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20 juin 2019

La Guerre de Bolton

par Rafael Poch de Feliu*

 

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Le fou belliqueux qui dirige le Conseil de Sécurité Nationale à Washington a toujours bataillé pour faire échouer tous les accords importants de notre monde nucléarisé.

Se souviennent-ils de Sheldon Adelson ? Le multimillionnaire des casinos et parrain de Netanyahu voulait ouvrir en 2012 un « Eurovegas » à Barcelone. Après l’explosion de la bulle immobilière, Artur Mas l’y a rencontré dans une tentative d’étayer l’économie politique convergente postérieure au 3 % et avec celle qu’on nommait « l’axe Massachusetts-Barcelona-Tel Aviv ». Ce génial coup reste pour l’histoire pathétique du « procès », mais ce dont il s’agit aujourd’hui est quelque chose sérieux : des « Hauteurs de Trump  ».

L’« Informed Comment » de Juan Cole dit qu’Adelson, cinquième fortune des États-Unis, fut celui qui fait pression sur Donald Trump pour nommer à un poste élevé le criminel dément John Bolton. Il s’agit de pousser les États-Unis vers une guerre avec l’Iran qui couvre le flanc oriental de l’expansion israélienne proclamée par Netanyahu : annexer la Cisjordanie. « L’Iran est l’unique pays qui continue de s’opposer activement à la purification ethnique lente des territoires palestiniens occupés, et Adelson et sa créature Netanyahu cherchaient un grand maton pour briser les jambes de Iran », dit-il le portail de Cole. Ce maton est Trump, et Netanyahu l’a déjà honoré ces jours si en baptisant de « Ramat Trump » (Hauteurs de Trump) l’une de 33 colonies juives du plateau du Golan arraché à la Syrie en 1967, officiellement annexés par Israël en 1981 et que Trump a reconnus comme Israéliens, contre tout droit international, le 25 mai dernier.

Dire que Bolton est un criminel dément n’est pas un caprice rhétorique. L’homme que le millionnaire Adelson a placé à la tête du Conseil de Sécurité Nationale, est un fou belliqueux acharné à pulvériser tous les accords de notre monde nucléaire. Il a commencé avec l’accord antimissile balistique (ABM, en anglais) signé en 1972 entre Nixon et Brezhnev. Il a bataillé avec succès contre l’accord passé entre Clinton et les Nord-Coréens, et fut le pilier du retrait des États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran de 2015 signé par Obama. Il s’est dernièrement féliciter de dynamiter l’accord sur des forces nucléaires intermédiaires (tactiques) INF signé entre Reagan et Gorbachov, ce qui augmente le risque d’une guerre nucléaire en Europe, et aidé par son collègue Mike Pompeo il vise clairement l’accord sur les armes nucléaires stratégiques (START) qui devrait être renouvelé par la Russie en 2021. Bolton est le type qui a proclamé en avril, de passage par la Floride, « pour que tous l’entendent », que « la doctrine Monroe est en vie et en forme ». En corrigeant ainsi l’affirmation de 2013 du président Obama devant l’Organisation d’États Américains (OEA) que « l’ère de la doctrine Monroe est finie ». Eh bien, ce personnage, avec Pompeo, est celui qui pilote ce que le site israélien Maariv Online annonce comme « un assaut tactique » contre l’Iran c’est-à-dire une guerre.

Cet assaut a déjà eu sa rupture diplomatique avec le retrait unilatéral de l’accord nucléaire de 2015 qui était bien remis sur des rails, selon l’ONU et tous les autres signataires, et lance ces jours ci les prétextes habituels de guerre sous forme de sabotages dans des ports du Golfe Persique (le 14 mai) et d’attaques étrangères de pétroliers comme celle du 13 juin, qui ont coïncidé avec la visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe à Téhéran, de la même façon que l’ attentat chimique de la Syrie a coïncidé avec l’arrivée à Damas d’une délégation de l’ONU pour superviser la destruction de l’arsenal chimique de Bashar el-Assad. Tout avec un grand parfum de style incident du Golfe de Tonkín.

Selon Nathalie Tocci, la conseillère en chef de la dévalorisée représentante de l’Union Européenne pour les Questions Internationales et la Politique de Sécurité, Federica Mogherini, le pilotage de Bolton avec l’extrême pression exercée sur l’Iran indique que Trump ne contrôle pas la situation. « Peut-être il devrait changer son conseiller de sécurité nationale » qui le pousse vers un insensé changement de régime en Iran qui s’ajoute aux catastrophes de l’interminable guerre commencée par Washington après 11-S et qui en 18 ans a produit plusieurs millions de morts, de réfugiés et une infinité de problèmes.

