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25 janvier 2013

Marines US et la « Guerre contre la Drogue » au Guatemala

Stratégies d’une Nouvelle Guerre froide

par Dawn Paley *

 

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Les nouvelles tombe aux États-Unis pendant les jours paresseux d’été de fin août : 200 Marines US sont stationnés au Guatemala dans le cadre de la « Guerre contre la drogue ». [1] Le déploiement de troupes de combat US au Guatemala fait partie de l’ « Opération Martillo (Marteau) », plan militaire qui veut interrompre les routes du trafic de cocaïne qui traversent l’Amérique Centrale depuis la Colombie vers les États-Unis d’Amérique.

Le combat contre le crime organisé et le trafic de drogue est la justification la plus récente des incursions US au Guatemala, servant aussi à justifier l’activité croissante de l’armée guatémaltèque partout dans le pays. Cette militarisation survient dans les régions où il y a une lutte sociale dure et des conflits liés à la terre compte tenu des projets d’extraction des ressources à grande échelle, telles que les industries minières et les industries du pétrole. En plus, les communautés qui s’opposent au déplacement de population et aux industries extractives ont été salis par des accusations selon les quelles elles sont impliquées dans le crime organisé ; dans certains cas, des villages entiers de paysans ont été même étiquetés comme « narco-communautés ».

« Nous avons le sentiment que [la lutte contre le trafic de drogue] est un prétexte pour revenir au niveau du déploiement militaire qui existait pendant le conflit armé, qui a débouché sur un vrai génocide », a dit Iduvina Hernandez Batres, de l’ONG basée dans à Ciudad de Guatemala Seguridad y Démocracia (Sedem). L’armée guatémaltèque, qui est toujours inéligible pour recevoir officiellement l’assistance militaire US, fut responsable de la grande majorité des 200 000 morts et des 50 000 disparus pendant le conflit armé intérieur, qui a pris fin officiellement en 1996.

L’armée guatémaltèque a été appelée « pour mettre fin aux menaces externes et contribuer à neutraliser des groupes armés illégaux par la force militaire », affirme le Président guatémaltèque Otto Pérez Molina le lendemain de son entrée en fonction en janvier de 2012. [2] Pérez Molina, ancien Général et chef du Renseignement militaire, a aussi promis d’augmenter le budget militaire. Jusqu’ici, il a tenu sa promesse. Selon le Plaza Publica, un journal d’investigation guatémaltèque, le budget de dépenses pour l’équipement militaire et de sécurité en 2013 à lui seul dépassera toutes les dépenses entre 2004 et 2012. [3]

L’arrivée de Marines US au Guatemala représente plus qu’une manœuvre militaire pour interrompre le trafic de drogue. Cela démontre que dans les pays alliés comme le Guatemala, les Etats-Unis peuvent piloter une invasion militaire sous le discours de la Guerre contre la drogue avec peu de bruit ou critique. Le déploiement des troupes US au Guatemala est sans doute l’exemple le plus criant d’une stratégie de contournement sur laquelle l’Etat Major Militaire US parie pour développer et exercer son contrôle dans l’hémisphère, le tout dans un cadre international de démocratie formelle, de droit et d’ordre. « Les défis de sécurité sur cette hémisphère qui comptent ne proviennent plus principalement du conflit d’état – contre état, paramilitaires de droite, ou insurgés de gauche », explique la Déclaration des Etats-Unis de politique de Défense de l’Hémisphère Ouest, rédigée en octobre 2012 ». Les menaces d’aujourd’hui sur la paix régionale et la stabilité proviennent de la propagation de la drogue et d’autres formes de trafics illicites, gangs et terrorisme, dont les effets peuvent être exacerbés par les désastres naturels et l’inégalité d’opportunité économique ». [4]

Le Guatemala et l’Amérique Centrale dans l’ensemble, sont un terrain d’essai pour une répétition de la nouvelle stratégie de contrôle des militaires US, qui est appliquée de façon inégale à travers toute la zone. Ici, cela inclut la présence de troupes de combat –ce à quoi les Etats-Unis d’Amérique ne peuvent pas échapper au Mexique. Cela inclut aussi la participation de militaires du Canada, du Chili et de la Colombie comme formateurs pour les questions de sécurité régionale. [5]

Les événements au Guatemala surviennent dans un contexte d’escalade de la « Guerre contre la drogue » étasunienne au Mexique, qui a poussé le nombre de meurtres à 100 000 environ au cours des six dernières années, selon plusieurs estimations. [6]

