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		<title>La manipulation de l'opinion publique selon son inventeur</title>
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		<dc:date>2014-10-10T09:45:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romaric Thomas *</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article propose une analyse du contexte historique et des fondements id&#233;ologiques de la th&#233;orie de la manipulation de l'opinion publique &#233;labor&#233;e par Edward Bernays. Sauf indication contraire, l'ensemble des citations entre guillemets sont extraites du Propaganda (1928), dans sa traduction fran&#231;aise parue en 2007 aux &#233;ditions Zones/La D&#233;couverte. &lt;br class='autobr' /&gt; La manipulation de l'opinion publique repose avant tout sur la manipulation du langage et, par l&#224;, des repr&#233;sentations mentales qui y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article propose une analyse du contexte historique et des fondements id&#233;ologiques de la th&#233;orie de la manipulation de l'opinion publique &#233;labor&#233;e par Edward Bernays. Sauf indication contraire, l'ensemble des citations entre guillemets sont extraites du Propaganda (1928), dans sa traduction fran&#231;aise parue en 2007 aux &#233;ditions Zones/La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La manipulation de l'opinion publique repose avant tout sur la manipulation du langage et, par l&#224;, des repr&#233;sentations mentales qui y sont associ&#233;es. De ce point de vue, la propagande est d'autant moins une invention du XXe si&#232;cle que l'opinion publique et la presse &#233;tait d&#233;terminantes en Europe depuis le XVIIIe si&#232;cle. La grande nouveaut&#233; de la &#171; nouvelle propagande &#187; d'Edward Bernays fut d'&#233;riger la manipulation de l'opinion publique en une doctrine &#233;labor&#233;e puisant aux sciences sociales et mise en oeuvre dans des techniques tr&#232;s abouties. Son &#233;poque &#233;tait extr&#234;mement favorable &#224; l'&#233;closion d'une telle doctrine, autant du fait des d&#233;couvertes anthropoliques et sociologiques que du large consensus de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine autour du principe de la d&#233;mocratie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;EDWARD BERNAYS (1891-1995), P&#200;RE DE LA &#171; NOUVELLE PROPAGANDE &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la manipulation de l'opinion publique est n&#233;e au d&#233;but du XXe si&#232;cle, au c&#339;ur m&#234;me de la d&#233;mocratie lib&#233;rale des &#201;tats-Unis. Son inventeur et th&#233;oricien fut Edward Bernays (1891-1995). &#201;migr&#233; &#224; New-York avec sa famille peu apr&#232;s sa naissance, il suivit des &#233;tudes d'agriculture voulues par son p&#232;re, avant de se tourner vers le journalisme. Collaborateur &#224; la Medical Review of Reviews, sa vocation &#224; &#171; fabriquer les consentements &#187; lui apparut &#224; l'&#226;ge de 21 ans, lorsqu'il s'engagea &#224; faire jouer une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre dont le sujet &#8211; jug&#233; scandaleux pour l'&#233;poque &#8211; semblait interdire qu'elle p&#251;t un jour &#234;tre mont&#233;e. Pour y parvenir, il inventa une technique qui devait devenir l'un des grands classiques des relations publiques et qui consistait &#224; faire d'un objet de controverse une noble cause &#224; laquelle le public ne manquerait pas d'adh&#233;rer. L'immense succ&#232;s de la pi&#232;ce convainquit Bernays de se consacrer enti&#232;rement &#224; ce qu'il devait appeler pudiquement les &#171; relations publiques &#187;. Sa notori&#233;t&#233; de publiciste ne cessa d&#232;s lors de cro&#238;tre, ce qui lui valut d'int&#233;grer la Commission of Public Information, organisme cr&#233;&#233; par le gouvernement am&#233;ricain le 13 avril 1917 afin d'amener la population &#224; soutenir sa d&#233;cision, prise sept jours plus t&#244;t, d'entrer en guerre. Cette commission fit la d&#233;monstration qu'il &#233;tait possible de mener &#224; bien et sur une grande &#233;chelle un projet de retournement d'une opinion publique fortement r&#233;tive. Comme &#224; d'autres membres de la commission, ce succ&#232;s inspira &#224; Bernays l'id&#233;e de proposer en temps de paix, aux pouvoirs politiques comme aux entreprises, l'expertise d'ing&#233;nierie sociale d&#233;velopp&#233;e durant la guerre : &#171; C'est bien s&#251;r, &#233;crit-il, l'&#233;tonnant succ&#232;s qu'elle [la commission] a rencontr&#233; pendant la guerre qui a ouvert les yeux d'une minorit&#233; d'individus intelligents sur les possibilit&#233;s de mobiliser l'opinion, pour quelque cause que ce soit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8847 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L300xH225/Freud-c3a09-b810e.png?1695387761' width='300' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;Edward Bernays (&#224; droite) et Sigmund Freud, dont il &#233;tait le double neveu et auquel il vouait une admiration sans bornes.