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25 mai 2022

Conflits et guerre cognitive

par Daniel Kersffeld

 

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Outre son caractère strictement technique et lié à la guerre, l’OTAN développe des recherches prospectives sur le « contexte militaire futur » en réunissant des compétences militaires, industrielles et universitaires.

par Daniel Kersffeld

« Centres d’excellence »

Au cœur de cette mission se trouve le travail du Commandement allié Transformation (ACT), dirigé par le général français Philippe Lavigne, qui gère une structure de 24 « Centres d’Excellence » dédiés à la formation et à la recherche, répartis sur presque toute la planète.

L’un de ces centres est le Centre d’excellence en communications stratégiques de l’OTAN (photo), également connu sous le nom de StratCom, qui est basé à Riga, capitale de la Lettonie, et qui est également responsable du Centre d’innovation (iHub), fondée en 2013 sur la base de Norfolk (Virginie, États-Unis).

Innovation

A la tête de la «  Innovation Hub  » est dirigée par l’officier français François du Cluzel, ancien professeur à l’École militaire interarmes de Coëtquidan en France, puis chercheur en compétences cognitives à l’Université John Hopkins et à l’Imperial College de Londres. Aujourd’hui, M. du Cluzel est considéré comme l’un des principaux experts de la guerre future et des processus de transformation des conflits armés.

L’iHub a été conçu dès le départ comme le « cerveau » de l’OTAN. Il s’agit d’un domaine de pointe, spécialisé dans la recherche prospective sur les nouvelles techniques de guerre. Cependant, son principal champ d’analyse est celui des « capacités cognitives » appliquées au domaine militaire dans des domaines aussi divers que la fabrication de « soldats bioniques » et, surtout, les nouvelles méthodes de propagande dans les affrontements belliqueux.

Cinq secteurs

La vision globale de l’OTAN consiste à transcender l’approche traditionnelle « hybride » à cinq secteurs de la guerre, qui se déroule de manière stratégique et articulée dans les domaines aérien, terrestre, maritime, spatial et cybernétique.

L’iHub propose donc un sixième théâtre d’opérations : le cerveau humain. Ses implications sont à la fois révolutionnaires et effrayantes. Comme le décrit François du Cluze dans le rapport « Cognitive Warfare » (de 2020 et financé par l’OTAN) :

« alors que les actions développées dans les cinq secteurs (traditionnels) sont exécutées pour avoir un effet sur le domaine humain, le but de la guerre cognitive est de transformer chaque personne en arme »

.

Techniques de désinformation

Ainsi, comme le dit du Cluzel, « la guerre cognitive a une portée universelle, de l’individu aux Etats et aux organisations multinationales ». Et pour se développer, « elle se nourrit des techniques de désinformation et de propagande visant à épuiser les récepteurs d’information ».

Par conséquent, d’un point de vue cognitif, personne ne reste insensible au conflit : au contraire, « chacun y contribue, à des degrés divers, consciemment ou inconsciemment ». Grâce à l’internet et aux réseaux sociaux, nous fournissons tous des « connaissances inestimables sur la société » dans laquelle nous vivons, en particulier dans les « sociétés ouvertes » telles que celles de l’Occident.

En bref, « le cerveau sera le champ de bataille du XXIe siècle ». Il est donc probable que « les conflits futurs entre les personnes se produisent d’abord numériquement, puis physiquement, à proximité des centres de pouvoir politique et économique ».

Dommages sociaux

La guerre cognitive pose donc un nouveau schéma de confrontation et, bien qu’elle ait été conçue à l’origine comme un outil de nature défensive, il est clair que son objectif principal est de « porter atteinte aux sociétés et pas seulement aux forces armées ».

Au-delà des conséquences politiques, économiques et géopolitiques de la crise actuelle entre la Russie et les puissances occidentales, ce conflit constitue aujourd’hui un terrain privilégié pour l’expérimentation des principaux aspects de la guerre cognitive, telle que proposée actuellement par l’OTAN, dans une stratégie qui vise à la fois la polarisation des opinions et la radicalisation des groupes et secteurs politiques.

Ainsi, les activités de propagande, les campagnes de désinformation et le mode de fonctionnement d’Internet, des médias hégémoniques et des différents réseaux sociaux sont configurés comme des éléments centraux d’un conflit qui s’étend non seulement en termes territoriaux mais aussi dans le système de croyances et la subjectivité de chacun d’entre nous.

* Daniel Kersffeld. Chercheur CONICET-Université Torcuato di Tella.

Página 12. Buenos Aires, le 22 mai 2022

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diáspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 25 mai 2022

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