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24 juillet 2016

Manguel et Mediapart : réponse de Horacio González à Philippe Riès

par Horacio González *

 

Théâtre d’opérations : « Étaient faux un ou deux noms propres » Borges, « Emma Zunz »

Un article curieux [« Argentine : L’écrivain Alberto Manguel est ciblé par les pro-Kirchner » par Philippe Riés ou voir ci joint plus bas], qui méprise la Bibliothèque Nationale d’Argentine, son personnel et, paradoxalement, son directeur, Alberto Manguel, a été publié dans l´édition en ligne du journal français Mediapart, rédigé par le journaliste Philippe Riès. Tout son écrit est un véritable théâtre d’opérations de l’imposture. Avec M. Riès, j’ai eu un échange par courrier que j’adjoins à cette réponse en considérant qu’il illustre assez bien le débat. L’étonnement que j’éprouve à la lecture de son article requiert, je crois, quelques lignes supplémentaires sine ira et studio.

Sans aucun doute, il ne s’agit pas d’un article sur Manguel car il semble porter l’étendard de sa défense. Pourtant dans les eaux troubles de ses affirmations, sans en avoir l’intention, il diffame Manguel indirectement par des élucubrations éloignées de la vérité et, plus indirectement encore, en jetant son mépris sur les travailleurs culturels argentins. Bien évidemment, il faut dire que l’attaque qu’on est en train de commenter n’est pas dirigée, à la lettre, contre Manguel, mais contre la personne du directeur précédent (auteur de ces lignes), avec tant de bassesse et un tel esprit de grossièreté qu’elle finit par toucher d’innombrables personnes, même celles qu’on prétendait protéger.

Riès a écrit ce qui lui a été commandé d’être écrit, ce que les courriers que nous avons échangés démontrent –et je demande qu’ils soient lus avec la plus grande attention en tant que preuve d’une grande défection journalistique, hélas fréquente dans l’état actuel des styles adoptés par les moyens de communication dans le monde. L’inadmissible dans ce genre d’articles c’est l’utilisation des pires procédés du journalisme de diffamation, qui rendent indigne leur auteur et viennent heurter leurs lecteurs.

D’abord, les images inclues rappellent le contraste entre « le monde policé des lumières » (photos de la couverture d’un livre de Manguel) et « un monde vulgaire », représenté par une jeune femme « à moitié nue » (qui, comme le dirait Borges, « nous congédie avec une confortable indignité vers les modiques délices du pornographe”).

Il s’agit d’un « nu populaire » cathartiquement extrait de l’une parmi bien d’autres couvertures du même style qui caractérisent le journal Crónica. C’est un journal « sensationnaliste » pareil en cela aux autres existants partout dans le monde, mais dans les archives de celui-ci l’on conserve des millions de photographies concernant l’histoire argentine contemporaine, qui sont en cours de numérisation dans la Bibliothèque Nationale grâce à une convention signée avec ce journal. La convention qui a pour but cette numérisation est mise en question, semble-t-il, par Manguel (s’il en est ainsi, ce serait une grossière erreur). Les photographies de Crónica, précisément pour provenir d’un journal qui a accompli son travail sous le signe de « la vie nue » (Agamben : permettez-nous l’ironie), témoignent de la terreur militaire puisqu’elles la documentaient avec « indifférence biopolitique » ; c’est pourquoi les fonds photographiques de ses archives sont un auxiliaire irremplaçable pour les chercheurs qui se consacrent à la dictature militaire des années 1970.