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre 1919 et l'&#233;clatement de la crise en octobre 1929, Edward Bernays devint non seulement le plus c&#233;l&#232;bre &#171; conseiller en relations publiques &#187; (d&#233;signation qu'il cr&#233;a sur mesure en 1920, sur le mod&#232;le de l'expression &#171; conseiller juridique &#187;), mais &#233;galement le plus &#233;minent th&#233;oricien et ap&#244;tre des relations publiques. Puisant aux sciences sociales &#8211; psychologie, sociologie, psychologie sociale, psychanalyse et autres &#8211; et &#224; leurs techniques &#8211; sondages, consultation d'experts et de comit&#233;s, etc. &#8211;, il s'effor&#231;a d'en d&#233;finir les contours et les fondements philosophiques et politiques dans diff&#233;rents &#233;crits, le plus significatif de ses ouvrages restant &#224; ce jour son Propaganda r&#233;dig&#233; en 1928. Affinant continuellement sa pratique, il multiplia les campagnes et les succ&#232;s, dont le plus retentissant fut d'avoir amen&#233;, en 1929 pour l'American Tobacco Company, les femmes am&#233;ricaines &#224; fumer. Nous reviendrons sur les plus caract&#233;ristiques de ses techniques de manipulation de l'opinion publique, mais il convient de dire d'abord quelques mots de l'id&#233;ologie politique qu'il contribua fortement &#224; diffuser et qui devait marquer de fa&#231;on ind&#233;l&#233;bile les d&#233;mocraties lib&#233;rales de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LA &#171; NOUVELLE PROPAGANDE &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1890, le physiologiste russe Ivan Pavlov (1849-1936) d&#233;couvrit les lois fondamentales de l'acquisition et de la perte des &#171; r&#233;flexes conditionnels &#187;, c'est-&#224;-dire des r&#233;ponses r&#233;flexes, comme la salivation, qui ne se produisent que de fa&#231;on conditionnelle. Ses travaux sur la physiologie de la digestion furent tr&#232;s largement repris par la psychologie sovi&#233;tique naissante pour fonder sa conception &#171; m&#233;caniste &#187; de la psychologie humaine. La propagande sovi&#233;tique devait en faire le plus grand usage avec le conditionnement id&#233;ologique, mais il devait aussi appara&#238;tre que de telles m&#233;thodes suscitaient des r&#233;sistances insurmontables chez une petite minorit&#233;, y compris dans le cadre d'un programme de &#171; r&#233;&#233;ducation &#187; associant sous-alimentation et lavage de cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8856 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L110xH156/Pavlov-99ce1-d5eb3.jpg?1694502015' width='110' height='156' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ivan Petrovitch Pavlov en 1904. Convaincu que le marxisme reposait sur des postulats erron&#233;s, il eut ces mots fameux, parlant du communisme : &#171; Pour le genre d'exp&#233;rience sociale que vous faites, je ne sacrifierais pas les pattes arri&#232;res d'une grenouille ! &#187; Ayant re&#231;u le Prix Nobel de m&#233;decine en 1904, il fut toutefois autoris&#233; &#224; continuer ses travaux pendant la p&#233;riode sovi&#233;tique. Il eut la douleur de les voir r&#233;cup&#233;r&#233;s par des id&#233;ologies scientifiques &#8211; au premier rang desquelles la psychologie sovi&#233;tique et le behaviorisme &#8211; qui heurtaient profond&#233;ment sa foi orthodoxe et son personnalisme chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une conception similaire, &#233;galement inspir&#233;e des travaux d'Ivan Pavlov, connut un immense succ&#232;s aux &#201;tats-Unis jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1940. Lanc&#233;e en 1913 par John B. Watson (1878-1958), qui lui donna le nom de behaviorisme, elle s'inspirait directement des travaux de Pavlov. Une erreur de traduction en avait cependant sensiblement modifi&#233; le sens : la notion pavlovienne de &#171; r&#233;flexes conditionnels &#187; avait &#233;t&#233; rendue en anglais par celle de &#171; r&#233;flexes conditionn&#233;s &#187;, laissant ainsi entendre que le conditionnement du sujet d&#233;pendait moins de sa nature m&#234;me que de l'action d'un tiers. C'&#233;tait s'affranchir d'un d&#233;terminisme naturel pour adopter un d&#233;terminisme voulu et contr&#244;l&#233; par les auteurs du conditionnement : en bref, une instrumentalisation. Edward Bernays expose ainsi les principes du behaviorisme alors en vogue dans les universit&#233;s am&#233;ricaines : &#171; [Il] assimilait l'esprit humain &#224; ni plus ni moins qu'une machine, un syst&#232;me de nerfs et de centres nerveux r&#233;agissant aux stimuli avec une r&#233;gularit&#233; m&#233;canique, tel un automate sans d&#233;fense, d&#233;pourvu de volont&#233; propre. [&#8230;] Une des doctrines de cette &#233;cole de psychologie affirmait qu'un stimulus souvent r&#233;p&#233;t&#233; finit par cr&#233;er une habitude, qu'une id&#233;e souvent r&#233;it&#233;r&#233;e se traduit en conviction. Ce proc&#233;d&#233; est illustr&#233; on ne peut mieux par une r&#233;clame longtemps consid&#233;r&#233;e comme id&#233;ale, du point de vue de la simplicit&#233; et de l'efficacit&#233; : &#171; ACHETEZ (avec, le cas &#233;ch&#233;ant, un index point&#233; vers le lecteur) les talons en caoutchouc O'Leary. MAINTENANT ! &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8846 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L300xH285/Watson-76178-e71d9.jpg?1695387761' width='300' height='285' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;John Broadus Watson, p&#232;re du b&#233;haviorisme, vers 1916-1920. D&#233;cid&#233; &#224; faire de la psychologie une science objective au m&#234;me titre que la physique, il entendait se cantonner &#224; l'&#233;tude rigoureuse des comportements tels qu'on peut les observer en r&#233;ponse &#224; des stimuli, en excluant tout aspect introspectif, &#233;motionnel ou humanisant. Afin de d&#233;montrer que tous les comportements humains peuvent s'expliquer sans recourir &#224; la notion de