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4 avril 2017

’Sinceramientos’ ou des lamentables aveux pathétiques des argentins macristes aux Pays Bas... José Pablo Feinmann

par José Pablo Feinmann *

 

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1.- Nous avons appris ces derniers jours qu’Anne Frank avait des rêves, qu’elle savait ce qu’elle voulait et écrivait sur cela. Nous avons aussi su que ses rêves sont restés inachevé. Qu’une autorité qui n’a pas été capable d’unir et de porter la paix dans un monde intolérant fut celui qui a fauché les rêves de cette petite fille. Ces jugements (célèbres ces jours-ci) ont indigné un remarquable écrivain argentin dont je me souvenais comme assistant de La Biela et chroniqueur de La Nacion [grand quotidien oligarchico/conservateur argentin]. Mais non. Son indignation l’a amené à se trouver dans une position inconfortable, être contre le macrisme et écrire dans ce quotidien. C’était une grande joie de le lire. Il a, Rodolfo Rabanal, une prose impeccable, exquise. Le texte traite de la légèreté qui masque l’horreur. L’horreur est le nazisme, la légèreté est celle du ministre de l’éducation de ce gouvernement. Définir le nazisme comme une autorité qui n’a pas été capable d’unir est une légèreté. Une ingénuité peut-être. Une connaissance profonde du nazisme. Parce qu’Hitler a toujours voulu unir, unir toute Europe sous son commandement et ensuite suite l’Union soviétique. C’était la recherche de cette unité si expansive qui l’a mené à l’échec. Mais il n’a jamais cherché ni paix, ni tolérance. Qu’est-ce que le ministre a voulu dire ? Bien que le monde vire à droite, bien que le ministre appartienne à un gouvernement de cette tendance, s’il sait qu’on ne peut pas bien être compréhensif avec Hitler : pourquoi alors l’a-t-il été ? Rappelons-nous d’une scène du Dr. Folamour , film de Stanley Kubrick des années soixante. Le Dr. Folamour est un grand homme de science allemand qui travaille pour les Usaméricains pendant la Guerre Froide, Peter Sellers le joue et il le joue très bien. Cet homme de science retient son bras droit, lui empêche de faire un mouvement qui lutte pour se montrer. A un moment donné ce bras lui échappe et fait le salut nazi. serait-il arrivé quelque chose de semblable au ministre ? A lui sans doute cela ne lui importe pas. Est-ce que cela importe à ce gouvernement ce que produisent ses actes ?

L’origine élitiste est exhibée avec fierté et arrogance. Ainsi, le président de la Banque de la Nation a non seulement dit que les manifestants du 24 mars [date de commémoration contre la Dictature] marchaient derrière le choripán [sandwich populaire argentin -saucisse dans un pain] mais qui les a vu sortir de ses terres. Alors il nous reste qu’à saluer cet économiste et à aussi l’envier pour sa condition de propriétaire terrien. Pourquoi a-t-il dit campo ? : pour nous dire qu’il a des terres ou son bras lui a échappé comme au Dr. follamour ? A-t-il acheté ces terres ou en a t il hérité ? L’oligarchie hérite des terres. Les bourgeois qui réussissent les achètent.

2.- Les pistolets à laser figurent parmi les projets les plus solides de la ministre de la sécurité, il est vrai, que durant les années soixante dix elle jetait des pierres sur la police. Maintenant elle arme la police pour qu’elle foudroient les dissidents avec des rayons électriques. Les pistolets à rayons ont une longue persistance dans la fiction. Flash Gordon en utilisait un pour lutter contre le malfrat Ming de la planète Mongo. Misterix avait une pile atomique. Depuis sa ceinture, il tirait. Les martiens de Mars Ataca avaient quelques mitraillettes sophistiquées qui lancaient des rayons. Seul le squelette de l’irradié restait. Qu’est que pouvons nous attendre des pistolets à laser de l’Argentine ?, qu’ils effraient ces révoltés qui abondent dans les rues de Buenos Aires ? Les mobilisations importent-elles au gouvernement ? Nous pensons que cela doit produire quelque gêne, mais ça ne leur importe pas. « Qu’ils protestent, nous continuons ». Le repentir est toujours à portée de main. De toute façon, cela ne coute rien de se repentir de quelque chose ou de reconnaître une erreur. Ils se croient invulnérables, c’est le pouvoir. Ils ont l’argent, les médias nationaux et le pouvoir parlementaire qui grandit de plus en plus par les négociateurs qui s’approchent pour entretenir avec ces croisés du néolibéralisme. Sont ils ingénus ou est ce que rien ne leur importe ?

3.- Pour une mobilisation contre le coup d’Etat de 1976, cela ne se fait pas pour un choripán, mais pour des convictions profondes, à cause de douleurs lancinantes, d’absences qui ne reviendront jamais. La mère (ou le père) d’un disparu l’attend toutes les nuits. S’il entend des pas, ce sont ceux de lui ou ceux d’elle. Voici l’un des points qui réfute « la théorie des deux démons ». Les parents des morts par les organisations armées ont eu les corps. Ils ont pu les veiller, leur donner sépulture, ils ont un lieu où prier. Les disparus, ne les ont pas. On les attendra toujours. Il n’y a pas d’endroit où prier pour eux, où mettre un bouquet de fleurs.

Les mobilisations de mars dernier apportent une bonne nouvelle. Loin d’y aller à cause d’un choripán, tous vont derrière des projets. La mémoire, la vérité, la justice, l’éducation, le salaire, la liberté des détenus politiques. Quand le nombre est d’une telle importance et la coïncidence des valeurs s’affirme, ceci se transforme en force. Le pas de la quantité à la qualité. Cette qualité est une conquête sociale. Pour le moment, n’apparaît pas encore de leadership solide, il faudra les construire. Perón a construit le sien depuis le Secrétariat de Travail. Est-ce que les manèges de Buenos Aires seront le chemin, pas seulement de la manifestation mais de la création de nouveaux leaderships.

Página 12. Buenos Aires, le 2 avril 2017.

Titre original : « Sinceramientos »

* José Pablo Feinmann filósofo argentino, docente, escritor, ensayista, guionista y conductor de programas culturales sobre Filosofía.
* José Pablo Feinmann philosophe argentin, professeur, écrivain, essayiste, scénariste et auteur-animateur d’émissions culturelles sur la philosophie.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 4 avril 2017

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