En sachant que les organisations argentines de défense des Droits de l’Homme ont déjà commencé à travailler sur ces images-là, peut-on soupçonner, dans l’indéchiffrable cours obscurément poursuivi par l’article de Mediapart, une volonté de coïncidence avec le gouvernement qui a nommé Manguel en tête de la Bibliothèque Nationale ? Ce gouvernement est en train d’accomplir un grand effacement historique, une annulation historiographique, une élimination des plis contradictoires de l’histoire argentine, une rature de la mémoire en tant qu´événement. M. Manguel agit d’une manière curieuse : nous partageons avec lui ses préoccupations concernant la culture consumériste (la « consommation culturelle » substituant la question génuine à propos de la surprise originaire que provoque l’existence –même s’il l’exprime autrement), mais lorsqu’il doit définir ce qu’est une bibliothèque il fait appel à des critères solennels et superficiels, en combattant imaginairement un ennemi inventé, qui provient de son manque de familiarité avec la culture argentine contemporaine et même de sa méconnaissance de ses complexités. Il accepte de la sorte que la propagande ministérielle organisée autour de lui, ainsi que l’effort de ses propres porte-paroles modèlent des articles tel que celui paru en France, dans lequel on nous accuse d’avoir refusé le logiciel Aleph, dont le nom évoque un titre de Borges –ce qui oblige le rédacteur à nous rappeler que le nom est celui de l’entreprise israélienne qui le développe.

Il est mal renseigné et recourt à des procédés à ce point ignobles qu’ils ne seraient pas acceptés par le strident journal Crónica qui lui déplaît tant ! Il prétend de cette manière, que nous n’oserons point qualifier avec des adjectifs qui noirciraient notre écrit, suggérer qu’il y aurait eu un relent d’antisémitisme dans nos décisions. Manguel et ses adjoints culturels savent bien de quoi il s’agit. Des paroles de ce genre ne le présentent pas sous un jour favorable, ni lui ni ses commensaux et informateurs.

Ce logiciel-là a été adopté par la Bibliothèque après le dressage d’un inventaire de l’intégralité de son patrimoine documentaire avec un autre logiciel. Il n’est donc pas juste de prétendre que le catalogue n’est pas achevé, même s’il n’a pas la même rigueur catalographique de la BNf, que sans aucun doute nous envions. Pour autant Aleph présente le désavantage au futur d’être un logiciel « propriétaire », alternative que nous avons due accepter vu l’insuffisant développement dans notre pays de logiciels libres, que nous aurions préférés et auxquels la Bibliothèque devra tôt ou tard accéder. Moins que cet aspect technique concernant la catalogation, ce qui importe cependant c’est le barbarisme journalistique dont fait preuve par M. Riès.

Barbarisme au sens de laisser flotter dans l’air des accusations qu’il sait fausses et qu’il insinue en laissant planer d’obscurs soupçons, d’une manière non moins obscure que celles des « services de renseignements » qui prolifèrent partout dans le monde. Nous voudrions ajouter que c’est nous qui avons installé à la Bibliothèque Nationale la statue du célèbre auteur de L’Aleph (célébration inspirée par la complexité de son œuvre, qui possède tant une métaphysique qu’une antimétaphysique, et c’est ce qui la rend fondamentale, et non pas la dévotion pseudo-intimiste de Manguel et ses nouveaux Bouvard et Pécuchet). Et contre l’opposition ferme des ultra-droites argentines (probablement M. Riès ne croit pas y prendre part, mais il a beaucoup contribué à leur épanouissement), c’est nous qui avons retiré du fronton de l’une de salles de lectures le nom d’un ancien directeur antisémite de la Bibliothèque, en poste pendant deux décennies entre les années 1940 et 1950. Nous l’avons fait sans aucune vanité, sans fanfare, dans la conviction profonde d’orienter la Bibliothèque vers son destin culturel le plus ouvert, sans exclusion d’aucune manifestation culturelle et politique du pays.

