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19 juin 2015

La triste vie des enfants soldats dans la guerre civile du Sud Soudan

Les Usaméricains les soutiendront-ils ?

par Nick Turse *

 

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Mon Jour du Vétéran

Introduction de Tom Engelhardt

Durant les dernières années il y a eu un événement aussi incroyable que silencieux. Le pouvoir militaire des États-Unis d’Amérique est devenu présent sur le continent africain de façon importante ; excepté Nick Turse (et Craig Withlock, du Washington Post), personne ne s’est pratiquement rendu compte de l’événement. Dans un certain sens, c’est l’histoire dont rêve un journaliste. Quelque chose d’important se passe devant nos yeux, quelque chose qui avec toute sa complexité pourrait changer notre monde, et personne n’y prête attention. Bien sûr, en Occident, les événements africains ont été « vus » de cette façon pendant des siècles : ils sont passés presque complètement inaperçus. Ils pensent l’Afrique comme un continent invisible. Il n’existe d’autre lieu dans le monde qui a été si peu présent dans la conscience des Usaméricains, ou même des occidentaux, même très récemment. Bien sûr, c’est entrain de changer rapidement en Europe , conséquence de la vague d’émigrants désespérés originaires d’une Afrique fragmentée, qui meurent par quantités effrayantes dans leur tentative de traverser la Méditerranée sur toutes sortes d’embarcations déglinguées.

Au cours des dernières années, le continent africain a été une chaudière sous pression, un phénomène auquel le pouvoir militaire des États-Unis d’Amérique n’a fait que contribuer avec sa déstabilisatrice « guerre contre la terreur » avec ses tactiques habituelles et perturbatrices ; Turse a toujours été « au pied du canon ». Tant son reportage pour TomDispatch que son livre le plus récent, « Tomorrow’s Battlefield : U.S. Proxy Wars and Secret Ops in l’Afrique » ont beaucoup contribué pour qu’on sache ce que le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM) faisait dans le continent. Dans la dernière note pour TomDispatch sur un Sud Soudan déchiré par la guerre civile, Turse se concentre pour la première fois sur le phénomène des enfants soldats et sur la forme par laquelle l’administration Obama – qui a dénoncé cette pratique dans des pays qui ne sont pas ses alliés – regarde maintenant vers un autre côté tandis que le pouvoir militaire sud-soudanais que cette administration a aidé à construire les utilise. Ce n’est pas un récit très agréable. Aujourd’hui, dans la ligne de l’implication US dans la guerre civile du Soudan du Sud, Turse rentre avec la plus triste de toutes les histoires, que racontent les enfants guerriers eux même et leurs probelèmes, exprimés dans les entretiens qu’il a faits auprès des plus jeunes soldats du Soudan du Sud.

* * *

Les enfants vétérans du Soudan du Sud veulent savoir le pourquoi de l’aide US

par Nick Turse *

PIBOR, Soudan du Sud – « je n’ai jamais été soldat », ai-je dit au vétéran dégingandé aux grands yeux qui était assis en face de moi. « Raconte-moi ta vie militaire. Comment est-elle ? ». Il a regardé vers le haut comme s’il pouvait trouver la réponse dans le bleu éclatant du ciel, il a souri honteux et après a fixé son regard sur ses propres pieds. J’ai permis que le silence nous enveloppe et j’ai attendu. Il semblait être empêtré. Peut-être était-ce à cause de ma présence.

Parfois les entretiens passent par ces moments inconfortables et silencieux. Durant ces années j’avais parlé avec des centaines de vétérans. Pour une raison ou une autre, plusieurs avaient été réticents à commenter leurs expériences militaires. C’est typique. Mais celui là n’était pas un vétéran typique, au moins pour moi.

Osman avait trois ans de service militaire, une partie en temps de guerre. Il avait combattu et il connaissait la monotonie ennuyeuse de la vie du soldat. Il avait quitté l’armée juste un mois avant que je le connaisse.

Osman a 15 ans.

