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19 décembre 2017

Des casseroles d’air frais pour l’Argentine et l’Amérique Latine

par Martín Granovsky

 

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Encore une fois les téléphones ont transmis des messages d’avertissement. Cacerolazos dans le quartier de Cabildo et Juramente. Cacerolazos dans la Quinta de Olivos [quartier de la résidence présidentielle]. Cacerolazos à Villa Crespo. Cacerolazos à Acoyte et Rivadavia. Cacerolazos dans la ville de Cordoba. Cacerolazos en Lomas de Zamora. A Avellaneda. A Vicente López. A Callao et Corrientes [plein centre de Buenos Aires]. Et trois longues heures après neuf heures du soir, passé minuit, les bruits continuaient.

Une dame y va de bon cœur avec sa poêle.

Un homme marche avec deux marteaux dans la rue. Un dans chaque main. Danger. Il marche comme un possédé. Danger. Jusqu’à ce qu’il trouve un poteau électrique. Et il le frappe avec envie avec les deux marteaux. Les poteaux résonnent bien. On les entend à plusieurs mètres à la ronde.

Beaucoup de garçons. Beaucoup de filles. Moins de 30 ans. Ou moins de 25. Peu de consignes. « Si cela n’est pas le peuple / le peuple où il est » et « Le peuple / uni / ne sera jamais vaincu ». Mais plutôt peu de consignes. La majorité marche par les avenues avec la même expression sur le visage. Tous manquent de la même chose : de la bronca. Tous montrent la même chose : un sourire. Soulagement ? Cela semble un défoulement

Ce ne sont pas des colonnes. Ils se regardent les uns les autres, les unes les autres, comme si c’était la première reconnaissance mutuelle.

Ils filment frénétiquement. C’est l’une des différences avec ce 19 décembre 2001 où les téléphones de la rédaction sonnaient depuis les maisons de tous et de toutes. On ne disait pas tous et toutes mais c’était ainsi. La première source venait des maisons, parce que les rédacteurs vivent dans une maison en plus de leur journal, et le premier dessin fut établi avec ces brefs récits. Il demeurait clair qu’à peine Fernando de la Rúa avait fini d’annoncer l’état de siège, toutes les villes de l’Argentine s’étaient remplies du même vacarme.

Ce 2017 n’est pas 2001. Le gouvernement de Mauricio Macri vient d’être confirmé par les urnes. Le gouvernement de Fernando de la Rúa venait d’être battu. Aplati. La crise politique s’ajoutait à la crise sociale et à l’explosion bâclée de la convertibilité.

Mais comme De la Rúa, qui le jour suivant est parti [hélicoptère] tandis qu’il faisait saigner l’Argentine [30 morts], Macri a passé une limite. Ou même plusieurs. La même enquête de Ricardo Rouvier et Associés qui donne 54 pour cent d’image positive au Président révèle que 75,8 pour cent des gens considère que la baisse des retraites est « une mesure superflue » et que le Gouvernement « devrait s’adapter parfaitement à d’autres secteurs ». Beaucoup de gouvernements ont attaqué les faibles. Mais l’ostentation dans l’attaque est une autre chose. Le même continue avec la prolifération de balles de caoutchouc et l’inefficacité des forces de sécurité [entrainés en Israël], gavées, féroces et dépourvues d’un ordre simple : « Je ne veux pas des blessés, Mr l’officier, parce que tu joues ta carrière ». Ou avec l’impéritie en isolant les professionnels et les volontaires de la provocation qui ruinent les manifestations pacifiques et massives. S’il y avait eu une volonté de les isoler. Une limite a aussi été franchie avec l’humiliation aux Gouverneurs des provinces. La pression est déjà lourde. La surveillance des députés, encore plus. Mais la photo traduit plus la perversité du gagnant que l’expression d’un grand pacte national.[Sous pression et chantage sur les crédits, les Gouverneurs ont été obligés de se montrer à l’Assemblée Nationale pour une photo de soutien au Gouvernement National]

Impossible de déterminer, dans ce bar de Corrientes et Montevideo à 0h40 du 19 décembre 2017, quelles blessures les casseroles représentent pour le Gouvernement. Mais une chose est sûre, ce sont des blessures politiques pour le pouvoir en place. Bien qu’il approuve l’élagage [des retraites]. Et voilà qu’il ne s’agit pas d’un hélicoptère avec lequel personne de sensé fantasme. C’est simplement une réaction très humaine face au pouvoir cru [nu et brut]. C’est comme respirer à fond pour prendre de l’air frais.

Martin Granovsky* pour Página 12

Página 12. Buenos Aires, 19 de déceembre de 2017 · Actualisé 07:56 Heure argentine.

* Martin Granovsky Journaliste et diplômé en histoire. Chroniqueur pour le quotidien argentin Pagina 12 et coordinateur TV du Conseil latinoaméricain des sciences sociales, www.clacso.tv. Il dirige également le Centre d’études brésiliennes de l’Université Metropolitane pour l’Education et le Travail et est professeur dans différents instituts publics. Sur Twitter,@granovskymartin.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, 19 décembre 2017

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