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31 octobre 2011

IARPA, de nouveaux moyens US pour surveiller l’Amérique Latine et le monde

 

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Le gouvernement des Etats-Unis assemble des données des réseaux sociaux et les stocke dans une base de données. Le nouveau projet de superordinateurs relève d’un organisme peu connu, Intelligence Advanced Research Projects Activity (Iarpa), qui fonctionne sous la direction du directeur du Renseignement National des Etats-Unis.

Avec l’appui technique de plusieurs universités étasuniennes, le gouvernement des États-Unis veut utiliser l’information « publique » que les utilisateurs mettent sur Facebook, Twitter, sites web, webcams, blogs et autres médias sociaux pour accumuler une énorme base de données avec l’intention de prévenir tant les crises politiques, c’est-à-dire, révolutions, instabilité ou explosions sociales, que les crises économiques. Comme le «  Projet Camelot  » des années 60, ce projet de surveillance et d’espionnage sera dirigé vers l’Amérique Latine.

Le nouveau projet relève d’un organisme peu connu, Intelligence Advanced Research Projects Activity (Iarpa), qui fonctionne sous la direction du directeur du Renseignement National des Etats-Unis. Le projet copiera, automatiquement, au moyen de superordinateurs, des données de 21 pays d’Amérique Latine, pour une période de trois ans qui commencerait en 2012. Il y a un projet similaire pour l’Afghanistan, mené par Darpa (l’organisation militaire « sœur », du Pentagone) pour identifier des réseaux sociaux de terroristes potentiels dans ce pays.

En 1964, le Bureau de Recherche et développement de l’armée des États-Unis a parrainé le « Projet Camelot », qui fut un effort de recompilation d’information dans le contexte de stratégie de contre-insurrection. Camelot a été conçu, originellement, pour avoir une couverture large, comprenant des pays en développement dans le monde entier. Cependant, le projet a été mis en application seulement au Chili et pas longtemps.

Les objectifs évidents du projet étaient « de dessiner des procédés pour évaluer le potentiel de que se développe une guerre interne à l’intérieur des sociétés nationales » et « identifier... quelles actions un gouvernement pouvait développer pour calmer les conditions favorables à celle-ci ». Sous le camouflage fourni d’un projet universitaire de sciences du comportement, qui se situait au Bureau d’Investigation d’Opérations Spéciales de l’American University (financée par l’armée), Camelot était un projet caché de renseignement. Un général de l’armée des Etats-Unis a affirmé que le projet précité « nous aiderait à prédire l’utilisation potentielle de l’armée des Etats-Unis dans n’importe quel cas où la situation pouvait déborder ».

Au Chili, Camelot fut présenté comme une enquête universitaire, cachant sa relation avec le Pentagone. Les enquêteurs ont interrogé des Chiliens de tous les secteurs de la société pour établir leurs croyances politiques, leurs engagements avec la démocratie et d’autres informations personnelles et politiques. Selon une chilienne qui a été interviewée, chaque personne a été ensuite classé dans une catégorie en fonction du niveau de danger ou de « potentiel subversif ». Quand cette personne essayait d’obtenir ensuite un visa pour les États-Unis, les autorités US avaient une fiche complète sur elle, avec toute l’information supposée confidentielle qu’elle avait remplie dans le formulaire.

Les bases de données de Camelot ont aussi été utilisées pour la guerre psychologique. Elles ont servi à influer sur les attitudes politiques et, de cette façon, à manipuler certaines élections clefs. La CIA a numérisé les données compilées par Camelot et elle les a analysées et les a utilisées pour faire d’effrayantes annonces anticommunistes pendant la campagne électorale de 1964 d’Eduardo Frei, candidat démocrate-chrétien, contre le gauchiste Salvador Allende. Par exemple, on a dit aux femmes que, Allende élu, leurs enfants seraient envoyés à Cuba et leurs époux dans des camps de concentration. La nature anti-insurrection du « Projet Camelot » fut découverte par le gouvernement chilien et il fut arrêté en 1965, après des audiences tant au Congrès du Chili qu’à celui des États-Unis.

Ce n’est pas la première fois que dans une époque récente le gouvernement des Etats-Unis a accumulé de grandes quantités de données dans des projets de date mining (extraction massive de données). Pendant l’administration de George Bush, le National Security Agency a commencé l’extraction de données de millions de citoyens des États-Unis –appels téléphoniques, courriers électroniques, fax et autres sources – dans un programme secret sans autorisation judiciaire, soit disant pour découvrir et surveiller des membres potentiels de réseaux terroristes. L’administration précitée a aussi essayé de mettre en application un autre énorme projet, qui s’est appelé «  Total Information Awareness  », pour accumuler une base de données pour chercher des modèles de conduite ou de tendances dans les courriers, appels téléphoniques, transactions financières, information sur les visas, et cetera, soit disant pour identifier des ennemis. Ce programme a été rejeté par le Congrès après qu’une réaction très négative du public ait eu lieu.

Ce type de projet a des implications extrêmement inquiétantes pour les citoyens, tant d’Amérique Latine que des États-Unis et de tout autre pays dans le monde. C’est le point de départ pour une surveillance massive de toute la population, à travers sa vie personnelle et sociale, violant sa liberté personnelle et ses droits. L’idée que des organisations de renseignement et des militaires surveillent et procèdent au suivi des citoyens – tous soupçonnés – pour prévenir des actes de violence dans l’avenir est autoritaire et orwellian, et évoque la doctrine de sécurité nationale. L’appareil de sécurité nationale des Etats-Unis semble s’étendre et s’amplifier hors de contrôle, avec des projets de plus en plus intrusifs et antidémocratiques. Maintenant que les citoyens dans beaucoup de pays sont de plus en plus indignés par leurs systèmes respectifs et recourent à des actes de protestation pour exiger des changements économiques, sociaux et politiques, il devient nécessaire de connaître et de défier ce type de projets.

J. Patrice McSherry *

* Directrice du Programme d’Études sur l’Amérique latine et les Caraïbes à Long Island University, Brooklyn.

Auteur de  : « Les États Prédateurs : Opération Condor et la Guerre Cachée en Amérique Latine. »

Titre original : « De nouveaux moyens pour surveiller l’Amérique Latine »

Página 12. Buenos Aires, le 30 octobre 2011.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi.

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El Correo. Paris, le 31 octobre 2011.

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