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14 janvier 2012

Rencontre entre Lars Schall et Pepe Escobar

Du Pétrole, du gaz et du sang !
Conjoncture mondiale 2012.

par Pepe Escobar *

 

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Tandis que s’intensifie la compétition pour le pétrole, l’eau et d’autres ressources, la relation entre les puissances mondiales se déplace et génère le cadre pour une chaîne de conflits qui vont de l’Irak en Libye. Le journaliste né au Brésil, Pepe Escobar, l’un des analystes les plus perspicaces de ces tendances est interviewé par l’Allemand Lars Schall.

Monsieur Escobar, compte tenu de votre expérience sur ce terrain : que ressortirait-il du malentendu crucial existant chez le public en général par rapport à la dite « Guerre contre la terreur » ?

Il s’agit d’une couverture pour un « Choc de civilisations » et une guerre froide cachée qui peut devenir une guerre chaude entre les Etats-Unis et ses deux concurrents stratégiques, la Chine et la Russie. Ils ne pourraient pas se jeter directement contre un de ces deux membres du BRICS. [1]

Souvenez-vous qu’avant la « Guerre contre la terreur » et après la chute du Mur de Berlin les étasuniens essayaient de découvrir qui serait leur prochain ennemi ? Par conséquent, ils avaient besoin d’un ennemi externe préfabriqué, avant c’était l’Union Soviétique, le Rideau de Fer et le mal communiste. Après que le mal ait été battu par la realpolitik : qui serait le prochain ?

D’abord ils ont pensé à la Chine, mais ils ont dit non, nous ne pouvons pas affronter la Chine, c’est une grande puissance, et elle a des armes nucléaires. La même analyse s’applique à la Russie, et là-bas cela leur allait bien, ils avaient une marionnette au Kremlin, Boris Yeltsine, qui privatisait comme un fou et pillait les ressources de la Russie au bénéfice, hypothétiquement, des multinationales occidentales. Et alors Putin est arrivé et il a tout chamboulé

Par conséquent la « Guerre contre la terreur » était parfaite parce que l’islam était identifié comme l’ennemi, un grand classique, et le 11-S ne pouvait pas mieux tomber parce qu’il s’est ajouté à ce qui avait déjà été conçu avant, comme l’élément Pearl Harbor, qui ne pouvait pas seulement influencer le public des Etats-Unis, mais aussi l’opinion publique mondiale. Mais était occulté dans le vrai agenda de la « Guerre contre la terreur » globale, ce que le Pentagone appelle « La guerre prolongée » -voulant dire guerre infinie – le fait qu’existent deux puissances émergentes qui posent une sérieuse menace réelle pour les Etats-Unis.

La Russie, tout simplement parce qu’elle possède des armes nucléaires. A cette époque ils ne pensaient pas à la Russie comme exportateur important de pétrole et de gaz, cela été avant que Putin ne réorganisât Gazprom pour que devînt le facteur le plus important international en ce qui concerne le pétrole et le gaz. Et la Chine, que, il y a dix ans, les étasuniens considéraient encore comme emmêlée avec des problèmes internes, que peut-être il y aurait une révolte paysanne, ou quoi que ce soit d’autre... et ils ne pensaient pas que la Chine était la grande rivale. Et maintenant, toutefois, elle a 3,2 milliards de dollars en réserves étrangères et bons du trésor des Etats-Unis, etc. (En riant).

Le prétexte parfait fut le 11-S, mais la guerre pour les ressources énergétiques du Golfe Persique et d’Asie centrale était le motif et s’est intensifiée en secret. Les Etats-Unis avaient le plan directeur néoconservateur qui incroyablement est mis en application maintenant, en ce moment : déstabiliser cet « L’Arc d’instabilité », dessiné par le Pentagone. Il va depuis le Maghreb au nord de l’Afrique à travers du Moyen-Orient et directement en Asie centrale en passant par l’Afghanistan et le Pakistan – qui est l’intersection entre l’Asie centrale et le Sud de l’Asie – jusqu’à la frontière chinoise au Xinjiang.

Par conséquent ils devaient mettre en application leur stratégie, qui a été finalement conçue après le 11-S. C’est la doctrine de « Domination de Spectre Complet  » [« Full Spectrum Dominance  »] du Pentagone, quelque chose que vous ne pourrez jamais lire dans la presse dominante des Etats-Unis ni dans la presse dominante européenne. Dès 2002 la « Domination de Spectre Complet  » est la doctrine officielle du Pentagone. Elle est intrinsèquement liée à la Sécurité nationale des Etats-Unis – n’a pas seulement à être la puissance prédominante sur terre, mer et dans l’air mais aussi dans le cyberespace et dans l’espace extérieur-. C’est l’essence de la doctrine de la « Domination de Spectre Complet ». [2]

Cela s’applique maintenant après le « Printemps Arabe », et c’est incroyable parce que personne ne parle non plus de cela. Tous ont dit au commencement : Uau ! Enfin les Arabes se« réveillent », mais c’est un terme trop sévère, puisqu’il signifie que les Arabes dormirent pendant les 100 dernières années, ce qui n’est pas vrai.

Du « Printemps » rien, et ce n’est pas non plus réellement le mot correct. Je dirais que c’est un processus de conscience mené par les travailleurs de la Tunisie, d’Égypte, du Bahreïn et aussi dans d’autres parties du Moyen-Orient. Et ensuite la contre-révolution est arrivée, et ce processus de contre-révolution conduit directement à l’implémentation de davantage de corollaires de la doctrine de « Domination de Spectre Complet ».

Nous pouvons revenir au sujet plus tard, mais ce que j’essaie de dire est que basiquement la contre-révolution, orchestrée par les Etats-Unis et en particulier par la Maison de Saud, a « réinstrumentalisé » ce qui est arrivé en Tunisie et en Égypte. Ils ont déclenché la contre-révolution au Golfe Persique, ils ont essayé de soudoyer la dictature militaire de l’Égypte pour la maintenir de cette façon, comme dictature militaire (ils ont déjà donné 4 milliards de dollars à la Junte de Tantawi, et encore plus vient de l’Arabie Saoudite), et pendant ce temps les Etats-Unis essaient de se réorganiser parce que ils se sont subitement rendu compte, qu’ils perdaient du terrain : par rapport à qui ?, à la Chine et la Russie.

Cela en termes d’accords sur pétrole et gaz entre la Chine et la Russie, entre le Turkménistan et la Chine, entre tous ces protagonistes et aussi avec l’Iran, la Russie et la Chine ont une coopération très étroite avec l’Iran sur ses champs de pétrole et de gaz.

Par conséquent les Etats-Unis disent : Eh bien : comment réorganisons-nous tout le sujet ? Du point de vue du Pentagone la « Guerre contre la terreur » est pratiquement terminée dans toutes ses intentions pratiques. Maintenant il se retourne à la « Domination de Spectre Complet », il faut contrôler tout. Cela signifie le contrôle de la Mer Méditerranée en tant que lac de l’OTAN, qui est ce qu’ils ont mis en application en Libye et maintenant ils essaient de le mettre en application en Syrie ; contrôler le reste d’Afrique, envoyer des troupes en Ouganda comme l’a fait Obama il y a quelques semaines, qui est pas seulement l’Ouganda mais le cœur de l’Afrique Centrale, c’est à dire l’Ouganda, le Soudan du Sud, la République Centrafricaine et le Congo, qui ont beaucoup du pétrole, beaucoup de minerais, et aussi beaucoup de terres rares, tout extrêmement précieux.

Par conséquent l’Occident doit être présent et bien sûr les Etats-Unis tiennent à exercer le contrôle, et oubliez-vous de la Chine. Cela signifie que se mettra à jour l’AFRICOM, ce Commando Africain placé à Stuttgart, en Allemagne, et qui sera probablement bientôt à Bengasi, en Libye.

Je parlai à des gens de l’Union Européenne à Bruxelles il y a quelques jours, quelques dissidents intelligents qui ne sont pas d’accord avec ce qu’ils font, et ils m’ont confidentiellement dit : « Voilà il va y avoir une base militaire en Libye. C’était le projet depuis le début ».

Il n’y aura pas beaucoup de soldats européens sur le terrain, ils seront turcs, qataries, des EAU, ces mercenaires qui sont entraînés par Blackwater – maintenant « Xe » – aux Émirats arabes unis (EAU). Ces gens feront partie de cette base et ce sera la base que l’OTAN et l’AFRICOM désiraient dans un territoire nord-africain.

Pour moi la première réponse à votre question est la suivante : « La Guerre contre la terreur » a été une distraction qui a duré plus ou moins dix ans. Maintenant même le Pentagone, la CIA, le FBI, l’Agence Nationale de Sécurité (NSA), le gouvernement d’Obama, tous, disent bien fort : «  al Qaida est opérationnellement inefficace », ce sont leurs propres mots.

Tous sont pratiquement morts, en dehors d’al-Zawahiri et le nouveau type qu’ils ont nommé comme leur commandant militaire, mais je ne peux même pas me rappeler son nom, ils ont un nouveau presque chaque semaine. Tous sont morts, ils ne sont déjà plus en Afghanistan, ils ont quelques instructeurs dans les aires tribales, dans les « waziristans », ils sont inefficaces dans le reste du monde, bien que, bien sûr, maintenant ils soient au pouvoir à Tripoli parce qu’ils ont été utilisés par l’Occident. Ces individus ont reçu un entraînement sur un terrain militaire au nord de Kaboul.

J’ai été dans cet endroit au début de 2001 et ils m’ont dit qu’ils avaient de nombreux Libyens. Et oui, ces Libyens ont été les types du Groupe de Combat Libyen Islamique, de LIFG, et ils ont reçu un entraînement sur ce terrain au nord de Kaboul, il était très facile d’arriver à ce lieu. Donc maintenant ils sont en Libye, le commandant militaire de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, avec ses acolytes. Ils sont très bien armés, très bien entraînés, ils ne partiront pas, et l’Occident a utilisé ces jihadistes liés Al Qaida sans y penser à deux fois.

Diriez-vous qu’Al Qaida, qui est maintenant un fantôme et dans les « bons jours » était une force réelle, fut un instrument utile pour la politique extérieure des Etats-Unis ?