conscience et qu'ils ne diff&#232;rent en rien des comportements des animaux, il eut l'id&#233;e de soumettre un b&#233;b&#233; pr&#233;nomm&#233; Albert &#224; une exp&#233;rience aussi c&#233;l&#232;bre que controvers&#233;e. Aid&#233; de son assistante Rosalie Rayner (&#224; droite sur la photo), qui devint par la suite sa femme, il conditionna ce b&#233;b&#233; &#224; avoir peur d'un rat blanc en produisant un son violent &#8211; en frappant une barre m&#233;tallique avec un marteau &#8211; &#224; chaque fois qu'il lui pr&#233;sentait le rat au toucher. Il pensait ainsi d&#233;montrer que la th&#233;orie du comportement simple qu'Ivan Pavlov avait d&#233;duite de ses &#233;tudes sur les animaux rendait compte des comportements humains. Si le succ&#232;s des totalitarismes du XXe si&#232;cle sembla d'abord lui donner raison, les r&#233;sistances qu'ils suscit&#232;rent sign&#232;rent l'&#233;chec de son id&#233;ologie scientifique. Le conditionnement behaviorien est un th&#232;me majeur des romans dystopiques d'Aldous Huxley (Le Meilleur des mondes) et de Georges Orwell (1984).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Le coup de g&#233;nie de Bernays fut de se d&#233;tourner de ce mod&#232;le dominant aux &#201;tats-Unis pour &#233;laborer un mod&#232;le, non pas de conditionnement des individus, mais de manipulation des masses. Adepte enthousiaste du d&#233;terminisme psychique mis en lumi&#232;re par son oncle, il regardait comme absurde que l'on p&#251;t r&#233;duire le psychisme de l'homme &#224; une m&#233;canique c&#233;r&#233;brale sujette au seul d&#233;terminisme physiologique et environnemental. Il ne tenait rien en plus grande consid&#233;ration que les th&#233;ories structuralistes de Freud, toujours en honneur en Europe. Mais nourris aux travaux de Trotter, Le Bon, Wallas et Lippmann, il lui apparaissait tout aussi clairement que &#171; le groupe n'avait pas les m&#234;mes caract&#233;ristiques psychiques que l'individu, [et] qu'il &#233;tait motiv&#233; par des impulsions et des &#233;motions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettaient pas d'expliquer. &#187; &#171; D'o&#249;, naturellement, la question suivante : si l'on parvenait &#224; comprendre le m&#233;canisme et les ressorts de la mentalit&#233; collective, ne pourrait-on pas contr&#244;ler les masses et les mobiliser &#224; volont&#233; sans qu'elles s'en rendent compte ? &#187;. Tel &#233;tait le but de la &#171; nouvelle propagande &#187; dont il &#233;tait l'inventeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contr&#244;le &#8211; ou, plus exactement, manipulation &#8211; des masses fond&#233; sur la psychologie collective pr&#233;sentait une ind&#233;niable &#171; avanc&#233;e &#187; sur le conditionnement de l'individu pratiqu&#233; &#224; grande &#233;chelle aux &#201;tats-Unis et en Union sovi&#233;tique : en agissant sur les masses &#224; leur insu, &#171; la nouvelle propagande &#187; ne contrevenait ouvertement ni &#224; la libert&#233; individuelle, ni aux principes d&#233;mocratiques des &#201;tats libres. Si cette m&#233;thode commen&#231;a d'&#234;tre pratiqu&#233;e dans le domaine politique aux Etats-Unis d&#232;s le milieu des ann&#233;es 1920, le premier r&#233;gime europ&#233;en qui en fit une application syst&#233;matique fut le r&#233;gime nazi. Si l'on en croit le t&#233;moignage oculaire du journaliste am&#233;ricain Karl von Weigand, Joseph Goebbels avait dans sa biblioth&#232;que, en 1933, le Crystallizing Public Opinion de Bernays, et s'en servait pour &#233;laborer sa propagande. De fait, les gigantesques rassemblements organis&#233;s par le parti nazi &#224; travers tout le pays et la mise en sc&#232;ne qui les accompagnait r&#233;pondaient moins &#224; la volont&#233; de conditionner les individus qu'&#224; celle de manipuler les masses.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;FONDEMENTS ID&#201;OLOGIQUES DE LA NOUVELLE PROPAGANDE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;&#171; Une cons&#233;quence logique de notre soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edward Bernays concevait sa nouvelle propagande comme une &#171; cons&#233;quence logique &#187; de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique am&#233;ricaine. En d&#233;mocratie, l'adh&#233;sion de l'opinion publique est indispensable, et l'on ne saurait lui faire grief d'&#234;tre parti du constat suivant : &#171; Compte tenu de l'organisation sociale qui est la n&#244;tre, tout projet d'envergure doit &#234;tre approuv&#233; par l'opinion publique. &#187;. Le propos de Bernays n'&#233;tait en rien r&#233;volutionnaire. R&#233;aliste, il ne pr&#233;tendait pas aller &#224; l'encontre des grandes tendances de son &#233;poque, mais en tirer le meilleur parti. Du reste, le r&#233;gime d&#233;mocratique n'avait pas de plus fervent &#233;pigone que lui : ne lui devait-il pas son invention des &#171; relations publiques &#187; et son immense succ&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son De la D&#233;mocratie en Am&#233;rique, Tocqueville avait remarquablement analys&#233; le risque de &#171; tyrannie de la majorit&#233; &#187; inh&#233;rent aux r&#233;gimes d&#233;mocratiques, soulignant combien la d&#233;mocratie am&#233;ricaine y &#233;tait organiquement sujette : &#171; Je ne connais pas de pays o&#249; il r&#232;gne, en g&#233;n&#233;ral, moins d'ind&#233;pendance d'esprit et de v&#233;ritable libert&#233; de discussion qu'en Am&#233;rique. [&#8230;] la majorit&#233; trace un cercle