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16 mars 2015

Chine : Année de la chèvre, Siècle du dragon ?

par Pepe Escobar *

 

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Pékin. – Vu de la capitale chinoise au début de l’Année de la Chèvre, le malaise occidental semble un mirage dans une galaxie lointaine, très lointaine. Par ailleurs, la Chine qui m’entoure paraît bien réelle, solide et sans rien de commun avec la nation enlisée dans les problèmes que décrivent les médias occidentaux, avec une production industrielle en baisse, une bulle immobilière et les désastres écologiques menaçants. Malgré les prophéties catastrophistes, pendant que les chiens de l’austérité et de la guerre aboient follement au loin, la caravane chinoise passe à ce que le président Xi Jinping appelle la « nouvelle normalité ».

Le « ralentissement » de l’activité économique représente encore un impressionnant taux de croissance annuel de 7%, ce qui la place au premier rang mondial. De l’intérieur, on assiste à une très complexe restructuration économique tandis que la consommation dépasse l’investissement comme principal moteur du développement économique. Avec 46,7% du produit intérieur brut (PIB), l’économie de services a dépassé la production qui, elle, atteint les 44%.

Géopolitiquement parlant, la Russie, l’Inde et la Chine envoient un message fort à l’Occident : ils s’emploient à mettre sur pied une complexe stratégie trilatérale afin d’établir un réseau de couloirs économiques que les chinois appellent «  nouvelles routes de la soie » dans toute l’Eurasie. Pékin en organise également une version maritime, calquée sur les prouesses de l’amiral Zhen He quien, sous la dynastie Ming, qui fit sept fois le tour des « mers occidentales » à la tête de flottes de plus de 200 navires.

Pour le moment Moscou et Pékin travaillent de concert à la planification d’une nouvelle version du légendaire Transsibérien en train à grande vitesse. Et Pékin s’est engagé à transformer sa croissante coopération stratégique avec la Russie en aide financière et économique précieuse si Moscou, prise à la gorge par les sanctions et confrontée à une désastreuse guerre des prix du pétrole, le demandait.

Au sud de la Chine, l’Afghanistan, malgré 13 années vécues sous le signe de la guerre que les Etats-Unis continuent à livrer, se rapproche à grands pas de son orbite économique, tandis qu’un oléoduc Chine-Myanmar en projet apparaît comme une reconfiguration transcendantale du flux d’énergie eurasiatique à travers ce qu’on a appelé il y a longtemps « Ductistan ».

Tout ceci n’étant qu’une infime partie de l’action frénétique menée par le gouvernement de Pékin et baptisées « Ceinture économique de la Nouvelle Route de la Soie » et « Route Maritime de la Soie du XXIème siècle ». Nous parlons ici d’une véritable vision créatrice d’une infrastructure potentiellement hallucinante, pratiquement créée à partir de zéro, qui reliera la Chine à l’Asie Centrale, au Moyen-Orient et à l’Europe Occidentale. Un tel développement comprendra des projets qui vont de la modernisation de l’ancienne route de la soie à travers l’Asie Centrale au développement d’un couloir économique Bangladesh-Chine-Inde-Myanmar, un autre Chine-Pakistan par le Cachemire, une nouvelle route maritime de la soie qui s’étendra à tout le sud de la Chine, comme l’itinéraire de Marco Polo, à l’inverse, jusqu’à Venise.

Toutefois, il ne faudrait pas considérer tout ceci comme une version chinoise actualisée du Plan Marshall des Etats-Unis d’Amérique vis-à-vis de l’Europe après la Seconde Guerre Mondiale, mais bien comme une entreprise beaucoup plus ambitieuse et d’une portée potentielle beaucoup plus vaste.

La Chine, mégapole

Si l’on considère en détails cette boulimie économique de Pékin, elle ne débouche sur aucune perspective en Europe ou aux États-Unis. Ici, les panneaux publicitaires rouge et or prônent le nouveau slogan, plébiscité haut et fort par le président Xi Jinping pour son pays et le XXIème siècle, « le Rêve chinois » (qui n’est pas sans rappeler le « Rêve américain en son temps). Pas une station de métro qui ne l’ait. Souvenons-nous de la raison pour laquelle 65 000 kilomètres de voies adaptées aux nouveaux trains à grande vitesse sont aussi cruciaux pour l’avenir du pays. Après tout, rien moins que 300 millions de chinois ont effectué, dans les trente dernières années une migration qui brise tous les paradigmes, des campagnes vers les zones urbaines en pleine explosion, à la poursuite de ce rêve.

