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	<title>El Correo</title>
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		<title> Une guerre froide au service d'une guerre g&#233;o&#233;conomique</title>
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		<dc:date>2016-08-12T20:05:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alberto Rabilotta *, Michel Agna&#239;eff *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un quart de si&#232;cle pourtant depuis la dissolution de l'Union sovi&#233;tique, la guerre froide ressurgit et repr&#233;sente une menace croissante pour la paix mondiale. La tentative en cours de se servir de l'expansion de l'Organisation du trait&#233; de l'Atlantique Nord (OTAN) pour compl&#233;ter l'encerclement militaire de la Russie et le pivotement des &#201;tats-Unis vers la r&#233;gion Asie-Pacifique pour y pr&#233;server leur statut de ma&#238;tre du jeu, notamment en mer de Chine, sont per&#231;us comme les sources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui, un quart de si&#232;cle pourtant depuis la dissolution de l'Union sovi&#233;tique, la guerre froide ressurgit et repr&#233;sente une menace croissante pour la paix mondiale. La tentative en cours de se servir de l'expansion de l'&lt;i&gt;Organisation du trait&#233; de l'Atlantique Nord&lt;/i&gt; (OTAN) pour compl&#233;ter l'encerclement militaire de la Russie et le pivotement des &#201;tats-Unis vers la r&#233;gion Asie-Pacifique pour y pr&#233;server leur statut de ma&#238;tre du jeu, notamment en mer de Chine, sont per&#231;us comme les sources imm&#233;diates de cette r&#233;surgence d'une guerre froide qu'on pensait disparue &#224; jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun secret n'entoure d'ailleurs la volont&#233; de Washington de faire grimper les tensions. Au fil des jours, les annonces se suivent pour r&#233;affirmer la pr&#233;sence active de l'OTAN en Europe, et en particulier dans les pays limitrophes de la Russie. Cela se traduit par la cr&#233;ation de nouvelles bases militaires, l'installation de syst&#232;mes avanc&#233;s de radars et de missiles de port&#233;e moyenne pouvant &#234;tre &#233;quip&#233;s d'une charge nucl&#233;aire, et le stationnement prochain de bombardiers strat&#233;giques B52 dans les bases a&#233;riennes europ&#233;ennes de l'OTAN. Le tout se d&#233;ploie dans le contexte de man&#339;uvres militaires incessantes. Un bon exemple est fourni, entre autres, par l'exercice Anaconda-16 qui a &#233;t&#233; le plus important d&#233;ploiement de forces &#233;trang&#232;res en Pologne depuis la Seconde Guerre mondiale. Un rythme tout aussi soutenu s'observe &#233;galement dans les vols de reconnaissance &#224; caract&#232;re intrusif et les manifestations ostensibles de la pr&#233;sence des navires de guerre des &#201;-U et de leurs alli&#233;s au large des eaux territoriales russes ou encore en M&#233;diterran&#233;e orientale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;monstrations de force inspir&#233;es par &#171; la strat&#233;gie du bord du gouffre &#187; sont d&#233;peintes toutefois par la presse occidentale cartellis&#233;e comme constituant uniquement une r&#233;ponse &#171; l&#233;gitime &#187; &#224; une menace russe (suppos&#233;e et jamais d&#233;montr&#233;e) contre les pays baltes et la Pologne. La Russie serait l'agresseur et l'OTAN la victime qui tenterait de faire bon c&#339;ur contre mauvaise fortune. Il en va de m&#234;me de la tournure prise par les &#233;v&#233;nements en Ukraine, apr&#232;s le renversement du gouvernement Yanoukovitch, o&#249; absolument tout &#171; rel&#232;verait d'une ing&#233;rence russe intol&#233;rable &#187;. Dans le cas de la Chine, elle juge des situations comme si l'enjeu de la libert&#233; de la navigation se limitait au &#171; droit &#187; des vaisseaux de guerre am&#233;ricains de patrouiller dans les eaux de la zone &#233;conomique exclusive de 200 milles de la Chine, ou encore de &#171; contr&#244;ler &#187; les eaux du d&#233;troit de Malacca qui est une art&#232;re vitale pour l'&#233;conomie chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse occidentale encadre de la sorte les faits et les &#233;v&#233;nements dans une toile de fond o&#249; peu de place est laiss&#233;e &#224; des analyses plus &#233;quilibr&#233;es de situations en voie de devenir rapidement explosives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robinson Pierce, &#171; Russian news may be biased, but so is much western media (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et rel&#232;gue dans le &#171; purgatoire des th&#233;ories du complot &#187; les tentatives de prise de distance critique avec une narration dominante. Cette narration, concoct&#233;e principalement par des bo&#238;tes &#224; penser am&#233;ricaines, est d'ailleurs bien servie par la concentration de la propri&#233;t&#233; des m&#233;dias de masse ; la proximit&#233; des r&#233;dactions avec les gouvernements respectifs, notamment dans la couverture des questions internationales ; la surd&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des sources d'information dites reconnues ; et par l'homog&#233;n&#233;it&#233; mentale des journalistes travaillant dans ces m&#233;dias de masse, des journalistes qui sont eux-m&#234;mes les cibles des strat&#233;gies de persuasion qu'ils relaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les points de vue sur les causes de la r&#233;surgence de la guerre froide varient &#233;videmment beaucoup. Celui des m&#233;dias de masse est le plus souvent simplificateur et moralisateur. Il laisse sous-entendre que la source des tensions serait la persistance d'une sourde lutte entre le mal (autoritarisme et corruption) et le bien (&#233;conomie de march&#233; et libert&#233; d&#233;mocratique). Pour leur part, les points de vue qui se situent &#224; la marge, en nuance ou en opposition &#224; cette narration dominante, tendent surtout &#224; invoquer le &#171; poids dominant &#187; de l'histoire, de la g&#233;ographie ou encore des choix politiques faits sous la pression d'int&#233;r&#234;ts &#233;troits d'ordre &#233;conomique ou financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces facteurs jouent bien entendu dans la situation actuelle. L'explication de la reprise de la guerre froide ne peut pas toutefois se r&#233;duire &#224; la constatation, si juste soit-elle, que la mont&#233;e des tensions sert bien les int&#233;r&#234;ts du complexe militaro-industriel des &#201;tats-Unis, notamment par la restauration d'une &#171; menace russe &#187; plus convaincante qu'une menace terroriste, r&#233;elle, mais restreinte, pour justifier des &#233;normes budgets d'armement. Elle ne peut pas non plus se limiter aux seules consid&#233;rations g&#233;ostrat&#233;giques inspir&#233;es plus ou moins par les th&#233;orisations de g&#233;opoliticiens comme Mahan, Mackinder, Spykman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kennedy Paul, &#171; The pivot of history &#8211; The US needs to blend democratic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part de l'explication est, certes, dans le &#171; probl&#232;me &#187; que pose &#224; la volont&#233; de supr&#233;matie des &#201;tats-Unis la singularit&#233; de la position g&#233;ographique de la Russie, situ&#233;e en plein dans le &#171; heartland &#187; ou pivot g&#233;ographique de l'histoire du monde, la mont&#233;e en puissance de l'Allemagne en Europe et la possibilit&#233; d'un partenariat germano-russe orient&#233; vers l'Eurasie. Le projet chinois des &#171; routes de la soie &#187; ne passe pas non plus inaper&#231;u ces temps-ci &#224; Washington qui y voit le premier pas concret vers la formation d'un bloc sino-eurasien. C'est ce &#171; probl&#232;me &#187; qui a pouss&#233;, dans les ann&#233;es 1990, Zbigniew Brzezinski&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brzezinski Zbigniew, &#171; Le grand &#233;chiquier - L'Am&#233;rique et le reste du monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; pr&#244;ner, au nom de la d&#233;fense de la pr&#233;pond&#233;rance mondiale des &#201;tats-Unis, l'endiguement, d'une part, de toute tentative de la Russie de retrouver son statut de grande puissance et la vassalisation, d'autre part, de l'Europe par le biais de relais politiques et m&#233;diatiques acquis &#224; l'atlantisme dans le continent. Les &#201;tats-Unis se seraient r&#233;serv&#233; ainsi le r&#244;le d'arbitre cl&#233; des relations de pouvoir au sein de l'espace eurasien qui lui avait &#233;t&#233; ouvert par le d&#233;mant&#232;lement de l'Union sovi&#233;tique. Le redressement de la Russie sous Vladimir Poutine, l'affirmation de la puissance chinoise et l'&#233;chec des politiques n&#233;oconservatrices adopt&#233;es apr&#232;s les attentats du 11 septembre 2001 rendront cependant irr&#233;alisable la &#171; &lt;i&gt; doctrine&lt;/i&gt; &#187; Brzezinski.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de tenter de contr&#244;ler le c&#339;ur du continent eurasiatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit grosso modo du territoire de l'empire russe ou de l'URSS, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Les &#201;tats-Unis choisiront plut&#244;t d'asseoir leur supr&#233;matie sur leur position de force dans le syst&#232;me financier international et dans le domaine des nouvelles technologies. Ils miseront principalement sur la conclusion de trait&#233;s commerciaux bilat&#233;raux, o&#249; ils feront jouer &#224; leur avantage l'in&#233;galit&#233; de puissance entre eux et leurs partenaires pour imposer des &#233;l&#233;ments de conditionnalit&#233; politique. Cette approche leur permettra de contrer, ici l&#224;, les tentatives d'int&#233;gration &#233;conomique r&#233;gionale initi&#233;es &#224; leur insu et d'ouvrir la voie &#224; des trait&#233;s interr&#233;gionaux jug&#233;s plus appropri&#233;s pour la poursuite de leurs int&#233;r&#234;ts en mati&#232;re de politique &#233;conomique et ext&#233;rieure. Le r&#244;le d'arbitre des relations de pouvoir &#224; travers le monde que s'attribueront les &#201;tats-Unis deviendra vite indissociable de leur volont&#233; de soumettre les pays signataires de ces trait&#233;s aux int&#233;r&#234;ts d'un syst&#232;me &#233;conomique que ces m&#234;mes &#201;tats-Unis auront inlassablement mis en place dans le monde et dont ils seront les b&#233;n&#233;ficiaires presque exclusifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Van Grunderbeek Pierre, &#171; Obama, Poutine et la g&#233;opolitique. Les dangers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice de l'h&#233;g&#233;monie transitera donc principalement par l'instauration du n&#233;olib&#233;ralisme &#224; travers le monde. La pression imp&#233;rialiste jouera &#224; fond dans la conclusion de ces trait&#233;s commerciaux. Destin&#233;s officiellement &#224; assurer un &#171; bon environnement &#187; pour les affaires dans le cadre du processus d'internationalisation de l'&#233;conomie, ces trait&#233;s serviront avant tout &#224; conforter des m&#233;canismes essentiels de l'ordre imp&#233;rial am&#233;ricain, &#224; savoir la primaut&#233; du syst&#232;me financier am&#233;ricain, le statut de monnaie mondiale du dollar, l'application extraterritoriale des lois am&#233;ricaines, la reproduction des standards am&#233;ricains dans la r&#233;glementation sur la propri&#233;t&#233; intellectuelle et la multiplication de m&#233;canismes priv&#233;s de r&#232;glement des litiges commerciaux qui marginalisent le r&#244;le des gouvernements nationaux dans les orientations &#233;conomiques des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression imp&#233;rialiste jou&#233;e &#224; fond ira jusqu'&#224; la d&#233;stabilisation des &#171; pays r&#233;calcitrants &#187; plus faibles. Celle-ci passera par les voies bien connues maintenant de la remise en question du caract&#232;re d&#233;mocratique des &#233;lections et de la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir en place, du soutien organisationnel et financier de la contestation int&#233;rieure, des accusations de manquements au respect du droit de la personne ou de corruption dans les rouages de l'&#201;tat et des pressions &#233;conomiques de toute sorte. Dans le cas des pays jug&#233;s plus difficilement &#233;branlables, comme la Russie ou la Chine, la strat&#233;gie sera plut&#244;t celle de l'endiguement et de la cr&#233;ation de menaces dans leurs zones frontali&#232;res. On peut penser ici &#224; l'agitation entretenue dans le Caucase, au renversement de gouvernement en Ukraine en 2014 ou encore &#224; l'exploitation du s&#233;paratisme ou&#239;ghour dans le Sin-Kiang&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lin Christina,China, &#171; Central Asian states watch as US legitimizes Al Qaeda (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou &#224; la cr&#233;ation de tensions en mer de Chine du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique latine, terre d'essai des politiques de l'imp&#233;rialisme n&#233;olib&#233;ral, Washington et ses alli&#233;s locaux r&#233;ussiront, en exer&#231;ant leur influence sur le pouvoir judiciaire &#171; ind&#233;pendant &#187; et les m&#233;dias cartellis&#233;s, &#224; renverser des gouvernements (coups d'&#201;tat au Honduras en 2009 et au Paraguay en 2012 et processus politique de destitution de la pr&#233;sidente br&#233;silienne Dilma Rouseff en 2016). Ils pourront aussi paralyser de la m&#234;me mani&#232;re des gouvernements qui cherchaient &#224; renforcer la d&#233;mocratie et la justice sociale (entre autres, l'Argentine, lors de la pr&#233;sidence de Cristina Fern&#225;ndez et le Salvador, lors de celle de Sanchez Cer&#233;n). La subversion ainsi mis en &#339;uvre dans son pays am&#232;nera le politologue argentin Edgardo Mocca &#224; &#233;crire qu'une question de fond est en train de se poser &#171; sur le r&#244;le du pouvoir judiciaire dans la d&#233;mocratie argentine, parce que s'accumulent les &#233;l&#233;ments qui induisent &#224; penser que la corporation judiciaire s'est convertie en un des piliers de la restauration n&#233;olib&#233;rale, sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les cha&#238;nes d'information monopolistiques, dans une distribution int&#233;ressante de r&#244;les : les m&#233;dias construisent la carte des &#171; bons &#187; et des &#171; m&#233;chants &#187; dans la politique argentine et quelques juges traduisent cette cartographie en fautes poursuivables &#187;. Cette critique se retrouvera partag&#233;e &#233;galement par Ra&#250;l Zaffaroni, un ex-juge de la Cour de supr&#234;me de justice de l'Argentine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edgardo Mocca , &#171; La Operaci&#243;n fraude y sus condiciones pol&#237;ticas &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'h&#233;g&#233;monisme des &#201;tats-Unis et le n&#233;olib&#233;ralisme se renforceront mutuellement, en permettant, une fois la menace d'un syst&#232;me socio&#233;conomique alternatif effac&#233;e, de r&#233;tablir le pouvoir et les revenus des monopoles et de la grande entreprise, et par ricochet des oligarchies financi&#232;res et industrielles des pays &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187; (autrement dit la triade constitu&#233;e par les &#201;-U, le Japon et l'Union europ&#233;enne), dont l'influence d&#233;j&#224; d&#233;terminante au sein des syst&#232;mes politiques nationaux cro&#238;tra encore. D'immenses revenus provenant du reste du monde seront drain&#233;s vers ces m&#234;mes pays, et principalement les &#201;tats-Unis, sous la forme de &#171; rente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dum&#233;nil Gerard et L&#233;vy Dominique, L'imp&#233;rialisme &#224; l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale, PDF, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les processus d'internationalisation de l'&#233;conomie et de la transnationalisation des firmes occidentales deviendront ainsi cruciaux pour ces oligarchies qui se rallieront sans r&#233;serve au n&#233;olib&#233;ralisme globalis&#233;. Il s'agira d&#232;s lors pour elles de pr&#233;server &#224; tout prix les int&#233;r&#234;ts de ces firmes (et les leurs) dans la gestion du march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conjugu&#233; au pluriel depuis ses origines, l'imp&#233;rialisme &#233;voluera vers une forme plus collective o&#249; les &#201;tats-Unis agiront comme les d&#233;fenseurs de ces &#171; int&#233;r&#234;ts communs &#187; partag&#233;s avec leurs alli&#233;s subalternes, soit les autres membres du G7&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amin Samir, &#171; Capitalisme transnational ou imp&#233;rialisme collectif &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce dernier sera &#233;rig&#233; en directoire du monde. Dans cet arrangement, les alli&#233;s subalternes accepteront de se contenter d'un partage in&#233;quitable des avantages qui pouvaient en &#234;tre tir&#233;s, leurs oligarchies nationales consid&#233;rant que &#171; les avantages procur&#233;s par la gestion du syst&#232;me mondialis&#233; par les &#201;tats-Unis pour le compte de l'imp&#233;rialisme collectif l'emportaient sur ses inconv&#233;nients&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amin Samir, &#171; G&#233;opolitique de l'imp&#233;rialisme contemporain &#187;, Centre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#234;ve (et le cauchemar) d'un retour &#224; un monde unipolaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'inscrivant d&#233;sormais dans le r&#244;le de gendarme muscl&#233; de cette mondialisation n&#233;olib&#233;rale, Washington s'arrogera le droit d'intervenir un peu partout sur la plan&#232;te, recourant aussi bien &#224; son immense toile de r&#233;seaux d'influence et de relais dans les pays cibles qu'&#224; la force brutale. Le bilan de ces derni&#232;res d&#233;cennies est particuli&#232;rement lourd avec les diverses tentatives de changement de r&#233;gime, les invasions de l'Afghanistan, de l'Irak et de la Libye. Le fait est qu'au cours de la br&#232;ve p&#233;riode d'unipolarit&#233; qui suivra la disparition de l'&#171; ennemi &#187; sovi&#233;tique et de la menace communiste, les &#201;tats-Unis se mettront &#224; consid&#233;rer leur h&#233;g&#233;monie comme un fait irr&#233;versible et que ce point de vue continue de dominer la pens&#233;e politique am&#233;ricaine actuelle. Cet &#233;tat d'esprit se perp&#233;tue nonobstant le changement du rapport des forces dans l'ar&#232;ne &#233;conomique mondiale ; l'&#233;chec patent du n&#233;olib&#233;ralisme dans la r&#233;solution &#224; long terme du probl&#232;me du r&#233;investissement profitable du capital dans l'&#233;conomie r&#233;elle, qui mine les &#233;conomies avanc&#233;es depuis les ann&#233;es 1970 ; et la perte de cr&#233;dibilit&#233; de plus en plus marqu&#233;e des milieux dirigeants aupr&#232;s des populations, comme on peut le constater dans le cas des &#201;tats-Unis, du Royaume-Uni et d'autres pays de la triade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inflexibilit&#233; demeure le mot d'ordre dans la poursuite des politiques imp&#233;rialistes. Elle a deux sources principales. La premi&#232;re est la rigidit&#233; du &#171; nouvel ordre l&#233;gal international &#187; qui s'est implant&#233; au fil des diff&#233;rents accords bilat&#233;raux et multilat&#233;raux sur le commerce, les investissements et la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Ces accords et le &#171; sanctuaire &#187; qu'ils ont cr&#233;&#233; pour les int&#233;r&#234;ts financiers, afin de les prot&#233;ger des d&#233;cisions politiques, ont subordonn&#233; les &#201;tats &#224; ce &#171; nouveau droit &#187;. Dans la vie sociale r&#233;elle, l'effet a &#233;t&#233; de vider la d&#233;mocratie lib&#233;rale et repr&#233;sentative de son contenu, en ne conservant finalement que son aspect formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au capitalisme de l'&#232;re industrielle, qui pour survivre et conserver le pouvoir finissait par accepter de n&#233;gocier des r&#233;formes sociales avec les forces syndicales et politiques, l'actuel syst&#232;me &#233;carte tout changement ou transformation du mod&#232;le &#233;conomique. Il r&#233;v&#232;le ainsi sa nature profond&#233;ment antisociale et commence de ce fait &#224; susciter des inqui&#233;tudes chez des &#233;conomistes de renom et dans des m&#233;dias sp&#233;cialis&#233;s s'adressant aux chefs d'entreprise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roach Stephen, &#171; The Globalization Disconnect &#187;,Project Syndicate ,July (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;troalimentation mutuelle entre gouvernants et gouvern&#233;s est pratiquement au point mort et la propension des gouvernants de se conformer aux dogmes sous-jacents au mod&#232;le &#233;conomique dominant joue nettement au d&#233;triment de la pertinence sociale des politiques adopt&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans le cas des monarchies absolutistes de droit divin, l'espace laiss&#233; &#224; la n&#233;gociation et au donnant-donnant est d&#233;sormais trop r&#233;duit pour permettre que des r&#233;formes favorisant les &#233;conomies et les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles se fassent jour. Et cette impasse se refl&#232;te autant dans la vie politique et sociale des pays du bloc occidental que dans leurs rapports avec les pays per&#231;us comme r&#233;calcitrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde source est l'homog&#233;n&#233;it&#233; mentale des titulaires des emplois sup&#233;rieurs dans les sph&#232;res politiques, &#233;conomiques, m&#233;diatiques et acad&#233;miques. Cette homog&#233;n&#233;isation est le fruit d'un envahissement d&#233;terminant de ces sph&#232;res par les id&#233;es n&#233;olib&#233;rales au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Pendant trop longtemps, les formations re&#231;ues et les crit&#232;res de s&#233;lection ont ainsi jou&#233; &#224; l'avantage d'un type de profil de candidats. Et aujourd'hui, cette homog&#233;n&#233;isation mentale nuit &#224; toute remise en question des fondements du n&#233;olib&#233;ralisme, &#224; l'exploration de solutions de rechange s'&#233;loignant de ces fondements et donc &#224; la souplesse dans la n&#233;gociation tant dans le domaine des relations et des rapports sociaux que celui des rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette inflexibilit&#233;, dans un contexte d'instabilit&#233; h&#233;g&#233;monique croissante, a pour cons&#233;quence des comportements internationaux des &#201;tats-Unis et de leurs alli&#233;s subalternes de plus en plus en porte-&#224;-faux avec la r&#233;alit&#233;. Une des manifestations est la &#171; dysharmonie &#187; qui s'installe dans des parties de leur syst&#232;me d'alliances dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certaine griserie n&#233;e des &#171; vapeurs &#187; de l'unipolarit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une illustration de cet &#233;tat d'esprit se trouve dans les travaux du[[ (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui commenceront d'ailleurs &#224; se dissiper rapidement vers le d&#233;but de 2013, peut expliquer dans une certaine mesure le laxisme des &#201;tats-Unis dans le maintien de la discipline au sein de leurs alli&#233;s. Mais &#224; bien consid&#233;rer les choses, ce laxisme peut aussi s'expliquer par les transformations impos&#233;es par la dualit&#233; &#171; totalitarisme n&#233;olib&#233;ral et h&#233;g&#233;monisme am&#233;ricain &#187; qui peut &#234;tre source de contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense &#224; tout prix de l'unipolarit&#233;, les failles de la discipline dans le camp des alli&#233;s et les comportements tr&#232;s t&#233;m&#233;raires qui en ont d&#233;coul&#233; au Proche-Orient, en Afrique du Nord ou &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la Russie et de la Chine ont permis de cr&#233;er un &#171; chaos bien planifi&#233; et utile &#224; l'imp&#233;rialisme &#187; dans les relations internationales et la gestion &#224; court terme et &#224; courte vue des contradictions politiques, &#233;conomiques et sociales g&#233;n&#233;r&#233;es par le totalitarisme n&#233;olib&#233;ral. Cette gestion est par exemple bien servie par la cr&#233;ation et l'exploitation sans fin de tensions dans le monde qui peuvent &#234;tre vues comme fournissant une soupape externe aux pressions internes sociales. Quant &#224; la logique propre &#224; la dynamique de l'imp&#233;rialisme, le chaos dans lequel s'enfonce par exemple le Moyen-Orient en t&#233;moigne &#233;loquemment. Les invasions de l'Irak et de la Libye, la d&#233;stabilisation de la Syrie, l'ouverture politique &#224; l'endroit de la confr&#233;rie des fr&#232;res musulmans en &#201;gypte et ailleurs, le soutien apport&#233; aux r&#233;gimes confessionnaux et r&#233;trogrades ont pour le moins compliqu&#233; et retard&#233; consid&#233;rablement l'&#233;mergence d'un monde arabe plus stable et plus d&#233;velopp&#233;, autrement dit l'&#233;mergence d'un p&#244;le arabe dans un monde &#233;voluant vers la multipolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est toutefois plus certain en ce moment, et ce, bien au-del&#224; des &#171; avantages tactiques &#187; et des &#171; victoires &#224; la Pyrrhus &#187; gagn&#233;s dans ce chaos, est l'ensemble des risques &#233;normes encourus par la paix r&#233;gionale et mondiale. On peut penser ici aux agissements du pr&#233;sident Erdogan de la Turquie, un pays membre pourtant de l'OTAN, avec son projet de reconstitution de l'Empire ottoman, son appui aux rebelles radicaux en Syrie et sa r&#233;pression sanglante des Kurdes sur le territoire national ; ou encore &#224; la poudri&#232;re cr&#233;&#233;e par le &#171; changement de r&#233;gime &#187; en Ukraine et la formation d'un gouvernement domin&#233; par une alliance entre des oligarques &#224; l'origine des probl&#232;mes du pays, des ultranationalistes et des n&#233;onazis de souche r&#233;cente ou ancienne. Et que dire de la politique suivie par la famille royale de l'Arabie saoudite ? Elle finance le terrorisme et se sert d'un mouvement politico-religieux, le wahhabisme, pour d&#233;stabiliser des soci&#233;t&#233;s qui se veulent moindrement la&#239;ques ; elle provoque ouvertement des conflits, comme en Syrie ou au Y&#233;men, et s'acharne &#224; faire monter les tensions avec l'Iran, quitte &#224; pr&#233;cipiter toute la r&#233;gion dans la guerre. Il en est de m&#234;me d'Isra&#235;l qui est profond&#233;ment engag&#233; dans la confrontation avec l'Iran et qui participe &#224; la d&#233;stabilisation en cours de la r&#233;gion, se payant de surcro&#238;t le luxe d'ignorer des d&#233;cennies de condamnations et de critiques pour ses politiques d'expansion territoriale et de r&#233;pression brutale du peuple palestinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a rien donc de vraiment surprenant dans la mise en garde lanc&#233;e r&#233;cemment par Ted Galen Carpenter, membre important du tr&#232;s conservateur &lt;i&gt;Institut Cato&lt;/i&gt; et collaborateur du &lt;i&gt;National Interest,&lt;/i&gt; selon laquelle &#171; il &#233;tait temps d'&#233;laguer le r&#233;seau d'alliances envahissantes de l'Am&#233;rique &#187;. &#192; son avis, c'&#233;tait une t&#226;che qui n'avait pas &#233;t&#233; remplie par l'OTAN &#224; la fin de la guerre froide et qui &#233;tait devenue d&#233;sormais urgente. Deux types de pays alli&#233;s devaient &#234;tre &#171; &#233;lagu&#233;s &#187; : des alli&#233;s comme les pays baltes, trop petits, sans importance strat&#233;gique sur le plan &#233;conomique pour les &#201;tats-Unis et hypoth&#233;qu&#233;s de surcro&#238;t par de mauvaises relations avec la Russie ; et les alli&#233;s devenus &#171; odieux &#187; &#224; cause de leurs politiques nationales et r&#233;gionales, allant de l'Arabie saoudite &#224; la Turquie, en passant par l'&#201;gypte et Isra&#235;l&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ted Galen Carpenter 10-06-2016 &#171; It's Time to Prune America's Overgrown (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#233;lagage &#187; ne se fait pas cependant et ne se fera pas non plus dans un avenir rapproch&#233;. Bien au contraire, les &#201;tats-Unis continuent par exemple de recruter ou de chercher &#224; recruter dans leur camp le plus grand nombre possible de pays voisins de la Russie, sans tenir compte des intentions politiques cach&#233;es ou non de ces nouveaux alli&#233;s. Et ce, m&#234;me si, en cas d'un grave incident frontalier provoqu&#233; &#224; l'insu de Washington, tout acte de guerre risquait de se transformer en conflagration nucl&#233;aire le temps d'un &#233;clair et tout affrontement r&#233;gional de se muer rapidement en conflit mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux d'un bon nombre d'observateurs, Washington laisse nettement l'impression de ne pas pouvoir ou de ne pas vouloir imposer &#224; ses alli&#233;s la discipline imp&#233;riale dans le d&#233;licat domaine des gestes qui peuvent mener &#224; la guerre. Cette discipline repose depuis des mill&#233;naires sur le principe que les int&#233;r&#234;ts des alli&#233;s et des vassaux devaient se subordonner sans faute &#224; l'int&#233;r&#234;t supr&#234;me de l'empire. M&#234;me si s&#233;duisantes de prime abord, les distinctions entre les diff&#233;rentes formes d'h&#233;g&#233;monisme et d'imp&#233;rialisme ne suffisent pas &#224; expliquer la rupture avec ce principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu de la r&#233;action fortement n&#233;gative d'Isra&#235;l et de l'Arabie saoudite &#224; l'abandon, par l'administration Obama, du pr&#233;sident &#233;gyptien Hosni Moubarak en 2011, il devient difficile d'&#233;carter l'hypoth&#232;se qu'un monde unipolaire convenait finalement &#224; un bon nombre d'alli&#233;s des &#201;tats-Unis. Il leur offrait apr&#232;s tout un cadre qui facilitait la r&#233;alisation de leurs propres ambitions r&#233;gionales. Ces alli&#233;s n'ont donc aucun int&#233;r&#234;t, ni d'ailleurs aucune intention, de laisser aller les avantages que leur g&#233;n&#233;rait l'unipolarit&#233;. Ils continuent donc d'agir t&#233;m&#233;rairement selon un sc&#233;nario d&#233;pass&#233;, en provoquant ou en alimentant des confrontations politiques ou militaires. Un retour &#224; la guerre froide peut donc para&#238;tre avantageux &#224; plusieurs d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un r&#233;cent article intitul&#233; &#171; Des &#201;tats-Unis, toujours plus instables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wallerstein Immanuel, &#171; Des &#201;tats-Unis, toujours plus instables &#187;, M&#233;moires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le sociologue Immanuel Wallerstein s'est pench&#233; sur l'instabilit&#233; qui n'est plus l'apanage des pays dits du &#171; Sud &#187; et qui se propage maintenant aussi dans les sph&#232;res sociale et politique des &#201;tats-Unis. Il y affirme que parall&#232;lement, l'autorit&#233; des &#201;tats-Unis dans le monde n'a fait que d&#233;cliner. &#171; En r&#233;alit&#233; &#187;, &#233;crit-il, &#171; ce pays n'est plus h&#233;g&#233;monique. Les m&#233;contents et leurs candidats l'ont not&#233;, mais estiment ce ph&#233;nom&#232;ne r&#233;versible, ce qu'il n'est pas. Les &#201;tats-Unis sont d&#233;sormais consid&#233;r&#233;s comme un partenaire mondial faible et incertain. On ne parle pas ici seulement du point de vue d'&#201;tats, comme la Russie, la Chine et l'Iran, qui se sont fortement oppos&#233;s par le pass&#233; &#224; la politique am&#233;ricaine. On parle d&#233;sormais d'alli&#233;s suppos&#233;s proches, Isra&#235;l, l'Arabie saoudite, la Grande-Bretagne ou le Canada. Sur une &#233;chelle mondiale, la confiance dans la &#171; fiabilit&#233; &#187; des &#201;tats-Unis sur la sc&#232;ne g&#233;opolitique est pass&#233;e de chiffres proches des 100 % pendant l'&#226;ge d'or &#224; des niveaux bien plus bas. Cette tendance se confirme de jour en jour &#187;. Le jugement s&#233;v&#232;re port&#233; par Wallerstein semble bien confirm&#233; par les faits, avec les virages et changements de la politique ext&#233;rieure de la Turquie apr&#232;s l'&#233;trange tentative de coup d'&#201;tat du 19 juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;gradation n'a pas &#233;chapp&#233; au diplomate f&#233;ru de l'histoire qu'est le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de la Russie, Serguei Lavrov. Se r&#233;f&#233;rant aux changements importants en cours sur la sc&#232;ne internationale, il a rappel&#233;, le 1er juin dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tass : &#171; Lavrov says Europe is turning into a region that radiates instability &#187;&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que de nouveaux centres de d&#233;veloppement &#233;conomique et d'influence &#233;taient en voie d'&#233;merger et de se renforcer, notamment dans la r&#233;gion Asie-Pacifique, et a soulign&#233; le ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire que repr&#233;sentait la transformation de l'Europe &#171; en une r&#233;gion qui n'irradie plus le bien-&#234;tre traditionnel, mais l'instabilit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'irradiation &#187; de l'instabilit&#233; &#224; partir de l'Europe est g&#233;n&#233;r&#233;e sans doute par les effets pervers du mod&#232;le socio&#233;conomique et politique de l'Union europ&#233;enne (UE) et par l'incapacit&#233; des acteurs principaux de cette union, en particulier l'Allemagne et la France, de s'opposer aux politiques t&#233;m&#233;raires de Washington. &#192; cela s'ajoute cependant aussi le refus de commencer &#224; accepter que l'h&#233;g&#233;monie n&#233;olib&#233;rale et l'unipolarit&#233; soient maintenant chose du pass&#233; et que le monde soit d&#233;sormais engag&#233; dans une transition qui peut devenir une p&#233;riode d'incubation de la multipolarit&#233;, ou du polycentrisme comme disent les Russes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Guerre froide et guerre psychologique pour livrer la bataille g&#233;o&#233;conomique ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente &#171; suspendue &#187; du Br&#233;sil, Dilma Rousseff, d&#233;clarait r&#233;cemment que l'&#233;mergence du groupe des BRICS (le Br&#233;sil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) avait &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement sans pr&#233;c&#233;dent dans les affaires internationales, de l'importance d'un apog&#233;e du point de vue des processus multilat&#233;raux et de la construction d'un monde multipolaire. Pensant probablement aux pays de la triade, elle a ajout&#233; aussi ces mots : &#171; nous savons que cela a fait peur &#224; quelques pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Brazil's former president says emergence of BRICS frightened some states &#187;&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme Wallerstein le souligne, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'est d&#233;j&#224; plus dominant, alors le combat &#224; &#171; la vie et &#224; la mort &#187; contre toute solution de rechange socio&#233;conomique au projet n&#233;olib&#233;ral nous permet de comprendre &#171; l'urgence &#187; mise par Washington et ses alli&#233;s de l'OTAN d'abord dans la cr&#233;ation d'un spectre, celui d'un &#171; ennemi commun strat&#233;gique &#187; ; ensuite dans le d&#233;cha&#238;nement d'une &#171; guerre froide &#187;, assimilable &#224; une &#171; marche forc&#233;e &#187; politique et id&#233;ologique, en vue de contraindre le &#171; monde occidental &#187; &#224; la coh&#233;sion ; et enfin dans la fabrication de &#171; justifications &#187; pour le matraquage id&#233;ologique, la r&#233;pression polici&#232;re, l'intervention directe ou l'ing&#233;rence et la subversion, dans le but d'&#233;radiquer toute solution de rechange socio&#233;conomique &#8212; qu'elle soit nationale, r&#233;gionale ou internationale, capitaliste ou non &#8212; qui r&#233;pondrait aux besoins sociaux et &#233;conomiques l&#233;gitimes des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cubain Fabi&#225;n Escalante Font&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabi&#225;n Escalante Font, &#171; La guerra sicol&#243;gica y la lucha ideol&#243;gica &#187;&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous fournit une bonne piste pour comprendre cette r&#233;alit&#233; complexe quand il fait remarquer que le concept de &#171; guerre psychologique &#187; a commenc&#233; &#224; se former aux &#201;tats-Unis &#224; la fin des ann&#233;es 1940, avec le d&#233;but de ce qui sera appel&#233; un peu plus tard la &#171; guerre froide &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment en 1951 que ce concept va figurer pour la premi&#232;re fois dans le dictionnaire de l'arm&#233;e am&#233;ricaine sous la d&#233;finition suivante : &#171; La guerre psychologique, c'est l'ensemble des actions entreprises par une ou plusieurs nations &#224; l'aide de la propagande et d'autres moyens d'information, orient&#233;s vers des groupes ennemis, neutres ou amis de la population, pour influencer leurs id&#233;es, sentiments, opinions et comportements, de sorte qu'ils soutiennent la politique et les objectifs de la nation ou d'un groupe de nations auxquelles sert cette guerre psychologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela devient encore plus compr&#233;hensible si nous y int&#233;grons le concept qui est de plus en plus &#224; la mode, et qui est en fait une resuc&#233;e d'une vieille pratique de Washington : &#171; faire la guerre par d'autres moyens &#187;. C'est d'ailleurs &#224; peu pr&#232;s le titre (&lt;i&gt;La guerre par d'autres moyens&lt;/i&gt;) d'un livre r&#233;cent de R.D. Blackwill et J.M. Harris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CFR http://www.cfr.org/diplomacy-and-st.... Durant les deux mandats de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, deux piliers importants du courant n&#233;oconservateur. L'ouvrage a fait l'objet d'&#233;loges dans la revue du &lt;i&gt;Council of Foreign Relations&lt;/i&gt; (CFR), grand creuset des politiques imp&#233;rialistes, s'il en est un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CFR s'empresse d'y souligner en premier lieu que l'exp&#233;rience combin&#233;e des deux auteurs en mati&#232;re de politique internationale, acquise dans les administrations r&#233;publicaines et d&#233;mocrates, les autorise &#171; &#224; demander au gouvernement des &#201;tats-Unis de porter au comportement g&#233;o&#233;conomique &#187; un int&#233;r&#234;t &#233;gal &#224; celui accord&#233; &#224; la coop&#233;ration en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; dans les relations avec les pays alli&#233;s et partenaires, et d'utiliser, par exemple le fait que les &#201;tats-Unis soient une &#171; superpuissance &#233;nerg&#233;tique &#187; pour venir en aide &#224; des alli&#233;s, comme la Pologne et l'Ukraine, et pour veiller &#224; ce que l'Accord de partenariat transpacifique (TPP) et le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TIIP) &#171; servent &#224; &#233;quilibrer les politiques g&#233;o&#233;conomiques de la Chine et de la Russie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, Julian Snelder adopte un ton plus d&#233;tach&#233; dans son compte rendu du livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julian Snelder, &#171; War by other means &#187;&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il constate que le propos de Blackwill et Harris n'est pas tant de demander aux EU d'abandonner leur r&#244;le mondial que de les inciter &#224; le jouer &#171; dans une strat&#233;gie qui maximise les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains par le commerce, les finances et les investissements &#187;. Il rapporte &#224; ce sujet quelques citations qui sont int&#233;ressantes, m&#234;me si elles n'apprennent rien de vraiment nouveau, comme &#171; la course au leadership en Asie se dispute fondamentalement dans le domaine &#233;conomique &#187;, ou encore &#171; Washington porte encore trop rapidement la main &#224; son pistolet au lieu de son portefeuille, dans la r&#233;solution des probl&#232;mes ext&#233;rieurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Snelder fait noter &#233;galement le lien entre le titre ou le contenu du livre et les th&#232;ses d'Edward Luttwak, faucon bien connu, qui peuvent se r&#233;sumer, entre autres, dans sa paraphrase de Clausewitz, o&#249; il affirme que la g&#233;o&#233;conomie est &#171; la continuation des anciennes rivalit&#233;s entre des nations par des moyens industriels &#187;. Snelder fait remarquer aussi que les adversaires identifi&#233;s dans cette confrontation g&#233;o&#233;conomique sont la Chine, la Russie et d'autres &#201;tats capitalistes, dans lesquels les gouvernements nationaux sont les principaux acteurs dans le champ des affaires. Il souligne &#224; ce sujet que Blackwill et Harris estiment que les banques de d&#233;veloppement de la Chine (CDB) et du Br&#233;sil (BNDES) permettent &#171; de faire de la diplomatie avec un capital d'une &#233;chelle en grande partie in&#233;gal&#233;e &#224; l'Ouest. