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13 octobre 2015

Robert Parry : Le pouvoir des mythes

par Robert Parry *

 

La Communication stratégique, ou Stratcom, est une technique de propagande, de manipulation psychologique qui traite l’information comme un outil de soft power [pouvoir exercé de manière douce, donc non conscient pour celui qui le subit, NdT] et même comme une arme dirigée contre ses adversaires. Tel est le nouveau cri de ralliement d’un Washington hypnotisé par le pouvoir qui émane de la création de narratives [Nous reprendrons le terme anglais narrative dans son sens d’histoire créée pour donner une vision déformée de la situation sur le terrain, NdT].

Dans cette époque où les médias sont omniprésents, la première méthode de contrôle social est la création de narratives livrées au public par les journaux, la télé, la radio, les ordinateurs, les cellulaires et tout gadget électronique pouvant relayer une information. Cela a donc entrainé une véritable obsession, pour l’élite au pouvoir, de contrôler autant que possible cette information.

Ainsi, en ce qui concerne les relations internationales des États Unis, nous voyons le Département d’État, la Maison Blanche, le Pentagone, l’Otan et d’autres agences mettre en avant différentes narratives pour suggérer au peuple américain, ainsi qu’aux autres peuples, la manière dont ils doivent percevoir la stratégie américaine, contre ses rivaux et envers ses alliés. Le mot branché pour désigner cette pratique est communication stratégique ou Stratcom, mélangeant opérations psychologique, propagande et relations publique en un cocktail de persuasion.

J’observe ce processus depuis le début des années 1980, moment où l’administration Reagan cherchait à contrebalancer le syndrome vietnamien, qui se traduisait par une aversion publique pour les interventions militaires à l’étranger, conséquence de la guerre du Vietnam. Pour pousser les Américains à se débarrasser de ce syndrome, les équipes de Reagan ont développé des thèmes à propos d’évènements outre-mer pouvant déclencher une ferveur américaine.

S’inspirant des expériences de psy-ops [opérations de manipulation psychologique de masse, NdT] de la CIA, alors dirigées contre un public étranger, le président Reagan et le directeur de la CIA William Casey ont mis en place, au sein de la Maison Blanche, une équipe dirigée par un spécialiste de propagande de la CIA, Walter Raymond Jr.

Depuis sa nouvelle position au National Security Council, Raymond supervisait une équipe chargée de vendre les politiques interventionnistes en Amérique centrale et dans d’autres points chauds de la planète. Le truc, comme l’explique Raymond dans des mémos à son personnel, est de coller une étiquette bien noire sur ses adversaires et une étiquette bien blanche sur ses alliés, quelle que soit la réalité sur le terrain.

Le fait que de nombreux groupes armés soutenus par les États-Unis, des Contras du Nicaragua aux militaires guatémaltèques, n’étaient guère plus que des escadrons de la mort ne pouvait être vrai, en tous cas selon la doctrine psy-op. Ils devaient être présentés au public américain avec une étiquette blanche. Ainsi, les Contras devinrent les équivalents moraux de nos pères fondateurs et les accusations de violations des droits de l’homme contre le criminel dirigeant du Guatemala, Efrain Rios Montt, furent présentés comme de la diffamation par l’équipe du président Reagan.

Un autre truc était que quiconque, un journaliste, un activiste des droits de l’homme ou un enquêteur du Congrès, contredisait l’étiquette blanche des alliés devait être discrédité, marginalisé ou même détruit, et cela devint une habitude de tuer tout messager honnête.

Mais, finalement, la tactique principale de cette propagande fut de coller des étiquettes noires sur les adversaires. Comme la plupart des dirigeants étrangers avaient de sérieuses failles, il s’est avéré plus facile de les discréditer, pour transformer le peuple américain en un peuple avide de guerre, que d’essayer de le convaincre que les dirigeants alliés à Washington étaient des parangons de vertu.

Une étiquette qui vous colle à la peau

Une fois l’étiquette noire bien collée sur le front d’un dirigeant étranger, vous pouviez dire ce que vous vouliez à son propos et discréditer tout Américain pouvant remettre en question cette assertion extrême en le traitant d’apologiste de dictateur, de complice de tyran, ou tout autre qualificatif pouvant discréditer celui voulant remettre en question la narrative, et le placer ainsi d’entrée en dehors des limites d’un débat acceptable.