Il nous est pénible de devoir donner ces précisions car personne n’ignore dans le pays les faits auxquels nous faisons référence, à l’exception de l’apologiste de Manguel, aussi faiblement renseigné qu’enflé de préjugés maladroits qui, comme on l’a déjà dit, porte préjudice à Manguel lui-même, qui certes n’a pas été bien renseigné à ce sujet, et qui délivre des opinions si controuvées sur les bibliothèques (« elles ne sont pas de stades de football ») qu’on ignore à qui il les adresse. On devrait mieux lui expliquer quelle a été notre tâche dans la réinvention du rapport de la Bibliothèque avec une société complexe, travaillée par des exigences critiques et intellectuelles inédites, qu’il a préférées remplacer par de petites ruses de préservation de réputations creuses. Sauf que, tandis que de nombreux employés étaient licenciés, il a attendu patiemment pendant plusieurs mois pour prendre en charge la direction de la Bibliothèque, comme un condottiere timide attendant dans sa chartreuse que le champ de bataille soit dégagé pendant qu’il feuillète distraitement la Divine Comédie. Certes, après tant de licenciements il y a eu beaucoup de réincorporations (à l’Enfer peut succéder le Paradis), ce qui prouve qu’il n’y avait pas tant de personnel en excès, comme sans plus de précaution le dit une douce dame colombienne. Mais aujourd’hui la figure du « réincorporé » surgit comme résultat d’un acte outrageant, duquel elle revient fragilisée et apeurée à son poste après avoir connu la traversée de l’abîme et reçu le pardon des grands hommes de l’administration générale de la survivance. On les appellent « Ceo’s » (de l’Anglais chief executive officer). Ils gouvernent avec des hauts salaires la Bibliothèque, entre la peur et la maladroite abjuration du passé immédiat.

Tout a été traité ainsi, avec des tactiques qui combinent l’amabilité et l’indifférence accompagnées par la pauvre consolation que leurs diffusent leurs informateurs sur ce qui en nous était une politique culturelle explicite et des dimensions plurielles bien déclarées et établies. En soumettant, en déshonorant et en lançant des injures faciles, que nous démentons seulement aujourd’hui en hommage à tant des personnes d’une véritable autorité intellectuelle qui dans le monde entier (intellectuels européens, argentins et latino-américains) ont cru en nous et qui réfléchissent librement sur les bibliothèques. Nos amis du monde entier sont ceux qui pensent qu’une bibliothèque n’est jamais égale à soi-même et toujours est en excès sur sa maigre identité parménidienne. Surtout en France, où les noms importants, qui sont ceux de nos compagnons et philosophes inspirés nous ont aidé avec leurs propres préoccupations (qui sans doute sont une petite partie en relation avec celles qui aujourd’hui affligent le monde et la France elle-même) mais à qui nous devons ces rapides éclaircissements puisque c’est d’un secteur de la presse digitale française (et par une lamentable équivoque définie, semble-t-il, par les mêmes idéaux progressistes que nous-même professons) que sort donc ce pamphlet qui prouve au minimum la grave irresponsabilité d’un journaliste.

Le dommage qu’il cause n’est pas réparable, parce que peut-être aucun dommage n’est réparable, mais ces pages qu’aujourd’hui nous écrivons demeurent comme témoignage pour les résistants du monde entier, ceux qui résistent à la calomnie et aussi aux bêtises dans un monde culturel où même dans les professions culturelles les plus distinguées ne s’absentent pas du tout les nouveaux masques du néo-fétichisme de la marchandise. Elles sont aussi gratuites que dangereuses pour l’espace subtil des démocraties qui se fragilisent avec les obscures manœuvres qui sèment les graines de soupçons. Une démocratie n’est jamais tautologique. Elle est toujours plus qu’elle même, mais dans cet autodépassement de soi « elle ne sait pas ce que peut son corps ». C’est pourquoi elle doit être toujours une ligne tendue vers un futur utopique plus désirable que ce triste présent. Manguel avec toute son érudition (et toute érudition est toujours accumulative) décide pour les tautologies quand il dit « une bibliothèque est une bibliothèque ». A = A ? Non, il est clair que personne ne naît ni ne vit uniquement de sa réplique mimétique. Une Bibliothèque, tel que le véritable Borges l’a pressenti, c’est A = l’infini. Ce n’est pas le Borges de Manguel, celui qu’il évoque en tant que connaissance superficiellement idolâtre. L ‘idolâtre croit que quelque chose toujours est elle-même, et non pas elle-même et son double, pleine de nuits et d’énigmes. C’est cela qui manque à Manguel, mais nous pensons que rien de cela ne l’empêche de diriger une bibliothèque. Ce qui réellement doit le préoccuper ce sont les pénombres trompeuses qu’introduit en son nom un journaliste sans plume et sans idées. Et même si ce que nous disons paraît vouloir protéger notre propre nom, en vérité c’est à propos du nom de Manguel dont nous nous sentons aujourd’hui préoccupés.

