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2 décembre 2016

Les États-Unis d’Amérique ont un peuple perturbé

 

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Une grande partie du peuple des États-Unis d’Amérique agit à partir d’un désespoir croissant et sourd, produit du piège dans lequel leur propre système de vie les parque. Sa récente attitude électorale est un symptôme suffisant.

Ils sont arrivés aux élections avec des candidats qui ne les séduisaient pas et ont fini par élire un président grossier, extravagant, imprévisible et dangereux. L’un des nombreux paradoxes que lance cette situation est qu’on suppose que celui qui revendiquera les travailleurs pauvres et au chômage va être un multimillionnaire d’ultra-droite, égocentrique et individualiste, dont on a jamais eu connaissance que les pauvres l’intéressaient. Bien que ce soit peut-être vrai, parce qu’on suppose – bien que cela ne se dit pas – qu’il sauverait ces Américains qui sont sans travail et salaire, aux dépends des travailleurs des pays les plus pauvres et périphériques. Il est connu que les États-Unis d’Amérique, quand ils sont dans l’embarras, exportent leurs rebuts aux nations les plus faibles.

L’Etasunien commun sait que les USA, puissance N°1 de la planète, disposent aujourd’hui de 40 millions de pauvres et qui, du jour au lendemain, subitement, il peut rejoindre cette armée. Il sait aussi qu’avec la crise des sub-primes, neuf millions de familles ont perdu leur logement (et il n’oublie pas que ce fut une gigantesque escroquerie arrangée par les grandes banques, ceux qui ont su symboliser un monde sévère de redingote et de galères noires, qui était autrefois si solide, de confiance et admiré). Il sait aussi que les 4 % d’hyper privilégiés de la population disposent de 78 % des biens, des richesses et des revenus du pays, et les 96 % restants doivent se répartir 22 %.

De plus, ils vivent obsédés par les délocalisations, à savoir la fuite d’usines et d’entreprises vers géographies très lointaines à la recherche de bas salaires. En quinze ans, 49 700 entreprises ont migré en Asie avec ce critère. Ils ont aussi appris comment les menaces de délocalisations mettent des genoux à leurs syndicats ouvriers et ainsi n’ont déjà plus de revendication à négocier ni droit à défendre. Ils savent que les Américains qui travaillent dans les « services« (par exemple la caissière de supermarché) sont contents et se sentent hors de danger parce que leur supermarché ne déménagera pas au Bangladesh ou en Indonésie. Mais ceux au chômage à cause d’autres délocalisations, tôt ou tard, frapperont aux portes de ce supermarché pour offrir leurs service pour un salaire inférieur, et elle –même sans délocalisation– finira aussi en perdant son salaire ou, dans le meilleur des cas, ils lui baisseront.

Les États-Unis d’Amérique furent le propriétaire du monde pendant 150 ans et sans parler des 50 dernières années du XXe siècle. Ils faisaient ce qu’ils voulaient, et se sont grossièrement mêlés de la vie privée et interne de tous les pays, protégés et une auto justifiés par l’idée abjecte du « Destin Manifeste » (La « Divine Providence » aurait décidé le Destin Manifeste pour que les yankees – grâce à leurs vertus incroyables WASP [1] – guident tous les peuples du monde par le bon chemin) [2]. Cette imagination de la propre suprématie, aujourd’hui rend plus conflictuelle et douloureuse cette longue et lente décadence. Lente oui, n’oublions pas qu’ils se sont réfugiés dans un pouvoir militaire infini qui, bien qu’il ne garantisse pas l’éternité de leur règne, leur assure de tenir sous la terreur et l’extorsion la planète pour encore un temps.

