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15 décembre 2016


Trump et Macri : entre la Cosa Nostra et la loge P2

par José Steinsleger *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Le détective Phillip Marlowe : « Votre père vaut 100 millions de dollars, madame Loring. Je ne saurai pas dire comment il les a gagnés, mais je sais parfaitement qu’il ne les aurait pas obtenus sans une organisation qui arrive très loin… Et il faut faire des affaires avec des gens étranges. Peut-être qu’il ne se réunit pas avec eux , ni leur serre la main, mais ils sont là, à la limite, et on fait affaire avec eux … »

Le père de madame Loring (à Marlowe) : « … Je crois que vous êtes une personne très sincère. Mais ne vous efforcez pas d’être un héros, mon jeune ami. Il n’y a rien a y gagner ».

Ces dialogues apparaissent dans le roman de Raymond Chandler « The Long Goodbye » (chapitres 22/32), œuvre qui pourrait être plus pédagogique que 50 000 analyses sur le capitalisme sauvage. Mais si un maître du « roman noir » comme Chandler essayait d’imaginer des personnages comme Donald Trump ou Mauricio Macri, il constaterait que fiction et réalité sont synonymes.

Donald entre dans l’immobilier à 22 ans (1968) et est devenu un entrepreneur qui a réussi dans l’une des industries de construction les plus corrompues du pays. En 1971, il prend la tête de l’entreprise familiale, et tisse des relations avec les riches et les puissants faisant des dons régulièrement à des membres éminents de la machinerie politique de New York, comme le maire démocrate Edward Koch. « Plus je devenais riche, plus je donnais d’argent », avait l’habitude de dire Trump.

En revanche, les Macri ont émergé comme des entrepreneurs de l’État (« il faut toujours être du coté du pouvoir » était la consigne de Franco Macri [Père]) et ils ont été soutenus par Licio Gelli(1919-2015), chef de la loge maçonnique italienne Propagande Due, qui avait dans ses rangs la Banco Ambrosiano du Vatican, les propriétaires de Fiat, et une longue liste de gens non présentables liés à l’extrême droite en Italie, Europe et en Amérique Latine.

L’empire de Donald Trump s’est développé à travers de larges contributions aux campagnes politiques et en faisant des affaires dans la construction et avec des syndicats maniés par la mafia. « Aucun candidat présidentiel n’a eu le même niveau de liens d’affaires avérés avec des organismes contrôlés par des mafieux », a affirmé The le Washington Post.

En 1973, la Société Macri (Socma) disposait de 7 entreprises. Dix ans après, grâce à la dictature civile-militaire (1976-83), elle en comptait 46. En 1982, la Banque Centrale de la République Argentine (BCRA), présidée par Domingo Cavallo, étatisait la dette privée d’entreprises qui avaient collaboré avec la dictature (Socma, le Groupe Clarin [médias], le quotidien La Nation, Papel Prensa , et d’autres) pour un montant de 40 milliards de dollars.

Simultanément, la Trump Organization érigeait des édifices colossaux à Manhattan, récupérait des quartiers sordides de New York qui aujourd’hui valent 10 000 dollars le mètre carré, et dépassait largement les attentes de son père, le vieux Fred. Mais Mauricio n’a jamais obtenu la reconnaissance du sien. Jusqu’à ce qu’un jour, Franco le fît président de la Boca Juniors [célèbre club de football] et après, en remarquant qu’il était bon à rien, il lui a suggéré d’entrer en politique.

Dans presque tous les grands projets de construction à Manhattan, Trump a reçu le soutien de la mafia. Y compris pour la Trump Tower, un gratte-ciel de 58 étages sur la Cinquième Avenue, construit avec du béton armé. De même, pour entrer dans le business des casinos, Donald a fait des affaires avec la mafia d’Atlantic City. Un mémorandum du FBI a confirmé que Trump était conscient de l’implication de la mafia d’Atlantic City (État du New Jersey aux Etats-Unis).