Pendant que le Mexique fut un axe de fixation à l’attention des médias et du fonds d’antidrogues étasunien, ses voisins au sud ont déjà vu leur part d’action. Le déploiement de Marines étasuniens au Guatemala est venu juste deux mois après un massacre controversé de civils à Ahuas, au Honduras, quand les Etats-Unis ont soutenu une opération antidrogue qui a mal tourné. Selon les associations des droits de l’homme, les agents de l’administration Anti-drogue et la police hondurienne ont tiré depuis les hélicoptères du Département d’Etat tuant quatre indiens au nord-ouest du pays en mai. [7]

« Les avions qui furent utilisés dans cette opération étaient à ce moment-là pilotés par les officiers de l’armée « guatémaltèque », a dit Hernandez, du Sedem. « Plus tard, [l’Opération Martillo] est apparue publiquement au Guatemala, recevant son coup d’envoi officiel à mi-chemin de cette année, mais les opérations avaient déjà commencé. »

Selon les sources officielles, entre juillet et octobre, membres du corps des US Marines, Sud - la composante navale du commandement Sud étasunien — ont piloté des hélicoptères destinés imposer l’interdiction du trafic au Guatemala de Santa Elena à Petén et par avion de La Aurora à Guatemala City, Retalhuleu et Puerto San José, de même que coordonner avec la Marine guatémaltèque à Puerto Quetzal, sur la Côte Pacifique. [8] Il semble aussi que cela est largement passé inaperçu dans la nation centraméricaine. Rares les étaient cercles de recherche sur les questions militaires et de sécurité avertis des détails de l’accord entre l’Ambassade étasunienne et le Ministère des Relations Étrangères du Guatemala.

Nineth Montenegro, second vice-présidente du congrès du Guatemala, a déclaré à Toward Freedom qu’elle a découvert les opérations par les articles dans le journal

« Il n’y a eu aucune discussion au congrès. C’était un accord [fait par l’exécutif] que le président a approuvé », a dit Montenegro. « Certains croient ici qu’il y a eu une violation, parce que le pouvoir législatif est indépendant et c’est le seul [le pouvoir] qui peut autoriser l’arrivée de troupes de soutien ou militaires. L’accord n’est jamais passé devant le congrès. »

Un Accord tranquille

Au lieu de passer par les voies constitutionnelles, le 16 juillet 2012, l’Ambassade étasunienne au Guatemala a fourni une note verbale au Ministre des Relations Étrangères, proposant les conditions de régularisation du personnel de défense étasunien au Guatemala. La note de l’Ambassade, qui a été plus tard transcrite et publiée dans la Gazette du Congrès du Guatemala, fait référence aux militaires et aux accords de coopération dans l’aviation signés entre les deux pays en 1949, 1954 et 1955. [9] Un des documents référencés dans l’accord a été signé par Castillo Armas, dictateur militaire qui a pris le pouvoir après que les Etats-Unis ont soutenu le coup contre Président Jacobo Arbenz en 1954. De telles références précisent que les éléments juridiques permettant à ce jour l’engagement militaire étasunien au Guatemala, ont été créés à la suite du coup en 1954 et ont été maintenus depuis.

Le jour suivant la réception de la demande de l’Ambassade étasunienne, le gouvernement guatémaltèque a répondu par l’affirmative. Toward Freedom a obtenu l’échange des notes entre les Etats-Unis et le Guatemala qui a légalisé la présence de troupes étasuniennes et des sociétés de sécurité privées engagées par le Ministère de la défense étasunien au Guatemala depuis 120 jours, à partir du 17 juillet. [10]

L’accord permet au personnel étasunien de porter des armes, importer et exporter des marchandises sans inspection ou sans être taxé par le gouvernement guatémaltèque, de se déplacer librement dans, hors et à travers tout le pays sans l’interférence du gouvernement Guatémaltèque et d’utiliser librement et sans limites les fréquences radio. [11] L’immunité judiciaire est accordée aux soldats étasuniens et membres des sociétés, au Guatemala pour des faits ayant entrainés la blessure ou la mort de civils ou de personnel militaire lors d’opérations.

Selon les membres de la Marine des Etats-Unis, leur mission au Guatemala, mené par le Groupement Interagence « Task Force South out of Key West, Floride » représente un retour en arrière vers ce que l’organisation faisait traditionnellement.

