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28 janvier 2019

L’alliance gouvernante argentine cherche à s’associer avec les évangéliques

L’évangélisme politique, nouvelle arme qui sort du laboratoire Sud-américain

L’évangélisme politique remplacera à terme à l’extrême droite imprésentable

par Washington Uranga

 

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Le secteur des évangéliques n’a pas montré jusqu’à présent d’activité politique, ni n’est réellement uni, mais ils ont été nombreux dans la campagne contre la légalisation de l’avortement. La croissance d’une religion et les illusions officielles de répéter un phénomène d’aide au président du Brésil afin d’atteindre cette fonction. La capacité de mobilisation des évangélistes est apparue pendant la manifestation contre l’avortement « pour les deux vies ».

L’année électorale génère toujours de nouveaux défis pour les forces politiques engagées à rassembler des votes. Dans ce contexte, les stratèges électoraux de Cambiemos [parti de Macri en Argentine] ont dirigé leurs regards vers les évangéliques, un groupe qui n’a pas eu jusqu’à présent un rôle électoral de premier plan en Argentine mais qui fut l’un des piliers du récent triomphe de Jair Messias Bolsonaro au Brésil et lors de l’élection d’Alberto Fujimori au Pérou en 1990.

Pour l’instant, il n’y a pas de structures qui réunissent les évangéliques impliqués dans la politique. Chacun agit pour son compte et dans différents espaces. Alfredo Olmedo, député de la province de Salta de Cambiemos, explicite de manière exubérante sa condition religieuse pour fonder ses actes politiques. Le député a été baptisé en mai 2017 à Salta, dans l’église « Jésus est le centre  ». Dans la province du Buenos Aires, le pasteur Gastón Bruno, qui jusqu’à 2015 a occupé la charge de vice-président d’ACIERA (Alliance Chrétienne d’Églises Évangéliques), a renoncé à cette charge pour être investi député par Cambiemos. Il est actuellement Directeur de Gestion en charge des Enseignants à la Direction générale de Culture et d’Éducation de la province de Buenos Aires, et l’un des principaux liens de la gouverneur Marie Eugenia Vidal avec le monde évangélique. Il y a eu des apparitions de militants évangéliques de la politique dans le débat sur la légalisation de l’avortement, occasion lors de laquelle les plus actifs se sont montrés sous la devise « des deux vies  ».

La stratégie de Cambiemos consiste à coopter, par affinité idéologique mais aussi grâce à des liens relatifs à l’aide sociale, différents groupes et congrégations évangéliques avec l’intention visible de jouer un rôle similaire à celui tenu au Brésil.

Il n’ y a pas de données actualisées sur la quantité de fidèles évangéliques dans notre pays parce que le relevé topographique le plus sérieux sur les religions en Argentine (coordonné par le sociologue Fortunato Mallimaci) date de 2008. La recherche est dans un processus d’actualisation et les résultats seront connus vers le milieu de cette année, mais les enquêteurs du CEIL-Conicet et d’autres spécialistes de du sujet soulignent que le nombre d’évangéliques se situe aujourd’hui autour de 10 % de la population. Le pasteur baptiseur Rubén Proeitti, président d’Aciera, affirme que « nous les évangélistes dépasserons les 9 millions de croyants ». Walter Serantes, pasteur de l’Église Le Temps de Renouveau, dans la ville de Tigre [chef lieu de la commune du même nom dans la province de Buenos Aires], et Secrétaire de l’Union d’Assemblées de Dieu, assure qu’il y a 5 000 églises seulement dans la province de Buenos Aires.

Avec les estimations aujourd’hui à vue on peut soutenir que le nombre d’évangélistes n’aurait pas substantiellement grandi depuis la dernière mesure comme cela est arrivé, par exemple, au Chili et au Pérou. Le Brésil est le pays avec la plus grande proportion d’évangélistes : 26 % de la population selon une étude du Pew Research Center publié en novembre 2014.

Mais en dehors de toute spéculation sur leur nombre, les évangélistes ont consciemment augmenté leur visibilité dans l’espace public, en abandonnant l’attitude prudente et silencieuse d’autrefois. Il y a une plus grande présence territoriale à travers des temples et des lieux de culte, et aussi grâce à des actions liées avec le social et l’accompagnement personnel de ceux qui souffrent, sans oublier les espaces qu’ils occupent dans différentes prisons. Au regard de ces capacités, l’État – avec Cambiemos mais aussi avant – utilise la congrégation évangélique et ses bergers pour canaliser l’aide sociale, ce qui augmente la capacité politique de ces groupes et de son incidence territoriale.

