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11 avril 2011

Pour Barrick Gold, l’or est plus important que l’eau des Andes

par Nicolas Simoncini

 

Les ressources naturelles sont l’objet de convoitises et valent bien parfois quelques sacrifices pour subvenir à la demande grandissante en matières premières. Le groupe aurifère canadien Barrick Gold, numéro un mondial du secteur, en est pleinement conscient. Dans les Andes, il n’hésite pas à exploiter des sites au risque d’endommager des glaciers…

A cheval sur les régions de San Juan en Argentine (30 %) et d’Atacama au Chili (70 %), le site de Pascua Lama est l’un des plus importants gisements d’or inexploités au monde. Selon Barrick Gold, qui possède le terrain depuis 1994, il contiendrait environ 17,8 millions d’onces d’or mais aussi 731 millions d’onces d’argent et 662 millions de livres de cuivre et devrait commencer à produire à partir 2013 pendant 25 ans pour un investissement total de 2,4 milliards de dollars. Or, la zone est entourée de 5 glaciers.

Des politiques au service de l’industrie minière

Initialement, la construction de la mine à ciel ouvert devait débuter en 2004. Le groupe aurifère avait proposé de découper en morceaux et de déplacer trois glaciers, Toro 1, Toro 2 et Esperanza (25,5 hectares), qui bloquaient son périmètre d’activité, avant de faire marche arrière sous la pression des critiques. Le principal problème aujourd’hui dénoncé, est que l’utilisation des produits d’extraction (cyanure, mercure, soufre, manganèse, cobalt…) endommagerait ces glaciers et contaminerait l’eau de la vallée et ses occupants.

Une probabilité rejetée par Barrick : « Il n’y aura pas d’impact significatif sur les consommateurs d’eau de la vallée, que ce soit en termes de qualité ou de quantité », peut-on lire sur le site internet officiel. Mieux encore, le géant minier promet une dynamique d’emploi non-négligeable pour la région : 5500 postes créés durant la construction des infrastructures et 1600 personnes embauchées pour la durée de vie effective de la mine. Des déclarations sur lesquelles s’était appuyée en 2008 la présidente argentine, Cristina Fernandez de Kirchner, pour mettre son véto sur une loi de protection des glaciers adoptée par le Congrès ; loi qui limitait l’exploitation minière et pétrolière dans les zones protégées. Cette décision avait permis à Barrick Gold d’entamer les travaux en 2009.

Cependant, le 30 septembre 2010 le Sénat a voté une nouvelle loi de protection des glaciers (Ley de Presupuestos Mínimos para la Preservación de los Glaciares y del Ambiente Periglacial – n°26.639). La présidente n’a pas mis son véto cette fois-ci. A quelques mois des élections, il aurait été risqué de susciter une polémique. Barrick a estimé alors qu’il pouvait « continuer normalement ses activités » après l’adoption de la loi. « Barrick n’a pas d’activités minières dans les glaciers et a déjà établi une grande série de mesures pour les protéger, ainsi que d’autres zones sensibles du point de vue de l’environnement tels que la mine de Veladero [1] et le projet Pascua Lama » avait indiqué le vice-président de la compagnie, Rod Jimenez.

Or, dans la province de San Juan, où se situe une partie de la mine, la justice fédérale a suspendu en décembre 2010, à la demande du gouverneur de la province José Luis Gioja, plusieurs articles de la loi, la jugeant inconstitutionnelle. Barrick Gold ayant aussi déposé une plainte. Et le 23 février dernier, la directrice de Greenpeace Argentine, Eugenia Testa, ainsi qu’une cinquantaine de membres, ont été arrêtés par la police, accusés d’avoir entravé le transport public suite au blocage de l’accès aux mines. Greenpeace demandant que Barrick cesse d’empêcher l’application de la loi de protection des glaciers. « S’ils sont tellement sûrs que leurs activités ne portent pas atteinte aux glaciers, pourquoi multiplient-t-il les recours ? », avait alors déclaré à l’AFP Juan Carlos Villalonga, directeur des campagnes de Greenpeace.

Conséquences irréversibles et pratiques douteuses

Que cette loi soit appliquée ou pas, la zone a déjà été affectée par l’activité minière : selon la Direction générale des eaux du gouvernement du Chili, les glaciers Toro 1, Toro 2 et Esperanza ont déjà connu une diminution de 50 à 70% de leur volume entre 1981 et 2000 et le glacier Conconta du côté argentin a été détruit. La compagnie minière a tenté d’incriminer le réchauffement climatique global mais ses affirmations ont été réfutées [2]. De plus, les conditions de travail à Pascua Lama sont extrêmement suspectes : jusqu’en 2004, plus de cinquante personnes sont décédées dans d’obscures circonstances [3]. Les droits de la communauté indigène Diaguita au Chili ont aussi été bafoués, malgré la loi de protection des Indigènes [4] en vigueur dans le pays : en 1996, le groupe aurifère a fait l’acquisition de terrains ancestraux puis leur en a interdit le passage.

Barrick Gold est impliquée dans d’autres sombres histoires autour de ses mines au Pérou, en Tanzanie, en Australie, aux Philippines et en Papouasie Nouvelle-Guinée. Après avoir poursuivi en justice les auteurs du livre Noir Canada, qui dénonce les pratiques douteuses des compagnies minières canadiennes en Afrique, Barrick a empêché par ses menaces la publication l’année dernière de Imperial Canada Inc. : Legal Haven of Choice for the World’s Mining Industries. Ce livre devait révéler la complicité de l’Etat du Canada dans les agissements de l’industrie minière, notamment le fait que les compagnies bénéficient de largesses juridiques et de subventions fédérales. En 2010, Barrick Gold a dégagé un bénéfice net record de près de 3,3 milliards de dollars. Du jamais vu.

- Sources : Greenpeace, Le Devoir, Barrick Gold, AFP, Radio Canada, Le Journal de l’environnement, « Los secretos sucios de Barrick » (Corpwatch), « Proyecto Pascua Lama » (Observatorio Latinoamericano de asuntos ambientales).

Notes

[1Veladero : mine détenue par Barrick Gold directement au sud de Pascua Lama.

[2« La otra verdad inconveniente : La visita de Al Gore a Chile financiada por Barrick Gold », Observatorio Latinoamericano de Conflictos Ambientales (OLCA), Marzo 30, 2007. (« The other inconvenient truth : Al Gore’s visit to Chile financed by Barrick Gold »

[3Pardo, Javier : Explotación Minera en San Juan. www.eco-sitio.com.ar

[4«  Ley sobre Protección, Fomento y Desarrollo de los Indígenas » del Ministerio de Planificación y Cooperación- Ley 19.253 de 1993.

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