Partout dans le monde il y a des jeunes qui se joignent à une milice pour de multiples raisons : pour une paie stable, par la nécessité d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux mêmes, pour donner de l’envergure, pour échapper à leur maison, parce qu’ils convoitent une structure, ou quelque chose d’excitant, ou une vie d’aventure, parce qu’ils n’ont pas de meilleure option, parce qu’ils sont forcé à le faire... Osman est rentré dans une milice appelée faction Cobra, il m’a dit, après que quelques soldats de l’Armée populaire de Libération du Soudan (SPLA, par ses initiales en anglais) – les forces armées nationales du Soudan du Sud – tirent sur son père et l’ont tué. Cela semblait être l’unique option pour lui. Ils lui fournissaient protection, soin et maison.

En février dernier, Osman a été libéré de son service militaire et il n’était pas seul. Dans les derniers mois, plus de 1 700 mineurs ont été démobilisés par la faction Cobra. Mais ils sont l’exception au Soudan du Sud. Aujourd’hui, il y a environ 13 000 enfants servant dans le SPLA ou dans l’Armée populaire de Libération de l’Opposition Sudanesa, une force rebelle dans une guerre contre le gouvernement, et d’autres milices et groupes combattant pour le pouvoir dans ce pays dévasté par la guerre civile.

Bien qu’aux États-Unis il existe une loi qui interdit le recrutement militaire de mineurs, ce pays regarded’ un autre côté tandis que se passe et qu’il fournit de l’assistance au SPLA bien qu’il utilise des enfants soldats. Année après année, le président Obama décrète des exemptions pour esquiver l’observation de la loi de prévention de l’emploi d’enfants soldats de 2008, par laquelle le Congrès a interdit aux États-Unis d’Amérique de fournir de l’aide militaire aux gouvernements qui intègrent des enfants dans leurs unités militaires. C’est juste une facette d’une politique d’appui qui a commencé dans les années quatre-vingts du siècle dernier, qui avec l’appui de l’ « accoucheuse » USA – comme l’ a dit le président de l’époque de la Commission de relations Extérieures du Sénat, John Kerry – a vu naître le Soudan du Sud.

« Pendant presque une décennie d’un travail qui a conduit à la déclaration de l’indépendance de 2011, la cause de la nation et ses citoyens a été très chère et proche du cœur de deux administrations US successives et de certains de ses penseurs et hommes politiques les plus compétents et efficaces », a écrit l’année dernière Patricia Taft, associée principale de la Fondation pour la Paix (FFP, par ses initiales en anglais) dans une analyse sur le Soudan du Sud. « Avec l’objectif d’assurer que cette constructrice de nations ’gagne’, tant l’administration de George W. Bush que celle de Barack Obama ont versé des tonnes et des tonnes d’aide au Soudan du Sud, sous toutes les formes imaginables. Depuis l’aide militaire jusqu’à l’aide alimentaire ou la fourniture d’expertise technologique ; les États-Unis d’ Amérique ont été le plus grand allié et soutien, aidant ardemment à l’accouchement d’un pays par tous les moyens nécessaires. »

Sur la question des enfants soldats, les exemptions ont été vues comme une nécessité pour aider à construire des « forces armées de confiance et professionnelles », selon des mots d’Andy Burnett, du Bureau de l’Envoyé spécial au Soudan et au Soudan du Sud, c’est-à-dire des forces armées éthiques et modernes qui, en dernier ressort, éviteraient de recruter des enfants. Le SPLA s’est fracturé en décembre 2013 et bientôt s’est trouvé impliqué dans des atrocités massives et avec un recrutement chaque fois plus important d’enfants soldats. Depuis ce temps-là, la guerre convulsionne le pays et est particulièrement ruineuse pour la jeunesse du Soudan du Sud. Selon le Fonds de Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF, par ses initiales en anglais), à peu près 600 000 enfants souffrent de difficultés psychologiques, 400 000 se sont trouvés obligés d’abandonner l’école, 235 000 souffrent d’ un risque grave de malnutrition aigue et plus de 700 ont été assassinés pendant un an et demi de guerre civile.

