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		<title>Thomas Piketty sur &#171; Le capital selon Carlos Fuentes &#187;</title>
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		<dc:date>2014-12-06T10:27:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas Piketty</dc:creator>



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&lt;p&gt;En 1865, Karl Marx d&#233;clarait que c'est en lisant Balzac qu'il avait le plus appris sur le capitalisme et le pouvoir de l'argent. En 2014, on serait tent&#233; de dire de m&#234;me : il suffit de renouveler les auteurs et les pays. Dans &#171; La Volont&#233; et la Fortune &#187;, magnifique fresque publi&#233;e en 2008, quelques ann&#233;es avant sa mort, Carlos Fuentes dessine un tableau &#233;difiant du capitalisme mexicain et des violences sociales et &#233;conomiques qui traversent son pays, en passe de devenir la &#171; narco-nation &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.elcorreo.eu.org/OTAN" rel="directory"&gt;OTAN&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1865, Karl Marx d&#233;clarait que c'est en lisant Balzac qu'il avait le plus appris sur le capitalisme et le pouvoir de l'argent. En 2014, on serait tent&#233; de dire de m&#234;me : il suffit de renouveler les auteurs et les pays. Dans &#171; &lt;a href=&#034;http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Du-monde-entier/La-volonte-et-la-fortune&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Volont&#233; et la Fortune&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &#187;, magnifique fresque publi&#233;e en 2008, quelques ann&#233;es avant sa mort, Carlos Fuentes dessine un tableau &#233;difiant du capitalisme mexicain et des violences sociales et &#233;conomiques qui traversent son pays, en passe de devenir la &#171; narco-nation &#187; qui fait actuellement la une des journaux. On y croise &#233;galement des personnages hauts en couleur, avec un pr&#233;sident p&#233;tri de communication Coca-cola, qui n'est finalement que le piteux locataire du pouvoir face &#224; celui, &#233;ternel, du capital, incarn&#233; par un milliardaire tout-puissant, qui ressemble fort au magnat des t&#233;l&#233;communications Carlos Slim, premi&#232;re fortune mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De jeunes gens h&#233;sitent entre r&#233;signation, sexe et r&#233;volution. Ils finiront assassin&#233;s par une belle ambitieuse qui veut leur h&#233;ritage, et qui n'a pas besoin de l'aide d'un Vautrin pour commettre son forfait, preuve s'il en est que la violence a mont&#233; d'un cran depuis 1820. La transmission patrimoniale, objet de toutes les convoitises pour ceux qui sont ext&#233;rieurs au cercle familial privil&#233;gi&#233;, et en m&#234;me temps destructeur des personnalit&#233;s individuelles pour ceux qui y appartiennent, est au c&#339;ur de la m&#233;ditation du romancier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit aussi ici et l&#224; l'influence n&#233;faste des gringos, ces Nords-Am&#233;ricains qui poss&#232;dent &#171; trente pour cent du territoire mexicain &#187; et de son capital, et rendent l'in&#233;galit&#233; un peu plus insupportable encore. De fait, les relations de propri&#233;t&#233; sont toujours des relations complexes, difficiles &#224; organiser de fa&#231;on apais&#233;e dans le cadre d'une m&#234;me communaut&#233; politique : il n'est jamais simple de payer un loyer &#224; son propri&#233;taire et de s'accorder paisiblement sur les modalit&#233;s institutionnelles entourant cette relation et sur la perp&#233;tuation d'une telle situation. Mais lorsqu'il s'agit d'un pays entier versant des loyers et dividendes &#224; un autre pays, cela devient franchement p&#233;nible. Il s'ensuit souvent des cycles politiques interminables alternant des phases d'ultralib&#233;ralisme triomphant et d'autoritarisme et de br&#232;ves p&#233;riodes d'expropriation chaotique, qui minent depuis toujours le d&#233;veloppement