Oui ! Bien sur qu’il l’a été ! C’était l’excuse parfaite parce qu’il leur a donné le prétexte pour essayer de mettre en application la « Domination de le Spectre Complet » n’importe où qu’ils pouvaient le faire. En Asie centrale ils ont été très actifs même jusqu’à il y a environ deux ans, pendant le gouvernement de Bush.

Il faut rappeler que dans ces jours Cheney avait l’habitude d’aller en Asie centrale tous les deux ou trois mois. Les Etats-Unis ont essayé de parvenir à des accords directement avec les kazakhs, les turkmènes et spécialement avec les azéris, l’élite azérie est très proche des républicains étatsuniens. C’est pourquoi Dick Cheney y allait tout le temps.

Et son ambassadeur spécial, qui travaille encore pour le gouvernement d’Obama, Richard Morningstar, est l’envoyé pétrolier de Washington en Asie centrale, connaît bien la zone, connaît tous les acteurs. Les étatsuniens ont essayé de les mettre sous pression : ne vous mettez pas d’accord avec la Russie, ne vous mettez pas des accords avec la Chine, laissez de côté l’Iran et mettez-vous d’accord avec nous. Qu’est-ce qui se passe maintenant ? Ils ont fait des accords avec la Russie, ils ont fait des accords avec la Chine, ils n’ont pas laissé de côté l’Iran et ne se sont pas mis d’accord avec les Etatsuniens (En riant).

Normalement les gens attendent que quand on commence une guerre on veut la gagner. Mais ce n’est pas le cas en Asie centrale où un théâtre de guerre perpétuelle a des avantages certains pour le « complexe militaro-pétrolier  » (comme l’économiste James K. Galbraith l’a appelé.) face à la Chine et à la Russie ? [3]

Oui, mais le problème est qu’ils ne savent pas avec qui ils sont en train de traiter. Ils oublient les facteurs culturels ; ils oublient que, par exemple, les turkmènes sont très indépendants et préfèrent faire des affaires avec les gens qui parlent le même langage, qui est le russe. Si l’intermédiaire de Medvedev va à Ashgabat parler au président Berdimuhamedov en russe, c’est beaucoup plus facile de parvenir à un accord.

Ou si les chinois vont à Ashgabat et, ils disent : « regardez, nous construisons tout ce que vous voulez et même nous construirons un gazoduc nous mêmes. Par conséquent, faites-nous un bon prix pour votre gaz et demain nous construirons ce gazoduc du Turkménistan oriental jusqu’à la Chine occidentale ». Et c’est exactement ce qu’ils ont fait, le gazoduc a été inauguré il y a deux ans. Et la même chose vaut pour les africains : il n’y a pas de conditionnements, il n’y a pas d’interférences à la politique interne.

Les Etatsuniens ont essayé de le faire un temps, comme avec l’Ouzbékistan et ce personnage qui horripile ses propres gens, Islam Karimov. Il avait un accord très large avec le gouvernement de Bush, et les Etats-Unis ont eu une base militaire à Karimabad près de la frontière afghane pendant les années Bush, qui a été très utile pour les Etatsuniens, mais après ils ont commencé à critiquer les droits de l’homme en Ouzbékistan, de telle façon que : qu’est-ce que les ouzbeks ont dit ? Finie, la base : Bye-Bye ! Et en plus ils font partie de ce gazoduc qui va du Turkménistan à Chine à travers l’Ouzbékistan. Ils ont changé un peu leur tactique, mais en fin de compte les Etatsuniens ont perdu la partie.

Maintenant les Etatsuniens se sont rendu compte qu’ils perdaient du terrain face à la Russie et à la Chine en Asie centrale, de manière qu’ ils se sont repositionnés dans le Golfe Persique, au nord de l’Afrique et aussi à l’intérieur de l’Afrique. La Libye sera très utile pour de nouvelles explorations de pétrole et de gaz. Les Libyens disent qu’ils maintiendront les contrats qu’ils ont avec les italiens, il existe ce gazoduc du nord de la Libye vers la Sicile et les embarquements pour l’Italie. Mais les nouveaux contrats seront pour BP et les Etatsuniens, pas pour les chinois ni les russes.

La Libye a été, est et sera lucrative pour les principales multinationales énergétiques occidentales. En Asie centrale leur unique espoir est l’Azerbaïdjan, parce que là ils contrôlent plus ou moins le commerce énergétique, et comme j’ai dit, les élites travaillent vraiment comme une satrapie de Washington. Mais le problème est qu’ils ne peuvent pas contrôler le Turkménistan. Ils faisaient pression sur le Turkménistan pour construire « Nabucco », le gazoduc. Nabucco coûtera une fortune, près de 20.000 millions d’euros, personne ne sait d’où viendra l’argent, spécialement en pleine crise européenne.

Les turkmènes disent qu’ils peuvent fournir assez de gaz, mais personne ne sait s’ils ont réellement cette quantité, parce qu’ils échangent du gaz avec l’Iran, vendent beaucoup à la Chine, et ils vendent encore à travers l’ancien gazoduc soviétique. « Nabucco » aura besoin de beaucoup de gaz et personne ne sait si le Turkménistan l’a. Et les turkmènes disent encore : « ils doivent nous démontrer qu’ils ont l’argent pour le gazoduc, qui peut être construit dans les trois ou quatre prochaines années, pour que nous puissions engager nos réserves de gaz pour ce gazoduc. »

Mais cela signifie que, si le Turkménistan n’a pas assez de gaz, les Européens auront à le trouver dans un autre endroit, et cela ne pourra pas être fait en Azerbaïdjan, à moins qu’ils dépensent encore 22.000 millions de dollars de plus pour un nouvel investissement.

Par conséquent, tandis que tous étaient bloqués, les russes ont construit deux gazoducs : le « North Stream » et « South Stream  ». Poutine gagne la guerre contre « Nabucco » parce qu’il a commencé en premier et est arrivé à des accords avec différents gouvernements, comme avec Gerhard Schröder en Allemagne pour le « North Stream » et avec Silvio Berlusconi en Italie pour « South Stream ». Par conséquent, « North et South Stream » gagnent contre « Nabucco », parce qu’ils ne savent pas encore ni d’où viendra l’argent, ni s’ils auront assez de gaz, ni où trouver le gaz s’il n’est pas au Turkménistan ou en Azerbaïdjan.

La Turquie veut aussi avoir beaucoup de gaz, plus la commission du péage. C’est un bordel total. Tout le temps je lis ces annonces officielles de Nabucco - qui est basé à Vienne - et plus ou moins tous les mois il y a un communiqué officiel : il va fonctionner, nous avons les 20.000 millions d’euros, il sera prêt en 2017, nous commencerons l’année prochaine, mais ce sont des choses que nous avons entendues pendant les cinq dernières années, si je ne me trompe pas.

Un autre problème central est le commerce l’opium et de l’héroïne en Afghanistan. Quelles sont vos observations au sujet de ce problème ? Qui sont les acteurs principaux dans cette affaire ? Et diriez-vous que tout ce thème est une honte pour l’Occident ?

Oh, oui cela l’est. L’un des protagonistes principaux a toujours été Ahmed Ali Karzai, frère de Hamid Karzai. Je me suis entretenu avec lui après le 11-S à Quetta. Il vivait toujours à Quetta parce que c’était sa base parfaite. Quetta est un endroit fascinant. Je dirais que c’est la capitale de la contrebande de l’Orient, et ce n’est pas rien, parce qu’elle concourt avec Hong Kong, elle concourt en réalité avec tous, avec les russes, avec la mafia ukrainienne.

A Quetta tu trouves une mafia du transport, une mafia de l’héroïne, et depuis Quetta tous ces réseaux commencent à se diversifier. Il y a un réseau qui passe au nord du Pakistan et va au Tadjikistan, l’autre bifurque au Tadjikistan et va vers l’Asie centrale et dès l’Asie centrale en Turquie.

Des réseaux pakistanais/afghans de l’opium existent, et un autre réseau tadjike qui se consacre simplement à raffiner. Tous savent que c’est un réseau de la CIA, et nous ne savons pas avec exactitude quelle trajectoire il suit. L’Afghanistan est probablement une des trajectoires via l’Ouzbékistan pour arriver en Turquie, en volant probablement depuis l’Ouzbékistan. Chacun à son réseau.

Que je sache, les mafias chinoises n’ont pas de réseau en Afghanistan, mais peut-être arriveront elles bientôt. Et c’est le problème principal pour la Russie. Chaque fois que l’on parle à des fonctionnaires russes de quelle est la grande affaire en Afghanistan, ils disent immédiatement : il y a une guerre de la drogue contre nous, et la source est l’opium afghan.

Maintenant ils ont plus de victimes par rapport à l’héroïne que celles qu’ils ont eu pendant les années quatre-vingts avec la guerre en Afghanistan.

C’est toute la raison, exactement. C’est l’un des objectifs cruciaux des russes dans l’ Organisation de Coopération de Shanghai SCO). Il ne s’agit pas de maintenir seulement les bases étatsuniennes en dehors de la région, comme le veulent aussi les chinois. C’est d’essayer de trouver une manière de combattre ces mafias de la drogue, de l’opium. C’est un grand problème pour la Russie, et aussi est un grand problème pour l’Iran.

Pour l’Iran à cause des réfugiés afghans. Les réfugiés afghans sont partis surtout en lran oriental, par conséquent si l’on va à Mashhad en Iran oriental, si l’on va dans les banlieues de Mashhad, c’est le centre d’opium, c’est le centre de la contrebande. Ils traversent l’Afghanistan, traverse à travers Herat, et de Herat vers Mashhad, maintenant avec de très bonnes routes, cela prend au maximum sept heures, et depuis Mashhad ils distribuent cet opium dans tout l’Iran. C’est aussi un problème immense de drogue pour l’Iran, et l’Iran est membre observateur de l’Organisation de Coopération de Shanghai, et l’une des raisons principales pour lesquelles il se soit uni à la SCO est d’essayer d’organiser un mécanisme régional pour faire une vraie guerre à la drogue, parce que ces pays souffrent considérablement à cause d’elle.

Oui, c’est vrai, alors ils produisent de l’héroïne en Afghanistan, ils ne cultivent pas seulement de l’opium. Et une question que je pose toujours c’est : qui leur fournit les produits chimiques impliqués dans le processus de production ? J’imagine pas que les afghans n’ont pas d’usines pour produire du chlorure d’acétyle ou les ont-ils ?