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'argument que le commerce, les finances et les investissements devraient servir d'armes, et qu'&#224; ce chapitre les &#201;-U auraient manqu&#233; de vigilance, Snelder r&#233;plique que &#171; Cuba et l'Iran sont probablement un d&#233;saccord (avec cet argument). Les sanctions sont parmi les outils g&#233;o&#233;conomiques les plus puissants utilis&#233;s par les EU, avec des effets d&#233;vastateurs &#187;, et il ajoute que m&#234;me les auteurs de &lt;i&gt;War by Other Means&lt;/i&gt; mentionnent que les &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; le pays qui a le plus recouru aux sanctions, &#224; quelque 120 occasions en r&#233;alit&#233; au cours du si&#232;cle pass&#233;. En remontant un peu le fil de l'histoire, Snelder aurait pu penser aussi au trait&#233; de Versailles (1919) et &#224; l'hostilit&#233; profonde affich&#233;e &#224; l'encontre de l'URSS (et des autres pays socialistes par la suite) qui s'est concr&#233;tis&#233;e fondamentalement sur les terrains &#233;conomique, commercial et technologique. L'intention &#233;tait d'emp&#234;cher un d&#233;veloppement &#233;conomique harmonieux de ces pays en bloquant leur int&#233;gration au commerce international. Cette approche est toujours l&#224;. La politique de la canonni&#232;re de l'Empire britannique ne fait que se poursuivre sous une forme plus sophistiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comme autrefois l'imp&#233;rialisme capitaliste est la question centrale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation pour la paix s'impose plus que jamais. Un nombre toujours croissant de militants politiques et sociaux d'Europe, des &#201;tats-Unis et d'ailleurs concentre ses efforts dans ce sens. Ces militants proviennent d'horizons diff&#233;rents, mais ils ont en commun le fait d'avoir pris acte des ravages pass&#233;s et pr&#233;sents du lib&#233;ralisme &#233;conomique sans frein. Ils savent que ce lib&#233;ralisme &#233;conomique, au fil de ses diff&#233;rentes phases &#224; partir du XIXe si&#232;cle, a toujours conduit &#224; des conqu&#234;tes imp&#233;rialistes et &#224; la rapine coloniale au Sud, et &#224; leur contrepartie au Nord qui est l'implantation d'un syst&#232;me rentier et parasitaire destructeur de la soci&#233;t&#233;. Ils savent aussi que ce lib&#233;ralisme &#233;conomique d&#233;brid&#233; a &#233;t&#233; &#224; l'origine de conflits en Europe et de deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945). Et la r&#233;alit&#233; quotidienne aidant, ils ont conscience d'autant plus que le lib&#233;ralisme &#233;conomique sans retenue ne peut aller qu'en approfondissant une fracture sociale d&#233;j&#224; b&#233;ante dans tous les pays du monde et mener ainsi in&#233;luctablement &#224; une forme nouvelle de f&#233;odalisme, telle que d&#233;crite notamment dans les travaux de Michael Hudson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les politiques provocatrices des &#201;tats-Unis et de l'OTAN, et les positions insens&#233;es adopt&#233;es par les dirigeants de certains pays alli&#233;s d'Europe et du Moyen-Orient peuvent facilement acculer l'humanit&#233; au bord de l'ab&#238;me d'une nouvelle guerre mondiale, cette fois avec des armes nucl&#233;aires. Selon un t&#233;moin de poids de la guerre froide, le g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite George Lee Butler, ancien commandant des forces strat&#233;giques des &#201;tats-Unis de 1991 a 1994, le recours &#224; ce type de comportement dans les relations internationales n'a pas de justification militaire ou politique, parce que la guerre nucl&#233;aire en gros, celle du type que lui et ses coll&#232;gues anticipaient, planifiaient et simulaient dans des exercices, &#171; rendrait impossible la vie telle que nous la connaissons, des milliers de millions d'&#234;tres humains, d'animaux, tout le vivant en fait, p&#233;riraient dans des conditions d'extinction pires que celles imagin&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ex-g&#233;n&#233;ral Butler, qui a &#233;t&#233; commandant de la Force a&#233;rienne strat&#233;gique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'anti-imp&#233;rialisme est redevenu la question centrale dans la lutte contre le capitalisme r&#233;ellement existant et les oligarchies nationales mondialis&#233;es et mondialistes, et ce, pour la survie des soci&#233;t&#233;s et l'&#233;quilibre &#233;cologique de la plan&#232;te. Nous reviendrons sur l'imp&#233;rialisme et le capitalisme global dans des articles qui suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alberto Rabilotta*&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Michel Agna&#239;eff*&lt;/strong&gt; pour &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/Une-guerre-froide-au-service-d-une-guerre-geoeconomique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 12 ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robinson Pierce, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/commentisfree/2016/aug/02/russian-propaganda-western-media-manipulation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Russian news may be biased, but so is much western media&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187; The Guardian , UK, August 3, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kennedy Paul, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/world/2004/jun/19/usa.comment&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The pivot of history &#8211; The US needs to blend democratic ideals with geopolitical wisdom&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187; The Guardian, UK, June 19, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Brzezinski Zbigniew, &#171; Le grand &#233;chiquier - L'Am&#233;rique et le reste du monde &#187;, Bayard, Paris, 1997&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit grosso modo du territoire de l'empire russe ou de l'URSS, &#224; l'exception de son extr&#233;mit&#233; orientale (la fa&#231;ade maritime sur le Pacifique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Van Grunderbeek Pierre, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.mondialisation.ca/obama-poutine-et-la-geopolitique-les-dangers-dune-guerre-mondiale-nucleaire/5378764&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Obama, Poutine et la g&#233;opolitique. Les dangers d'une guerre mondiale&#8230;nucl&#233;aire ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mondialisation.ca, 22 avril 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lin Christina,China, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://atimes.com/2016/08/china-central-asian-states-watch-as-us-legitimizes-al-qaeda-in-syria/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Central Asian states watch as US legitimizes Al Qaeda in Syria&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, Asia Times , August 7, 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edgardo Mocca , &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-282082-2015-09-20.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Operaci&#243;n fraude y sus condiciones pol&#237;ticas&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, P&#225;gina/12, 20 septiembre 2015 ; Ra&#250;l Zaffaroni : &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-297705-2016-04-24.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pagina12.com.ar/diario/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dum&#233;nil Gerard et L&#233;vy Dominique, L'imp&#233;rialisme &#224; l'&#232;re n&#233;olib&#233;rale, PDF, &lt;a href=&#034;http://www.oid-ido.org/IMG/pdf/libimp-1.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.oid-ido.org/IMG/pdf/libi...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amin Samir, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.pambazuka.org/fr/global-south/capitalisme-transnational-ou-imp%C3%A9rialisme-collectif&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Capitalisme transnational ou imp&#233;rialisme collectif&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Pambazuka News , 22 janvier 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amin Samir, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.mondialisation.ca/g-opolitique-de-l-imp-rialisme-contemporain/1194&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;G&#233;opolitique de l'imp&#233;rialisme contemporain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Centre de recherche sur la mondialisation, 12 novembre 2003 et 6 novembre 2005,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roach Stephen, &#171; &lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/commentary/find-solutions-for-free-trade-backlash-by-stephen-s--roach-2016-07&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Globalization Disconnect&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;,Project Syndicate ,July 25, 2016 ;&lt;br class='autobr' /&gt; Stiglitz Joseph, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/commentary/globalization-new-discontents-by-joseph-e--stiglitz-2016-08&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Globalization and its new discontents&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, Project Syndicate, August 5, 2016 &lt;br class='autobr' /&gt;
Bloomberg : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bloomberg.com/politics/articles/2016-07-18/a-globe-trotting-billionaire-defends-trump-s-trade-policy&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Globe-Trotting Billionaire Defends Trump's Trade Policy&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
Harvard, &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://hbr.org/2016/06/business-leaders-have-abandoned-the-middle-class&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Business Leaders Have Abandoned the Middle Class&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une illustration de cet &#233;tat d'esprit se trouve dans les travaux du[[ &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://web.archive.org/web/20130609154959/http://www.newamericancentury.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Project for the New American Century&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ted Galen Carpenter 10-06-2016 &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://nationalinterest.org/blog/the-skeptics/its-time-prune-americas-overgrown-alliance-network-16544?page=2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;It's Time to Prune America's Overgrown Alliance Network &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wallerstein Immanuel, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.medelu.org/Des-Etats-Unis-toujours-plus&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des &#201;tats-Unis, toujours plus instables&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, M&#233;moires des luttes , Commentaire no 426, 1er juin 2016, &lt;a href=&#034;http://www.medelu.org/Des-Etats-Unis-toujours-plus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.medelu.org/Des-Etats-Unis-toujours-plus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tass : &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://tass.ru/en/politics/879422&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lavrov says Europe is turning into a region that radiates instability&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://tass.ru/en/world/881167&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Brazil's former president says emergence of BRICS frightened some states&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fabi&#225;n Escalante Font, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://lapupilainsomne.wordpress.com/2016/06/06/la-guerra-sicologica-y-la-lucha-ideologica-por-fabian-escalante-font&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La guerra sicol&#243;gica y la lucha ideol&#243;gica&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CFR &lt;a href=&#034;http://www.cfr.org/diplomacy-and-statecraft/war-other-means/p37532&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.cfr.org/diplomacy-and-st...&lt;/a&gt;. Durant les deux mandats de George W. Bush, R. D. Blackwill a &#233;t&#233; successivement assistant du pr&#233;sident national du Conseil de s&#233;curit&#233; pour la planification strat&#233;gique, envoy&#233; pr&#233;sidentiel en Irak et l'ambassadeur en Inde (2001-2003) ; J. M. Harris a fait partie de l'&#233;quipe de planification des politiques du D&#233;partement d'&#201;tat, sous Barack Obama, et fut &#171; l'architecte &#187; du programme &#233;conomique de Hillary Clinton, secr&#233;taire d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julian Snelder, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lowyinterpreter.org/post/2016/06/09/Book-review-War-by-Other-Means.aspx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;War by other means&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ex-g&#233;n&#233;ral Butler, qui a &#233;t&#233; commandant de la Force a&#233;rienne strat&#233;gique (1991-1992) et du Strategic Command (1992-1994), pr&#233;conise l'abolition des armes nucl&#233;aires. Son livre le plus r&#233;cent, publi&#233; en septembre 2015, est intitul&#233; &#171; Uncommon Cause - Volume I : A Life at Odds with Convention - The Formative Years &#187;. On peut consulter certains de ses &#233;crits et des entrevues qu'il a accord&#233;es sur le site &lt;a href=&#034;https://www.wagingpeace.org/tag/lee-butler/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.wagingpeace.org/tag/lee...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alberto Rabilotta&lt;/strong&gt;. Journaliste argentino-canadien depuis 1967. Au Mexique pour la &#171; &lt;i&gt;Milenio Diario de Mexico&lt;/i&gt; &#187; Correspondant de Prensa Latina au Canada (1974). Directeur de Prensa Latina Canada, pour l'Am&#233;rique du Nord (1975-1986) Mexique, USA, Canada. Correspondant de l'Agence de Services Sp&#233;ciaux d'Information, ALASEI, (1987-1990). Correspondant de l'&lt;i&gt;Agencia de Noticias de M&#233;xico&lt;/i&gt;, NOTIMEX au Canada (1990-2009. Editorialiste sous de pseudonymes -Rodolfo Ara et Rocco Marotta- pour &#171; &lt;i&gt;Milenio Diario de Mexico&lt;/i&gt; &#187; (2000-2010, Collaborateur d'ALAI, PL, El Correo, El Independiente et d'autres m&#233;dias depuis 2009.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;* Michel Agna&#239;eff&lt;/strong&gt; est un ancien dirigeant syndical qu&#233;b&#233;cois et un ex-pr&#233;sident de la Commission canadienne pour l'UNESCO&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> L'emploi, impasse &#233;conomique et ab&#238;me socialQuel avenir pour le travail ?</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/L-emploi-impasse-economique-et-abime-socialQuel-avenir-pour-le-travail</link>
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		<dc:date>2016-02-14T18:34:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alberto Rabilotta *, Michel Agna&#239;eff *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si quelque chose d&#233;finit bien la dislocation sociale en cours, c'est l'incertitude autour du travail-emploi. La d&#233;connexion radicale et rapide de l'&#233;conomie par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, provoqu&#233;e par les politiques n&#233;olib&#233;rales, a transform&#233; l'enjeu du ch&#244;mage massif et de la pr&#233;carisation de l'emploi en un enjeu de survie pour la soci&#233;t&#233; actuelle, et en d&#233;fi fondamental pour la soci&#233;t&#233; qu'il faudra cr&#233;er dans l'avenir. &lt;br class='autobr' /&gt; En 1900, un peu moins de la moiti&#233; de la population active des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si quelque chose d&#233;finit bien la dislocation sociale en cours, c'est l'incertitude autour du travail-emploi. La d&#233;connexion radicale et rapide de l'&#233;conomie par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, provoqu&#233;e par les politiques n&#233;olib&#233;rales, a transform&#233; l'enjeu du ch&#244;mage massif et de la pr&#233;carisation de l'emploi en un enjeu de survie pour la soci&#233;t&#233; actuelle, et en d&#233;fi fondamental pour la soci&#233;t&#233; qu'il faudra cr&#233;er dans l'avenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1900, un peu moins de la moiti&#233; de la population active des &#201;tats-Unis travaillait dans l'agriculture. En 2000, on n'y retrouvait plus que 1,9 %&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carolyn Dimitri, Anne Effland, and Neilson Conklin, &#171; The 20th century (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique, en France, le nombre d'agriculteurs a &#233;t&#233; divis&#233; par dix au cours de la m&#234;me p&#233;riode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Alix Jodier, &#171; Panorama de l'agriculture &#8211; Population agricole &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'acc&#233;l&#233;ration des progr&#232;s techniques dans tous les domaines pertinents avait rendu possible cette &#233;volution, tout en permettant &#224; un secteur de l'alimentation et de l'agriculture profond&#233;ment transform&#233; de continuer &#224; jouer un r&#244;le important dans l'&#233;conomie. Il &#233;tait devenu possible de produire de plus en plus de denr&#233;es avec de moins en moins de main-d'&#339;uvre. Il s'ensuivit un exode forc&#233; de travailleurs de l'agriculture vers le refuge offert par d'autres secteurs de l'&#233;conomie o&#249; les besoins de nouveaux bras allaient croissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exode comparable peut se produire au cours des vingt ou trente prochaines ann&#233;es, mais cette fois sans grand sanctuaire d'emplois &#224; l'horizon. Au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, le secteur des services a servi de principal refuge aux travailleurs chass&#233;s des emplois industriels par les diff&#233;rentes vagues de progr&#232;s technique qui se sont succ&#233;d&#233; de plus en plus rapidement, avec les perc&#233;es en &#233;lectronique, informatique et t&#233;l&#233;communications. Or, la capacit&#233; du secteur des services de compenser les pertes d'emplois subies ailleurs va en se r&#233;duisant, car il est &#224; son tour en voie de se transformer profond&#233;ment. La prochaine vague risque d'&#234;tre meurtri&#232;re au chapitre des emplois dans ce domaine, comme d'ailleurs dans d'autres domaines moins touch&#233;s jusqu'ici. Fait aggravant, l'&#233;conomie mondiale ne cr&#233;e plus suffisamment d'emplois. D'apr&#232;s l'OIT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Emploi et questions sociales dans le monde &#8211; Des modalit&#233;s d'emploi en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le ch&#244;mage frappait 201 millions de personnes dans le monde en 2014, soit 30 millions de plus qu'avant la crise de 2008. Les effets sur l'emploi des nouvelles transformations impuls&#233;es par le progr&#232;s technologique viendront donc alourdir davantage un ch&#244;mage d&#233;j&#224; massif. Autre fait aggravant, le m&#234;me rapport note une dissociation croissante entre les revenus du travail et la productivit&#233;, cette derni&#232;re augmentant plus vite que les salaires, et en constate les r&#233;percussions n&#233;gatives sur la consommation, l'investissement et les recettes publics.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Progr&#232;s technologique et progression du ch&#244;mage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le progr&#232;s technique permet de mettre au point des formes d'automatisation logicielles et robotiques qui imitent certaines dimensions de l'intelligence humaine. Ces machines sont capables d'assurer de fa&#231;on croissante non seulement des t&#226;ches fortement routini&#232;res, comme ce fut le cas dans le pass&#233;, mais &#233;galement des t&#226;ches exigeant des interactions avec des usagers ou des clients. Cela ne s'arr&#234;te pas l&#224; cependant. Jean-Yves Geoffard de l'&#201;cole d'&#233;conomie de Paris souligne que &#171; le p&#233;ril p&#232;se aussi sur de nombreuses activit&#233;s intellectuelles, li&#233;es au traitement et &#224; la synth&#232;se de l'information, qui peuvent &#234;tre confi&#233;es &#224; des machines apprenantes, manipulant des quantit&#233;s infiniment plus grandes de donn&#233;es que le cerveau humain ne peut en appr&#233;hender&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Yves Geoffard, &#171; Former demain aux emplois d'apr&#232;s-demain &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est donc toute la galaxie des emplois des secteurs des services, de l'administration et du savoir qui se retrouvera boulevers&#233;e par le progr&#232;s technique, et ce, quelles que soient les connaissances ou habilet&#233;s exig&#233;es par les diff&#233;rentes occupations. En effet, la capacit&#233; des machines de traiter des masses de donn&#233;es peu structur&#233;es, d'interpr&#233;ter le discours humain et de comprendre les actions et les commandes humaines va d&#233;j&#224; en augmentant. Capables d'&#233;voluer par l'apprentissage automatique, ces machines pourront remplir un nombre croissant de t&#226;ches assur&#233;es actuellement par des enseignants, des ing&#233;nieurs, des avocats, des professionnels de la sant&#233;, des sp&#233;cialistes de la finance, des administrateurs ou des cadres d'entreprises ou de services publics&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Manyika, M. Chui, J. Bughin&#233;, R. Dobbs, P. Bisson, A. Marrs, &#171; Disruptive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouleversement ne sera pas cependant seulement le fruit de nouvelles perc&#233;es scientifiques ou technologiques, m&#234;me si ces derni&#232;res ne sont pas &#224; minimiser compte tenu du rythme actuel des innovations. D'apr&#232;s un rapport produit par le McKinsey Global Institute&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, douze technologies d&#233;j&#224; existantes vont profond&#233;ment &#233;branler les fondements du march&#233; du travail mondial. Certaines sont bien connues d&#233;j&#224; et d'autres moins. Il s'agit de l'internet nomade ou sans fil, de l'automatisation du travail intellectuel, de l'internet des objets, de l'informatique en nuage ou nuagique, de la robotique avanc&#233;e, des v&#233;hicules semi-autonomes ou autonomes, de la g&#233;nomique de prochaine g&#233;n&#233;ration, du stockage d'&#233;nergie, de l'impression 3D ou tridimensionnelle, des mat&#233;riaux avanc&#233;s, de l'exploration et de la r&#233;cup&#233;ration avanc&#233;e du p&#233;trole et du gaz, de l'&#233;nergie renouvelable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre &#233;tude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Benedikt Frey and Michael Osborn, &#171; The Future of Employment : How (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sur le risque de l'automatisation des emplois, men&#233;e cette fois &#224; l'Universit&#233; d'Oxford, indique que l'informatisation affectera pr&#232;s de 47 % des emplois existants aux &#201;tats-Unis au cours des deux prochaines d&#233;cennies. Les auteurs de l'&#233;tude ont analys&#233; 702 types d'occupations ou m&#233;tiers, sous l'angle des t&#226;ches effectu&#233;es et des habilet&#233;s exig&#233;es et en comparant ces derni&#232;res aux capacit&#233;s actuelles et anticip&#233;es des moyens informatiques. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;sultats, ces occupations ont &#233;t&#233; ensuite class&#233;es selon le degr&#233; de probabilit&#233; de leur automatisation, permettant ainsi d'estimer leur vuln&#233;rabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tude sugg&#232;re que deux nouvelles vagues d'automatisation se succ&#233;deront. Au cours des deux prochaines d&#233;cennies, la premi&#232;re vague mettra &#224; haut risque surtout des emplois dans le transport, les activit&#233;s logistiques et les t&#226;ches de soutien administratif. Elle accro&#238;tra aussi la vuln&#233;rabilit&#233; des emplois dans le secteur des services. Il s'agira, entre autres, d'occupations comme chauffeur de taxi, pr&#233;pos&#233; de comptoir, auxiliaire juridique, bibliotechnicien, t&#233;l&#233;vendeur ou assureur. Par contre, la seconde vague ne se produira qu'une fois r&#233;solues les difficult&#233;s que pose actuellement l'imitation informatique de la perception humaine, de la cr&#233;ativit&#233; et de l'intelligence sociale. Au fur et &#224; mesure cependant que le recours au &#171; m&#226;chonnement &#187; des m&#233;gadonn&#233;es permettra de surmonter ces difficult&#233;s, les emplois exigeant jugement, savoir, cr&#233;ativit&#233; et entregent seront touch&#233;s &#224; leur tour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carl Benedikt Frey and Michael Osborn, &#171; The Future of Employment : How (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auteurs de cette &#233;tude se montrent n&#233;anmoins prudents et ne chiffrent pas le nombre d'emplois susceptibles d'&#234;tre touch&#233;s ainsi. En revanche, ceux du rapport du McKinsey Global Institute avancent que des algorithmes sophistiqu&#233;s pourraient se substituer &#224; entre 120 &#224; 140 millions de travailleurs du domaine du savoir dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, comme de tout temps, la technologie va continuer de progresser et de nouvelles perc&#233;es vont acc&#233;l&#233;rer le rythme des innovations. Les t&#226;ches qui pourront s'ex&#233;cuter plus rapidement et &#224; moindre co&#251;t par des machines le seront immanquablement. Un tel processus pourrait aussi inclure certains aspects des t&#226;ches dites cr&#233;atives. L'automatisation ne touchera pas que les emplois moins qualifi&#233;s, sachant toutefois que &#171; le travail humain devrait avoir encore longtemps un avantage comparatif dans les t&#226;ches qui requi&#232;rent des formes de manipulation et perception complexes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fixation sur l'&#233;conomie et d&#233;ni de la soci&#233;t&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans la pens&#233;e &#233;conomique dominante, la th&#232;se est que l'automatisation &#233;liminera simplement des cat&#233;gories d'emplois devenues obsol&#232;tes et les remplacera par de nouvelles, contribuant m&#234;me &#224; accro&#238;tre le nombre d'emplois. Avec l'ensemble des autres nouvelles technologies, l'automatisation facilitera de nouvelles d&#233;couvertes qui permettront la conception de nouveaux produits et en cons&#233;quence la cr&#233;ation de nouveaux emplois. En outre, l'automatisation poussera les travailleurs moins qualifi&#233;s &#224; grimper dans l'&#233;chelle de la qualification pour pouvoir occuper ces nouveaux emplois. Dans un tel contexte, l'enjeu sera principalement la formation. Il s'agira simplement, selon cette pens&#233;e, d'une &#233;volution semblable &#224; celle qui s'&#233;tait produite lors de la g&#233;n&#233;ralisation de l'emploi des machines industrielles dans les usines dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Rappelons qu'en effet cette g&#233;n&#233;ralisation avait contribu&#233; alors &#224; la croissance des emplois et &#224; la cr&#233;ation de nouvelles cat&#233;gories de travail plus int&#233;ressantes et mieux r&#233;mun&#233;r&#233;es, participant ainsi &#224; l'affirmation graduelle d'une citoyennet&#233; au travail, d'une citoyennet&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De fa&#231;on similaire, les logiciels, les algorithmes, les robots et autres applications cybern&#233;tiques inscriront les &#234;tres humains, toujours selon la pens&#233;e dominante, dans un nouveau cercle vertueux du d&#233;veloppement, notamment en les propulsant vers des t&#226;ches de haute valeur croissante. &#192; la limite, ces t&#226;ches de valeur croissante leur permettront de mieux affirmer leur dimension humaine, en att&#233;nuant la p&#233;nibilit&#233; du travail et en lib&#233;rant les talents selon les potentiels individuels. Dans la foul&#233;e de Schumpeter, l'automatisation n'est finalement abord&#233;e que comme un simple &#233;pisode de la destruction cr&#233;atrice &#224; l'&#339;uvre. Et ses cons&#233;quences sociales sont trait&#233;es comme allant de soi et se retrouvent de la sorte banalis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le pass&#233; peut &#234;tre utile pour pr&#233;dire l'avenir, il n'en est toutefois nullement garant. Peut-on vraiment pr&#233;tendre que cet &#226;ge de la machine intelligente est encore comparable &#224; celui inaugur&#233; par la machine &#224; vapeur ? Prend-on suffisamment en compte les sp&#233;cificit&#233;s de la mutation &#233;conomique et sociale que la g&#233;n&#233;ralisation de l'automatisation est en train de provoquer ? Plus pr&#233;cis&#233;ment, si le robot remplace le travailleur, qui consommera ? Avec quel pouvoir d'achat ? Comment se maintiendra la demande dans ces conditions ? Qu'en ira-t-il de la croissance qui est un besoin syst&#233;mique du capitalisme ? Qu'en ira-t-il aussi de la formation m&#234;me du capital, car de l'argent th&#233;sauris&#233;, des marchandises invendues, des valeurs immobiles ne constituent pas du capital, mais tout au plus des valeurs en attente de le devenir ? Quelle r&#233;ponse sociale pourra-t-on donner au d&#233;litement du mariage de raison entre le capital et le salariat qui a caract&#233;ris&#233; l'&#232;re industrielle pr&#233;c&#233;dente ? Comment pourra-t-on faire d&#233;pendre le revenu de chacun de la quantit&#233; du travail qu'il fournit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, vers quelle soci&#233;t&#233; m&#232;nerait la destruction des emplois si la croissance &#233;conomique n'&#233;tait plus au rendez-vous ? Que se v&#233;rifiait par exemple la th&#232;se de Robert J. Gordon, de l'Universit&#233; Northwestern, que les innovations n'auront plus &#224; l'avenir le m&#234;me potentiel en mati&#232;re de croissance que dans le pass&#233; ? Qu'adviendrait-il de cette soci&#233;t&#233; si se r&#233;v&#233;lait exacte son opinion voulant que la croissance &#233;conomique rapide enregistr&#233;e apr&#232;s 1750, pendant quelque 250 ans, ne soit finalement qu'un &#233;pisode unique et exceptionnel dans l'histoire de l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert J. Gordon, &#171; Is US Economic Growth over ? Faltering Innovation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les extrapolations que se permet la pens&#233;e &#233;conomique dominante au sujet de l'&#233;volution future des emplois reposent beaucoup sur le caract&#232;re comparable des &#226;ges de la machine. Rien n'est pourtant acquis quant &#224; cette comparabilit&#233;. La rupture de la continuit&#233; avec l'&#232;re industrielle d'o&#249; nous sortons est bien mise en &#233;vidence par Brynjolfsson et McAfee, deux penseurs usam&#233;ricains, dans &lt;i&gt;The Second Machine Age&lt;/i&gt; (Le Deuxi&#232;me &#226;ge de la machine). Tout au long du premier &#226;ge de la machine, le rapport entre la machine et l'&#234;tre humain &#233;tait celui de la compl&#233;mentarit&#233;. La machine permettait &#224; l'&#234;tre humain de d&#233;cupler sa force et ses habilet&#233;s, tout en demeurant sous sa commande. D'ailleurs, plus la machine &#233;voluait, plus la pr&#233;sence de l'&#234;tre humain devenait n&#233;cessaire pour la contr&#244;ler. Dans le deuxi&#232;me &#226;ge, le rapport glisse plut&#244;t vers la substitution de l'&#234;tre humain par la machine, l'automatisation facilitant de plus en plus la d&#233;l&#233;gation du syst&#232;me de contr&#244;le &#224; la machine devenue plus performante que l'&#234;tre humain dans cette t&#226;che. La pr&#233;sence de ce dernier devient ainsi rapidement de moins en moins n&#233;cessaire, les machines doublant maintenant de puissance tous les deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stimul&#233; par la cr&#233;ation sans cesse croissante d'informations num&#233;ris&#233;es et par les nouvelles fa&#231;ons de combiner les id&#233;es existantes pour en g&#233;n&#233;rer de meilleures, un v&#233;ritable ouragan technologique d&#233;ferle sur l'&#233;conomie et bouleverse le march&#233; du travail. Il se refl&#232;te d&#233;j&#224; dans les indicateurs &#233;conomiques r&#233;cents. Les emplois et les salaires plongent tandis que la productivit&#233; et les profits explosent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bureau of Labor Statistics&#8212;USA Department of Labor&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les technologies num&#233;ris&#233;es donnent les moyens de produire l'abondance, elles cr&#233;ent aussi les conditions pour qu'elle soit tr&#232;s mal partag&#233;e. Il s'agit l&#224; d'ailleurs d'une caract&#233;ristique qui n'a rien de fortuit ni de temporaire. Cette caract&#233;ristique d&#233;coule du r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, certes, mais &#233;galement de la mani&#232;re dont les technologies num&#233;ris&#233;es fonctionnent et de l'utilisation qui en est faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combinatoires et exponentielles, ces technologies engendrent une dynamique &#233;conomique in&#233;dite o&#249; un avantage relatif d'un produit se transforme en facteur de domination presque totale d'un cr&#233;neau de march&#233; et o&#249; le gagnant rafle toute la mise. Elles favorisent &#233;galement le capital au d&#233;triment du travail, le travail qualifi&#233; au d&#233;triment du travail non qualifi&#233; et les agents &#233;conomiques &#171; superstars &#187;, capables de conqu&#233;rir des march&#233;s mondiaux et de les verrouiller, au d&#233;triment des agents &#233;conomiques locaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erik Brynjolfsson and Andrew McAfee, &#171; The second Machine Age&#8212;Work, Progress (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est douteux &#233;galement que la r&#233;volution num&#233;rique en cours produise une abondance d'emplois int&#233;ressants et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s. Elle en produira un bon nombre certes, mais pas dans la quantit&#233; que laisse sous-entendre la pens&#233;e &#233;conomique dominante quand elle avance qu'il suffira aux travailleurs d'am&#233;liorer leurs qualifications et leurs comp&#233;tences pour grimper l'&#233;chelle vers des t&#226;ches de valeur croissante. C'est un message rassurant qui tient toutefois du mythe, car seul un nombre relativement r&#233;duit de travailleurs pourra acc&#233;der aux cat&#233;gories de travail plus nobles. Qu'adviendra-t-il des autres ? Un premier contingent demeurera confin&#233; au bas de l'&#233;chelle o&#249; il se trouvait d&#233;j&#224;, un deuxi&#232;me contingent glissera du milieu de cette &#233;chelle vers le bas et un troisi&#232;me se retrouvera carr&#233;ment sans emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous assistons d'ailleurs d&#233;j&#224; &#224; la disparition des emplois peu ou moyennement qualifi&#233;s et &#224; la migration forc&#233;e des travailleurs : soit vers des emplois moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;s, aux conditions souvent plus p&#233;nibles et n'offrant aucune s&#233;curit&#233; d'emploi, soit carr&#233;ment vers la sortie du march&#233; du travail. Nous assistons en fait &#224; une polarisation graduelle du march&#233; du travail, entre des emplois peu qualifi&#233;s et mal pay&#233;s et des emplois plus gratifiants et mieux r&#233;mun&#233;r&#233;s. Pour David Autor, un expert du travail du MIT, cette polarisation du march&#233; du travail, aux &#201;tats-Unis et dans seize &#201;tats membres de l'Union europ&#233;enne, est le v&#233;ritable inconv&#233;nient de l'automatisation depuis d&#233;j&#224; quelque temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Timothy Aeppel, &#171; Be Calm, Robots Aren't About to Take Your Job, MIT (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas cependant du seul effet de la r&#233;volution num&#233;rique. Si cette derni&#232;re produit des cat&#233;gories de travail int&#233;ressantes au haut de l'&#233;chelle, elle contribue en revanche puissamment &#224; l'ins&#233;curit&#233; d'emploi et &#224; la p&#233;nibilit&#233; des t&#226;ches dans les cat&#233;gories rel&#233;gu&#233;es ou en voie d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;es au bas de l'&#233;chelle. Des conditions propices &#224; la surexploitation des travailleurs se mettent ainsi en place. Dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Mindless &#8211; Why Smarter Machines are Making Dumber Humans&lt;/i&gt;, Simon Head d&#233;crit comment les syst&#232;mes de gestion semi-automatis&#233;s ont d&#233;j&#224; transform&#233; les conditions de travail dans les entrep&#244;ts, les banques ou les centres d'appel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Simon Head, &#171; Mindless&#8212;Why Smarter Machines are Making Dumber Humans &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces syst&#232;mes permettent de suivre &#224; la trace des salari&#233;s dans l'ex&#233;cution de leur t&#226;che, de juger de leur performance et de les cong&#233;dier au besoin. De plus, la gestion &#224; distance, &#224; partir d'un &#233;cran, &#233;vite aux responsables le &#171; &lt;i&gt;d&#233;sagr&#233;ment&lt;/i&gt; &#187; de se confronter aux salari&#233;s et de tenir compte de leur situation particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon Head donne en exemple le fonctionnement des entrep&#244;ts de la compagnie Amazone. Les algorithmes de cette entreprise prennent les commandes entrantes et cr&#233;ent imm&#233;diatement une marche &#224; suivre pour le pr&#233;pos&#233;. Ce dernier doit se conformer &#224; cette marche &#224; suivre et respecter le temps imparti pour l'ex&#233;cution de l'ensemble des gestes et des d&#233;placements &#224; effectuer, et ce, sous peine de cong&#233;diement. Les pr&#233;pos&#233;s &#233;tant engag&#233;s &#224; titre d'int&#233;rimaires, les gestionnaires peuvent se d&#233;partir ais&#233;ment des travailleurs qui n'arrivent plus &#224; maintenir le rythme impos&#233;. Ils remplacent ainsi rapidement un travailleur par un autre et r&#233;ussissent de surcro&#238;t &#224; garder de la sorte les salaires au plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, il s'agit l&#224; d'un retour &#224; des conditions d'exploitation abusive rendu possible par la combinaison des m&#233;thodes dites d'organisation scientifique du travail (OST) avec les avantages en mati&#232;re de suivi et de contr&#244;le des syst&#232;mes d'information. Cette combinaison donne un &#233;lan nouveau &#224; la propension de l'OST de cr&#233;er des milieux de travail contr&#244;l&#233;s de haut en bas, o&#249; les travailleurs sont d&#233;pouill&#233;s de leur comp&#233;tence et de toute satisfaction dans l'ex&#233;cution des t&#226;ches. Pr&#233;cisons cependant que c'est la combinaison des deux qui a surtout des effets insidieux et non l'automatisation en soi.