Étant donné l’ambiance de conformisme carriériste régnant à Washington, tout le monde est rentré dans le rang, mêmes les journaux et les ONG. Si vous désiriez conserver votre respectabilité et votre influence, vous deviez acquiescer à la sagesse conventionnelle. Ainsi, pour chaque controverse concernant la politique étrangère, nous avions une pensée conformiste concernant le nouvel ennemi. Les limites établies pour chaque débat étaient décidées essentiellement par les néoconservateurs (néocons) et leurs équivalents libéraux interventionnistes.

Que cette conformité n’ait pas profité aux intérêts du pays est une évidence. Prenez, par exemple, la désastreuse guerre d’Irak qui a couté aux contribuables environ mille milliards de dollars, entrainé la mort de 4 500 soldats usaméricains, tué des centaines de milliers d’irakiens, provoqué le chaos dans un Moyen-Orient pourtant stratégique et même jusqu’en Europe.

La majorité des Usaméricains sont d’accord sur le fait que la guerre d’Irak n’en valait pas le coût. Mais il s’avère que ce catastrophique conformisme de pensée washingtonien ne disparait pas comme il le devrait. Comme un virus mutant, il change de forme pour s’adapter aux nouvelles conditions extérieures et survivre sous sa nouvelle forme.

Et donc, quand le public a commencé à s’apercevoir de l’échec de la guerre d’Irak, les faucons néocons/interventionnistes libéraux sont réapparus avec une nouvelle histoire pour dissimuler leur stratégie foireuse en Irak, celle du successful surge (assaut réussi), l’envoi de 30 000 militaires supplémentaires dans la bataille. Cette histoire était aussi bidon que celle des armes de destruction massive mais elle fut adoptée comme le scénario d’un nouveau conformisme de pensée en 2007 – 2008.

Ce successful surge était un mythe en partie à cause du fait que beaucoup de ses réussites étaient antérieures à l’assaut. Le fait de rémunérer les sunnites pour qu’ils cessent de tirer sur les américains et le meurtre du dirigeant d’Al-Qaida en Irak, Abu Musad al-Zarqawi, se sont passés en 2006, bien avant que l’assaut ne commence. Et son objectif principal, qui était d’arrêter les conflits sectaires entre sunnites et chiites, ne fut jamais atteint.

Puis Washington a emballé cet assaut dans un sanguinolent drapeau, celui d’honorer les troupes que l’on a félicitées d’avoir finalement réussi à diminuer le niveau de violence en Irak grâce a cette héroïque stratégie de l’assaut, comme le président Bush l’avait ordonné, conseillé par les néocons. Et quiconque remarquait les failles de cette histoire était mis à l’index pour manque de respect aux troupes.

Pourtant, ironie cruelle de l’histoire, les pontes néocons qui ont fait la promotion de la guerre d’Irak et caché leur échec en vantant ce successful surge n’en ont rien à faire des troupes qui, pour la plupart, viennent des basses classes sociales et qui ne sont qu’abstraction pour les experts bien habillés et bien payés qui peuplent les groupes de réflexion et remplissent les médias de leurs analyses.

Confortablement retranchés derrière leur mythe du successful surge, les partisans de la guerre d’Irak ont échappé à toute responsabilité pour le chaos et le bain de sang qu’ils ont aidé à provoquer. Et donc, les mêmes malins étaient en place sous la présidence Obama, prêts à promouvoir de nouvelles narratives interventionnistes en collant de nouvelles étiquettes bien noires sur de nouveaux ou anciens ennemis tels que Kadhafi, Assad et même Poutine.

Provoquer le chaos

En 2011, sous la menée cette fois des interventionnistes libéraux comme Hillary Clinton ou Samantha Power, les militaires américains et quelques uns de leurs alliés de l’Otan s’en prirent à la Libye, se moquant des avertissements de Kadhafi disant que son pays était menacé par les terroristes islamistes. Ce n’est que lorsque l’armée de Kadhafi fut complètement détruite par les bombardements occidentaux (et que lui-même fut torturé et tué) qu’il devint évident qu’il n’avait pas tout à fait tort au sujet des extrémistes islamistes.

Les djihadistes se sont emparé de larges pans du territoire libyen, ont tué l’ambassadeur américain et trois membres du personnel diplomatique à Benghazi et forcé la fermeture des ambassades américaines et occidentales à Tripoli. Pour impressionner un peu plus, des terroristes d’État islamique ont forcé des chrétiens coptes à s’agenouiller sur une plage de Libye avant de les décapiter.