Honnêtement, je ne peux pas répondre à cette question, mais je dirais qu’une aide externe existe, c’est vrai. En Afghanistan ils ne peuvent pas la fabriquer simplement. En fait, les labos souvent étaient au Tadjikistan ou au Pakistan, à Quetta, par exemple, ou au Douchanbé au Tadjikistan. Les gens de la vallée du Pandjchir qui a à voir avec le trafic, tout se concentre au Douchanbé, 40 minutes au nord de l’Afghanistan en hélicoptère – et ils ont leurs propres hélicoptères privés. Par conséquent je dirais que oui, il y a une aide externe, et alors, bien sûr, c’est là que la spéculation arrive : est-ce que ce sera une aide externe occidentale ? (En riant).

Est-ce seul le hasard ou peut-on avoir l’impression que n’importe où se trouvent des ressources énergétiques et(ou) des drogues illicites (par exemple l’Amérique Latine, l’Asie centrale, le Sud-est Asiatique), les militaires et les services d’intelligence des Etats-Unis ne sont jamais réellement loin ?

C’est ainsi, ils sont partout. Bien qu’ils ne puissent pas être en Amérique du Sud pour le moment à cause de ce qui arrive là bas depuis... je dirais, 2002. C’est un tremblement de terre géopolitique et de fait, parce que les sudaméricains ont décidé pour la première fois dans leur histoire avec les élections d’abord de Chávez, et après Lula au Brésil en 2002, et puis l’Équateur, y compris l’Uruguay, y compris quand Kirchner a triomphé en Argentine, se sont dit : Eh bien, organisons-nous maintenant que la majorité de nos gouvernements sont de centre - gauche ou au moins, nominalement progressistes.

Mettons en ordre notre arrière cour, organisons-nous à travers l’Unasur, par exemple, l’Union de nations sudaméricaines, et aussi le Mercosur, qui est une union commerciale. Et essayons d’affronter directement à l’interférence US. Et c’est ce qui est arrivé. Rappelez-vous le coup d’Etat raté contre Chavez en 2002, qui a été organisé directement par Washington, d’amples preuves existent, on peut les trouver sur le web. Eva Golinger, une avocate Venezuelo-Etatsunienne, a écrit d’excellents livres à ce sujet. Eh bien, ils ont aussi essayé en 2007 de déstabiliser la Bolivie, le coup d’Etat raté en Équateur il y a plus d’un an. Pourquoi cela ne continue-t-il pas d’arriver en Amérique du Sud ? A cause de l’unité politique, économique et géopolitique.

Mais ne doutez pas, si le Pentagone trouve une possibilité de recommencer à interférer directement au Venezuela, il le fera. Le problème est que, maintenant il y a des conseillers russes dans ce pays, il y a des commerçants chinois au Venezuela, il y a aussi des intérêts commerciaux iraniens. Le Venezuela fait du commerce pas seulement avec l’Amérique du Sud et maintenant il est aussi membre du Mercosur, et ne commerce pas seulement beaucoup avec le Brésil et l’Argentine, etc., mais fait du commerce aussi de l’autre côté du monde, et de deux des concurrents stratégiques des Etats-Unis, plus leur némesis [4], l’Iran. Cela explique beaucoup de choses.

Dès 2002, l’Amérique du Sud est un grand, grand, problème pour le Pentagone, et il n’est pas surprenant que ces lunatiques candidats républicains ont dit lors de leur dernier débat de politique étrangère que le Hamas et le Hezbolah sont partout en Amérique du Sud, qui faut faire attention à l’Amérique latine parce que les Etats-Unis oublient qu’il y a beaucoup de communistes et terroristes là-bas. Ce n’est pas surprenant.

Mais diriez-vous que c’est une coïncidence, cette connexion historique entre les ressources énergétiques et les drogues illicites ? Par exemple, dans la guerre du Viêt-Nam.

Il est vrai, avec Air America, qui ne défendait pas seulement les civils au Laos et au Viêt-Nam. Sans détour, c’est clair, que c’était une opération de contrebande d’héroïne de la CIA. Mais il se trouve que ce n’est pas nécessairement ainsi. Je mentionnerais la Colombie, cas complètement différent. La Colombie était un cas de cartels autochtones, ils luttaient entre eux pour voir qui aurait le monopole de l’exportation de cocaïne vers les USA. Je dirais qu’il y avait peu d’intérêts étatsuniens dans ce cas, la vente d’équipement et d’armes, oui, mais les Etatsuniens n’ont pas été en première ligne dans la bataille contre les cartels.

Les cartels se sont fragmentés et se sont répartis partout. Alors que maintenant, durant les trois ou quatre dernières années, ceux qui contrôlent la distribution de cocaïne en Amérique du Sud ce sont les Péruviens. Ce ne sont plus les Colombiens.

Ils sont partis, par exemple, au Brésil comme centre de raffinage et centre d’exportation. Je dirais, par exemple, que chaque semaine il y a une prise importante de coca à l’Aéroport International de Sao Paulo. De manière que si on multiplie cela par ce qui en réalité passe sans être détecté, c’est surprenant. Maintenant l’aéroport de Sao Paulo est l’une des grandes routes d’envoi de cocaïne vers les États-Unis, ou aussi vers l’Europe. Autrefois l’héroïne qui arrivait de l’Asie centrale via l’Europe avait l’habitude d’atterrir aussi au Brésil. C’était très amusant : il y a eu un temps pendant les années quatre-vingts, je me rappelle, quand il y avait une connexion italienne : ils portaient de l’héroïne de Milan à Sao Paulo, et ils portaient de la cocaïne de Sao Paulo à Milan. (en riant) C’était presque il y a trente ans.

Dans le cas colombien c’est bien différent. Il n’existe pas une relation directe entre les drogues et l’énergie. De même avec le Venezuela : l’unique commerce qui vaut est l’énergie, c’est une bataille pour l’énergie. Hugo Chávez, qu’ importe ce que tu penses sur sa personne, il a été très rusé, parce qu’il a dit : « Eh bien, mon chemin est de faire des accords avec d’autres associés. » De manière qu’ils sont parvenus à un accord immense avec la Chine, et maintenant c’est l’un des principaux fournisseurs de pétrole de ce pays.

Bientôt il vendra un million de barils par jour de pétrole à la Chine et cela pourrait atteindre facilement deux millions si les chinois investissent dans la région de l’Orénoque, en exploitant des nouveaux gisements. Et ils le feront. Ce n’est pas une priorité pour l’instant, parce que pour le moment les chinois sont concentrés en Sibérie, en Asie centrale et en Afrique. Mais ils ont encore ce Plan C ou D, qui est le Venezuela.

Comptent-ils aussi avec le Brésil comme exportateur de pétrole ?

Certainement, parce que les dépôts « pré-sel » au Brésil [5], c’est dans les faits une espèce d’avantage à moitié. Petrobras est considéré partout dans le monde comme l’une des compagnies pétrolières nationales les plus compétentes. Le problème est qu’elle doit développer la technologie spécifique pour perforer cette cape de sel pour extraire le pétrole. C’est une opération extrêmement complexe et extrêmement coûteuse. Ils disent qu’ils commenceront en 2017. J’ en doute.

Le dernier chiffre que j’ai vu sur l’investissement nécessaire, fut il y a quelques mois. Ils parlaient d’entre 220 et 240 milliards de dollars d’investissement pendant les prochaines années pour commencer à extraire du pétrole de la cape « pré-sel ». Tous veulent participer. Chevron est déjà présent. Exxon Mobil, Gazprom veulent l’être, et bien sûr les chinois. Et voilà que je suis sûr que quand les brésiliens commenceront à préparer des licitations, les chinois seront sur la première ligne avec toutes ses compagnies : CNPC, CNOOC, toutes celles là.

Mais c’est évidemment que c’est un projet a long terme pour les chinois, parce que selon une évaluation réaliste il ne va pas y avoir du pétrole de la cape « pré-sel » avant 2019/2020, par conséquent les chinois pensent déjà à l’avenir.

Nous avons entendus beaucoup parler du BRICS. Diriez-vous que cela se borne à un nom agréable qu’a donné une fois la Goldman Sachs ou il y a quelque chose de plus, une stratégie globale, ou quelque chose de semblable ?

Ils n’ont pas encore une stratégie globale. C’était seulement un joli nom en 2001/2002. Plus maintenant, parce que maintenant ils se réunissent régulièrement, pas seulement pour une réunion officielle par an, mais leurs ministres des Affaires étrangères se réunissent, leurs vice-ministres d’Extérieurs se réunissent comme ils l’ont fait, en réalité, à Saint-Pétersbourg il y a peu. Leurs intérêts sont plus ou moins les mêmes au sens que : la Russie et la Chine maintiennent les Etats-Unis en dehors de leur arrière cour, qui est notamment l’Asie centrale et les ex-républiques soviétiques.

Le Brésil ce qui l’intéresse c’est de maintenir dans ce qui est humainement possible les Etasuniens en dehors de l’Amérique du Sud, en considérant que les relations entre le Brésil et les Etats-Unis sont très, très étroites, et que les Etats-Unis voient encore le Brésil comme un allié clef en Amérique Latine. C’est un jeu de politique extérieure très compliqué entre le Brésil et les Etats-Unis.

En ce qui concerne l’Inde, elle veut aussi être dans le même groupe de pays émergents, mais sans affronter trop les Etats-Unis, par conséquent aussi elle joue un jeu difficile. L’Afrique du Sud a tout simplement été incluse pour pouvoir avoir une portée continentale, pour que trois continents fussent représentés.

Je dirais que du point de vue du BRIC, et en réalité ils l’ont bien discuté à Brasilia il y a plus d’un an, le cinquième BRIC serait Turquie, par conséquent ce serait réellement BRICT, mais à la dernière minute ils ont décidé d’inclure l’Afrique du Sud, parce qu’ils ont dit : nous avons besoin aussi de la plus grande économie de l’Afrique, et parce que le Brésil et l’Afrique du Sud et l’Inde ont commencé à faire beaucoup plus de commerce entre eux pendant les 4 dernières années que dans les 400 dernières. Le Brésil et l’Afrique du Sud s’intègrent fortement, et l’Afrique du Sud est le pont entre le Brésil et l’Inde.

