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18 novembre 2014

Essai général sur le référendum pour l’indépendance de la Catalogne

 

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Après vérification sur Internet, tôt ce dimanche 9 novembre, je suis allé apporter ma contribution au scrutin populaire, qui, dans mon cas, se tenait à l’école La Salle, à côté du Palais de la musique, à Barcelone. Cette fois-ci nous n’allons pas voter dans les endroits habituels, mais dans des écoles et locaux municipaux. La directrice d’une autre école proche de chez moi m’avait confié avoir reçu une circulaire plutôt menaçante de la délégation du gouvernement espagnol en Catalogne, interdisant l’ouverture des écoles ce dimanche pour la consultation citoyenne (ou simple « processus participatif » pour reprendre les termes du gouvernement de la Generalitat [1], juridiquement non contraignant, le Tribunal Constitutionnel ayant interdit une consultation à caractère officiel).

Les écoles ont donc été ouvertes par des bénévoles, et non par leurs directeurs d’après ce qu’on m’a expliqué en souriant. Le Cabinet du Procureur de l’Etat espagnol déclare son intention d’enquêter pour déterminer le nombre de délits commis en Catalogne. La journée a été paisible. La seule présence policière dans les rues, très discrète, appartenait aux forces de police du gouvernement autonome de Catalogne.

Il a été impossible de voter par courrier. Au total 2 millions 305 mille votants, ce chiffre englobant pour l’occasion les mineurs de plus de 16 ans et les étrangers résidents souhaitant participer. De tous les suffrages exprimés, nous avons été presque 81 pour cent à voter oui-oui, c’est-à-dire oui pour que la Catalogne devienne un Etat, et oui à son indépendance. Ils sont 10 pour cent à avoir voté oui-non, presque 5 pour cent ont opté pour le non, et le reste se décompose en blancs et autres. Il est intéressant de noter que le choix oui-non atteint 15 pour cent dans la zone industrielle de la périphérie barcelonaise (qui connut une forte immigration dans la décennie des années 1960) et qu’il tombe à 6 en zones rurales. La différence est substantielle, mais elle reste noyée sous l’avalanche du oui-oui.

La droite pro espagnole et post franquiste du PP [2] (qui compte peu de partisans en Catalogne) et le PSOE [3] (dans sa version catalane, qui tombe en déliquescence) ont opté pour le boycott, la consultation citoyenne étant illégale, ils n’iraient donc pas voter, pas plus que le petit parti Ciudadanos. [4]

Le nouveau parti espagnol Podemos appuie en principe le droit à l’autodétermination de la Catalogne, de la Galice et du Pays Basque. Bien que pour le moment peu actif en Catalogne, Pablo Iglesias, son leader, a publiquement reconnu que « reconnaitre le droit de décider du peuple catalan signifie radicaliser la démocratie ». La candidate de la coalition Guanyem à la mairie de Barcelone pour mai 2015, Ada Colau (proche de Podemos), a, quant à elle voté oui-oui de façon très ostentatoire.
Les partis en faveur de la consultation ont été le CiU [5] (droite nationaliste), la Esquerra Republicana de Catalunya [6], la CUP (candidature d’unité populaire) et Iniciativa per Catalunya [7] (postcommunistes).

La polémique porte sur ce que représente ce 81 pour cent de oui-oui, c’est-à-dire, un peu plus d’un million 860 mille suffrages, si l’on considère le nombre total de votants qui pourraient éventuellement s’exprimer lors d’un véritable référendum sur l’indépendance.

Tous ceux d’entre nous qui avons voté (soient 2 millions 305 mille)atteignons seulement 40 pour cent des listes électorales, qui pourrait être de quelques 5 millions 700 mille. Dans un référendum officiel sur l’indépendance, nous pourrions attendre une participation de 70 pour cent, ce qui nous amènerait à 4 millions de votants. Soit, un million 700 mille votants de plus que ce dimanche. Si les questions étaient les mêmes (bien pensées et répétées), on peut supposer que beaucoup plus de votes iraient au oui-non et au non. Ce dimanche, ces deux groupes ont été clairement sous-représentés.

Mais il suffirait que les partisans du oui-oui gagnent (que nous gagnions) 10 pour cent de ces suffrages extra pour arriver à une majorité de plus de 50 pour cent. Les résultats pourraient alors être de l’ordre de 51 pour cent pour le oui-oui, 32 pour cent pour le oui-non (ce qu’on appelle la « troisième voie ») et 17 pour cent pour le non et les votes blancs.
Mais peut-être la question sera-t-elle la même que celle posée à l’Ecosse : souhaitez-vous l’indépendance, oui ou non ? Et cela diviserait le camp actuel des oui-non.

Tout cela semble un rêve réalisable. Une séparation à l’amiable entre l’Espagne et la Catalogne serait-elle possible dans une Union Européenne où nous partageons l’euro, sans frontières internes ni droits de douane ? Pourquoi pas ? De plus, l’indépendance catalane serait un exemple de choix pour tant de peuples dont la langue est en voie de disparition.

Dans les traditions de l’histoire de l’Espagne, la menace d’indépendance de la Catalogne, les scandales de corruption des politiques en Espagne et en Catalogne, et la crise économique majeure, pourraient bien conduire à un autre genre de dilemme : nous pourrions avoir à choisir entre un colonel et un général. Pour le moment, il ne semble pas en être ainsi, soit parce qu’ils sont devenus démocrates, soit parce qu’ils craignent le tribunal pénal de la Haye.

* Joan Martínez Alier dans La Jornada. México, 15 novembre 2014.

Traduit de l’Espagnol pour El Correo par : Florence Olier-Robine pour El Correo.

*Joan Martínez Alier, Universitat Autònoma de Barcelona

El Correo, le 17 novembre 2014

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Notes

[1La Généralité –organisation politique de la communauté autonome de Catalogne

[2Parti Populaire

[3Parti socialiste ouvrier espagnol

[4Citoyens

[5Convergence et Union

[6Gauche Républicaine de Catalogne

[7Initiative pour la Catalogne

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