e par un &lt;i&gt;WhatsApp&lt;/i&gt; qui impose son propre vertige, ou qui ne s'aper&#231;oit pas que la terreur ne vient pas de celui dont on nous propose de nous pr&#233;occuper, mais de celui qui est dissimul&#233; forgeant les sc&#233;narios terrifiant. Le plus grand d&#233;fi sera, peut-&#234;tre, que ces nouvelles g&#233;n&#233;rations n&#233;es digitales recommencent &#224; transformer les images en textes ; que l'interpr&#233;tation de l'histoire vivante recommence &#224; &#234;tre un fait quotidien pr&#233;pond&#233;rant. Peut-&#234;tre alors, l'&#233;mancipation retrouvera sa r&#233;volutionnaire charge de sens. Pendant ce temps, la vie quotidienne sera r&#233;gie par la dimension de leurre que les images ont l'habitude de porter, et la terreur mise en spectacle continuera de produire des lieux communs structur&#233;s sur la base du d&#233;menti actif des forces r&#233;elles (en chair et en os) qui op&#232;rent souvent, de fa&#231;on conspiratrice mais, toujours, r&#233;gies par l'impitoyable dynamique des int&#233;r&#234;ts d'un syst&#232;me social de production ultra concentr&#233;, qui porte l'assassinat et la terreur dans les entrailles de sa fa&#231;on de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oscar Sotolano*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;https://www.topia.com.ar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;TopiA&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.topia.com.ar/articulos/recuperacion-capacidad-interpretativa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;TopiA&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Buenos Aires, Avril, 2015&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;*Oscar Sotolano&lt;/strong&gt;. Psychanalyste argentin, auteur de &#171; &lt;i&gt;Tiempo de V&#237;speras&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;La memoria de Cyrano&lt;/i&gt; &#187; (nouvelle, editorial Top&#237;a), &#171; &lt;i&gt;Bit&#225;cora de un psicoanalista&lt;/i&gt; &#187; (essai, ed.Top&#237;a), &#171; &lt;i&gt;La intimidad, (Un problema actual del psicoan&#225;lisis)&lt;/i&gt; &#187; (Essai avec d'autres auteurs, Psicolibro Ediciones).&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduit de l'espagnol pour &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-recuperacion-de-la-capacidad-interpretativa-un-desafio-para-la-vida-cotidiana&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;El Correo de la Di&#225;spora&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; par&lt;/strong&gt; : Estelle et Carlos Debiasi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Retrouver-la-capacite-interpretative-Un-defi-pour-la-vie-quotidienne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la Diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 13 d&#233;cembre 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.topia.com.ar/articulos/las-ense&#241;anzas-de-moore-y-los-terrores-de-escud&#233;&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Las ense&#241;anzas de Moore y los terrores de Escud&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;. &lt;strong&gt;Revista Top&#237;a&lt;/strong&gt; N&#186;39, Noviembre de 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
