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19 janvier 2010

GEAB N°41 : Décennie 2010-2020 :
Vers une victoire par KO de l’or sur le Dollar

par GEAB *

 

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La Réserve fédérale US n’est en effet plus en mesure de continuer son combat multi-décennal contre la « relique barbare » afin d’assurer la suprématie de la devise US au sein du système monétaire international. Comme LEAP/E2020 l’analyse dans ce GEAB N°41, la décennie qui commence va donc être notamment marquée par le KO complet du Dollar (et la baisse de la plupart des grandes devises internationales) face à l’or.

Nous l’avons souvent rappelé dans différents numéros du GEAB : l’or constitue à la fois un placement de moyen/long terme destiné à sécuriser son capital face aux risques de perte de valeur des devises-papiers et des actifs financiers, et un éventuel moyen de paiement en cas de crise monétaire très grave. Dans les deux cas, le choix de placer en or une partie de ses avoirs correspond à une anticipation des évènements et des risques sur les années à venir (et non pas les semaines ou mois à venir). Pour ce GEAB N°41, numéro spécial de début d’une nouvelle décennie, il est donc apparu opportun à LEAP/E2020 de proposer son anticipation sur l’évolution de l’or pour les années 2010-2020, complétant les éléments déjà fournis par notre équipe dans le GEAB N°34 d’Avril 2009. Cette vision décennale est d’autant plus légitime que nous considérons que notre analyse constitue une aide à la décision pour les investisseurs individuels comme pour les responsables de banques centrales et d’institutions en charge de la pérennité à moyen et long terme de grandes quantités d’actifs (comme par exemple les fonds de pension, les fonds souverains et les assurances). En effet, pour la première fois depuis près de 40 ans (depuis la fin de la convertibilité du Dollar en or en 1971), les intérêts des banques centrales mondiales et des investisseurs individuels convergent à nouveau en la matière : la garantie de valeur n’étant plus du tout assurée par le Dollar en tant que devise internationale de réserve, et tant que ce dernier n’aura pas de successeur global reconnu, l’or reste le seul actif à pouvoir pérenniser durablement cette valeur.

Nous avions déjà examiné la situation paradoxale du marché de l’or dans le GEAB N°34, montrant que si le marché du métal jaune semblait bien être organisé par la Fed et les grandes banques centrales pour empêcher toute appréciation significative de l’or, il n’en restait pas moins que, du fait de la crise systémique globale, l’effondrement structurel de l’influence des Etats-Unis (et donc de la Fed) et la désagrégation connexe du système monétaire international hérité de 1971, l’or était un placement sûr en des temps hautement incertains. Pour rappel, depuis la date de publication du GEAB N°34, l’or a gagné plus de 30% en Dollars US et +23% en Euros. Et il a gagné plus de 100% en Dollars US et + de 85% en Euros depuis les premières recommandations de diversification des placements en faveur de l’or physique (jusqu’à un tiers des actifs) donnés par LEAP/E2020 courant 2006.

Mais si l’or a vu en effet son cours considérablement monter depuis cette date, ce n’est pas dû à une évolution du marché vers une plus grande transparence et moins de manipulations par la Réserve fédérale américaine et ses principales consœurs. Les trois dispositifs principaux utilisés pour tenter de prévenir tout retour de l’or au sein du système monétaire international sont toujours en place, à savoir :

- le développement d’un marché d’ « or-papier » diluant le marché de l’or-physique dans un océan de contrats fictifs car pour l’essentiel gagés sur un or qui n’existe pas réellement (ou, ce qui revient au même, qui est utilisé plusieurs fois pour différents contrats)

- la manipulation du niveau des réserves réelles d’or physique, notamment celles des Etats-Unis qui n’a fait l’objet d’aucun audit indépendant depuis des décennies

- la politique de communication systématique via les grands médias économiques et financiers visant à stigmatiser le placement en or comme un réflexe archaïque, réservé aux vieillards qui ne jureraient que par l’or comme ils raconteraient leurs guerres oubliées, et aux obsédés que le métal précieux rendrait fou.

Comme tout le monde a pu le constater au cours des quarante dernières années, et jusqu’à il y a encore peu de temps, cette stratégie a remarquablement fonctionné entraînant même de nombreux pays, dont le Royaume-Uni en tête [1], à se débarrasser à vil prix de leurs réserves en métal jaune. Cette anecdote illustre ainsi fort bien la nécessité pour les dirigeants, soit d’avoir une bonne capacité personnelle d’anticipation des évènements, soit d’avoir accès à ce type d’anticipation. En l’occurrence, la facture de la non-anticipation se sera montée à au moins dix milliards USD.