Parmi les entreprises contrôlées par des mafieux qui ont été en affaire avec Trump figure la S&A Concrete, qui a fourni des matériaux pour le Trump Plaza dans l’East Side de Manhattan. Les propriétaires de S&A Concrete étaient Anthony « Fat Tony » Salerno, chef de la famille Genovese [fondée par Lucky Luciano], et Paul Castellano, le chef de la famille Gambino. Salerno a fini en prison accusé de gangstérisme. Son avocat Roy Cohn était aussi l’ami et l’avocat occasionnel de Trump, qui n’a pas été accusé de quoi que ce soit d’illégal. Et Macri a été accusé de contrebande, et acquitté par une Cour qui a rejeté le dossier.

Observation finale du détective Marlowe : « Que les avocats fassent leur sale travail. Ce sont eux qui rédigent les lois pour que d’autres avocats les analysent devant d’autres avocats appelés juges, afin que d’autres juges puissent dire à leur tour que les premiers n’avaient pas raison et la Cour suprême détermine que le deuxième groupe s’est trompé … : Combien de temps croyez-vous que les gros poisons de la mafia dureraient si les avocats ne leur apprenaient pas comment agir ? » (op. cit. un chapitre 43).

Surgis de sociétés qui se vantent d’être « civilisées » et situées dans des pôles opposés de la dialectique hégélienne, maître/esclave, Trump et Macri ont récolté des dizaines de millions de votes lors d’ élections libres et démocratiques sans jamais avoir été des leaders sociaux, des dirigeants communautaires, des fonctionnaires, des parlementaires, des universitaires, des prédicateurs religieux, des penseurs ou des militaires.

En 1979, Donald Trump disposait d’un associé important dans le domaine immobilier : le polonais Abraham Hirschfeld, qu’on appelait Monsieur Garage parce qu’il avait acquis tous les terrains fiscaux et vagues de New York pour les transformer en parkings.

Les deux étaient propriétaires du plus cher terrain de la ville, situé à Lincoln West (entre les rues 59 et 72), quartier du Haut Manhattan : 23 hectares d’une ancienne plateforme de triage des chemins de fer, au bord de l’Hudson (Penn Sation), où Trump rêvait d’ériger un édifice de 150 étages.

Cependant, les protestations des habitants, urbanistes et défenseurs de l’environnement, et les exigences de la mairie pour lotir le lieu ont gêné le projet pharaonique de la Trump Organization, et les crédits bancaires qui y étaient liés.

Simultanément, dans un autre lieu de big apple, Franco Macri et son fils Maurizio (alors âgé de 22 ans) conclurent une affaire avec Waste Management Inc pour créer une entreprise de ramassage d’ordures et de déchets solides, et ainsi moderniser Manliba (Mantenga Limpia Buenos Aires - Maintenez Propre Buenos Aires en esp), entreprise privatisée par la dictature militaire argentine et attribuée au Groupe Macri.

Les Macri ont été introduits par Giorgio Nocella dans le monde des affaires ítalo-new-yorkais. Pionnier des paradis de la jet set européenne en Méditerranée, Nocella était ami du patron de la Fiat, Giovanni Agnelli, membre de la sinistre loge maçonnique P2. Franco et Giorgio ont cultivé une amitié, en partageant des anniversaires, des affaires et des sociétés offshore, comme celles mises à jour, il y a peu, par l’affaire dite Panama papers et Bahama leaks

A son tour, le frère de Franco, Antonio a acheté aux associés de Nocella une demeure en Sardaigne, qui de temps en temps recevait la visite des gars de la Cosa Nostra, de Sofía Loren, Silvio Berlusconi, des hommes politiques, des cardinaux et des amis d’enfance du président Maurizio Macri, comme l’entrepreneur tout terrain, Nicolás Caputo et José Torello, tsar des casinos argentins.