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pouvoir monopolistique et r&#233;gression du salariat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un certain flou entoure aussi la notion de t&#226;ches de valeur croissante qui se pr&#233;sente comme une panac&#233;e dans la pens&#233;e &#233;conomique dominante. Qui tire profit de cette valeur croissante ? L'employeur ou l'employ&#233; ? Pour reprendre les mots de l'essayiste Nicholas Carr, &#171; mesurons-nous cette valeur sur le plan de la productivit&#233; et des profits ou sur le plan de la comp&#233;tence et de la satisfaction du travailleur ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicholas Carr, &#171; The myth of the endless ladder &#187;, Rough Type, roughtype.com&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces deux approches sont non seulement diff&#233;rentes, mais souvent en conflit entre-elles, comme en t&#233;moigne l'histoire des relations du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, si l'automatisation contribue &#224; r&#233;duire le nombre de travailleurs requis par une t&#226;che donn&#233;e, elle peut contribuer aussi &#224; r&#233;duire les qualifications exig&#233;es pour accomplir cette t&#226;che. Au rythme actuel du progr&#232;s technique, rien ne garantit donc que cette &#233;rosion des qualifications requises ne finira pas par toucher aussi les t&#226;ches de valeur croissante, for&#231;ant ainsi des travailleurs hautement qualifi&#233;s &#224; accepter des postes moins gratifiants. Ce processus serait d&#233;j&#224; en cours, selon les donn&#233;es recueillies par Paul Beaudry et David A. Green de l'Universit&#233; de Colombie-Britannique et Ben Sand de l'Universit&#233; York&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Beaudry, David A. Green, Ben Sand, &#171; The Great Reversal in the demand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les jeunes dipl&#244;m&#233;s des institutions nord-am&#233;ricaines de haut savoir sont contraints maintenant de se &#171; r&#233;fugier &#187; dans des emplois inf&#233;rieurs pour lesquels ils sont largement surqualifi&#233;s, les emplois dans la finance et la haute technologie se rar&#233;fiant de plus en plus. D'apr&#232;s les auteurs, depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle, chaque nouvelle cohorte de dipl&#244;mes s'est trouv&#233;e confront&#233;e &#224; un march&#233; du travail o&#249; les emplois prestigieux et bien r&#233;mun&#233;r&#233;s allaient en se r&#233;duisant. En 2010, le nombre de ces emplois &#233;tait m&#234;me retomb&#233; au niveau de 1990. Il y a l&#224; une contradiction majeure entre le discours euphorisant sur l'&#233;conomie du savoir et la r&#233;alit&#233; des faits. Les difficult&#233;s croissantes des jeunes dipl&#244;m&#233;s am&#233;ricains de rembourser les dettes contract&#233;es pour financer leurs &#233;tudes en sont une illustration brutale. Le total de ces dettes d&#233;passerait maintenant le millier de milliards de dollars&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude L&#233;vesque, &#171; Endettement &#233;tudiant : une bombe &#224; retardement aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est loin de se r&#233;sumer cependant &#224; une simple question d'&#233;cart salarial entre travailleurs plus scolaris&#233;s et moins scolaris&#233;s et &#224; la n&#233;cessit&#233; absolue pour les travailleurs moins form&#233;s de grimper dans l'&#233;chelle de qualification pour survivre au bouleversement en cours du march&#233; du travail. De toute fa&#231;on, cet &#233;cart est stationnaire et les salaires des travailleurs plus scolaris&#233;s ont commenc&#233; &#224; stagner, aux &#201;tats-Unis, avant m&#234;me la crise financi&#232;re de 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Heidi Shierholz, Natalie Sabadish and Hilary Wething, &#171; Wages of young (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout n'est pas &#224; mettre non plus au seul compte des impacts du progr&#232;s technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une de ses chroniques du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Krugman, &#171; Robots and Robber Barons &#187;, New York Times, New York, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Paul Krugman souligne que l'explication se situe aussi dans une forte hausse du pouvoir monopolistique. Il y aurait d'un c&#244;t&#233; les robots et de l'autre des barons voleurs. Si le progr&#232;s technologique a avantag&#233; les entreprises au d&#233;triment des salari&#233;s, la concentration des entreprises, d'une fusion ou d'une prise de contr&#244;le &#224; l'autre, contribue &#233;galement &#224; cet affaiblissement des positions des travailleurs. &#171; Dans presque tous les secteurs de notre &#233;conomie &#187;, &#233;crivent Barry C. Lynn et Phillip Longman dans &lt;i&gt;Who broke America's Jobs Machine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Barry C. Lynn and Phillip Longman, &#171; Who Broke America's Jobs Machine&#8212;Why (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; un nombre beaucoup plus r&#233;duit de soci&#233;t&#233;s contr&#244;lent beaucoup plus de parts de leurs march&#233;s respectifs, qu'il y a une g&#233;n&#233;ration &#224; peine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette concentration permet &#224; ces entreprises mastodontes d'user de leur pouvoir monopolistique croissant pour augmenter les prix impun&#233;ment, tout en &#233;vitant d'accorder une fraction des gains acquis &#224; leurs employ&#233;s. Cette pratique nuit autant &#224; la croissance de la demande qu'&#224; celle des investissements. En fait, ces grands groupes s'inscrivent ainsi dans un comportement rentier. Ils ne se maintiennent finalement en position dominante qu'en faisant baisser constamment la part des travailleurs salari&#233;s dans le partage de la valeur ajout&#233;e. Et cette diminution de la part salariale a pour contrepartie un accroissement de celle qui va au profit, sans que cela toutefois conduise n&#233;cessairement &#224; un surcro&#238;t d'investissements. Le d&#233;clin des d&#233;penses mondiales d'investissements dans le monde est du reste devenu persistant ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BIT, &#171; Emploi et questions sociales dans le Monde &#8211; Tendances pour 2016 &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'abaissement de la part salariale ne fait finalement que nourrir une distribution accrue des profits non investis sous forme de dividendes, en r&#233;ponse &#224; la pression des march&#233;s financiers. Les in&#233;galit&#233;s de revenus se creusent ainsi plus profond&#233;ment. Elles t&#233;moignent en r&#233;alit&#233; du gigantesque transfert de richesse en cours des salari&#233;s vers la classe capitaliste au sens large, dans un processus qui ne g&#233;n&#232;re pas une augmentation de la richesse r&#233;elle globale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Husson, &#171; Le partage de la valeur ajout&#233;e en Europe &#187;, La revue de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, les entreprises en cause se comportent de cette fa&#231;on, peu importe o&#249; elles se trouvent, pays d&#233;velopp&#233;s ou pays en d&#233;veloppement. Elles man&#339;uvrent dans un corridor d&#233;fini &#224; la fois par les normes excessives de rentabilit&#233; impos&#233;es par l'actionnariat et par la rar&#233;faction des occasions d'affaires rentables dans une &#233;conomie dont la croissance, quand elle est au rendez-vous, est devenue lente pour des raisons structurelles. Et elles exploitent impitoyablement dans ce contexte un rapport de forces devenu d&#233;favorable aux salari&#233;s, du fait principalement des effets de la combinaison de la mondialisation et de la financiarisation qui se renforcent mutuellement. On remarquera l&#224; qu'il s'agit de deux ph&#233;nom&#232;nes &#224; caract&#232;re socio&#233;conomique et non technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fruit de la d&#233;r&#233;glementation si ch&#232;re &#224; la pens&#233;e &#233;conomique dominante d'inspiration n&#233;olib&#233;rale, le pouvoir monopolistique mentionn&#233; plus haut doit &#234;tre vu comme le produit d'un capitalisme en surdose de lui-m&#234;me, pour reprendre les mots de Wolfgang Streeck&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfgang Streeck, &#171; How will capitalism end &#187;, New Left Review, May/June 2014&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'automatisation change-t-elle les r&#232;gles du jeu du capitalisme ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;De vieilles questions comme le profit, l'utilisation faite du profit et la propri&#233;t&#233; du capital r&#233;apparaissent dans les analyses pour s'ajouter aux consid&#233;rations plus sp&#233;cifiques aux impacts du progr&#232;s technologique. L'automatisation n'est pas &#224; bl&#226;mer en soi. Tout d&#233;pend de l'utilisation qui en est faite, des valeurs qui l'encadrent et de la finalit&#233; poursuivie par l'entreprise et le syst&#232;me socio&#233;conomique. En d'autres mots, les soci&#233;t&#233;s ne pourront pas s'avancer avec succ&#232;s sur la voie de l'automatisation de la production des biens et des services sans reconsid&#233;rer des enjeux fondamentaux comme la consommation, le travail, les loisirs et la r&#233;partition des revenus. Le professeur Robert Skidelsky de l'universit&#233; de Warwick fait remarquer &#224; ce sujet que &#171; sans ces efforts d'imagination sociale, le r&#233;tablissement &#224; l'issue de la crise actuelle sera tout simplement un pr&#233;lude &#224; d'autres calamit&#233;s fracassantes &#224; l'avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Skidelsky, &#171; Return to capitalism &#8216;red in tooth and claw' spells (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Une des plus mena&#231;antes &#224; l'heure actuelle est une cassure en deux de la soci&#233;t&#233; avec, d'une part, une minorit&#233; compos&#233;e de producteurs, de professionnels, de superviseurs et de sp&#233;culateurs financiers et, d'autre part, une majorit&#233; r&#233;duite &#224; l'oisivet&#233; forc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste bien connu John M. Keynes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Maynard Keynes,&#171; Economic Possibilities for our Grandchildren &#187; (1930), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avait associ&#233; le progr&#232;s technologique &#224; la possibilit&#233; de lib&#233;rer au moins partiellement l'humanit&#233; de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le travail. Or, au moment m&#234;me o&#249; cette possibilit&#233; est &#224; port&#233;e de main, notre syst&#232;me socio&#233;conomique se r&#233;v&#232;le incapable de convertir la croissance de la richesse et la croissance du ch&#244;mage technologique qui l'accompagne en croissance du temps de loisir volontaire. Il se r&#233;v&#232;le en fait incapable d'aborder le travail autrement que comme une marchandise. Dans un contexte o&#249; la fonction marchande prime les autres fonctions sociales, l'aborder diff&#233;remment serait reconna&#238;tre que les lois du march&#233; ne s'appliquent que tr&#232;s imparfaitement et avec difficult&#233; &#224; cette marchandise que Karl Polanyi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Polanyi, &#171; La Grande Transformation &#187;, 1944, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a si bien d&#233;crite comme fictive. Bref, ce serait reconna&#238;tre que la &#171; &lt;i&gt; magie du march&#233;&lt;/i&gt; &#187; ne pourra pas r&#233;soudre le probl&#232;me de la raret&#233; croissante de l'emploi cr&#233;&#233; par la rupture du mariage de raison, vieux de deux si&#232;cles, entre le capital et le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Grande Transformation&lt;/i&gt;, Polanyi nous rappelle qu'une &#233;conomie de march&#233; appelle une soci&#233;t&#233; du march&#233;, o&#249; le march&#233;, dit autor&#233;gul&#233;, mais d&#233;brid&#233; en r&#233;alit&#233;, tend &#224; s'&#233;tendre au-del&#224; de son domaine original, le commerce de biens mat&#233;riels ou de services. Le march&#233; colonise ainsi peu &#224; peu toutes les dimensions de l'activit&#233; humaine, les assimilant &#224; des marchandises, quelle que soit leur compatibilit&#233; &#224; le devenir. Toute production doit &#234;tre destin&#233;e &#224; la vente et tout revenu doit en provenir. En termes marxistes, on parlerait de subsomption &#224; la logique de l'accumulation du capital. La terre (ou la nature), le travail et la monnaie, des &#233;l&#233;ments non destin&#233;s &#224; la vente, sont devenus ainsi de fausses marchandises, des marchandises fictives d&#233;sormais inexorablement encastr&#233;es dans le march&#233;. Il &#233;tait devenu d&#233;sormais impossible de vivre de son travail sans passer par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, en &#233;chappant &#224; tout encadrement, cette expansion du march&#233; porte en elle le risque permanent de se saper et de saper ainsi la viabilit&#233; du syst&#232;me socio&#233;conomique capitaliste. C'est pour cela que dans un pass&#233; encore r&#233;cent, des lois, des r&#232;glements et des institutions tentaient, avec plus ou moins de bonheur, de limiter cette expansion du march&#233; pour &#233;viter qu'elle ne porte atteinte &#224; des &#233;l&#233;ments fondateurs de toute soci&#233;t&#233;, comme l'altruisme, les relations de bonne foi ou la solidarit&#233; au sein des familles et des collectivit&#233;s. En fait, il s'agissait d'emp&#234;cher le capitalisme de s'autod&#233;truire en devenant totalement capitaliste, l'expansion du march&#233; d&#233;construisant les fondements non capitalistes de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il triomphait. C'est d'ailleurs dans cette optique que le travail, fruit de l'activit&#233; humaine, la terre, une subdivision de la nature, et la monnaie, dont les fluctuations sont dangereuses pour l'organisation de la production, ont fait l'objet de mille et un accommodements r&#233;glementaires le plus souvent ambigus entre les &#233;lites politiques et financi&#232;res pour tenter de prot&#233;ger la soci&#233;t&#233; d'une marchandisation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, le retour au lib&#233;ralisme &#233;conomique pur et dur et la mondialisation subs&#233;quente aidant, le capital a acquis une mobilit&#233; qui lui donne un pouvoir coercitif sans &#233;quivalent sur les &#201;tats. Diff&#233;rents trait&#233;s internationaux sont d'ailleurs venus sanctuariser les int&#233;r&#234;ts de la finance au-dessus du politique. Si les orientations d'un gouvernement ne r&#233;pondent pas aux exigences des investisseurs, ces derniers le sanctionnent imm&#233;diatement en retirant leurs capitaux. Ils &#233;chappent ainsi &#224; toute contrainte moindrement inspir&#233;e par la notion de bien commun ou par des imp&#233;ratifs soci&#233;taux que ce soit en mati&#232;re de sant&#233;, d'environnement, de s&#233;curit&#233; d'emploi, de conditions de travail ou de prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nous fait remarquer Zaki La&#239;di, un politologue fran&#231;ais, &#171; la force id&#233;ologique de la soci&#233;t&#233; de march&#233; r&#233;side peut-&#234;tre moins dans sa capacit&#233; de convertir des secteurs non marchands en secteurs marchands qu'&#224; se repr&#233;senter la vie sociale comme un espace marchand, m&#234;me quand il n'y a pas &#224; la cl&#233; une transaction marchande. C'est un point fondamental qu'il faut expliciter. On peut dire par exemple que dans l'&#233;ducation, la soci&#233;t&#233; de march&#233; est &#224; l'&#339;uvre, non pas parce que l'on privatiserait &#224; tout va, mais parce que socialement on se repr&#233;sente de plus en plus l'&#233;cole comme une soci&#233;t&#233; de services devant pr&#233;parer les enfants &#224; la vie active&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zaki La&#239;di, &#171; Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de march&#233; ? &#187;,&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. L'&#233;cole se retrouve ainsi r&#233;duite &#224; un simple lieu de prestation de services. Il en va de m&#234;me pour d'autres biens et services per&#231;us encore r&#233;cemment comme des quasi-droits sociaux. C'est notamment le cas de la sant&#233; ou encore les postes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, il n'est pas surprenant de constater que la plupart des &#233;tudes consacr&#233;es aux changements induits par les avanc&#233;es technologiques des derni&#232;res d&#233;cennies dans la fa&#231;on de produire continuent de s'inscrire dans la logique dominante. C'est-&#224;-dire une conception du d&#233;veloppement qui confond croissance et d&#233;veloppement ; qui ignore les &#171; externalit&#233;s &#187;, soit les dommages environnementaux et sociaux ; qui consid&#232;re comme infinies les ressources de la plan&#232;te ; qui accorde la priorit&#233; &#224; la valeur d'&#233;change au d&#233;triment de la valeur d'usage ou valeur concr&#232;te d'un bien ou d'un service ; et qui assimile essentiellement l'&#233;conomie au taux de profit et &#224; l'accumulation du capital, quitte &#224; cr&#233;er de profondes in&#233;galit&#233;s. Tr&#232;s peu d'&#233;tudes abordent les cons&#233;quences socio&#233;conomiques de ces changements et leur impact sur la survie m&#234;me des soci&#233;t&#233;s issues de la civilisation du capitalisme industriel. Pensons ici aux contrecoups de la rar&#233;faction des emplois sur la demande de produits et services ou encore sur les revenus des collectivit&#233;s ou des &#201;tats, et ultimement sur la capacit&#233; de ces derniers de continuer &#224; financer les infrastructures et les programmes sociaux. Pourront-ils survivre encore longtemps sans revisiter leurs assises, soit leur relation avec la nature ; leur syst&#232;me technique de production de la base mat&#233;rielle de la vie, au sens physique, culturel et spirituel ; leur mani&#232;re de s'organiser collectivement sur les plans politique et social ; leur fa&#231;on d'interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; et de s'investir dans sa construction, leur mani&#232;re d'&#234;tre et d'agir, leur culture en somme ? En d'autres mots, sans revisiter leur mode de production ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'automatisation au c&#339;ur d'un mode de production postcapitaliste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un mode de production ne concerne pas seulement la fa&#231;on dont sont trait&#233;s les facteurs de production pour aboutir &#224; un bien ou un service &#224; offrir &#224; la consommation. Comme le pr&#233;cisait l'historien britannique Eric Hobsbawm dans &lt;i&gt;Marx et l'Histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Hobsbawm, &#171; Marx et l'Histoire &#187;, Paris, &#201;ditions Demopolis, 2008, p 74&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; un mode de production inclut &#224; la fois un programme particulier de production (une mani&#232;re de produire, sur la base d'une technologie et d'une division productive de la main-d'&#339;uvre particuli&#232;res) et &lt;i&gt;un ensemble sp&#233;cifique, historiquement valide, de relations sociales &#224; travers lesquelles la main-d'&#339;uvre est d&#233;ploy&#233;e pour arracher l'&#233;nergie &#224; la nature au moyen d'outils, d'expertise, d'organisation et de connaissance&lt;/i&gt;, &#224; un moment donn&#233; de son d&#233;veloppement, &#224; travers lesquels les exc&#233;dents produits socialement circulent, sont distribu&#233;s et utilis&#233;s pour une accumulation ou d'autres fins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement de mode de production implique donc un changement des rapports qui r&#232;glent l'organisation des relations entre les &#234;tres humains dans la mise en &#339;uvre des forces productives (travailleurs, machines, technologie). Et historiquement, ce type de changement s'accompagne d'un changement du syst&#232;me de propri&#233;t&#233; des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau mode de production d&#233;termine ainsi &#224; la fois l'organisation sociale de la production (par le recours par exemple au salariat), la r&#233;partition du fruit du travail et les rapports entre les classes sociales, ces derni&#232;res se retrouvant s&#233;par&#233;es par leur place dans les rapports de production et par leurs int&#233;r&#234;ts respectifs. On peut donc commencer ici &#224; s'interroger d&#233;j&#224; sur la nature des rapports sociaux qui pr&#233;vaudront dans un mode de production o&#249; la r&#233;partition de la cr&#233;ation de la valeur ajout&#233;e ne pourra plus se faire tellement par le travail r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, quand les &#233;lites dirigeantes permettent &#224; la sph&#232;re &#233;conomique de se lib&#233;rer du contr&#244;le social (ou contr&#244;le politique), la soci&#233;t&#233; en subit immanquablement les cons&#233;quences. Elle est d&#233;mantel&#233;e au profit des forces &#233;conomiques. La d&#233;cadence de la f&#233;odalit&#233; rong&#233;e et min&#233;e int&#233;rieurement par l'argent en est une bonne illustration. Les forces financi&#232;res prirent le dessus et r&#233;ussirent &#224; casser le syst&#232;me f&#233;odal par le haut, en subordonnant socialement et politiquement les seigneurs par des pr&#234;ts, et par le bas, en enfermant les paysans dans la spirale du pr&#234;t usuraire. Les bases sociales du r&#233;gime f&#233;odal furent ainsi peu &#224; peu d&#233;truites, laissant place &#224; un nouveau mode de production fond&#233; sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Ces moyens furent d'abord les terres arables et plus tard les manufactures. Ce processus, qui au fond &#233;tait la destruction d'une hi&#233;rarchie sociale d&#233;j&#224; en plein d&#233;voiement et d'un r&#233;gime de propri&#233;t&#233; et d'un mode de production d&#233;pass&#233;s, ouvrit la porte au progr&#232;s social et &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle rappelle cette dynamique. La dislocation de la soci&#233;t&#233; issue de la civilisation du capitalisme industriel dans les pays avanc&#233;s est en marche parce que l'&#233;conomie, d&#233;sencastr&#233;e du social et tendue vers le r&#233;tablissement &#224; tout prix du taux de profit, a pris le dessus. Les bases sociales de cette civilisation se sont ainsi peu &#224; peu &#233;rod&#233;es, notamment les garanties offertes par les droits sociaux et les contrepoids au droit de propri&#233;t&#233; introduits par les droits collectifs du travail. Tout l'&#233;difice des protections et des droits, qui avait servi d'incubateur &#224; la citoyennet&#233; industrielle des &lt;i&gt;Trente Glorieuses&lt;/i&gt;, s'est l&#233;zard&#233; sous l'impact de l'impartition, de la num&#233;risation, de la sous-traitance et de la multiplication des contrats de travail temporaires, autant de moyens destin&#233;s &#224; accro&#238;tre la profitabilit&#233; des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des changements structurels se sont mat&#233;rialis&#233;s non seulement dans le syst&#232;me technique de production, mais &#233;galement dans le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; et son emprise sur les moyens de production et la richesse collective. La longue p&#233;riode de transition syst&#233;mique amorc&#233;e dans les ann&#233;es 1970 est toujours en cours. Elle est &#224; la fois une p&#233;riode d'incertitude profonde, un moment de remise en cause massive des acquis de la &#171; civilisation industrielle &#187; et un temps de maturation et d'&#233;mergence progressive d'un nouveau mode de production. Ce nouveau mode se construit in&#233;luctablement sur les nouvelles potentialit&#233;s technologiques, institutionnelles et sociopolitiques. La nature des rapports sociaux qui en d&#233;couleront est un enjeu civilisationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le capital arrive d'un point de vue structurel au bout de ses capacit&#233;s de valorisation. L'instauration d'un mode de production qui se lib&#232;re d&#233;sormais de la force humaine et du travail salari&#233; (travail vivant) met fin aussi &#224; la production de valeur, en pi&#233;geant compl&#232;tement le capital dans une impasse. Cette voie sans issue est constitu&#233;e par trop de moyens de production et de marchandises et pas assez de masse salariale, et donc de demande finale pour les absorber, ou encore par trop de capital accumul&#233; et pas assez de plus-value produite pour assurer sa reproduction, par sa r&#233;alisation. Ce sont deux manifestations d'une m&#234;me contradiction qui r&#233;side dans le fait que le capital tend &#224; diminuer la quantit&#233; de travail salari&#233; qu'il emploie en m&#234;me temps qu'il tend &#224; augmenter la puissance des machines et la quantit&#233; de marchandises produites. Son &#233;tat est de produire plus pour moins cher, en vue de vendre avec suffisamment de profit pour permettre l'accumulation et de nouveaux investissements. L'automatisation aggrave fatalement cette contradiction fondamentale, car il faut encore que des d&#233;bouch&#233;s continuent d'exister et ce ne sont pas les robots qui ach&#232;teront les marchandises produites par eux. Substituts de travailleurs dont les salaires nourrissent la demande, les robots ne peuvent pas participer &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration du capital. Sans travail salari&#233;, le probl&#232;me de la solvabilit&#233; des consommateurs se pose tout de suite, comme d'ailleurs celui de la p&#233;rennit&#233; m&#234;me du syst&#232;me &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mutation r&#233;gressive et dislocation sociale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La concentration des richesses dans cette p&#233;riode de transition d&#233;passe maintenant les limites du concevable pour l'existence d'une soci&#233;t&#233; complexe. Elle se conjugue &#224; un ch&#244;mage tenace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les statistiques officielles ne donnent d'ailleurs qu'une id&#233;e fortement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui est devenu structurel par un glissement massif vers le ch&#244;mage de longue dur&#233;e et la sortie de la vie active de bon nombre de travailleurs. Ces deux &#233;volutions concomitantes, concentration et ch&#244;mage tenace, laissent entrevoir la formation d'un nouveau syst&#232;me sociopolitique qui reproduira et amplifiera les pires aspects de l'actuel. Les changements profonds en cours dans la structure de classes des pays de la Triade sont des signes indicatifs &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinant les changements intervenus dans la sph&#232;re du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Standing, &#171; Work after Globalization&#8212;Building Occupational Citizenship (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le sociologue britannique Guy Standing note que la structure de classes issue de la civilisation industrielle s'est fragment&#233;e dans les pays du centre. La lib&#233;ralisation de l'&#233;conomie et la mondialisation ont &#233;branl&#233; l'ordre &#233;conomique, mais &#233;galement les rapports sociaux. Les deux sont venues mettre un terme au consensus sous-jacent de l'&#201;tat providence de l'apr&#232;s-guerre. Ce dernier relevait d'un lib&#233;ralisme partiellement encastr&#233; dans le social et dont une des caract&#233;ristiques &#233;tait une d&#233;marchandisation limit&#233;e du travail, fruit des droits sociaux modernes. La lib&#233;ralisation et la mondialisation ont puissamment contribu&#233; &#224; cr&#233;er un contexte o&#249; tout se subordonnait d&#233;sormais aux rigueurs de la concurrence, que ce soit au niveau de la production, la distribution, la consommation, l'entreprise, la nation et l'individu. Si, en p&#233;riph&#233;rie, en Asie notamment, les deux ont men&#233; &#224; l'industrialisation et &#224; l'urbanisation, par l'exploitation d'une main-d'&#339;uvre abondante, faiblement r&#233;mun&#233;r&#233;e, souvent instruite et qualifi&#233;e, au centre, en revanche, elles ont abouti &#224; la d&#233;sindustrialisation, &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de l'impartition et &#224; la remise en cause des avantages sociaux et salariaux conquis par les travailleurs. Peu &#224; peu, des &#171; soci&#233;t&#233;s du travail &#187; sont devenues des soci&#233;t&#233;s sans travail. La lib&#233;ralisation et la mondialisation ont concouru ainsi &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de la citoyennet&#233; effective dont jouissait une proportion importante des travailleurs des pays du centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette citoyennet&#233; effective ou industrielle se fondait sur des droits collectifs qui, au fil de luttes de classes, cristallisaient des avanc&#233;es importantes en mati&#232;re de politiques publiques du travail et qui ouvraient la voie vers la jouissance des droits politiques et sociaux dans les soci&#233;t&#233;s industrialis&#233;es avanc&#233;es. Cette citoyennet&#233; s'est liqu&#233;fi&#233;e au cours de la transformation des milieux de travail sous l'influence du d&#233;veloppement acc&#233;l&#233;r&#233; des technologies de l'information et de la communication, la transnationalisation croissante de la production des biens et services, les changements dans l'organisation du travail, la destruction et la restructuration du travail dans le temps et l'espace et la multiplication et la fragmentation des identit&#233;s sociales individuelles et collectives, au travail et ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Travail et citoyennet&#233; : quel avenir ?, publi&#233; sous la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'anciennes hi&#233;rarchies se sont renforc&#233;es et de nouveaux clivages se sont fait jour dans les rangs de ceux qui n'avaient que leur force de travail &#224; vendre. L'&#233;cart des revenus avec les classes sup&#233;rieures s'est &#233;largi davantage. La cr&#233;ation de cha&#238;nes de valeur mondiales et la constitution d'espaces de pouvoir internationaux ont fragilis&#233; les classes laborieuses qui se sont retrouv&#233;es &#233;loign&#233;es encore plus des lieux de pouvoir et de d&#233;cision. Les diff&#233;rences se sont accentu&#233;es au fur et &#224; mesure que l'&#233;conomie se d&#233;synchronisait avec la soci&#233;t&#233;. Elles sont devenues maintenant tr&#232;s marqu&#233;es en mati&#232;re de revenus, de salaires, de conditions d'emploi, de travail, de logement et de vie tout court. Ces diff&#233;rences refl&#232;tent &#224; la fois de la mont&#233;e de l'in&#233;galit&#233; et de l'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique, et le basculement d'une masse critique de la population dans une pr&#233;carit&#233; sans issue. Elles traduisent en r&#233;alit&#233; &#224; la fois l'&#233;mergence d'une nouvelle stratification sociale et l'&#233;volution des mentalit&#233;s &#224; l'endroit de l'in&#233;galit&#233; et de l'orientation des politiques sociales. Cette &#233;volution complique, entre autres, la d&#233;fense des acquis ou des revendications d'ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Standing distingue par exemple sept strates hi&#233;rarchis&#233;es en fonction du revenu social. Au sommet de cette hi&#233;rarchie, une petite &#233;lite mondialis&#233;e et mondialiste dot&#233;e d'une immense influence politique ; imm&#233;diatement en dessous, des tr&#232;s hauts salari&#233;s et des professionnels ou techniciens &#224; leur compte ; au milieu, le noyau restant de la classe ouvri&#232;re et des personnels encore stables des entreprises, organismes et administrations ; et dans la partie inf&#233;rieure, les travailleurs pr&#233;caires ou le &#171; pr&#233;cariat &#187;, flanqu&#233;s des ch&#244;meurs &#224; long terme et des individus marginalis&#233;s. Ces derniers constituent l'&#233;quivalent du lumpenprol&#233;tariat ou du sous-prol&#233;tariat d'antan. Standing note &#233;galement que le r&#233;gime &#233;tatique de s&#233;curit&#233; sociale est au c&#339;ur d'une polarisation. Les trois strates sup&#233;rieures tendent &#224; s'en d&#233;tacher plut&#244;t qu'&#224; &#339;uvrer &#224; son am&#233;lioration, pendant que les trois strates inf&#233;rieures s'en font d&#233;tacher par le jeu des inadmissibilit&#233;s ou restrictions aux prestations sociales existantes. La r&#233;ciprocit&#233; et la redistribution, qui sont l'essence de la civilisation, en sortent consid&#233;rablement affaiblies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; pr&#233;cariat &#187; est le ph&#233;nom&#232;ne marquant de cette nouvelle stratification sociale. Ce ph&#233;nom&#232;ne ne se limite pas d'ailleurs au Nord, puisque la majorit&#233; des populations du Sud vit aussi dans l'instabilit&#233; et l'ins&#233;curit&#233; de l'emploi. Le &#171; pr&#233;cariat &#187; rassemble autant des travailleurs intellectuels et de jeunes travailleurs que de travailleurs immigr&#233;s et de &#171; travailleurs pauvres &#187;, tous d&#233;pourvus de perspective d'avenir, d&#233;pouill&#233;s d'un bon nombre de droits et coup&#233;s de ce qui survit de la classe ouvri&#232;re et des acquis de la citoyennet&#233; industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, ce ph&#233;nom&#232;ne commence &#224; tenir de l'&#233;mergence d'une nouvelle classe sociale constitu&#233;e de personnes en situation de pr&#233;carit&#233; permanente sur le march&#233; du travail. Ce groupe de travailleurs a le potentiel de constituer une v&#233;ritable classe sociale, en soi et peut-&#234;tre pour soi, dans la mesure o&#249; ces travailleurs s'inscrivent d&#233;j&#224; dans des relations de production et de distribution (sources de revenus) qui leur sont sp&#233;cifiques. Ces sp&#233;cificit&#233;s, comme le souligne Guy Standing dans &#171; &lt;i&gt;A Precariat Charter&lt;/i&gt; &#187;, les am&#232;nent &#224; une conscience distincte et propre &#224; eux du besoin de r&#233;formes et de politiques sociales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Standing, &#171; A Precariat Charter&#8212;From Denizens to Citizens &#187;, Bloomsbury, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans certaines conjonctures sociales et politiques particuli&#232;res, la similitude de leurs positions objectives pourrait les mener &#224; se mobiliser aux &#233;chelles nationale et internationale, et &#224; jouer collectivement le r&#244;le d'agent majeur de changement. Pensons ici &#224; la mobilisation massive r&#233;cente aux &#201;tats-Unis des employ&#233;s de fast-food pour obtenir un salaire minimum de 15 dollars de l'heure. Un autre exemple est fourni aussi par ces ch&#244;meurs et autres citoyens pr&#233;caris&#233;s de Madrid (Espagne) qui se sont dot&#233;s r&#233;cemment d'une structure de coordination et d'une plateforme &#233;conomique, sociale et politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nace la Coordinadora de Desempleados y Precarios de Madrid &#187;, Diagonal, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, ces travailleurs forment un monde parall&#232;le, en marge d'un contrat social passablement lamin&#233; par une soci&#233;t&#233; de march&#233; qui tend vers une forme d'anarchie. Pour plus d'un observateur, elle tendrait m&#234;me vers une &#171; non-soci&#233;t&#233; &#187; r&#233;gie finalement que par des liens contractuels et les foudres d'un code p&#233;nal. Si quelque chose d&#233;finit bien la dislocation sociale en cours, c'est l'incertitude autour du travail-emploi. La d&#233;connexion radicale et rapide de l'&#233;conomie par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; provoqu&#233;e par les politiques n&#233;olib&#233;rales a transform&#233; l'enjeu du ch&#244;mage massif et de la pr&#233;carisation de l'emploi en un enjeu de survie pour la soci&#233;t&#233; actuelle, et en d&#233;fi fondamental pour la soci&#233;t&#233; qu'il faudra cr&#233;er dans l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Travailler moins pour travailler tous et jouir du temps libre&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les notions de travail, d'emploi et de temps sont des sujets de r&#233;flexion depuis l'antiquit&#233; et dans toutes les civilisations &#8212; pour preuve, le po&#232;me intitul&#233; &#171; Les Travaux et les Jours &#187; d'H&#233;siode, parce que les deux d&#233;finissaient en r&#233;alit&#233; la relation sociale de l'homme avec la nature et la soci&#233;t&#233;. Le Travail consiste en beaucoup plus que l'acception courante purement marchande qui r&#233;duit son champ d'application au travail salari&#233;, r&#233;mun&#233;r&#233;. De la m&#234;me fa&#231;on, l'Emploi ne peut pas &#234;tre ramen&#233; &#224; seulement &#171; avoir un emploi &#187; ou &#171; &#234;tre un sans emploi &#187;. Il en va de m&#234;me du Temps qui est l'unique possession dont nous disposons v&#233;ritablement dans la finitude qui trace les contours de notre existence. Ce Temps ne peut pas se limiter au &#171; &lt;i&gt;Time is money&lt;/i&gt; &#187;. Ce proverbe, attribu&#233; erron&#233;ment &#224; Benjamin Franklin, r&#233;v&#232;le cependant comment dans une soci&#233;t&#233; capitaliste le &#171; temps &#187; de travail (non pay&#233; au travailleur) est une valeur ou une survaleur pour le capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse sociale et &#233;conomique actuelle d&#233;coule bien de la crise du travail-emploi et de la valorisation du capital dont l'origine remonte maintenant &#224; plus de trente ans. Au cours de cette p&#233;riode, les emplois et les revenus stables sont devenus peu &#224; peu un privil&#232;ge. Les soci&#233;t&#233;s occidentales ont &#233;t&#233; incapables de conserver les acquis de la civilisation industrielle et de se saisir des progr&#232;s technologiques des deux derni&#232;res d&#233;cennies pour se r&#233;inventer, en convertissant le temps de ch&#244;mage technologique croissant en temps consacr&#233; aux activit&#233;s socialement utiles et au loisir volontaire. La persistance de l'impasse sociale et &#233;conomique indique que la diminution continue du travail-emploi d&#233;finit fondamentalement d&#233;sormais la m&#233;tamorphose socio&#233;conomique en cours. Au vu cependant des apports du progr&#232;s technologique r&#233;cent, cette impasse cr&#233;e aussi une occasion unique de remettre en question l'ordre &#233;conomique en place, son mod&#232;le de croissance et son r&#233;gime de propri&#233;t&#233;. Les imp&#233;ratifs incontournables de la vie en soci&#233;t&#233; et les in&#233;vitables contraintes environnementales militent &#233;galement en faveur d'une telle remise en question. Le refus ou