Mais si l’organisation du marché, qui permet depuis quarante ans de tenir l’or à distance du système monétaire international, a continué à être opérationnelle, qu’est ce qui a bien pu changer pour rendre néanmoins possible cette forte hausse du métal jaune ? C’est le renversement d’un facteur essentiel de l’ordre mondial, du fait de l’impact croissant de la crise systémique et de l’entrée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale : la Réserve fédérale US n’a plus les moyens de lutter contre ce vieil ennemi de l’hégémonie du Dollar US que représente l’or. Cette perte de moyens est bien entendu un phénomène complexe, comportant plusieurs facettes que nous analysons en détail dans ce numéro du GEAB.

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Evolution du cours des principales devises mondiales par rapport à l’or (1900 - 2009)
(Euro = Deutsche Mark avant 1999, la ligne brisée correspond à l’hyperinflation allemande de 1922 et à la rupture de la Seconde Guerre Mondiale) -
Source : World

Comme indiqué précédemment, la parution de ce premier GEAB de l’année, où nous publions traditionnellement nos anticipations pour les douze mois à venir, coïncide exceptionnellement avec le début d’une décennie ; et, qui plus est, d’une décennie dont tous les observateurs attentifs sentent qu’elle va marquer un bouleversement de l’ordre du monde. Tout aussi exceptionnellement, Franck Biancheri, coordinateur du GEAB, qui prépare actuellement un livre qui traitera du monde d’après la crise (sortie prévue en France au printemps 2010), a accepté de mettre à la disposition de notre équipe, et donc des lecteurs du GEAB, les grandes lignes de l’un de ses deux scénarios d’anticipation pour la décennie 2010-2020. Notre équipe saisit ainsi cette occasion pour faire bénéficier nos abonnés d’une plongée géopolitique rationnelle dans ce que la décennie à venir peut nous réserver [2]. Parmi les deux calendriers élaborés, intitulés respectivement « L’aube douloureuse du monde d’après » [3] et « Le crépuscule tragique du monde d’avant » [4], notre équipe a choisi de présenter le second qui est sans aucun doute le plus inquiétant mais qui nous paraît aussi refléter plus lucidement les tendances à l’œuvre aujourd’hui.

GEAB N°41, le 15 janvier 2010.

Notes  :

Notes

[1En 2004, Gordon Brown, alors Ministre des Finances, avait été l’architecte de cette splendide faute économico-financière qui aura coûté à ce jour plus de 10 Milliards USD de manque à gagner au Trésor britannique. La lecture de cet article du Times , daté du 28/12/2009, fournit un rare exemple de comparaison avantageuse de la France par rapport au Royaume-Uni pour sa volonté de l’époque de ne pas suivre la « mode économique et financière » dictée par Washington. Cela dit les contribuables britanniques peuvent se consoler en se disant que s’il y avait eu dix milliards de plus dans leurs caisses, leur gouvernement les aurait également donnés aux banques au cours des derniers mois. Et, pour leur redonner le moral, qu’ils sachent que le Times oublie de préciser que Nicolas Sarkozy, alors ministre français du budget, avait orchestré une vente moins importante mais tout aussi idéologique de l’or national (Source : Boursorama , 30/12/2009). No comment !

[2Nous rappelons que ce type de scénario, présenté ici comme une chronique annuelle de la décennie à venir, n’a pas pour prétention de décrire le détail des évènements à venir. Il vise essentiellement à permettre de rendre plus compréhensible, plus vivant, les tendances identifiées dans le cadre du travail d’anticipation. Ces chroniques du futur constituent donc en quelque sorte une version imagée des analyses fondamentales développées par ailleurs.

[3« L’aube douloureuse » car enfanter un nouvel ordre du monde ne peut se faire que dans la douleur, comme tout enfantement, même si la suite s’avère positive.

[4« Le crépuscule tragique » car si c’est cette voie qui s’impose, elle aura toutes les caractéristiques d’une tragédie, à savoir la fin malheureuse et la perception consciente de tous les protagonistes de l’histoire qu’elle va se terminer très mal.

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