Traduit de l’espagnol pour le blog de Carlos Schmerkin par : Elena Donato)

Echanges de courriels par ordre chronologique entre Philippe Riès et Horacio González
El 07/06/2016 a las 11:57 a.m., Philippe Ries escribió :

Cher Monsieur Gonzalez,
Journaliste au journal en ligne français Médiapart (https://www.mediapart.fr/), je conduis actuellement une enquête sur l’affaire de la Bibliothèque Nationale Argentine, qui a pris une dimension internationale avec la pétition signée par plusieurs centaines de personnalités du monde de la culture dénonçant une menace de "démantèlement", publiée dans sa version française par le quotidien Le Monde. Les données, documents et témoignages dont je dispose posent, au contraire de ce texte, de sérieuses questions sur la gestion de cette grande institution pendant les dix années de votre mandat.
Comme il est de règle, je souhaiterais vous interroger avant de publier cette enquête.
Je lis et comprend le castillan mais ne le parle pas, malheureusement. Français ou anglais, je vous laisse le choix de la langue. Je peux soit vous appeler, au numéro de téléphone que vous voudrez bien me communiquer. Ou encore vous envoyer les questions par écrit.
Avec l’expression de ma considération distinguée
Philippe Riès

Le 7 juin 2016 à 18:27, Horacio González <horagonzalez@ciudad.com.ar> a écrit :

Estimado Philippe

Es lógico que tenga versiones contrapuestas, pues la cuestión de la Biblioteca Nacional es compleja, y hay tantas versiones y pruebas en juego, pues responden al gran debate por el que atraviesa el país. Con todo, la cuestión de la BN tiene una especificidad que origina una cuestión que merece un tratamiento especial. No tengo inconveniente en responder a sus preguntas. Mi teléfono celular es 154000000, puede llamarme preferentemente de mañana, aunque si tiene cuestiones que me envíe por escrito, me parecería mejor. Afectuosamente. Horacio González

El 08/06/2016 a las 12:00 p.m., Philippe Ries escribió :
Cher Monsieur Gonzalez,
Voici les points sur lesquels je souhaite des éclaircissements.

- les personnes qui critiquent votre action à la tête de la BN estiment que les 270 licenciements récents (dont la moitié annulés ensuite) sont en fait le résultat de la politique de gonflement des effectifs que vous avez conduite depuis 2005 : de 300 personnes à votre arrivée à 1048 à votre départ.

- ils dénoncent non seulement la quantité des recrutements mais leur qualité : embauches "politiques", "syndicales" et même "familiales" (népotisme) et recrutement de personnes qui n’ont jamais effectué de travail effectif, ni même de présence au travail

- ils affirment qu’une grande partie de ces recrutements s’est faite avec votre seule signature, sans respect pour les procédures en vigueur en Argentine pour pourvoir aux emplois publics

- ils estiment que les dernières embauches de votre mandat (142 personnes) reproduisaient ce qui s’est passé, sur injonction de l’ancienne présidente de la République, dans d’autres entités publiques (institutions d’Etat et entreprises publiques), pour y placer des gens de confiance ou plus simplement de rendre plus difficile l’action du nouveau pouvoir démocratiquement élu.

- ils comparent les effectifs de la BN à la fin de votre mandat avec ceux d’institutions comparables dans le monde : le double en moyenne

- ils affirment que votre gestion a sacrifié la vocation première de la BN (un instrument de conservation du patrimoine écrit du pays et de travail pour les chercheurs et les étudiants) en une sorte de "maison de la culture", avec des activités tout à fait respectables en elles-mêmes mais qui n’ont pas leur place dans une telle institution

- ils accusent votre gestion de graves manquements aussi bien financiers que technologiques : depuis le paiement des travaux du Musée du Livre avant même la réception légale des installations jusqu’au refus d’installer un logiciel de catalogage réputé le meilleur au monde (et au demeurant baptisé Aleph en hommage à Borges) en raison de son origine (une entreprise privée israélienne).