formidable autour de la pens&#233;e. Au-dedans de ces limites, l'&#233;crivain est libre ; mais malheur &#224; lui s'il ose en sortir. &#187; Mais ce qui &#233;tait, dans la pens&#233;e de Tocqueville, un danger que les m&#233;canismes constitutionnels devaient pouvoir temp&#233;rer en accordant les protections n&#233;cessaires &#224; la minorit&#233;, appara&#238;t clairement, dans l'esprit de Bernays, comme un fait irr&#233;sistible &#8211; une fatalit&#233;, pourrait-on dire, s'il l'avait seulement d&#233;plor&#233;. Bien plus, Bernays voyait dans la majorit&#233; et la tyrannie qu'elle peut exercer le moyen pour les dirigeants d'imposer leurs d&#233;cisions et de neutraliser en toute l&#233;galit&#233; la r&#233;sistance de la minorit&#233;, puisque celle-ci doit, en d&#233;mocratie, se plier &#224; la volont&#233; de la majorit&#233;. Ce que Bernays avait parfaitement compris, c'est que les r&#233;gimes d&#233;mocratiques, pour peu que la cristallisation de l'opinion publique dans le sens souhait&#233; permette de cr&#233;er une majorit&#233;, offrent aux dirigeants la possibilit&#233; d'imposer n'importe quelle d&#233;cision, sans avoir &#224; risquer de s'exposer &#224; la r&#233;probation g&#233;n&#233;rale qu'entra&#238;neraient des mesures de coercition contre la minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernays dissociait la d&#233;mocratie, &#224; laquelle il ne croyait pas, du r&#233;gime d&#233;mocratique, qu'il regardait comme un fait incontournable de son &#233;poque. S'il ne croyait pas &#224; la d&#233;mocratie, c'est qu'il la consid&#233;rait &#224; la fois comme une utopie et un ferment d'instabilit&#233; et d'anarchie. Compte tenu de l'ignorance et de la versatilit&#233; qu'il attribuait au peuple, une soci&#233;t&#233; fonctionnelle ne pouvait &#234;tre, selon lui, qu'oligarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Une &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; indispensable au &#171; bon fonctionnement &#187; de nos soci&#233;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernays ne consid&#233;rait pas seulement sa &#171; nouvelle propagande &#187; comme une cons&#233;quence logique des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques, mais &#233;galement comme une n&#233;cessit&#233; indispensable &#224; leur &#171; bon fonctionnement &#187;. Depuis l'id&#233;ologie des Lumi&#232;res qui fa&#231;onna la mentalit&#233; des &#233;lites occidentales &#224; partir du milieu du XVIIIe si&#232;cle, il &#233;tait acquis par les &#233;lites dirigeantes des &#201;tats-Unis et d'Europe que la l&#233;gitimit&#233; des dirigeants tenait &#224; leur raison qui, &#233;clair&#233;e par les lumi&#232;res de la philosophie nouvelle, les pla&#231;ait au-dessus d'un peuple jug&#233; inapte au gouvernement de lui-m&#234;me. Mieux que quiconque, Voltaire sut exprimer le profond m&#233;pris des Lumi&#232;res pour les masses obscures : &#171; Au peuple sot et barbare, il faut un joug, un aiguillon et du foin. &#187;, et cette phrase si souvent d&#233;nonc&#233;e par Henri Guillemin : &#171; L'esprit d'une nation r&#233;side toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne &#187;. La philosophie politique des Lumi&#232;res &#8211; le despotisme &#233;clair&#233; connu &#224; l'&#233;poque sous le nom de &#171; nouvelle doctrine &#187; &#8211; fut profond&#233;ment marqu&#233;e par cette forme de s&#233;gr&#233;gation emprunte d'un profond m&#233;pris de la haute aristocratie, du haut clerg&#233; et des autocrates &#8211; totalement acquis &#224; l'id&#233;ologie des Lumi&#232;res &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle &#8211; pour la petite noblesse, le bas clerg&#233; et le peuple. L'id&#233;e que seule une &#233;lite &#233;clair&#233;e est &#224; m&#234;me de gouverner et de juger de ce qui est bon pour le peuple fut durablement implant&#233;e dans l'esprit des &#233;lites occidentales. Contrairement &#224; l'Europe, o&#249; la cr&#233;dibilit&#233; des Lumi&#232;res p&#226;tit de leur ind&#233;fectible soutien aux pires autocraties du XVIIIe si&#232;cle et de la critique marxiste de la r&#233;volution bourgeoise, les &#201;tats-Unis firent de la &#171; nouvelle doctrine &#187; la pierre angulaire de leur Constitution. C'est par l'am&#233;ricanisation que le despotisme &#233;clair&#233; op&#233;ra un retour en force en Europe, particuli&#232;rement dans l'id&#233;ologie de la construction europ&#233;enne con&#231;ue outre-Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8849 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L261xH193/Padoa-19bad-3c970.jpg?1695387761' width='261' height='193' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'un des despotes &#233;clair&#233;s de la construction europ&#233;enne, Tommaso Padoa-Schioppa, ancien ministre de l'Economie et des Finances italien (2006-2008), ancien membre du directoire de la Banque Centrale Europ&#233;enne et Pr&#233;sident du think-tank Notre Europe. Dans un article intitul&#233; Les enseignements de l'aventure europ&#233;enne paru dans le 87e num&#233;ro de la revue Commentaire (automne 1999), il &#233;crivait : &#171; La construction europ&#233;enne est une r&#233;volution, m&#234;me si les r&#233;volutionnaires ne sont pas des conspirateurs bl&#234;mes et maigres, mais des employ&#233;s, des fonctionnaires, des banquiers et des professeurs [&#8230;]. L'Europe s'est form&#233;e en pleine l&#233;gitimit&#233; institutionnelle. Mais elle ne proc&#232;de pas d'un mouvement d&#233;mocratique [&#8230;]. Entre les deux p&#244;les du consensus populaire et du leadership de quelques gouvernants, l'Europe s'est faite en suivant une m&#233;thode que l'on pourrait d&#233;finir du terme de despotisme &#233;clair&#233;. &#187; Jacques Delors tiendra des propos similaires lors d'une conf&#233;rence &#224; Strasbourg, le 7 d&#233;cembre 1999 : &#171; L'Europe est une construction &#224; allure technocratique et progressant sous l'&#233;gide d'une sorte de despotisme doux et &#233;clair&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement impr&#233;gn&#233; du bien-fond&#233; du despotisme &#233;clair&#233;, Bernays regardait comme indispensable au bon fonctionnement des r&#233;gimes d&#233;mocratiques qu'ils soient en r&#233;alit&#233; dirig&#233;s par une oligarchie libre de toute contrainte d&#233;mocratique. Ne consid&#233;rant pas le peuple comme le d&#233;tenteur du pouvoir autrement que par une sorte de fiction juridique (&#224; laquelle il tenait, du reste), ni l'opinion publique comme une sorte de contre-pouvoir salutaire, il voyait en elle une contrainte et une menace d'instabilit&#233; dont les dirigeants ont le devoir de s'affranchir en la manipulant. Bernays allait m&#234;me plus loin, en affirmant &#339;uvrer au bien de l'humanit&#233;. La manipulation ne rendait-elle pas la r&#233;pression et la subversion aussi inutiles l'une que l'autre, en donnant &#224; l'&#233;lite dirigeante une totale libert&#233; d'action et au peuple l'illusion de la libert&#233; ; n'offrait-elle pas l'immense avantage de la stabilit&#233; et d'un assujettissement sans douleur du peuple ? Donner &#224; une &#171; minorit&#233; d'individus intelligents &#187; la possibilit&#233; de manipuler &#224; sa guise l'opinion publique, c'&#233;tait, selon Bernays, assurer la paix sociale et pr&#233;venir les guerres.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;LES &#171; NOUVEAUX PROPAGANDISTES &#187; ET LE &#171; GOUVERNEMENT INVISIBLE &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Edward Bernays reconnaissait la qualit&#233; de faiseur d'opinion &#224; toute personne investie d'une autorit&#233; politique, &#233;conomique ou sociale. Il lui paraissait &#233;vident que &#171; si l'on entreprenait de dresser la liste des hommes et des femmes qui, par leur position, sont ce qu'il faut bien appeler des &#171; faiseurs d'opinion &#187;, on se retrouverait vite devant la longue kyrielle des noms recens&#233;s dans le &lt;i&gt;Who's Who&lt;/i&gt;. &#187;. Mais il a tendance &#224; voir dans ces autorit&#233;s officielles les relais, conscients ou non, d'&#171; hommes de l'ombre &#187; dont &#171; le pouvoir est parfois flagrant &#187; : &#171; G&#233;n&#233;ralement, on ne r&#233;alise pas &#224; quel point les d&#233;clarations et les actions de ceux qui occupent le devant de la sc&#232;ne leur sont dict&#233;es par d'habiles personnages agissant en coulisse. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8850 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L300xH212/Monnet-cd0d7-3d6e9.jpg?1695387761' width='300' height='212' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jean Monnet et Robert Schuman sont un bon exemple du m&#233;canisme manipulatoire d&#233;crit par Bernays : si tous deux prenaient leurs instructions au D&#233;partement d'&#201;tat am&#233;ricain, le premier &#233;tait l'homme des milieux d'affaires anglo-saxons et incarnait l'homme de l'ombre (&#171; Si c'est au prix de l'effacement que je puis faire aboutir les choses, alors je choisis l'ombre ... &#187;), tandis que le second, arch&#233;type de l'homme politique inoxydable, &#233;tait charg&#233; de pr&#233;senter bien et de faire adopter par la classe politique et l'opinion publique fran&#231;aises les projets atlantistes. La France &#233;tant, au sortir de la guerre, la &#171; premi&#232;re puissance d&#233;mocratique [vocable qui, dans la terminologie des relations publiques, d&#233;signe un satellite des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il d&#233;signait un satellite de Moscou dans la terminologie sovi&#233;tique. La France perdra ce label d&#233;mocratique pendant la pr&#233;sidence de De Gaulle] du continent &#187; (Dean Acheson, dans sa lettre &#224; Robert Schuman du 30 avril 1949), il fallait que la paternit&#233; de la construction europ&#233;enne con&#231;ue par Washington soit attribu&#233;e de pr&#233;f&#233;rence &#224; un Fran&#231;ais. La fameuse D&#233;claration Schuman du 9 mai 1950 fut con&#231;ue outre-Atlantique par les services du Secr&#233;taire d'&#201;tat am&#233;ricain Dean Acheson, avant d'&#234;tre r&#233;dig&#233;e et transmise &#224; l'int&#233;ress&#233; par Jean Monnet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En raison de l'influence dont elles jouissent sur leurs opinions publiques, les autorit&#233;s institutionnelles sont clairement une cible, consentante ou non, d'int&#233;r&#234;ts cach&#233;s ou discrets, hommes de l'ombre, lobbies, etc. : &#171; &#192; partir du moment o&#249; l'on peut influencer des dirigeants &#8211; qu'ils en aient conscience ou non et qu'ils acceptent ou non de coop&#233;rer &#8211;, automatiquement on influence aussi le groupe qu'ils tiennent sous leur emprise. &#187; Il est donc essentiel de cerner les personnalit&#233;s qui ont autorit&#233; sur le groupe cibl&#233; et, si possible, de les inclure dans des structures informelles destin&#233;es &#224; les utiliser dans le sens voulu, soit qu'elles en partagent les convictions, soit qu'elles en retirent un int&#233;r&#234;t