Selon une étude de McKinsey Global Institute, on prévoit un autre exode d’environ 350 millions de personnes. Entre 1980 et 2010, la population urbaine de la Chine a augmenté de 400 millions, c’est-à-dire que le pays compte désormais au moins 700 millions de citadins. On s’attend à ce que ce chiffre atteigne les mille millions en 2030, ce qui signifie un effort terrible pour les villes, l’infrastructure, les ressources et l’économie dans son ensemble, ajouté à cela des niveaux de pollution de l’air quasi apocalyptiques dans certaines des villes les plus importantes.

160 villes chinoises comptent déjà plus d’un million d’habitants. (Contre 35 en Europe) Depuis 1990, pas moins de 250 villes ont triplé leur PIB par habitant tandis que le revenu a, lui, augmenté de 300%.

Actuellement, lorsqu’on parle de la Chine, il ne faut pas penser en termes de villes individuelles, mais de groupes urbains, de regroupements de villes de plus de 60 millions d’habitants. La région de Pékin-Tianjin, par exemple, est en réalité un groupe de 28 villes. Shenzhen, la plus importante mégapole de migrants de la province méridionale de Guangdong, est également devenue un centre de transit dans un groupe de villes. De fait, la Chine dénombre plus de 20 groupes semblables, chacun de la taille d’un pays européen. Les principaux regroupements représenteront bientôt quelque 80% du PIB du pays et environ 60% de sa population. On comprend mieux la frénésie de trains à grande vitesse et les dynamiques projets d’infrastructures -faisant partie d’un investissement d’1,1 billion (millions de millions) de dollars répartis sur 300 travaux publics- en relation étroite avec l’administration de ces groupes.

Rien de surprenant à ce que ce processus soit intimement lié à ce que l’Occident considère comme la fameuse « bulle immobilière » qui, en 1998, n’aurait pas pu exister. Jusque là tous les logements étaient encore propriété de l’État. Une fois libéralisé, le marché immobilier est devenu la cible préférentielle des investisseurs de la classe moyenne chinoise émergente. Cependant, à de rares exceptions près, les chinois de la classe moyenne peuvent encore se permettre de passer par le système d’hypothèques, grâce à l’augmentation des revenus ruraux et urbains.

De fait, le Parti Communiste Chinois (PCC), porte une grande attention à ce phénomène et accepte que les agriculteurs louent ou hypothèquent leurs terres, entre autres, pour financer leur migration urbaine et leurs nouveaux logements. Étant donné que l’on parle de centaines de millions de personnes, il est cependant possible qu’il existe des distorsions sur le marché immobilier, y compris la construction de villes fantômes entières et de leurs étranges centres commerciaux vides.

La fièvre de l’infrastructure est financée par le regroupement d’investissements provenant des Gouvernements central et local, d’entreprises étatisées et du secteur privé. Le secteur du Bâtiment, l’un des employeurs les plus importants du pays, regroupe plus de 100 millions de personnes, directement ou indirectement. Le secteur immobilier représente jusqu’à 22% de l’investissement national total en actifs fixes en lien avec la vente d’équipements électroménagers, ou d’articles pour la maison et un chiffre d’affaires annuel de 25% de la production chinoise d’acier, 70% du ciment, 70% des plaques de verre et 25% du plastique.

Par conséquent, ce que les différents hommes d’affaires que j’ai rencontré lors de mon séjour à Pékin m’ont affirmé prend tout son sens. La toujours possible éventualité « qu’éclate la bulle de l’immobilier » est en fait un mythe, dans un pays où, pour le citoyen lambda, le summum de l’investissement se trouve être « la pierre ». En outre, l’énorme bond en avant de l’urbanisation garantit, comme l’a souligné le premier ministre Li Keqiang lors du récent Forum Économique Mondial à Davos, une « demande immobilière à long terme ».

