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12 mai 2004

« L’Asamblearia », entreprise solidaire. Une chaîne de commercialisation d’entreprises autogérées en Argentine

par Laura Vales

 

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« L’Asamblearia », l’entreprise solidaire : la consommation peut-elle être utilisée comme un outil politique ? A Núñez, une coopérative commercialise exclusivement les produits des usines récupérées ou autogérées. L’Asamblearia loue un local de 200 mètres carré, un ex-supermarché de la rue du 3 février. Là, on vend de l’herbe maté, des grissinis, du miel, des sucreries, fromages, articles de nettoyage et textiles.

L’Asamblearia est une coopérative qui s’occupe de vendre produits de l’économie sociale, élaborés dans les usines récupérées, dans les entreprises nées de l’économie sociale, solidaires autogérées et issus des mouvements paysans. Créée par les membres de deux assemblées de Buenos Aires, il s’agit de la première tentative d’installer à Buenos le concept commerce équitable, une idée qui vise la défense des sources d’emplois initiées par le mouvement social. Elle offre aux consommateurs la garantie d’acheter des produits ayant une double caractéristique : ils sont sains (ils sont fabriqués sans produits chimiques, dans des processus non polluants pour l’environnement) et sont élaborés dans des conditions de travail dignes.

La coopérative fonctionne dans le quartier de Núñez. Après avoir exposé ses produits dans des salons et des marchés, ses membres ont loué le local d’un supermarché, où maintenant sont commercialisés les produits de 25 entreprises sociales. L’herbe maté Titrayjú - cultivée par des paysans de Missiones-, les fromages de la coopérative Montecastro, les produits d’entretien de Burbuja Latina - de l’assemblée Gastón Riva - sont quelques uns d’entre eux.

"Nous avons commencé en janvier 2002, avec un groupe de voisins touchés par le corralito, on s’est mis à faire des achats communautaires. Cette expérience que nous appelons la « Bourse et la vie » nous a été utile durant l’époque la plus dure de la crise économique. Elle a duré tous ces mois, et là nous nous avons pigé l’avantage d’acheter directement aux producteurs. Nous avons créé un petit magasin. Après, la vie même de l’assemblée nous a liés à des entreprises récupérées. Quand nous avons pensé à lancer notre propre entreprise sociale nous avons décidé que, au lieu de produire, nous voulions nous occuper de la commercialisation", explique Lucio Salas Oroño.

L’Asamblearia vend de trois façons : dans son local, à de petits commerces à travers d’une équipe de vendeurs et aux cantines populaires et à celles des municipalités, en gros. Son activité n’a pas de fins lucratives. Les prix de vente ont une marge de gain qui sert à payer les salaires des trois jeunes femmes qui reçoivent le public et les défraiements de six vendeurs qui démarchent à l’extérieur. La location du local n’est pas encore couverte en revanche et c’est le sujet de différents débats. Celui qui se rend au 3552 de la rue du 3 février, à Núñez, trouvera un vaste espace, de 200 mètres carrés, aménagés tant pour accueillir les acheteurs que pour réaliser des rencontres et des ateliers.

Dans les gondoles, les produits sont accompagnés d’affiches qui expliquent leur origine. Par exemple : "Grissinopolis était une entreprise de 40 ans d’histoire sur le marché alimentaire. Elle a été vidée et abandonnée par ses 17 propriétaires, ce qui a obligé les travailleurs à vivre des mois dans la fabrique pour éviter que soient emportées les machines, puisque les patrons devaient des salaires et les cotisations sociales retraite sur quatre ans. Les 16 travailleurs qui composaient le collectif de travail ont formé la coopérative La Nouvelle Espérance. Ils ont introduit de nouveaux produits sur le marché et ont créé le centre culturel d’art et des métiers de la Grissiculture", peut-on lire dans le secteur des grissinis. Et à côté, il y a les jouets "Bien Argentino" : " Nous sommes une entreprise de l’économie sociale formée de sous-occupés et de chômeurs de l’assemblée populaire de Villa Martelli ». Nous avons mis en commun les connaissances de chacun d’entre nous sur la menuiserie, peinture, design, dessin, et ainsi ces jouets en bois sont nés. La peinture de ces jouets n’a pas de plomb, d’arsénique, ni d’éléments polluants. Aucun n’a de bords avec lesquels on peut se faire mal, ni clous, ni vis. À l’éventuelle question de savoir si nous sommes une coopérative, des artisans associés ou quoi, nous pouvons répondre seulement que nous avons démarré de rien, nous inventons et nous faisons ce que nous pouvons ".

