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12 avril 2003

Les medias, les vainqueurs et les anti-guerre

par Denise Mendez

 

Voici un texte répondant à l’ironie du journal Le Monde (10 avril) sur "l’embarras des antiguerre" après la victoire des américains ; Attac étant donc invitée à la repentance.

12 avril 2003

Réponse à l’ironie des vainqueurs

Alors que l’expédition punitive contre l’Irak n’est même pas achevée puisque l’armée des "libérateurs" continue d’écraser sous un tapis de missiles et bombes les champs de bataille du Nord du pays, les médias s’associent à la victoire des Etats-Unis et insinuent
que les anti-guerre devraient faire acte de repentance .

Les " anti-guerre " ne sont pas des pacifistes béats, ils se sont engagés contre une guerre illégitime, déclenchée contre la volonté de l’ONU, qui de plus avait tous les traits d’une expédition punitive en raison de l’incomparable inégalité des forces en
présence. De ce fait la victoire des armées d’invasion était prédictible dès le début des opérations, la seule inconnue étant le degré de résistance des Irakiens. La vraie surprise de cette guerre a été la force et la vaillance de la résistance des irakiens.

Cette résistance inespérée a surpris les agresseurs qui avaient consacré des années d’efforts pour conditionner les populations à travers le puissant émetteur radio de la Voice of America, le lancement par avion de 37 millions de documents de propagande et enfin l’infiltration depuis des mois d’agents spéciaux formés pour préparer la population à accueillir les " alliés "libérateurs. Devant l’échec de cette manipulation et devant le doute qui menaçait de s’insinuer parmi les jeunes hommes et femmes -en
majorité chômeurs et pauvres- engagés dans une expédition qu’ils croyaient bénie par Dieu, le commandement a intensifié l’emploi des moyens les plus meurtriers pour faire céder la population sous l’effet des bombardements continus, et par la pratique des tirs
directs de missiles et de chars sur les civils désarmés. Le mot de carnage et de massacre a été prononcé par les journalistes présents sur le terrain, du moins par ceux qui, ne faisant pas partie des sélectionnés incorporés à l’armée américaine, un peu comme les chroniqueurs espagnols qui accompagnaient les troupes des conquistadores afin de relater leurs hauts faits lorsqu’ils apportaient la bonne parole aux Indiens d’Amérique.

Il faut admettre que les médias français télévisés avaient dès le premier jour de l’offensive militaire adopté le ton du reporter sportif qui a choisi son équipe ; ils proclamaient l’entrée des britanniques dans Oum Ksour dès le lendemain et l’entrée dans Bassorah 2 jours plus tard et ne tarissaient pas d’éloge sur la progression rapide des chars américains vers Bagdad . Puis, le ton est devenu plus humble lorsque, grâce à des journalistes indépendants les tirs assassins sur des civils et le carnage des bombes à fragmentation et des bombes incendiaires.

Mais tout ceci est oublié et même annulé par la victoire militaire qui apparaît comme une victoire des présentateurs de télévision. D’où l’audace de ceux qui nous invitent à la repentance car à leurs yeux la victoire militaire se confond avec la victoire du droit. Les américains ont gagné parce-qu’ils avaient raison et voici qu’ils en trouvent la preuve dans les vivas prononcés par les habitants du quartier de Saddam City le plus marginal de la ville ; preuve aussi dans les déclarations enthousiastes de cette pauvre femme qui dit "ça y est cette fois grâce aux américains on va pouvoir voyager aller à Paris, en Suisse, en Amérique.. ".

Pourtant à côté des journalistes militants de la cause libératrice des " alliés ", il y en a d’autres qui mesurent la fragilité de cette soudaine adhésion, après trois semaines de silence ; ils y voient tantôt l’effet du soulagement naturel après trois semaines d’incessants bombardements, il y a aussi ceux qui dans toutes les sociétés sont toujours du côté du vainqueur. Ces journalistes décents n’omettent pas de rapporter les larmes sur les visages de bagdadis humiliés par l’occupation étrangère. Ils disent l’atmosphère
de tristesse qui emplit les quartiers rasés par les bombes ; le désespoir d’un homme qui devant le passage des marines s’effondre en disant "au mon Irak, j’ai perdu mon pays" ; ils rapportent aussi l’inquiétude et les propos lucides de ceux qui doutent que les américains veuillent contribuer à la démocratisation de l’Irak, sachant que les autorités américaines ont pour tradition de combattre les dictatures qui résistent à leur volonté impériale et de tolérer les dictatures qui s’y soumettent.

Loin de nous soumettre à la repentance à laquelle nous invitent les thuriféraires des vainqueurs militaires, nous trouvons dans cette guerre et ses énormes crimes contre l’humanité de nouvelles raisons de dénoncer la doctrine de la guerre préventive qui inspire le gouvernement des Etats-Unis dans son entreprise de gendarme du monde.
L’ambition avouée de poursuivre la guerre préventive sans limite de temps et d’espaces, doit nous mobiliser plus que jamais pour empêcher les "guerres préventives".
Le chantage à l’anti-américanisme ne nous impressionne pas car nous avons parmi les citoyens des Etats-Unis de nombreux amis et camarades qui combattent le militarisme de leurs dirigeants. Ces américains là, ne se repentent pas de leur opposition à la guerre
d’Irak. Parmi eux se trouvent des combattants de la guerre du Vietnam, et bientôt sans doute se trouveront des combattants de la guerre d’Irak, par exemple quelques uns des 37000 latino-américains immigrés qui se sont engagés dans cette guerre dans l’espoir
d’obtenir leur naturalisation. Cinq mexicains et guatemaltèques ont eu la chance de gagner rapidement leur décret de naturalisation, ils se trouvaient en effet parmi les premiers à mourir dans les sables d’Irak.

Denise Mendez avril 2003

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