Par conséquent ce serait convenable pour ces trois protagonistes. Mais bientôt le BRICS pourrait inclure, je dis qu’il « pourrait » bien parce que ils ont entamé des discussions mais ils ne savent pas encore comment le faire en tant que mécanisme formel, la Turquie, ’Indonésie et la Corée du Sud, qui sont des candidats naturels, il n’a pas de doute. Deux en Asie et un au Moyen-Orient, l’intersection entre l’Europe et l’Asie.

Ils ont commencé alors à parler de davantage d’intégration dans leurs économies, des échanges culturels, et tous ces bla-bla-bla … Maintenant ils pensent : Eh bien, nous allons taper le poing sur la table géopolitiquement, bien ce soit très doucement au début. Et c’est pourquoi ils ont commencé avec la Libye, ils se sont abstenus lors du vote de la Résolution 1973 de l’ONU, ce qui a déjà été un grand pas. Ils ont été légèrement condamnés par les Européens et les Etasuniens pour l’avoir fait. Mais ils ce sont dit, ce n’est pas encore la ligne rouge, c’est une ligne très, très jaune. Non nous ne pouvons pas nous permettre d’affronter les Etats-Unis en ce moment.

Et alors, est arrivée la dernière proposition d’un vote du Conseil de Sécurité de l’ONU sur la Syrie, et les BRICS ont dit tout de suite : Pas question, c’est la ligne rouge. Pour beaucoup de raisons, parce que la Russie et la Chine ont de très bons accords avec la Syrie. Le Brésil et la Syrie sont très voisins. Il y a des millions de Syriens vivant au Brésil et des Syriens - Libanais qui vivent au Brésil, de manière que les brésiliens les appellent des Syriens - Libanais, la majorité des gens au Brésil ne peut pas les distinguer, parce qu’ils ont commencé à arriver dans les années vingt, dans les années trente, et aussi après la Deuxième Guerre mondiale. Ils sont très bien intgrés dans la société brésilienne, et il y a beaucoup d’accords commerciaux entre le Brésil et la Syrie. Ce sont quelques uns des motifs pour les quels ils ont aussi une position commune sur ce sujet.

En ce qui concerne l’Afrique du Sud, c’est évident. La première fois ils ont voté pour la résolution de l’ONU. Ils ont subi la pression d’Obama. Obama a appelé le président Zuma, ils se parlèrent par téléphone pendant environ deux heures et Obama lui a dit : Regardez, il faut voter pour nous, autrement vous allez avoir des problèmes. Par conséquent Zuma a voté contre sa volonté. Et après il a fait partie de la délégation de l’Union Africaine pour organiser un accord de la paix entre les rebelles et Kadhafi. Et le régime de Kadhafi a dit que oui, les rebelles ont dit que non. Pourquoi ? Parce que l’OTAN leur a dit de dire non.

Par conséquent l’Afrique du Sud a aussi eu ses raisons. La Syrie c’est la ligne rouge. Par conséquent maintenant ils commencent à organiser leur objectif géopolitique en face de l’Occident atlantiste d’une manière beaucoup plus coordonnée. Et en termes économiques ils font pression sur le FMI pour qu’il donne plus de droits de vote au Brésil et à la Chine.

Il y a trois individus comme directeurs régionaux au FMI, et les chinois et les brésiliens l’ont dit pendant des années durant : nous avons besoin de davantage de directeurs et nous avons besoin de plus de droits de vote. Cela a fait partie de la discussion, rappelez-vous quand le ministre des Finances brésilien a dit : Regardez, peut-être nous pouvons dessiner un mécanisme pour aider les économies européennes en difficultés. C’était sa manière de dire : Le sujet va au FMI, nous voulons être là, nous voulons davantage de droits de vote, et ensuite nous décidons si nous pouvons aider ou non, mais cela être dans le mécanisme du FMI.

Oui, ils se coordonnent certainement beaucoup plus qu’avant, je dirais qu’il y a deux ans. Bientôt le BRICS va être BRICTS, BRICTIISS, un BRIC élargi. Mais maintenant il est configuré comme un contre-puissance en termes géopolitiques, en termes d’attrait pour le monde dans un développement, parce que l’attrait du BRICS pour le Mouvement de non Alignés (NAM), par exemple, pour d’autres pays en Amérique du Sud, pour de nombreux pays au Moyen-Orient, pour beaucoup de pays dans le Sud-est Asiatique est immense en comparaison de celui d’une OTAN/US atlantiste qui est basiquement le même parce que les Etats-Unis contrôlent l’OTAN.

L’OTAN est alignée avec les monarchies les plus ultraréactionnaires et répressives du Golfe Persique. Un réalignement dans l’échiquier est maintenant quelque chose de très délicat parce que maintenant ces pays, spécialement le Qatar et les Émirats, sont des sous-sections de l’OTAN. Dans l’un de mes articles j’ai récemment risqué la possibilité de parler bientôt d’une OTANCCG, ou de CCGOTAN. CCG, Conseil de la Coopération du Golfe, usuellement appelé le Club Contre-révolutionnaire du Golfe, parce que c’est ce qu’il est en réalité.

Par conséquent la fusion entre l’OTAN et le CCG est totale. Et si nous incluons la fusion entre le complexe militaro-industriel aux Etats-Unis et le système de défense saoudien qui est aussi totale, nous pouvons dire que le Pentagone et le CCG sont la même chose.

Et le BRICS le voit et pour certains d’entre eux c’est extrêmement compliqué. Pour la Chine, par exemple, parce que l’Arabie Saoudite continue d’être son fournisseur principal du pétrole. Pour le moment l’Arabie Saoudite surpasse l’Angola. La Venezuela se trouve déjà parmi les cinq premiers. La Libye n’était pas parmi les cinq premiers, c’est pourquoi ils ont dit : Eh bien, pas maintenant, peut-être après. Mais comment ils organisent la relation entre Pékin et Riyad, parce qu’ils voient que Riyad est totalement aligné avec l’agenda du Pentagone, et en même temps ils dépendent de leur pétrole, et cela explique, entre beaucoup d’autres choses, pourquoi les chinois sont si attentifs à dépendre de moins en moins du pétrole du Moyen-Orient.

Cela signifie davantage d’accords avec l’Iran. Mon opinion, plus ou moins informée, est que bientôt les chinois vont aller en Iran et ils diront : De combien d’argent avez-vous besoin pour moderniser totalement vos installations de pétrole et de gaz ? Voici donc, mais traitez avec nous.

Cela explique l’oléoduc du Turkménistan à la Chine, cela explique les deux oléoducs de la Sibérie vers la Chine, et cela explique la Chine en Angola et aussi en Afrique Centrale, et cela expliquera que la Chine ira au Brésil le plus vite possible, pour dire : Combien d’argent voulez-vous ? La relation sino-saoudienne est très compliquée pour Pékin, et cela signifie, pour le moment, qu’ils ne peuvent s’affronter sur rien avec l’Arabie Saoudite.

Par rapport au BRICS : remarquez-vous le fait que les banques centrales de la Russie, de la Chine et de l’Inde, et aussi les banques centrales sudaméricaines achètent de l’or en quantité ?

Oh, oui, oui ! Pour le moment ils achètent de l’or, et ont en réserve le Plan B, qui est une corbeille de monnaies sous la forme d’un système monétaire international. Les russes et les chinois le veulent, les brésiliens le veulent aussi. Il inclurait probablement le dollar, l’euro, le yuan, peut-être le rouble, peut-être aussi le real brésilien, peut-être le yen, mais les japonais ne font pas partie de cette conversation et pour le moment, certes, on achète de l’or, y compris ceux qui ne sont pas dans ce circuit, mais ils sont branchés sur le circuit, comme le Venezuela. Il faut rappeler que la Venezuela a rapatrié tout l’or qu’ils avaient dans des banques européennes, le premier lot est déjà arrivé à Caracas.

Pensez-vous qu’il pourrait y avoir un type de connexion entre le prix de pétrole et l’or dans l’avenir ?

Je ne le sais pas, Lars, honnêtement. Sais-tu pourquoi ? Je dirais que cela dépend d’une initiative connectée avec la mise de côté du pétrodollar. Et cette initiative a déjà commencé il y a quelques années. L’Iran veut le faire rapidement, comme hier. La Russie a déjà dit : Oui, nous le voulons. Le Venezuela a déjà dit que oui en Amérique Latine. Mais je pense que c’est l’option « nucléaire » [casse-tout]. Pouvez-vous imaginer le jour où les principaux producteurs de pétrole dans l’OPEP disent : Il n’y aura plus de pétrodollar, cela va t-il être nos propres devises ou cela va t-il être un panier de monnaies ? Ce serait tout simplement la fin de l’hégémonie américaine pour toujours.

Tout le pays brûlera, sans doute.

Exactement. Je le vois comme l’option « nucléaire ». Il y a quelques années, quand l’Iran établissait la bourse énergétique l’a fait, réellement elle existe déjà.

Depuis 2008. [6]

Je me souviens qu’en 2005, j’ai interviewé un type responsable d’établir cette bourse à Téhéran. Nous avons eu une conversation fantastique et ensuite je me suis disputé avec mon éditeur d’alors de l’Asia Times, parce qu’il a dit : Si nous publions cela, demain les Etasuniens bombarderont notre siège.

Les iraniens ont dit : « Ceci est notre premier pas pour inciter les gens à commencer à faire des contrats pétroliers avec nous avec notre bourse et non celle de New York ou de Londres ». Et alors je leur ai dit : « savez-vous ce que vous faites, parce que quand cela commencera. Vous allait être bombardés par les Etats-Unis le jour suivant », et ils ont répondu : « Oui, nous connaissons les risques. Mais l’individu qui l’a mis en place pour nous est en réalité un ex-homme d’affaires à Londres ». C’était un business très compliqué.

Après mon entretien, cela leur a pris trois ans, comme tu as dit ; ils l’ont seulement établi en 2008. C’est une très petite bourse, mais du point de vue des iraniens c’est seulement le commencement. Cette bourse leur plaît. Ils ont commencé d’abord avec les produits pétrochimiques. Ils ont commencé à négocier dans la pétrochimie, le pétrole et le gaz pour le futur, et ils étaient particulièrement intéressés pour attirer des acheteurs du monde en développement, plus la Russie et la Chine, de manière à acheter des produits énergétiques iraniens directement à l’Iran. Je suis sûr que l’idée a aussi plu à la Russie et à la Chine, mais pour le moment c’est un embryon de quelque chose de beaucoup plus grand qui viendra plus tard.