quelconque, soit encore que cette appartenance leur paraisse indispensable &#224; leur carri&#232;re ou &#224; leur vanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les observations de Bernays furent mises en &#339;uvre &#224; grande &#233;chelle par les milieux politiques et &#233;conomiques am&#233;ricains pour assurer la pr&#233;pond&#233;rance de leurs int&#233;r&#234;ts dans le monde. Il semble que la Pilgrim's Society fut le creuset de cette politique de mainmise. Soci&#233;t&#233; secr&#232;te anglo-am&#233;ricaine fond&#233;e le 11 juillet 1902 au Carlton, elle se donna pour but officiel de &#171; promouvoir la paix &#233;ternelle et l'entraide entre les &#201;tats-Unis et le Royaume-Uni &#187; ; en fait, d'asseoir la supr&#233;matie anglo-saxonne dans le monde. D&#232;s 1941, elle servit &#224; la politique de satellisation du Royaume-Uni par les &#201;tats-Unis, &#224; laquelle Churchill consentit en 1943 malgr&#233; les mises en garde de De Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8851 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L220xH246/Pilgrim-a5983-2e942.png?1694502015' width='220' height='246' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#238;ner de la Pilgrim's Society, 9 janvier 1951. Son logo officiel &#8211; que l'on aper&#231;oit ici entre les deux drapeaux, au-dessus du tableau &#8211; a pour devise &#171; Hic et ubique &#187; (Ici et partout). Patronn&#233;e par la reine d'Angleterre, la Pilgrim's Society a r&#233;uni des membres aussi influents que Paul Warburg (banquier et promoteur de la Federal Reserve), John Pierpont Morgan (fondateur de la banque du m&#234;me nom), Jacob Schiff (directeur de la Kuhn Loeb, banque concurrente de la J. P. Morgan), William MacDonald Sinclair (archidiacre anglican de Londres), Henry Codman Potter (&#233;v&#234;que &#233;piscopalien de New-York), Grover Cleveland (ancien pr&#233;sident am&#233;ricain), Joseph Kennedy (patriarche de la famille Kennedy), Henry Kissinger, Margaret Thatcher&#8230; sans oublier Jean Monnet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	Le sch&#233;ma de la Pilgrim's Society fut soigneusement reproduit pour les groupes d'influence cr&#233;&#233;s sp&#233;cifiquement pour chacune des entreprises de satellisation :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Council on Foreign Relations (1921) : cr&#233;&#233; par un groupe d'avocats et de banquiers r&#233;unis autour d'Elihu Root afin &#171; d'aider les officiels du gouvernement, les dirigeants des entreprises, les journalistes, les enseignants et les &#233;tudiants, les leaders civils et religieux, des citoyens [&#8230;] &#224; mieux comprendre le monde ainsi que les choix de politique &#233;trang&#232;re que doivent faire tant les &#201;tats-Unis que d'autres pays &#187; &#8211; en clair, d'orienter le choix des d&#233;cideurs am&#233;ricains et &#233;trangers dans le sens voulu par l'&#233;lite politique et &#233;conomique des &#201;tats-Unis &#8211;, il regroupe quelques 5.000 membres (300 &#224; l'origine), dont plusieurs membres de la Pilgrim's Society, du Bilderberg Group et de la Commission trilat&#233;rale. Georges Cl&#233;menceau, G&#233;rald Ford, David Rockefeller, Paul Warburg, Paul McNamara et Colin Powell figurent parmi les noms les plus illustres.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L220xH251/Root-3416a-3fbe5.jpg?1694502015' width='220' height='251' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elihu Root, pr&#233;sident du premier Council on Foreign Relations, avocat d'affaires, Secr&#233;taire d'&#201;tat, Secr&#233;taire &#224; la Guerre, s&#233;nateur et prix Nobel de la paix en 1912. Dans le premier num&#233;ro de la revue Foreign affairs, lanc&#233;e en septembre 1922 par le Council on Foreign Relations, il &#233;crivit qu'isolationniste ou pas, l'Am&#233;rique &#233;tait devenue une puissance mondiale et que le public devait le savoir. Le v&#233;ritable objectif du Council on Foreign Relations transpara&#238;t &#233;galement dans sa devise &#8211; &#171; Ubique &#187; (Partout), r&#233;f&#233;rence directe &#224; la paternit&#233; de la Pilgrim's Society &#8211; et dans le programme de cinq ans lanc&#233; en 2008 et intitul&#233; International Institutions and Global Governance : World Order in the 21st Century, dont l'un des buts est de &#171; promouvoir un leadership constructif des &#201;tats-Unis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Bilderberg Group (1954) : cr&#233;&#233; &#224; l'initiative des diplomates polonais et f&#233;d&#233;ralistes europ&#233;ens Joseph Retinger et Andrew Nielsen, il re&#231;ut d&#232;s l'origine le patronage du prince Bernhard des Pays-Bas, de l'ex-Premier ministre belge Paul Van Zeeland, du dirigeant d'Unilever Paul Rijkens, du directeur de la CIA Walter Bedell Smith et du conseiller d'Eisenhower, Charles Douglas Jackson. Selon Denis Healey, l'un des initiateurs de la conf&#233;rence de Bilderberg de 1954 et membre du Comit&#233; Directeur pendant 30 ans, le groupe aurait &#233;t&#233; form&#233;, lui aussi, dans le but d'annihiler les risques de guerre en favorisant l'int&#233;gration des &#233;conomies nationales et en obtenant des &#201;tats qu'ils transf&#232;rent leur souverainet&#233; &#224; des organismes ex&#233;cutifs supranationaux : &#171; Dire que nous cherchions &#224; mettre en place un gouvernement mondial unique est tr&#232;s exag&#233;r&#233;, mais pas totalement absurde. Nous autres &#224; Bilderberg pensions qu'on ne pouvait pas continuer &#224; se faire la guerre &#233;ternellement et &#224; tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu'une communaut&#233; unique pouvait &#234;tre une bonne chose. &#187; Le groupe comprend environ 130 membres, dont plusieurs membres de la Pilgrim's Society et de la Commission trilat&#233;rale.