Marchés, marchés, marchés

La Chine est également en train de modifier ses bases de fabrication industrielle, multipliée par 18 au cours des trois dernières décennies. Le pays continue à produire 80% des climatiseurs, 90% de ses ordinateurs personnels, 75% de ses panneaux solaires, 70% de ses téléphones cellulaires et 63% de ses chaussures. La fabrication industrielle représente 44% du PIB chinois et emploie directement 130 millions de personnes. De plus le pays détient maintenant 12,8% de la recherche et du développement mondial, soit beaucoup plus que l’Angleterre et que la majeure partie de l’Europe Occidentale.

A présent, l’intérêt se porte vers un marché intérieur en pleine croissance, ce qui implique encore plus d’investissements en infrastructures, la nécessité d’attirer de nouveaux talents en ingénierie et une logistique d’approvisionnement à développement rapide. Globalement, chaque fois que la Chine se heurte à de nouveaux défis -augmentation des coûts salariaux, chaîne d’approvisionnement toujours plus complexe, volatilité des marchés- elle stimule dans le même temps un élan agressif pour passer d’un montage médiocre à une fabrication de haute technologie. La majorité des exportations chinoises sont déjà des téléphones intelligents, des systèmes motorisés, des voitures (et bientôt des avions). Dans ce processus, on assiste également à une délocalisation de la fabrication de la côte sud vers la Chine Centrale et Occidentale. Chengdu, ville de la province sud-ouest du Sichuan, par exemple, est en passe de devenir un complexe (cluster) urbain de haute technologie tandis qu’autour, se multiplient des firmes comme Intel et HP.

La Chine tente donc d’audacieux efforts de modernisation en termes de fabrication, de structure interne et d’une manière globale. Les entreprises chinoises se distinguaient par le passé par la commercialisation d’articles de base, à bas prix et de qualité acceptable. Aujourd’hui, de nombreuses compagnies modernisent rapidement leur technologie et s’installent dans des métropoles de seconde ou même première importance alors que les firmes étrangères, soucieuses d’alléger les coûts, se trouvent reléguées dans des centres urbains de seconde ou troisième zone. Dans l’ensemble, les dirigeants chinois veulent donc faire de leurs entreprises de véritables multinationales dans les dix prochaines années. Le pays en compte déjà 73 sur les 500 du Fortune Global, ce qui en fait le numéro deux derrière les Etats-Unis d’Amérique.

En terme d’atouts pour la Chine, n’oublions pas que l’avenir économique mondial réside clairement en Asie grâce à l’augmentation record des revenus de la classe moyenne. En 2009 la région Asie-Pacifique comptait seulement 18% de la classe moyenne mondiale ; en 2030, selon le Centre de Développement de l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), ce chiffre bondira jusqu’à atteindre les très surprenants 66%. L’Amérique du Nord et l’Europe comptaient 54% de la classe moyenne mondiale en 2009. En 2030 ce chiffre aura chuté à 21%.

Suivons la piste de l’argent et aussi de ce qu’il procure. Par exemple, pas moins de 200 000 ouvriers chinois ont participé à l’élaboration du premier iPhone, sous la supervision de 8 700 ingénieurs chinois. Le recrutement s’est fait en deux semaines. Le même processus, aux Etats-Unis aurait demandé neuf mois. L’écosystème de l’industrie manufacturière chinoise est, à n’en pas douter, rapide, flexible, intelligent et, de plus, est épaulé par un système éducatif toujours plus impressionnant. Depuis 1998 le pourcentage du PIB consacré à l’Éducation a presque triplé, le nombre d’universités a doublé et en seulement dix ans la Chine a édifié le plus grand système d’enseignement supérieur au monde.

Partisans et détracteurs

La Chine dispose déjà de plus de 15 billions de dollars en dépôts bancaires, qui fructifient de la bagatelle de 2 billions de dollars par an. Les réserves de monnaie étrangère tournent autour de 4 billions de dollars. Il n’existe à ce jour aucune étude concluante sur le circuit emprunté par ce torrent de fonds et sa répartition entre projets, compagnies, institutions financières et l’État. Personne ne connaît, au juste, le nombre de prêts réellement consentis par la Banque Agricole de Chine. La haute finance, le capitalisme d’État et la gouvernance d’un parti se mêlent et se marient tous dans la sphère des services financiers chinois, où la realpolitik s’allie à la grande finance.