Commandant Cobra

Je me suis trouvé avec Osman et une douzaine d’ex-enfants soldats dans un village isolé à environ 270 kilomètres de la capitale du Soudan du Sud, Juba. La température semblait plus haute qu’à Pibor, l’air plus sec et plein de poussière. Tu finissais la journée épuisé et flétri. Le soleil t’oblige à cligner les yeux tout le temps et le vent souffle chaud ; comme sorti d’un four allumé.

A Pibor, le sol est desséché et fendillé. Le paysage grisâtre lunaire est cassé dans des milliers de morceaux formant une toile d’araignée de fissures, et de fentes spécialement aptes à casser les genoux et faire tomber la chaise quand tu t’ assois sur elle. De plus, les mouches. Des nuages de mouches partout. J’avais déjà vécu avec les mouches, mouches que tu ne réussis pas à écarter de ta nourriture, il y en a tant que tu arrêtes de donner des tapes et tu demandes une trêve ; tant qu’enfin tu te mets d’accord pour partager un plat et une fourchette avec elles, en partageant il y en a tant qu’elles peuvent se convertir en partie que tu manges si elles ne s’envolent pas suffisamment rapidement. Mais les mouches de Pibor sont une autre question : elles sont implacables, affolantes, impitoyables ; elles atterrissent sans cesse sur tes mains et sur les bras et sur les joues et sur le nez trempés de sueur, sur la viande de chèvre trouvée pas loin ou dans ta bouteille d’eau. Tu en tues une et quatre arrivent autres pour la substituer. Jusqu’à plus ou moins 7.30 de l’après-midi quand, comme par art magie, elles disparaissent tout simplement.

Pour Osman, un garçon de la zone, les mouches et la chaleur ne paraissent pas être une gêne. Peut-être c’est pourquoi ,pour lui, cette vie est meilleure que celle qu’il a vécue quand il portait son fusil d’assaut et était escorte d’un Officier de haute rang, un travail typique pour un enfant soldat de la faction Cobra, qui est une milice rebelle, qui jusqu’à l’année dernière, était dans en guerre contre le gouvernement. Korok, un garçon de 16 ans et avec des traits enfantins, originaire de Pibor, m’a dit qu’il avait fait tout le temps la même chose pendant ses deux années de service. « Ils m’ont donné une arme », dit-il tandis que ses grands yeux vivaces parcourent rapidement les environs. « Je suivais les hommes là-bas où ils allaient. »

Après que son père fut tué et sa mère décédée de la malaria, Korok est resté seul. Son frère servait loin dans le SPLA quand plusieurs soldats de la même force ont fait irruption dans la zone de Pibor pour punir la population locale – des hommes, des femmes et des enfants de la tribu murle – pour le soulèvement d’un natif du lieu, le rebelle de toujours David Yau Yau.

Yau Yau, qui avait été étudiant en théologie, a travaillé une fois dans le secrétariat du comté de Pibor de la Commission d’Aide et de Réhabilitation du Soudan du Sud, une agence fédérale consacrée à la réintégration et à la réinstallation de réfugiés et de personnes déplacées dans le pays. Cependant, au cours des cinq dernières années il s’était soulevé quelques fois contre le gouvernement. Un jeune étranger à la minorité murle, Yau Yau s’était opposé aux anciens des tribus et, en avril 2010, présenté comme candidat indépendant au Parlement. Après avoir perdu de façon écrasante, Yau Yau a pris un autre chemin vers le pouvoir, cette fois grâce à un soulèvement armé avec 200 combattants à ses ordres. Juste un an plus tard, après quelques escarmouches avec les forces du gouvernement et actes du banditisme, Yau Yau a accepté une offre d’amnistie ; selon diverses informations, maintenant il serait un général du SPLA.