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8857 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L210xH158/Bilderberg-2-7f376-01935.jpg?1694502015' width='210' height='158' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re r&#233;union du groupe, &#224; l'H&#244;tel Bilderberg (Pays-Bas), du 29 au 31 mai 1954. Une r&#233;union pr&#233;paratoire avait eu lieu le 25 septembre 1952, &#224; l'h&#244;tel particulier de Fran&#231;ois de Nervo (Paris), en pr&#233;sence d'Antoine Pinay, alors Pr&#233;sident du Conseil, et de Guy Mollet, patron de la SFIO. &lt;br/&gt;
En furent ou en sont membres Georges Pompidou, Dominique Strauss-Kahn, Beatrix des Pays-Bas, Henry Kissinger, Javier Solana, David Rockefeller, George Soros et Bernard Kouchner.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Le Comit&#233; d'action pour les &#201;tats-Unis d'Europe (1955) : cr&#233;&#233; par Jean Monnet apr&#232;s l'&#233;chec du projet de Communaut&#233; europ&#233;enne de d&#233;fense (CED) face &#224; l'opposition des gaullistes et des communistes, il se donnait pour but de de pr&#233;parer le trait&#233; pour le March&#233; commun et l'Euratom &#8211; en somme, de travailler &#224; l'int&#233;gration euro-atlantiste, &#224; l'&#233;largissement de la construction europ&#233;enne au Royaume-Uni, et &#224; une fili&#232;re am&#233;ricaine d'approvisionnement contre l'ind&#233;pendance nucl&#233;aire fran&#231;aise. Il se composait en 1965 de 44 personnalit&#233;s, dont 9 socialistes des six membres de la CECA, 12 d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, 7 lib&#233;raux et assimil&#233;s, et 16 membres des syndicats ouvriers.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_8855 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.elcorreo.eu.org/local/cache-vignettes/L198xH150/CAEU-18b10-717b1.jpg?1694502015' width='198' height='150' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comit&#233; d'action pour les &#201;tats-Unis d'Europe, huiti&#232;me session, Paris, 11 juillet 1960. Groupe de pression cr&#233;&#233; par Jean Monnet &#224; Paris le 13 octobre 1955, le Comit&#233; rassemblait des responsables syndicaux et des chefs des partis politiques d&#233;mocrates-chr&#233;tiens, lib&#233;raux et socialistes de l'Europe des Six. Parmi les hommes politiques fran&#231;ais, figuraient : Pierre Pflimlin, Robert Lecourt, Ren&#233; Pleven, Val&#233;ry Giscard d'Estaing, Antoine Pinay, Gaston Defferre, Guy Mollet, Maurice Faure, Fran&#231;ois Mitterrand, Raymond Barre, Jacques Delors, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jean Lecanuet et Alain Poher.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; La Commission Trilat&#233;rale (1973) : cr&#233;&#233;e &#224; l'initiative des principaux dirigeants du Bilderberg group et du Council on Foreign Relations, dans le but de &#171; promouvoir et construire une coop&#233;ration politique et &#233;conomique entre l'Europe occidentale, l'Am&#233;rique du Nord et l'Asie Pacifique &#187; &#8211; en r&#233;alit&#233;, de satelliser les pays d'Asie non communistes, au premier chef desquels le Japon &#8211; elle r&#233;unit 300 &#224; 400 personnalit&#233;s, parmi lesquelles David Rockefeller, Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Jean-Louis Brugui&#232;re et Jean-Claude Trichet, qui pr&#233;side le groupe europ&#233;en.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Les groupes bilat&#233;raux entre les Etats-Unis et leurs satellites, notamment la &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://french-american.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;French-American Foundation&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (1976). Cr&#233;&#233;e &#224; Washington par les pr&#233;sidents G&#233;rald Ford et Val&#233;ry Giscard d'Estaing sur l'initiative de Henry Kissinger, dans le but d'&#171; &#339;uvrer au renforcement des relations entre la France et les &#201;tats-Unis &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire de re-satelliser la France apr&#232;s la parenth&#232;se gaullienne &#8211;, elle brille moins par ses membres que par son &#171; programme phare &#187; des &lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://french-american.org/actions/echanges/young-leaders&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Young Leaders&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; [Voir : &lt;a href=&#034;http://french-american.org/young-leaders-annonce-selection-2014/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;s&#233;lection 2014&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;]. Financ&#233; par la CIA et de grands groupes (dont de tr&#232;s grands groupes fran&#231;ais, auxquels s'ajoute l'Universit&#233; Paris I !), ce programme vise &#224; formater les futures &#233;lites qui seront ensuite plac&#233;es aux postes cl&#233;s. Parmi les anciens &lt;i&gt;Young Leaders&lt;/i&gt;, on trouve Fran&#231;ois Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Najat Vallaut-Belkacem, Ernest-Antoine Seill&#232;re, Nicolas Dupont-Aignan, Bernard Laroche, Alain Jupp&#233;, &#201;ric Raoult, Val&#233;rie P&#233;cresse, Jacques Toubon, Jean-Marie Colombani, Alain Minc et Christine Ockrent, pour ne citer qu'eux.