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26 octobre 2015

Elections présidentielles : Comprendre le labyrinthe argentin

par Alfredo Serrano Mancilla *

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

A débuté en Argentine tout ce qui arrive d’habitude après un rendez-vous électoral. La bataille du jour d’après a démarré avant même que s’achève la journée électorale. Tous se sont déclarés gagnants. Sergio Massa (Unidos por una Nueva Argentina), qui est à la troisième place, s’est déclaré gagnant parce que c’était la première fois qu’il était présent lors d’ un rendez-vous électoral présidentiel et a obtenu un bon résultat, 21,34 %. Le second, Mauricio Macri (Cambiemos), avec 34,33 %, se voit avec la possibilité d’être premier. Et le premier, Daniel Scioli (Frente para la Victoria), avec 36,85 %, se réjouit forcément, parce qu’en définitive, il ne lui restait pas autre chose que fêter d’ être celui qui a le plus de votes bien qu’il se trouve loin de ce qu’il souhaitait.

Avec ce panorama, on peut, oui, affirmer, que jusqu’à présent il n’y a pas encore de Président. Le premier tour a seulement servi à ouvrir le débat du deuxième. En Argentine, on gagne au premier tour uniquement si :

* 1) on obtient plus de 45 % des votes, ou
* 2) on obtient plus de 40 % et qu’il y a une différence de 10 points avec le deuxième.

Aucune de ces deux situations n’a eu lieu. Le pays pense déjà à un second tour, pour la première fois de l’histoire, le 22 Novembre : la dispute sera entre le candidat de l’actuelle majorité Scioli et le conservateur Macri.

La majorité des enquêtes ont à nouveau démontrer son incapacité à récolter les préférences électorales dans un pays où la société a radicalement changé en peu d’années. Il n’y a pas eu d’enquête qui osait prévoir une marge si étroite entre les deux choix après qu’ il y a peu de mois, en Août, lors du PASO (Primaires Ouvertes Simultanées et Obligatoires), Scioli ait obtenu 38,67 % face au 30,12 % de Macri. Que s’est il passé entre les résultats du PASO et le résultat de cette bataille électorale ? Qu’ est t-il arrivé avec ces 8 points de différence qui sont devenus maintenant seulement 2 points ? Que s’est il passé avec les 54 % que la Présidente Cristina Fernández de Kirchner (CFK) a obtenu aux dernières élections présidentielles de 2011 ?

Quelques pistes pour trouver une réponse à ces questions :

1. Indubitablement, principalement, c’est que Scioli n’a pas été le meilleur candidat du projet kircheneriste. Pendant les derniers mois, la majorité a cherché à installer l’idée que « le candidat est le projet » comme formule pour conjuguer la figure de Scioli avec ce que faisait le kirchnerisme. Toutes les évaluations de la politique K et de la Présidente étaient très positives (au-dessus de 50 %) au cours des derniers mois. Ce fut tellement le cas que la tactique électorale adversaire ne s’est pas caractérisée par la confrontation. La campagne ne s’est pas concentrée ni sur l’étatisation d’YPF, ni des Lignes aériennes Argentines, ni sur la restructuration avec succès de la dette extérieure, ni sur les politiques publiques garantes des droits sociaux. Scioli a essayé de capitaliser tout cela, mais n’y est pas parvenu. Il a essayé d’être la candidature du projet mais n’a pas réussi. Trop de différence entre le candidat et le projet. Scioli ne s’écrit pas avec K.


2. CFK n’a pas voulu (ou elle n’a pas pu) être déterminante tout au long de la campagne. La Présidente a été en retrait depuis avant même que soit arrêté que Scioli allait être le candidat. Elle à peine participé à la campagne. Elle n’a pas non plus réussi à construire un candidat à sa mesure, plus semblable au centrage K. Elle n’a pas livré cette bagarre ; ou elle l’a livrée mais perdue ; ou elle a cru qu’il n’avait pas de candidat gagnant dans ses rangs ; ou elle s’est laissé porter en croyant qu’elle pourrait penser à la prochaine bataille présidentielle sans avoir toutefois gagné cellle-ci. Cette « distance » de CFK avec les élections a eu un prix élevé. La figure du Vice-président, imposée par la Présidente, Zanini, semblait par moment être le candidat d’un autre parti. Plus un allié qu’un collègue de formule. La proposition K pour la Province de Buenos Aires, Aníbal Fernández, n’a pas, non plus, été touchée par la lumière des résultats : le péronisme a perdu le bastion aux mains de la macriste Marie Eugenia Vidal. En somme, on peut affirmer que la Présidente n’a pas récolté ce qu’elle espérait. ‘est tellement le cas que par exemple son organisation la plus symbolique et importante tous ces années, La Cámpora, n’est même pas venue à la fin de la campagne de Scioli. En politique, chaque détail compte. Et cette « attitude d’éloignement » de CFK avec Scioli a pesé et sûrement davantage érodé que ce qui était prévu.