A ces questions qui portent sur votre gestion, j’ajouterais personnellement les questions suivantes :

- la défense légitime de votre action justifiait-elle de mettre en cause, publiquement et internationalement (votre lettre au comité de l’Abinia) la personnalité du successeur désigné par le nouveau gouvernement ?

- même en faisant abstraction de la tradition de "spoil system" pratiqué en Argentine, à tort ou à raison, trouvez-vous illégitime votre remplacement à la tête de la BN après plus de dix années de pouvoir ?

- aviez-vous un ou une candidate à qui vous auriez souhaité transmettre cette responsabilité ?

- dans votre allocution de départ devant une partie du personnel de la BN, vous affirmez avoir été souvent critique de certaines actions du gouvernement de Christina Kirchner. Que pensez-vous personnellement de son attitude au moment de la passation de pouvoir à son successeur démocratiquement élu ?
Enfin et d’une manière plus générale ne pensez-vous pas que des institutions nationales comme la BN (mais aussi la Banque centrale ou l’Institut national de la statistique) devraient échapper aux rivalités et instrumentations politiques (même dans un pays aussi polarisé que l’Argentine), au nom de l’intérêt général du pays et de ces institutions elles-mêmes ?
Dans l’attente de vous lire et avec mes remerciements
Philippe Riès

El 08/06/2016 a las 07:39 p.m., Horacio González escribió :

Estimado Monsieur Philippe, he leído su cuestionario y tendré el placer de responderlo mañana o pasado mañana, de modo que el fin de semana esté en sus manos. Desde ya le anticipo que las preguntas que usted formula son el más exquisito resumen de las posiciones oficiales del actual gobierno argentino, pero veo que también de otras instancias oscuras cuyo origen ignoro y lamento escuchar, ahora por primera vez, de un periodista de Francia. Trataré de responderle de la mejor manera posible, incluso ante afirmaciones tan rudimentarias y absurdas en torno a la existencia de un "spoil system" o directamente ofensivas como la supuesta razón del rechazo al sistema Aleph, que a pesar de ser un "software propietario" nunca fue rechazado, antes bien, acogido con satisfacción, a pesar de la discusión en curso en el país sobre la necesidad de diseminar el "software libre". La otra cuestión que insinúa en la pregunta sobre el origen del software es directamente una infamia que descalifica a su fuente, que ignora a este respecto cuales son mis opiniones sobre ese y otros temas. Espero que usted no quede preso de esa misma y (para mí) sorprendente ignorancia. Igualmente considero legítimo preguntarme, dada la gran cantidad de información pública existente sobre este tema (emanada del gobierno actual como de numerosas personas partícipes de este debate) si un periodista, residente o no en este país, debe hacerse eco tan agresivamente de ellas, haciéndose cargo de transmitirlas sin las mínimas prevenciones sobre su inverosimilitud. En poco días, pues, recibirá mis respuestas a este cuestionario que, sinceramente, me asombra por la gran cantidad de prejuicios que supone.
Afectuosamente, hg