A cause de cette anarchie régnante, la Libye est un des points d’origine des centaines de milliers de migrants essayant d’atteindre l’Europe en bateau. Des milliers se sont noyés au cours du trajet. Mais, encore une fois, les dirigeants interventionnistes n’ont eu aucun compte à rendre. Clinton est aux premières loges démocrates pour la présidentielle et Power est maintenant ambassadrice américaine aux Nations Unies.

De même, en 2011, la Syrie a connu un soulèvement populaire contre le régime séculaire du président Assad pour lequel les reportages utilisaient les mêmes systèmes d’étiquettes : bien blanches pour l’opposition et bien noires pour le gouvernement. Pourtant, même si beaucoup de manifestants semblaient bien intentionné dans leur opposition à Assad, des terroristes sunnites s’étaient infiltrés dès le début des manifestations.

Cette réalité moins manichéenne fut complètement ignorée par la presse occidentale qui a unanimement blâmé le gouvernement lorsqu’il a riposté contre les forces de l’opposition qui commençaient à tuer policiers et soldats. L’Occident continue à représenter l’action du gouvernement syrien comme une attaque non provoquée contre des manifestants pacifiques. (Voir Les origines cachées de la guerre civile syrienne)

Cette nouvelle narrative a entrainé l’armée américaine au bord d’une autre intervention, le 21 août 2013, lorsqu’une mystérieuse attaque au gaz sarin a tué des centaines de personnes dans une banlieue de Damas. Les néocons de Washington et les pro-interventionnistes du Département d’État ont immédiatement accusé les forces d’Assad pour cette atrocité et demandé une campagne de bombardement.

Pourtant, quelques analystes des renseignements américains ont suspecté une provocation sous fausse bannière faite par les islamistes pour que l’armée de l’air américaine détruise l’armée d’Assad pour leur compte. A la dernière minute, le président Obama a effectué un virage pour éviter ce piège et, avec l’aide du président Poutine, a obtenu que Assad livre toutes ses armes chimiques. Ce dernier continue à nier tout rôle dans cette attaque au sarin. (Voir L’affaire du sarin syrien s’écroule)

Contrariés par l’Iran

Poutine a aidé Obama sur un autre front, face à un autre ennemi diabolisé, l’Iran. Fin 2013, les deux dirigeants ont collaboré pour pousser l’Iran à faire des concessions importantes sur son programme nucléaire, ouvrant la voie à des négociations qui ont finalement abouti à de stricts contrôles internationaux.

Ces initiatives diplomatiques ont alarmé les néocons et leurs amis israéliens d’extrême-droite. Depuis le milieu des années 1990 les néocons ont travaillé en étroite collaboration avec le premier ministre Benjamin Netanyahou pour provoquer des changements de régime dans les pays considérés comme problématiques pour Israël, tels que l’Irak, la Syrie et l’Iran en tète de liste.

Mais Poutine a bousculé cet agenda en empêchant la campagne de bombardements américaine contre la Syrie et l’Iran, ce qui fut considéré comme une menace pour la stratégie des néocons/israéliens. Ils craignaient aussi que la collaboration Obama – Poutine fasse pression sur Israël pour reconnaitre un État palestinien. Cette collaboration devait donc être détruite.

Et cette destruction eut lieu début 2014 quand un coup d’État orchestré par les néocons renversa le président ukrainien Victor Ianoukovitch et le remplaça par un régime totalement antirusse, intégrant des néonazi, des ultranationalistes et des extrémistes du marché libre.

L’Ukraine était dans la ligne de mire néocon depuis au moins septembre 2013, juste après que Poutine évite que la Syrie soit bombardée. Le néocon Carl Gershman, président de la N.E.D. (la National Endowment for Democracy, financée par le gouvernement), a écrit une analyse pour le Washington Post présentant l’Ukraine comme le plus gros lot et une base essentielle pour un changement de régime à Moscou, c’est-à-dire pour faire sauter Poutine l’enquiquineur.

L’article de Gershman fut suivi d’autres écrits par des néocons notoires comme le sénateur John McCain et la secrétaire d’État Victoria Nuland, poussant à de violentes manifestations au cours desquelles la police fut maltraitée. Mais le département d’État et les médias n’en collèrent pas moins des étiquettes blanches sur les manifestants et des noires sur la police et le gouvernement.