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Il est saisissant de constater que ces groupes choisirent exactement la m&#234;me &#171; noble cause &#187; &#8211; garantir la paix et promouvoir l'entraide entre pays &#8211; que Bernays jugeait indispensable au camouflage de buts inavouables. Leur v&#233;ritable finalit&#233; appara&#238;t n&#233;anmoins clairement &#224; la lumi&#232;re des observations de Bernays. En r&#233;unissant de mani&#232;re informelle l'ensemble des dirigeants les plus influents du &#171; monde libre &#187; sous la tutelle des &#201;tats-Unis, l'objectif de ces groupes est de promouvoir les int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis et de l'Otan aupr&#232;s des dirigeants mondiaux, g&#233;n&#233;ralement &#171; &#224; l'insu de leur plein gr&#233; &#187;, l'id&#233;e centrale &#233;tant de les persuader de l'omnipotence des &#201;tats-Unis, au moyen notamment d'une narrative sc&#233;naris&#233;e dans laquelle s'inscrivent, par exemple, les th&#233;ories grossi&#232;res de la fin de l'histoire et du choc des civilisations. Ces groupes furent constitu&#233;s pour manipuler les dirigeants des pays satellites et entretenir chez eux le sentiment quasi-h&#233;g&#233;lien que l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine est un processus inexorable dont l'ach&#232;vement marquera la fin de l'histoire. Le grand nombre de leurs participants, l'absence de factions partisanes et de r&#232;gles de votes et de majorit&#233;, le partage du pouvoir que cela supposerait avec un grand nombre de personnes et d'autres pays que les Etats-Unis, l'absence m&#234;me de d&#233;cisions formelles prises au cours de ces meetings, montrent assez que ces groupes agissent sans doute moins en organes de gouvernement mondial qu'en r&#233;seaux constitu&#233;s en vue d'asseoir un tel gouvernement, projet qui se heurtait dans les ann&#233;es 1960 au bloc communiste et &#224; la politique de la France, et qui bute aujourd'hui sur ce que les am&#233;ricains appellent avec d&#233;dain &lt;i&gt;the Rest of the World&lt;/i&gt;, Russie et Chine en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il conclure qu'un tout petit nombre de personnes est en mesure de diriger le monde &#224; leur guise ? Bernays est conduit &#224; admettre que &#171; [&#8230;] tous tant que nous sommes, nous vivons avec le soup&#231;on qu'il existe dans d'autres domaines des dictateurs aussi influents que ces politiciens [de l'ombre]. &#187;. En bon manipulateur, il reste toutefois r&#233;aliste en rappelant que la nouvelle propagande, aussi achev&#233;e soit elle, restera toujours sujette &#224; des al&#233;as hors de tout contr&#244;le : &#171; Trop d'&#233;l&#233;ments &#233;chappent toutefois &#224; son contr&#244;le pour qu'il puisse esp&#233;rer obtenir des r&#233;sultats scientifiquement exacts. [&#8230;] le propagandiste doit tabler sur une marge d'erreur importante. La propagande n'est pas plus une science exacte que l'&#233;conomie ou la sociologie, car elles ont toutes les trois le m&#234;me objet d'&#233;tude, l'&#234;tre humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;CONCLUSION : &#171; C'&#201;TAIT AVANT QUE LES GENS N'ACQUI&#200;RENT UNE CONSCIENCE SOCIALE &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La machine construite par Edward Bernays a longtemps paru implacable. Jamais les opinions publiques ne furent assujetties &#224; des manipulations d'une telle ampleur, que ce soit &#224; des fins consum&#233;ristes par la publicit&#233; ou &#224; des fins politiques dans les m&#233;dias. Malgr&#233; ses &#171; succ&#232;s &#187; consid&#233;rables, elle ne le fut pourtant qu'un temps et uniquement &#224; l'&#233;gard les peuples des &#201;tats-Unis et de leurs &#201;tats satellites. Comme Bernays lui-m&#234;me le soulignait, il peut toujours surgir des obstacles impr&#233;vus qui lui font &#233;chec, tels que les r&#233;f&#233;rendums fran&#231;ais et n&#233;erlandais de 2005. Surtout, la nouvelle propagande, qui f&#234;te son centenaire, s'est &#233;mouss&#233;e. Ceci, Edward Bernays l'avait aussi compris avant les autres. Quelques ann&#233;es avant sa mort en mars 1995, il reconnut, non sans nostalgie, devant le journaliste Stuart Ewen : &#171; C'&#233;tait avant que les gens n'acqui&#232;rent une conscience sociale &#187;. Depuis plusieurs ann&#233;es, cette conscience sociale d&#233;plor&#233;e par Bernays devient, lentement mais s&#251;rement, une conscience politique qui pourrait bien permettre un jour &#224; la France de recouvrer son ind&#233;pendance et aux Fran&#231;ais leur libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romaric THOMAS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/la-manipulation-de-l-opinion-156182&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;strong&gt;Agoravox&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Paris, le 2 septembre 2014&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;*&lt;strong&gt;Romaric THOMAS&lt;/strong&gt;. N&#233; en France en 1975. De formation juridique, il exerce successivement comme juriste d'entreprise, notaire salari&#233; et responsable de service juridique, avant de se reconvertir dans l'algoculture. Passionn&#233; d'histoire et de litt&#233;rature d&#232;s son plus jeune &#226;ge, il a eu la chance de parcourir plusieurs pays durant son adolescence, tels que les &#201;tats-Unis, le Japon, l'Italie (...)&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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