En mars 2012, le SPLA a lancé une « campagne de désarmement » dans la zone habitée par les murles autour de Pibor, une campagne marquée par des atrocités, dont des violations et des attaques. Bientôt Yau Yau a recommencé à se rebeller ; il a attiré des jeunes hommes comme Korok et Osman dans son armée du Mouvement Démocratique du Soudan du Sud, aussi connue comme le SSDM/A-Cobra. En août 2012, avec des milliers d’adhérents à sa cause équipés d’un armement plus lourd, Yau Yau a lancé sa première attaque d’importance, dans une embuscade qui a tué plus de 100 soldats du SPLA, selon Small Arms Survey, un groupe d’investigation indépendant avec siège à Genève. Les combats entre la faction Cobra et le SPLA sont devenus plus intenses alors qu’avancçait 2013 ; la souffrance des civils dans les environs de Pibor ne s’est pas arrêtée.

Des documents du tribunal militaire du SPLA obtenus par TomDispatch donnent un témoignage de la violence régnante dans la zone. Le 31 juillet 2013, par exemple, le sergent Ngor Mayik Magol et le soldat Bona Atem Akot ont tiré et ils ont tué deux femmes murles et ils ont blessé un enfant dans le comté de Pibor (jugés et déclarés coupables, ils ont été condamnés à payer une « compensation de sang » consistant en 45 vaches par chaque femme, à passer cinq ans en prison et à payer une amende de 2 000 livres soudanaises chacun). En fait, selon Human Rights Watch, entre décembre 2012 et juillet 2013, 74 civils murles – dont 17 femmes et enfants – ont été assassinés.

En mai 2014, quelques mois après le début d’ une guerre civile authentique avec plusieurs forces rebelles sous la conduite de l’ex-vice-président Riek Machar, le président du Soudan de Sud Salva Kiit y Yau Yau ont signés un pacte de paix. Plus tard, l’ancien chef rebelle a sollicité la démobilisation des enfants qui servaient dans ses forces.

En janvier, la faction Cobra a commencé à libérer des jeunes hommes âgés entre 9 et 17 ans, certains d’entre eux avaient combattu pendant quatre ans. À la première cérémonie de démobilisation, supervisée par la commission nationale de désarmement et de démobilisation du Soudan du Sud avec l’appui d’UNICEF, 280 adolescents ont remis leurs armes et uniformes. Depuis ce temps-là, près de 1 500 ont été plus libérés. « Ils ont forcé ces enfants à faire et à voir des choses qu’aucun enfant ne devrait jamais avoir vécues », a dit le représentant d’UNICEF au Soudan du Sud, Jonathan Veitch. « La libération de centaines d’enfants requiert une réponse multiple pour proportionner l’appui et la protection dont enfants ont besoin pour reconstruire leur vie. »

Zuagin me dit qu’il a 15 ans, mais il paraît deux ans plus jeune. Ses jambes semblent être perdues dans son pantalon et sa chemise est trop grande. Né chez le peuple voisin de Gumuruk, il a servi prés de deux ans avant d’être démobilisé en février. Comme les autres de son âge, maintenant il passe les jours au Centre provisionnel de soins (ICC, par ses initiales en anglais) de Pibor, ensemble de constructions dominé par une église en pisée avec une image rudimentaire de Christ peinte à l’extérieur.

« UNICEF construit et administre les centres avec nos associés ; pendant un certain temps ils fournissent des soins et un toit aux enfants libérés tandis que nous cherchons leur famille », me raconte Claire McKeever, d’UNICEF. « Nous avons aussi formés des équipes locales de travailleurs sociaux, des cuisiniers et des aides soignantes qui travaillent aux centres. Les enfants ont de la nourriture, un toit et plusieurs choses comme des moustiquaires, des nattes, des savons, une aide psychologique et des activités récréatives. C’est un programme qui se prolongera pendant deux ans à Pibor, mais nous espérons que quand les derniers enfants seront rentrés à leur maison, ces complexes peuvent puissent être transformés en centres pour jeunes. »

