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27 mai 2007

Mariela Castro, fille du président cubain en fonction Raul Castro

« Fidel Castro est un révolutionnaire et Franco était un fasciste »

 

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Por Guillermo Abril

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Mariela Castro

Mariela Castro Espín (née à La Havane, en 1962) a séjourné en Espagne presque incognito. Fille du Président de Cuba actuellement en fonction, Raúl Castro, et nièce de Fidel Castro - tenu éloigné du pouvoir depuis le mois de juillet 2006 suite à une maladie complexe - elle déclare que, contrairement à sa famille, elle, elle n’est pas « politique ». Elle a séjourné en Espagne en tant que sexologue et directrice du Centre National d’Education Sexuelle de Cuba. (Cenesex), répondant à une invitation de la Municipalité de Gijón (Asturies). Au cours des entretiens qu’elle a eus dans cette ville et à Madrid avec EL PAÍS, elle explique que le concept de « transition tel que le connaissent les Espagnols n’est pas applicable à Cuba », mais elle reconnaît que l’île connaît une situation « intéressante » et « créative »et que « les choses changent ». Surtout en ce qui concerne les droits des homosexuels et des transsexuels, sujet qui est sa spécialité.

« Des erreurs ont été commises par le passé, des erreurs qui ne doivent plus être commises » explique-t-elle à ce sujet. Dans certains cas, des « abus » ont été commis, mais « jamais des tortures ». Elle parle de son père comme d’une personne « ouverte au dialogue », capable de reconnaître l’intérêt de ces questions. Parlant de son oncle Fidel, elle affirme, presque catégorique : « Il va revenir parce que son état de santé s’améliore rapidement », même si elle espère, dit-elle, « qu’il ne le fasse pas dans le style qui a été le sien jusqu’à présent ». Et elle elle fixe un objectif pour l’avenir : « Cuba est capable de renforcer ses mécanismes de participation populaire ».

Votre père, Raúl Castro, est ministre des Forces Armées depuis 1959 et, au cours des années 60, il y eut des Unités Militaires pour la Production dans lesquelles furent envoyés les homosexuels. Vous jouissez du respect de la communauté gay et transsexuelle dans l’île parce que vous défendez leurs droits. Avez-vous discuté avec votre père sur ce sujet ?

Je me suis battue pour beaucoup de causes et j’ai parlé de beaucoup de sujets avec mon père. Et, lui, il est capable de reconnaître et de dire « Ecoute, sur ce point, je me suis trompé et sur cet autre point, je ne me suis pas trompé ». Son idée avait été de créer une sorte de service militaire pour de jeunes ouvriers et paysans qui, au terme de leur service, obtenaient leurs diplômes d’ouvriers qualifiés. Durant cette période des années 60 et 70, il a eu des gens très dogmatiques qui défendaient l’idée que, dans ces unités, il fallait envoyer les paresseux, les chevelus, pour les intégrer dans la société, pour en faire des hommes et pour les aguerrir. Il en a été ainsi avec les homosexuels qui, à cette époque, étaient incompris et que l’on voyait comme des malades. Pas seulement à Cuba, dans le monde entier. Ma mère [Vilma Espín, présidente de la Fédération des Femmes Cubaines] a été une des premières à dénoncer le fait que l’on envoyait sans ces unités de jeunes gens qui étaient homosexuels pour les amender. Mais dans ces unités, jamais il n’y a eu de torture, contrairement à ce que raconte Reinaldo Arenas. Il a eu des cas de mauvais traitements. Des gens qui abusent de leur pouvoir, il y en a partout. Ce qui est important c’est que ce soit dénoncé.

Ces faits-là, il faut en parler, les mettre à leur place dans le cours de l’Histoire et créer les mécanismes pour qu’ils ne se reproduisent jamais plus.

Y a-t-il eu des changements, à Cuba, depuis que votre père assume le pouvoir ?

Mon père suit la même politique, la même ligne politique que Fidel a conduite et qui n’est pas une ligne définie par lui seul ; c’est une contribution collective ; bien entendu, si les personnalités changent, le style change aussi.

Quel est le style de votre père ?

Il est doté d’un très grand sens pratique, d’un très grand sens de l’humour, il est très organisé. J’aime bien sa façon d’assumer la responsabilité, en ce moment, parce qu’il le fait avec beaucoup d’humilité, avec modestie, avec beaucoup d’intelligence, très soucieux du respect qu’il éprouve envers le personnage qu’est Fidel. Il respecte strictement l’engagement pris de travailler collectivement. C’est un homme avec un très grand sens de la critique et de l’autocritique. Il a le courage de reconnaître ses erreurs. Il n’est pas comme certains qui rejettent la faute sur d’autres qu’eux-mêmes.

Dites-nous une erreur qu’il ait reconnue, par exemple.