« Pendant des décennies, le Corps des Marines a soutenu l’engagement en Amérique du Sud et Centrale avec l’intention de construire un partenariat et d’améliorer l’interopérabilité », a écrit Capitaine Greg Wolf sur le site Internet officiel du Corps des Marines. « Ces dernières années, les guerres en Irak et en Afghanistan ont réduit un peu cet engagement. Les Marines du Détachement Martillo ont apprécié l’occasion de faire équipe avec les autorités guatémaltèques et de resserrer les liens dans la région ». [12]

Selon Greg Grandin, professeur d’histoire de l’université de New York, dont le livre « Empire’s Workshop : Latin America, the United States, and the Rise of the New Empire » explique le glissement des militaires étasuniens du Viêt Nam et de l’Asie du Sud vers l’Amérique Centrale à la fin des années 1970, le discours des militaires étasuniens aujourd’hui masque une tentative continue de contrôler des armées locales et la police.

« Nous avons parcouru un long chemin depuis le langage ferme de la guerre froide — qui a salué les escadrons de la mort latinoaméricains et les dictateurs comme ‘les combattants de liberté’ sur la ligne de front d’une croisade anticommuniste globale –jusqu’au bavardage anodin de « construire une capacité de partenariats et d’améliorer l’interopérabilité » a noté Grandin dans un courrier électronique à Toward Feredom. « Mais fondamentalement le but est resté le même, pour coordonner le travail des forces de sécurité nationale à un niveau international subordonné, directement ou indirectement, au pouvoir de Washington. »

Cela étant dit, Grandin croit que l’influence des Etats-Unis dans la région s’est réduite, donnant de l’importance à ce qui se passe dans les pays comme le Honduras et le Guatemala encore plus grand.

« Ce qui est différent, c’est le degré d’influence des Etats-Unis qui a été réduit, depuis toute l’Amérique latine à un simple couloir allant de la Colombie à travers l’Amérique Centrale jusqu’au Mexique », a écrit Grandin. « Mais même là, l’hégémonie des Etats-Unis est menacée par un niveau d’indépendance qui aurait été impensable juste quelques années plus tôt, que ce soit dans la Colombie de Juan Manuel Santos’ ou le Nicaragua de Daniel Ortega ».

La fidélité dévouée affichée par le gouvernement du Guatemala envers Washington, aussi bien que la présence de troupes étasuniennes au Guatemala – à la fois manifeste et clandestine – a un important précédent historique.

En 1960, l’Agence centrale de l’intelligence (la CIA) a coordonné directement avec le président de droite du Guatemala, José Miguel Ramón Ydígoras Fuentes, qui a offert son soutien en faveur de l’invasion de la Baie des Cochons à Cuba contre Fidel Castro. Selon les documents de CIA déclassifiés, « Non seulement le Guatemala a rompu ses relations officielles avec Cuba, mais avant la fin de février de 1960, le Président Ydígoras a offert l’utilisation de son territoire pour soutenir des activités de propagande dirigées contre Castro ; et il a aussi fait une offre spéciale à travers la CIA ‘aux groupes favorablement considérés par nous [de] d’équipement, de formation dans la région du Petén au Guatemala.’ » [13]

Les Etats-Unis ont continué à être ouvertement impliqués dans toutes les sortes d’opérations militaires au Guatemala à partir de 1978, quand l’aide militaire officielle au Guatemala a été coupée par le congrès des Etats-Unis d’Amérique après l’évidence de massacres, viols et disparitions commis par l’armée était devenue insurmontable.

Les assassinats extrajudiciaires et d’autres scandales continuent à talonner les militaires guatémaltèques. En octobre de cette année, six personnes ont été assassinées quand les soldats ont tiré sur des manifestants Indigènes protestant contre les prix de l’électricité, des changements dans le programme de formation des enseignants et les réformes constitutionnelles dans le Totonicapán. [14].

Ainsi, l’assistance étasunienne à l’armée guatémaltèque a pris la forme d’appuis en faveur des initiatives d’antidrogues, y compris l’Initiative de sécurité Régionale d’Amérique Centrale (CARSI), un programme de presque 500 millions de dollar qui a débuté en 2008, avec l’assistance, l’équipement et l’entraînement de la police et des armées centraméricaines.

La présence de troupes étasuniennes au Guatemala sur les missions non-de combat se poursuit, à travers un déploiement spécial l’un après l’autre. « Beyond the Horizon », une série d’opérations « pilotées par le « US Southern Command », joignant action militaire étrangère collective / exercices humanitaires au Honduras et au Guatemala, a fini deux jours avant que les Marines soient arrivés au Guatemala pour l’Opération Martillo en juillet. [15] Deux jours après que les soldats de l’Opération Martillo ont quitté le Guatemala, les membres des bataillons du Génie de la Marine US sont déployés à Coban, Alta Verapaz, dans le cadre d’une « mission de coopération de sécurité » avec les troupes locales. [16]