Comme toute institution et comme cela arrive aussi avec l’Église Catholique, les évangéliques aspirent à augmenter leur part de pouvoir et à influencer les décisions. Avec cette intention ils ont agrandi leur rayon d’action et leurs niveaux de dialogue. Pas seulement avec le gouvernement de Cambiemos, mais déjà sous l’administration précédente. Alicia Soraire, fidèle de l’église évangélique et aujourd’hui déléguée pour Tucumán (FpV-PJ), était l’une des collaboratrices les plus directes d’Alicia Kirchner au Développement social. Hugo Moyano et sa famille donnent aussi un témoignage de son évangélisme. Aciera a dit que « en tant que tel elle n’a pas de position politique, ni ne favorise une politique partisane déterminée » bien que « nous saluons et nous encourageons que les croyants s’engagent dans la société avec l’ardeur d’être le sel et la lumière et des instruments de vérité et de justice ».

Ce qui a permis aux évangéliques de pénétrer dans les secteurs populaires, c’est leur proximité avec la quotidienneté. Selon Marcos Carbonelli, docteur en Sciences sociales et chercheur du Conicet, ces groupes provoquent « la connexion entre la restauration spirituelle et matérielle des personnes : il ne s’agit pas de croire seulement pour se sauver dans un temps futur, dans l’ au-delà. La rédemption arrive aussi ici et maintenant, et se manifeste dans des réussites matérielles concrètes, comme obtenir un travail, comme abandonner une dépendance, comme reconstruire un lien familial ».

L’expression « évangéilque conservateur » utilisée à plusieurs reprises par analogie à ce qui se passe au Brésil, est peu précise et peut induire la confusion. « Le dire ainsi supposerait une cohérence et un aspect systématique qui est difficile à trouver empiriquement », assure Joaquín Algranti, docteur en Sciences sociales, membre du CEIL-Conicet. « D’une manière très similaire à ce qui arrive dans le catholicisme, le monde évangélique et le pentecôtisme en particulier, en matière de politique reflète dans ces lignes générales les mêmes positions qu’on voit dans la société » affirme le pasteur Néstor de l’Église Évangéliste Méthodiste Argentine (IEMA) et le président de la Fédération l’Argentine d’Églises Évangéliques (FAIE).

Il suffit de réviser l’histoire argentine pour trouver quelques exemples de référents évangéliques engagés dans les luttes populaires. Récemment le Mouvement Œcuménique pour les Droits de l’Homme n’aurait pas été possible sans les évangéliques et sans la mystique et l’engagement de l’évêque méthodiste Federico Pagura, l’un de ses fondateurs.

Peut-on voir en Argentine, un phénomène comme celui du Brésil à propos d’un bloc politique évangéliste (le « siège évangéliste ») d’alignement conservateur ? Ce sont les hommes politiques de Cambiemos qui sont sortis à la recherche des évangélistes dans le cadre d’une stratégie de l’officialisme (alliance au pouvoir), qui est dérangé par l’attitude critique de la part de la hiérarchie catholique, prêtres et fidèles alignés avec le Pape François.

Carbonelli affirme que « il y a des grandes différences entre le Brésil et l’Argentine parce que dans notre pays continuent d’exister des identités politiques fortes, avec une présence territoriale ». Par exemple, il assure, « bien que la présence évangélique a grandi dans les quartiers et que les fidèles aillent aux temples, cela n’a pas été lié à la détérioration de la tradition péroniste de ces mêmes familles. Ici il ne reste pas d’espace pour des identités exclusivement religieuses ».

Selon Algranti, il est nécessaire de distinguer « la stratégie de quelques pasteurs et de leaders à la recherche de représentativité ou de la projection partisane de l’action effective des croyants, qui a l’habitude de répondre politiquement à logique différente des assignations religieuses, dont il n’est pas évident qu’elles orientent le vote ». Et « loin d’observer une posture monolithique – dit Carbonelli – l’hétérogénéité constitutive de ce monde religieux (évangélique,) conduit à des positions politiques diverses et dispersées, qui empêchent toute association avec une menace démocratique ».

Washington Uranga* pour Página 12

Página 12. Buenos Aires, 27 janvier 2019.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

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El Correo de la Diaspora. Paris, le 28 janvier 2019

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