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17 octobre 2016

La Russie interprète les crâneries US comme un signe de guerre

par Ray MacGovern*

 

Pendant que les politiciens et les experts américains prennent plaisir à parler en mal de la Russie et à diaboliser le président Poutine, il y a des signes qui montrent que Moscou ne rigole plus et qu’elle se prépare à un conflit réel, écrit l’ex-analyste de la CIA Ray McGovern.

À l’époque de l’administration Reagan, j’étais l’un des analystes de la CIA assigné à présenter aux fonctionnaires de la Maison Blanche le Rapport quotidien au Président, qui résume le point de vue de la CIA sur les questions pressantes du jour concernant la sécurité nationale. Si je devais faire encore ce travail – et en supposant que les analystes de la CIA puissent encore dire la vérité au pouvoir – je serais obligé d’annoncer des nouvelles alarmantes quant au potentiel d’un affrontement militaire entre les États-Unis et la Russie.

Nous, les analystes, étions responsables de collecter les avertissements venant de Moscou ou d’autres capitales clés que les médias US ignoraient ou minimisaient souvent, comme les grands médias d’aujourd’hui ignorent l’escalade des avertissements de la Russie à propos de la Syrie.

Par exemple, le porte-parole de la défense russe, le Major Général Igor Konachenkov, a prévenu, le 6 octobre, que la Russie est prête à abattre des avions non identifiés – y compris les avions furtifs – sur la Syrie. C’est un avertissement qui, je pense, devrait être pris au sérieux.

Il est vrai que les experts divergent quant à savoir si les systèmes avancés de défense aérienne russes déjà en Syrie peuvent abattre les avions furtifs, mais ce serait une erreur de rejeter cet avertissement d’un revers de main. D’ailleurs, Konachenkov a ajouté que la défense aérienne russe « n’aura pas le temps d’identifier l’origine » de l’avion.

En d’autres termes, les avions états-uniens, qui patrouillent le ciel syrien sans l’approbation du gouvernement syrien, pourraient être vulnérables à une attaque, avec le gouvernement russe avertissant de façon préventive qu’un tel incident ne sera pas de la faute de Moscou.

En ce qui concerne les perspectives de relance de la négociation sur la Syrie, leur disparition n’a jamais été plus clairement énoncée que dans les remarques du ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans une longue interview avec Channel One Russian, ce dimanche. Il a terminé par un commentaire acéré : « La diplomatie a plusieurs alliés dans cette affaire [syrienne], les forces militaires de l’aérospatiale, de l’Armée et de la Marine russes ».

Lavrov reconnaît que le secrétaire d’État John Kerry a échoué dans ses efforts pour obtenir que les rebelles dit « modérés » soutenus par les américains se séparent de la filiale syrienne d’al-Qaïda. Avec cette condition clé du cessez-le-feu parti en fumée, Lavrov dit que la force militaire est le seul moyen de chasser les djihadistes de leur bastion dans l’est d’Alep et de rétablir le contrôle du gouvernement.

Le président Vladimir Poutine et ses conseillers semblent prêts à assumer le risque d’escalade dans l’espoir que toute confrontation armée reste limitée à la Syrie. Il semble qu’il y ait aussi un élément important de synchronisation dans le comportement actuel de la Russie, considérant qu’il vaut mieux prendre ce risque maintenant, car elle pense qu’elle risque de faire face à un président plus belliciste encore le 20 janvier.

De même, il semble qu’un nouveau sentiment de confiance règne au Kremlin, même si la « balance des forces », au niveau mondial et au Moyen-Orient, reste en faveur des États-Unis. La Russie a gagné un allié clé avec la Chine, et les médias chinois ont fait preuve de compréhension et même de sympathie pour le comportement de la Russie en Syrie.

Souvent négligé est le fait que la Chine a minimisé son insistance de longue date sur l’inviolabilité des frontières souveraines et a évité de critiquer l’annexion russe de la Crimée en 2014, suite à ce qui a été largement considéré comme un coup d’État soutenu par les Etasuniens en Ukraine, quand le président élu, Viktor Ianoukovitch, a été renversé. Les Chinois n’adhèrent pas aux « changements de régime » – que ce soit à Kiev ou à Damas – et regardent de travers l’insistance des États-Unis à vouloir renverser le président Assad.

Plus important encore, la coopération militaire entre la Russie et la Chine n’a jamais été aussi proche. Si la Russie se trouve dans une escalade majeure des hostilités au Moyen-Orient et/ou en Europe, les problèmes peuvent ne pas s’arrêter là. Les États-Unis doivent s’attendre à de significatifs bruits de bottes chinois en mer de Chine méridionale.

Tous ces signes pointent vers des jours très dangereux, mais il y a eu peu de discussions intelligentes à propos de ces risques dans les grands médias étasuniennes ou même, apparemment, dans les salles du pouvoir à Washington. On dirait un somnambule marchant vers un abîme.

Ray McGovern pour Consortiumnews

Original : « Russia Reads US Bluster as Sign of War ».

Traduit par Wayan, relu par Catherine pour Le Saker Fr

Consortiumnews. USA, le 11 octobre 2016.

*Ray McGovern ex officier d’infanterie spécialisé en intelligence militaire, et qui a ensuite été analyste de la CIA durant 27 ans, de l’administration de Kennedy à celle de George H. W. Bush. Il a préparé le Rapport Quotidien au Président. Il était un des cinq conseillers à la sécurité nationale du président Ronald Reagan entre 1981 et 1985. En janvier de 2003, Ray a participé à la création du Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) en vue d’exposer la façon dont les services d’intelligence avaient falsifié les rapports pour « justifier » la guerre en Irak. Ray parle couramment le russe, l’allemand et l’espagnol.

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