Les quatre grandes banques aux mains de l’État – la Banque de Chine (Bank of China), la Banque Industrielle et Commerciale de Chine (Industrial and Commercial Bank of China), la Banque chinoise du Bâtiment (China Construction Bank), et la Banque Agricole de Chine (Agricultural Bank of China) – sont toutes passées du statut d’organisations gouvernementales à celui d’entités semi-corporatives, propriétés de l’État. Elles tirent superbement profit des actifs et connexions gouvernementales, ou Guanxi, et agissent dans un contexte mixte d’objectifs commerciaux et gouvernementaux. Ce sont elles les véritables moteurs de l’ambitieux programme visant à redessiner le modèle économique chinois.

En ce qui concerne le ratio dette/ PIB de la Chine, ce n’est pas encore grand-chose. Sur 17 pays, il est très inférieur à ceux du Japon et des Etats-Unis d’Amérique, selon la Standard Chartered Bank et, à la différence de l’Occident, le crédit à la consommation ne représente qu’une petite partie de la dette totale. Certes, l’Occident reste particulièrement fasciné par l’industrie bancaire parallèle de la Chine : produits de gestion de patrimoine, finances occultes, prêts en dehors de l’état de comptes. Cependant, ce type d’opérations représentent seulement environ 28% du PIB, alors que, selon le Fonds Monétaire International, le pourcentage est beaucoup plus élevé aux États-Unis.

Il est possible que les problèmes de la Chine proviennent d’autres facteurs que le secteur économique, où la gouvernance de Pékin a fait plus de faux-pas. Par exemple, la campagne menée sur trois fronts, chacun pouvant se retourner à la manière d’un boomerang : augmenter le contrôle idéologique sur le pays sous prétexte d’échapper aux « valeurs occidentales », durcir le contrôle de l’information en ligne et des réseaux sociaux, y compris le renforcement du « grand pare-feu chinois » afin de maîtriser l’Internet et tenir sous contrôle les minorités ethniques agitées, en particulier les Ouïghours de la province occidentale clé du Sin-Kiang.

Pour deux de ces axes –la controverse sur les « valeurs occidentales » et la main mise sur Internet– les dirigeants de Pékin pourraient obtenir de bien meilleurs résultats, s’ils acceptaient d’ouvrir le débat, surtout dans les cercles de jeunes, instruits et connectés au niveau mondial, mais la machine hyper centralisée du Parti Communiste Chinois ne fonctionne pas ainsi.

Lorsqu’il est question de ces minorités du Sin-Kiang, il est probable que le problème majeur n’ait rien à voir avec les préceptes guidant la politique ethnique du président Xi. Selon Gabriele Battaglia, analyste résidant à Pékin, Xi cherche à gérer le conflit ethnique local en appliquant la règle des trois « J » : jiaowang, jiaoliu, jiaorong (« contact interethnique », « échange » et « brassage »). Néanmoins, ce qui, du point de vue de Pékin peut sembler une avancée sur le plan de l’acculturation Han/ Ouïghour, ne signifie pas grand-chose en pratique, si l’on considère que la politique quotidienne au Sin-Kiang est aux mains de cadres Han inexpérimentés qui ont tendance à voir la plupart des Ouïghours comme des « terroristes ».

Si Pékin venait à perdre le pouvoir sur son « Ouest Lointain », le Sin-Kiang ne deviendrait pas, comme on l’espère, le nouveau cœur pacifique et stable, d’une partie essentielle de la stratégie de la route de la soie. Malgré tout, on le considère déjà comme une connexion vitale dans la projection d’intégration eurasiatique de Xi, de même qu’un passage d’une importance capitale pour le flux massif de l’approvisionnement en énergie de l’Asie Centrale et de la Russie. Le gazoduc Asie Centrale-Chine, par exemple, qui amène le gaz naturel de la frontière turkmeno-ouzbek par l’Ouzbékistan et le sud du Kazakhstan, ajoute une quatrième ligne au Sin-Kiang. Et l’un des gazoducs Russie-Chine récemment décidé arrivera lui aussi au Sin-Kiang.