L’Asamblearia compte actuellement 150 sociétaires qui bénéficient avec des escomptes sur les prix des produits et des ateliers de formation. Ils se débrouillent avec les principes du premier coopérativisme :

- Démocratie dans la prise de décisions.
- Portes ouvertes, pour que n’importe qui, qui veut s’associer, puisse le faire. Il n’existe aucun privilège pour les sociétaires fondateurs et on ne requiert pas d’ancienneté pour participer à l’organe de décision, l’assemblée des associés.
- La pureté des produits qui sont offerts.

Alors, vous vendez ? Demande Página/12 à Salas Oroño. Pour l’instant, ce qui est suffisant pour payer les salaires et rien de plus. Depuis l’Asamblearia a proposé à plusieurs municipalités d’être incluses dans leurs listes de fournisseurs avec un argument simple : s’ils achètent ces produits, ils aident les gens à résoudre par eux même leurs problèmes d’emploi.

Ils ont aussi présenté un projet au programme « Manos a la obra », du Ministère de Développement Social, et ont participé aux débats pour le Budget Participatif. Dans tous les cas, ils ont été reçus très aimablement mais avec de maigres résultats. "Dans la discussion du Budget Participatif a été approuvée une subvention pour la location du local. C’est l’une des rares choses que les membres n’arrivent pas à résoudre, mais cela fait déjà des mois que nous menons des conversations et il ne se passe rien".

Au Développement Social, qui estime que les entreprises d’économie sociale de « Manos a la obra « seront viables seulement si elles réussissent à entrer sur le marché, ils ont apporté un projet pour acquérir des réfrigérateurs industriels ce qui leur permettrait de vendre des aliments frais. Pour l’instant, la coopérative se débrouille avec deux réfrigérateurs marque Siam de 1960 à qui un sociétaire sensible a donné une couche de peinture dévouée.

Fille du 19 et 20 décembre, la coopérative est rodée pour se débrouiller dans des situations d’incertitude, mais aussi elle a repensé des alliances plus amples que celles acceptées en 2001. Elle s’est liée avec le Centre de Gestion Municipale et avec la paroisse du quartier. "Un peu parce cette attitude que nous avions dans l’assemblée selon laquelle nous pouvions faire tout, tout seul s’est révélée impossible, et un peu aussi que cet esprit fondateur, d’inventer la vie, était très joli mais n’a pas duré longtemps", remarque Salas Oroño.

Parmi ses activités, l’Asamblearia a ouvert dans son local une école d’économie solidaire. Vendredi dernier dans ses installations s’est tenu un atelier préparatoire de la rencontre sur l’économie sociale qui prépare pour juin le Forum Social de Buenos Aires, succursale locale du Forum Social Mondial. La coopérative est ouverte à tous les groupes qui produisent avec un critère conforme à l’économie solidaire. Elle propose aux consommateurs de voir la consommation comme un outil politique, une idée qui en Argentine a eu sa force mais a été dévastée par la dictature et la culture du « shopping » du néolibéralisme. Maintenant on devra essayer de s’enraciner dans un terrain aride : dans le pays, la moitié de la population économiquement active a été expulsée de l’économie formelle et ceux qui ont conservé leur travail n’ont pas une grande capacité d’achat.

Página 12}. Buenos Aires, 12 avril 2004

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