Vous parlez « du Grand Jeu 2.0 » en Asie centrale / de « Ductistan  » [Pipelinestan] (du Grand Moyen-Orient). Est-ce un avantage être familiarisé avec le bon Halford Mackinder (géographe britannique crédité comme le père de la géopolitique) dans « Ductistán » ?

Non, la sujet est que ceux qui sont familiarisés avec Mackinder sont les gens de [Zbigniew] Brzeziński et ceux des agences de sécurité nationale à Washington. Ils pensent qu’ils peuvent appliquer Mackinder et gagner. (En riant) Les russes et les chinois diraient : Pas dans notre région, les garçons, ici c’est différent. Nous avons les ressources. La Russie est une puissance continentale. La Chine est un royaume et une civilisation « per se » [« en soi »] ; nous n’admettons pas d’interférence étrangère, jamais vous arriverez à contrôler notre zone de l’Eurasie, vous pouvez contrôler la partie européenne de l’Eurasie, mais cela s’arrête au Bosphore. À droite du Bosphore, la Turquie a des ambitions régionales, l’Iran a des ambitions régionales, nous avons nos ex-républiques soviétiques que nous voyons encore comme nos satellites. Le Sud-est Asiatique est lié maintenant à la Chine en termes de commerce et je dirais que des parties du Sud-est Asiatique sont en train de devenir dans les faits une sous-section de la Chine.

Il faut rappeler que pendant le « Miracle Asiatique », quand la Banque mondiale a lancé ce fameux livre en 1993 : « Le miracle asiatique », le Japon était le leader de la bande et ensuite derrière les autres quatre tigres, ensuite les mini-tigres, et la Chine était très loin derrière, et maintenant en 2011 tout est à l’envers, parce que la Chine est l’oie extraordinaire, et ensuite nous avons tous ces mini-oies derrière la Chine qui essaient de maintenir le rythme et aussi de faire des affaires, parce que la diaspora chinoise dans tous ces pays est essentielle. Elle contrôle la plupart de l’économie Indonésienne, la plupart de l’économie de la Thaïlande, les mariages mixtes sino-thaïlandais, contrôlent la plupart de l’économie des Philippines, une grande partie de l’économie de la Malaisie, toute l’économie de Singapour. Des tigres ? Pas vraiment. Des mini-jars. Tout à basculé.

Par conséquent je ne vois pas qu’on soit en train d’appliquer Mackinder. Ils l’ont pensé pendant le gouvernement Bush, par son arrogance, et parce qu’ils ont dit, rappelez-vous, ils le disaient pratiquement tous les jours : Nous créons notre propre réalité, alors vous tous dans le reste de monde vous n’avez qu’a maintenir le rythme. Ils ont pensé qu’ils pouvaient mettre en application leur nouveau grand jeu de stratégie en Asie centrale en construisant ce gazoduc en Afghanistan, finalement, le TAPI – le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, en laissant de côté l’Iran, la Russie et la Chine.

Ils ont pensé qu’ils pouvaient obliger les turkmènes à vendre leur gaz à des compagnies occidentales et non à la Chine ou à se connecter au réseau de gazoducs russes. Ils étaient encore ivres de leur succès dans le BTC, l’oléoduc le Baku-Tbilisi-Ceyhan, disant que c’était le commencement de beaucoup d’autres « ducs » qui éviteraient l’Iran.

Mais cela était au début du gouvernement de Bush jusqu’à en 2003/2004 après le « succès » de la guerre d’Irak. Maintenant, seulement quelques années après, comme nous le disions antérieurement, ils n’ont rien gagné. En fait, l’Organisation de la Coopération de Shanghái, qui est un mécanisme qui s’oppose à la prolifération des initiatives des Etats-Unis en Asie centrale, se renforce de plus en plus.

En termes d’accords énergétiques, la Russie, l’Iran, la Chine, le Turkménistan, négocient tous entre eux. Il y a évidemment un espace avec l’Europe, mais ils ne peuvent pas traiter avec l’Europe dans le cas de l’Iran compte tenu des sanctions, et dans le cas du Turkménistan parce que, pour construire un gazoduc comme Nabucco, à plus de 20 milliards d’euros, c’est infaisable. Pour se donner une idée : BTC a coûté 4,5 milliards de dollars à son époque, et à l’époque tous disaient : c’est ridicule construire un oléoduc semblable quand nous pourrions avoir eu une route plus courte depuis l’Iran qui coûte probablement dix fois moins. Ils l’ont construite malgré tout. Maintenant Nabucco coûte 500 % de plus que BTC.

Par conséquent les Etatsuniens n’ont rien gagné. En fait, en Afghanistan ils se tirent une balle dans le pied, parce que maintenant ils ne se sont pas seulement mis à dos le Pakistan quand ils ont commencé à bombarder le pays pendant les dernières années avec la guerre des drones ; aussi les afghans eux mêmes, qui étaient réellement disposés à parvenir à un accord avec les Etatsuniens. Les leaders tribaux disaient même que l’on parlait aux Etatsuniens de quel type de complexe de bases ils désiraient après leur retraite en 2014. Ils étaient disposés à en discuter.

Maintenant oubliez, parce que le Pakistan ne veut plus discuter le sujet, ils en ont ras le bol, le Pakistan et la Chine s’approchent de plus en plus et les chinois vont exploiter la bagarre entre Washington et Islamabad. En Afghanistan ce sera un bordel total, ils ne veulent pas de bases étatsuniennes, j’en suis sûr, après 2014, de manière que le Pentagone ait à imposer ces bases aux contrôles afghans. Encore nous ne connaissons pas non plus la feuille de route de cela. Par conséquent, si c’est analysé en termes de succès du nouveau grand jeu style USA en Eurasie dans les quatre ou cinq dernières années, il n’y a pas beaucoup à fêter. (En riant)

Si on se pose la question : « Pourquoi les guerres arrivent-elles ? » : diriez-vous que le fait que les banquiers se trouvent au top de la liste des bénéficiaires des guerres, est une partie importante de la réponse ? Jusqu’à présent, par exemple : [7]

Je suis d’accord oui il y a eu beaucoup d’appropriations par la guerre, oui le pillage est propice. En Irak ce n’a pas arrivé. Le butin en Irak devait être à ce qu’on suppose le pétrole qui paierait non seulement la guerre, mais aussi la fourniture de pétrole des Etats-Unis pour quelque chose comme les 1.000 années suivantes, le nouvel Empire Américain basé sur le pétrole irakien. Ce n’a pas fonctionné.

Ce qui est arrivé en Irak a été une leçon historique fascinante. Les néoconservateurs ont pensé au début, évidemment, parce qu’ils ne connaissaient absolument rien sur le Moyen-Orient, qu’ ils ne voyagent pas même, qu’ils ne vont même pas sur le terrain, ils ont pensé : Eh bien, cela ne va presque rien nous coûter, nous ferons que les Irakiens paient plus tard pour toute l’affaire, et alors quand le pétrole viendra, nous aurons réussi. Rappelez-vous ce qu’ils avaient l’habitude de dire : Nous sommes la nouvelle OPEP, c’ était vers la fin de 2002/2003.

Ça na pas marché. Maintenant nous avons une différente, disons, variante du modèle, qu’on vient de nous expliquer : des guerres payées pour des puissances étrangères. La Chine finance les guerres en Irak, en Afghanistan, une partie de la guerre en Libye, ça n’a pas coûté beaucoup, mais en tout cas, cela continue d’être la guerre en Libye, la guerre en Somalie, la guerre au Yémen, la prochaine guerre en Ouganda ou au Soudan que les Etats-Unis décident de commencer. Elle est simplement financé avec l’achat de bons du Trésor des Etats-Unis de la part de la Chine. C’est une variante du modèle.

Dans un article pour Al-Jazeera vous avez cité une fois une étude relative au coût de la « Guerre contre la terreur  », publiée par le «  The Eisenhower Projet  » de l’Université Brown.  [8] Vous rappelais-vous ?

Oui, je me rappelle.

Et les prix étaient de 4 milliards de dollars ?

Oui, selon les variables, selon les coûts médicaux des vétérans blessés aux Etats-Unis, qui augmentent et continuent éternellement, parce qu’ils ont à encore payer des pensions à tous ces gens, cela pourrait être entre quatre et six billions [des millions de millions] de dollars. Qu’est-ce que les Etats-Unis ont obtenu jusqu’à présent en échange de ces quatre ou six billions de dollars ? Nous pouvons dire que jusqu’à présent ils ont seulement obtenu la Libye, qui ne constitue pas exactement une priorité pour eux.

C’était une partie du plan original des néoconservateurs, cela commence avec l’Irak, après le Liban, la Syrie, spécialement l’Iran. Pour le moment l’unique pays qu’ils obtiennent est la Libye. C’est pourquoi la Syrie est si importante, parce que la Syrie est le chemin vers l’Iran, et continue d’être la même chose que les néoconservateurs ont dit en 2002, et continue de faire partie de la doctrine de la Domination de Spectre Complet. Nous revenons toujours aux mêmes sujets, parce que ces sujets sont la base de ce que nous voyons actuellement.

Pensez-vous que la guerre de la Libye peut être considérée comme une « Guerre pour les Ressources », pas seulement par rapport au pétrole et peut-être la monnaie basé sur l’or que Kadhafi voulait émettre, mais aussi par rapport au projet du « Grand Fleuve Fait par l’Homme » ?

Il allait dire cela, Lars, en tout cas c’est déjà une guerre de l’eau. Il y a quelques mois j’allais écrire une longue histoire au sujet des guerres futures de l’eau, non, elles ne sont pas futures, elles existent déjà. C’est la première grande guerre de l’eau, si nous le pensons. Il va y avoir beaucoup de guerres de l’eau au Moyen-Orient, le sud de la Turquie, l’Israël-Palestine, mais celle-ci est grande grâce au projet du Grand Fleuve Fait par l’Homme, plus de 20.000 millions de dollars financés par le gouvernement libyen, par Kadhafi, avec la participation de beaucoup d’experts canadiens.