Puis, le 20 février 2014, une mystérieuse attaque de snipers tua à la fois des policiers et des manifestants, entrainant plus de violences et la mort de dizaines de gens. Le gouvernement américain et la presse accusèrent Ianoukovitch et, malgré l’accord du 21 février pour des élections anticipées, les forces d’autodéfense du Maidan, menées par des néonazis, s’emparèrent des bâtiments gouvernementaux et y installèrent un nouveau régime, immédiatement reconnu comme légitime par le département d’État.

Même si l’on a jamais su qui était derrière cette attaque de snipers, car le nouveau gouvernement a montré peu d’empressement à tirer cela au clair, quelques enquêtes indépendantes coïncidaient pour montrer une provocation par des tireurs ultra nationalistes qui, en visant à la fois la police et les manifestants, espéraient faire monter la pression et accuser Ianoukovitch, ce qui est exactement ce qui s’est passé.

Les reportages faits sur place, dont un de la BBC, montre que les snipers étaient plutôt du coté de la mouvance du Maidan que de celui du gouvernement Ianoukovitch. (Un autre document intéressant sur ce mystérieux massacre du Maidan.)

Des articles de presse biaisés

Là encore, pendant le coup d’État ukrainien, le New York Times et les autres médias de masse ont joué le même rôle qu’au moment de la guerre d’Irak en diffusant des histoires fausses ou déformées. En 2014, la presse américaine ne semblait déjà plus capable d’interrompre son incessant rôle de propagandiste.

Et donc, après le renversement de Ianoukovitch, quand les ethnies russes de Crimée et d’Ukraine orientale se soulevèrent contre le mouvement antirusse de Kiev, le seul scénario possible pour les médias américains fut d’incriminer Poutine pour cette résistance. Cela ne pouvait donc qu’être une agression russe ou même une invasion russe.

Comme le référendum de Crimée fut largement en faveur d’une sécession avec l’Ukraine pour rejoindre la Russie, les médias ont considéré ce résultat, 96% de oui, comme un trucage provoqué par la menace des fusils russes. De même, la résistance en Ukraine orientale ne pouvait pas être le résultat d’un sentiment populaire et ne pouvait être due qu’à une manipulation des masses par la propagande russe.

Pendant ce temps, les preuves de la manipulation américaine, comme l’interception d’un coup de fil entre Victoria Nuland et l’ambassadeur usaméricain en Ukraine Geoffrey Pyatt sur comment arranger le coup, qui installer au nouveau gouvernement (Yats est notre homme), disparurent dans un trou de mémoire, car gênant trop la narrative en place. (Voir Le NYT prétend toujours qu’il n’y pas eu de coup d’État en Ukraine).

Quand, le 17 juillet 2014, le vol MH 17 de la Malaysia Airlines volant au dessus de l’Ukraine orientale fut descendu, la machine à accuser fut immédiatement mise en route, accusant Poutine et les rebelles du Donbass. Mais il n’a pas échappé à quelques analystes américains que les preuves pointaient dans une autre direction, vers quelques éléments incontrôlables du régime ukrainien.

De nouveau, les médias de masse n’ont fait preuve d’aucun scepticisme envers la version officielle accusant Poutine, même si les gouvernements occidentaux ont refusé de rendre publique toute preuve soutenant la thèse accusant Poutine, et qu’il en est toujours ainsi plus d’un an après ces évènements. (Voir Le mystère MH17, un nouveau Golfe du Tonkin).

On retrouve toujours ce même schéma, une fois que la propagande atteint un ennemi des néocons/faucons libéraux, le fait qu’aucune preuve ne soit jamais produite n’est pas considéré comme suspect, tout au moins pour les médias de masse qui s’en tiennent à répéter en boucle la même narrative, que ce soit contre Poutine pour le MH17, Ianoukovitch pour l’attaque de snipers, ou Assad pour l’attaque au gaz sarin.

En guise de scepticisme, c’est plutôt le même conformisme de pensée que l’on rencontre, aucune leçon n’ayant été tirée du désastre de la guerre d’Irak car aucun dirigeant n’a été mis face à ses responsabilités.

La répression par Obama

Pourtant, même si on peut blâmer la presse US pour son incapacité à enquêter sur des sujets sensibles de manières indépendantes, cela ne doit pas nous faire oublier que c’est le président Obama et son administration qui furent la force motrice de cette manipulation du public durant les six années précédentes. A la place du gouvernement transparent qu’il nous avait promis, il a dirigé l’administration la plus opaque, voir la plus secrète de l’histoire usaméricaine.

Il a non seulement refusé de rendre publiques les preuves concernant ces crises internationales mais il a poursuivi en justice plus de lanceurs d’alerte que tous les présidents précédents réunis.