de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant le progr&#232;s social et d&#233;mocratique reste possible sur le continent. Plus au sud, au Br&#233;sil, Dilma Rousseff vient d'&#234;tre r&#233;&#233;lue de justesse gr&#226;ce au vote des r&#233;gions pauvres et des groupes sociaux les plus d&#233;favoris&#233;s, qui malgr&#233; les d&#233;ceptions et les reniements du Parti des travailleurs (au pouvoir depuis l'&#233;lection de Lula, en 2002) restent tr&#232;s attach&#233;s aux avanc&#233;es sociales dont ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; et qu'ils craignaient de voir remises en cause par le retour de la &#171; droite &#187; (en r&#233;alit&#233; le parti social-d&#233;mocrate, car en Am&#233;rique latine presque tout le monde se dit de gauche, du moins tant que cela ne co&#251;te pas trop cher aux &#233;lites). De fait, la strat&#233;gie d'investissement social men&#233;e sous Lula et Rousseff, avec la cr&#233;ation de la bolsa familia (sorte d'allocations familiales r&#233;serv&#233;es aux plus modestes), et plus encore la hausse du salaire minimum ont permis une r&#233;duction sensible de la pauvret&#233; ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Ces fragiles acquis sociaux sont aujourd'hui menac&#233;s par les facteurs internationaux qui p&#232;sent lourdement sur l'&#233;conomie br&#233;silienne et la pousse vers la r&#233;cession (chute des prix des mati&#232;res premi&#232;res, en particulier du p&#233;trole, al&#233;as de la politique mon&#233;taire am&#233;ricaine, aust&#233;rit&#233; europ&#233;enne), et plus encore par les immenses in&#233;galit&#233;s qui minent le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve l&#224; le poids de la mal&#233;diction de l'histoire dont nous parle Carlos Fuentes. Le Br&#233;sil est le dernier pays &#224; avoir aboli l'esclavage, en 1888, &#224; un moment o&#249; les esclaves repr&#233;sentaient encore pr&#232;s du tiers de la population, et rien n'a vraiment &#233;t&#233; fait par les classes poss&#233;dantes pour inverser ce tr&#232;s lourd h&#233;ritage in&#233;galitaire. La qualit&#233; des services publics et des &#233;coles primaires et secondaires ouvertes au plus grand nombre reste faible. Le syst&#232;me fiscal br&#233;silien est lourdement r&#233;gressif et finance souvent des d&#233;penses publiques qui le sont tout autant. Les classes populaires paient des taxes indirectes tr&#232;s lourdes, avec des taux montant jusqu'&#224; 30% sur l'&#233;lectricit&#233;, alors que les hautes successions sont impos&#233;es au taux d&#233;risoire de 4%. Les universit&#233;s publiques sont gratuites, mais ne b&#233;n&#233;ficient qu'&#224; une petite minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e. De timides m&#233;canismes d'acc&#232;s pr&#233;f&#233;rentiel aux universit&#233;s ont &#233;t&#233; mis en place sous Lula pour les classes populaires et les populations noires et m&#233;tiss&#233;es (avec &#224; la cl&#233; des d&#233;bats interminables sur les probl&#232;mes pos&#233;s par l'autod&#233;claration raciale dans les recensements et les documents administratifs), mais leur pr&#233;sence dans les amphis reste d&#233;risoire. Il faudra encore bien des combats pour briser la mal&#233;diction de l'histoire et montrer que la volont&#233; politique peut l'emporter sur la bonne et la mauvaise fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/economie/2014/12/01/le-capital-selon-carlos-fuentes_1154522&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Liberation&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Par&#237;s, 1 d&#233;cembre 2014 &#224; 17:26&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thomas Piketty&lt;/strong&gt; est directeur d'&#233;tudes &#224; l'EHESS et professeur &#224; l'Ecole d'&#233;conomie de Paris&lt;br class='autobr' /&gt;
Thomas PIKETTY&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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