Et sans argent du Fonds monétaire international …

Spécialement cela ! Aucun argent du FMI et de tous ces machins de la Banque mondiale où il faut continuer à payer des intérêts jusqu’à ce que l’un meure trois fois. Ils l’ont construit seuls, ils ont importé la technologie dont ils avaient besoin et ils ont construit un système d’aqueduc indigène souterrain dans le désert méridional pour porter de l’eau sur la ligne côtière en Libye. C’est absolument fantastique parce qu’ils ont une réserve d’eau fraîche dans le désert méridional qui durera, selon les meilleurs calculs, mille ans. Mille ans d’eau fraîche.

Imaginez-vous, le projet n’a pas été complété même, je pense qu’il est fait à 80 %. Évidemment, les trois compagnies principales d’eau du monde sont françaises, et de point de vue cela explique à 99 % la justification française dans la guerre. Ils veulent privatiser ces mille années d’eau fraîche et les vendre à toute la planète. Et ensuite nous avons Sarkozy et les intérêts du complexe militaro-industriel de la France, nous avons besoin de plus de gaz et de pétrole pour Total, qui se plaignait toujours de ne pas avoir la plupart des exportations énergétiques de la Libye.

Il y a une alliance des qataris, du complexe militaro-industriel de la France et de Sarkozy, qui est ni plus ni moins qu’un laquais de ces gens, et les qataris voulaient être impliqués dans le commerce du Nord de l’Afrique. Les intérêts de l’OTAN et d’AFRICOM dans l’établissement d’une place d’armes. Il y avait tant d’intérêts. Kadhafi n’a pas pu gagner depuis le début e cause de tous ces intérêts dans l’axe du Pentagone, de l’OTAN, des pays européens clefs comme la France et l’Angleterre, et les monarchies du Qatar, les Émirats arabes unis, et aussi la Maison de Saud, qui voulait renverser Kadhafi parce qu’il y avait une mauvaise relation entre le roi Abdullah et Kadhafi dès 2002, avant l’invasion de l’Irak.

Ce n’a pas été possible que Kadhafi affrontât tout cela, il y avait trop d’ intérêts puissants impliqués, ils voulaient renégocier les contrats, voulaient que les nouveaux contrats du pétrole et du gaz soient seulement pour les compagnies européennes et étatsuniennes, peut-être quelques compagnies turques, mais pas pour les pays du BRICS, et Kadhafi, il a été interviewé par des journalistes deux ou trois jours avant l’approbation de la résolution, et il a explicitement dit : s’ils nous attaquent, les prochains contrats iront vers les pays du BRIC, et malgré cela ils l’ont attaqué trois jours après. (En riant). Evidemment.

Et ce qu’a aussi mentionné Kadhafi est très important : le dinar d’or, parce que le dinar d’or aurait pu être une monnaie africaine, aurait pu financer des projets de développement subsaharien en Afrique ; il le faisait toujours, finançait de nombreux projets dans les pays subsahariens, et laissait complètement de côté le système de Bretton Woods et du point de vue de Washington, de la Banque de Paiements Internationaux, et de toute leur bande, c’est impossible, absolument impossible. Et rappelez-vous quand Saddam a commencé à vendre du pétrole en euros en Irak fin 2002. C’était aussi une raison importante d’invasion.

Pensez-vous qu’il fut bien que les « rebelles » de Bengasi aient établi une Banque centrale qui est attaché à des Banques centrales occidentales ?

C’est ce qu’ils voulaient. Dans les faits, ces gens du Conseil National de Transition (CNT) sont un tas de types suspects, des opportunistes, des ex-fonctionnaires de Kadhafi, des islamistes liés Al-Qaida de la Cyrénaïque, des exilés qui vivaient en Virginie : allons donc ! C’est une sanglante histoire tragicomique, de fait. Et certes, depuis le commencement, ils ont eu une connexion qatarie : l’un des conseillers de Sheika Moza, l’épouse de l’émir du Qatar, a été le nœud entre le Qatar et le Conseil National de Transition.

Pourquoi alors le Qatar a-t-il obtenu cette banque centrale indépendante basée à Bengasi ? Évidemment, l’influence qatarie s’est répandue et c’est pourquoi ils voulaient intégrer le système financier et commercial du Nord de l’Afrique. Le Qatar est un mini empire en expansion rapide. C’est très, très impressionnant. Je me souviens de Doha il y a dix ans. C’était un lieu arriéré. Je me le rappelle très bien. J’avais l’habitude d’aller en Irak via le Qatar. Je l’ai vu grandir d’année en année, et maintenant quand on arrive à Doha, on pense que c’ est déjà un mini Hong Kong.

Et ses tentacules sont partout : en Europe, aux Etats-Unis, au Moyen-Orient, bien sûr, et aussi en Afrique du nord. Ils font énormément de commerce avec l’Asie, maintenant ils ont le Brésil dans le viseur. C’est très impressionnant. Et son initiative en Afrique du nord a été très rusée, parce que maintenant ils sont fixés au nord de l’Afrique et, comme ils l’espèrent, le reste de l’Afrique : Nous voulons faire du commerce avec tous, nous avons un excellent système bancaire, nous vendons du gaz à n’importe qui désire l’acheter. Un mini empire en formation.

Qu’est-ce que nous devons attendre dans l’année prochaine par rapport à la Syrie et l’Iran ? Sont-ils alliés, en vérité ?

Oui. Eh bien, c’est la question à 1 milliard. J’irais en Iran aussitôt que je le pourrais. Le problème est d’obtenir un visa de presse pour l’Iran. Après le Mouvement Vert de 2009, c’est très difficile. On a besoin d’un visa de presse pour aller en Iran parce que si on veut parler au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI : Shepa-e Pasdaran), par exemple, ou à des fonctionnaires, à des gens du gouvernement, on a besoin de ce type de visa. Je vais essayer à nouveau, précisemment pour obtenir le point de vue de ces gens, et je parle spécialement des commandants du CGRI, des gens dans l’industrie pétrolière et, bien sûr, pour parler avec l’habitant ordinaire de Téhéran, chose qui a toujours été un grand plaisir pour moi.

Au nord de Téhéran, on penserait que l’on est en Californie. Au sud de Téhéran, on sait que l’on est en plein cœur du Moyen-Orient. Il y a deux univers dans la même ville, et le spectre d’opinions que l’on obtient avec seulement un voyage dans un taxi de quarante minutes, est absolument extraordinaire. On voit des gens qui voudraient tuer Rafsanjani aussitôt qu’il le voit, des gens qui défendent strictement l’ayatollah ; on trouve des gens qui disent : sans le « Mouvement Vert » [en opposition à l’ayatollah Khamenei] nous sommes perdus. C’est un univers per se.

Et les échos que je reçois de mes amis qui vivent là-bas ou d’iraniens qui m’envoient beaucoup de choses c’est que : les gens consomment, vivent leur vie, il y a beaucoup d’inflation, les prix ont substantiellement augmenté, mais veulent sortir, essayer d’acheter un iPad de contrebande de Chine, avoir une voiture européenne nouvelle qui soit accessible, continuer de manger de la viande, ce qui est très amusant, parce que la viande brésilienne qu’ils importent est plus bon marché que la viande produite en Iran. Imaginez-vous ! Tout ce type de choses.

Et en même temps, ils savent que quelque chose se prépare. Cela pourrait être une attaque israélienne, pourrait être une attaque Israélo-US, cela pourrait être une attaque seulement sur les installations nucléaires, mais beaucoup de gens craignent attaque sur l’infrastructure civile. Ils disent toujours : Regardez ce qu’il s’est passé en Irak. Ils ont attaqué des édifices civils, oui, c’est vrai, moi même je l’ai vu.

Les gens s’attendent au pire. Ils essayent de garder la posture, mais ils reconnaissent immédiatement qu’il y a une lutte de pouvoir dans le régime entre la faction d’Ahmadineyad et la faction de la ligne ultra dure des Gardians de la Révolution qui s’opposent à Ahmadineyad parce lui veut une espèce de compromis avec l’Occident. Ceux du CGRI veulent une confrontation.

C’est très dangereux. Pourquoi ? Parce que le leader suprême, l’Ayatolá Ali Khamene, appuie cette faction contre Ahmadineyad. Il veut que l’Iran soit respecté pour ce qu’il est, et nous pouvons supposer qu’il appuie cette confrontation. C’est extrêmement dangereux, parce que nous pouvons avoir un incident qui devienne casus belli à cause d’une attaque, une attaque Israelo-anglo-étatsunienne, disons-le de cette façon là.

Les gens sont totalement conscients de cela, et ont très peur de cette lutte pour le pouvoir à la tête du régime. En même temps, l’année prochaine il y aura des élections parlementaires, et il va y avoir une élection présidentielle en 2013, dans laquelle le favori, au moins pour le moment, est Larijani, qui est un ex-négociateur nucléaire et ami proche et protégé de Jamenei. Cela signifie que les partisans du noyau dur contrôlent le pouvoir et le contrôle, et aussi incroyable que cela puisse paraître, Ahmadineyad est pour le moment plus ou moins isolé, et est considéré par ces partisans ci du noyau dur comme un pacificateur en face de l’Occident.

Par conséquent la situation interne en Iran est extrêmement inquiétante. Et ils savent ce qui pourrait arriver en Syrie, et savent que la Syrie est le raccourci pour les attaquer. Mais en même temps les partisans du noyau dur n’attendent pas seulement une attaque contre la Syrie. Dans les faits ils disent : Peut-être ils n’utiliseront même pas le raccourci, peut-être qu’ils nous attaqueront directement. Par conséquent ils sont aussi préparés à cela. Tout est très inquiétant.

Perçoit-on une atmosphère similaire en Israël ?

Je ne sais pas. J’ai beaucoup d’amis juifs en Amérique du Sud, aux Etats-Unis et en Europe ; ils vont et viennent en Israël et quand ils reviennent disent : Voilà les gens sont perdus en Israël, ils ne savent pas comment prendre le Printemps Arabe, le régime ne sait pas comment s-y-prendre avec le Printemps Arabe, il ne sait pas même comment s-y-prendre avec le non-printemps en Syrie, parce qu’il craint que ce qui viendrai soit encore pire, comme un gouvernement antagoniste des Fréres Musulmans à Damas. Ce qui est intolérable pour Israël.

