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Une grand-mère témoigne au procès Scilingo : 27 ans à chercher son petit-fils

Par Gabriela Calotti
AFP, Madrid, 2 février 2005 -

Une "grand-mère de la place de Mai" a raconté mercredi, au douzième jour du procès d'Adolfo Scilingo, jugé à Madrid pour génocide, terrorisme et torture sous la junte argentine, ses 27 ans à la recherche de son petit-fils, enfant de sa fille assassinée sous la dictature. Présidente de l'Association des grand-mères de la place de Mai - les femmes qui se sont battues sans relâche pour retrouver leurs proches disparus -, Estela Barnes de Carlotto témoignait à l'Audience nationale, plus haute instance pénale espagnole, devant laquelle comparaît l'ex-capitaine de corvette.

Portant sur les épaules le foulard blanc qui est le signe de reconnaissance des "grand-mères", elle a raconté les maternités clandestines.

Pendant les premières années du régime militaire argentin (1976-83), celles-ci fonctionnèrent dans des installations des forces de sécurité, comme l'école de Mécanique de la Marine (ESMA) où officia Scilingo et qui fut un des plus grands centres de torture et de détention.

Plus de 500 enfants ou bébés, nés de couples disparus ou arrêtés, ont été séquestrés par les forces de sécurité. Seuls 80 furent retrouvés.

Cela démontre "qu'il y avait un plan systématique de vol", a expliqué Estela de Carlotto. "La grande majorité de ces enfants ont de faux certificats de naissance", a-t-elle ajouté.

Sa fille Laura Carlotto, enlevée le 26 novembre 1977, passa d'abord par l'ESMA puis fut transférée dans un centre clandestin connu sous le nom de "La cacha". Selon de témoins, elle donna le jour à un garçon à l'Hôpital militaire de Buenos Aires. En 1978, sa mère se vit remettre son corps criblé de balles.

Dans des aveux devant le juge espagnol Baltasar Garzon, Scilingo avait admis qu'une maternité avait fonctionné à l'ESMA. Il avait reconnu qu'il y avait "des listes et des contrôles d'appropriations de bébés" de disparues. Il est revenu sur ces aveux à Madrid, mais selon les enquêtes menées par les grand-mères, "il y a eu au moins 20 naissances" à l'ESMA, dont 12 enfants furent remis à des hommes de la marine.

"Il y avait une liste de postulantes de l'ESMA qui rendaient visite aux jeunes filles enceintes pour voir si elles étaient blondes ou brunes", a expliqué Estela de Carlotto, citant plusieurs noms de détenues-disparues qui accouchèrent dans ce camp. "Nous avons passé 27 ans à chercher et notre objectif demeure de rencontrer ces enfants, qui ont le droit de connaître leur vérité et leur histoire", a-t-elle dit.

La semaine dernière, deux autres "grand-mères de la Place de Mai" avaient raconté l'arrestation et le meurtre de leurs enfants et le rapt de leurs petits-enfants. L'une n'en avait jamais retrouvé trace, mais l'autre avait pu retrouver sa petite-fille dont l'identité avait été attestée par des analyses ADN.





 

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