Nocella a ouvert à Franco les portes du maire démocrate de New York, Edward Koch. Et Koch l’a mis en contact avec Trump : « Je viens de faire la connaissance d’un argentin qui a beaucoup de blé et de prétentions, you know… » Franco (50 ans) a appelé le jeune tigre à chevelure dorée (34), qui a dit à l’agneau : J’ai quelques petits terrains qui peut-être peuvent vous intéresser. Jusqu’à aujourd’hui, Trump ne peut pas croire que Macri ait acheté (cash !) sa partie de Lincoln West (65%), et au double de sa valeur : 150 millions de dollars.

Lors du deuxième voyage, pour impressionner, Macri a étoffé son équipe avec José Martínez de Hoz, ex-ministre de l’Économie du dictateur Videla, bien connu de Wall Street et de Nelson Rockefeller. Et de Juan Carlos Basile, ex-secrétaire de Logement de l’ex-présidente Isabelle Martinez de Perón, lié à la P2 et aux syndicats de la construction des mafias new-yorkaises.

L’équipe devait monter l’ingénierie financière pour obtenir un prêt de la Chase Manhattan Bank. Travail qui, étonnement, est resté dans les mains de Carlos Varsasky, un célèbre mathématicien argentin. Finalement, la mairie de Koch a approuvé le projet. Sauf que, pour octroyer le crédit, la Chase exigeait que l‘on ajoutât un entrepreneur reconnu. Qui serait ce ?... Vous avez deviné : Trump !

Cinq ans plus tard, après avoir déboursé des dizaines de millions dans des travaux publics et de difficiles formalités bureaucratiques (liées aux conditions requises pour autoriser la construction dans Lincoln West), et lutter contre le mafieux Club du Ciment (qui réglait des contrats et contrôlait les syndicats des travailleurs du ciment), Franco a jeté l’éponge. Et voilà qu’il a laissé Maurizio comme le représentant.

L’agneau ainé ayant disparu de la scène, le tigre s’est jeté sur l‘agneau junior : Je te rachète les petits terrains que j’ai vendus à ton papa, et dis-lui que je le remercie beaucoup pour ses efforts pour légaliser tout. Trump a repris Lincoln West, et Maurizio, perdu entre les discothèques et ses bringues (sa vraie vocation), a appelé Buenos Aires : Surprise, papa ! Donald nous a acheté Lincoln West pour 100 millions !

Franco fait un infarctus, mais a survécu (1985). Et le tigre s’est associé avec des investisseurs de Taiwan et de Pékin pour construire sur le terrain vague un complexe immobilier qui vaut aujourd’hui 3 milliards. Cependant : [je vous donne le lienMauricio Macri raconte sa version des choses [en esp].

Soit dit en passant : 32 directeurs du Waste Management Inc ont atterri en prison à cause de leurs liens avec Cosa Nostra, la famille Genovese notamment. Et en Italie, Antonio Macri a fait l’objet d’une enquête pour une triangulation et un contrat d’achat et de vente d’armement pour la guerre des Malouines (1982) quand il faisait partie d’une organisation qui récolté des fonds solidaires pour l’Argentine.

Cependant, à la fin des années 90, Abraham Hirschfeld est allé en prison pour avoir engagé un tueur à gages pour assassiner un associé. Et de là, il a aussi ordonné de tuer le juge qui suivait son dossier. No problem : deux ans au trou et voila. Cela étant, honneur à qui de droit : Hirschfeld a été le premier à proposer Donald Trump comme candidat à la présidence de ce grand pays du nord.

Biblio :
  • « El pibe ; negocios, intrigas y secretos de Mauricio Macri » (Planeta Buenos Aires, 2010), de Gabriela Cerruti ;
  • « Trump : « The Art of the Deal » », de Donald Trump y Tony Schwartz (Warner Bros, Nueva York, 1989),
  • « Trump Revealed », de Michael Kranish y Marc Fisher (Simon and Schuster, 2016).

José Steinsleger* pour La Jornada

* José Steinsleger Ecrivant et journaliste argentin. Editorialiste de La Jornada de México. Resident au Mexique.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, 15 décembre 2016.

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