Précisément, il dit que durant les années 60 et 70, ils ont été incapables de se rendre compte de tout ce qui était en train de se passer. Ils étaient tous très jeunes, machistes, très homophobes. Il n’ont pas été capables de se rendre compte de l’erreur, de la folie, du manque d’humanité que recélaient des conduites de ce genre.

Et comment est Fidel ?

C’est un homme incapable de supporter les injustices et, aujourd’hui, il défend même les transsexuels. C’est un cyclone, mais aussi un entêté et cela a eu des conséquences sur sa santé. Le voir réagir face aux difficultés, c’est comme voir une partie de jeu d’échecs entre deux génies. C’est un homme impressionnant. Cuba n’est pas prête de connaître sa fin avec lui.

Va-t-il revenir ?

Oui, oui, il va revenir. Il se remet et sa santé se rétablit rapidement. Mais, je ne sais pas, moi, j’aimerais qu’il ne revienne pas comme avant, parce qu’il a déjà 80 ans et je veux qu’il pense à lui. Moi, je lui demanderais qu’il ne soit pas aussi exigeant envers lui-même.

L’avez-vous vu dernièrement ?

Non, depuis le début de sa maladie, je ne l’ai pas vu. La dernière fois c’était le 3 juin, pour l’anniversaire de mon père, une rencontre dont j’ai profité pour aborder le sujet des transsexuels. Il m’a dit qu’il pensait que je faisais un bon travail, qu’il avait amassé assez d’information scientifique pour adopter une position politique pour leur reconnaître le droit à changer de sexe et acquérir le sexe qu’il sentent comme étant le leur. Mon père, lui, le voit et parle avec lui presque tous les jours. A moi il me dit que quand Fidel sera complètement rétabli il nous racontera tout ce qui s’est passé.

Son éloignement a-t-il été suivi d’un changement de cap ?

Evidemment qu’il y a des changements. Cuba est un pays où les changements sont permanents. De toute façon, nous respectons énormément la personne de Fidel Castro et on va suivre la stratégie qu’il a dirigée. Il est vrai que depuis qu’il se trouve éloigné du pouvoir, il est très respectueux et ne veut pas interférer dans les décisions qui sont prises, mais on continue de le consulter sur certains sujets. Et pourtant, lui, il prend bien soin de ne pas influer dans les décisions du groupe parce que tout avis venant de lui a une grande autorité morale. Ce qui est certain c’est que son départ a fait en sorte que beaucoup de personnes ont eu à assumer davantage de responsabilités et ces personnes deviennent plus créatives, elles apportent plus d’initiatives et ainsi une autre énergie est générée.

A quel genre d’initiatives et d’énergie faites-vous références ?

Je parle de la participation. J’ai toujours appris qu’il est nécessaire de développer des styles de travail participatifs. La participation c’est que tous nous assumions une partie de responsabilité et, en l’assumant, tous nous apportons des éléments. Je pense que Cuba doit renforcer ses mécanismes de participation. Elle doit les consolider beaucoup plus que ce qu’ils sont actuellement et elle dispose des conditions de le faire. Je crois que cela va nous enrichir. La forme actuelle de gouvernement est participative, seulement il faut perfectionner le mécanisme dans la pratique et promouvoir la gouvernance populaire.
Certains Espagnols continuent de raisonner en colonisateurs et pensent que la même analyse qu’ils font de l’histoire de l’Espagne ils peuvent l’appliquer à Cuba. Je pense à la « transition ». La grande différence est dans les personnalités. Fidel Castro est un leader révolutionnaire communiste qui a conduit le peuple cubain sur la voie du changement socioéconomique le plus radical de toute l’histoire du continent américain et Franco était un fasciste. C’est ça la différence.

Comment voyez-vous Cuba dans 15 ans ?

Dans 15 ans, Cuba sera une démocratie socialiste plus participative, plus consolidée, dans le sens de sa maturité, avec un socialisme très créatif.

Vous pensez à la possibilité qu’il y ait d’autres partis politiques ?

Pour Cuba, en ce moment, à l’heure actuelle, je crois que le parti unique est préférable. C’est ce qui lui a permis de préserver son unité comme nation souveraine et indépendante ainsi que ses conquêtes sociales.

Dans certains milieux patronaux et même journalistiques on murmure que votre père est un admirateur du modèle chinois d’ouverture économique. Cela est-il vrai ?

Je ne crois pas qu’il soit un admirateur du modèle chinois. Du moins, je ne l’ai jamais entendu dire une chose pareille. Au contraire, il observe en permanence ce qui se passe en Chine et dans un tas d’autres endroits. Et il dit que les Chinois ont su résoudre certains problèmes, mais qu’il y en a d’autres qu’ils n’ont pas résolus. Il y a des choses, en Chine, qui ne lui plaisent pas et d’autres qui lui plaisent, comme partout. Même à Cuba il y a des choses qui lui plaisent et d’autres qu’il n’aime pas.

El País . Madrid, 25 avril 2007

Traduction de l’espagnol pour El Correo de  : Estelle et Carlos Debiasi

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