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8 décembre 2014

American Curios

Ferguson, New York, Berkeley... :
« Nous ne pouvons pas respirer »

par David Brooks*

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

« Je ne peux pas respirer » on l’écoute, on le crie, on l’écrit dans les rues de New York et d’autres villes. C’étaient les derniers mots d’Eric Garner, afro-américain, avant de mourir entre les mains – littéralement, par une clef appliquée par un policier qui l’a étouffé – des autorités.

Ce slogans se combine avec « mains en haut, ne tirez pas », « les vies noires valent », « Eric Garner, Michael Brown / Shut it down (stoppez cela) », et « arrêtez de nous tuer », les slogans qui jaillissent pas seulement pour les morts et les abus des autorités contre des minorités, surtout contre des hommes et des jeunes afro-américains désarmés, mais aussi pour l’impunité qui prévaut dans presque tous les cas.

La vague de manifestations dans des dizaines de villes avec des milliers de participants (qui se sont soldés par des centaines de détentions) est un chœur in crescendo d’indignation contre l’abus des autorités contre les minorités tant aux mains de la police que du système judiciaire.

Presque deux fois par semaine un policier blanc tue un noir aux États-Unis d’Amérique, comme l’explique USA Today en se basant sur des données officielles du FBI. On ne sait pas combien de ces homicides commis par des policiers ont été « justifiables » – il n’y a pas de données précises sur combien de gens la police aux USA a tué– mais oui, on sait que dans les cas où tout indique un homicide non justifiable, l’impunité règne.

Le problème n’est pas tout à fait nouveau, mais le mouvement suscité, oui.

Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une demande d’une seule communauté minoritaire ou d’un secteur racial,car les marches, les actions de désobéissance civile, les veilles et les manifestations sont maintenant multiraciales et multi générationnelles. Dans les rues de New York, comme dans les autres des grandes villes, des jeunes afro-américains et anglo-saxons marchent ensemble, avec des vétérans de la lutte pour les droits civiques d’il y a demi-siècle, avec des vétérans de mouvements très récents comme Occupy Wall Street. Syndicalistes, religieux et militants communautaires marchent ensemble avec des jeunes lycéens ajoutent leur première expérience en participant à un acte politique.

Jeudi dernier deux groupes de milliers de personnes ont marché sur deux routes, l’une pour occuper le Pont du Brooklyn, l’autre qui s’est dirigée au milieu du trafic de l’artère centrale de Broadway, avançant entre les coups de klaxons au milieu des véhicules bloqués par la mobilisation, avec des banderoles et des pancartes, certaines en espagnol, et mêmes plusieurs en hébreu, et qui après avoir traversé un coin de Chinatown, à la hauteur du Canal, ont été salués par quelques chinois qui ont levé le poing en signe de soutien.

Ces jours ci, des groupes de manifestants se sont couchés par terre au principal étage du grand magasin de Macy’s, du magasin Apple dans la Cinquième Avenue et plusieurs fois à la gare de Grand Central Terminal. De la même façon, des actes de protestation ont été menés dans des collèges publics, comme Harvest Collegiate à New York, ainsi que dans les universités. Ces scènes se répètent dans d’autres grandes et petites villes partout dans le pays.

Certains disent que c’est la naissance du nouveau « mouvement de droits civiques », juste 50 ans après que se fêtent les principaux succès du premier mouvement de droits civiques, mais avec des différences remarquables. Et de souligner que ce n’est pas seulement une manifestation contre des abus, mais aussi une affirmation de droits de l’homme fondamentaux. D’un autre côté, l’usage des réseaux sociaux, où information, images et sons sont partagés depuis un endroit où la colère éclate quelque part dans le pays avec tous les autres endroits, permet un dialogue constant qui est en quelque sorte une narration collective in live de ces expressions, même si parfoiscela devient seulement une cacophonie de colère partagée (voir par exemple).

Une autre caractéristique attire l’attention : il n’y a pas de leaders, pour l’instant. Il est clair qu’il y a des vieilles organisations qui participent, mais il n’y a pas de leaders politiques ou religieux dans la conduite de ces expressions.

« La diffusion virale des manifestations –et la large gamme des étatsuniens qui les organisent et y participent– démontre que ce qui se percevait à un moment comme un sujet afro-américain est en train d’être perçu comme un problème central usaméricain », affirme un éditorial du New York Times. Il remarque que « la question du moment est si le leadership politique du pays a la volonté de freiner les pratiques de police abusives et discriminatoires … »

Le président, les parlementaires, les maires et les chefs de police promettent des changements, reconnaissent qu’il faut réparer le « manque de confiance » entre les communautés de couleur et la police, proposent une formation des policiers et plus d’investigations. Les manifestants semblent être peu convaincus et, pour l’instant, les manifestations ne cessent pas parce que ce qu’ils dénoncent ne s’arrange pas.

Ce week-end ont eu lieu les obsèques d’Akai Gurley, jeune afro-américain de 28 ans mort des mains d’un policier le mois dernier dans un ensemble de logements publics à Brooklyn. Les autorités affirment que c’était « un accident ». C’est un nom de plus dans la liste des homicides récents : Garner, Michael Brown à Ferguson, l’enfant de 12 ans à Cleveland, l’homme qui revenait avec le dîner pour sa famille à Phoenix la semaine dernière. Rien de cela n’est tout à fait nouveau : dans la mémoire collective il y a des cas comme celui d’Amadou Diallo, descendu à l’entrée d’un immeuble par des policiers qui ont tiré 41 fois (sujet de la chanson de Bruce Springsteen American Skin-41 Shots) en 1999 et Patrick Dorismond en 2000, un autre noir désarmé, parmi des centaines d’autres.

Mais la douleur des familles et des communautés « de couleur » devient, enfin, une douleur partagée, et cela s’est traduit par une colère collective ; le message se transforme de « je ne peux pas respirer » en « nous ne pouvons pas respirer ».

Certains rappellent ici que Frantz Fanon a dit, en faisant référence aux peuples opprimés qui se soulèvent : « nous nous rebellons simplement parce que, pour plusieurs raisons, nous ne pouvons déjà plus respirer ».

David Brooks depuis New York pour La Jornada

La Jornada. Mexique, 8 décembre 2014.

* David Brooks est journaliste et correspondant aux USA pour le quotidien mexicain La Jornada

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo. Paris, 8 décembre 2014.

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