Mais il y a un nouvel aspect dans l’engagement des Marines étasuniens au Guatemala pour l’Opération Martillo. « C’est le premier déploiement de Marines qui soutient directement la riposte au crime transnational dans cette région et c’est certainement la plus grande empreinte que nous avons eue dans cette région ces derniers temps », a déclaré le Sgt. Earnest Barnes , membre des Marines à AP peu de temps après que les nouvelles du déploiement soient publiées aux Etats-Unis. [17]

Ou, comme le magazine Wired l’a écrit, c’étaient «  Marines vs. Zetas », faisant référence au groupe narco-paramilitaire mexicain connu pour les nombreux enlèvements, extorsions et massacres de civils dans tout le Mexique et au Guatemala. [18]

Alliés improbables dans un Monde Incertain

Dans un discours d’octobre de 2012 en Virginie, le Secrétaire de la Défense US, Leon Panetta a exposé son plan pour l’armée face aux contraintes budgétaires, expliquant que les déploiements en rotation et les exercices collectifs avec les militaires locaux doivent devenir un élément de plus en plus important de la stratégie de défense étasunienne.

« Nous construisons de nouvelles alliances, nous construisons des partenariats, nous construisons leur capacité et le fait d’être capables de défendre et fournir leur propre sécurité », a dit Panetta. « Donc nous allons faire cela. Nous allons le faire en Amérique Latine. Nous allons le faire en Afrique. Nous allons le faire en Europe. Nous le faisons dans le Pacifique. Juste avoir un déploiement tournant de Marines dans Darwin. Nous allons développer la même capacité aux Philippines. Faire la même chose au Viêt Nam. Faire la même chose ailleurs ». [19]

Le U.S. Southern Command, opérant depuis un nouveau quartier général à 400 millions de dollars juste à l’ouest de Miami, est responsable de toutes les activités militaires américaines en Amérique latine et Centrale. [20]

« Le rôle des militaires est de ne pas agir comme une force de maintien de l’ordre, mais hélas la réalité est qu’on a été appelé pour s’occuper de ce problème de façon provisoire dans plusieurs pays », a déclaré en juin le Sous-Secrétaire d’Etat à la Défense pour l’Hémisphére Ouest, Franc Mora. « Quand on leur a demandé de faire un travail que beaucoup d’entre eux ne veulent pas faire — qui est du maintien de l’ordre, comme au Salvador et au Guatemala — ils ont essayé de le faire le mieux qu’ils peuvent ». [21]

Une des difficultés les admises de l’accroissement de la coopération étasunienne avec les forces armées guatémaltèques est le rôle que l’armée a joué et continue de jouer dans le trafic de drogue. De nombreuses sources montrent que l’armée guatémaltèque a été impliquée dans le trafic de drogue, mais cela n’a pas arrêté les Etats-Unis de faire équipe avec et de fournir la technologie et l’entraînement dédié au contrôle de la circulation de drogues.

« L’évidence, selon des sources différentes, y compris les rapports de l’Agence étasunienne de lutte contra la drogue (DEA), indique qu’au début des années 1980, les trafiquants colombiens ont gagné l’accès aux réseaux de trafic le long des routes clefs partout dans le sud et l’ouest du Guatemala », selon un rapport de recherche disponible, préparé par le CNA Analysis and Solutions lié à la Marine. « Ces réseaux ont été composés d’officiers du renseignement de l’Armée, leurs subalternes et les anciens collègues et les informateurs et des associés y compris des militaires. » [22]

Avant le milieu les années 1990, le super baron de la drogue du Guatemala était Byron Berganza, un ancien soldat dont « la sécurité était assurée que par des officiers de l’armée », selon un rapport 2010 par l’Institut de Woodrow Wilson. [23]. A ce moment-là, Berganza était aussi un informateur de la DEA et l’intermédiaire guatémaltèque avec les groupes de trafic de drogue colombiens. Berganza a été extradé aux Etats-Unis en 2003, laissant vide le pouvoir sur le marché du transfert de la drogue dans le pays, finalement rempli par les membres d’une poignée de familles guatémaltèques puissantes.

Depuis que Président mexicain Felipe Calderon a lancé la guerre contre les organisations de trafic de drogue en décembre de 2006, les trafiquants de drogue mexicains ont revendiqué de plus en plus de territoire au Guatemala.

« Cela est très lié avec le début de la guerre au Mexique et des intérêts de contrôle territorial de la part des acteurs qui ne se sont pas impliqués dans le contrôle territorial parce que c’était le travail de narcotrafiquants locaux », a dit Claudia Virginia Samayoa, qui coordonne UDEFEGUA, un groupe consacré à la défense des militants au Guatemala.