Les enfants - vétérans des ICC sont comme les enfants de tout autre endroit. Certains sont curieux mais peureux, d’autres cauteleux et hésitants ; certains parmi les plus grands agissent comme s’ils étaient plus forts et plus tranquilles qu ’ils ne le sont en réalité . Ils sont quelque part à côté de la si subtile ligne de partage de l’adolescence ; certains avec les traits doux et arrondis des plus petit, d’autres en commençant à avoir les traits les plus marqués d’un jeune adulte ; certains avec une voix fine et fausset, les autres avec leur voix de baryton. Cependant, il y a quelque chose en commun entre tous : ils sont maigres et au large dans leurs chemises boutonnées ou dans leurs maillots de football. Très peu entre eux portent un tee-shirt avec un nom estampé : « Obama ». Plusieurs ont de l’énergie à brûler et un souhait de quelque chose de plus. Certains d’entre eux semblent prendre du plaisir en tourmentant l’un de leurs surveillants, un homme qui porte à sa main un fin et long bâton et fin pour maintenir dans la ligne les jeunes ; il les menace avec, bien qu’avec peu de possibilités de frapper ces vétérans agiles. À leur tour, ceux-ci se moquent de lui et lui volent le bâton si jamais il le pose une seconde dans un endroit. Le surveillant me dit que ces garçons sont sympas, qui sont des bons garçons. Il me demande aussi si je peux l’aider à obtenir un autre type de travail pour lui ; n’importe quoi que ce soit.

Zuagin était un autre garde du corps de la faction Cobra qui passait son temps de service dans la protection d’encore d’un homme plus âgé et de plus haut rang. « Il me traitait bien ; il me respectait », dit-il, bien qu’il assure que la vie qu’il mène maintenant est bien meilleure que celle au temps avec la milice. Il a de grands plans pour l’avenir. « Je veux aller à l’école », me raconte-t-il. « Je veux être médecin. Nous avons besoin d’un système de santé. Quand je serai médecin je pourrai aider à la communauté ».

Zuagin a déjà pensé à une solution pour le bain de sang du Soudan du Sud et la guerre civile apparemment interminable qui le provoque. « Ce dont nous avons besoin pour arrêter la violence c’est le désarmement, toutes les armes doivent être recueillies. Après cela, tous les jeunes hommes devraient aller à l’école. » J’écoute et j’acquiesse, tandis que je pense à la campagne de désarmement qui a conduit directement à la violence ici à Pibor, la violence qui a touché la vie du père d’Osman, la violence qui a forcé tant de collègues de Zuagin à prendre les armes de la faction Cobra et à devenir des enfants soldats. J’ai décidé de ne pas parler de cela.
Zuagin ya ha pensado en una solución para el derramamiento de sangre de Sudan del Sur y la aparentemente interminable guerra civil que lo provoca. « Lo que necesitamos para parar la violencia es el desarme, deben recogerse todas las armas. Después de eso, todos los jóvenes deberían ir a la escuela. » Yo escucho y le muestro mi acuerdo, mientras pienso en la campaña de desarme que condujo directamente a la violencia aquí en Pibor, la violencia que se cobró la vida del padre de Osman, la violencia que forzó a tantos de los colegas de Zuagin a coger las armas de la facción Cobra y convertirse en niños-soldados. Decidí no hablar sobre eso.

Aussi Osman a pensée à une solution simple : le plein emploi. « Pour avoir une paix, ils devraient donner un travail à tout le monde », dit-il avec une voix douce et âpre. « S’ils donnent un travail à tout le monde, tous seront occupés et il n’y aura pas de temps pour se battre. »

Comme le reste des garçons, Peter semble plus jeune que l’âge qu’il dit avoir : 16 ans. Et, comme plusieurs d’entre eux, il a été maltraité par le SPLA ; cela l’a mené – il y a deux ans – à abandonner sa maison et à s’unir à la faction Cobra. « Ils frappaient les gens. Même ils m’ont volé mes vêtements », me dit-il tandis que nous sommes assis à l’ombre peu abondante d’un arbre près de l’église du complexe ICC. La vie dans la milice était dure : cuisine, des travaux domestiques, service de garde du corps, combat. Le jeune homme aux yeux brillants dit que maintenant il a du temps libre et que sa vie s’est beaucoup améliorée. Il pense aller aussi à l’école, mais il n’a pas les 20 livres sud soudanaises nécessaires pour s’inscrire. La même histoire que raconte Osman, qui désire aller à l’école mais il n’a pas d’argent qu’il faut.