Cette répression, contre Manning emprisonné pour 35 ans ou contre Snowden en exil forcé, a intimidé les actuels analystes du renseignement qui en connaissent pourtant un rayon sur la manipulation du public mais n’osent pas parler aux journalistes par peur.

La plupart des informations fuitées [livrées par un officiel sous couvert de l’anonymat, NdT] que vous lisez dans les médias ont été approuvées par Obama ou ses principaux assistants pour servir leurs intérêts. En d’autres termes, ces fuites font partie de la propagande, faites pour sembler plus crédibles car provenant d’une source non identifiée plutôt que d’un porte-parole officiel du gouvernement.

Dans cette période finale de la présidence Obama, son administration semble droguée par le pouvoir du management de la perception avec ce nouveau terme à la mode, communication stratégique/Stratcom, qui mélange opération psychologique, propagande et relation publique pour en faire un breuvage narcotique.

La manipulation de l’information est vue comme une arme de puissance douce (soft power) efficace, par des personnages allant du général Philip Breedlove de l’Otan jusqu’au sous secrétaire pour la diplomatie publique du secrétariat d’État Richard Stengel. C’est une méthode pour isoler et abimer un ennemi, comme Poutine et la Russie.

Cette diabolisation de Poutine rend toute coopération entre Obama et lui difficile à propos de la récente intervention militaire russe en Syrie, dans un effort pour empêcher une victoire d’EI et d’al-Qaida. Alors que l’on pouvait s’attendre à ce que l’aide russe pour combattre le terrorisme soit bien accueillie, le bureau de Nuland au Département d’État y a répondu par une étrange et futile tentative d’empêcher l’aide russe de survoler l’Europe de l’Est pour atteindre la Syrie [en faisant pression sur la Bulgarie et la Grèce pour interdire leur espace aérien aux avions russes, NdT].

Il semble donc que Nuland et les autres néocons préfèrent voir le drapeau noir du terrorisme sunnite flotter sur Damas plutôt que de travailler avec Poutine pour empêcher une telle catastrophe. L’hystérie à propos de l’aide russe à la Syrie est un cas d’école montrant comment ces gens croient en leur propre propagande et comment celle ci les entraîne à prendre de déplorables décisions.

Ce mardi, la Maison Blanche est encore tombée plus bas avec son porte-parole, Josh Earnest, décrivant Poutine comme cherchant désespérément à obtenir un rendez-vous avec Obama. Puis Earnest s’est moqué de l’apparence de Poutine en réunion avec Netanyahou à Moscou, en disant : « Le président Poutine prenait sa pose habituelle, une position pas très correcte, une veste déboutonnée et, en plus, les jambes bien écartées pour donner une image particulière ».

Mais les photos de la réunion montrent en fait que les deux hommes avaient leurs vestes ouvertes et les jambes écartées, au moins pendant un moment. Répondant aux insultes d’Earnest. les Russes ont nié que Poutine était désespéré dans l’attente d’une réunion avec Obama et précisé que l’administration Obama avait déjà proposé qu’une réunion se passe pendant l’assemblée générale des Nations Unis ce lundi.

« Nous ne refusons pas les rencontres que l’on nous propose », a précisé Yuri Ushakov, conseiller de Poutine sur la politique étrangère. « Nous voulons maintenir un dialogue constant aux plus hauts niveaux. »

Cependant, Washington semble peu conscient du fait que déformer, mentir et ridiculiser sans arrêt puisse dangereusement éroder la démocratie américaine et retirer le peu de confiance restant au public mondial pour les paroles du gouvernement. Il semble plutôt que Washington ait toute confiance en ses propagandistes expérimentés pour discréditer quiconque ose faire remarquer que si l’empire n’est pas encore totalement nu, il n’est enveloppé que d’un voile transparent de tromperies.

Robert Parry pour Consortiumnews

Consortiumnews. USA, le 28 septembre 2015

* Robert Parry, est un journaliste d’investigation, principalement connu pour la divulgation et le suivi de l’Affaire Iran-Contra pour l’Associated Press et Newsweek. Il est aussi l’auteur de « America’s Stolen Narrative : From Washington and Madison to Nixon, Reagan and the Bushes to Obama ».Consortiumnews,‎ 2012, 236 p. (ISBN 978-1893517059) et fondateur de Consortiumnews.com

Traduit de l’anglais pour le Saker Fr par : Wayan, relu par jj et Diane

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