Que les militaires combattent les présidents des États-Unis est quelque chose que nous avons déjà vu en Syrie, quand ils ont bombardé des installations russes pour faire éclater des accords de coopération militaire obtenus par John Kerry avec Moscou, comme a expliqué le Secrétaire de l’État lui-même après avoir abandonné son poste. Si cela est arrivé avec Obama, pourquoi pas avec Trump ?

La plainte de Bolton selon laquelle l’Iran a augmenté sa pression militaire en Irak et en Syrie, a été démentie par le chef de l’armée britannique en Irak, Chris Ghika : « il n’y a pas eu d’augmentation dans la menace provenant des forces soutenus par l’Iran en Syrie et en Irak », a-t-il dit au désespoir des Etasuniens. Parallèlement, 76 généraux et ambassadeurs à la retraite ont publié une lettre pour Trump dans laquelle est dit que, « la guerre avec l’Iran qu’elle soit voulue ou par erreur de calcul, aura des répercussions dramatiques sur le Moyen-Orient déjà déstabilisé et entraînera les États-Unis dans un autre conflit armé à un prix financier, humain et géopolitique immense  ».

Quoi qu’il en soit, la volonté des faucons de la Maison Blanche pour changer le régime en Iran, n’est pas une ligne du goût de nombreux dirigeants militaires des États-Unis qui, comme les généraux et les ambassadeurs à la retraite, prédisent davantage de chaos comme résultat. leur argument consiste est que les vrais adversaires ne sont pas des pays comme l’Iran, dont la capacité militaire est moindre, mais en revanche la Russie et la Chine, sont les pays qui ont profité du chaos de ces 18 années pour moderniser leur forces, en vue « d’éroder de façon significative l’avantage US sur la technologie moderne », dans les mots du Ministre de la Défense de l’époque, Jim Mattis, de réorienter l’effort vers la compétition entre de grandes puissances au lieu de se concentrer sur le dit « terrorisme ».

Selon l’analyste Michael T. Klare, il y a actuellement aux États-Unis deux projets de guerre, celui de Bolton et celui de la Marine des Etats-Unis et les 750 000 millions de dollars du budget prévu pour l’année prochaine sont engagés sur le deuxième projet. Le Pentagone penche plutôt vers la doctrine énoncée en mars par l’actuel Secrétaire de la Défense intérimaire Patrick Shanahan. « Dissuader ou battre l’agression d’une grande puissance est un défi fondamentalement différent que des conflits régionaux impliquant les états dévoyés et les organisations extrémistes violentes que nous avons affrontées dans les 25 dernières années », dit Shanahan. De tout cela, Klare, déduit qu’il y aura de fortes réticences du Pentagone à la « Guerre de Bolton », pour considérer qu’il distrait l’effort de la scène principale : un bras de fer dans la Mer de Chine Méridionale, où les tensions revêtent déjà un caractère hebdomadaire, le projet de la Marine.

L’objectif militaire chinois est de convaincre les militaires US que dans un conflit régional et limité sur zone, les forces aéronavales des États-Unis sortiraient perdantes et que c’est pourquoi il est préférable de ne pas essayer. Celui des étasuniens est de détruire la capacité chinoise dans les systèmes d’armes connus comme A2 / AD (Anti Access/Area Denial), la version moderne d’une muraille de chine de missiles et des moyens électroniques et spatiaux pour aveugler l’adversaire, pour couler ses bateaux, pour abattre ses avions et pour empêcher son agression.

Peut-être est-ce cette division d’opinions et de projets à l’intérieur de l’establishment de la malheureuse guerre éternelle des États-Unis, l’unique donnée positive de cette heure dramatique quand les tambours de guerre redoublent autour de l’Iran.

Rafael Poch de Feliu* pour ils son blog personnel Rafael Poch de Feliu

Rafael Poch de Feliu. Catalunya, le 19 juin 2019

* Rafael Poch-de-Feliu (Barcelone, 1956) a été durant plus de vingt ans correspondant de « La Vanguardia » à Moscou à Pékin et à Paris. Avant il a étudié l’Histoire contemporaine à Barcelone et à Berlin-Ouest, il a été correspondant en Espagne du « Die Tageszeitung », rédacteur de l’agence allemande de presse « DPA » à Hambourg et correspondant itinérant en Europe de l’Est (1983 à 1987). Blog personnel. Auteur de : « La Gran Transición. Rusia 1985-2002 » ; « La quinta Alemania. Un modelo hacia el fracaso europeo » y de « Entender la Rusia de Putin. De la humiliación al restablecimiento ».

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 20 juin 2019

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