Fecha : Sun, 12 Jun 2016 17:14:03 -0300
De : Horacio González
Para : Philippe Ries <philippe.ries@gmail.com>
Philippe, le envío las respuestas :
La cantidad de trabajadores de un Biblioteca Nacional no se pude regir por una estadística internacional. En nuestro caso, la ampliación vertiginosa de nuevas funciones, la adquisición de tecnologías, archivos y construcción de nuevos edificios, tanto como la creación de secciones que editaban libros de decisiva importancia para los lectores, hizo necesario el aumento del personal. Sería ingenuo pretender que allí no influyan los gremios, y que el Estado no actúe como empleador social de primera instancia, en vez de poner requisitos de acceso al trabajo a través de protocolos meritocráticos. El verdadero mérito lo construye cada institución en la práctica diaria del compromiso laboral, dónde se hallan los más sensibles aprendizajes y crecimientos de la conciencia laboral. Por otra parte, funciones esenciales a las tecnologías bilbiotecarias que otras Bibliotecas tercerizan, nosotros la manteníamos dentro de la planta. Es cierto que desde el gobierno no se actuó rápidamente para regularizar toda su planta, pero eso no puede ser luego un pretexto para despedir a trabajadores comprometidos con su trabajo, que en el último tiempo han recibido injustificables humillaciones sobre su condición laboral. Las formas de ingreso al Estado son muy variadas, y las practicamos todas, pues se establecen según el tipo de responsabilidad : para altas responsabilidades hicimos concursos y los contratos transitorios no precisan más que la firma del director de la institución, siempre que se justifica la tarea que se va a cumplir. Nunca nombré a personas "de mi confianza". No tengo ese concepto de la vida laboral. Creo que la confianza se crea en el trato diario, proviene de relaciones mutuas donde se cumplen las expectativas comunes y colectivas. Concebí la Biblioteca como una institución histórico-cultural en condiciones de interrogar y movilizar a la cultura argentina, pasada y contemporánea. Fundamos escuelas internas, editoriales e instancias de discusión sobre la lengua (Mueso de la Lengua). El software es el Aleph y fue contratado luego de un concurso internacional. Pasando por alto su absurda inferencia periodística, y pasado prudentemente por algo la indignación que genera, no le voy a decir nada más que lo referido en mi correo anterior. Usted no desconocerá los debates mundiales en este delicado tema. Estuve satisfecho con el software "enlatado", pero con el tiempo, deberán perfeccionarse los softwares libres sobre los que en este momento trabajan las universidades del país, para que sean adoptados por las Bibliotecas nacionales que pretendan cierto autonomismo técnico-cultural en su gestión. La misión de la Bibliotecas Nacionales es preservar y acrecentar el patrimonio cultural bibliohemerográfico del país. No hay ninguna contraposición con las actividades culturales, como usted podrá comprobarlo con una rápida visita a la página web de la BN de Francia. Monsieur, su modo de formular preguntas está condicionado por fuertes prejuicios o bien se deja llevar exclusivamente por la opinión de los nuevos gobernantes, que no se caracterizan por estar bien informados en cuestiones culturales y que asimilan toda gestión a un modelo de procedimiento economicista. Hablan de pluralismo y lanzan acusaciones inverosímiles apenas parece una disidencia creativa. Desafortunadamente, encuentran oídos ligeros que aceptan sin averiguación alguna las torpes acusaciones de populismo o demagogia. Si usted conociera algo sobre mis ideas, no hubiera condescendido a hacerme algunas de sus preguntas, por cierto, bastante desafortunadas. ¿Cómo piensa que no iba a aceptar a mi sucesor ? Eso sí : no me pida que coincida con sus ideas, cercanas al autoritarismo del "gran señor", a pesar de que su obra es portadora de amables curiosidades, ni se asombre por el hecho de que comunique a mis ex colegas de la Bibliotecas Latinoamericanas mis ideas al respecto, que como es evidente, algunos comparten y otros no. Yo no me asombraría tanto por eso, sino por el hecho de que el nuevo director demora 5 ó 6 meses en asumir su cargo, mientras los "racionalizadoras del Estado", especialistas en limpiezas administrativas y en generar servidumbres vejatorias, se dedican a denigrar a los administradores anteriores, con tal sorprendente habilidad que de tanto en tanto encuentran conciencias inocentemente receptivas.|

* Horacio González (Buenos Aires 1944). sociologue, essayiste, chercheur argentin. Il est professeur de Théorie Esthétique, de Pensée Sociale Latino-américaine, de Pensée Politique Argentine. Il enseigne dans plusieurs universités nationales. Entre 2005 et 2015, il est directeur de la Bibliothèque nationale.

El Correo de la diaspora. Paris, le 24 juillet 2016.

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