l'incapacit&#233; de saisir cette occasion consacreraient la voie qui m&#232;ne &#224; terme &#224; une division de la soci&#233;t&#233; entre, d'une part, une minorit&#233; compos&#233;e de richissimes sp&#233;culateurs, d'entrepreneurs et de professionnels, et d'autre part, une majorit&#233; r&#233;duite &#224; l'oisivet&#233; forc&#233;e et &#224; une existence pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s qui &#233;voluent vers le &#171; non-emploi &#187; plut&#244;t que vers le &#171; plein emploi &#187;, la diminution du travail-emploi peut-&#234;tre synonyme du meilleur comme du pire. Comme le fait remarquer Immanuel Wallerstein, &#171; l'Histoire ne se range du c&#244;t&#233; de personne. Chacun de nous peut influer sur l'avenir, mais nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir comment les autres agiront en vue de l'affecter aussi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Immanuel Wallerstein, &#171; New Revolts against the System &#187;, New Left Review, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Du point de vue de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233;, la question strat&#233;gique devient celle de savoir si l'automatisation et la robotisation peuvent effectivement contribuer &#224; l'assise d'un mode de production qui disposerait des attributs n&#233;cessaires &#224; l'&#233;mergence d'une soci&#233;t&#233; post-capitaliste. Faut-il ou non voir dans l'automatisation et la robotisation des moyens qui permettront une r&#233;partition diff&#233;rente des heures travaill&#233;es et une utilisation du temps plus en phase avec la participation sociale et l'&#233;panouissement personnel des individus ? Autrement dit, pourront-elles v&#233;ritablement servir &#224; une remise en cause de la division sociale actuelle du travail et &#224; une valorisation diff&#233;rente du temps consacr&#233; aux diff&#233;rentes formes d'activit&#233;s, soit le travail productif, le travail reproductif et les activit&#233;s personnelles ou de loisir ? Permettront-elles de nouvelles relations d'&#233;change et une meilleure distribution sociale de la richesse ? Et dans cette optique, le premier pas ne devrait-il pas &#234;tre celui d'une relance de la revendication d'une semaine de travail plus r&#233;duite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Gorz pr&#233;cisait &#224; ces sujets que l'essentiel du combat &#224; entreprendre ne devrait pas porter sur la pr&#233;servation de la stabilit&#233; du travail-emploi en soi, mais plut&#244;t contre la tentative de perp&#233;tuation de l'id&#233;ologie qui glorifie le travail-emploi comme la source des droits, de l'identit&#233; et de l'&#233;panouissement personnels. La r&#233;duction du temps de travail requis pour r&#233;pondre aux besoins mat&#233;riels se devait donc d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e d'abord en fonction des possibilit&#233;s nouvelles d'&#233;mancipation collective et personnelle qu'elle offrait. Diff&#233;rentes mesures, comme un revenu d'existence universel et des r&#233;seaux de coop&#233;ratives communales d'autoproduction, pouvaient ouvrir la voie &#224; une r&#233;appropriation du travail et &#224; la construction d'un avenir lib&#233;r&#233; du moule d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur le travail-emploi et le salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorz rappelait aussi que le travail-emploi, le travail marchandise, n'&#233;tait pas une cat&#233;gorie anthropologique, mais un concept invent&#233; &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. La monopolisation graduelle des moyens de travail avait permis d'isoler le travail de la personne qui l'effectuait de ses intentions et plus fondamentalement de ses besoins. Le travail s'est r&#233;duit ainsi &#224; la quantit&#233; d'&#233;nergie fournie par un &#171; travailleur &#187;, une quantit&#233; mesurable et &#233;changeable achet&#233;e par un patron qui en d&#233;terminait d&#233;sormais autant la finalit&#233; que les modalit&#233;s et le prix. Le travail venait d'&#234;tre ramen&#233; au rang de marchandise et le travailleur d&#233;poss&#233;d&#233; du produit de son travail, de son autonomie et de son emploi du temps en &#233;change d'un salaire. Et depuis, le travail s'est retrouv&#233; associ&#233; avec emploi, tandis que des activit&#233;s essentielles &#224; la survie, &#224; la reproduction sociale, au d&#233;veloppement des individus et des communaut&#233;s, et du m&#234;me coup au fonctionnement de n'importe quel type d'&#233;conomie depuis des temps imm&#233;moriaux, se retrouv&#232;rent rel&#233;gu&#233;es en dehors de la sph&#232;re &#233;conomique et donc de toute &#233;valuation en termes p&#233;cuniaires. Le savoir-faire prenait ainsi le dessus sur le savoir-&#234;tre. Le travail-emploi s'imposait &#224; la fois comme unique source de revenu pour vivre et de statut social ainsi que comme seule base possible de la soci&#233;t&#233; et de sa coh&#233;sion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, malgr&#233; la raret&#233; croissante de l'emploi, le discours dominant fait comme si cette raret&#233; n'avait pas de causes syst&#233;miques. Il continue de marteler que sans emploi, on ne peut rien faire, que sans emploi, on ne peut pas vivre dans la dignit&#233; et que tout revenu accord&#233; hors d'un emploi est une forme de charit&#233;. Tout est fait pour emp&#234;cher une sortie de la notion de travail-emploi et pr&#233;venir en cons&#233;quence la revalorisation du temps hors travail salari&#233; et donc du travail au sens large. Assez paradoxalement, la lutte contre le ch&#244;mage et la revendication du plein emploi concourent aussi &#224; compliquer cette sortie puisqu'elles ont comme effet de renforcer la place du travail-emploi dans la soci&#233;t&#233;. Tout tend ainsi &#224; contrecarrer un changement radical des mentalit&#233;s &#224; l'&#233;gard du travail-emploi et du temps hors travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, on assiste &#224; la monte en puissance de l'aspiration &#224; d'autres fa&#231;ons d'&#234;tre et d'agir, en fait, &#224; d'autres priorit&#233;s que celles impos&#233;es par un emploi. Cette aspiration est en phase avec l'&#233;volution et le changement des valeurs qui se caract&#233;risent par la convergence entre la recherche de nouveaux &#233;quilibres (&#233;panouissement personnel/&#233;panouissement professionnel, qualit&#233; de vie/quantit&#233; de biens, etc.), l'apparition de nouvelles expressions d'engagements collectifs chez les jeunes (code source ouvert, &#233;conomie sociale, partage, gratuit&#233;, etc.), et l'&#233;mergence d'une vision du monde plus consciente, plus &#233;cologique, et surtout plus soucieuse de la coh&#233;rence entre les valeurs et les comportements&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs sources vont dans ce sens dont la prospectiviste fran&#231;aise Carine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aspiration ne date pas d'hier &#233;videmment. Plus pr&#232;s de nous, on peut y voir l'origine des tentatives de pr&#233;senter le travail-emploi comme n'&#233;tant plus ni la voie du salut comme &#224; l'aube du capitalisme, ni celle des richesses comme au XXe si&#232;cle, mais comme une exp&#233;rience, vectrice de l'affirmation et de la r&#233;alisation de soi. Les entreprises du secteur des nouvelles technologies, entre autres, privil&#233;gient fortement cette approche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peter Frose, &#171; The Politics of Getting Life &#187;, The Jacobin, April 2012&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement et l'&#233;volution des valeurs, la rar&#233;faction de l'emploi, l'importance prise par le ch&#244;mage de longue dur&#233;e, l'&#233;tendue et la persistance du ph&#233;nom&#232;ne du pr&#233;cariat, la lib&#233;ration de l'imagination et l'autonomie exig&#233;es par l'&#233;conomie du savoir, la naissance et la multiplication d'initiatives &#233;conomiques non capitalistes viables sont autant de facteurs qui peuvent contribuer &#224; effacer les obstacles culturels qui rendent les gens &#171; incapables d'imaginer qu'ils pourraient s'approprier le temps lib&#233;r&#233; du travail, les intermittences de plus en plus fr&#233;quentes et &#233;tendues de l'emploi pour d&#233;ployer des autoactivit&#233;s qui n'ont pas besoin du capital et qui ne le valorisent pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos d'Andr&#233; Gorz, cit&#233; par YOVAN GILLES, &#171; Oser l'exode de la soci&#233;t&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce verrou psychologique est cependant toujours l&#224; et le d&#233;bat sur l'avenir du travail se cristallise plus que jamais sur la notion de revenu d'existence. L'id&#233;e puissante de mettre en place un revenu de base distribu&#233; &#233;galement &#224; tous pour assurer la survie de chacun n'est pourtant pas nouvelle, Thomas Paine en parlait d&#233;j&#224; en 1797. Depuis lors, elle a fait l'objet de diff&#233;rentes interpr&#233;tations marqu&#233;es au coin des appartenances id&#233;ologiques de ceux qui l'ont pr&#244;n&#233;e &#224; un moment ou un autre. Plus r&#233;cemment, certains ont pu y voir un pis-aller devant les dangers d'une stagnation qu'ils percevaient comme s&#233;culaire ou encore l'outil appropri&#233; pour pousser plus loin l'application de la formule du &lt;i&gt;workfare&lt;/i&gt;. &#192; l'inverse, d'autres n'ont voulu y voir qu'une panac&#233;e &#224; la pauvret&#233; ou une autre fa&#231;on de s'assurer d'une v&#233;ritable &#233;galit&#233; des sexes, d'autres enfin, plus proches de la pens&#233;e de Gorz, se sont arr&#234;t&#233;s surtout sur les possibilit&#233;s qu'offrait cette notion de revenu d'existence de changer radicalement la soci&#233;t&#233;, notamment par la r&#233;appropriation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un revenu d'existence fait donc son chemin, entre autres, dans le contexte apparemment favorable cr&#233;&#233; par l'inscription du revenu de base garanti &#224; l'ordre du jour politique de certains &#201;tats europ&#233;ens. Beaucoup y voient l'occasion de franchir une &#233;tape d&#233;cisive vers une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente. Et pourtant l'instauration &#233;ventuelle d'un tel revenu est abord&#233;e par ces &#201;tats dans l'esprit du laisser-faire &#233;conomique dominant et sans v&#233;ritable recherche parall&#232;le d'une solution novatrice et durable &#224; la question du travail et de son r&#244;le dans la soci&#233;t&#233; et dans la vie des individus. La n&#233;cessit&#233; aussi d'apporter une r&#233;ponse aux besoins sociaux criants non satisfaits ou imparfaitement satisfaits par le march&#233; ne semble pas non plus faire partie de l'&#233;quation consid&#233;r&#233;e. &#192; en juger de la documentation disponible, l'ambition est plus de g&#233;rer une oisivet&#233; forc&#233;e et de nourrir la demande que de b&#226;tir une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage o&#249; la d&#233;finition du travail serait &#233;largie, comme le pr&#233;supposait la notion de revenu d'existence d&#233;battue dans les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, rien n'assure que les &#201;tats qui en envisagent l'implantation disposeront des moyens financiers n&#233;cessaires pour en faire un revenu d'existence suffisant, au sens o&#249; l'entendait par exemple Gorz, mais surtout au vu des politiques d'aust&#233;rit&#233; et de la politique mon&#233;taire impos&#233;es par l'ordre &#233;conomique en place. Cela pose imm&#233;diatement le probl&#232;me de la cr&#233;dibilit&#233; &#233;conomique de ces projets de revenu de base garanti, tant dans leur phase d'implantation que par la suite, au fil des arbitrages budg&#233;taires in&#233;vitables dans la situation &#233;conomique actuelle et plus largement, compte tenu de la logique du capitalisme r&#233;ellement existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenue enjeu politique, la d&#233;finition du revenu d'existence se retrouve au c&#339;ur d'un jeu d'influences dans lequel &#171; &lt;i&gt; les gagnants&lt;/i&gt; &#187; de la phase actuelle de l'&#233;volution du syst&#232;me socio&#233;conomique ne manqueront pas de s'engager. Le revenu de base garanti risque ainsi de se faire vider de toute port&#233;e transformationnelle restante et devenir banalement l'occasion d'une simple consolidation des minimums sociaux d&#233;j&#224; reconnus dans les pays de la Triade. Cela semble d&#233;j&#224; &#234;tre le cas dans la d&#233;marche finlandaise. &#201;visc&#233;r&#233; de la sorte, le revenu de base garanti baliserait simplement la voie vers une forme moderne du servage, au lieu d'ouvrir la voie &#224; un meilleur partage du volume croissant de richesses produites par un volume d&#233;croissant de capital et de travail. Une majorit&#233; de la population ainsi r&#233;duite &#224; la pr&#233;carit&#233; permanente serait encourag&#233;e &#224; se r&#233;signer &#224; sa condition, en &#233;change d'un minimum vital d&#233;fini arbitrairement par un processus politique sur lequel elle aura encore moins de prise. Le revenu de base garanti deviendrait ainsi une sorte de voie rapide vers un syst&#232;me social qui structurerait et perp&#233;tuerait la pauvret&#233; et la marginalisation politique d'une proportion de plus en plus importante de la population, au fil de la destruction des emplois salari&#233;s. Cette population appauvrie et marginalis&#233;e survivrait ainsi &#224; l'&#233;cart d'un monde nouveau cr&#233;&#233; par une &#233;conomie qui fera de plus en plus &#171; du niveau g&#233;n&#233;ral des connaissances la force productive principale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile aussi de passer sous silence la rupture qu'un tel revenu entra&#238;nerait entre le travail et la protection sociale, dans une phase o&#249; le capitalisme redevient sauvage. Oui, cette articulation s'est consid&#233;rablement affaiblie depuis la sortie de la civilisation du capitalisme industriel, mais l'enjeu primordial ici est plus celui de la r&#233;partition du travail-emploi que celui de la distribution d'un revenu d'existence. &#192; condition bien entendu de consid&#233;rer que l'objectif &#224; poursuivre est bien celui de s'assurer que dans la p&#233;riode de transition vers une soci&#233;t&#233; post-capitaliste, le nouveau mode de production en &#233;mergence reposera sur un meilleur rapport de forces entre le Travail et le Capital et sur un meilleur &#233;quilibre entre le travail-emploi, les activit&#233;s sociales et les activit&#233;s personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est aussi que les &#234;tres humains sont tout aussi sensibles &#224; l'iniquit&#233; dans la r&#233;partition des revenus qu'&#224; l'iniquit&#233; dans la r&#233;partition du travail. Les situations o&#249; certains sont contraints de travailler et d'autres non sont tr&#232;s mal accept&#233;es socialement et ne sauraient constituer des solutions &#224; long terme. La facilit&#233; avec laquelle les ch&#244;meurs ou les assist&#233;s sociaux peuvent &#234;tre stigmatis&#233;s en dit long &#224; ce sujet. Comme le souligne Seith Ackerman dans un article paru dans la revue &lt;i&gt;Jacobin&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seith Ackerman, &#171; The Work of Anti-Work : A response to Peter Frase &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#171; tant que la reproduction sociale n&#233;cessitera un travail ali&#233;n&#233;, il y aura toujours cette demande sociale d'une responsabilit&#233; &#233;gale de tous de travailler, et un malaise de conscience &#224; ce sujet parmi ceux qui pourraient travailler, mais qui pour une raison quelconque ne le font pas &#187;. Ce fait social impose un r&#233;examen s&#233;rieux de la question de la r&#233;partition &#233;quitable du travail-emploi et des possibilit&#233;s que cette r&#233;partition offre en mati&#232;re de r&#233;duction et d'am&#233;nagement diff&#233;rent du temps de travail, et d'interpellation de la distribution actuelle, profond&#233;ment in&#233;galitaire, des fruits de la croissance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dissociation entre la croissance &#233;conomique et la cr&#233;ation d'emplois peut se g&#233;rer aussi bien par la diminution du nombre d'heures travaill&#233;es que par la diminution du nombre de travailleurs. Du point de vue social, la premi&#232;re solution est largement pr&#233;f&#233;rable &#224; la seconde, car elle traite tous les travailleurs sur un pied d'&#233;galit&#233; et assure au plus grand nombre les avantages d'un emploi. Une voie s&#233;duisante serait celle de relier la diminution du nombre d'heures travaill&#233;es aux gains de productivit&#233;, ce qui devrait &#233;galement prot&#233;ger le revenu par personne. Un tel choix n'entra&#238;nerait pas n&#233;anmoins de cr&#233;ation d'emplois suppl&#233;mentaires. Pour pouvoir les cr&#233;er, il faut que la diminution de la dur&#233;e du temps travaill&#233; d&#233;passe le seuil des compensations par des heures suppl&#233;mentaires ou par de nouveaux gains de productivit&#233;. Autrement dit, il faut que cette r&#233;duction soit sup&#233;rieure au progr&#232;s de la productivit&#233; du travail et &#224; la capacit&#233; d'absorption de la main-d'&#339;uvre par de nouvelles entreprises ou organisations. Il s'agit l&#224; d'un cadre tr&#232;s contraignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, un tel cadre ne pourra s'appliquer sans entra&#238;ner des r&#233;percussions s&#233;rieuses sur les niveaux de r&#233;mun&#233;ration des travailleurs et les frais d'exploitation des entreprises. Dans la logique &#233;conomique actuelle, la r&#233;alit&#233; brutale est que la r&#233;duction du temps de travail ne pourra pas s'effectuer sans une remise en cause de la r&#233;mun&#233;ration. En outre, son adoption et sa mise en &#339;uvre ne pourront se faire qu'au terme de d&#233;marches longues et complexes, tant au niveau des instances politiques qu'&#224; celui des entreprises. Et enfin, demeure aussi l'&#233;cueil de l'interchangeabilit&#233; totale et parfaite des personnes au regard des exigences d'un emploi. Cette interchangeabilit&#233; est loin d'&#234;tre assur&#233;e dans les conditions existantes. Dans un contexte mondial o&#249; le co&#251;t du travail menace son existence, une revendication de diminution du temps de travail qui gravitera exclusivement autour du principe d'enlever une partie du travail &#224; ceux qui en auraient trop pour le redistribuer &#224; ceux qui en sont priv&#233;s n'aura pas grande chance d'aboutir, ni du point de vue de la mobilisation des travailleurs concern&#233;s et ni de celui de son inscription &#224; l'ordre du jour politique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers des r&#233;formes non r&#233;formistes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Des faits t&#234;tus demeurent. Le travail reste la clef de la production, et donc de l'activit&#233; &#233;conomique, et la forme privil&#233;gi&#233;e de la r&#233;partition de la richesse produite. Sa validation sociale continue de passer par la collectivit&#233; et le march&#233;. Le d&#233;fi de taille dans la pr&#233;sente phase de l'&#233;volution du syst&#232;me socio&#233;conomique sera de r&#233;ussir &#224; donner plus de poids &#224; la collectivit&#233; dans la validation sociale du travail. Cela faciliterait sa r&#233;appropriation, ne serait-ce qu'en sortant le secteur de l'&#233;conomie sociale et solidaire ou tiers secteur de son r&#244;le actuel d'amortisseur social, dans le cadre du d&#233;sengagement de l'&#201;tat, pour en faire pleinement le lieu de d&#233;veloppement d'une nouvelle soci&#233;t&#233; dans laquelle l'&#233;conomique sera encastr&#233; dans le social. Une telle d&#233;marche commandera toutefois d'inscrire dans une perspective plus large la r&#233;flexion sur la place du travail dans le changement de d&#233;cor en cours. Partant du constat de l'impossibilit&#233; de reconduire les sch&#233;mas ant&#233;rieurs dans la lutte au ch&#244;mage, cette r&#233;flexion devrait tenir compte de l'existence de besoins sociaux non satisfaits par le march&#233; et des possibilit&#233;s nouvelles de revoir les proportions de temps consacr&#233;es au travail emploi, aux activit&#233;s sociales et aux activit&#233;s personnelles. Elle devrait faire cas aussi des possibilit&#233;s nouvelles de refonder la citoyennet&#233; sur de nouvelles bases et de s'avancer ainsi sur la voie de la d&#233;mocratie productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction des conclusions d'une telle r&#233;flexion en projet politique d'abord et en une strat&#233;gie de mise en &#339;uvre de ce dernier par la suite repr&#233;sentera un autre d&#233;fi de taille. Il se posera d'ailleurs avec une acuit&#233; particuli&#232;re dans le red&#233;ploiement et le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie sociale et solidaire qui est un enjeu strat&#233;gique. Dans la phase actuelle de l'&#233;volution du syst&#232;me socio&#233;conomique, les monopoles et oligopoles dominent le march&#233; et influencent fortement les politiques, les lois et les r&#232;glements. Les pouvoirs publics, qui ont la haute main sur les collectivit&#233;s, sont profond&#233;ment impr&#233;gn&#233;s par cette influence. Les monopoles et oligopoles des secteurs industriels, agricoles, commerciaux et de service usent et abusent de leur pouvoir pour pr&#233;server leur rente de situation, en entravant l'&#233;mergence de toute initiative issue du milieu &#233;conomique ou social qui pourrait y porter atteinte. Et ce comportement d&#233;teint sur les pouvoirs publics. Des contraintes r&#233;glementaires et des exigences de fonctionnement, compatibles seulement avec une production ou une organisation &#224; grande &#233;chelle, &#233;touffent la production de petite &#233;chelle, qu'elle soit &#224; but lucratif ou non. Elles nuisent de la sorte &#224; l'innovation &#233;conomique, sociale et culturelle. Plus fondamentalement, ces contraintes et exigences de fonctionnement nuisent &#233;galement &#224; la pr&#233;servation de la plupart des savoir-&#234;tre et des savoir-faire qui sont les fruits de connaissances et de pratiques de tr&#232;s longue date, qui ont contribu&#233; &#224; la survie et au progr&#232;s de l'humanit&#233; et sans lesquelles toute soci&#233;t&#233; &#233;prouverait des difficult&#233;s &#224; prosp&#233;rer et s'&#233;panouir. Tout un terrain de lutte politique se dessine ainsi, puisqu'il s'agira finalement de travailler &#224; ramener l'&#233;conomie dans le giron de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir &#224; ce besoin d'une perspective plus vaste, un exemple int&#233;ressant est fourni par une proposition avanc&#233;e par Guy Aznar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Aznar, &#171; Le travail c'est fini (&#224; plein temps, toute la vie, pour tout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un chercheur ind&#233;pendant fran&#231;ais, vers la fin des ann&#233;es 1980. Ce dernier avait lanc&#233; l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage o&#249; l'on pourrait vivre &#224; trois temps, &#233;quilibrant production, activit&#233;s sociales et temps individuel. Chacun y organiserait librement son projet de vie autour de trois p&#244;les : le travail dans la sph&#232;re productive, l'activit&#233; dans la sph&#232;re sociale, l'activit&#233; ou la non-activit&#233; dans l'espace individuel. Une personne pourrait ainsi occuper un emploi dans le secteur productif (PME, grandes entreprises, etc.), mais en travaillant moins pour permettre au plus grand nombre possible d'avoir un emploi. Elle pourrait aussi consacrer un certain nombre d'heures dans la semaine &#224; des activit&#233;s sociales, par exemple dans un organisme &#224; dimension communautaire. Et enfin, elle pourrait occuper son temps libre soit &#224; des activit&#233;s individuelles &#224; but r&#233;cr&#233;atif, et parfois m&#234;me &#224; but lucratif, soit plus prosa&#239;quement &#224; la d&#233;tente et au repos. Aznar partait de la constatation que la proportion relative de ces trois temps pouvait &#234;tre chang&#233;e, par suite de la diminution marqu&#233;e de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de travail productif serait partag&#233; entre tous. Le temps social existerait d&#233;j&#224; sous la forme de la vie associative actuelle, mais de nombreuses autres fonctions sociales resteraient &#233;videmment &#224; d&#233;velopper pour r&#233;pondre, entre autres, aux besoins non satisfaits par le march&#233;. Le temps libre rel&#232;verait des choix personnels de chacun et pourrait &#233;ventuellement servir &#224; inventer un nouveau travail &#224; c&#244;t&#233; du premier. L'essentiel dans ce mode d'organisation est que chacun puisse avoir acc&#232;s &#224; ces trois temps de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque temps correspondrait son revenu. Au temps de travail productif, un salaire li&#233; au temps consacr&#233; aux t&#226;ches assign&#233;es ; au temps social, un &#171; deuxi&#232;me ch&#232;que &#187; li&#233; &#224; la productivit&#233; de la soci&#233;t&#233;, &#224; sa croissance &#233;conomique, et dont ne pourront b&#233;n&#233;ficier que les personnes qui auront accept&#233; de r&#233;duire leur temps de travail et jamais des personnes professionnellement inactives ou occupant un emploi &#224; temps plein ; au temps libre, un revenu facultatif fruit d'une &#233;ventuelle autoproduction sous le signe de la valeur d'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte sp&#233;cifique de la France de la fin des ann&#233;es 1980, Guy Aznar retenait trois strat&#233;gies parall&#232;les pour mettre en &#339;uvre ce syst&#232;me : la r&#233;duction g&#233;n&#233;rale du temps de travail pour atteindre par palier la semaine de quatre jours ; la r&#233;duction individuelle choisie du temps de travail productif, en recourant &#224; diff&#233;rentes dispositions existantes (pr&#233;retraite, ann&#233;e sabbatique, temps partiel volontaire, etc.), la strat&#233;gie du temps choisi reposant sur le choix libre de p&#233;riodes d'interruption en alternance avec des p&#233;riodes de travail sur la dur&#233;e de la vie active ; la cr&#233;ation massive et volontariste d'un vaste secteur d'emplois sociaux, le secteur des activit&#233;s d'utilit&#233; collective qui r&#233;pondrait aux besoins collectifs non satisfaits ou aux besoins reli&#233;s au service de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des orientations de fond d&#233;fendues par Guy Aznar &#233;tait qu'il fallait cesser de consid&#233;rer le salaire comme l'unique source de revenus et qu'en cons&#233;quence, une r&#233;organisation des sources de revenus s'imposait. De l&#224; est venue la proposition d'un &#171; deuxi&#232;me ch&#232;que &#187; pour lequel l'auteur avait d'ailleurs propos&#233; trois modes de fonctionnement et de financement non exclusifs entre eux. L'objectif commun demeurait toutefois de favoriser la r&#233;duction du temps de travail productif, de faciliter l'exercice d'activit&#233;s sociales et de permettre demain &#224; l'homme de disposer plus librement des trois temps de la vie pour devenir v&#233;ritablement &#171; &lt;i&gt;le fils de ses &#339;uvres&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que cet exemple a &#233;t&#233; choisi pour illustrer l'importance d'aborder dans une optique d'ensemble le d&#233;fi du travail pour tous plut&#244;t que de se laisser pi&#233;ger par des formules miracles ou des revendications &#224; la pi&#232;ce dict&#233;es par l'urgence d'agir. L'important aussi est de retenir l'approche suivie dans l'exemple. Elle peut se r&#233;sumer dans la volont&#233; de partir de la r&#233;alit&#233;, en ouvrant bien les yeux sur les transformations en cours, d'imaginer ensuite une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage et de revenir &#224; la r&#233;alit&#233; en vue de d&#233;terminer les principaux &#233;l&#233;ments structurants d'une telle soci&#233;t&#233; dans le contexte existant. L'id&#233;e ne serait plus de lutter simplement contre le ch&#244;mage, mais de commencer &#224; construire peu &#224; peu une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage, en avan&#231;ant des revendications soigneusement orient&#233;es vers la mise en place de ces &#233;l&#233;ments structurants. Ces &#233;l&#233;ments devraient d'ailleurs pouvoir se traduire en autant d'objectifs interm&#233;diaires dans le souci de rassembler graduellement toutes les forces possibles de changement, celles d&#233;j&#224; bien ancr&#233;es dans leurs milieux respectifs et forg&#233;es dans la lutte contre les politiques n&#233;olib&#233;rales ainsi que celles encore potentielles susceptibles d'&#233;merger de cet embryon de classe sociale possible qu'est le pr&#233;cariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incertitude grandissante autour du travail-emploi et l'ins&#233;curit&#233; stressante qui en d&#233;coule pour une masse toujours croissante d'individus, d&#233;sormais incapables de planifier leur vie et d'en tirer le sentiment d'un certain contr&#244;le de leur destin&#233;e, constituent des facteurs qui devraient pouvoir jouer en faveur de l'enracinement dans la soci&#233;t&#233; de l'exigence d'une soci&#233;t&#233; sans ch&#244;mage. Cette exigence ne pourra toutefois s'imposer dans l'ordre du jour politique sans un important mouvement de mobilisation, un mouvement suffisamment puissant pour &#233;branler l'intol&#233;rance absolue du syst&#232;me envers toute d&#233;viation de l'ordre n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alberto Rabilotta*&lt;/strong&gt; y &lt;strong&gt;Michel Agna&#239;eff*&lt;/strong&gt;. Montr&#233;al, le 31 janvier 2016&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;* &lt;strong&gt;Alberto Rabilotta&lt;/strong&gt;. Journaliste argentino-canadien depuis 1967. Au Mexique pour la &#171; &lt;i&gt;Milenio Diario de Mexico&lt;/i&gt; &#187; Correspondant de Prensa Latina au Canada (1974). Directeur de Prensa Latina Canada, pour l'Am&#233;rique du Nord (1975-1986) Mexique, USA, Canada. Correspondant de l'Agence de Services Sp&#233;ciaux d'Information, ALASEI, (1987-1990). Correspondant de l'&lt;i&gt;Agencia de Noticias de M&#233;xico&lt;/i&gt;, NOTIMEX au Canada (1990-2009. Editorialiste sous de pseudonymes -Rodolfo Ara et Rocco Marotta- pour &#171; &lt;i&gt;Milenio Diario de Mexico&lt;/i&gt; &#187; (2000-2010, Collaborateur d'ALAI, PL, El Correo, El Independiente et d'autres m&#233;dias depuis 2009.&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Michel Agna&#239;eff&lt;/strong&gt; est un ancien dirigeant syndical qu&#233;b&#233;cois et un ex-pr&#233;sident de la Commission canadienne pour l'UNESCO.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/L-emploi-impasse-economique-et-abime-socialQuel-avenir-pour-le-travail&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo de la diaspora latinoamericaine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 8 janvier 2016&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;img alt=&#034;Contrat Creative Commons&#034; style='border-width:0' src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L88xH31/88x31-b3f286cb-e3e5b.png?1711361693' width='88' height='31' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Cette &lt;span xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://purl.org/dc/dcmitype/Text&#034; rel=&#034;dct:type&#034;&gt;cr&#233;ation&lt;/span&gt; par &lt;b&gt;&lt;a xmlns:cc=&#034;http://creativecommons.org/ns#&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034; property=&#034;cc:attributionName&#034; rel=&#034;cc:attributionURL&#034;&gt;http://www.elcorreo.eu.org&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; est mise &#224; disposition selon les termes de la &lt;b&gt;&lt;a rel=&#034;license&#034; href=&#034;http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/&#034;&gt;&lt;u&gt;licence Creative Commons Paternit&#233; - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;. Bas&#233;e sur une &#339;uvre de &lt;b&gt;&lt;a xmlns:dct=&#034;http://purl.org/dc/terms/&#034; href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org&#034;rel=&#034;dct:source&#034;&gt;www.elcorreo.eu.org&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carolyn Dimitri, Anne Effland, and Neilson Conklin, &#171; The 20th century Transformation of U.S. Agriculture and Farm Policy &#187;, Economic Information Bulletin Number 3, United States Department of Agriculture&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Alix Jodier, &#171; Panorama de l'agriculture &#8211; Population agricole &#187;, La France agricole.fr, 14 janvier 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Emploi et questions sociales dans le monde &#8211; Des modalit&#233;s d'emploi en pleine mutation &#187;, OIT, mai 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Yves Geoffard, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/futurs/2015/05/25/former-demain-aux-emplois-d-apres-demain_1316326&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Former demain aux emplois d'apr&#232;s-demain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Lib&#233;ration, 25 mai 20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Manyika, M. Chui, J. Bughin&#233;, R. Dobbs, P. Bisson, A. Marrs, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/dotcom/Insights%20and%20pubs/MGI/Research/Technology%20and%20Innovation/Disruptive%20technologies/MGI_Disruptive_technologies_Executive_summary_May2013.ashx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Disruptive technologies : Advances that will transform life, business, and the global economy&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, McKinsey Global Institute, May 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Benedikt Frey and Michael Osborn, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/publications/view/1314&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Future of Employment : How susceptible are jobs to computerisation ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/research/programmes/future-tech&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Oxford Martin Programme on the impacts of Furure Technology&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, Oxford University, Oxford, September 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Carl Benedikt Frey and Michael Osborn, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/publications/view/1314&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Future of Employment : How susceptible are jobs to computerisation ?&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/research/programmes/future-tech&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Oxford Martin Programme on the impacts of Furure Technology&lt;/a&gt; &#187;, Oxford University, Oxford, September 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert J. Gordon, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nber.org/papers/w18315&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Is US Economic Growth over ? Faltering Innovation Confronts the Six Headwinds&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, NBER working papers series, Working Paper 18,315&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bureau of Labor Statistics&#8212;USA Department of Labor&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erik Brynjolfsson and Andrew McAfee, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://books.wwnorton.com/books/The-Second-Machine-Age/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;The second Machine Age&#8212;Work, Progress and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, W.W. Norton &amp; Company, New York, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Timothy Aeppel, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://blogs.wsj.com/economics/2015/02/25/be-calm-robots-arent-about-to-take-your-job-mit-economist-says/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Be Calm, Robots Aren't About to Take Your Job, MIT Economists Says&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Wall Street Journal&lt;/i&gt;, Business, Real Time Economics, February 25 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Simon Head, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.sciencenews.org/article/mindless-why-smarter-machines-are-making-dumber-humans&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mindless&#8212;Why Smarter Machines are Making Dumber Humans&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Basic Books, Persues Books Group, New York, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicholas Carr, &#171; The myth of the endless ladder &#187;, Rough Type, roughtype.com&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Beaudry, David A. Green, Ben Sand, &#171; &lt;i&gt;The Great Reversal in the demand for skill and cognitive tasks&lt;/i&gt; &#187;, Economics, University of British Columbia, January 2013, pdf&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude L&#233;vesque, &#171; &lt;i&gt;Endettement &#233;tudiant : une bombe &#224; retardement aux &#201;tats-Unis&lt;/i&gt; &#187;, Le Devoir, Montr&#233;al, 9 juillet 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heidi Shierholz, Natalie Sabadish and Hilary Wething, &#171; &lt;i&gt;Wages of young college graduates have failed to grow over the last decade&lt;/i&gt; &#187;, Press release, Economic Policy Institute, May 16 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Krugman, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nytimes.com/2012/12/10/opinion/krugman-robots-and-robber-barons.html?_r=0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Robots and Robber Barons&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, New York Times, New York, December 9 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Barry C. Lynn and Phillip Longman, &#171; &lt;i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.washingtonmonthly.com/features/2010/1003.lynn-longman.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Who Broke America's Jobs Machine&#8212;Why creeping consolidation is crushing American livehood&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, PDF, Washington Monthly, March-April 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BIT, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.ilo.org/global/research/global-reports/weso/2016/lang--fr/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Emploi et questions sociales dans le Monde &#8211; Tendances pour 2016&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, OIT, Gen&#232;ve, janvier 2016&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Husson, &#171; &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/psalirsw.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le partage de la valeur ajout&#233;e en Europe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, La revue de l'Ires, No64, janvier 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfgang Streeck, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://pubman.mpdl.mpg.de/pubman/item/escidoc:2042536:6/component/escidoc:2170448/NLR_87_2014_Streeck.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;How will capitalism end&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, New Left Review, May/June 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Skidelsky, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.theguardian.com/business/economics-blog/2012/jun/21/capitalism-red-tooth-claw-keynes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Return to capitalism &#8216;red in tooth and claw' spells economic madness&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, London, June 21 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Maynard Keynes,&#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.econ.yale.edu/smith/econ116a/keynes1.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Economic Possibilities for our Grandchildren&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187; (1930), &lt;i&gt;in Essays of Persuasion&lt;/i&gt;, New York, W.W. Norton &amp; Co. 1963&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Polanyi, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-Grande-Transformation-de-Karl-Polanyi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Grande Transformation&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, 1944, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, Gallimard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zaki La&#239;di, &#171; &lt;a href=&#034;http://www.laidi.com/comment/marche.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce que la soci&#233;t&#233; de march&#233; ?&lt;/a&gt; &#187;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Hobsbawm, &#171; &lt;a href=&#034;https://chrhc.revues.org/2015&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marx et l'Histoire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Paris, &#201;ditions Demopolis, 2008, p 74&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les statistiques officielles ne donnent d'ailleurs qu'une id&#233;e fortement partielle de l'ampleur r&#233;elle du ph&#233;nom&#232;ne. D&#233;pendant du nombre des variables consid&#233;r&#233;es, le taux de ch&#244;mage peut passer ainsi, dans le cas par exemple des &#201;tats-Unis, en octobre 2014, de 5,4 % (taux officiel largement utilis&#233; par les m&#233;dias), &#224; 11,5 % (en consid&#233;rant aussi les travailleurs dits d&#233;courag&#233;s &#224; court terme et le travail &#224; temps partiel par d&#233;faut) et &#224; 23,0 % (en consid&#233;rant aussi les sorties forc&#233;es de la vie active, une cat&#233;gorie qui n'est plus prise en compte depuis 1994). Source : &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.shadowstats.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.shadowstats.com&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Standing, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.e-elgar.com/shop/work-after-globalization?___website=uk_warehouse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Work after Globalization&#8212;Building Occupational Citizenship&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, Edward Elgar Publishing Limited, Cheltenham, UK, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Travail et citoyennet&#233; : quel avenir ?, publi&#233; sous la direction de Michel Coutu et Gregor Murray, Qu&#233;bec, Presses de l'Universit&#233; Laval, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Standing, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bloomsbury.com/uk/a-precariat-charter-9781472510396/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;A Precariat Charter&#8212;From Denizens to Citizens&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, Bloomsbury, London, UK, 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.diagonalperiodico.net/global/28942-nace-la-coordinadora-desempleados-y-precarios-madrid.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nace la Coordinadora de Desempleados y Precarios de Madrid&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Diagonal, 08/01/16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Immanuel Wallerstein, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://newleftreview.org/II/18/immanuel-wallerstein-new-revolts-against-the-system&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;New Revolts against the System&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, New Left Review, November-December 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plusieurs sources vont dans ce sens dont la prospectiviste fran&#231;aise &lt;a href=&#034;http://www.carinedartiguepeyrou.com/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Carine Dartiguepeyrou&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Voir : &lt;a href=&#034;http://www.democratie-spiritualite.org/sites/democratie-spiritualite.org/IMG/doc/c_dartiguepeyrou_evolution_et_changement_de_valeurs.doc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;volution et changement de valeurs&lt;br class='autobr' /&gt;