Ils préfèrent affronter le diable qu’ils connaissent bien, qui est un diable inefficace, le régime d’Assad. Il existe un mouvement très fort de la société civile en Israël, contre la corruption, l’inflation et la hausse du coût de la vie, ils sont opposés à la guerre et aussi au gouvernement.

Et ensuite nous avons un gouvernement qui est un otage de ce lobby des colons, absolument répugnant. L’ extrême droite, les immigrants ukrainiens de Lieberman, c’est horrible, parce que la gauche progressiste d’Israël, on la lit dans la presse israélienne de temps en temps, mais elle a été ignorée, parce que l’ American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) contrôle le discours.

Si on écoute la radio, on lit la presse dominante, ou on regarde les réseaux, c’est comme une conférence de presse de l’AIPAC après l’autre. On ne voit pas de israéliens progressistes qui disent : c’est une folie ce que nous faisons, nous devons nous asseoir et parler de la Palestine, nous devons nous asseoir et parler des Hauteurs du Golan, sur l’Iran. C’est une position minoritaire.

Tandis que la majorité est appuyée par les évangéliques et les chrétiens renés aux Etats-Unis qui croient à l’Apocalypse.

Exactement. C’est la majorité de l’establishment qui veut un Eretz Israël, un grand Israël, et les déments religieux qui disent : Eh bien, la meilleure manière de [presser] l’Apocalypse est une guerre contre nos voisins.

Les fous dirigent l’asile.

Oui, c’est une folie. Je dirais que depuis le commencement du Printemps Arab, 2011 a été l’année où laquelle les fous ont pris la direction de l’asile. Et c’est pourquoi 2012 pourrait être une année vraiment terrible, je pense, pour tous ceux qui sont dans cet arc : le nord de l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie centrale. En Asie centrale justement dans l’Af/Pak, parce que la situation dans l’Af/Pak tend à se détériorer très rapidement.

Qu’est-ce qu’il pense à l’attaque récente des troupes de l’OTAN au Pakistan ? [9]

C’est un sujet très compliqué, parce que peut-être il y a un motif occulte pour cela, et nous ne savons pas encore lequel. Cela pourrait être que quelques Pakistanais l’ont provoqué, cela pourrait aussi être que l’OTAN lui-même l’a provoqué pour avoir une meilleure excuse pour augmenter la campagne de satanisation contre le Pakistan, pour essayer de provoquer un coup d’Etat militaire, pour que les factions des forces armées pakistanaises qui sont plus pro USA prennent la tête du pays. C’est encore très confus.

Mais il y a quelque chose derrière cette attaque qui n’a pas de sens : L’OTAN sait où sont tous les points de contrôle pakistanais dans les aires tribales, ils ont les cartes et les coordonnées, simplement ils ne peuvent pas bombarder un point de contrôle militaire pakistanais, parce qu’ils savent que c’est un endroit ami, ce n’est pas comme s’ils bombardaient un mariage pastún dans le Waziristán dans une maison en torchis, où le satellite dit : Cette maison est pleine de gens d’Al-Qaida, bombardez-la, et : bum ! Là c’est différent. Nos auteurs en Inde et au Pakistan ne sont pas sûrs de l’histoire officielle. Faute de la nommer mensonge, une histoire reste encore à raconter.

Mais c’est un problème, parce que le Pakistan et la Chine ont des relations mutuelles les plus étroites possibles.

Oui, et toute chose qui se passe au Pakistan à présent, rapproche de plus en plus Islamabad avec Pékin, c’est absolument inévitable. L’opinion publique pakistanaise est saturée de l’interférence étatsunienne, de la guerre implacable de drones et de la perte de leur souveraineté, si une fois il y a eu quelque chose de cela, que ce soit dit en passant.

Et certes, les chinois réagissent d’une manière typique : ils gardent le silence, ils ne font rien, ils espèrent seulement que la direction à l’Islamabad court à Pékin et dise : Aidez-nous, s’il vous plaît.Ce n’est pas très difficile compte tenu de la manière selon laquelle agissent les Américains. Les deux uniques choses qui importent à Washington : Le peuple pakistanais compte pour du beurre. Ce qu’il lui importait c’était « la Guerre contre la terreur » pour exterminer Al-Qaida.

Par conséquent maintenant ils disent ouvertement et officiellement que Al-Qaida est inefficace, depuis la mort de Ben Laden, si c’était Ben Laden ou non, le débat reste ouvert à la spéculation, mais ils ont tué Al-Qaida. Qu’est-ce qu’ils font alors dans l’ Af/Pak ? Oh, maintenant nous avons un problème, parce que le Pakistan est un pays très instable, c’est maintenant le pouls des mouvements terroristes dans le monde, ce n’est plus l’Afghanistan, et on imagine ce qu’il passerait si ces armes nucléaires tombaient entre des mains des terroristes.

C’est l’unique chose qui importe. Ils veulent trouver un prétexte pour interférer au Pakistan pour s’emparer de l’arsenal nucléaire de ce pays. C’est extrêmement difficile, il est clair, mais c’est ce qui plairait de faire au Pentagone. C’est leur but.

L’élite politique du Pakistan, avec l’exception d’Imran Khan, je dirais, elle est corrompue. Imran Khan en soi n’est pas corrompu, il rassemble cent mille personnes chaque fois qu’il parle en public au Pakistan, parce qu’ils le voient comme une alternative. Il dit : délivrons nous des Etats-Unis, délivrons de l’élite politique corrompue, obtenons que les militaires restent dans leur casernes, ayons un vrai gouvernement civil, essayons de développer le pays et de fermer la brèche de l’inégalité. C’est pourquoi il est si populaire, il pourrait gagner les prochaines élections.

Bref, la société civile pakistanaise est saturée de cet état des choses. Et pour les Etasuniens, c’est réellement une mauvaise nouvelle, parce que depuis Zia ils veulent que les militaires aient le contrôle et qu’ils fassent ce que le Pentagone leur dit de faire, et pendant les dernières années ils ont fait leur « la Guerre contre la terreur » de la manière qu’ ils veulent, depuis leurs bases au Pakistan, comme celle qui est dans Baluchistán, Samsi, et la guerre des drones dans les Waziristanes, mais cela ne se passera pas, je ne crois pas que cela arrive. Seuls les chinois attendent. Je pense que la SCO admettra le Pakistan, c’est quelque chose qui pourrait survenir l’année prochaine, de manière que le Pakistan serait dans un mécanisme qui implique la coopération militaire avec les chinois.

Le problème est que les militaires pakistanais ne sont pas une organisation monolithique, il y a des strates, il y a des gens qui ont été nommés par Musharraf, il y a des gens, comme quelques officiers pashtounes de rang moyen qui sympathisent avec les talibans au Pakistan ou même avec Al-Qaida et des fissures existent dans cette configuration. Je suis sûr que la relation des dirigeants de l’armée avec le Pentagone est plus que difficile actuellement, spécialement après la dernière incursion, qui fut une attaque contre les leurs, c’était une attaque contre un poste de l’armée. Pour eux, cela est allé trop loin.

Le sentiment contre les Etats-Unis augmente partout dans le monde.

Excepté au Golfe Persique. (Rires)

Ne diriez-vous pas que c’est un peu tragique à l’égard de la cordialité des Etasuniens de la rue ?

Oui, c’est vrai. Je suis allé aux Etats-Unis depuis enfant. Je connais au moins 40 États, j’ai vécu sur les deux côtes, j’ai des amis aux Etats-Unis, beaucoup de gens qui lisent ce que j’écris savent d’où je viens, mais j’ai aussi beaucoup de lecteurs qui disent : tu es un taliban – communiste – apocalyptique –anti étatsunien -bla bla bla –et je ne sais pas quoi encore. Ils ne comprennent toujours pas.

Une chose est aimer beaucoup le pays et la culture pop US, le spectacle made in Usa, les icônes US de la musique, la littérature, le cinéma, l’architecture, l’art, etc., et une autre est de critiquer leur politique étrangère. Si tu avais grandi comme moi, j’ai grandi au Brésil et en Europe pendant les années soixante et soixante-dix – la dictature militaire installée au Brésil en 1964, quand j’avais 10 ans, c’était un coup des Etats-Unis.

Oui.

Nous avons appris par notre propre expérience en Amérique du Sud ce que signifie vivre sous une dictature militaire parrainée par Etats-Unis. Par conséquent nous savons de quoi nous parlons. Évidemment, les gens du Moyen-Orient savent aussi de quoi ils parlent. Certains en Asie savent aussi de quoi ils parlent, comme la Corée du Sud, par exemple ; ils ont vécu sous un régime militaire approuvé par Etats-Unis avant de devenir une démocratie.

Par conséquent c’est très tragique qu’après le début du Printemps Arabe, beaucoup de gens dans le Golfe Persique n’aient pas encore compris qu’ils vivent dans des régimes extrêmement autocratiques, ce sont des vassaux et des satrapies de l’empire étasunien, et ils ne peuvent simplement pas compter sur leurs gouvernements pour obtenir un minimum de souveraineté.

De manière que quand on voit des mouvements locaux pro démocratie à Bahreïn ou en Arabie Saoudite orientale, on voit bien quelle est la réaction. Même en Égypte, où ils ont dit : délivrons-nous enfin du système une fois pour toutes – ils ne sont pas délivrés du système, le serpent continue à être présent, et le serpent est financé par l’Arabie Saoudite.

Il n’y a pas eu de révolution en Égypte. Peut-être cela commencera quand ils se débarrasseront de la junte de Tantawi, ce que veulent les masses de la Place Tahrir, la génération Google et les classe des travailleurs en Égypte. Mais le problème consiste en ce que l’armée en Égypte contrôle – il y a différents calculs à ce sujet – entre 25 et 40 % de l’économie égyptienne ; elle ne va pas renoncer à cela. Une vraie révolution sanglante sera nécessaire pour que ces gens partent, et évidemment les Etats-Unis ne la veulent pas.

En tant qu’analyste géopolitique diriez-vous que l’avenir de l’Allemagne est beaucoup plus à l’est dans l’Eurasie (Russie, Chine) qu’à New York et à Londres ?