Le livre de Xi

Mais, c’est tout juste si la taille et la complexité de la kyrielle de transformations en Chine, filtrent le barrage des médias US. En effet, les informations soulignent surtout « l’économie en perte de vitesse du pays » et son nervosisme quant au rôle mondial qu’elle jouera, dans l’avenir, la manière dont elle a « abusé » les Etats-Unis sur ses intentions et sa nature de « menace » militaire pour Washington et le monde entier.

Les médias usaméricains souffrent d’une fièvre chinoise qui les amènent à délivrer des informations fébriles, sans lien avec le véritable pouls du pays ou de son leader. Résultat : beaucoup de déchet. Une solution pourrait être de lire The Governance of China, -La gouvernance de la Chine- (compilation de discours, conférences et interviews éditée par Foreign Language Press l’année dernière). Véritable « best-seller » avec trois millions d’exemplaires vendus pour l’édition en mandarin, on y trouve une vision remarquablement assimilable de ce que pourrait être le « Rêve chinois » de Xi, tant claironné, pour le nouveau siècle chinois.

Xi Dada (« Xi Big Bang » comme on le surnomme ici) n’est pas une divinité post-Mao. Il appartient plutôt à la même catégorie que les phénomènes pop, et en réalité, cela n’a rien de surprenant. Pour reprendre à son compte le concept de « s’enrichir est grand », en s’attaquant à la tâche surhumaine de reconfigurer le modèle chinois, il ne fallait pas un bureaucrate froid comme l’acier. Xi a donc eu l’habileté de toucher un courant collectif en soulignant que la gouvernance du pays devait se faire au mérite et non sur l’usage d’information d’initiés et de corruption partisane, et a très adroitement présenté la transformation proposée sous forme de « rêve » à la sauce US.

Derrière la star pop, se cache évidemment un homme intelligent et de poids que les médias occidentaux feraient bien de prendre au sérieux. Après tout, on n’est pas à la tête d’une telle réussite économique par simple coup de chance. Il pourrait s’avérer particulièrement important de prendre la mesure du personnage, car lui a déjà pris la mesure de Washington et de l’Occident, et a décidé que le sort et la chance de la Chine résident ailleurs.

En conséquence, en novembre dernier, il a formalisé un changement géopolitique majeur. Dès lors, Pékin cessera de considérer les Etats-Unis ou l’Union Européenne comme des priorités stratégiques, pour se tourner vers ses voisins asiatiques et autres pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde et Afrique du Sud, en particulier la Russie), connus également ici comme « les principales puissances en voie de développement » (kuoda fazhanzhong de guojia). Et juste pour mémoire, la Chine ne se définit plus comme « pays en voie de développement ».

Il n’est donc pas surprenant que, dernièrement, ait eu lieu une telle guerre-éclair de méga accords et méga négociations chinoises le long du « Ductistan  ». Avec Xi, l’écart de puissance de feu intellectuelle et économique entre Pékin et Washington est en train de se combler rapidement, alors même que l’offensive d’investissements au niveau mondial a à peine commencée, y compris les nouvelles routes de la soie.

L’ex ministre des Affaires Étrangères de Singapour, George Yeo, voit le nouvel ordre mondial émergent comme un système solaire à deux soleils : les États-Unis d’Amérique et la Chine. La nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale d’Obama assure que « les Etats-Unis ont toujours été et resteront une puissance du Pacifique » et souligne que « quand bien même il y aurait surenchère de concurrence, nous nions l’inéluctabilité d’un affrontement » avec Pékin. Les « grandes puissances en développement » intriguées comme elles le sont par l’extraordinaire élan infrastructurel de la Chine, tant au niveau interne que le long de ces Nouvelles Routes de la Soie, se demandent si un système solaire à deux soleils pourrait ne pas fonctionner. Par conséquent la question qui se pose est la suivante : quel « soleil » brillera sur la planète Terre ? Pourrait-il s’agir du siècle du dragon ? »

Pepe Escobar pour ICH

ICH. Usa, 25 février 2015.

Original : « Year of the Sheep, Century of the Dragon ? »

* Pepe Escobar est un journaliste brésilien de l’Asia Times et d’Al-Jazeera. Pepe Escobar est aussi l’auteur de : « Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War » (Nimble Books, 2007) ; « Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge » ; « Obama does Globalistan  » (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books, 2014)

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Florence Olier-Robine

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florobine@cegetel.net

El Correo. Paris, le 15 mars 2015

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