Que se cache-t-il derri&#232;re la crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peter Frose, &#171; &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2012/04/the-politics-of-getting-a-life/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Politics of Getting Life&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;, The Jacobin, April 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos d'Andr&#233; Gorz, cit&#233; par YOVAN GILLES, &#171; &lt;i&gt;Oser l'exode de la soci&#233;t&#233; de travail vers la production de soi&lt;/i&gt; &#187;, entretien repris sur le site &lt;a href=&#034;http://www.perspectives-gorziennes.fr/index.php?tag/SUR%20Gorz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Perspectives gorziennes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, 30 ao&#251;t 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seith Ackerman, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.jacobinmag.com/2012/05/the-work-of-anti-work-a-response-to-peter-frase/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;The Work of Anti-Work : A response to Peter Frase&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Jacobin, May 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy Aznar, &#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1991_num_46_4_3729&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le travail c'est fini (&#224; plein temps, toute la vie, pour tout le monde) et c'est une bonne nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; &#187;, Paris, &#201;dition Belfond, 1990&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>D'une civilisation capitaliste industrielle vers une barbarie ploutocratique</title>
		<link>https://www.elcorreo.eu.org/D-une-civilisation-capitaliste-industrielle-vers-une-barbarie-ploutocratique</link>
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		<dc:date>2015-04-19T22:25:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alberto Rabilotta *, Michel Agna&#239;eff *</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La mondialisation appauvrit plus qu'elle n'enrichit, la concentration de la richesse s'accentue, les in&#233;galit&#233;s se creusent, les m&#233;nages et les pays s'enfoncent dans l'endettement, l'automatisation ravage les emplois et l'exploitation d&#233;brid&#233;e de la nature se poursuit. Parall&#232;lement, la politique se vide de son contenu, les institutions perdent de leur sens et la sph&#232;re financi&#232;re s'hypertrophie pendant que la dynamique du capitalisme s'&#233;touffe. Une satrapie oligarchique pire que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/Reflexions" rel="directory"&gt;R&#233;flexions et travaux&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La mondialisation appauvrit plus qu'elle n'enrichit, la concentration de la richesse s'accentue, les in&#233;galit&#233;s se creusent, les m&#233;nages et les pays s'enfoncent dans l'endettement, l'automatisation ravage les emplois et l'exploitation d&#233;brid&#233;e de la nature se poursuit. Parall&#232;lement, la politique se vide de son contenu, les institutions perdent de leur sens et la sph&#232;re financi&#232;re s'hypertrophie pendant que la dynamique du capitalisme s'&#233;touffe. Une satrapie oligarchique pire que le capitalisme se profile &#224; l'horizon. Vers quelle forme d'organisation sociale, politique et &#233;conomique faut-il s'orienter pour s'&#233;viter ce basculement dans un univers qui nierait fonci&#232;rement les valeurs &#233;thiques et morales qui nous d&#233;finissent en tant qu'&#234;tres sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref essai tente de circonscrire les balises d'une approche coh&#233;rente d'un tel d&#233;fi. Il le fait en s'interrogeant d'abord sur le capitalisme d'o&#249; nous &#233;mergeons et sur la r&#233;surgence du lib&#233;ralisme pur et dur, ensuite sur le capitalisme dans lequel nous nous retrouvons et finalement sur les possibilit&#233;s qui s'offrent pour mener une d&#233;fense plus efficace des int&#233;r&#234;ts vitaux de toute la soci&#233;t&#233; et de la plan&#232;te. Cet essai porte principalement sur les soci&#233;t&#233;s du capitalisme dit avanc&#233;, soit le centre du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;L'avenir du capitalisme&lt;/i&gt;, mais qui aurait m&#233;rit&#233; de s'appeler &lt;i&gt;La crise &#224; venir du capitalisme mondial&lt;/i&gt;, Lester C. Thurow recourt &#224; un adage chinois pour d&#233;crire le sort de nos soci&#233;t&#233;s affect&#233;es et perturb&#233;es par les mutations profondes qui jalonnent le d&#233;litement de l'&#201;tat providence. Nous sommes, &#233;crit-il, comme un gros poisson qui a &#233;t&#233; tir&#233; de l'eau et qui se d&#233;bat d&#233;sesp&#233;r&#233;ment pour y retourner. Dans la situation qui est la sienne, il ne se demande jamais o&#249; le prochain soubresaut le m&#232;nera. Il sent seulement que cette situation est intol&#233;rable et qu'il lui faut encore et encore tenter quelque chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lester Thurow, &#171; The Future of Capitalism &#187;, New York, Penguin Books, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des tentatives d&#233;sesp&#233;r&#233;es de ce gros poisson de retourner &#224; l'eau, les forces vives de nos soci&#233;t&#233;s peuvent-elles miser exclusivement sur un retour &#224; la situation ant&#233;rieure, sur un r&#233;tablissement de l'&#201;tat providence et de son approche keyn&#233;sienne de l'&#233;conomie, sans autre perspective politique ? Dans le contexte du cataclysme &#233;conomique et social en cours, un tel r&#233;tablissement est-il seulement envisageable ? Est-ce le bon objectif d'ailleurs ? Et si l'&#201;tat-providence n'&#233;tait qu'un hiatus entre deux phases de lib&#233;ralisme pur et dur, le fruit d'une conjoncture particuli&#232;re ? L'&#233;riger en eldorado perdu ne ferait-il pas courir le risque de poursuivre un mirage, de faire fausse route et finalement de se livrer involontairement &#224; un exercice de gesticulation politique, &#224; un moment pourtant crucial du devenir de la vie en soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quel capitalisme sortons-nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en sommes-nous arriv&#233;s &#224; l'&#201;tat-providence de l'apr&#232;s-guerre ? Nouriel Roubini rappelle &#224; ce sujet que &#171; m&#234;me avant la grande d&#233;pression, les classes &#171; bourgeoises &#187; &#233;clair&#233;es europ&#233;ennes reconnaissaient que pour &#233;viter une r&#233;volution il &#233;tait n&#233;cessaire de prot&#233;ger les droits des salari&#233;s, d'augmenter leurs revenus et d'am&#233;liorer leurs conditions de travail, de redistribuer les richesses et de financer les biens publics (l'&#233;ducation, la sant&#233; et syst&#232;me de protection sociale). La pression en faveur d'un &#201;tat-providence moderne a augment&#233; apr&#232;s la grande d&#233;pression, lorsque l'&#201;tat a assum&#233; la responsabilit&#233; de la stabilisation macro&#233;conomique. Il lui a fallu pour cela entretenir une classe moyenne importante en renfor&#231;ant les biens publics par une fiscalit&#233; progressive et en donnant &#224; tous une chance de r&#233;ussir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouriel Roubini, &#171; L'in&#233;galit&#233;, source d'instabilit&#233; ! &#187;, Project Syndicate, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne illustre bien ce cheminement historique. Dans les ann&#233;es 1870, le contexte de ch&#244;mage et de mis&#232;re provoqu&#233; par les crises facilite le progr&#232;s des id&#233;es et des organisations socialistes. Confront&#233; &#224; l'&#233;chec de leur r&#233;pression, le chancelier ultraconservateur Bismarck les juge tellement mena&#231;antes pour l'ordre &#233;tabli qu'il choisit de les combattre plut&#244;t par la voie du compromis, en empruntant le chemin de la cooptation r&#233;formiste. &#192; partir de 1883, il fait ainsi adopter les premi&#232;res mesures &#233;tatiques favorables &#224; la classe laborieuse. Ces mesures deviennent le point de d&#233;part de l'&#201;tat-providence, un &#201;tat d&#233;sormais interventionniste en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, qui se veut garant d'une redistribution relative de la richesse produite socialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, les m&#234;mes raisons, plus particuli&#232;rement la menace repr&#233;sent&#233;e au &lt;i&gt;rapport capital-travail&lt;/i&gt;, poussent le Vatican &#224; faire &#233;cho aux r&#233;formes de Bismarck dans l'encyclique &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; (1891), assise de la doctrine sociale de l'&#201;glise. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (SGM), cette doctrine marquera fortement l'id&#233;ologie des partis r&#233;formistes, principalement les partis d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, mais aussi de partis sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e des travaux d'Esping-Andersen, nous pouvons distinguer aujourd'hui trois mod&#232;les d'&#201;tat providence : conservateur (Allemagne, Italie, France, etc.), social-d&#233;mocrate (Scandinavie) et lib&#233;ral (Royaume-Uni, &#201;tats-Unis, Canada)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gosta Espig-Andersen, Les trois mondes de l'&#201;tat-providence, coll. Le lien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leurs diff&#233;rences d&#233;rivent de l'interaction du pouvoir politique et l'h&#233;ritage historique des nations en cause, notamment le degr&#233; d'organisation du mouvement ouvrier et singuli&#232;rement la force de son expression sur le plan politique. Par exemple, au Royaume-Uni, le parti travailliste n'a jamais r&#233;ussi &#224; se maintenir au pouvoir suffisamment longtemps pour orienter le pays vers une sociale d&#233;mocratie s'apparentant davantage &#224; celle de la Su&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trajectoires pass&#233;es et pr&#233;sentes des diff&#233;rentes formes modernes de l'&#201;tat-providence, les &#233;volutions relatives &#224; leur nature, &#224; leur r&#244;le et &#224; leurs missions s'expliquent essentiellement par l'&#233;volution du capitalisme et le contexte de cette &#233;volution. Les &#201;tats-providence sont n&#233;s de la n&#233;cessit&#233;, d'une part, de rompre avec un capitalisme sous l'emprise du lib&#233;ralisme pur et dur, responsable d'avoir g&#233;n&#233;r&#233; la Grande D&#233;pression et les d&#233;rives vers le fascisme et le nazisme, et d'autre part, d'amoindrir l'attrait exerc&#233; par la voie alternative offerte par l'exp&#233;rience sovi&#233;tique d'une &#233;conomie socialiste. Ils sont ainsi l'&#233;manation du capitalisme industriel, mais aussi son support et sa planche de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant de voir le concept d'&#201;tat-providence s'imposer avec succ&#232;s dans le camp occidental, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, au moment o&#249; le socialisme commen&#231;ait &#224; s'&#233;tendre dans le monde. Il lui fallait alors r&#233;pondre aux revendications port&#233;es par les partis communistes, les autres forces de gauche et le mouvement syndical. Dans leur ensemble, ces derniers soutenaient l'intervention &#233;tatique dans l'&#233;conomie et pressaient les gouvernements occidentaux d'&#233;tendre les politiques favorisant l'emploi ainsi que la justice et le progr&#232;s social, par la redistribution des fruits du d&#233;veloppement &#233;conomique. Roubini consid&#232;re d'ailleurs que &#171; l'av&#232;nement de l'&#201;tat-providence (souvent sous la conduite de d&#233;mocraties lib&#233;rales) a &#233;t&#233; une strat&#233;gie pour &#233;viter une r&#233;volution populaire, le socialisme et le communisme, au moment o&#249; la fr&#233;quence et la gravit&#233; des crises financi&#232;res allaient croissantes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouriel Roubini, &#171; L'in&#233;galit&#233;, source d'instabilit&#233; ! &#187;, Project Syndicate, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique et les avanc&#233;es sociales dans les pays cl&#233;s du capitalisme, au cours de la p&#233;riode 1945-1975, d&#233;coulent principalement de la dynamique positive qui s'&#233;tablit alors entre la production industrielle massive de biens de grande consommation, la consommation de masse et la g&#233;n&#233;ralisation de la protection sociale. Cette p&#233;riode se qualifie ais&#233;ment comme celle du triomphe du fordisme et des approches keyn&#233;siennes et se caract&#233;rise par une croissance spectaculaire de la part du budget d'&#201;tat consacr&#233;e aux d&#233;penses sociales. De fa&#231;on exceptionnelle, et pour quelques courtes d&#233;cennies, le mode de production et la coh&#233;sion sociale ne se retrouvent pas aux antipodes, permettant ainsi au camp occidental de se positionner comme zone de progr&#232;s social dans le rapport de forces de la guerre froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique positive entre le mode de production, la consommation de masse et la g&#233;n&#233;ralisation de la protection sociale facilite en effet des progr&#232;s r&#233;els en mati&#232;re d'esp&#233;rance de vie, de pouvoir d'achat, d'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation et au logement, de mobilit&#233; sociale, sans pour autant attaquer fondamentalement la pauvret&#233; ou encore les in&#233;galit&#233;s de classe ou de genre. Parall&#232;lement, elle joue aussi &#224; l'avantage du capitalisme industriel, notamment du fait des mesures de s&#233;curit&#233; des revenus qui permettent de lib&#233;rer l'&#233;pargne de protection au profit de la consommation ou de maintenir la capacit&#233; de consommer de ceux qui se retrouvent dans les rangs des ch&#244;meurs ou des retrait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'inscrivant dans la perspective d&#233;velopp&#233;e par Karl Polanyi dans &lt;i&gt;La Grande transformation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Polanyi, La Grande Transformation, 1944, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de pr&#233;tendre avec Espig-Andersen que &#171; les diff&#233;rents types d'&#201;tat-providence ont en commun une &lt;i&gt;d&#233;marchandisation &lt;/i&gt;partielle du travail, n&#233;cessaire &#224; la survie du syst&#232;me capitaliste. &lt;i&gt;L'introduction des droits sociaux modernes implique qu'une personne peut conserver ses moyens d'existence sans d&#233;pendre du march&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monique Abellard, Alternatives &#201;conomiques Poche, num&#233;ro 021, novembre 2005&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Pour sa part, David Harvey, chef de file de l'approche marxiste en g&#233;ographie, consid&#232;re que le consensus sous-jacent &#224; l'&#201;tat-providence de l'apr&#232;s-guerre rel&#232;ve d'un &lt;i&gt;lib&#233;ralisme encastr&#233; &lt;/i&gt;dans le social.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Keith Hart, &#171; Karl Polanyi : proph&#232;te de la fin de l'&#233;conomie lib&#233;rale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sam Gindin, un universitaire canadien issu des rangs syndicaux, fait cependant remarquer qu'un examen attentif de l'&#201;tat-providence r&#233;v&#232;le aussi l'existence d'&#233;l&#233;ments d&#233;terminants de continuit&#233; entre cette p&#233;riode et celle du n&#233;olib&#233;ralisme qui suivra. &#192; son avis, c'est pr&#233;cis&#233;ment pendant les &lt;i&gt;Trente Glorieuses &lt;/i&gt;que les premiers blocs du n&#233;olib&#233;ralisme se sont mis en place. Il cite, entre autres, l'ouverture et l'engagement &#224; l'&#233;gard de la lib&#233;ralisation des &#233;changes, l'explosion du nombre des soci&#233;t&#233;s transnationales, l'amorce de la mont&#233;e en puissance des investissements dans la finance, la priorisation de la production en &#233;change de l'accroissement de la consommation priv&#233;e. Il note &#224; ce dernier propos qu'une des cons&#233;quences fut la marginalisation des conceptions plus radicales du contr&#244;le d&#233;mocratique de la production et des pr&#233;occupations en mati&#232;re d'&#233;galit&#233; sociale. Il constate que cela s'est finalement traduit par un r&#233;tr&#233;cissement du terrain revendicatif et de la capacit&#233; d'action des organisations syndicales, les rendant ainsi &#233;minemment vuln&#233;rables aux futures attaques n&#233;olib&#233;rales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sam Gindin,&#171; Unmaking Global Capitalism &#187;, Jacobin, June 2014&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se penchant sur cette m&#234;me p&#233;riode aux &#201;tats-Unis, Michel Perelman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Perelman, The Matrix : An Exploration of the Surprising Interactions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; identifie un autre ph&#233;nom&#232;ne, celui du keyn&#233;sianisme militaire. La Guerre froide renfor&#231;ant l'antipathie &#224; l'&#233;gard de tout ce qui pouvait de pr&#232;s ou de loin ressembler &#224; du socialisme, confront&#233;s au danger de se faire ostraciser dans le climat cr&#233;&#233; notamment par le maccarthysme, les tenants du keyn&#233;sianisme se serviront du secteur de la d&#233;fense pour pr&#244;ner les d&#233;penses publiques qu'ils jugeaient essentielles &#224; l'am&#233;lioration de l'&#233;conomie. Ils se retrouveront ainsi &#224; promouvoir aupr&#232;s du Congr&#232;s des d&#233;penses fondamentalement improductives au nom de la lutte au communisme, et ce, au d&#233;triment des investissements sociaux et &#224; l'avantage de ce que le pr&#233;sident Eisenhower qualifiera de &#171; complexe militaro-industriel &#187;, dans son discours d'adieu &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rev&#234;tant des formes vari&#233;es impos&#233;es par le jeu politique, ce keyn&#233;sianisme perverti continuera &#224; s'imposer &#224; chaque crise budg&#233;taire am&#233;ricaine. La combinaison des d&#233;penses militaires, des r&#233;ductions massives d'imp&#244;ts et des plans de sauvetage budg&#233;taire m&#232;nera &#224; d'importants d&#233;ficits publics. Et les tenants de ce keyn&#233;sianisme militaire se mobiliseront inlassablement pour imposer, au nom de la responsabilit&#233; fiscale, des compressions aux d&#233;penses publiques productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, &#171; la civilisation du capitalisme industriel &#187; n'atteindra son apog&#233;e que dans la courte p&#233;riode, entre le milieu des ann&#233;es 1940 et 1960, o&#249; ce keyn&#233;sianisme militaire s'appliquera et contribuera &#224; l'&#233;mergence de la &#171; soci&#233;t&#233; de consommation &#187;. Il permettra &#224; la fois d'int&#233;grer de dizaines ou de centaines de millions de travailleurs dans la production, d'amplifier la reproduction du capital et de cr&#233;er ou de renforcer des monopoles industriels. Ces facteurs et l'&#233;volution rapide des technologies ouvriront la porte &#224; l'automatisation et au recours croissant &#224; la technologie de l'information dans les processus de production, gr&#226;ce aux avanc&#233;es &#233;normes en t&#233;l&#233;communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'ann&#233;e 1960, la pr&#233;occupation de l'impact de l'automatisation sur l'emploi commencera &#224; poindre. Elle sera m&#234;me clairement &#233;voqu&#233;e dans les propos du pr&#233;sident Lyndon Johnson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours du president Lyndon Johnson, URL&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &#171; ch&#244;mage technologique &#187;, ph&#233;nom&#232;ne d&#233;j&#224; appr&#233;hend&#233; plus t&#244;t par Keynes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; John Maynard Keynes, &#171; Economic Possibilities for our Grandchildren &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, germera d&#233;finitivement quelques ann&#233;es plus tard. Le cercle vertueux de la reproduction du capital (travail-salaire-consommation-travail), qui &#233;tait au c&#339;ur du d&#233;veloppement capitaliste des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes, s'en trouvera rompu. Cette rupture affectera simultan&#233;ment et fondamentalement la demande finale, le potentiel de cr&#233;ation d'emplois par l'investissement, le taux de profit des entreprises et du coup la croissance des &#233;conomies des pays capitalistes avanc&#233;s. Les budgets &#233;tatiques en p&#226;tiront et basculeront dans un cycle de d&#233;ficits chroniques.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
La r&#233;surgence du lib&#233;ralisme pur et dur du 19e si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers le milieu des ann&#233;es 1970, l'impuissance des mesures de relance de type keyn&#233;sien &#224; juguler des difficult&#233;s &#233;conomiques ouvre la porte &#224; une remise en question frontale du r&#244;le de l'&#201;tat et de sa panoplie de programmes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l&#8216;&#233;cran dress&#233; par une argumentation portant sur la n&#233;cessit&#233; de s'attaquer aux d&#233;ficits budg&#233;taires pl&#233;thoriques, &#224; l'exc&#232;s de r&#233;glementation ou encore au manque de dynamisme &#233;conomique, il s'agit en r&#233;alit&#233; d'une remise en question globale pr&#233;par&#233;e de longue main, qui n'a rien de fortuit et qui vise &#224; dicter les termes de la sortie de crise et des changements &#224; venir. Quand on examine les documents produits par des individus et des groupes d'int&#233;r&#234;ts qui pr&#233;parent cette remise en question de l'&#201;tat-providence, documents d'ailleurs r&#233;dig&#233;s bien avant ou pendant les ann&#233;es 1970, on peut constater qu'il ne s'agit nullement de revendications &#224; la pi&#232;ce motiv&#233;es par un tel ou tel autre changement dans la conjoncture du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien au contraire, ces documents proc&#232;dent d'un cadre id&#233;ologique n&#233;olib&#233;ral qui pr&#244;ne clairement la purification du capitalisme de toutes les concessions sociales ou politiques consenties depuis le krach de 1929 et, comme l'avait d&#233;j&#224; soulign&#233; l'&#233;conomiste polonais Mihal Kalecki, le r&#233;tablissement de la hi&#233;rarchie sociale du capital, car l'enjeu de fond est le pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philip Pilkington, &#171; Does Capitalism Have a Future ?' &#8211; Why the Financial (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le maintien du plein emploi est per&#231;u de ce fait comme particuli&#232;rement dommageable &#224; l'exercice du contr&#244;le indirect de l'&#201;tat qu'accorde le laisser-faire au pouvoir &#233;conomique. Le plein emploi est ainsi compris comme le vecteur de changements sociaux et politiques qui remettraient en question la pr&#233;&#233;minence de ce pouvoir, en affaiblissant la port&#233;e dissuasive des mises &#224; pied et du ch&#244;mage sur les revendications ouvri&#232;res ou en minant le principe sacro-saint repris tr&#232;s t&#244;t par le capitalisme &#171; que le pain ne peut se gagner qu'&#224; la sueur de son front &#187; ; par exemple, dans ce dernier cas, par le subventionnement d'une partie du co&#251;t des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; pour assurer la s&#233;curit&#233; alimentaire de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces documents, il s'agit, entre autres, de r&#233;cup&#233;rer les institutions du savoir pour effacer l'&#233;ducation &#171; socialisante &#187;, de former les cerveaux pour une soci&#233;t&#233; au service du lib&#233;ralisme &#233;conomique et de mettre terme &#224; l'exp&#233;rimentation d&#233;mocratique qui &#233;tait au c&#339;ur de l'&#201;tat-providence. En somme, consacrer d&#233;finitivement le fait que le capitalisme de l'&#201;tat-providence n'&#233;tait finalement qu'une exception &#224; la r&#232;gle dans l'histoire du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assistera ainsi &#224; un envahissement d&#233;terminant des sph&#232;res politique, m&#233;diatique et acad&#233;mique par les id&#233;es n&#233;olib&#233;rales. Plusieurs organisations joueront un r&#244;le cl&#233; dans la pr&#233;paration de longue haleine de cette reconqu&#234;te id&#233;ologique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jalon important dans cette entreprise sera la cr&#233;ation de la Soci&#233;t&#233; du Mont- P&#232;lerin (SMP), en 1947, &#224; l'occasion d'une conf&#233;rence organis&#233;e par Fr&#233;deric Hayek et financ&#233;e en partie par le haut patronat suisse. Elle s'inscrira dans la foul&#233;e du Colloque Walter Lippman qui, en 1939, avait rassembl&#233; vingt-six intellectuels d&#233;sireux de promouvoir un &#171; nouveau lib&#233;ralisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste canadienne Kari Polanyi Levitt&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kari Polanyi Levitt, &#171; The Power of Ideas &#187;, URL :&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; note que le but de la SMP &#171; &#233;tait de rassembler des individus partageant les m&#234;mes vues et provenant du milieu acad&#233;mique et du monde des affaires, dans l'intention de d&#233;finir des positions n&#233;olib&#233;rales sur une vari&#233;t&#233; de questions importantes, notamment les politiques antitrust, les n&#233;gociations collectives et l'aide aux pays en voie de d&#233;veloppement &#187;. M&#234;me si le nombre de membres va en croissant, la diversit&#233; initiale des opinions c&#233;dera assez rapidement la place aux th&#232;ses de Hayek. La soci&#233;t&#233; deviendra ainsi l'incubateur des id&#233;es n&#233;olib&#233;rales dans les ann&#233;es 1950 et 1960, soit dans la p&#233;riode m&#234;me o&#249; les politiques issues du New Deal et l'enjeu des droits civiques dominaient toujours la vie politique am&#233;ricaine, et o&#249; l'&#201;tat-providence apparaissait encore comme une r&#233;alit&#233; immuable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s les d&#233;buts, les contributeurs financiers du milieu des affaires jou&#232;rent un r&#244;le critique en permettant &#224; Hayek et ses proches collaborateurs de gagner en influence dans les universit&#233;s, mais leurs politiques et th&#233;ories &#233;conomiques ne pouvaient pas cependant gagner du terrain dans l'ar&#232;ne publique, en l'absence de ressources journalistiques et m&#233;diatiques amicales pour les populariser &#187;. Une premi&#232;re bo&#238;te &#224; penser n&#233;olib&#233;rale verra ainsi le jour en 1946. On y retrouvera c&#244;te &#224; c&#244;te Ludwig Von Mises, le cic&#233;rone de Hayek, et Henry Hazlitt, un journaliste libertarien qui avait &#233;t&#233; au service du Wall Street Journal, du Newsweek et du New York Times. Elle sera suivie par d'autres, dont l'Adam Smith Society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil r&#233;serv&#233; aux id&#233;es de Hayek dans les cercles du pouvoir &#233;conomique n'est pas surprenant toutefois. Le projet n&#233;olib&#233;ral repose sur un &#201;tat fort, capable d'assurer le maintien de la loi et l'ordre, sur l'expansion du champ du priv&#233;, o&#249; les entreprises op&#233;reraient dans le cadre d'un march&#233; concurrentiel, et sur le rejet de toute ing&#233;rence de l'&#201;tat dans le domaine &#233;conomique, une telle ing&#233;rence ne pouvant &#234;tre qu'une atteinte &#224; la libert&#233;. C'est donc un projet qui n'est nullement en rupture avec les conceptions dominantes de la vie politique et &#233;conomique du XIXe si&#232;cle et ces conceptions n'ont jamais &#233;t&#233; fondamentalement remises en cause aux &#201;tats-Unis, contrairement &#224; d'autres pays. Elles sont toujours au c&#339;ur du consensus social am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1945, Karl Polanyi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Polanyi, &#034;Universal Capitalism or Regional Planning ?&#034;, The London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; observait que les &#201;tats-Unis constituaient une exception, que ce pays demeurait le haut lieu du lib&#233;ralisme &#233;conomique et qu'il &#233;tait suffisamment puissant pour s'avancer tout seul sur cette voie que lui jugeait utopique. De fa&#231;on presque unanime, les Am&#233;ricains, riches ou pauvres, s'identifiaient dans leur mani&#232;re d'&#234;tre et d'agir avec l'entreprise priv&#233;e et la comp&#233;tition dans les affaires, sans n&#233;cessairement souscrire &#224; tous les canons du laisser-faire classique. &#192; son avis, m&#234;me la Grande D&#233;pression n'avait pas r&#233;ussi &#224; r&#233;duire moindrement l'adulation t&#233;moign&#233;e &#224; l'&#233;gard du laisser-faire &#233;conomique. Les r&#233;alisations extraordinaires pass&#233;es du capitalisme lib&#233;ral continuaient &#224; appara&#238;tre aux Am&#233;ricains comme un fait central dans le champ de la soci&#233;t&#233; organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant de constater, avec Michael Perelman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Perelman, The Matrix : An Exploration of the Surprising (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'une grande partie de la rh&#233;torique antigouvernementale aux &#201;tats-Unis s'est tr&#232;s t&#244;t construite sur la r&#233;it&#233;ration de l'affirmation purement dogmatique que les d&#233;penses du gouvernement &#233;taient, par leur nature m&#234;me, une ponction improductive inflig&#233;e &#224; l'&#233;conomie et que seules les d&#233;penses des entreprises priv&#233;es &#233;taient productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mesure du succ&#232;s de la SMP fut l'attribution du Prix Nobel de l'&#201;conomie &#224; Hayek, en 1974, conjointement avec Gunnar Myrdal. &#192; bien des &#233;gards, ce prix sera la cons&#233;cration du retour des id&#233;es conservatrices du si&#232;cle XIXe dans les groupes d'influence financiers et politiques qui aspiraient &#224; contr&#244;ler le pouvoir aux &#201;tats-Unis et en Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; m&#233;morandum &#187; Powell&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;dig&#233; en 1971, est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur &#224; ce sujet. Lewis Powell, un avocat au service de la grande entreprise, y recommandait &#224; la Chambre de commerce des &#201;tats-Unis, deux mois avant sa nomination &#224; la Cour Supr&#234;me, une v&#233;ritable mainmise du milieu des affaires sur les grandes institutions am&#233;ricaines. Ce document eut une &#233;norme influence et fut bien re&#231;u par le milieu vis&#233;, au nom de la n&#233;cessit&#233; de contrer les id&#233;es &#233;tatistes d&#233;sormais &#233;rig&#233;es en menace &#224; la fa&#231;on de faire am&#233;ricaine. On lui attribue, entre autres, le fait d'avoir inspir&#233; ou influenc&#233; la cr&#233;ation de la Heritage Foundation, du Manhattan Institute, du Cato Institute, du Citizens for a Sound Economy, du Accuracy in Academe et quelques autres organismes puissants qui occupent, aujourd'hui encore, le haut du pav&#233; dans le domaine de la fabrication de l'opinion aux USA et de l&#224;, dans le reste du monde.
&lt;br /&gt;
Diff&#233;rents instruments institutionnalis&#233;s seront progressivement mis en &#339;uvre dans cette reconqu&#234;te lib&#233;rale. Huit d'entre eux joueront un r&#244;le important : La Chambre internationale de commerce, les Conf&#233;rences Bilderberg, la Commission trilat&#233;rale, le Forum &#233;conomique mondial (Davos), le World Business Council for Sustainable Development, la European Round Table of Industrialists, le Transatlantic Business Dialogue et la European Union/Japan Round Table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyant sur les analyses de W.K. Caroll&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;W.K.Caroll, The Making of a Transnational Capitalist Class, London, Zed (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des fonctions remplies par ces organismes, Samir Amin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samir Amin, &#171; Capitalisme transnational ou Imp&#233;rialisme collectif ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; arrive &#224; la constatation suivante : &#171; Bien que les discours d&#233;velopp&#233;s dans ces institutions sont bien connus et banals &#224; l'extr&#234;me &#8211; simplement ultra r&#233;actionnaires &#8211; il est n&#233;cessaire de le dire et de le r&#233;p&#233;ter, car ces &lt;i&gt;think tanks&lt;/i&gt; b&#233;n&#233;ficient toujours de la r&#233;putation honorable de r&#233;unir en leur sein ceux qui &lt;i&gt;connaissent le mieux &lt;/i&gt;les probl&#232;mes. Le citoyen, spectateur de base d'aujourd'hui, reste largement convaincu que nul ne saurait mieux conna&#238;tre les probl&#232;mes &#233;conomiques que les chefs d'entreprise. On lui a fait oublier que ces chefs d'entreprise n'avaient d'autre pr&#233;occupation que de garantir &#224; leur entreprise le taux de profit le plus &#233;lev&#233; possible, et que le ch&#244;mage, par exemple, n'est pas leur probl&#232;me. Les questions &#233;conomiques ne sont vues que dans ce miroir d&#233;formant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samir Amin rel&#232;ve notamment que &#171; les Bilderberg Conference, initi&#233;es d&#232;s 1952 (la Soci&#233;t&#233; du Mont-p&#232;lerin), anim&#233;es par le mentor du lib&#233;ralisme sans fronti&#232;res ni limites, Hayek, ont su populariser le discours du n&#233;olib&#233;ralisme aupr&#232;s des hommes politiques, des t&#233;nors des m&#233;dias, des militaires de haut grade des pays de la triade. La Commission trilat&#233;rale, mise en place en 1973, a donn&#233; &#224; ce discours une tonalit&#233; quasi officielle, &#224; laquelle les gouvernements et partis politiques majeurs de la triade &#8211; de droite et de gauche &#8211; ont adh&#233;r&#233;. Le World Economic Forum (Davos) en a pris le relai en l'amplifiant &#224; partir de 1982. Plus r&#233;cemment, le World Business Council for Sustainable Development, cr&#233;&#233; en 1995, poursuit l'objectif &lt;i&gt;d'habiller en vert &lt;/i&gt;les strat&#233;gies d'expansion du capital des monopoles, et, par ce moyen, de rallier les opinions &#233;cologistes qui ont le vent en poupe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce virage se confirme tr&#232;s t&#244;t &#233;galement dans les relations &#233;conomiques internationales. En 1974, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s de l'OTAN torpillent l'initiative des pays sous-d&#233;velopp&#233;s et en d&#233;veloppement d'&#233;tablir un &#171; Nouvel ordre &#233;conomique mondial &#187;. Le but duquel &#233;tait de rendre plus &#233;quitables les r&#232;gles de fonctionnement de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, la dislocation de l'URSS et la liquidation de son mod&#232;le socio&#233;conomique ouvrent la voie au parach&#232;vement de la mondialisation du mod&#232;le n&#233;olib&#233;ral, dont la caract&#233;ristique essentielle est la subordination totale de l'&#233;conomie r&#233;elle et de la soci&#233;t&#233; aux &#171; march&#233;s autor&#233;gul&#233;s &#187;.