Ces jours-ci, selon le militant et l’écrivain Jennifer Harbury, la montée de la violence au Guatemala « est le fait des chefs militaires qui ont enlevé leurs uniformes après la guerre, et créé de grandes mafias pour gérer la drogue et des gangs engagés et formés tels que Zetas- qui est très bien informé — pour les aider à gérer la drogue. » [24]

C’était un ancien Kaibil (membre des Forces Spéciales d’élite du Guatemala) qui a été accusé de diriger l’acte le plus violent au Guatemala lié au trafic de drogue. Hugo Gómez Vásquez a été accusé de superviser le massacre dans la Finca Los Cocos, à Péten en mai de 2011, où 27 ouvriers agricoles ont été tués, prétendument dans le cadre d’un désaccord à propos de la terre entre Otto Salguero, propriétaire foncier local et le Zetas. [25]

Plusieurs Kaibiles se sont entraînés aux Etats-Unis, de même que certains des premiers membres du Zetas, qui sont partis du GAFEs, une unité aéroportée des forces spéciales d’élite du Mexique, à la fin des années 1990. Les Kaibiles ont aussi entrainé le GAFEs et ont été impliqués dans l’entraînement des Marines étasuniens. [26]

« Il est devenu normal que quand ils trouvent un officier actif parmi les Zetas, ou un Kaibil qui est encore en service actif, deux ou trois jours passent, et l’armée déclare ‘qu’ils ont déserté’, mais le processus intérieur concernant quelle sanction a été appliquée et quelles procédures disciplinaires sont utilisées, là ne sont pas connues », a expliqué Hernandez à Toward Freedom.

Téant peu compte de l’évidence de collaboration avec le Zetas et d’autres groupes de trafiquants de drogue et la participation aux massacres, les Kaibiles du Guatemala maintiennent un rapport privilégié avec les militaires étasuniens.

« Ces gars, les Marines, ne sont pas ici juste pour contrôler le narcotrafic, mais pour former les militaires guatémaltèques à ce que j’appelle la poursuite de la guerre froide », ont dit Kajkok Maximo Ba Tiul, un Maya Poquomchi’ analyste et professeur d’université basé à Coban, Alta Verapaz. « Une guerre froide qui est plus raffinée, plus scolaire, plus d’intellectualisée, si vous voulez. Mais celle là sera aussi brutale et nuisible pour nous tous ici au Guatemala et je ne crois pas qu’elle soit destinée seulement au Guatemala ».

Le fait de placer de nouvelles bases militaires dans les régions de fort conflit social a tiré des sonnettes d’alarme pour les militants locaux. Une des nouvelles bases est à San Juan Sacatepequez, qui est le site d’une lutte importante contre un projet d’autoroute et une compagnie de ciment, une autre à Panzós, près d’une mine de nickel proposée dans El Estor et les régions environnantes, qui sont marquées par le conflit de la terre rattaché à la production industrielle de Palme africaine et la troisième au Peten, l’énorme région du Nord du pays qui subit actuellement une vague d’investissement et de développement pétrolier. [27]

« En moins de 10 mois, ce gouvernement a inauguré trois nouvelles bases militaires et il est en discussion pour une quatrième qui pourrait être prête et fonctionner vers la fin de cette année ou au début de la suivante, toutes avec l’argument - et c’est ce qui nous inquiète – de la lutte présumée contre le trafic de drogue, cela fut le prétexte pour la participation de l’armée dans le maintien de l’ordre civil », a dit Hernandez, qui a démontré que chacune des nouvelles bases est localisée dans région riche en ressources.

Effectivement, si la guerre contre la drogue au Mexique et au Guatemala continue à être menée comme en Colombie, la notion de ce qui « réussi » dans cette guerre doit être développée pour inclure la fourniture de nouvelles opportunités et de garanties pour les investisseurs et des sociétés multinationales, dont les opérations peuvent profiter aussi finalement des forces polices de plus en plus militarisées et d’un système pénitentiaire étoffé capable de contrôler le désaccord dans un cadre d’ordre public « démocratique ». [28]

Il est clair que la guerre arrière des Etats-Unis au Mexique est ce qui a transformé le narco-paysage du Guatemala. De même, il y a peu de doute que le fait de pousser les trafiquants hors des eaux de la Côte Pacifique, comme ce que l’Opération Martillo cherche à faire, fera de la Mer des Caraïbes une route plus utilisée.

Il est largement connu que les consommateurs du premier monde alimentent le commerce de la drogue. Le Bureau des Nations Unies sur la drogue et le Crime a dit en 2010 que 85% des bénéfices bruts du marché de la cocaïne de 35 milliards de dollars sont produits aux États-Unis. [29]. Pourtant il est important aussi de considérer la capacité des forces armées étasuniennes de manipuler un ennemi, désormais appelé crime organisé transnational, créé par cette même demande. Les Etats-Unis et d’autres pays ont des intérêts stratégiques dans les Caraïbes qui seraient bien servis par la mise en œuvre de la guerre de la drogue là bas.