3. Scioli lesté une gestion de huit ans dans la Province du Buenos Aires (36 % du recensement électoral), avec ses réussites mais aussi avec ses erreurs. Il a un profil de présidentiable mais très éloigné de la poésie épique, de l’émotivité, du récit K. Scioli ne réussit pas à s’identifier à l’empreinte juvénile qui a tant caractérisé le kirchnerisme durant ces dernières années. Il est trop XXe siècle, peut-être, pour la politique du XXIe siècle. Son discours est à l’évidence propre à un péronisme plus obsolète que celui que le kirchnerisme a moulé. De plus, Scioli a choisi d’à peine se confronter : il a préféré parler comme s’il avait déjà gagné. Il a ainsi accepté facilement le terrain proposé par les conseillers de Macri (spécialement de Durán Barba) d’éviter de se crotter dans le ring de boxe. Et en politique, dans le jeu électoral démocratique, pour gagner, il faut descendre dans l’arène, et combattre en donnant et en recevant, avec respect, mais aussi en laissant tomber le rival en l’interpellant à chaque proposition. Sûrement, ainsi ce sera le Scioli que nous verrons dès à présent jusqu’à la fin de la campagne de ce deuxième tour. Mieux vaut tard que jamais.

4. La droite argentine a su se réinventer. Ce qui était une tentative isolée avec Macri comme leader dans la capitale, est devenue aujourd’hui un mouvement avec une présence dans tout le territoire. Le macrisme est parti de peu, additionnant de long en large le pays. En rassemblant lors d’une une première étape des personnages connus comme éloignés de la politique traditionnelle. Mais ensuite, dans un deuxième temps, il a commencé à tisser des alliances avec la vieille politique (notamment avec le radicalisme) pour se doter d’une structure territoriale. Macri a utilisé un langage très XXIe siècle, avec le nouveau ton de la droite cool. En évitant constamment la confrontation ; en s’éloignant de son propre passé d’apparence néolibérale ; en sachant estimer toutes les avancées du concurrent politique. À peine s’il a proposé quoi que ce soit de nouveau, bien qu’il ait voulu se présenter comme le chef de file du changement. Sa vacuité programmatique a été remplie de marketing politique. C’est la nouvelle stratégie de la droite régionale qui accepte avec esprit sportif et résignation que le nouveau bon sens se caractérise d’un changement d’époque en Argentine et en grande partie de l’Amérique Latine. Ainsi Macri a réussi à se glisser au deuxième tour avec de réelles chances de gagner. Cette élection le conforte ; parti avec le vent en poupe. Mais sa capacité réelle de victoire dépendra en grand partie de comment il se situe dans le quadrilatère contre Scioli. Jusqu’à présent, un scénario non désiré ni par l’un, ni par l’autre. Nous verrons ce qui va se passer dès à présent.

5. Le troisième en course, Massa, a réussi à rester dans le coup malgré le duel à deux. Massa, avec un passé K (Chef de cabinet de la présidente de Cristina Kirchner du 23 juillet 2008 au 8 juillet 2009), et maintenant plus d’anti K que Macri, a su tirer au sort ce qui relève de l’importance du vote utile dans ce type de situations électorales. Il s’est glissé dans la fête pour y rester. Son discours a eu un mouvement pendulaire : de droite-conservatrice dans tout ce qui se réfère aux sanctions contre l’insécurité et libéral dans tout ce qui est économique. Il a été plus critique avec le rôle de l’État que Macri. Il a cherché la confrontation jusqu’à l’extrême, ce qui lui a servi pour exprimer avec notoriété sa proposition politique. Bien sûr sortir avec 21 % des votes lui permet de se psotionner comme un facteur clef pour le deuxième tour. Dans son discours d’hier soir, il a fixé son prix : il s’est vendu au meilleur enchérisseur. Bien que tout semble indiquer qu’il finira en allié de Macri, il ne faut pas non plus écarter qu’il s’offre aussi à Scioli (il est anti K mais ce n’est pas si clair qu’il soit anti Scioli) ; ou peut-être, il ne se décidera pour aucun de deux de façon explicite, pensant plus à ce qui peut passer dans quatre ans.

6. Enfin, il y a toujours une clé, celle qui supporte la grande difficulté maintenant d’expliquer ce qui s’est passé dans une confrontation électorale : c’est ce que nous appelons peuple. En Argentine, ces dernières années, la majorité sociale n’est pas même l’ombre de celle-là qui sortait de la crise, du corralito, de la faim et de la misère. Le changement est un changement dans toute sa plénitude. Et pour tant, se transforme aussi ce que la société pense, demande, imagine, exige, vote. Ce qui fut, il y a une décennie, une demande sociale, aujourd’hui est (heureusement) un droit naturel. Les gens veulent plus ; ils ont de nouvelles demandes, et cela requiert de nouvelles réponses. Le populaire et plébéien ne peut pas du tout être conçu comme une catégorie statique. C’est sans doute l’un des axes fondamentaux de ces a futures années en leu, entre la tentative de restauration conservatrice et le processus de changement qui est en cours.

Ces quelques lignes pour comprendre ce qui est survenu dans cette nouvelle carte politique-électorale argentine après les élections. Il reste plus, qu’à attendre le suivant rendez-vous électoral pour savoir qui sera le Président à partir du 10 Décembre de cette année. À partir de maintenant, une autre campagne commence qui n’aura rien à voir avec la précédente. Sûrement, le dénouement final dépendra plus de la stratégie kirchneriste que de ce peut faire Macri. Ce que le kirchnerisme se propose et ce que Scioli décide de faire seront les clés pour ce qui suivra. Mais cela est déjà un autre sujet.

* Alfredo Serrano Mancilla pour le CELAG

* Alfredo Serrano Mancilla est Directeur de Centre Stratégique Latino-américain de Géopolitique (CELAG).

CELAG. Équateur, le 26 octobre 2015.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la diaspora latinoamericaine par  : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la diaspora latinoamericaine. Paris, le 26 octobre 2015.

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