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4 mai 2004

Les dollars des émigrés d’Amérique Latine utilisés comme arme électorale

par Andrés Oppenheimer

 

Une nouvelle tendance risque fort d’avoir des répercussions considérables lors des futures élections en Amérique latine : l’utilisation comme arme politique des 30 milliards de dollars que les immigrés latinoaméricains aux Etats-Unis font parvenir chaque année à leurs familles. Ces envois d’argent ont été l’un des axes de la stratégie électorale qui a permis au conservateur Tony Saca de gagner l’élection présidentielle du 21 mars au Salvador. La même stratégie pourrait bien être utilisée prochainement par les candidats pro-Etats-Unis à la présidence au Mexique, en Colombie, en Equateur et ailleurs.

Dans sa campagne, l’Alliance républicaine nationaliste (ARENA, parti au pouvoir, droite) assurait que si Shafick Handal, le candidat du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN, gauche marxiste), remportait la victoire, les relations entre le Salvador et les Etats-Unis se détérioreraient, ce qui entraînerait l’expulsion probable de bon nombre des 2,3 millions d’immigrés salvadoriens présents sur le territoire américain et l’interruption de la manne de quelque 2,2 milliards de dollars qu’ils envoient chaque année à leurs familles. L’un des spots télévisés de la campagne de l’ARENA, abondamment diffusé avant le scrutin, montrait un couple de Salvadoriens recevant un appel angoissé de leur fils à Los Angeles. "Maman, je voulais juste te dire que je suis très inquiet" . "Pourquoi ?" lui demande sa mère. "Parce que si Shafick devient président du Salvador, je risque d’être expulsé, et tu ne recevras plus mes mandats".

Au même moment, certains membres du gouvernement déclaraient à la presse que, grâce aux bonnes relations que le parti au pouvoir entretenait avec les Etats-Unis, le gouvernement Bush avait prolongé plusieurs fois le statut de protection temporaire accordé aux milliers de sans-papiers salvadoriens. Ils ajoutaient que ces prolongations prendraient fin si Handal était élu.

Le gouvernement Bush a-t-il interféré dans les élections salvadoriennes ? Pas plus que ne l’ont fait la Chine et Cuba, m’avait confié, lors d’une interview avant le scrutin, le président sortant, Francisco Flores Pérez [de l’ARENA]. Un responsable important de la campagne de Handal a précisé par la suite qu’une branche du Parti communiste chinois avait fait don de plusieurs conteneurs remplis d’ordinateurs, de tee-shirts et autres objets utilisés à des fins électorales.

On pourrait penser que les élections salvadoriennes resteront un cas unique. Le Salvador est le pays qui dépend le plus des mandats envoyés depuis les Etats-Unis : d’après la Banque interaméricaine de développement (BID), près de 28 % de la population adulte reçoit de l’argent d’un parent émigré. Ces mandats ont pris une importance telle pour des millions de Latino-Américains qu’ils pèseront sans doute de plus en plus dans la politique intérieure de la région. Selon la BID, au Mexique 18 % des adultes - soit près de 13 millions de personnes - reçoivent environ 12 milliards de dollars par an en provenance des Etats-Unis. Il en va de même pour 24 % de la population adulte au Guatemala, 16 % au Honduras et 14 % en Equateur.

Qu’il nous semble positif ou négatif, nous devrons suivre de près ce nouveau pas dans la mondialisation de la politique. L’explosion de la population hispanique aux Etats-Unis influe de plus en plus sur la vie des Latino-Américains qui reçoivent de l’argent du Nord. Ce qui s’est passé au Salvador n’est qu’un commencement.

El Nuevo Herald, Miami, ??
Courrier International, 1er avril 2004, Numero 700

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