En fait, en octobre dernier, juste deux jours après que les Marines US ont quitté le Guatemala, le tsar de guerre anti drogue étasunien William Brownfield est arrivé à Saint-Domingue, la capitale de la République Dominicaine. « Nous tous », a déclaré Brownfield, « sommes d’accord que dans les mois et les années à venir, le problème, la menace et le danger des drogues illicites augmenteront, mais la faute n’incombe pas à la République Dominicaine ou à son peuple ». [30]

Pris dans le contexte, cela sonne presque comme une répétition triste du passé. Comme le Guatemala a servi de terre pour la mise en scène pour l’invasion ratée de la Baie des Cochons en 1960, il a servi potentiellement de nouveau de base pour faciliter le transfert de la guerre contre la drogue, de retour dans les Caraïbes. Si seulement, comme auparavant, l’invasion échouait.

Dawn Paley.

- Original  : « Strategies of a New Cold War : US Marines and the Drug War in Guatemala »

Dawnpaley.ca. Guatemala City, le 18 décembre 2012.

Traduit de l’anglais pour El Correo par  : Estelle Leroy-Debiasi

El Correo. Paris le 25 janvier 2013

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* Dawn Paley est une journaliste et chercheur de Vancouver, BC. La plupart de son travail peut être trouvé sur son site Internet à dawnpaley.ca, ou on peut la suivre sur twitter @dawn_.

Notes

[1Ruiz-Goireina, Romina, Mendoza, Martha. « 200 US MARINES JOIN ANTI-DRUG EFFORT IN GUATEMALA ». August 29, 2012. Retrieved November 21, 2012. Voir : http://bigstory.ap.org/article/200-us-marines-join-anti-drug-effort-guatemala

[2CNN. « Le président du Guatemala demande aux troupes de ’neutraliser’ le crime organisé ». Le 16 janvier 2012. Récupéré le 21 novembre 2012. Voir : http://articles.cnn.com/2012-01-16/americas/world_americas_guatemala-military_1_alta-verapaz-peten-civil-war?_s=PM:AMERICAS

[3Baires Quezada, Rodrigo. « Presupuesto : más represión que investigación y justicia ». Plaza Publica. November 7, 2012. Retrieved November 21, 2012. Voir : http://www.plazapublica.com.gt/content/presupuesto-mas-represion-que-investigacion-y-justicia

[4Department of Defense. « Western Hemisphere Defense Policy Statement ». Octobre 2012. P. 6. Récupéré le 24 novembre 2012. Voir : http://www.defense.gov/news/WHDPS-English.pdf

[5Department of Defense. « Western Hemisphere Defense Policy Statement ». Octobre de 2012. P. 8. Récupéré le 24 novembre 2012. Voir : http://www.defense.gov/news/WHDPS-English.pdf

[6Steller, Tim. « Years of killing hard to add up in Mexico ». Arizona Daily Star. Récupéré le 10 décembre 2012. Voir : http://azstarnet.com/news/local/years-of-killing-hard-to-add-up-in-mexico/article_482c219b-0587-5629-9e50-22fb244dacd8.html

[7Bird, Annie ; Main, Alex. « Collateral Damage in the Drug War : The May 11 killings in Ahuas and the impact of the U.S. war on drugs in La Moskitia, Honduras ». Août de 2012. Pp 20. Récupéré le 11 novembre 2012. Voir : http://www.cepr.net/documents/publications/honduras-2012-08.pdf

[8Hernández, Carlos. « Estados Unidos concluye ’Operación Martillo’ en el país. » Diario de Centro América.23 Octobre 2012. Repris le 21 Novembre 2012. Voir : http://www.dca.gob.gt/index.php/template-features/item/5940-estados-unidos-concluye-%E2%80%9Coperaci%C3%B3n-martillo%E2%80%9D-en-el-pa%C3%ADs.html
Plus d’information sur ce qu’ont fait les US Marines pendant l’Operation Martillo s’appuie sur les visuels mis en ligne par le US Southern Command et l’ambassade des USA au Guatemala. RETALHULEU : http://www.flickr.com/photos/ussouthcom/7979820592/in/photostream/
La même information apparait ici : http://www.2ndmaw.marines.mil/Photos.aspx?mgqs=2207160
Puerto Quetzal :http://www.flickr.com/photos/ussouthcom/7979821816/in/photostream
Guatemala City : http://www.flickr.com/photos/usembassyguatemala/sets/72157631809378179/ ]