Les secteurs les plus cultivés et honnêtes des États-Unis, pas disposés à s’auto tromper, voient bien que leur société est celle avec le plus de déséquilibrés qui sortent pour tuer des gens avec des armes à feu et au hasard, avec la plus grande consommation de cocaïne, barbituriques, tranquillisants et stimulants par habitant, avec le plus d’obèses par 100 000 hab., avec le plus de gens enfermés dans des prisons (2 400 000 au total, et 40 % sont noirs, en sachant qu’ils représentent 6 % de la population), avec des assassinats arbitraires de noirs par des policiers qui ne sont pas condamnés et sont approuvés secrètement par des pans entiers de la population.

Ils enregistrent aussi des indices plus subtils comme : aujourd’hui, la misérable Chine d’à peine il y a 50 ans, est la locomotive du monde ou, par exemple, Général Electric, cette si chère compagnie fondée par Thomas Edison qui a fabriquer avec fierté pendant des décennies tant des satellites de l’espace ou des turbines pour de grands avions que des sèche-cheveux a décidé d’arrêter de produire et de se consacrer à la spéculation financière. Elle continue de toucher des droits sur les brevets qui ne sont pas encore dans le domaine public, elle gagne davantage depuis ces bureaux aseptisés de Wall Street, en concevant de machiavéliques ajustements sur des dettes réelles ou fictives des 150 pays les plus pauvres qui existent dans le monde. Sans rien fabriquer et sans des milliers d’ouvriers et d’ingénieurs dans ces énormes et bruyantes usines sales.

Aujourd’hui les États-Unis d’Amérique sentent la menace. Cela peut être dû à la fin de leur règne, au déclin du capitalisme ou à la décadence d’Occident. Les sujets intimidés ou qui ont peur –que ce soit des pays, des empires, ou des personnes– se retranchent et font appel à leurs aspects les plus réactionnaires, ou cherchent à échapper en prenant des décisions extravagantes. Sous ces deux schémas, il faut interpréter aujourd’hui le choix du peuple des Etats-Unis d’Amérique avec Donald Trump. Passer d’un coup d’un président noir à un fanatique raciste, montre un certain déséquilibre de la société.

Les Etasuniens qui s’intéressent à l’histoire universelle sentent aujourd’hui des frissons quand ils arrivent à la chute de l’Empire Romain, au IVe siècle de notre ère. L’Empire Romain était l’unique superpuissance hégémonique du monde à cette époque. La fracture entre riches et pauvres s’agrandissait de manière alarmante. Les autorités étaient seulement choisies parmi les plus puissants [« les élites » d’aujourd’hui]. Le budget militaire était impressionnant et le maintenir appauvrissait le pays. Ils essayaient de renforcer l’Empire avec des guerres permanentes de conquête et des pillages de richesses d’autres peuples, ils installaient de coûteuses bases militaires dans des territoires lointains. Ils distrayaient les gens de cette chute vertigineuse en les amusant au cirque et en jetant des chrétiens aux lions. Ils ont transformé une armée formée par des hommes du peuple avec l’engagement de mercenaires, et les non romaines pouvaient acquérir la citoyenneté en échange d’aller faire les guerres, etc., etc.

Il est donc très compréhensible que l’actuel citoyen des Etats-Unis d’Amérique qui étudie l’Histoire ait des frissons.

Fernando Braga Menéndez* pour Pagina12

* Fernando Braga Menéndez. Membre de l’IDEAL, Instituto de Estudios de América Latina.

Original : « EE.UU., un pueblo perturbado »

Pagina12. Buenos Aires, le 30 novembre 2016

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diáspora. Paris, le 1er décembre 2016.

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Notes

[1« WASP » est l’acronyme en anglais de «  White , Anglo-Saxon, Protestant  », blanc, anglo-saxon, protestant.

[2un ministre puritain du nom de John Cotton écrivait en 1630 : « Aucune nation n’a de droit d’expulser l’autre, s’il ce n’est pas par un dessein spécial du ciel comme celui que les israélites ont eu, à moins que les natifs n’agissent injustement avec elle. Dans ce cas ils auront un droit à livrer, légalement, une guerre avec ceux-ci et à les soumettre. »

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