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27 juillet 2014

Les médias sous la botte au Venezuela

par Jean Ortiz*

 

Je me suis réveillé ce matin en érection idéologique. Je grassematinais en écoutant d’une oreille France-Inter, lorsqu’à 7h45, la « chronique internationale » du « 7/9 » me mit dans un état jouissif d’exaltation. Enfin un chroniqueur dénonçait « billes en tête » le latifundium médiatique français, la mort du pluralisme de l’information (qui n’a jamais vraiment existé depuis la Libération), la « normalisation » de France-Inter, les marchands d’armes et de béton qui font l’opinion, l’info-propagande-manipulation, la censure et l’autocensure implacables exercées par la pensée de marché... J’attendais que le chroniqueur indique qu’il n’existait au pays jadis des Lumières qu’un seul quotidien différent : L’Humanité... J’attendais...

Las. Mon excitation priapique ne fut que passagère. Il était en réalité question des médias bâillonnés par l’autocrate « chichement élu », 50,8%, (et Hollande ?), répressif, au « charisme d’une huître de Sibérie » (quelle hauteur de vue et d’argumentation !), le président Nicolas Maduro, au Venezuela. Un Venezuela tellement dictatorial que les groupes privés nationaux et internationaux sont libres d’y réaliser leurs opérations, dans le cadre de la loi. C’est ainsi que El Universal, le plus ancien des quotidiens, très critique envers la révolution bolivarienne, comme la plupart des médias, a été racheté par un curieux groupe espagnol d’investisseurs. Son nouveau directeur serait « proche du pouvoir ». Jesús Abreu s’est engagé à maintenir la ligne éditoriale, et à ne licencier aucun journaliste. S’il y a « restructuration », elle ne se fait pas sur le mode occidental, de la thérapie de choc, du délit d’opinion : journalistes jetés à la rue...

En fait, le groupe investisseur espagnol Epalisticia aurait pour unique actionnaire une compagnie panaméenne, qui aurait usurpé le nom d’une entreprise vénézuélienne (Tecnobreaks) ; le montage impliquerait donc une entreprise vénézuélienne, une entreprise panaméenne et deux groupes espagnols (Gallaecia Invergest et Epalisticia), ainsi que des oligarques, banquiers et avocats : les Velasco au Venezuela, le banquier Eduardo Lopez, l’avocat J. A. de la Torre Lopez, et un Espagnol, José Luis Basante Otero. Il faut être médium pour voir dans cette bouillie financiaro-spéculative la main de Maduro.

Mais l’essentiel est ailleurs. La campagne permanente de haine contre le Vénézuéla bolivarien fait qu’aujourd’hui, face à la guerre idéologique des maîtres des médias, Goebbels ferait figure d’amateur. Le paysage médiatique vénézuélien est composé de dizaines de télés et de radios privées, qui dénigrent, voire salissent, quotidiennement un gouvernement, au demeurant fort tolérant à leur égard. Sur 115 journaux ou périodiques, 90% sont aux mains du secteur privé. En 1998, lorsque Chavez est élu pour la première fois, il y avait au Venezuela 331 radios privées qui couvraient le territoire ; elles sont aujourd’hui 466. La majorité d’entre elles farouchement hostiles au régime. Toujours en 1998, le Venezuela comptait 32 chaînes de télévision privées, aujourd’hui 61, dont certaines ont appelé et soutenu le coup d’Etat contre Chavez, ce qui relève de la faute lourde. Venevision et Televen pilonnent quotidiennement le chavisme.

Quant aux centaines de prétendus prisonniers politiques, lors des 3 mois de « guarimbas » (manifestations violentes, destructions de centres sociaux et d’universités, barricades meurtrières, barrages de routes ...), 3 200 personnes furent arrêtées pour violences. Les étudiants y étaient très minoritaires (7%). Il ne reste aujourd’hui que 88 détenus (dont 58 de nationalités étrangères) pour des faits relevant plus du terrorisme que de l’opposition démocratique. Le Venezuela devrait-il renoncer à appliquer la loi et laisser faire les pilleurs, les casseurs, les incendiaires ? La tentative de déstabilisation insurrectionnelle de la révolution se solda par un bilan de 42 morts, la majorité d’entre eux chavistes. 14 agents des forces de l’ordre, coupables d’excès, sont toujours emprisonnés.

Un « scoop » pour terminer la cure de désintoxication : le sénat usaméricain étudie un projet de loi pour augmenter l’aide financière des States aux médias et aux groupes vénézuéliens partisans de revenir au « bon vieux temps » de l’inféodation à l’impérialisme et du pillage des hydrocarbures. La manne de Washington passerait de 5 à 15 millions de dollars. Tout est dit. Après avoir dégraissé Stéphane Guillon, Didier Porte, Daniel Mermet, et Jean Passe, France Inter devrait embaucher Alexandre Adler, connu pour son élégance envers Chavez.

Jean Ortiz pour l’Humanité

l’Humanité. Paris, 25 juillet 2014.

*Jean Ortiz est un historien, journaliste, syndicaliste, maître de Conférences à l’Université de Pau, et homme politique français. Il a créé et anime depuis 1992, à Pau, le festival latinoaméricain « CulturAmérica ».

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