Au-delà d’une poignée d’articles sur le net, les informations sur le déploiement de l’activité des troupes combattantes étasuniennes au Guatemala ont à peine fait l’objet d’un flash dans les médias. [[Le silence des médias autour du déploiement de troupes de combat étasuniennes au Guatemala a été assourdissant. En guise d’exemple, un article du Los Angeles Times portant sur la participation étasunienne dans les activités d’antidrogues en Amérique Centrale, l’a entièrement omis. Voir : Wilkinson, T., Fausset, R. « U.S. gingerly expands security role in Central America. » LA Times, 4 décembre 2012. Récupéré le 10 décembre 2012. Voir : http://www.latimes.com/news/nationworld/world/la-fg-us-central-america-20121205,0,7198665,full.story

[10Organismo Ejecutivo. « Acuerdo por Canje de Notas entre el Gobierno de la Republica de Guatemala y el Gobierno d’Estados Unidos d’America Relativo l’Operacion Martillo ». Diario de Centro América. N° 18 Tome CCXCV. Le 20 août 2012. Récupéré le 10 novembre 2012. Voir : https://s3.amazonaws.com/TowardsFreedom/Canje+De+Notas+Martillo+2012.pdf.

[11Organismo Ejecutivo. « Acuerdo por Canje de Notas entre el Gobierno de la Republica de Guatemala y el Gobierno d’Estados Unidos d’America Relativo l’Operacion Martillo ». Diario de Centro América. N° 18 Tomo CCXCV. Le 20 août 2012. Récupéré le 10 novembre 2012. Voir : https://s3.amazonaws.com/TowardsFreedom/Canje+De+Notas+Martillo+2012.pdf. Souvenez-vous qu’en février de 2011, on a découvert qu’un avion cargo de l’armée de l’air des Etats-Unis arrivant en Argentine pour des exercices d’entraînement conjoints avec la police, contenait des armes et de la morphine qui n’ont pas été déclarées par les soldats étasuniens. Fil internet de CNN. « Cargo sparks dispute between Argentina, U.S. », 16 février 2011. Récupéré le 24 novembre 2012 from : http://www.cnn.com/2011/WORLD/americas/02/15/argentina.us.spat/index.html L’accord sur la venue de Marines étasuniens au Guatemala empêche les agents guatémaltèques de vérifier les contenus des avions ou d’autres véhicules entrant dans le pays.

[12Wolf, Greg. « After partnering to disrupt trafficking, Detachment Martillo departs Guatemala ». October 16, 2012. Retrieved November 13, 2012. Voir : http://www.hqmc.marines.mil/News/NewsArticleDisplay/tabid/3488/Article/128618/after-partnering-to-disrupt-trafficking-detachment-martillo-departs-guatemala.aspx

[13[Agence centrale de l’intelligence (CIA). Central Intelligence Agency. « Official History of the Bay of Pigs Operation : Participation in the Conduct of Foreign Policy » Volume II. Octobre 1979. Pp 13-14. Récupéré le 9 novembre 2012. Voir : http://www.gwu.edu/ nsarchiv/NSAEBB/NSAEBB353/bop-vol2-part1.pdf

[14Paley, Dawn ; Watts, Jonathan. « UK owner of Guatemalan energy firm urged to act after protest deaths ». October 12, 2012. The Guardian. Retrieved December 10, 2012. Voir : http://www.guardian.co.uk/world/2012/oct/12/uk-guatemalan-energy-firm-protest

[15United States Southern Command (Southcom). « Beyond the Horizon, New Horizons 2012 ». June 19, 2012. Retrieved November 21, 2012. Voir : http://www.southcom.mil/newsroom/Pages/Beyond-the-Horizon–New-Horizons-2012.aspx

[16Southcom. « Seabees,-Preventive-Medicine-Specialists-Team-Up-in-Guatemala ». October 23, 2012. Retrieved November 12, 2012 Voir : http://www.arsouth.army.mil/news/southcomnews/4072-seabees-preventive-medicine-specialists-team-up-in-guatemala.html

[17Ruiz-Goireina, Romina, Mendoza, Martha. « 200 US MARINES JOIN ANTI-DRUG EFFORT IN GUATEMALA ». August 29, 2012. Retrieved November 21, 2012. Voir : http://bigstory.ap.org/article/200-us-marines-join-anti-drug-effort-guatemala

[18Beckhusen, Robert. «  Marines vs. Zetas : U.S. Hunts Drug Cartels in Guatemala ». Wired. August 29, 2012. Retrieved November 9, 2012. Voir : http://www.wired.com/dangerroom/2012/08/marinesvszetas/

[19Panetta, L. « Speech : Hampton Roads Chamber of Commerce ». October 19, 2012. Retrieved November 24, 2012. Voir :: http://www.defense.gov/speeches/speech.aspx?speechid=1729

[20Le US Northern Command, ou NORTHCOM, est responsable du Mexique, aussi bien que les Îles Vierges US, Puerto Rico, Bahamas, Canada et Etats-Unis.