« Obtenir que tous les enfants de Pibor reviennent à l’école est prioritaire ; après beaucoup d’années de manque de moyens, les services reviennent peu à peu », me dit McKeever, de l’UNICEF, dans un courrier électronique.« Aujourd’hui il y a presque 3 000 mineurs immatricules à Pibor [et chez les voisins] Gumuruk et Lekuangule ; un enfant sur trois démobilisés natifs de Pibor est dans des programmes d’apprentissage intensif. »

Un jour du Vétéran ?

L’ICC est une installation qui selon les standards occidentaux pourrait être considérée comme spartiate ; les aménagements dont disposent les enfants sont peu nombreux, mais les vétérans de la faction Cobra ont de meilleurs conditions que plusieurs de leurs pairs , qui se trouvent affamés, sous-alimentés, déplacés, sans foyer et sa&ns espoir. « La vie est très bonne ici », me dit Osman ; la liberté d’aller et de venir où il lui plaît et de s’habiller en civil domine sa pensée. De plus, je mange gratis », ajoute-t-il. Quand je lui demande si un jour il voudrait recommencer à être soldat, il me lance un regard indigné, mais sourit immédiatement et lance un éclat de rire. « Non, cela ne me plaît pas de tout ; la pire de choses était de combattre. »

Zujian, qui parle un peu anglais, est d’accord. Avec une voix d’enfant qui doit encore changer, il jure que la vie qu’il mène maintenant est bien meilleure que celle qu’il menait quand il portait une arme et que pour lui la vie de soldat est terminée pour toujours. Tous les garçons à qui je parle me le disent aussi, bien que ce n’est pas garanti que certains d’entre eux ne finissent pas par retourner à la vie militaire dans les prochaines années. Cependant, tous veulent quelque chose mieux. Tous cherchent la façon d’abandonner cette vie.

Peter me demande sans détours de prendre quelques garçons et de les emmener aux États-Unis de manière qu’ils puissent personnellement raconter leur histoire. Il insinue fortement que lui aimerait d’être l’un d’eux. Pendant ce temps, il dit, qu’il « priera pour la paix ». Korok prie aussi : pour la paix et pour un meilleur leadership pour son pays. : « Y a-t-il une possibilité », demande-t-il, « que le peuple des États-Unis construise des écoles de manière à ce que les enfants puissent aller en classe au lieu de devenir des soldats ? »

« Le Soudan du Sud a besoin de développement. Il a besoin d( hôpitaux, non de lutte », me dit Zujian avec un sourire réfléchissant. Il porte toute la raison, mais je me demande s’il y a une possibilité de ce que cela se concrétise. Les récentes offensives militaires détruisent tout, tuent et blessent des civils et pratiquement personne n’est responsable de ce qui arrive. Le gouvernement obtient plus de 90 % de ses revenus, non des citoyens à qui il doit fournir des services et de la transparence, mais des entreprises pétrolières étrangères. Maintenant il y a aussi la dette avec la Banque Nationale du Qatar, l’organisme avec lequel le Soudan du Sud a été hypothéqué. Ses militaires sont impliqués dans d’énormes atrocités, comme l’ont aussi fait les forces rebelles qui leur sont opposées. Les deux forces continuent d’utiliser des enfants soldats. Le pays est au plus haut dans la liste des 178 nations les plus fragiles du monde élaborée par la Fondation pour la Paix, et occupe un place exceptionnellement haute en termes de pauvreté et de corruption, mais parmi les plus bas s’il s’agit de l’éducation, de l’infrastructure, de la liberté de la presse et des droits de l’homme. Le Soudan du Sud est l’un des pires lieux du monde pour ceux qui sont des mères ou des enfants. Son économie est ébranlée ; on attend que près de cinq millions de personnes souffrent d’un grave manque alimentaire dans les mois prochains . Etant donné qu’une grande partie des 60 dernières années la partie méridionale du Soudan a été impliquée dans des guerres, une série de conflits qui ont ruiné le pays, et en a fini avec la vie de millions d’êtres humains, a rendu amer à autant d’autres et avivé les feux de la vengeance, l’avenir semble sombre.