&lt;br /&gt;
Depuis lors, diff&#233;rents trait&#233;s bilat&#233;raux et multilat&#233;raux sur le commerce et l'investissement ont subtilement chang&#233; les r&#232;gles r&#233;gissant les march&#233;s commerciaux et financiers mondiaux. Ils l'ont fait en reconfigurant notamment l'appareil judiciaire et les superstructures qui r&#233;gissent le commerce et les affaires sur les plans national, r&#233;gional et mondial. N&#233;goci&#233;e dans la discr&#233;tion, derri&#232;re des portes closes, entre des lobbyistes d'entreprise, des promoteurs du libre-&#233;change et des repr&#233;sentants gouvernementaux, cette reconfiguration joue essentiellement &#224; l'avantage des plus grandes entreprises transnationales du monde. Leur poids financier d&#233;passe fr&#233;quemment celui de bon nombre de pays. Le syst&#232;me d'arbitrage des litiges issu de ces trait&#233;s, qui &#233;chappe aux garanties de neutralit&#233; offertes par les recours juridiques dans des &#201;tats de droit, leur donne des possibilit&#233;s in&#233;gal&#233;es jusqu'ici d'agir hors de port&#233;e des l&#233;gislatures nationales et donc de la volont&#233; d&#233;mocratique exprim&#233;e par les populations. Elles &#233;chappent ainsi &#224; toute contrainte moindrement inspir&#233;e par la notion de bien commun ou par des imp&#233;ratifs soci&#233;taux que ce soit en mati&#232;re de sant&#233;, d'environnement, de s&#233;curit&#233; d'emploi, de conditions de travail ou de prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette reconfiguration n&#233;olib&#233;rale &#233;quivaut effectivement &#224; la d&#233;molition des syst&#232;mes juridiques nationaux cr&#233;&#233;s &#224; l'&#233;poque de l'&#201;tat-providence (et marqu&#233;s par les droits collectifs incorpor&#233;s dans la foul&#233;e de la cr&#233;ation des Nations Unies). Elle signifie l'abolition ou la modification des lois qui encadrent la gestion &#233;tatique et institutionnelle de l'&#233;conomie et du commerce international, et leur remplacement par un cadre juridique et institutionnel rigide. Il s'agit en fait d'un nouveau &#171; droit international &#187;, &#224; la marge du syst&#232;me multilat&#233;ral n&#233; des Nations Unies et en totale contradiction avec ce dernier. Ce &#171; nouveau droit &#187; est camp&#233; dans le laisser-faire et se montre tr&#232;s sensible aux int&#233;r&#234;ts de la finance et des monopoles, comme en t&#233;moigne la cr&#233;ation d'institutions puissantes et de m&#233;canismes essentiellement contraignants &#224; l'endroit des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il n'y a rien de nouveau dans le projet n&#233;olib&#233;ral fond&#233; sur les &#171; march&#233;s autor&#233;gul&#233;s &#187;. Tels &#233;taient d&#233;j&#224; les objectifs de la &#171; premi&#232;re mondialisation &#187; (1870-1914) sous l'h&#233;g&#233;monie imp&#233;riale britannique. Cette p&#233;riode, comme la n&#244;tre d'ailleurs, sera marqu&#233;e par la formation de monopoles, par l'accumulation de la richesse dans quelques mains, et une crise financi&#232;re et &#233;conomique prolong&#233;e, la &#034;Longue (ou grande) D&#233;pression &#034; (1873-1891). Cette derni&#232;re sera le produit d&#233;l&#233;t&#232;re d'un &#171; &#226;ge d'or &#187; &#233;conomique qui avait fait le bonheur des rentiers peu port&#233;s sur des investissements productifs. Cette longue et s&#233;v&#232;re d&#233;pression, d&#233;clench&#233;e par une grave crise bancaire, sera pr&#233;c&#233;d&#233;e par un double mouvement de sp&#233;culation immobili&#232;re et de sp&#233;culation boursi&#232;re, facilit&#233; par la lib&#233;ralisation bancaire des ann&#233;es 1870 dans plusieurs pays d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette utopie de &#171; march&#233;s autor&#233;gul&#233;s &#187; contribuera d'ailleurs aussi aux d&#233;veloppements qui pr&#233;cipiteront la Grande D&#233;pression d&#233;vastatrice des ann&#233;es 1930, en cr&#233;ant une bulle d'actifs insoutenable sous la forme de cours boursiers d&#233;mesur&#233;s. Dans sa r&#233;incarnation la plus r&#233;cente, cette utopie n&#233;olib&#233;rale est loin d'&#234;tre &#233;trang&#232;re aux conditions qui ont men&#233; &#224; la d&#233;b&#226;cle d'abord financi&#232;re et ensuite &#233;conomique de 2008, et dont les effets se font encore sentir dans les &#233;conomies plus d&#233;velopp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien des similitudes existent donc entre ces faits pass&#233;s et ceux qui, aujourd'hui, p&#232;sent lourdement sur l'&#233;volution des pays cl&#233;s du capitalisme et du reste du monde.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&#192; quel capitalisme sommes-nous arriv&#233;s ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Le nouveau visage du capitalisme est d&#233;fini par une succession de changements institutionnels et autres qui sont venus limiter graduellement la capacit&#233; de l'&#201;tat de maintenir l'&#233;quilibre des pouvoirs au sein de la soci&#233;t&#233;. L'influence d&#233;j&#224; exerc&#233;e par le capital sur les processus politiques nationaux et internationaux en est sortie consid&#233;rablement renforc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation financi&#232;re, fruit elle-m&#234;me de ces changements, appara&#238;t comme le facteur premier de la r&#233;instauration de la pleine libert&#233; d'action du capital. Elle a puissamment contribu&#233; &#224; faire d&#233;finitivement voler en &#233;clats le cadre r&#233;gulateur dans lequel le capital op&#233;rait dans la phase pr&#233;c&#233;dente, celle de l'&#201;tat providence dans le cas des pays du centre ou du d&#233;veloppement national dans celui des pays de la p&#233;riph&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital n'&#233;tant pas une entit&#233; homog&#232;ne, les effets de ces changements se sont modul&#233;s de fa&#231;on diff&#233;rente dans les diverses r&#233;gions du monde. Des facteurs comme la situation g&#233;ographique des pays, l'importance de leurs secteurs &#233;conomiques, l'&#233;chelle des activit&#233;s de ces derniers et leur degr&#233; d'ouverture au march&#233; international ont fortement jou&#233; dans ce sens. Dans un ouvrage consacr&#233; au nouveau capitalisme dans leur pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ayca Bugra, Osman Savaskan, &#171; New Capitalism in Turkey-The Relationship (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Ayse Bugra et Osman Savaskan, deux universitaires turcs, insistent cependant sur la n&#233;cessit&#233; de tenir compte aussi de facteurs reli&#233;s au positionnement politique ou &#224; l'identit&#233; culturelle des acteurs du milieu des affaires. La vari&#233;t&#233; de formes de capitalisme, pour eux, est tributaire tout autant de facteurs politiques et culturels que de facteurs purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des traits communs se sont pr&#233;cis&#233;s toutefois. Le march&#233; s'est &#233;tendu &#224; de plus en plus de domaines de l'activit&#233; humaine et continue de le faire. Les activit&#233;s industrielles ont migr&#233; et migrent encore du centre vers les r&#233;gions moins d&#233;velopp&#233;es de la p&#233;riph&#233;rie. La gamme des choix de politique &#233;conomique nationale s'est restreinte en raison de la mobilit&#233; des capitaux et de la pression de la comp&#233;tition internationale. La crainte des crises fiscales et de la fuite des capitaux ont cr&#233;&#233; un contexte incitateur &#224; l'adoption r&#233;p&#233;titive de politiques d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire. Comme le soulignent, Bugra et Savaskan, en s'inspirant de Polanyi, &lt;i&gt;la place de l'&#233;conomie&lt;/i&gt; a chang&#233; dans toutes les soci&#233;t&#233;s du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le fondement id&#233;ologique des d&#233;cisions menant &#224; cette succession de changements &#233;tait la pens&#233;e n&#233;olib&#233;rale et sa th&#232;se centrale de &#171; l'&#201;tat minimal &#187;, ces d&#233;cisions ont &#233;t&#233; d'abord command&#233;es par une d&#233;gradation des principaux indicateurs &#233;conomiques (inflation, chute des taux de croissance, ch&#244;mage) en 1974-1975. Cette d&#233;gradation annonce l'entr&#233;e des pays industrialis&#233;s dans une longue p&#233;riode de d&#233;r&#232;glement du syst&#232;me &#233;conomique, une longue crise qui ne porte pas son nom. Wolfgang Streeck, directeur de l'Institut Max Planck pour l'&#233;tude des soci&#233;t&#233;s (Allemagne), consid&#232;re que dans les faits elle durera pr&#232;s de quatre d&#233;cennies pour d&#233;boucher finalement sur la d&#233;b&#226;cle financi&#232;re et &#233;conomique de 2008&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfgang Streeck, &#171; La crise de 2008 a commence il y a quarante ans &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;b&#226;cle viendra aggraver la situation financi&#232;re et &#233;conomique mondiale, soulevant la question de la survie du syst&#232;me socio&#233;conomique en place maintenant depuis deux si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, &#224; partir des ann&#233;es 1970, &#171; trois solutions ont &#233;t&#233; successivement mises en &#339;uvre pour d&#233;passer la contradiction entre d&#233;mocratie politique et capitalisme de march&#233;. La premi&#232;re fut l'inflation ; la deuxi&#232;me, la dette publique ; la troisi&#232;me, la dette priv&#233;e. A chacune de ces tentatives correspond une configuration particuli&#232;re des rapports entre les puissances &#233;conomiques, le monde politique et les forces sociales. Mais ces arrangements furent l'un apr&#232;s l'autre mis en crise, pr&#233;cipitant le passage au cycle suivant. La temp&#234;te financi&#232;re de 2008 marquerait donc la fin de la troisi&#232;me &#233;poque, et le probable av&#232;nement d'un nouvel agencement, dont la nature demeure incertaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Les notions de croissance r&#233;guli&#232;re, de monnaie saine et de minimum d'&#233;quit&#233; sociale sont maintenant rel&#233;gu&#233;es aux oubliettes, m&#234;me si elles ont d&#233;j&#224; constitu&#233; le fondement de la l&#233;gitimit&#233; dont le capitalisme avait besoin. Une deuxi&#232;me question se trouve ainsi pos&#233;e, celle du caract&#232;re ind&#233;passable du d&#233;s&#233;quilibre du capitalisme dit d&#233;mocratique mis en place dans les pays occidentaux apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Le capitalisme auquel nous sommes arriv&#233;s n'est d&#233;j&#224; plus le capitalisme dit d&#233;mocratique du pass&#233; et il n'est pas encore ce nouvel agencement qui s'annonce, mais dont la nature demeure toutefois incertaine. Que peut-on dire de son &#233;volution au centre du syst&#232;me ?&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un capitalisme financiaris&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impos&#233;es par les bouleversements sociaux et la menace r&#233;volutionnaire suscit&#233;s par la Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930, les r&#233;formes du New Deal aux &#201;tats-Unis et les r&#233;formes sociales d&#233;mocrates en Europe r&#233;duisirent provisoirement la taille et l'influence des grandes entreprises et des puissants int&#233;r&#234;ts financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors que ces r&#233;formes ont permis au capitalisme occidental d'&#233;chapper &#224; des changements sociaux plus radicaux, elles ont &#233;galement fourni les raisons de sa r&#233;g&#233;n&#233;ration et de son expansion. D&#232;s les ann&#233;es 1970, le capital financier, emmen&#233; par les grandes banques am&#233;ricaines, &#233;tait revenu, une fois encore, &#224; ses niveaux de concentration d'avant la D&#233;pression, pour contr&#244;ler la majeure partie des ressources nationales et fa&#231;onner la politique &#233;conomique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Isma&#235;l Hossein-Zadeh, &#171; New Phase, Not Just Another Recession &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, le tournant n&#233;olib&#233;ral se confirme et la sph&#232;re financi&#232;re impose graduellement sa propre logique &#224; l'activit&#233; &#233;conomique et finit par r&#233;genter sa r&#233;gulation m&#234;me. Le taux de profit se r&#233;tablit pendant cette p&#233;riode, mais les profits suppl&#233;mentaires sont toutefois utilis&#233;s &#224; autre chose qu'&#224; l'investissement productif. Une partie croissante des richesses produites est accapar&#233;e par les profits bancaires et les dividendes. Il s'agit l&#224; d'un trait constitutif du capitalisme financiaris&#233;. Comme le souligne Michel Husson, chercheur &#224; l'Institut d'&#201;tudes &#233;conomiques et sociales (IRES), les profits non investis se transforment ainsi en revenus financiers, et c'est l&#224; que se trouve la source du processus de financiarisation. &#171; La diff&#233;rence entre le taux de profit et le taux d'investissement est d'ailleurs un bon indicateur du degr&#233; de financiarisation. On peut aussi v&#233;rifier que la mont&#233;e du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233; va de pair avec la croissance de la sph&#232;re financi&#232;re. L&#224; encore, la raison est simple : la finance a r&#233;ussi &#224; capter la majeure partie des gains de productivit&#233; au d&#233;triment des salari&#233;s, en mod&#233;rant les salaires et en ne r&#233;duisant pas suffisamment, voire en augmentant, la dur&#233;e du travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Husson, &#171; Crise de la finance ou crise du capitalisme ? &#187;,&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il ajoute aussi qu'une des cons&#233;quences du fonctionnement du capitalisme contemporain est la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s sociales (&#224; l'int&#233;rieur de chaque pays et entre zones de l'&#233;conomie mondiale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre grand trait d&#233;coule de la mondialisation et de la grande force du capital d'ignorer les fronti&#232;res g&#233;ographiques et sectorielles. Les flux de capitaux peuvent d&#233;sormais se d&#233;placer rapidement. Un simple clic sur une souris d'ordinateur permet de d&#233;placer des fonds d'un bout de la plan&#232;te &#224; l'autre. La concurrence sur les march&#233;s financiers s'en retrouve durcie. Le d&#233;placement des capitaux boursiers entre les pays devient ainsi une tendance lourde en constante acc&#233;l&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence de situation entre le travail plus localis&#233;, in&#233;vitablement plus lent, et le capital facilement mobile entra&#238;ne des politiques gouvernementales qui visent &#224; rendre chaque territoire national &#171; attractif &#187; pour les capitaux. Les mains d'&#339;uvre nationales se retrouvent mises en concurrence, avec comme cons&#233;quence des politiques de rigueur salariale pour les travailleurs et des all&#232;gements fiscaux pour les entreprises. Le tout se fait au nom du &#171; th&#233;or&#232;me &#187; &#233;nonc&#233; par le chancelier allemand Helmut Schmidt en 1974 : &#171; Les profits d'aujourd'hui sont des investissements de demain et les emplois d'apr&#232;s-demain &#187;. Une belle formule pour r&#233;sumer la d&#233;sinflation comp&#233;titive dont le but &#233;tait de restaurer les marges de profit des entreprises. Une des cons&#233;quences directes de la concurrence fiscale entre les pays d&#233;velopp&#233;s, qui entra&#238;ne une baisse de recettes fiscales, est un endettement public infini. Organis&#233; pour durer, il met les &#201;tats sous la coupe de la finance et des financiers et condamne les populations &#224; subir des politiques d'aust&#233;rit&#233;. Vue dans cette perspective, &#171; la mondialisation capitaliste est fondamentalement la mise en concurrence des travailleurs &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire &#224; travers des mouvements de capitaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Husson, art. &#171; Finance, hyper-concurrence et reproduction du capital &#187;,&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ces deux traits rapidement esquiss&#233;s, on peut avancer, avec Michel Husson, que la caract&#233;ristique principale du capitalisme contemporain est dans la d&#233;valorisation du travail et dans l'hyperconcurrence entre capitaux individuels auxquelles conduit la financiarisation. &#192; la lumi&#232;re de l'&#233;volution constat&#233;e au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, autant dire que la r&#233;gression sociale est devenue la principale condition de r&#233;ussite du syst&#232;me. &#171; Dans ce cadre, la finance n'est pas seulement la contrepartie d'une exploitation accrue des travailleurs, elle est aussi un d&#233;versoir pour les capitaux &#224; la recherche de la rentabilit&#233; maximale. Les exigences d&#233;mesur&#233;es de rentabilit&#233; qu'elle impose &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle renforcent &#224; leur tour le faible dynamisme de l'investissement et les in&#233;galit&#233;s sociales comme condition de reproduction du syst&#232;me.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Husson, art. &#171; Crise de la finance ou crise du capitalisme ? &#187;,&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
La phase actuelle de l'&#233;volution du syst&#232;me se distingue &#233;galement par le recours &#224; des &#171; innovations financi&#232;res &#187;, comme les produits d&#233;riv&#233;s de plus en plus sophistiqu&#233;s et la titrisation des cr&#233;ances bancaires. Con&#231;ues pour mieux g&#233;rer le risque dans un contexte d'instabilit&#233; financi&#232;re croissante, ces innovations sont devenues aussi des moyens de contourner la r&#233;glementation ou les contr&#244;les publics et de puissants outils de sp&#233;culation. Elles constituent ainsi des facteurs aggravants de l'instabilit&#233; financi&#232;re et refl&#232;tent la capacit&#233; du r&#233;gime d'accumulation de se mettre lui-m&#234;me en &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Extreme Money&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Satyajit Das, &#171; Extreme Money &#187;, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, Le jardin des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/i&gt;Satyajit Das, un sp&#233;cialiste du risque bancaire de renom mondial, pr&#233;sente cette &#233;conomie financiaris&#233;e comme deux bo&#238;tes empil&#233;es l'une sur l'autre : l'&#233;conomie r&#233;elle originale sous l'&#233;conomie de l'argent extr&#234;me, avec sa dette et sa sp&#233;culation excessives. Il d&#233;crit cet argent extr&#234;me comme une r&#233;alit&#233; &#233;visc&#233;r&#233;e, l'ombre mon&#233;taire de choses r&#233;elles. &lt;br /&gt;
&#171; Utilis&#233; autrefois pour estimer et &#233;changer les produits ordinaires, l'argent est devenu le principal moyen de gagner de l'argent. Pour gagner un milliard de dollars, il n'est plus n&#233;cessaire de produire quelque chose. La r&#232;gle de l'argent extr&#234;me est que tout le monde emprunte, tout le monde &#233;conomise, tout le monde devient suppos&#233;ment riche. Pourtant, seuls les initi&#233;s habiles s'enrichissent, en dirigeant le jeu et en trichant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse de l'alchimie financi&#232;re des trente derni&#232;res ann&#233;es et de ses cons&#233;quences destructrices l'am&#232;ne &#224; &#233;crire que &#171; nous vivons et travaillons dans un monde de l'argent extr&#234;me &#8211; des jeux spectaculaires et dangereux avec l'argent qui cr&#233;ent de nouveaux sommets artificiels en croissance, prosp&#233;rit&#233;, raffinement et richesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Un peu plus loin, il pr&#233;cise que : &#171; l'argent et les man&#339;uvres qui se jouent sont immat&#233;riels, irr&#233;els et de plus en plus virtuels. Les affichages &#233;lectroniques qui refl&#232;tent des signaux de prix en rouge ou en vert sont l'essence distill&#233;e du monde financier. Les op&#233;rateurs de march&#233; n'ont pas directement contact avec la r&#233;alit&#233; sous-jacente, il n'est question que de b&#233;n&#233;fices ou de pertes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alchimie financi&#232;re s'est r&#233;pandue dans le monde. La financiarisation a permis aux &#201;tats-Unis de &#171; maintenir leur position pr&#233;dominante qui semblait pourtant menac&#233;e lors de l'&#233;croulement du r&#233;gime fordiste. Ils l'ont fait principalement gr&#226;ce &#224; leur position de force au sein de la finance mondiale, qui leur a permis de compenser la perte de leur avantage productif par le contr&#244;le qu'ils exercent sur la masse mondiale de capital mon&#233;taire et sur les march&#233;s financiers au sein desquels cette masse mon&#233;taire se valorise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Langlois, Les crises structurelles du syst&#232;me capitaliste comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. C'est d&#233;sormais l'h&#233;g&#233;mon qui par la force fulgurante de son capital occupe le centre du syst&#232;me, lui imprime sa propre dynamique et attire une bonne partie des flux de valeur cr&#233;&#233;e mondialement. Il jouit ainsi du privil&#232;ge de pouvoir s'endetter dans sa propre monnaie et de faire marcher la planche &#224; billets &#224; son avantage. Il n'est donc pas surprenant de voir les &#201;tats-Unis se comporter en bras politique et militaire de la financiarisation de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dette et servitude&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Michael Hudson, expert financier et professeur &#224; l'Universit&#233; du Missouri, Kansas City, qualifie le retour du balancier favorable aux banques de &#171; r&#233;trogression &#187;. Dans les conditions cr&#233;es par cette r&#233;trogression, peut-on vraiment encore recourir au mot l&#233;thargie pour d&#233;crire la situation &#233;conomique pr&#233;sente, comme le fait la narration dominante ? Ne faudrait-il pas plut&#244;t parler de l'implantation d'une &#233;conomie de rente &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire ? Depuis un bon moment, Michael Hudson soul&#232;ve le fait que la domination du capital financier et des monopoles se traduit par l'instauration graduelle d'un &#171; n&#233;o-f&#233;odalisme &#187; qui m&#232;ne directement &#224; un r&#233;gime de servitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hudson explique cette r&#233;trogression de la fa&#231;on suivante. Au XIXe si&#232;cle, la th&#232;se &#233;tait que les banques contribuaient &#224; cr&#233;er du nouveau, en accordant des pr&#234;ts productifs &#224; l'industrie. L'id&#233;e &#233;tait que ces investissements g&#233;n&#233;reraient des b&#233;n&#233;fices qui permettraient &#224; la fois le paiement des int&#233;r&#234;ts dus aux banques et le remboursement graduel du pr&#234;t. L'&#233;volution a cependant jou&#233; dans un sens diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques ont eu tendance &#224; s'allier avec les monopoles et les secteurs immobilier, p&#233;trolier et gazier, tous assis sur des rentes de situation, plut&#244;t qu'avec le secteur industriel. En somme, au lieu de chercher d'obtenir une part des b&#233;n&#233;fices des entreprises, elles ont choisi plut&#244;t de pr&#234;ter contre des rentes. Elles ont ainsi gliss&#233; vers un fonctionnement parasitaire. Les banques n'ont consid&#233;r&#233; les entreprises et les individus que sous l'angle de l'extraction maximale de richesse possible de chacune de ces cat&#233;gories, au lieu de fournir le capital n&#233;cessaire &#224; la croissance et &#224; l'efficacit&#233; &#233;conomique. Elles l'ont fait en chargeant des frais et des int&#233;r&#234;ts, en exploitant &#224; fond les all&#232;gements fiscaux, et en canalisant le cr&#233;dit bancaire surtout vers les achats de biens et de privil&#232;ges existants de cr&#233;ation de rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s boursiers ont embo&#238;t&#233; le pas aux banques. Cens&#233;s de fournir des capitaux d'investissement, ils ont &#233;t&#233; transform&#233;s en v&#233;hicule pour extraire des profits sans passer par la production. C'est le cas dans le rachat par une entreprise de ses propres actions, en vue d'en accro&#238;tre leur valeur, ou encore dans l'achat d'une entreprise financ&#233; par un endettement bancaire ou obligataire remboursable par cette derni&#232;re. L'entreprise se retrouve alourdie d'une dette qui ne lui procure aucune contrepartie en mati&#232;re d'investissement. Il se cr&#233;e ainsi une situation financi&#232;re qui pousse &#224; la r&#233;duction des effectifs, &#224; l'externalisation des op&#233;rations et au resserrement budg&#233;taire, en vue de d&#233;gager un gain en capital, apr&#232;s avoir pay&#233; les banques et les d&#233;tenteurs d'obligations. Un tel processus favorise l'extraction de rentes aux d&#233;pens de la production, d&#232;s que les flux de tr&#233;sorerie de l'entreprise se transforment en flux d'int&#233;r&#234;t, au d&#233;triment des fonds propres et de la sant&#233; financi&#232;re de l'entreprise. On peut bien qualifier le point d'arriv&#233;e de toute cette &#233;volution d'&#233;conomie postindustrielle, mais il s'agit en r&#233;alit&#233; d'une &#233;conomie de p&#233;age rentier qui, &#224; terme, condamne des individus et des soci&#233;t&#233;s au p&#233;onage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle un document de l'Institut de recherche et d'informations socio&#233;conomiques (IRIS) de Montr&#233;al, le fait t&#234;tu est que &#171; pour continuer de cro&#238;tre, la finance doit cr&#233;er davantage de monnaie (en octroyant des pr&#234;ts) et transformer de nouveaux flux d'argent en actifs financiers (par exemple en transformant des dettes en titres revendables sur les march&#233;s). Ce faisant, &#233;tudier, travailler, consommer, &#233;pargner, prendre sa retraite, diriger une entreprise, etc. sont autant de r&#233;alit&#233;s qui tendent &#224; &#234;tre financiaris&#233;es. Loin d'&#234;tre deux sph&#232;res d&#233;connect&#233;es, les flux d'argent associ&#233;s &#224; cette &#171; &#233;conomie r&#233;elle &#187; (la production, le rapport salarial, la consommation et l'&#233;pargne) tendent &#224; &#234;tre capt&#233;s par la finance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Les entreprises se financent par le biais des march&#233;s financiers (plut&#244;t que par l'interm&#233;diaire des banques commerciales). De plus, le d&#233;veloppement des firmes cot&#233;es en bourse est orient&#233; par l'exigence de faire augmenter la valeur actionnariale de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* De leur c&#244;t&#233;, les travailleurs sont appel&#233;s &#224; devenir des investisseurs : tandis que les caisses de retraite sont soumises aux fluctuations de leur portefeuille d'actifs, on encourage les travailleurs &#224; avoir recours &#224; des r&#233;gimes d'&#233;pargne-retraite individualis&#233;s (&#8230;) pour compenser l'insuffisance des fonds de retraite de l'employeur et des r&#233;gimes publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* La stagnation des salaires est compens&#233;e par le recours au cr&#233;dit &#224; la consommation, qui devient un pilier de la croissance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'augmentation des frais de scolarit&#233;, pr&#233;sent&#233;e comme une condition essentielle du maintien de la qualit&#233; de l'enseignement sup&#233;rieur, a fait exploser l'endettement &#233;tudiant, notamment aux &#201;tats-Unis, o&#249; le volume des pr&#234;ts d&#233;passe celui des encours sur carte de cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, la relation financi&#232;re se diffuse pour faire cro&#238;tre l'&#233;conomie, mais, ce faisant, elle rend cette derni&#232;re beaucoup plus instable et donc toujours plus fragile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julia Posca, &#171; Qu'est-ce que la financiarisation de l'&#233;conomie ? &#187;, Lexique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce sujet, Michael Hudson juge que le niveau d'endettement actuel des soci&#233;t&#233;s dans leur ensemble, sans rapport avec celui de leurs revenus, a &#233;t&#233; permis, organis&#233; et recherch&#233; par les banques. Ces derni&#232;res ont &#233;t&#233; uniquement pr&#233;occup&#233;es de s'assurer ainsi une manne de revenus et sont demeur&#233;es parfaitement indiff&#233;rentes &#224; la crise majeure que leur comportement rendait in&#233;vitable. Pour les banques, &#171; la strat&#233;gie rencontrant la moindre r&#233;sistance consiste &#224; entretenir l'illusion suivante : il n'y aurait aucune n&#233;cessit&#233; qu'elles soient tenues d'accepter de subir des pertes sur les dettes qu'elles ont cr&#233;&#233;es, m&#234;me si leur poids les rend irr&#233;couvrables. Les cr&#233;anciers affirment en tout temps que la charge de la dette est supportable &#224; condition que les gouvernements r&#233;duisent tout simplement leurs d&#233;penses, en augmentant dans le m&#234;me temps les imp&#244;ts des m&#233;nages et des entreprises non financi&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Hudson, entrevue, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 d&#233;cembre 2011, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accepter de pressurer les soci&#233;t&#233;s pour rembourser une masse de dettes priv&#233;es, devenues publiques avec la crise, n'a aucune justification morale ni &#233;conomique, &#233;value Michael Hudson. Alors que les &#233;conomies se contractent, le secteur financier s'enrichit en transformant leurs titres ou certificats de dette en appropriation de la propri&#233;t&#233;. En mettant cette tendance dans le contexte des politiques des banques centrales, qui ont servi &#224; gonfler les march&#233;s boursiers et &#224; recapitaliser les banques pour qu'elles continuent &#224; sp&#233;culer, Hudson souligne que l'&#233;conomie est de moins en moins la sph&#232;re de la production, de la consommation et de l'emploi, et de plus en plus la sph&#232;re de la cr&#233;ation du cr&#233;dit. Ce dernier est mis &#224; contribution pour acheter des actifs, transformer les b&#233;n&#233;fices et les revenus en paiements d'int&#233;r&#234;ts, jusqu'&#224; ce que la totalit&#233; de l'exc&#233;dent &#233;conomique et la liste compl&#232;te des propri&#233;t&#233;s soient gag&#233;es pour payer le service de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Emploi, automatisation et impasse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;La crise de 2008 n'est pas la premi&#232;re, dans les &#171; pays avanc&#233;s &#187;, o&#249; la reprise de l'&#233;conomie r&#233;elle &#8211; la production de biens et de services, ou mieux encore de la richesse produite socialement - ne r&#233;ussit pas &#224; r&#233;tablir les niveaux pr&#233;c&#233;dents d'emploi, de s&#233;curit&#233; de travail et de salaires. En revanche, c'est la premi&#232;re dans laquelle le ch&#244;mage, en plus de s'&#234;tre brutalement accru, devient structurel, par un glissement massif vers le ch&#244;mage de longue dur&#233;e et la sortie de la vie active. Les statistiques officielles ne donnent d'ailleurs qu'une id&#233;e fortement partielle de l'ampleur r&#233;elle du ph&#233;nom&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dependant du nombre des variables consid&#233;r&#233;es, le taux de ch&#244;mage peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions de travailleurs en sont victimes dans ces pays, entra&#238;nant une paup&#233;risation de larges secteurs des soci&#233;t&#233;s respectives. Cette paup&#233;risation est d'autant plus accentu&#233;e que ce sont les cat&#233;gories d&#233;j&#224; d&#233;favoris&#233;es sur le march&#233; du travail &#8212; les jeunes, les travailleurs peu qualifi&#233;s, les immigr&#233;s, les minorit&#233;s ethniques et, parmi eux, ceux qui occupent des emplois temporaires ou atypiques &#8211; qui sont les premi&#232;res &#224; souffrir de ces suppressions d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise aussi dans laquelle l'in&#233;galit&#233; de revenus atteint des niveaux jamais vus depuis longtemps, et &#224; cause de laquelle une grande partie de la nouvelle g&#233;n&#233;ration n'aura pas d'emplois stables, vivra dans un monde d'emplois pr&#233;caires, de salaires m&#233;diocres et sous la menace constante du ch&#244;mage chronique. Il s'agira de la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, depuis l'av&#232;nement de l'&#201;tat-providence, qui aura un niveau de vie et un degr&#233; de s&#233;curit&#233; sociale tr&#232;s inf&#233;rieurs &#224; celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'explication de l'impasse du ch&#244;mage chronique dans pays dits avanc&#233;s ne se trouve pas seulement pas dans les politiques de lib&#233;ralisation qui ont conduit au d&#233;m&#233;nagement de la production dans des pays ou des r&#233;gions ayant une main-d'&#339;uvre moins ch&#232;re. Le probl&#232;me central de cette crise, qui n'en finit pas de durer, est structurel et concerne d'abord la relation fondamentale du capital avec le travail salari&#233; ainsi que la reproduction m&#234;me du capital. Les consid&#233;rations de comp&#233;titivit&#233;, de rentabilit&#233; et de productivit&#233; en jalonnent la dynamique. Elles incitent &#224; faire &#233;voluer constamment les moyens de production pour r&#233;duire l'emploi de la force de travail humaine en vue d'accro&#238;tre les profits, augmentant ainsi in&#233;vitablement &#224; la fois la production et le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte actuel de la dictature des lois du march&#233;, le n&#339;ud gordien se situe dans l'exploitation qui est faite des avanc&#233;es en mati&#232;re de science et de technologie. Ces avanc&#233;es permettent d&#233;j&#224; et permettront encore davantage d'&#233;liminer la n&#233;cessit&#233; de recourir au travail humain dans la production et les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin Ford, dans un ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martin Ford, The Lights in the Tunnel, Acculant Publishing, 2009&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; consacr&#233; &#224; l'automatisation, au d&#233;veloppement implacable des technologies et &#224; l'entrelacement de ces derni&#232;res avec la mondialisation et &#224; l'&#233;conomie du futur, se penche sur les cons&#233;quences d'une telle &#233;volution. Elle ne serait contr&#244;l&#233;e que par une &#233;troite minorit&#233; d'individus et d'entreprises ayant monopolis&#233; les ressources de la nature et de la technique. Il juge qu'elle ne pourra d&#233;boucher que sur des soci&#233;t&#233;s invivables &#171; parce que les 70% &#224; 80 % d'humains ayant perdu leur place dans les cycles de production, et transform&#233;s au mieux en assist&#233;s, ne pourront que se r&#233;volter contre les accapareurs du pouvoir technologique et &#233;conomique. Cela d'autant plus que la rar&#233;faction pr&#233;visible des ressources naturelles et l'aggravation des crises climatiques r&#233;duiront encore leurs capacit&#233;s de survie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Paul Baquiast, &#171; Comment une automatisation inexorable tuera l'emploi. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution prend de l'ampleur et s'acc&#233;l&#232;re. Comme le reconnaissent plusieurs analystes et &#233;conomistes, dont Paul Krugman, Nouriel Roubini&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nouriel Roubini, &#171; Where will all workers go ? &#187;, Project Syndicate, 31 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Yanis Varoufakis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;System Failure, &#171; Already happens : Capitalism destroys human labor and goes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le moment est venu de penser que dans la relation entre le capital et le travail, ce sont les robots qui gagnent en ce moment la guerre et non les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael Spence, laur&#233;at du prix Nobel en &#233;conomie, explique, dans un article r&#233;cent paru dans &lt;i&gt;Project Syndicate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Spence, &#171; Labor's Digital Displacement &#187;, Project Syndicate, 22 mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, que les technologies num&#233;riques sont de nouveau en train de transformer les cha&#238;nes de valeur mondiales et, avec elles, la structure de l'&#233;conomie mondiale. La nouvelle vague de la technologie num&#233;rique &#233;limine le recours au travail humain dans des t&#226;ches de plus en plus complexes. Pour reprendre ses mots, &#171; ce processus de substitution de la main-d'&#339;uvre et de d&#233;sinterm&#233;diation est en cours depuis d&#233;j&#224; un certain temps dans les secteurs de services - pensons aux guichets automatiques, aux services bancaires en ligne, &#224; la planification des ressources au sein d'une entreprise, &#224; la gestion de la relation avec les clients, aux syst&#232;mes de paiement mobile, et bien plus encore. Cette r&#233;volution se propage maintenant &#224; la production de biens, o&#249; les robots et l'impression 3D &#233;vincent le travail humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, contrairement &#224; la pr&#233;c&#233;dente vague de la technologie num&#233;rique, qui avait incit&#233; les entreprises &#224; acc&#233;der &#224; des r&#233;serves de main-d'&#339;uvre sous-utilis&#233;e dans le monde, la force motrice de ce nouveau cycle est manifestement la r&#233;duction des co&#251;ts par l'&#233;vincement de la main-d'&#339;uvre salari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la nature du syst&#232;me &#233;conomique, ce processus est inexorable &#224; cause des importants avantages financiers du recours &#224; la technologie num&#233;rique. Michael Spence pr&#233;cise &#224; ce sujet que : &#171; la grande majorit&#233; des co&#251;ts est au d&#233;but, dans la conception de mat&#233;riel (comme les capteurs), et de fa&#231;on plus importante encore, dans la cr&#233;ation du logiciel qui produit la capacit&#233; d'effectuer diverses t&#226;ches. Une fois cet objectif atteint, le co&#251;t marginal du mat&#233;riel est relativement faible (et diminue proportionnellement &#224; la hausse de l'&#233;chelle), et le co&#251;t marginal de reproduire le logiciel est essentiellement z&#233;ro. Avec un &#233;norme march&#233; potentiel pour amortir les co&#251;ts initiaux fixes de conception et d'essai, les incitations &#224; investir sont irr&#233;sistibles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses conclusions, restreintes cependant au seul domaine &#233;conomique, Michael Spence souligne que cette seconde vague de la technologie num&#233;rique aura des effets structurants majeurs autant sur la production des biens et services que sur la construction ou encore le commerce de d&#233;tail. Elle frappera aussi de plein fouet les pays en d&#233;veloppement qui devront s'ajuster au fait que l'abondance d'une main-d'&#339;uvre comp&#233;tente, disciplin&#233;e et bon march&#233; perdra de son importance comme levier de la croissance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abordant plus largement l'enjeu de l'&#233;vincement du travail salari&#233; par la technologie num&#233;rique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Skidelsky, &#171; Return to capitalism 'red in tooth and claw' spells (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le professeur Robert Skidelsky de l'universit&#233; de Warwick fait remarquer que l'&#233;volution actuelle du capitalisme tient de la folie &#233;conomique. Au-del&#224; des aberrations d'une civilisation fond&#233;e sur le &#171; toujours plus &#187; et des limites naturelles auxquelles la croissance finira bient&#244;t par se heurter, nous ne pourrons pas continuer bien longtemps encore &#224; r&#233;duire la part du travail humain dans les activit&#233;s &#233;conomiques, sans lui trouver de nouveaux d&#233;bouch&#233;s. Se fermer les yeux &#224; ce sujet, c'est consacrer la voie qui m&#232;ne &#224; une division de la soci&#233;t&#233; en une minorit&#233; de producteurs, de professionnels, de superviseurs et de sp&#233;culateurs financiers d'une part, et une majorit&#233; r&#233;duite &#224; l'oisivet&#233; forc&#233;e de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robert Skidelsky estime qu'une telle soci&#233;t&#233; &#171; serait confront&#233;e &#224; un dilemme classique : comment concilier la pression incessante &#224; consommer avec des revenus stagnants ? Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la r&#233;ponse a &#233;t&#233; d'emprunter, ce qui a conduit &#224; l'&#233;norme surendettement actuel dans les &#233;conomies avanc&#233;es. De toute &#233;vidence, cela n'est pas viable, et ne constitue donc pas la r&#233;ponse, car elle implique l'effondrement p&#233;riodique de la machine de production de la richesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, nous ne pourrons pas nous avancer avec succ&#232;s sur la voie de l'automatisation de la production, sans reconsid&#233;rer des enjeux fondamentaux comme la consommation, le travail, les loisirs et la r&#233;partition des revenus. &#171; Sans ces efforts d'imagination sociale, le r&#233;tablissement &#224; l'issue de la crise actuelle sera tout simplement un pr&#233;lude &#224; d'autres calamit&#233;s fracassantes &#224; l'avenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet ordre d'id&#233;e, il rappelle que Keynes avait d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; le ch&#244;mage technologique, mais qu'il avait associ&#233; le progr&#232;s technologique &#224; la possibilit&#233; de lib&#233;rer au moins partiellement l'humanit&#233; de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le travail, et d'accro&#238;tre consid&#233;rablement la production de la richesse avec une fraction du travail requis dans son temps. Keynes avait m&#234;me imagin&#233; que la semaine de travail serait de 15 heures au d&#233;but des ann&#233;es 2000, sans nuire pour autant &#224; la croissance de la richesse. Or, dans les &#233;conomies avanc&#233;es, cette richesse a effectivement atteint &#224; peu pr&#232;s les niveaux escompt&#233;s par Keynes, mais il n'en est pas all&#233; de m&#234;me pour la semaine de travail. La r&#233;alit&#233; est loin des r&#234;ves et des propos des ann&#233;es 1970 sur l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; de loisirs. Pour Skidelski, cela signifie tout simplement que nous n'avons pas r&#233;ussi &#224; convertir la croissance du ch&#244;mage technologique en croissance du temps de loisir volontaire. La principale raison de cet &#233;chec est que la part du lion des gains de productivit&#233; de ces trente derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; accapar&#233;e par les nantis.