Je voudrais vous poser cette question à vous. Mon idée, possiblement vague, c’est que l’Allemagne veut s’intégrer plus avec la Russie.

Oui. Eh bien, les élites économiques et politiques dans ce pays [l’Allemagne] sont encore alignées avec les Etats-Unis.

Exactement.

Cela a pu se voir quand Angela Merkel, en tant que chancelier de l’Allemagne, a reçu la plus haute décoration civile cette année à Washington DC, la « Médaille de la Liberté ». Maintenant elle a quelque chose en commun avec Duke Ellington, parce que lui l’a aussi reçue, (en 1969). Mais je pense que c’est quelque chose de significatif.

C’est ainsi. C’est le problème avec l’Allemagne. Parce que c’est un sujet atlantiste, mais ils savent que leur avenir en ce qui concerne toutes les matières premières et produits de base dont ils ont besoin , ils peuvent les obtenir en Russie. Ils peuvent avoir le reste du monde comme marché, ce qu’ils ont déjà. C’est une puissance exportatrice fabuleuse. Elle n’a pas à être opprimée par ce lien atlantiste, certainement pas. Mais comme vous l’avez très bien dit : les élites à Berlin et à Frankfurt sont très encore américanisées.

Pour moi, comme journaliste et depuis mon point de vue comme allemand, c’ est intéressant que vous soyez familiarisé par mon Allemand favori de tous les temps, Heinrich Heine

Heine !

… qui a été journaliste lui aussi.…

Malheureusement, je le lis seulement les traductions. Des traductions merveilleuses en anglais et en castillan [espagnol]. Je ne le lis jamais en allemand, mais des amis allemands me disent que son allemand est vraiment extraordinaire.

Oui, avec les gens comme Nietzsche, Schopenhauer et Goethe c’est du meilleur.

J’ai été un grand fan de Nietzsche pendant quelques années. L’un de mes meilleurs professeurs de philosophie, était un spécialiste de Nietzsche, un français appelé Gérard Lebrun [10], l’un des meilleurs érudits de Nietzsche en France. J’ai beaucoup appris de lui. Et Nietzsche continue d’être l’une des personnes à qui j’ai recours.

C’était aussi un admirateur de la poésie de Heine ?

Oui, c’était un admirateur de la poésie de Heine, exactement.

D’un point de vue journalistique, pensez-vous que le journalisme en Occident se trouve dans une profonde crise ?

Oh, oui ! Je donnerai deux exemples personnels. L’un des motifs pour lesquels j’ai voulu être journaliste a été Watergate. J’étais à l’époque à l’université, j’avais 19 ans, et je n’avais pas encore décidé que faire. Je pensais que peut-être les arts visuels, et j’ai toujours été un fanatique de la littérature, mais je pensais qu’avec la littérature je ne pourrais pas gagner ma vie.

Alors j’ai voulu être journaliste, et cela, Watergate, a été mon modèle dans la profession. Plus tard, avant le journalisme digital, j’ai travaillé pour de grands journaux nationaux, j’ai pu voir comment fonctionne l’industrie depuis dedans. Un grand quotidien national c’est tout simplement une institution corporative, ils opèrent plus ou moins de la même manière partout dans le monde.

Ensuite j’ai été sérieusement désenchanté, Je ne dirais pas que cela m’a déplu, pas encore. Les grands médias m’ont finalement déplu après le début de la « Guerre contre la terreur » et avant la guerre à l’Irak, parce qu’alors a disparu la plupart de crédibilité de la grande presse dans le monde.

Voir le New York Times imprimer des mensonges à sa Une tous les jours pendant des mois, cela fut pour moi, la fin du grand journalisme responsable. Et des journaux comme Le Monde que j’avais l’habitude de lire depuis le secondaire se transformer en torchon américanisé, comme une mauvaise copie du New York Times, et parfois plus réactionnaires encore. C’est dommage que je ne lise pas de quotidiens allemands, parce qu’au moins leurs sections culturelles continuent à être les meilleures du monde.

Et le moderne «  Feuilleton  » allemand c’est plus ou moins une invention d’Heinrich Heine …

J’avais l’habitude de lire beaucoup de journaux anglais, mais parfois je ne peux même pas avoir confiance dans l’étalon - or des médias anglaiss, comme The Guardian ou The Independent, qui ont été historiquement des journaux progressistes de centre et de gauche. C’est pourquoi ce désenchantement est devenu total durant cette dernière décennie, je dirais. Il faut recourir au web, si on veut trouver de l’information qui connecte les points, c’est sur le web, on ne la trouve plus dans les grands médias. Et mes amis qui travaillent encore dans les grands quotidiens me disent : Ecoute, c’est impossible de discuter avec nos rédacteurs en chefs de ce qui devrait être publié ou pas. C’est fini.

Diriez-vous que toute la gestion des sujets mis en rapport avec le 11-S a été une grande impulsion pour les médias alternatifs ?

C’est ainsi, parce que si après le 11-S tu voulais savoir ce qui se passait en réalité - mieux valait oublier les grands médias dans le monde entier. L’unique endroit où vous pouviez le trouver était sur Internet – des observateurs et des analystes indépendants, qui se donnaient du mal de réviser les documents, dans les grands médias c’était impossible.

Actuellement, parfois les gars sortent quelque chose, tu les vois de temps en temps, mais ce sont seulement des coups d’œil. Le discours dominant en soi est monolithique. Il n’y a pas d’alternative. Et réellement il n’y a pas d’alternative, parce qu’on écoute parler ces mecs disant tous la même chose pendant des décennies.

Oui, et la majorité de ces grands médias et experts informés sont liés à La Table Ronde [Round table ou Rhodes-Milner Round Table Groups], comme le «  Royal Institute of International Affairs  » (RIIA), au «  Council on Foreign Relations  » (CFR) [Conseil des Relations extérieures], la «  Commission Trilatérale  », le «  Club Bilderberg  »

Exactement, tous travaillent pour les mêmes think-tanks. Et d’autres medias informés ont aussi des problèmes de crédibilité : Le canal de la télévision chinoise internationale en anglais, CCTV9, parce qu’ on a besoin au moins d’un minimum de débats, et il n’y a pas de débats. Me plaît ce que fait RT, Russia Today , je collabore avec eux, mais ils ne critiquent pas la Russie. Un grand problème.

Je travaille aussi pour Al-Jazeera, ce qui est bien, parce que je réussis à arriver à des gens et à obtenir des réactions que je n’obtiendrait pas autrement, par exemple des gens en Afrique. Mais ils ont un problème immense de crédibilité, grâce à leur couverture sur la Tunisie, l’Égypte et la Libye en comparaison de leur couverture sur ce qu’il se passe au Golfe Persique ; simplement ils ne peuvent pas se critiquer eux mêmes et ils ne peuvent pas critiquer -oubliez –la Maison de Saud, à cause des étroites relations entre la Maison de Saud et l’Émir du Qatar. C’est très compliqué quand on navigue dans cet univers.

Nous sommes très contents, nous qui travaillons et écrivons pour l’Asia Times parce qu’il est vraiment indépendant et ils nous respectent pour cela. Nous publions des opinions sionistes, nous avons des opinions d’extrême droite, d’extrême gauche, du centre, nous avons des iraniens, Pakistanais, russes, chinois, même nous avons un nord-coréen qui écrit pour nous. Par conséquent il y a tout.

Nous n’avons pas de ligne éditoriale spécifique, non, elle est ouverte à tous. C’est pourquoi les gens nous respectent. Mais c’est quelque chose de dur à trouver. Nous avons par exemple des problèmes terribles de financement. Nous avons été impliqués sur cela ces derniers mois, et c’est une prise de tête : nous voulons nous développer, mais nous ne voulons pas perdre le contrôle éditorial. Une équation très compliquée.

Je vous souhaite beaucoup de succès dans cette tache !

Merci !

Lars Schall
Consortium
, le 27 décembre 2011.

VO en anglais -> Consortium

* Pepe Escobar auteur brésilien de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009).

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

Contrat Creative Commons
Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.

El Correo. Paris, le 6 janvier 2012.

Notes

[1] Le BRICS est une organisation d’économies émergentes formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud

[2] Lire : « Joint Vision 2020 Emphazises Full Spectrum Dominance » de Jim Garamone, le 2 juin 2000. American Forces Press Service, Département de Défense des Etats-Unis.

[3] Sur l’expression : « complexe militaro - pétrolier » voir James K. Galbraith : « Unbearable Costs of Empire », publié originellement par la revue The American Prospect, le Novembre 2002, recommencé à publier dans Third World Travelor.

[4] NDLT : Némesis , est la déesse de la vengeance.

[5] NDLT : Gisement du pétrole qui se trouve à de très grandes profondeurs au fond de la mer, de - 5000 à - 7000mètres, et protégé par une épaisse croute de sel d’environ 2000 m d’épaisseur, très difficile à percer.

[6] «  Oil Bourse Opens in Kish  » (Bourse du pétrole s’ouvre à Kish), Fars News Agency , le 18 février 2008

[7] NDLE : Pour antécédents, voir J.S. Kim : « Inside The Illusory Empire Of The Banking Commodity Con Game  » , publié dans The Underground Investor le 19 octobre 2010 : « La Réserve fédérale des Etats-Unis crée de l’argent pour financer la guerre et elle le prête au gouvernement des Etats-Unis. Pour sa part le gouvernement des Etats-Unis doit payer des intérêts de l’argent qu’il emprunte à la FED pour financer la guerre. Tandis que plus grandes sont les appropriations par la guerre, plus grands, seront, les bénéfices des banquiers »

[8] « Why the US won’t leave Afghanistan », Pepe Escobar. Al-Jazeera le 12 juillet 2011

[9] Voir : « ’Mistakes made’ : Pentagon ’regrets’ slaughter of 24 le Pakistanais troops »  », publié dans Russia Today le 22 décembre 2011

[10] Gérard Lebrun (Paris, 1930 — Paris, 1999) qui était un philosophe et historien de la philosophie française. Spécialiste de philosophie allemande, il est l’auteur notamment de Kant et la fin de la méthaphysique (1970) et de la Patience du concept, un essai sur Hegel (1972). Proche de Michel Foucault et de Paul Veyne, il a été professeur à l’université de São Paulo (Brésil), puis à Aix-en-Provence.

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