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29 novembre 2013

L’intégration latinoaméricaine à l’heure décisive

par Emir Sader *

 

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L’idée que les difficultés que traversent actuellement les pays latinoaméricains découleraient d’une fin de cycle, est à la mode dans les analyses conservatrices. Et que serait passée, la période favorable à la croissance des économies de ces pays, fondée sur les prix élevés des produits primaires d’exportation. Que le modèle de croissance poussé par la demande, liée à l’expansion du marché interne de consommation populaire se serait épuisé.

Oui, des problèmes de rythme de croissance existent dans plusieurs économies, il y a des déséquilibres dans les budgets d’État de certains pays, des pressions inflationnistes existent, il y a des pressions récessives internes et externes sur les économies de nos pays. Des secteurs qui sont responsables d’immenses reculs –récessions, concentration de la rente, exclusion sociale, parmi tant d’autres – profitent de ces circonstances pour essayer que l’on revienne aux politiques précédentes, quand, il s’agit de faire des corrections de cap et de continuer à avancer sur le chemin des politiques qui ont permis que les pays du continent réussissent à résister à la récession la plus profonde et longue du capitalisme en 80 ans.

Il s’agit de faire les aménagements nécessaires pour casser l’hégémonie du capital financier sous la forme de capital spéculatif que les politiques de dérégulation du néolibéralisme ont promu comme le secteur hégémonique sur le plan économique, en canalisant pour un usage prédateur les capitaux qui devraient aller aux investissements productifs, qui génèrent les biens et les emplois dont nos économies ont besoin.

Il s’agit de chercher les formes –étatiques et (ou) privées– pour obtenir les ressources afin de retrouver des niveaux supérieurs de développement économique. De continuer à approfondir la croissance économique avec une distribution de rente, en générant de nouvelles façons de mettre en œuvre les politiques sociales qui ont permis que le continent le plus inégal du monde ait des pays qui parviennent à faire diminuer l’inégalité, la misère et la pauvreté - même à une époque où prédominent l’austérité, la concentration de la rente et l’exclusion des droits à une échelle mondiale-, comme cela n’avait jamais été fait à cette échelle dans nos différents pays.

Dans ce cadre, il sera difficile de continuer à résister aux pressions de récession internes et externes, de façon isolée dans la marge d’action de chacun de nos pays, même avec les formes actuelles de collaboration et d’appui des processus d’intégration. Il sera utile de faire un saut décisif dans les processus d’intégration latinoaméricaine, en se servant de l’élargissement du Mercosur – avec l’admission du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur, du Surinam, de la Guyane – pour enfin élaborer des projets de développement économique, technologique, financier, physique et énergétique, d’infrastructure, des chaînes de production, des formes politico-institutionnelles d’intégration, d’environnement, culturelles, d’intégration sociale et de travail, d’éducation, de santé publique, parmi tant d’autres sphères d’intégration.

Le moment est arrivé pour que l’Unasur franchisse un pas décisif dans la définition de ses fonctions, que fonctionne la Banque du Sud, que les attributions du Conseil Sud-américain de la Défense soient étendues, que les instances qui peuvent annuler les conflits de différents ordres qui existent ou qui peuvent surgir dans la région soient créées, parmi d’autres organismes que supposet l’approfondissement et l’étendue des processus d’intégration sudaméricaine. Qui fait de l’Unasur le grand espace de coordination des projets situés dans l’Atlantique et dans le Pacifique de la région. Qui trouve les formes conjointes de résistance aux flux récessifs qui viennent du centre du capitalisme. Qui trouve des formes propres de résolution des conflits régionaux, entre tant d’autres fonctions.

C’est le moment de ré-impulser et d’approfondir des processus d’intégration régionale. La crise de récession n’a pas de date de péremption au centre du système. Nous devons nous équiper pour affronter conjointement la construction de projets stratégiques d’intégration régionale pour continuer à affirmer l’Amérique Latine comme étant la région qui participe le plus au combat contre l’inégalité, l’exclusion sociale, de la pauvreté et de la misère.

Emir Sader pour Alai-Amlatina.

Alai-Amlatina. Brésil, le 28 novembre 2013.

* Emir Sader il est philosophe et professeur de sociologie à l’université de l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ) et à l’Université de São Paulo (USP).

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo. Paris, le 29 novembre 2013.

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