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Tom Streithorts, un journaliste et auteur, met pour sa part en &#233;vidence le paradoxe qu'accentue la seconde vague de technologie num&#233;rique. Il situe ce paradoxe entre, d'une part, l'abondance et la diversit&#233; de l'offre de produits et de services auxquelles le citoyen consommateur est de plus en plus expos&#233; et, d'autre part, la raret&#233; et la pr&#233;carit&#233; en mati&#232;re d'emploi auxquelles se heurte le citoyen travailleur. Les mises &#224; pied peuvent bien encore continuer &#224; se multiplier, les emplois de qualit&#233; &#224; se r&#233;duire en peau de chagrin, le temps partiel mal r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; prolif&#233;rer comme une mauvaise herbe et les profits &#224; grimper en fl&#232;che, mais arrivera in&#233;luctablement le moment o&#249; se posera la question de qui pourra encore acheter les produits et services offerts sur le march&#233;. Un robot peut bien fabriquer un t&#233;l&#233;phone intelligent, mais il ne peut pas l'acheter. La demande ne sera tout simplement plus au rendez-vous de l'offre, en quantit&#233; suffisante pour permettre &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle de ne pas s'enfoncer dans la l&#233;thargie, comme c'est d&#233;j&#224; le cas &#224; l'heure actuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tom Streithorts, &#171; The Central Paradox of the 21st Century &#187;, 25 juin 2014, ,&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, si les pays cl&#233;s du capitalisme ne vivent plus dans l'&#232;re de la p&#233;nurie, ils ont en revanche consid&#233;rablement r&#233;duit les possibilit&#233;s d'emploi. De plus, contrairement &#224; la p&#233;riode 1945-1973, les gains de productivit&#233; ne se traduisent plus en gains salariaux pour les travailleurs et ne jouent finalement qu'&#224; l'avantage des dirigeants des entreprises et de l'actionnariat qui, tous deux, drainent vers eux l'essentiel des acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es, c'&#233;tait surtout la classe ouvri&#232;re qui avait subi les impacts de la mondialisation et des changements technologiques. Aujourd'hui, c'est l'&#233;tiolement des classes moyennes dans les pays avanc&#233;s qui appara&#238;t comme in&#233;luctable dans cette nouvelle phase de l'&#233;volution. Ces classes moyennes sont en train de s'an&#233;mier rapidement tout simplement parce que les conditions qui les ont cr&#233;&#233;s, des emplois stables et des salaires d&#233;cents, ont cess&#233; d'exister. L'&#233;volution en cours menace maintenant les plus qualifi&#233;s et les plus dipl&#244;m&#233;s au sein de ces classes moyennes. Avec le niveau de sophistication actuel des proc&#233;d&#233;s informatiques, il devient m&#234;me plus facile de les remplacer que des travailleurs manuels. Pensons simplement aux changements que connaissent des domaines comme celui du journalisme, de la comptabilit&#233;, de la gestion ou encore celui de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, dans les classes populaires, c'est le moment d'une r&#233;surgence d'un sous-prol&#233;tariat constitu&#233; par la partie la plus d&#233;favoris&#233;e de ces classes populaires et pour qui ch&#244;mage et pr&#233;carit&#233; sont devenus le lot quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l'&#233;volution en cours emp&#234;che de g&#233;n&#233;rer suffisamment d'emplois et de salaires d&#233;cents permettant de maintenir une demande finale robuste. Elle place ainsi le syst&#232;me devant un obstacle pratiquement insurmontable, en rapetissant son potentiel de reproduction. Jonglant avec les nouvelles normes de profitabilit&#233; impos&#233;es par la mobilit&#233; presque parfaite acquise par le capital financier gr&#226;ce aux technologies de l'information de la premi&#232;re vague, le syst&#232;me tend &#224; fonctionner comme si capitalisme &#233;tait s&#233;parable de ce rapport social particulier qu'est le salariat. En excluant un nombre croissant de travailleurs du processus de production, il se retrouve &#224; les exclure du m&#234;me coup de la consommation, une phase pourtant essentielle &#224; la reproduction du capital. C'est cet aspect de l'&#233;volution qui sans doute explique les regains occasionnels d'int&#233;r&#234;t &#224; l'&#233;gard de la formule d'une garantie de revenu de base comme solution &#224; long terme , mais aussi comme panac&#233;e au fait brutal que le partage de la richesse produite socialement s'est tr&#232;s profond&#233;ment modifi&#233;, au d&#233;triment du travail et au profit du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Incertitude, ins&#233;curit&#233; et friabilit&#233; humaine&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Chaque crise du syst&#232;me est porteuse de sa part de d&#233;sagr&#233;gation sociale. Fruit du d&#233;veloppement &#233;conomique, et de l'enrichissement des nations cl&#233;s du capitalisme, de m&#234;me que des crises &#233;conomiques et des circonstances historiques d&#233;j&#224; mentionn&#233;es, le d&#233;veloppement de l'&#201;tat-providence a permis d'assurer une certaine stabilit&#233; sociale de ces nations. Les politiques sociales et la d&#233;mocratisation de l'&#233;ducation ont contribu&#233;, entre autres, &#224; compenser l'affaissement des solidarit&#233;s familiales traditionnelles, en assurant une continuit&#233; du revenu aux plus &#226;g&#233;s, aux inemploy&#233;s ou aux inemployables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zygmunt Bauman, sociologue britannique d'origine polonaise et auteur notamment de &lt;i&gt;Liquid Modernity&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Zygmunt Bauman, Liquid Modernity , Polity Press with Blackwell Publishing (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, consid&#232;re qu'il s'est agi l&#224; d'une &#233;tape d'incrustation des individus dans des structures solides comme le r&#233;gime de production industrielle ou des institutions d&#233;mocratiques. En plus, ces structures &#233;taient marqu&#233;es par une forte tradition territoriale. Tout le contraire de ce qui est en train de se produire dans l'&#233;tape actuelle de l'&#233;volution du syst&#232;me, o&#249; les dominants ne se reconnaissent plus aucune responsabilit&#233; dans l'administration d'un territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de Bauman, nous serions ainsi plus pr&#232;s de la fin de la g&#233;ographie que de celle de l'histoire. Gr&#226;ce aux nouvelles technologies, l'&#233;lite mondiale s'est d&#233;gag&#233;e des difficult&#233;s qui se dressaient entre le proche et le lointain et s'est lib&#233;r&#233;e de cette fa&#231;on des obligations et des contraintes li&#233;es au territoire. Une diff&#233;rence grandissante s'est introduite de la sorte entre le pouvoir devenu global et la politique demeur&#233;e locale. Cette derni&#232;re peine de plus en plus &#224; imposer des orientations et des objectifs, perdant graduellement l'efficacit&#233; de son action et semant ainsi l'incertitude. Et cette incertitude se traduit en ins&#233;curit&#233; chez les individus, d'autant plus que la prise en charge collective des risques individuels s'affaiblit, cr&#233;ant un climat incitateur &#224; la recherche de solutions individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente peut &#234;tre d&#233;crite comme celle d'une modernit&#233; solide, stable et r&#233;p&#233;titive, l'&#233;tape actuelle est celle d'une modernit&#233; liquide, flexible et versatile, illustrative du changement et de la transition. Une de ses caract&#233;ristiques est un individualisme exacerb&#233; par l'instabilit&#233; et l'ins&#233;curit&#233; qui rend les relations pr&#233;caires, transitoires et volatiles. &#192; tout prendre, nous sommes dans une p&#233;riode dans laquelle les mod&#232;les et les structures sociales ne subsistent pas d&#233;j&#224; suffisamment pour &#234;tre enracin&#233;s et r&#233;gir ainsi les coutumes des citoyens. La soci&#233;t&#233; n'est plus en mesure de leur offrir un horizon de sens d&#233;fini une fois pour toutes. Comme Bauman nous le rappelle, les solides conservent leur mani&#232;re d'&#234;tre et persistent dans le temps : ils durent ; tandis que les liquides sont des rapports et ils sont constamment transform&#233;s : ils coulent. Pensons ici &#224; la d&#233;r&#233;glementation, l'assouplissement ou la lib&#233;ralisation des march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article consacr&#233; &#224; cette modernit&#233; liquide et &#224; la friabilit&#233; humaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Adolfo Vasquez Rocca, &#171; Modernidad l&#237;quida y fragilidad humana ; de Zygmunt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le professeur Adolfo Vasquez Rocca, de l'universit&#233; de Valparaiso (Chili), r&#233;sume ainsi la pens&#233;e de Bauman sur la fragilit&#233; des liens humains : &#171; L'incertitude dans laquelle nous vivons correspond &#224; des transformations, comme l'affaiblissement des syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; qui prot&#232;gent l'individu et la renonciation &#224; la planification &#224; long terme : l'oubli et le d&#233;racinement affectif sont pr&#233;sent&#233;s comme une condition de r&#233;ussite. Cette nouvelle (in)sensibilit&#233; exige de la souplesse, de la fragmentation et le cloisonnement des int&#233;r&#234;ts et des personnes touch&#233;s, il faut toujours &#234;tre pr&#234;t &#224; changer de tactique, d'abandonner les engagements et les loyaut&#233;s. Bauman se r&#233;f&#232;re &#224; la crainte de relations &#224; long terme et la fragilit&#233; des liens de solidarit&#233; qui semblent se fonder uniquement sur les profits qu'elles g&#233;n&#232;rent. Bauman s'efforce de montrer comment la sph&#232;re du commerce impr&#232;gne tout et que les relations sont d&#233;sormais mesur&#233;s en termes de co&#251;t et de b&#233;n&#233;fice, comme de la &lt;i&gt;liquidit&#233;&lt;/i&gt; dans le sens strictement financier du terme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet &#233;tat d'esprit, les ch&#244;meurs n'apparaissent plus comme une arm&#233;e industrielle de r&#233;serve, un potentiel &#224; mettre s'il y a lieu en &#339;uvre, mais comme une cat&#233;gorie d'individus superflus, inutiles, des hors-jeu, des exclus. L'&#233;conomie se porterait tellement mieux s'ils pouvaient dispara&#238;tre. Mieux vaut donc cultiver l'art de tronquer les relations, de se d&#233;connecter du d&#233;sagr&#233;able, de se replier sur soi. Ce m&#234;me &#233;tat d'esprit m&#232;ne aussi &#224; devenir accro &#224; la s&#233;curit&#233;, sans jamais en &#234;tre certain pour autant, dans une dynamique de la peur de la peur. Nous l'acceptons comme si c'&#233;tait logique, ou du moins in&#233;vitable, tant et si bien que, selon Zygmunt Bauman, nous contribuons ainsi &#224; &#171; normaliser le statut d'urgence &#187;. Bref, un &#233;tat d'esprit qui m&#232;ne, si on se fonde sur les r&#233;flexions du philosophe et essayiste allemand Peter Sloterdijk, &#224; un r&#233;gime de sabotage social et &#224; une logique de panique comme argument central de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sa part, le politologue argentin Edgardo Mocca&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edgardo Mocca, &#171; Los medios en discusion &#187;,&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous rappelle que dans le cas de son pays, et cela peut &#234;tre valable pour le reste de monde, &#171; la soci&#233;t&#233; actuelle est le r&#233;sultat de l'ensemble d'exp&#233;riences politiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es, au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es, dans le contexte d'un changement radical &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire du monde du travail, social et culturel dans lequel nous vivons, un changement qui cache dans son noyau la question politique, la question du pouvoir &#187;.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
En s'inspirant des id&#233;es de sociologues comme Richard Sennett ou de philosophes comme Horst Kurnitzky, il souligne que &#171; le changement mondial est, avant tout, l'affirmation d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie culturelle et politique, celle d'un bloc social organis&#233; autour des nouvelles formes de domination &#233;conomique qui ont en leur centre le capital financier. Il s'agit du capital extra territorialis&#233; par excellence, celui qui n'a pas besoin des usines ni des concentrations de travailleurs, celui qui peut &#234;tre d&#233;plac&#233; sans limites &#224; travers la plan&#232;te. Ce n'est pas une simple domination, c'est une h&#233;g&#233;monie parce qu'il a la capacit&#233; de former le bon sens pr&#233;dominant, pas seulement par sa capacit&#233; ind&#233;niable de manipulation &#224; travers des gigantesques agences de formation d'opinion, mais principalement parce que ce bon sens correspond &#224; une mani&#232;re nouvelle et distincte de vivre, dont l'essence est la dispersion, la d&#233;sagr&#233;gation sociale, l'extr&#234;me individualisme. C'est la mani&#232;re de vivre qui correspond au d&#233;mant&#232;lement de la soci&#233;t&#233; industrielle et salariale, &#224; l'assouplissement des relations du travail, &#224; l'affaiblissement des vieilles formes productives des fordistes et &#224; l'apog&#233;e des services, mis &#224; la disposition d'une impulsion consommatrice qui bouge dans une forme vertigineuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilles Lipovetsky, sociologue, philosophe et essayiste fran&#231;ais, d&#233;crit cette nouvelle mani&#232;re de vivre et cette pulsion consommatrice vertigineuse comme relevant d'une nouvelle forme extr&#234;me d'individualisme, produit d'une soci&#233;t&#233; hypermarchande&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.Lipovetsky (et S&#233;bastien Charles), Les temps Hypermodernes, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; triomphante et issue du bouleversement permanent repr&#233;sent&#233; par la privatisation &#233;largie, l'&#233;rosion des identit&#233;s sociales, la d&#233;saffection id&#233;ologique et politique, la d&#233;stabilisation des personnalit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.Lipovetsky, L'&#232;re du vide. Essai sur l'individualisme contemporain , (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Priv&#233;s de rep&#232;res, les individus vivent seuls cette &#171; d&#233;saffiliation &#187; dans des soci&#233;t&#233;s per&#231;ues comme des &#171; empires de l'&#233;ph&#233;m&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G.Lipovetsky, L'empire de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, La mode et son destin dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lipovetsky qualifie cette nouvelle forme d'hyperindividualisme. Il la pr&#233;sente comme reposant sur cette valeur d&#233;sormais centrale qu'est l'accomplissement personnel, mais comme menant aussi au narcissisme, &#224; une mentalit&#233; du ici et maintenant, et &#224; la difficult&#233; de s&#233;parer les d&#233;sirs superflus des besoins essentiels. Lipovetsky refuse cependant de confondre simplement individualisme et &#233;go&#239;sme. &#192; la cr&#233;ation d'un individualisme irresponsable par une soci&#233;t&#233; hyperconsommatrice, r&#233;pondrait un mouvement d'individualisme responsable. Il souligne &#224; cet effet l'existence d'un tronc commun de valeurs et l'importance du b&#233;n&#233;volat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reconna&#238;t cependant que cet individualisme extr&#234;me vient consacrer l'&#233;clatement du principe de la subordination de l'individuel aux r&#232;gles rationnelles collectives. La notion de citoyen se retrouve ainsi dilu&#233;e dans une infinie d&#233;clinaison d'int&#233;r&#234;ts minuscules, sous la pouss&#233;e d'une recherche narcissique d'une identit&#233; propre. Il suffit de penser &#224; ce sujet aux innombrables regroupements de toute nature surgis ces deux derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bauman se penche aussi cette notion de citoyennet&#233;. Il note que &#171; victimes des pressions vers l'individualisation, les individus sont progressivement mais syst&#233;matiquement d&#233;pouill&#233;s de l'armure protectrice de leur citoyennet&#233; et expropri&#233;s de leur capacit&#233; et de leurs int&#233;r&#234;ts de citoyens. Dans ces circonstances, les possibilit&#233;s que l'individu de droit se transforme en individu de fait, en quelqu'un qui contr&#244;le les ressources indispensables d'une autod&#233;termination authentique, sont de plus en plus lointaines. L'individu de droit ne peut pas se transformer en individu de fait sans d'abord se convertir en citoyen. Il n'y a pas d'individus autonomes sans une soci&#233;t&#233; autonome, et l'autonomie de la soci&#233;t&#233; exige une autoconstitution d&#233;lib&#233;r&#233;e et r&#233;fl&#233;chie, quelque chose qui peut seulement &#234;tre atteint par l'ensemble de ses membres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique, ce qui saute aux yeux, c'est que toute cette &#233;volution se traduit par un morcellement de l'espace social. On assiste ainsi &#224; une fragmentation de l'int&#233;r&#234;t public en une myriade de mini-int&#233;r&#234;ts et &#224; une transformation des rapports entre l'&#201;tat et des citoyens de plein droit en relations de service avec des citoyens-clients enferm&#233;s dans leur univers priv&#233;. Ce morcellement g&#233;n&#232;re bref l'indiff&#233;rence &#224; autrui et rend encore plus ingrat un contexte d&#233;j&#224; peu favorable aux initiatives inspir&#233;es par le principe de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des pierres d'achoppement &#224; cet &#233;gard r&#233;side dans le fait que la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts ainsi miniaturis&#233;s aboutit plus fr&#233;quemment au pr&#233;toire qu'&#224; la tribune politique. Cela conforte une dynamique, d&#233;j&#224; tr&#232;s perceptible dans bien des pays dits avanc&#233;s, o&#249; le pouvoir judiciaire se retrouve &#224; trancher de plus en plus souvent des enjeux soci&#233;taux majeurs, &#233;vacuant de ce fait le d&#233;bat public et toute participation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre pierre d'achoppement est la difficult&#233; pour les domin&#233;s dans cette soci&#233;t&#233; liquide ou hypermoderne, mais qui demeure d'abord une soci&#233;t&#233; de classes, de se construire une identit&#233; sociale, une identit&#233; de r&#233;sistance, une identit&#233; de mobilisation et de s'en servir comme raison d'agir et de se lib&#233;rer ainsi des d&#233;rives identitaires religieuse ou ethnique dict&#233;es par l'ins&#233;curit&#233;, fruit v&#233;n&#233;neux de la disparition des formes pass&#233;es d'organisation sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une ploutocratie d&#233;connect&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;L'&#233;volution en cours se traduit &#233;galement par une r&#233;gression d&#233;mocratique. D'un scrutin &#224; l'autre, les &#233;lecteurs continuent de choisir leurs repr&#233;sentants, mais leur vote a-t-il beaucoup de prise sur les politiques men&#233;es ensuite par les instances &#233;lues ? La nouvelle r&#233;alit&#233; fait que l'essentiel de ces politiques est d&#233;sormais encadr&#233; par des dispositions r&#233;gionales et internationales qui &#233;chappent &#224; tout contr&#244;le d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un trait&#233; ou d'un accord &#224; l'autre, ces dispositions ont contribu&#233; &#224; vider progressivement, mais avec constance, la d&#233;mocratie de tout contenu autre que formel dans les pays qui se targuaient d'&#234;tre les plus avanc&#233;s sur ce plan. Elles l'ont fait en assurant l'h&#233;g&#233;monie de la fonction marchande sur les autres fonctions sociales et en d&#233;l&#233;gitimant du coup toutes les r&#233;gulations politiques et sociales de ces nations, au nom des vertus de la libert&#233; de la circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. Pieux propos derri&#232;re lequel se dissimulait l'enjeu de la disparition de toute entrave &#224; l'enrichissement et au pouvoir de ceux qui &#233;taient d&#233;j&#224; riches et puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a mis en lumi&#232;re comment la bourgeoisie, comme force agissante, avait au XVIIIe et au XIXe si&#232;cle contribu&#233; &#224; rompre avec l'ordre ancien, en substituant la logique contractuelle &#224; celle des liens naturels. Il a aussi mis en lumi&#232;re la tendance profonde du capitalisme &#224; la concentration et &#224; la financiarisation. Maintenant que nous sommes parvenus &#224; un stade in&#233;gal&#233; jusqu'ici de concentration du capital et le que le capitalisme d'aujourd'hui n'est plus du tout celui des ann&#233;es 1960, comment peut-on d&#233;crire la force agissante qui a fait jouer ce changement &#224; son avantage, en accaparant tous les b&#233;n&#233;fices de son action et en externalisant les risques et les pertes sur les populations ? Cette force agissante r&#233;capitule sans doute bon nombre de traits de la bourgeoisie du XIXe si&#232;cle, mais elle poss&#232;de aussi des traits qui lui sont propres et qui correspondent &#224; la phase actuelle du d&#233;veloppement du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Rothkopff, un ancien sous-secr&#233;taire au commerce dans l'administration Clinton, assimile cette force agissante &#224; une nouvelle &#233;lite mondiale du pouvoir qu'il qualifie de superclasse dans son livre du m&#234;me nom. La mondialisation est &#224; la fois le creuset de sa formation et le vecteur de sa domination. Nous devons reconna&#238;tre, &#233;crit-il, &#171; que quelque chose de nouveau est en train de se produire, un d&#233;s&#233;quilibre &#233;norme dans la r&#233;partition du pouvoir dans le monde qui accorde une grande influence &#224; des regroupements informels d'&#233;lites. Ces &#233;lites d&#233;passent ou supplantent souvent les institutions du pass&#233; : gouvernements nationaux, syst&#232;mes l&#233;gaux (&#8230;). Au c&#339;ur de cette nouvelle r&#233;alit&#233;, se trouvent les membres de la superclasse, des individus dont les d&#233;cisions quotidiennes r&#233;orientent des flux massifs de capitaux entre les march&#233;s, cr&#233;ent, disloquent ou &#233;liminent des emplois dans le monde entier, d&#233;terminent la viabilit&#233; des programmes gouvernementaux et parfois des gouvernements ; et jouent &#233;galement un r&#244;le essentiel dans le fa&#231;onnement de l'&#232;re plan&#233;taire (&#8230;). En outre, ces individus, en tant que groupe, en raison de leur influence, jouent un grand r&#244;le dans la d&#233;finition de la teneur de notre temps, d&#233;terminant quelles vues sont acceptables et quelles vues ne le sont pas, et quelles sont nos priorit&#233;s. L'influence de cette superclasse transnationale est souvent amplifi&#233;e quand ses membres agissent dans les groupes tiss&#233;s par des ententes d'affaires, des conseils d'administration, des mouvements d'investissement, d'anciens liens d'&#233;cole, des adh&#233;sions de club, et d'innombrables autres occasions qui les transforment, sinon en ces comit&#233;s conspirateurs de la l&#233;gende, au moins en groupes pass&#233;s ma&#238;tres dans l'avancement de leurs int&#233;r&#234;ts convergents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Rothkopf, Superclass-The Global Power Elite and the World they are (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rothkopff avance qu'il a identifi&#233; environ six mille personnes qui correspondraient &#224; sa d&#233;finition de la superclasse, le crit&#232;re principal &#233;tant &#171; la capacit&#233; d'influencer r&#233;guli&#232;rement la vie de millions de personnes dans de nombreux pays &#224; travers le monde &#187;. L'immense majorit&#233; de ces personnes est de sexe masculin, d'&#226;ge m&#251;r, de descendance europ&#233;enne et issue des meilleures institutions universitaires occidentales. Les grandes capitales, les grands h&#244;tels et les grandes messes du capitalisme (Davos, Cran Montana, etc.) sont leurs carrefours de rencontre. La nature exclusive des liens au sein de cette superclasse est bien illustr&#233;e par une citation &#233;clairante dans le premier chapitre du livre, une observation d'ailleurs emprunt&#233;e &#224; un ancien haut fonctionnaire des Nations Unies : &#171; Quand on d&#233;ambule dans les soir&#233;es de Davos, on se rend compte qu'on y conna&#238;t plus de gens que lorsqu'on se prom&#232;ne dans les parcs de nos villes respectives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des grands traits caract&#233;ristiques des membres de cette &#171; &#233;lite mondiale &#187; est qu'ils consid&#232;rent leurs relations entre eux comme plus importantes que leurs liens avec leur pays d'origine et les gouvernements. Un autre trait caract&#233;ristique est que les membres de cette &#233;lite embrassent en tr&#232;s grande majorit&#233; le fondamentalisme du march&#233; des &#171; Chicago Boys &#187;, les disciples de Milton Friedman &#224; l'Universit&#233; de Chicago, mais dans la mesure seulement o&#249; les souffrances qu'il entra&#238;ne est le lot des classes inf&#233;rieures. Ils r&#233;sistent discr&#232;tement &#224; toute r&#233;forme qui pourrait grignoter leur contr&#244;le des leviers &#233;conomiques. Malgr&#233; sa foi dans le capitalisme et ses attentes optimistes &#224; l'&#233;gard des membres de cette nouvelle &#233;lite, Rothkoppf conc&#232;de que &#171; beaucoup parmi la superclasse sont trop proches de leurs int&#233;r&#234;ts et tr&#232;s loin de l'univers de la plupart des habitants de la plan&#232;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibidem&#034; id=&#034;nh4-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres, la notion d'une &#233;lite mondiale d&#233;racin&#233;e tient du conte de f&#233;es pour &#233;cole de commerce ou d'&#233;pouvantail pour les altermondialistes. &#201;tudes empiriques &#224; l'appui, Michael Hartman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michael Hartman, art. &#171; Le mythe de la classe globale &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; avance que &#171; la &lt;i&gt;classe mondiale &lt;/i&gt;para&#238;t &#233;tonnamment allergique au cosmopolitisme. Aux &#201;tats-Unis comme dans les grandes puissances &#233;conomiques europ&#233;ennes et asiatiques, les entreprises les plus importantes sont presque toutes dirig&#233;es par des locaux. En moyenne, la proportion de dirigeants &#233;trangers ne d&#233;passe pas les 5 %. Elle chute m&#234;me &#224; 2 % si l'on &#233;carte du tableau les hauts dirigeants provenant du m&#234;me espace linguistique (et souvent culturel) que leur pays d'accueil, comme les Suisses et les Autrichiens en Allemagne ou encore les Irlandais, les Australiens, les Canadiens et les Sud-Africains au Royaume-Uni et aux &#201;tats-Unis. M&#234;me au sein des multinationales les plus influentes du monde, le gratin se recrute de pr&#233;f&#233;rence &lt;i&gt;chez soi&lt;/i&gt;. &#187; Une des causes principales est que l'acc&#232;s aux fonctions r&#233;galiennes de l'appareil &#233;conomique d&#233;pend des structures locales de formation et de reproduction des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul r&#233;seau &#224; caract&#232;re transnational est celui form&#233; par les membres externes des conseils de surveillance. Les liens ainsi tiss&#233;s relient presque exclusivement l'Europe anglo-saxonne et l'Am&#233;rique du Nord. Les pays d'Europe m&#233;ridionale, le Japon et la Cor&#233;e du Sud n'y occupent qu'une place insignifiante, tout comme la Chine, le Br&#233;sil, l'Inde ou la Russie.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans un ouvrage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charles Murray, Coming Apart, The State of White America 1960-2010 , New (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; consacr&#233; &#224; la dislocation sociale de la population blanche des &#201;tats-Unis en deux classes principales, une sup&#233;rieure et une inf&#233;rieure, le sociologue am&#233;ricain Charles Murray montre comment la m&#233;canique de la mobilit&#233; sociale s'est compl&#232;tement gripp&#233;e, au profit d'une nouvelle classe sup&#233;rieure qualitativement diff&#233;rente de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, une &#233;lite cognitive qui refl&#232;te l'&#233;volution du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de cette &#233;lite se trouvent ceux qui exercent le pouvoir dans les domaines politique, &#233;conomique et m&#233;diatique. Ils constituent l'&#233;lite restreinte qui comprend &#233;galement les juges et les avocats qui influencent le cours de la jurisprudence constitutionnelle, les responsables qui d&#233;cident comment les &#233;v&#233;nements seront pr&#233;sent&#233;s dans les bulletins de nouvelles, les journalistes et chroniqueurs publi&#233;s dans les m&#233;dias dominants et sur l'internet, les hauts dirigeants des entreprises majeures, des grandes institutions financi&#232;res, des grandes fondations et des plus importants organismes &#224; but non lucratif. Elle comprend aussi les producteurs, les r&#233;alisateurs et les sc&#233;naristes qui cr&#233;ent les films et les s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es, les professeurs les plus influents des universit&#233;s d'&#233;lite, et des administrateurs publics de haut niveau ainsi que des politiciens d'une certaine stature. Le nombre de ces individus s'&#233;l&#232;ve certainement &#224; moins de cent mille individus et peut-&#234;tre m&#234;me &#224; seulement quelque dix mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;lite restreinte, le cercle int&#233;rieur en quelque sorte, s'ajoute une &#233;lite plus largement d&#233;finie, le cercle ext&#233;rieur, constitu&#233;e essentiellement de personnes influentes au sein des villes et des r&#233;gions (propri&#233;taires des plus grosses entreprises locales, patron des m&#233;dias locaux, m&#233;decins et avocats en vue, etc.). Les deux combin&#233;es repr&#233;senteraient moins d'un million et demi personnes, soit un peu moins d'un demi-pour cent de la population du pays, dont la majorit&#233; se retrouve graduellement rel&#233;gu&#233;e dans la classe inf&#233;rieure, la classe moyenne se r&#233;duisant comme peau de chagrin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de Charles Murray, la notion d'establishment ne suffit plus pour d&#233;crire cette nouvelle &#233;lite. Contrairement aux personnes arriv&#233;es, &#224; un titre ou autre, au pouvoir dans le pass&#233; et qui le plus souvent diff&#233;raient assez consid&#233;rablement entre elles, refl&#233;tant ainsi une certaine diversit&#233; sociale et culturelle, les membres de cette nouvelle &#233;lite sont plus uniformes en mati&#232;re de go&#251;t, de pr&#233;f&#233;rences, et de culture Ils forment ainsi une v&#233;ritable classe sociale qui se d&#233;veloppe dans l'isolement du reste de la nation, aussi bien dans le choix du lieu de r&#233;sidence que des institutions d'enseignement fr&#233;quent&#233;es, ou encore quant &#224; la situation &#233;conomique personnelle, la consommation de produits culturels ou la pratique politique. Cet isolement grandissant s'accompagne d'une ignorance croissante des conditions r&#233;elles dans lesquelles vit le reste de la population du pays sur lequel leur pouvoir exerce pourtant une telle emprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray note, en outre, que cette nouvelle &#233;lite a d&#233;velopp&#233; une v&#233;ritable mainmise h&#233;r&#233;ditaire sur les professions les plus int&#233;ressantes et les postes importants de direction, en ayant plus facilement acc&#232;s aux universit&#233;s prestigieuses, les facteurs notamment d'ordre culturel jouant &#224; l'avantage des enfants de cette &#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce propos, William Deresiewicz, un professeur de Yale, juge durement les universit&#233;s am&#233;ricaines de prestige, dans son livre intitul&#233; &lt;i&gt;Excellent Sheep&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Deresiewicz, Excellent Sheep, the Miseducation of the American (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. Il remet sp&#233;cialement en question leur processus de s&#233;lection. Ces universit&#233;s encouragent de milliers de jeunes de tout milieu &#224; pr&#233;senter leur candidature, quand en r&#233;alit&#233; elles sont &#224; la recherche d'&#233;tudiants au profil bien d&#233;fini. Le syst&#232;me d'admission semble respirer la m&#233;ritocratie. Or, il n'en est rien. Les crit&#232;res de s&#233;lection sont essentiellement calqu&#233;s sur les caract&#233;ristiques des enfants de la classe moyenne sup&#233;rieure, des enfants form&#233;s d&#232;s leur jeune &#226;ge &#224; performer et &#224; sauter les obstacles. Quant aux enfants des plus riches, Deresiewicz pr&#233;cise qu'ils peuvent &#234;tre admis sans sauter quoi que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois admis, les exigences vont en redoublant et une vie de stakhanovistes attend les &#233;tudiants. Ils sont rapidement amen&#233;s &#224; accepter, sous la pression d'une concurrence futile et d&#233;nu&#233;e de tout soup&#231;on d'humanisme, des activit&#233;s accaparantes, on&#233;reuses en temps et en &#233;nergie, comme premi&#232;re condition de leur vie future de leaders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me auteur rappelle, cette fois dans un article publi&#233; dans &lt;i&gt;The American Scholar&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Deresiewicz, &#171; The Disadvantages of an Elite Education &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &lt;/i&gt;que la fa&#231;on des institutions sup&#233;rieures de traiter les &#233;tudiants les pr&#233;pare en fait &#224; leur future position sociale. Dans des institutions comme l'universit&#233; d'&#201;tat de Cleveland, moins prestigieuses, ils sont entra&#238;n&#233;s &#224; occuper des positions interm&#233;diaires dans le syst&#232;me de classes, quelque part dans une obscure bureaucratie. Ils sont conditionn&#233;s pour des vies qui n'offriront pas trop de secondes chances ou de possibilit&#233;s d'avancement ou encore d'ouverture sur de nouveaux horizons ; des vies marqu&#233;es par la subordination et rythm&#233;es par la supervision et le contr&#244;le ; des vies balis&#233;es par des &#233;ch&#233;anciers plut&#244;t que par des lignes directrices souples. Dans des institutions comme Yale, c'est l'inverse &#233;videmment. &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Plus attentif aux manifestations de la concentration du capital et de la financiarisation de l'&#233;conomie, Samir Amin pr&#233;f&#232;re parler de ploutocratie, le gouvernement des riches, par les riches, pour les riches. Dans un article&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Samir Amin, &#171; La nouvelle ploutocratie n&#233;e de la mondialisation &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; paru dans la revue &lt;i&gt;Marianne,&lt;/i&gt; en septembre 2008, il &#233;tablit un lien direct entre la centralisation du capital et la d&#233;rive ploutocratique qui sape les fondements de la vie en soci&#233;t&#233;. &#171; Le capitalisme aujourd'hui est toute autre chose. Une poign&#233;e d'oligopoles occupent seuls toutes les hauteurs dominantes de la gestion &#233;conomique nationale et mondiale. Il ne s'agit pas d'oligopoles strictement financiers, mais de &lt;i&gt;groupes&lt;/i&gt; au sein desquels les activit&#233;s de production de l'industrie, de l'agrobusiness, du commerce, des services et &#233;videmment les activit&#233;s financi&#232;res (dominantes au sens que le syst&#232;me est dans son ensemble &#171; financiaris&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire domin&#233; par les logiques financi&#232;res) sont &#233;troitement associ&#233;es. Il s'agit d'une &#171; poign&#233;e &#187; de groupes : une trentaine de gigantesques, un millier d'autres, gu&#232;re plus. Dans ce sens, on peut parler de &lt;i&gt;ploutocratie&lt;/i&gt;, m&#234;me si ce terme peut inqui&#233;ter ceux qui se souviennent de son usage abusif par les d&#233;magogues du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ploutocratie de groupes domine la mondialisation en place, qu'elle a d'ailleurs elle-m&#234;me v&#233;ritablement fa&#231;onn&#233;e (pour ne pas dire fabriqu&#233;e) en fonction de ses seuls stricts int&#233;r&#234;ts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle commande les march&#233;s financiers mondialis&#233;s et &#171; d&#233;termine le taux de l'int&#233;r&#234;t qui lui permet d'op&#233;rer &#224; son profit un pr&#233;l&#232;vement massif sur la plus value produite par le travail social, comme &#8211; largement &#8211; les taux de change qui lui conviennent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste de l'&#233;conomie n'a d'autre choix que de suivre et de s'ajuster en permanence aux strat&#233;gies d&#233;ploy&#233;es par la ploutocratie. &#171; Cette situation est nouvelle, qualitativement diff&#233;rente de celle qui a caract&#233;ris&#233; le capitalisme historique dans les phases ant&#233;rieures de son d&#233;veloppement. Le march&#233; invoqu&#233; par les &#233;conomistes conventionnels n'existe plus. Il est une farce v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, pour Amin, et cela peut servir de conclusion &#224; cette section, le paradoxe majeur est que &#171; des opinions qui se pensent sinc&#232;rement d&#233;mocratiques ne voient pas la contradiction flagrante entre la gestion du monde par la ploutocratie en place et les principes fondamentaux de la d&#233;mocratie. En fait, le nouveau capitalisme ploutocratique des oligopoles financiaris&#233;s est l'ennemi de la d&#233;mocratie, fut-elle bourgeoise, qu'elle vide de tout contenu. Cette d&#233;construction de la d&#233;mocratie bourgeoise, en cours, est poursuivie d'une mani&#232;re tout &#224; fait syst&#233;matique par la classe politique dirigeante &#187;. On peut penser ici au rapport de la Commission trilat&#233;rale intitul&#233; &lt;i&gt;The Crisis of Democracy&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trilateral Commission, The Crisis of Democracy , New York, University Press, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;dig&#233;, en 1975, par Samuel Huntington (Harvard), Joji Watanuki (Universit&#233; Sophia,Tokyo) et Michel Crozier (Centre de Sociologie des Organisations, Paris)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chemin se fait en marchant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonio Machado, po&#232;te espagnol (1875-1939)&#034; id=&#034;nh4-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu n'est pas une sortie d'une crise qui se perp&#233;tue, mais une &#171; sortie civilis&#233;e &#187; du syst&#232;me &#233;conomique qui la g&#233;n&#232;re. L'impasse &#233;conomique, la r&#233;gression sociale, le recul d&#233;mocratique et la d&#233;rive ploutocratique ne sont finalement que des manifestations d'une &#171; production marchande g&#233;n&#233;ralis&#233;e gangrenant jusqu'aux fondements m&#234;me du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Richard Sobel, art.. &#171; Penser comme ou penser avec Karl Polanyi &#187;, Cahier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, au nom du cr&#233;do que tout peut se transformer en monnaie. Le capitalisme &#233;volue comme si la soci&#233;t&#233; n'avait plus aucune esp&#232;ce d'importance et que la forme qu'elle a rev&#234;tue - celle d'une certaine civilisation du capitalisme industriel, fruit de luttes sociales, qui prot&#233;geait un tant soit peu le pilier humain de la substance de la soci&#233;t&#233; &#8211; n'&#233;tait finalement qu'un obstacle anodin sur la voie de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire de l'autre pilier encore moins consid&#233;r&#233;, celui de la nature ? Le capitalisme &#233;volue aussi comme si la plan&#232;te n'avait pas de limites. Au ch&#244;mage end&#233;mique, &#224; la pr&#233;carit&#233;, &#224; l'affaiblissement de la protection sociale et au creusement des in&#233;galit&#233;s s'ajoutent ainsi les ruptures de l'&#233;quilibre des &#233;cosyst&#232;mes, l'&#233;puisement de certaines ressources, l'appauvrissement marqu&#233; de la biodiversit&#233; et la g&#233;n&#233;ration de pollutions de toute sorte, dans un contexte marqu&#233; par des changements climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution tient de l'essence m&#234;me du capitalisme et d&#233;coule des difficult&#233;s qu'il rencontre dans la production des profits, dont la poursuite ignore pourtant toute limite maintenant. Son moteur est le processus de restauration de la valorisation du capital mis en &#339;uvre pour assurer la survie du syst&#232;me. En fait, le capital &#171; n'existe que comme valeur se valorisant, s'accumulant ainsi sans cesse par la production de plus value. De l'argent th&#233;sauris&#233;, des machines arr&#234;t&#233;es, des marchandises invendues, bref, des valeurs immobiles ne sont pas du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tom Thomas, &#171; La crise. Laquelle ? Et apr&#232;s ? &#187;, Les livres de Tom Thomas,&#034; id=&#034;nh4-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Tout au plus sont-elles des valeurs en attente de se convertir en capital. Le probl&#232;me auquel se heurte le syst&#232;me ne r&#233;sulte pas d'un krach boursier ou d'une impasse financi&#232;re dans un pays ou l'autre. Les causes du probl&#232;me ne sont pas conjoncturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mode de production qui se lib&#232;re d&#233;sormais de la force humaine et du travail salari&#233; (travail vivant) met fin aussi &#224; la production de valeur, en pi&#233;geant compl&#232;tement le syst&#232;me dans l'impasse constitu&#233;e par trop de moyens de production et de marchandises et pas assez de masse salariale pour les absorber, ou encore par trop de capital produit et pas assez de plus-value produite. Ce sont deux manifestations d'une m&#234;me contradiction qui r&#233;side dans le fait que le capital tend &#224; diminuer la quantit&#233; de travail salari&#233; qu'il emploie en m&#234;me temps qu'il tend &#224; augmenter la puissance des machines et la quantit&#233; de marchandises produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source de tensions et de crises r&#233;currentes, cette contradiction vient d'atteindre son point culminant avec les progr&#232;s de la robotique. Elle rend de la sorte caduque la n&#233;cessit&#233; de ce que Zygmunt Bauman d&#233;crivait comme le &#171; mariage toujours en difficult&#233;, mais sans divorce possible &#187; entre le capital et le travail salari&#233;. Faut-il rappeler que ce &#171; mariage &#187; &#233;tait justement le fondement de la civilisation du capitalisme industriel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esclaves parfaits, les robots produisent mais ne consomment pas, et r&#233;duisent d'autant la possibilit&#233; de r&#233;g&#233;n&#233;rer le capital, avec l'absence de salaires qui nourrissent la demande. Et ce ne sont certainement pas les interventions d'un &#201;tat d&#233;cid&#233; &#224; r&#233;guler les march&#233;s, &#224; dompter le &#171; mauvais &#187; capital financier et &#224; conforter le &#171; bon &#187; capital productif qui permettront de r&#233;soudre la contradiction fondamentale suraccumulation/sous-consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des injections massives d'argent dans l'&#233;conomie vont doper, stimuler, acc&#233;l&#233;rer un temps la valorisation et l'accumulation du capital, mais ne cr&#233;eront rien. Ces injections auront peu d'effet sur l'&#233;conomie r&#233;elle. La premi&#232;re consid&#233;ration qui guide tout projet d'investissement dans la production de biens est de savoir s'il y aura suffisamment d'acheteurs et s'ils pourront payer le prix qui permettra au projet de r&#233;ussir. La consid&#233;ration du co&#251;t de l'argent est secondaire dans ce cas. En revanche, elle est primordiale dans toute d&#233;cision en mati&#232;re de sp&#233;culation financi&#232;re, en particulier quand il s'agit de faire jouer des effets de levier reposant sur l'emprunt. De telles injections ne contribuent ainsi qu'&#224; sustenter la sp&#233;culation boursi&#232;re et &#224; faire cro&#238;tre la masse de produits d&#233;riv&#233;s adoss&#233;s sur aucune valeur mat&#233;rielle. L'explosion des prix sur les march&#233;s mondiaux boursiers t&#233;moigne &#233;loquemment du boom artificiel cr&#233;&#233; par les mesures d'assouplissement mon&#233;taire. Cette masse de produits d&#233;riv&#233;s, d&#233;j&#224; &#233;valu&#233;e &#224; plus de dix fois le PIB mondial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie Charrel, art. &#171; Les produits d&#233;riv&#233;s d&#233;passent leur niveau (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, risque fort de s'&#233;vaporer partiellement ou totalement au prochain krach financier, ne laissant en place qu'une &#233;conomie r&#233;elle an&#233;mi&#233;e par la faiblesse de la demande. Nous sommes loin de l'&#233;poque o&#249;, par le biais des banques, des fonds communs de placement et des firmes d'investissements, l'&#233;pargne des citoyens pouvait encore se transformer en progr&#232;s technologique, croissance &#233;conomique et cr&#233;ation de nouveaux emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me ne peut pas non plus se reproduire de fa&#231;on durable en augmentant sans cesse une masse monstrueuse d'endettement pour contrer la sous-consommation. La crise de 2008, qui tenait de l'&#233;croulement d'un ch&#226;teau de cartes, a fourni une bonne indication &#224; ce sujet. Quelles que soient les strat&#233;gies adopt&#233;es, cette contradiction fondamentale, qui pousse &#224; l'abaissement du taux de profit, restera &#224; l'&#339;uvre et s'aggravera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme de capitalisme &#8212; qui en fait est sa forme la plus aboutie par son niveau de concentration du capital, son degr&#233; d'ind&#233;pendance des r&#233;gulations et l'ampleur de son d&#233;sengagement &#224; l'endroit des imp&#233;ratifs soci&#233;taux &#8212; est-elle susceptible d'&#234;tre r&#233;form&#233;e ? La r&#233;ponse est non. Les changements dans le mode production, la d&#233;stabilisation dans les relations de production et le passage du capitalisme industriel &#224; la forme actuelle ferment toute possibilit&#233; de retour en arri&#232;re, autrement dit &#224; un mode de production b&#226;ti sur le travail salari&#233; massif, fondement de l'&#201;tat-providence ; les tentatives des mouvements sociaux et politiques d'aller dans ce sens &#233;quivalent &#224; poursuivre un mirage dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2007, dans son article intitul&#233; &lt;i&gt;La sortie du capitalisme a d&#233;j&#224; commenc&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La sortie du capitalisme a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;, Andr&#233; Gorz. Teste de 2007. El (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui est en fait son testament, le philosophe Andr&#233; Gorz soulignait que, du point de vue de la th&#233;orie marxiste de la valeur, &#171; la question de la sortie du capitalisme n'a jamais &#233;t&#233; plus actuelle. Elle se pose en des termes et avec une urgence d'une radicale nouveaut&#233;. Par son d&#233;veloppement m&#234;me, le capitalisme a atteint une limite tant interne qu'externe qu'il est incapable de d&#233;passer et qui en fait un syst&#232;me qui survit par des subterfuges &#224; la crise de ses cat&#233;gories fondamentales : le travail, la valeur, le capital &#187;, et il ajoute que &#171; la crise du syst&#232;me se manifeste au niveau macro-&#233;conomique aussi bien qu'au niveau micro-&#233;conomique. Elle s'explique principalement par un bouleversement technoscientifique qui introduit une rupture dans le d&#233;veloppement du capitalisme et ruine, par ses r&#233;percussions la base de son pouvoir et sa capacit&#233; de se reproduire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es ont d&#233;velopp&#233; le potentiel social des individus. Elles se r&#233;v&#232;lent toutefois incapables de se r&#233;former pour pouvoir les accueillir. Sous les coups de boutoir du n&#233;olib&#233;ralisme, nous assistons &#224; ce que Marx avait d&#233;crit comme la caract&#233;ristique principale de la p&#233;riode finale du capitalisme industriel, soit la paup&#233;risation massive dans une soci&#233;t&#233; socialement d&#233;velopp&#233;e et dans laquelle les individus poss&#232;dent un tr&#232;s haut niveau d'&#233;ducation et de culture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858, dits &#034;Grundrisse&#034;, collection Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est d'ailleurs int&#233;ressant de voir comment, au milieu du XIXe si&#232;cle, Marx d&#233;crivait d&#233;j&#224; les effets contradictoires r&#233;sultant de l'automatisation de la production. On retrouvera en annexe le passage de Grundrisse o&#249; Marx s'arr&#234;te sur ces effets contradictoires (&#233;conomie de main-d'&#339;uvre pour le capital, possibilit&#233;s de lib&#233;ration de temps pour les travailleurs, transformation de la connaissance en force productive).