[21Center for Hemispheric Defense Studies. « 12 Questions for Deputy Assistant Secretary of Defense for Western Hemisphere Affairs Frank Mora  ». Janvier de 2012. Récupéré le 24 novembre 2012. Voir en anglais : http://www.ndu.edu/chds/news.cfm?action=view&id=57&lang=PT

[22Espach, Ralph, et autres « Criminal Organizations and Illicit Trafficking in Guatemala’s Border Communities  ». Décembre de 2011. Analyse de CNA et Solutions. Récupéré le 22 novembre 2012. Voir : http://www.cna.org/sites/default/files/research/IPR%2015225.pdf

[23López, Julie. « GUATEMALA’S CROSSROADS : THE DEMOCRATIZATION OF VIOLENCE AND SECOND CHANCES ». In « ORGANIZED CRIME IN CENTRAL AMERICA : THE NORTHERN TRIANGLE » Edited by Cynthia J. Arnson and Eric L. Olson. Pp. 151. Retrieved November 22, 2012. Voir : http://www.wilsoncenter.org/sites/default/files/LAP_single_page.pdf

[24Democracy Now ! « Genocide-Linked General Otto Pérez Molina Poised to Become Guatemala’s Next President ». Septemer 15, 2011. Retrieved November 22, 2012. Voir :: http://www.democracynow.org/2011/9/15/genocide_linked_general_otto_prez_molina In March of 2011, Harbury filed a lawsuit in Guatemala against President Pérez Molina, alleging his role in the disappearance, torture and assassination of her husband, guerrilla commander Efrain Bamaca. See : Orantes, Corelia. « Jennifer Harbury acciona contra Pérez Molina ». Prensa Libre. March 23, 2011. Retrieved November 22, 2012. Voir : http://prensalibre.com.gt/noticias/Acciona-Perez_0_449355088.html

[25[Siglo21. « Fiscal dice que ex kaibil capturado dirigió massacre ». 19 mai 2011. Récupéré le 22 novembre 2012. Voir : En espagnol http://www.s21.com.gt/node/39187

[26Gibler, John. To Die in Mexico. San Francisco : City Lights Books, 2012. Pp. 59.
Negrete, D. « Marines Sweat It Out With Guatemalan Kaibiles ». US Marines. September 18, 2010. Retrieved December 10, 2012. Voir : http://www.2ndmaw.marines.mil/News/ArticleView/tabid/357/Article/32610/marines-sweat-it-out-with-guatemalan-kaibiles.aspx

- Padgett, Tim. « Guatemala’s Kaibiles : A Notorious Commando Unit Wrapped Up in Central America’s Drug War ». July 14, 2011. Time Magazine. Retrieved December 10, 2012 from : http://world.time.com/2011/07/14/guatemalas-kaibil-terror-from-dictators-to-drug-cartels/#ixzz2EguGbDZW

[27Paley, Dawn. « Conflict, Repression, and Canadian Mining & Oil Companies in Guatemala ». May 14, 2012. Retrieved December 12, 2012. Voir : http://dawnpaley.tumblr.com/post/23043137951/conflict-repression-and-canadian-mining-oil

- Paley, Dawn. « The Spoils of an Undeclared War ». August 1, 2012. Briarpatch Magazine. Retrieved December 10, 2012 from : http://briarpatchmagazine.com/articles/view/the-spoils-of-an-undeclared-war

[28Paley, Dawn. « Drug War Capitalism. Against the Current  ». August 1, 2012. Retrieved December 10, 2012. Voir : http://www.solidarity-us.org/node/3652

[29UNODC. « World drug report 2010 » Les Nations Unies, 2010. Pp 18. Récupéré le 10 décembre 2012. Voir : en anglais : http://www.unodc.org/documents/wdr/WDR_2010/World_Drug_Report_2010_lo-res.pdf

[30Dominicain To Day. « Les Etats-Unis promettent de l’aide à long terme pour la guerre de la République Dominicaine contre le trafic de drogues. » Le 16 octobre 2012. Récupéré le 23 novembre 2012. Voir : en anglais http://www.dominicantoday.com/dr/local/2012/10/16/45449/US-pledges-long-term-help-for-Dominican-Republics-war-on-drug

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