À la fin de notre entretien, Zujian m’a regardé fixement, ensuite il a cligné des yeux comme s’il cherchait quelque chose et il a commencé à m’interviewer moi. Il veut savoir ce que je poursuis ; pourquoi j’ai voyagé autant jusqu’à arriver à l’ICC pour parler avec lui et des autres garçons.

J’essaie de lui expliquer que mon pays a aidé au recrutement d’enfants soldats dans le sien, bien que la communauté internationale condamne cette pratique et que nos lois l’interdisent, de même que les lois du Soudan du Sud. Je lui dis que les gens des États-Unis connaissent peu ou rien du sort des enfants soldats dans le monde. C’est important, j’ajoute, que ces gens apprennent ce que ces enfants ont à leur dire sur la question.

Je suis venu ici, j’explique, écouter leur histoire et je ferai tout ce que je peux pour la raconter à mes concitoyens. Je peux sentir la déception de Zujian. Comme celle de plusieurs enfants, il attendait beaucoup plus de moi, peut-être un certain type même d’aide tangible. Son expression est sceptique et il reste en silence jusqu’à ce que nous arrivions sur le point d’être inconfortable. Alors, subitement, il dessine un vaste sourire et avec toute élégance il me sort du bourbier.

Clairement, l’aide et les actions de construction de nations que les États-Unis d’Amérique réalisent au Soudan du Sud ont produit moins d’effets que ceux désirés tant par Washington comme par le Soudan du Sud. Il n’est pas moins clair que le mauvais tour du président Obama de regarder ailleurs quand il s’agissait des enfants soldats faciliterait qu’à la longue se produise le collapsus de son utilisation en 2013 avec des résultats dévastateurs. Malgré cela, Zujian ne se plaint pas des États-Unis ou de ses citoyens. De quelque façon, malgré toutes ses déceptions, y compris même ma participation à la question, il continue d’avoir la foi.

« Je suis content d’avoir parlé avec toi », dit-il avec un mouvement de tête, sans cesser de sourire, tandis que nous sommes assis au soleil dans ce soir desséché d’un endroit incertain, littéralement sur une terre de personne située dans un lieu entre la guerre et la paix, entre la jeunesse et la maturité. « Si le peuple américain lit cela sur nous, peut-être il résultera quelque chose de bon. »

Nota : À la demande de l’UNICEF, les noms des enfants soldats ont été changés pour protéger leur identité.

Nick Turse* pour Tomdispach

* Nick Turse est historien, essayiste, journaliste d’investigation et éditeur exécutif de TomDispatch.com et membre du Nation Institute. En 2014, il a gagné les prix Izzy et l’American Book par son livre « Kill Anything That Moves ». Il a régulièrement informé depuis le Moyen-Orient, le sud-est de l’Asie et de l’Afrique ; ses notes ont été publiées par New York Times, Los Angeles Times, The Nation et TomDispatch. Son dernier livre vient d’être publié, «  Tomorrow’s Battlefield : U.S. Proxy Wars and Secret Ops in l’Afrique  ». La couverture de cette note a été possible grâce à la générosité de la Fondation Lannan.

Tomdispach. USA, le 4 juin 2015.

Traduit de l’anglais pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 19 juin 2015.

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