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incapacit&#233; r&#233;inscrit &#224; l'ordre du jour la rupture avec le syst&#232;me actuel et cette rupture ne pourra pas se r&#233;sumer &#224; des changements au sein de gouvernements ou de certaines politiques. Elle commande un changement de civilisation. Le sociologue espagnol Andr&#233;s Piqueras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#232;s Piqueras, entrevue par Enric Llopis, Rebelion, novembre 2012&#034; id=&#034;nh4-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'exprime bien quand il dit que &#171; les solutions sont certainement en dehors du syst&#232;me. Cela doit &#234;tre clair. Nous ne faisons pas face &#224; une autre crise cyclique, mais &#224; une crise structurelle et civilisatrice, celle de la civilisation qui a &#233;merg&#233; &#224; la fin du XVIIIe et au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et dans laquelle nous sommes encore immerg&#233;s aujourd'hui. Cette crise &#233;conomique, sociale, culturelle et &#233;cologique n'est peut-&#234;tre pas la fin du capitalisme, mais il est clair que le syst&#232;me capitaliste r&#233;sultant de cette crise sera diff&#233;rent de ce que nous connaissons jusqu'&#224; pr&#233;sent. Et il ya une autre question fondamentale : plus longue sera la phase de d&#233;clin du capitalisme &#8212; dans laquelle nous somme d&#233;j&#224; &#8212; plus nous subirons de souffrances et des cons&#233;quences n&#233;gatives. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une entrevue accord&#233;e quelques ann&#233;es auparavant, en 2008, Andr&#233;s Piqueras faisait d'ailleurs remarquer que dans sa &lt;i&gt;colonisation du monde&lt;/i&gt; en cours, le capitalisme avait de plus en plus besoin d'un bras arm&#233;, comme aux heures les plus sombres du colonialisme du pass&#233;. &#192; cette fin, il tire parti du d&#233;ploiement militaire des &#201;tats-Unis dans le monde. Il ne lui reste plus qu'&#224; renforcer les institutions internationales (Banque mondiale, FMI, ONU, G8, UE, OMC, etc.) de fa&#231;on &#224; s'assurer qu'elles garantissent conjointement avec les &#201;tats les conditions g&#233;n&#233;rales de la reproduction du capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;And&#233;s Piqueras, entrevue,&#034; id=&#034;nh4-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette phase de d&#233;clin du capitalisme annonce une longue et difficile p&#233;riode de transition et rien ne garantit une issue heureuse. Le sociologue am&#233;ricain Immanuel Wallerstein la d&#233;crit en ces termes : &#171; Une telle p&#233;riode de transition a deux caract&#233;ristiques qui dominent l'id&#233;e m&#234;me d'une strat&#233;gie antisyst&#232;me. La premi&#232;re est que ceux au pouvoir ne tenteront plus de pr&#233;server le syst&#232;me existant (comme il est vou&#233; &#224; l'autodestruction) ; ils vont plut&#244;t essayer de faire en sorte que la transition conduise &#224; la construction d'un nouveau syst&#232;me qui reproduira les pires aspects de l'actuel - sa hi&#233;rarchie, ses privil&#232;ges et ses in&#233;galit&#233;s. Ils ne recourent pas encore &#224; un langage qui refl&#232;te la disparition des structures existantes, mais ils mettent d&#233;j&#224; en &#339;uvre une strat&#233;gie fond&#233;e sur une telle hypoth&#232;se. Bien s&#251;r, leur camp n'est pas uni, comme cela est d&#233;montr&#233; par le conflit entre les soi-disant &lt;i&gt;traditionalistes &lt;/i&gt;de centre droit et les faucons militaristes d'extr&#234;me droite. Ils travaillent dur toutefois pour construire le soutien &#224; des changements qui ne seront pas des changements, mais un nouveau syst&#232;me aussi mauvais que &#8212; ou pire que &#8212; l'existant. La deuxi&#232;me caract&#233;ristique fondamentale est qu'une p&#233;riode de transition syst&#233;mique en est une d'incertitude profonde, dans laquelle il est impossible de savoir ce que seront les r&#233;sultats. L'Histoire ne se range du c&#244;t&#233; de personne. Chacun de nous peut influer sur l'avenir, mais nous ne savons pas et nous ne pouvons pas savoir comment les autres agiront en vue de l'affecter aussi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Immanuel Wallerstein,. &#171; New Revolts against the System &#187;, New Left Review, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisser le champ libre aux oligarchies dans cette p&#233;riode de transition, c'est ouvrir la voie &#224; des solutions qui consacreront l'apartheid distributif et le darwinisme social, soit sous la forme d'un fascisme moderne ou encore d'un r&#233;gime de servitude fond&#233; sur une redistribution minimale des richesses, selon la formule d'un revenu universel. Pour emprunter &#224; une c&#233;l&#232;bre &#233;mission de la BBC, un &lt;i&gt;Upstairs, Downstairs&lt;/i&gt; (Ma&#238;tres et Valets) &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la majorit&#233;, c'est accepter d'agir dans le cadre d'un mouvement multiforme de r&#233;sistance au capitalisme. Cette r&#233;sistance passerait par l'opposition &#224; la marchandisation de la nature, du travail et de l'argent, les trois marchandises fictives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marchandises fictives : celles qui ne peuvent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;crites par Polanyi, et par la primaut&#233; mise sur la valeur d'usage (utilit&#233; sociale) plut&#244;t que sur la valeur d'&#233;change qui est la r&#232;gle dans le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement reconna&#238;tre l'inexistence d'un chemin trac&#233; d'avance, l'in&#233;vitabilit&#233; d'une longue p&#233;riode de cr&#233;ation et d'innovation sociale et l'importance cruciale de rassembler tous les vecteurs possibles de changement, d&#233;j&#224; bien ancr&#233;s dans leurs milieux respectifs et forg&#233;s dans la lutte aux politiques n&#233;olib&#233;rales de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. Le but recherch&#233; serait d'enraciner une dynamique radicalement progressiste dans la soci&#233;t&#233;, en vue de construire peu &#224; peu une base sociale pour une soci&#233;t&#233; nouvelle et diff&#233;rente, issue de la r&#233;duction progressive de l'emprise de l'&#233;conomie et, par l&#224; m&#234;me, de la logique marchande sur les activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est accepter de ce fait de s'engager dans un arbitrage continu entre ce qui pourra relever d'un accompagnement du capitalisme dans l'illusion d'un capitalisme domestiqu&#233;, par exemple un keyn&#233;sianisme vert, et ce qui rel&#232;vera d'une r&#233;sistance en acte au capitalisme et d'une transition vers une soci&#233;t&#233; postcapitaliste. On peut penser ici, entre autres, aux initiatives en opposition directe au march&#233;, comme dans le cas de l'&#233;conomie solidaire, ou encore en opposition &#224; l'exploitation abusive de la nature, comme dans le combat pour un d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est construire cette dynamique sur l'existant en organisant la convergence entre mouvements ouvrier, &#233;cologiste, f&#233;ministe, autochtone, pacifiste, d'agriculteurs, de solidarit&#233; internationale et autres, en s'investissant dans les luttes d&#233;fensives, en misant sur la capacit&#233; d'auto-organisation de la soci&#233;t&#233; civile et en &#339;uvrant imp&#233;rativement &#224; des choix n&#233;goci&#233;s d'objectifs interm&#233;diaires. Ces derniers serviraient de rep&#232;res aux parties prenantes de cette dynamique, dans ce qui ne pourra &#234;tre qu'un long parcours ardu. Il s'agira d'une construction pas &#224; pas, car le socialisme n'est ni l'enfant naturel du capitalisme, ni le fruit spontan&#233; de ses contradictions et ni surtout le prolongement sous une forme plus rationnelle et plus juste du processus d'accumulation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parcours sera d'autant plus ardu que l'atteinte par le syst&#232;me de sa limite int&#233;rieure et ext&#233;rieure, comme avan&#231;ait Gorz, se manifeste dans l'intol&#233;rance envers toute d&#233;viation des politiques n&#233;olib&#233;rales. La rigidit&#233; des politiques de l'Union europ&#233;enne manifest&#233;e dans les crises en Gr&#232;ce, Espagne, Portugal et Italie l'illustre &#233;loquemment. L'imp&#233;rialisme n&#233;olib&#233;ral, sous la d&#233;signation euph&#233;mistique de mondialisation, tente aussi de contrer par tous les moyens, y compris la menace ou l'emploi de la force militaire, n'importe quelle sorte de &#171; concurrence socio-&#233;conomique &#187;, comme on le voit dans les politiques euro-am&#233;ricaines d'endiguement de la Russie ou de la Chine. Pour paraphraser l'&#233;conomiste italo-am&#233;ricain David Calleo, cet imp&#233;rialisme a atteint le stade de &lt;i&gt;l'h&#233;g&#233;monie exploiteuse &lt;/i&gt;, celle qui a caract&#233;ris&#233; les &#233;tapes finales des empires des Pays-Bas et la Grande-Bretagne, et donc indicatrice du d&#233;clin d'un syst&#232;me qui continuera n&#233;anmoins d'exister, qui pourra encore r&#233;agir avec violence et qui pourra ainsi causer beaucoup de d&#233;g&#226;ts, mais qui &#224; terme se r&#233;v&#232;lera incapable de se transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il risque ainsi de s'ouvrir une p&#233;riode de tous les dangers, dont celui d'une mont&#233;e du fascisme. L'aspiration &#224; la protection sociale est toujours vive dans une soci&#233;t&#233; et l'impuissance actuelle de l'&#201;tat de jouer son r&#244;le de rendre &lt;i&gt;socialement supportable&lt;/i&gt; les changements &#233;conomiques en cours ouvre largement la porte &#224; toute sorte d'exploitation d&#233;magogique. L'aspiration l&#233;gitime &#224; la protection sociale peut &#234;tre mobilis&#233;e par n'importe quel courant politique ou aspirant au pouvoir. Combin&#233;e &#224; des consid&#233;rations ethniques ou culturelles, elle peut devenir une arme redoutable. Polanyi nous a rappel&#233; &#224; ce sujet comment la peur peut mener les gens &#224; confier le pouvoir aux chantres des solutions faciles, et ce, quel que soit le prix ultime &#224; payer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Polanyi, Karl,The Great Transformation : the political and economic origins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vraiment nouveau est ce qui a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;, ces derni&#232;res d&#233;cennies, comme surpass&#233; et obsol&#232;te dans l'analyse de la composition des classes dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es. Rappelons que de nombreux intellectuels respect&#233;s aux &#201;tats-Unis et en Europe, s'inscrivant dans la pratique sociale-d&#233;mocrate de secondariser l'existence des classes dans la soci&#233;t&#233; et d'occulter ainsi la notion de lutte de classes, ont &#233;crit des volumes sur la fin des id&#233;ologies et de la division des classes &lt;br /&gt;
(Daniel Bell en 1953 par exemple), et m&#234;me sur la &#171; fin de l'Histoire &#187; (Francis Fukuyama en 1989). Le n&#233;olib&#233;ralisme a remis brutalement les choses en ordre et d&#233;voil&#233; le caract&#232;re illusoire des th&#232;ses sur l'effacement graduel des fronti&#232;res entre les classes ou encore d'une marche vers une soci&#233;t&#233; sans classes, associant les avantages du capitalisme et du socialisme. La r&#233;alit&#233; quotidienne nous fait voir que non seulement les classes existent, mais que nous sommes sur la voie d'un choc entre deux cat&#233;gories sociales, celle du un pour cent qui poss&#232;de la richesse &#8212; et qui selon Warren Buffett est en train de gagner cette lutte &#8212; et le quatre-vingt-dix-neuf pour cent qui est victime de la r&#233;gression sociale impos&#233;e par l'&#233;volution du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs du changement social viendront de ces quatre-vingt-dix-neuf pour cent. &lt;br /&gt;
Les points d'appui ne manquent pas dans la soci&#233;t&#233; civile pour amorcer cette dynamique radicalement progressiste. Des initiatives de toute sorte existent et ont souvent une port&#233;e strat&#233;gique, dans la mesure o&#249; elles peuvent constituer les germes d'une configuration sociale et politique diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces derni&#232;res, on trouve par exemple des groupes, des associations et m&#234;me les partis politiques qui luttent contre la propri&#233;t&#233; intellectuelle et le syst&#232;me de contr&#244;le social et de surveillance, sans cependant remettre en question toujours le syst&#232;me capitaliste tout entier. On assiste &#233;galement &#224; des processus de rapprochement, voire d'unification, entre des forces de gauche se r&#233;clamant du marxisme et des organisations environnementales qui posent abandon du productivisme &#233;conomique distinctif de la gauche traditionnelle, et l'adoption de la &#171; d&#233;croissance &#233;conomique &#187; et de l'&#171; &#233;cologie politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Luc Melanchon, entrevue,&#034; id=&#034;nh4-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles d&#233;marches sont importantes pour le d&#233;veloppement de l'unit&#233; de la gauche dans les pays du capitalisme avanc&#233;, et correspondent &#224; ce que Gorz a soulev&#233;, en 1998, quand il a affirm&#233; que le processus de la r&#233;volution sociale dans la phase actuelle du capitalisme avanc&#233; devrait &#234;tre con&#231;u &#171; par une nouvelle gauche qui ne peut &#234;tre qu'une nouvelle extr&#234;me gauche, mais pluriel, non dogmatique, transnationale, &#233;cologique et porteuse d'un projet de civilisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se produit dans le contexte de la naissance, dans l'&#233;tape actuelle de l'&#233;volution du syst&#232;me, de rapports de production et d'&#233;change ni mercantiles ni capitalistes. La soci&#233;t&#233; porte en elle des initiatives &#233;conomiques non capitalistes viables qui peuvent contribuer &#224; une transformation sociale radicale. Les initiatives de l'&#233;conomie sociale et solidaire dans les domaines des services et de la production &#224; petite &#233;chelle en sont de belles illustrations. Ces initiatives sont importantes &#224; plus d'un titre. Elles t&#233;moignent d'abord concr&#232;tement des possibilit&#233;s de la propri&#233;t&#233; sociale dans une soci&#233;t&#233; postcapitaliste. Elles jouent ensuite un r&#244;le irrempla&#231;able dans l'incubation de diff&#233;rentes formes d'association et d'interaction entre les entreprises sociales et les communaut&#233;s concern&#233;es. Et enfin, elles contribuent puissamment au d&#233;veloppement de leaders sociaux au sein de ces m&#234;mes communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres initiatives sont reli&#233;es aux nouvelles technologies dans le cadre de l'&#233;conomie du savoir. Les nouvelles technologies et la connaissance sont indissociablement reli&#233;es, mais cette derni&#232;re fait aussi intrins&#232;quement partie du patrimoine commun. Son appropriation par les entreprises et les monopoles a suscit&#233; des protestations &#224; travers le monde qui se sont manifest&#233;es dans la cr&#233;ation de rapports de production in&#233;dits. Ces rapports se fondent sur la participation libre et ouverte de pairs ainsi que sur l'&#233;valuation collective pour produire des valeurs d'usage, plus pr&#233;cis&#233;ment des codes sources ouverts et des logiciels libres. La distinction entre producteurs et consommateurs ou utilisateurs de contenu s'efface dans ce processus hybride de production collective et continue de contenus par les utilisateurs et qu'on d&#233;signe maintenant par le n&#233;ologisme &lt;strong&gt;produsage&lt;/strong&gt; (production et usage). Il s'agit l&#224; d'un changement marquant, car &#171; sortir du capitalisme signifie &#233;galement penser au-del&#224; de la s&#233;paration et de la fixation des r&#244;les sociaux des individus en producteurs et en consommateurs. Ce clivage, qui remonte &#224; la formation d'une classe ouvri&#232;re contrainte de recourir au march&#233; pour produire (travailler) et subsister (consommer), a marqu&#233; profond&#233;ment, au XXe si&#232;cle, la formation de la classe plus large de travailleurs &#8211; des salari&#233;s contraints &#224; la surconsommation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Pineault, &#171; Sortir du capitalisme passe n&#233;cessairement par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Dans d'autres exp&#233;riences, l'appropriation des nouvelles technologies permet de faire revivre des relations viables et vari&#233;es d'organisation communautaire dans les ateliers de production, telle que promue par le Center for New Work&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Center for New Work,&#034; id=&#034;nh4-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le th&#233;oricien Michel Bauwens, promoteur de la production entre pairs (P2P), tout cela est un &#034;nouveau protomode de production&#034;, fond&#233; sur des formes de collaboration et de distribution de l'organisation qui vont remplacer le capitalisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Bauwens, &#171; Peer-to-peer production and the coming of the commons &#187;,. ;&#034; id=&#034;nh4-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bauwens s'appuie sur la pr&#233;face de Marx &#224; la &lt;i&gt;Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &lt;/i&gt;pour signaler que, comme avec les modes &#171; protocapitalistes &#187; dans la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, aujourd'hui, de nouvelles formes coexistent avec le mode dominant, et peuvent m&#234;me au d&#233;but le renforcer temporairement, jusqu'&#224; ce qu'elles finissent par le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, on assiste la naissance de nouveaux rapports de production et d'&#233;change, o&#249; le travail et le produit n'ont plus &lt;i&gt;l'empreinte&lt;/i&gt; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, mais cela demeure limit&#233;. Les progr&#232;s observ&#233;s indiquent qu'ils demeurent p&#233;riph&#233;riques &#224; la production &#224; grande &#233;chelle, et nous savons que c'est la grande production agricole et industrielle, ainsi que celle des autres secteurs importants de l'&#233;conomie, qui d&#233;terminent les caract&#233;ristiques du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de la transformation sociale doit donc marcher sur les deux jambes de l'action politique publique et de l'auto-organisation citoyenne. Sans tomber dans l'&#233;tatisme, et en toute conscience de la n&#233;cessit&#233; de changer les r&#232;gles du jeu politique pour contrer la tendance &#224; l'&#233;mancipation des repr&#233;sentants &#233;lus vis-&#224;-vis de leurs mandants, la planification &#233;conomique par les &#201;tats devrait demeurer le grand objectif, sur le plan &lt;strong&gt;national, r&#233;gional et international&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;tracteurs de la planification, il faut rappeler que la voie du libre-&#233;change a &#233;t&#233; ouverte, et maintenue ouverte, par un accroissement &#233;norme d'un interventionnisme continu, organis&#233; et command&#233; a partir du centre. L'&#233;conomie du laisser-faire est le produit d'une action d&#233;lib&#233;r&#233;e de l'&#201;tat. Le laisser-faire est lui-m&#234;me le fruit d'une planification soigneuse. La question &#224; se poser n'est pas celle de la pertinence de la planification, mais celle de &#224; qui profite la planification et comment ? Comme soulign&#233; d&#233;j&#224; par Polanyi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Polanyi, Karl,The Great Transformation : the political and economic origins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la planification ne devrait pas &#234;tre au service d'une utopie universaliste capitaliste dont la fin est d'imposer un mod&#232;le &#233;conomique unique &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s, un &#171; best way &#187; largement favorable aux oligarchies. Elle devrait plut&#244;t r&#233;pondre aux besoins et aux imp&#233;ratifs n&#233;cessairement vari&#233;s des diff&#233;rentes soci&#233;t&#233;s qui composent notre monde. Ce faisant, elle faciliterait &#224; terme la r&#233;solution, dans le respect de la diversit&#233; des r&#233;alit&#233;s, des probl&#232;mes &#233;conomiques, sociaux et &#233;cologiques qui se posent &#224; chacune des soci&#233;t&#233;s. L'intention serait d'en arriver, par le biais du commerce, des relations de production et autres, &#224; une division internationale du travail solidaire et d&#233;gag&#233;e de l'empreinte capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la possibilit&#233; d'un d&#233;litement rapide de l'&#201;tat, dans le cadre notamment d'une crise financi&#232;re majeure qui deviendrait rapidement &#233;conomique et politique, impose l'enjeu de l'existence de forces progressistes suffisamment organis&#233;es sur le plan politique et en situation d'intervenir de fa&#231;on coh&#233;rente et efficace, ne serait-ce que pour pr&#233;venir le basculement du syst&#232;me en une satrapie ploutocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alberto Rabilotta et Michel Agna&#239;eff&lt;/strong&gt;. Montr&#233;al, le 9 d&#233;cembre 2014&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;* Alberto Rabilotta&lt;/strong&gt; est un journaliste canadien, ancien correspondant au Canada des agences Prensa latina (PL) et Notimex (NTX).
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Michel Agna&#239;eff&lt;/strong&gt; est un ancien dirigeant syndical qu&#233;b&#233;cois et un ex-pr&#233;sident de la Commission canadienne pour l'UNESCO.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;strong&gt;Annexe : Extrait de Grundrisse &lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; Grundrisse &#187;), Les &#201;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le surtravail de la masse a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement de la richesse g&#233;n&#233;rale, de m&#234;me que le non-travail de quelques-uns a cess&#233; d'&#234;tre la condition du d&#233;veloppement des puissances universelles du cerveau humain. Cela signifie l'&#233;croulement de la production reposant sur la valeur d'&#233;change, et le processus de production mat&#233;riel imm&#233;diat perd lui-m&#234;me la forme de la p&#233;nurie et de la contradiction. C'est le libre d&#233;veloppement des individualit&#233;s, o&#249; l'on ne r&#233;duit donc pas le temps de travail n&#233;cessaire pour poser du surtravail, mais o&#249; l'on r&#233;duit le travail n&#233;cessaire de la soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; un minimum, &#224; quoi correspond la formation artistique, scientifique, etc., des individus gr&#226;ce au temps lib&#233;r&#233; et aux moyens cr&#233;&#233;s pour eux tous. Le capital est lui-m&#234;me la contradiction en tant que processus, en ce qu'il s'efforce de r&#233;duire le temps de travail &#224; un minimum, tandis que d'un autre c&#244;t&#233; il pose le temps de travail comme seule mesure et source de la richesse. C'est pourquoi il diminue le temps de travail sous la forme du travail n&#233;cessaire pour l'augmenter sous la forme du travail superflu ; et pose donc dans une mesure croissante le travail superflu comme condition &#8211; question de vie ou de mort &#8211; pour le travail n&#233;cessaire. D'un c&#244;t&#233; donc, il donne vie &#224; toutes les puissances de la science et de la nature comme &#224; celles de la combinaison sociale et du commerce social pour rendre la cr&#233;ation de richesse ind&#233;pendante (relativement) du temps de travail qui y est employ&#233;. De l'autre c&#244;t&#233;, il veut mesurer au temps de travail ces gigantesques forces sociales ainsi cr&#233;&#233;es, et les emprisonner dans les limites qui sont requises pour conserver comme valeur la valeur d&#233;j&#224; cr&#233;&#233;e. Les forces productives et les relations sociales &#8211; les unes et les autres &#233;tant deux c&#244;t&#233;s diff&#233;rents du d&#233;veloppement de l'individu social &#8211; n'apparaissent au capital que comme les moyens, et ne sont pour lui que des moyens de produire &#224; partir de la base fondamentale born&#233;e qui est la sienne. Mais en fait elles sont les conditions mat&#233;rielles pour faire sauter cette base &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/D-une-civilisation-capitaliste-industrielle-vers-une-barbarie-ploutocratique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;El Correo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, 6 avril 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Lester Thurow&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;i&gt;The Future of Capitalism&lt;/i&gt; &#187;, New York, Penguin Books, 1966/Lawrence Nichols, &#171; &lt;i&gt;A Review of Lester Thurow's Future of Capitalism&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Center for Business Ethics at Bentley College&lt;/i&gt;, 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Nouriel Roubini&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/commentary/the-instability-of-inequality/french&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'in&#233;galit&#233;, source d'instabilit&#233; !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Project Syndicate, octobre 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gosta Espig-Andersen, Les trois mondes de l'&#201;tat-providence, coll. Le lien social, PUF, 1999/Monique Abellard, Alernatives &#201;conomiques Poche, num&#233;ro 021, novembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Nouriel Roubini&lt;/strong&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/commentary/the-instability-of-inequality/french&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'in&#233;galit&#233;, source d'instabilit&#233; !&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, Project Syndicate, octobre 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Polanyi, La Grande Transformation, 1944, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, Gallimard, 1983&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monique Abellard, Alternatives &#201;conomiques Poche, num&#233;ro 021, novembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Keith Hart, &#171; Karl Polanyi : proph&#232;te de la fin de l'&#233;conomie lib&#233;rale &#187;, Revue Interventions &#233;conomiques [En ligne], 38 | 2008, mis en ligne le 01 d&#233;cembre 2008, consult&#233; le 19 juin 2014. URL :&lt;a href=&#034;http://interventionseconomiques.revues.org/304&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://interventionseconomiques.revues.org/304&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sam Gindin,&#171; Unmaking Global Capitalism &#187;, Jacobin, June 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Perelman, The Matrix : An Exploration of the Surprising Interactions Between War, the Economy, and Economic Theory, in&#233;dit, extraits publi&#233;s par Yves Smith dans &#171; Michael Perelman : The Rise of Free-Trade Imperialism and Military Keynesianism &#187;, Naked Capitalism, 19 mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours du president Lyndon Johnson, &lt;a href=&#034;http://www.presidency.ucsb.edu/ws/?pid=26449&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.presidency.ucsb.edu/ws/?pid=26449&lt;/a&gt; URL&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; John Maynard Keynes, &#171; Economic Possibilities for our Grandchildren &#187;, in Essays in Persuasion, New York : W. W. Norton &amp; Co., 1963, pp. 358-373.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philip Pilkington, &#171; Does Capitalism Have a Future ?' &#8211; Why the Financial Times Asks All the Wrong Questions to Avoid the Real Issues &#187;, Naked Capitalism, January 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kari Polanyi Levitt, &#171; The Power of Ideas &#187;, URL : &lt;a href=&#034;http://www.karipolanyilevitt.com/wp-content/uploads/2014/01/Kari-Polanyi-Levitt-intro-IJPE-FINAL.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.karipolanyilevitt.com/wp-content/uploads/2014/01/Kari-Polanyi-Levitt-intro-IJPE-FINAL.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Polanyi, &#034;Universal Capitalism or Regional Planning ?&#034;, The London Quarterly of World Affairs, vol. 10, no. 3, 1945, pp. 86-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Perelman, The Matrix : An Exploration of the Surprising Interactions Between War, the Economy, and Economic Theory., in&#233;dit, extraits publi&#233;s par Yves Smith dans - &#171; Michael Perelman : The Rise of Free-Trade Imperialism and Military Keynesianism &#187;, Naked Capitalism, 19 mai 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://reclaimdemocracy.org/powell_memo_lewis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://reclaimdemocracy.org/powell_memo_lewis/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;W.K.Caroll, The Making of a Transnational Capitalist Class, London, Zed Books, 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samir Amin, &#171; Capitalisme transnational ou Imp&#233;rialisme collectif ? &#187;, Pambazuka News, 22 janvier 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ayca Bugra, Osman Savaskan, &#171; New Capitalism in Turkey-The Relationship between Politics, Religion and Business &#187;, Edward Elgar Publishing Limited, Cheltenham, UK, 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfgang Streeck, &#171; La crise de 2008 a commence il y a quarante ans &#187;, Le Monde diplomatique, Paris, janvier 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Isma&#235;l Hossein-Zadeh, &#171; New Phase, Not Just Another Recession &#187;, CounterPunch, 16 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Husson, &#171; Crise de la finance ou crise du capitalisme ? &#187;, &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Husson, art. &#171; Finance, hyper-concurrence et reproduction du capital &#187;, &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/finamarx.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/finamarx.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Husson, art. &#171; Crise de la finance ou crise du capitalisme ? &#187;, &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Satyajit Das, &#171; Extreme Money &#187;, &#233;dition fran&#231;aise, Paris, Le jardin des Livres, 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Langlois, Les crises structurelles du syst&#232;me capitaliste comme l'&#233;croulement d'un r&#233;gime d'accumulation : une approche r&#233;gulationiste , M&#233;moire de ma&#238;trise, Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, septembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Julia Posca, &#171; Qu'est-ce que la financiarisation de l'&#233;conomie ? &#187;, Lexique &#233;conomique, Institut de recherche et d'informations socio&#233;conomiques (IRIS), &lt;a href=&#034;http://iris-recherche.qc.ca/blogue/quest-ce-que-la-financiarisation-de-leconomie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://iris-recherche.qc.ca/blogue/quest-ce-que-la-financiarisation-de-leconomie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Hudson, entrevue, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 d&#233;cembre 2011, reprise et traduite par Contre-info.com, 30 d&#233;cembre 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dependant du nombre des variables consid&#233;r&#233;es, le taux de ch&#244;mage peut passer ainsi, dans le cas par exemple des &#201;tats-Unis, en octobre 2014, de 5.4% (taux officiel largement utilis&#233; par les m&#233;dias), &#224; 11.5% (en consid&#233;rant aussi les travailleurs dit d&#233;courag&#233;s &#224; court terme et le travail &#224; temps partiel par d&#233;faut) et &#224; 23.0% (en consid&#233;rant aussi les sorties forc&#233;es de la vie active, une cat&#233;gorie qui n'est plus pris en compte depuis 1994). Source : &lt;a href=&#034;http://www.shadowstats.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.shadowstats.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martin Ford, The Lights in the Tunnel, Acculant Publishing, 2009&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Paul Baquiast, &#171; Comment une automatisation inexorable tuera l'emploi. Que devraient faire les &#201;tats ? &#187;, 2 juin 2011, &lt;a href=&#034;http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=664&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=664&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nouriel Roubini, &#171; Where will all workers go ? &#187;, Project Syndicate, 31 d&#233;cembre 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;System Failure, &#171; Already happens : Capitalism destroys human labor and goes to the next phase &#187;, &lt;a href=&#034;http://failedevolution.blogspot.gr/2014/05/already-happens-capitalism-destroys.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://failedevolution.blogspot.gr/2014/05/already-happens-capitalism-destroys.html&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.lifo.gr/team/apopseis/45702&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lifo.gr/team/apopseis/45702&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Spence, &#171; Labor's Digital Displacement &#187;, Project Syndicate, 22 mai 2014,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Skidelsky, &#171; Return to capitalism 'red in tooth and claw' spells economic madness &#187;, The Guardian, Londres, 21 juin 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tom Streithorts, &#171; The Central Paradox of the 21st Century &#187;, 25 juin 2014, &lt;a href=&#034;http://www.pieria.co.uk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.pieria.co.uk&lt;/a&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Zygmunt Bauman, Liquid Modernity , Polity Press with Blackwell Publishing Ltd, Cambridge UK, 2000&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Adolfo Vasquez Rocca, &#171; Modernidad l&#237;quida y fragilidad humana ; de Zygmunt Bauman a Sloterdijk &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.observacionesfilosoficas.net/n6rof2008.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.observacionesfilosoficas.net/n6rof2008.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edgardo Mocca, &#171; Los medios en discusion &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-239496-2014-02-09.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.pagina12.com.ar/diario/elpais/1-239496-2014-02-09.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G.Lipovetsky (et S&#233;bastien Charles), Les temps Hypermodernes, Paris, Grasset, 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G.Lipovetsky, L'&#232;re du vide. Essai sur l'individualisme contemporain , Paris, Gallimard, 1993&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G.Lipovetsky, L'empire de l'&#233;ph&#233;m&#232;re, La mode et son destin dans les soci&#233;t&#233;s modernes, Paris, 1987&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Rothkopf, Superclass-The Global Power Elite and the World they are making,Toronto, Penguin Canada, 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ibidem&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michael Hartman, art. &#171; Le mythe de la classe globale &#187;, Le Monde diplomatique, ao&#251;t 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charles Murray, Coming Apart, The State of White America 1960-2010 , New York, Crown Forum, 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Deresiewicz, Excellent Sheep, the Miseducation of the American Elite, Free Press, august 2014&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;William Deresiewicz, &#171; The Disadvantages of an Elite Education &#187;, The American Scholar, Summer 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Samir Amin, &#171; La nouvelle ploutocratie n&#233;e de la mondialisation &#187;, Marianne, septembre 2008&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trilateral Commission, The Crisis of Democracy , New York, University Press, 1975&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonio Machado, po&#232;te espagnol (1875-1939)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Richard Sobel, art.. &#171; Penser comme ou penser avec Karl Polanyi &#187;, Cahier lillois d'&#233;conomie et de Sociologie, L'Harmattan, Paris, 2007&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tom Thomas, &#171; La crise. Laquelle ? Et apr&#232;s ? &#187;, Les livres de Tom Thomas, &lt;a href=&#034;http://www.demystification.fr/les-livres-de-tom-thomas-2/la-crise-laquelle-et-apres/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.demystification.fr/les-livres-de-tom-thomas-2/la-crise-laquelle-et-apres/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marie Charrel, art. &#171; Les produits d&#233;riv&#233;s d&#233;passent leur niveau d'avant-crise &#187;, Le Monde, 17 d&#233;cembre 2013&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://www.elcorreo.eu.org/La-sortie-du-capitalisme-a-deja-commence-Andre-Gorz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La sortie du capitalisme a d&#233;j&#224; commenc&#233; &#187;, Andr&#233; Gorz&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Teste de 2007. El Correo. Paris, 20 novembre 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858, dits &#034;Grundrisse&#034;, collection Les essentielles, Les &#201;ditions sociales, Paris, mai 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#232;s Piqueras, entrevue par Enric Llopis, Rebelion, novembre 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;And&#233;s Piqueras, entrevue, &lt;a href=&#034;http://www.observatoriodelacrisis.org/2008/12/entrevista-al-sociologo-andres-piqueras-la-crisis-acentuara-la-proletarizacion-a-escala-mundial/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.observatoriodelacrisis.org/2008/12/entrevista-al-sociologo-andres-piqueras-la-crisis-acentuara-la-proletarizacion-a-escala-mundial/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Immanuel Wallerstein,. &#171; New Revolts against the System &#187;, New Left Review, November-December 2002&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marchandises fictives : celles qui ne peuvent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme marchandises dans la mesure o&#249; une marchandise se d&#233;finit comme quelque chose qui en premier lieu est produit pour &#234;tre vendu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Polanyi, Karl,The Great Transformation : the political and economic origins of our time,&lt;br class='autobr' /&gt;
Boston, Beacon Press, 1957&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Luc Melanchon, entrevue, &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/spip.php?article2779&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.reporterre.net/spip.php?article2779&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Pineault, &#171; Sortir du capitalisme passe n&#233;cessairement par la r&#233;duction de l'emprise de l'&#233;conomie et de sa logique marchande sur l'ensemble de la vie sociale. &#187;, Relations no741, juin 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Center for New Work, &lt;a href=&#034;http://newworknewculture.com/content/center-new-work-metro-detroit-summary-new-economy-initiative&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://newworknewculture.com/content/center-new-work-metro-detroit-summary-new-economy-initiative&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Bauwens, &#171; Peer-to-peer production and the coming of the commons &#187;,. &lt;a href=&#034;http://www.redpepper.org.uk/the-coming-of-the-commons/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.redpepper.org.uk/the-coming-of-the-commons/&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;http://www.socialismoxxi.org/Michel%20Bauwens%20ingles.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.socialismoxxi.org/Michel%20Bauwens%20ingles.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Polanyi, Karl,The Great Transformation : the political and economic origins of our time,&lt;br class='autobr' /&gt;
Boston, Beacon Press, 1957&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Manuscrits de 1857-1858 (&#171; &lt;strong&gt;Grundrisse&lt;/strong&gt; &#187;), Les &#201;ditions sociales, Paris, 2011, p. 660-662&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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