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28 ans après le coup d'état militaire, le président Kirchner, au nom de l'Etat argentin, a demandé pardon pour son silence devant les crimes de la dictature

Par une journée remplie de symbolismes en hommage aux victimes de la dictature militaire (1976-1983), le président argentin, Néstor Kirchner, a demandé aujourd'hui pardon au nom de l'Etat pour s'être tu pendant 20 ans.

Par Víctor M. Carriba
Argenpress.info, 24 mars 2004

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« Comme Président de la nation, je viens demander le pardon de l'Etat national pour la honte d'avoir pendant 20 ans de démocratrie gardé le silence sur autant d'atrocités », c'est ce qu'a exprimé le mandataire lors de la cérémonie principale du 28e anniversaire du coup d'état militaire de 1976.

« Il n'y a pas de rancœur ni de haine… ce qui nous guide, c'est la justice et la lutte contre l'impunité », a-t-il dit peu de temps après avoir signé le document qui marque le début de la transformation de l'Ecole de mécanique de l'armée (Escuela de Mecánica de la Armada, ESMA), l'un des centres les plus ténébreux de torture du régime militaire, en Musée de la mémoire.

Visiblement ému, le gouvernant argentin a averti les enfants des milliers de disparus de cette époque-là que c'est d'eux que dépend que « l'obscurantisme ne revienne pas en Argentine », et il a alerté contre ceux qui « spéculent et sont tapis dans l'ombre, dans l'espoir que tout échoue et que revienne l'obscurité ».

Se référant aux victimes de la dictature, Kirchner les a appelées « mes compagnons de la génération qui a cru et continue de croire que ce pays peut changer ».

De même, il a qualifié d'assassins répudiés par le peuple les responsables de l'existence de lieux ténébreux et macabres comme les camps de concentration semblables à l'ESMA

Le président a reconnu que la direction politique « n'a pas été très souvent à la hauteur de l'histoire », mais il a assuré que désormais « ils ne nous briseront pas, même s'il faut supporter des situations difficiles ».

« Les drapeaux de l'Argentine seront notre guide. Allons vers un pays qui marche avec la vérité de la justice et de la lutte contre l'impunité, vers un pays plus équitable et de plus d'inclusion sociale », a-t-il souligné.

« Nous ne voulons pas de haine, mais nous ne voulons pas non plus d'impunité. Nous voulons la justice et la récupération de la mémoire », a-t-il expliqué.

Au cours de la cérémonie se sont également exprimés plusieurs jeunes gens nés à l'intérieur de l'ESMA, quand leurs mères étaient détenues et torturées avant d'aller plus tard grossir la liste des 30.000 disparus à cause de la dictature militaire.

L'un d'eux, séparé de ses géniteurs et remis à une autre famille par les agents de la répression, a découvert il y a seulement quelques mois sa véritable identité, grâce au travail réalisé par l'Association des grands-mères de la Plaza de Mayo, lesquelles ont à ce jour retrouvé 77 jeunes gens qui ont traversé des situations semblables.

La cérémonie s'est clôturée par la prestation de trois musiciens mondialement connus pour leur condamnation permanente des crimes des militaires dans ce pays sudaméricain : les Argentins León Gieco et Víctor Heredia et le Catalan Joan Manuel Serrat, qui ont interprété Canción por la memoria (Chanson pour la mémoire), Todavía cantamos (Nous chantons toujours), Para la libertad (Pour la liberté) et Sólo le pido a Dios (Je le demande à Dieu seulement).

Peu de temps avant la cérémonie à l'ESMA, Kirchner, en sa qualité de Commandant en chef des Forces armées, avait assisté dans le Collège militaire au retrait des cadres contenant les photographies des anciens dictateurs Jorge Rafael Videla et Reynaldo Bignone, et qui étaient exposés jusqu'à ce jour dans la « Galería de Directores » (Galerie des directeurs) de cette institution militaire.

Devant plus de 30 généraux et étudiants militaires, le président a exhorté à « ne plus jamais utiliser le terrorisme d'Etat et les armes contre le peuple argentin ».

« Plus jamais l'ordre institutionnel ne doit être à nouveau subverti en Argentine… Le terrotisme d'Etat est une des formes les plus injustifiables et les plus sanglantes qu'il peut être donné de vivre à une société », a-t-il affirmé.

Traduction pour El Correo de : Philippe Raynaud





 

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