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2 avril 2004

Autogestion des entreprises en Argentine : Gatic, une entreprise récupérée qui produit 300 de paires des chaussures par jour.

par Irina Hauser*

 

Toutes les versions de cet article : [Español] [français]

Sous licence Adidas, Gatic a été favorisée pendant le ménémisme. Même cela n’a pas suffi. Ses employés ont désormais pris en main la gestion d’une des usines et la font tourner. Conflit avec Gotelli. Outre les chaussures de sport, maintenant les salariés produisent des shorts pour les joueurs de football du Club Vélez Sarsfield et préparent un maillot. L’âge moyen des travailleurs qui tentent l’autogestion dans cette usine ne dépasse pas les 35 ans.

"Là où nous mettons l’2paule, les choses avancent"

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Gatic

Cristina Osuna coud, coupe les fils trop et essaie les fermetures. En une poignée de secondes circule par ses mains une montagne d’équipements de gymnastique qui finissent péniblement empilés sur une étagère. Dans la salle de couture du premier étage de l’usine, les machines à coudre tournent et la musique de Bandana joue à tue tête : "Aujourd’hui ton rêve est réel". Cristina a 43 ans, marque le rythme avec le pied et dit qu’elle ne peut pas s’arrêter, qu’elle a une livraison, et que c’est le mieux qui puisse lui arriver. Vers le bas, dans le hangar principal toutes les machines de confection de chaussures de sport fonctionnent.

Quelque 260 personnes au travail, mais sans chef d’entreprise. Elles le font depuis l’année passée, quand elles ont occupé le siège de San Martín de Gatic après avoir supportés des mois de paralysie et d’absence de salaire. C’est une entreprise avec une immense capacité productive, mais qui a contracté une dette en millions de pesos, produit des faveurs reçues de la banque publique pendant le menemisme. Un groupe d’investisseurs se bat en Justice pour s’approprier quatre usines, mais les travailleurs cherchent à démontrer qu’ils peuvent s’ autogérer.

Gatic a connu son âge d’or pendant la convertibilité et la célèbrité ayant sous licence de grandes marques comme Adidas, Nike et la Gear. Entre les mains de la famille Bakchellian, elle a reçu en ces temps là avec les Yoma, les crédits publics les plus exorbitants. La chute en a été directement proportionnelle, avec une dette de 529 millions de pesos (152 M. d’euros). Elle est en cessation de paiements depuis fin 2001, elle a environ cent demandes de règlements et ses principaux créanciers sont l’AFIP (Administration Fédérale de Recettes publiques) et les banques officielles. Mais sa dette est aussi très élevée vis à vis des 4.500 travailleurs de toutes ses usines de production, qui ont traversé les arrêts de production, renvois et réincorporations avec des promesses non tenues, qui les ont plongés dans une incertitude totale.

Tous les usines de Gatic sont arrêtées, sauf celle de San Martín, où les ouvriers ont formé une Coopérative Unie pour les Chaussures (CUC), ils ont occupé les installations en octobre et ils se sont mis à produire à leur compte, encouragés par le Mouvement National d’Entreprises Récupérées (MNER). Bien qu’elle soit la seule usine active, son expérience est reconnue. A Pigüé, où on fabrique les toiles et l’avant des chaussures de sport, les travailleurs en coopérative ont pris les ateliers. A Pilar on a créé un groupe autogéré, bien qu’il y ait une surenchère avec les syndicats du caoutchouc, deux syndicats qui ont étendu leur discours à l’usine du Colonel Suárez. A la ville Las Flores, ils ont envoyé le syndicat du vêtement et à la Rioja celui des chaussures, tous les deux entretiennent un bon dialogue avec le MNER.

Depuis plusieurs semaines, les travailleurs de San Martín fabriquent quelque 300 paires de chaussures par jour, et en plus des vêtements de gymnastique. Ils ont sorti une marque propre avec le sigle CUC, celle de la coopérative, qu’on peut voir dans un logo ovale et un autre avec une forme d’étoile qui décore les produits. Ils ont fait des shorts pour les joueurs de première division de Vélez Sarsfield (football) et maintenant ils leur préparent un modèle de maillot, qui pavoise accroché à un cintre dans le département de couture, avec des corrections au Bic. Avant d’en arriver là , ils sont fait chacun leur tour de garde en veillant que à ce que personne n’emmène les machines.

Nélida Corina Molina, de 58 ans, sait manier chacune des machines de chez Gatic, où elle travaille depuis 25 ans. Elle est "opérateur". Avec ses cheveux rougeâtres crêpés, sa peau lisse et les ongles couleur violette, " Moi j’ai décidé de rester là à l’intérieur parce que j’avais besoin de me battre pour mon travail. Qui va m’employer à mon âge ?", soupire-t-elle. "Pour survivre moralement à tant d’incertitude depuis que l’entreprise est tombée dans le malheur, je me suis mise à terminer ma cinquième. Sinon, aux moments où j’étais seule dans ma maison, je croyais que tout me tombait dessus, les murs, la peinture, que tout était mis en pièces. J’ai aussi vendu du détergent au détail et ce qui aidait ainsi à soutenir la prise de l’usine ", explique t-elle en sanglots. Cristina, avec les yeux cernés de bleu et ses lunettes énormes, elle explique qu’elle a vendu des pizzas pré-cuites et a fait des travaux pour les ateliers de confection. "C’était pour subsister, mais je me suis sentie trop usée. Tout ce que je fais maintenant même si je travaille toute la journée, c’est pour moi, au moins, cela ils ne vont pas me le voler ", elle dit.

L’âge moyen des travailleurs qui mène l’autogestion dans cette usine dépasse les 35 ans. Les hommes se présentent en disant en premier le nom de famille et ensuite le prénom, une déformation de la culture patronale. Cela peut produire la confusion dans des cas comme celui d’Aldo Franco, qui tend la main en disant "Franco Aldo".

Ensuite, il se propose comme guide d’une randonnée calme. Un balancier coupe les parties des chaussures que portent des veines, un autre sectionne la mousse du talon, une autre machine colle le renforcement de l’orteil, il y a une machine spéciale pour broder les logos (dans des languettes et latérales), et ainsi de suite. Un bourdonnement lisse accompagne le processus. Une rangée de machines à coudre est rafraîchie par une autre de ventilateurs au plafond. Dans un hangar distinct, on moule les semelles internes et externes. "Les matières premières que nous utilisons sont les restes de ce qu’ils ont laissé", explique Aldo, 52 ans, polo vert et moustaches. "Ils" clarifie-t-il - pour éviter, par superstition, de nommer les propriétaires historiques. "Il ajoute, avec ce que nous produisons déjà nous avons pu acheter des choses et il y a trois semaines que chacun peut rapporter de l’argent à la maison, quelque cinquante pesos (14 €), c’est quelque chose." Dans une salle voisine, un groupe d’hommes remplit des caisses. Ils utilisent les surplus des années précédentes (comme les vieilles caisses turquoise d’Adidas) mais ils retournent le carton. Ils font tout à la main, parce qu’ils n’ont pas encore pu acheter la colle pour la machine. Un d’eux, avec un faux-air de l’acteur John Turturro mais qui s’appelle José Cruz, 43 ans, raconte que cela lui a beaucoup coûté de faire comprendre à sa famille pourquoi il a rejeté d’autres travaux. "Ici nous avons le métier nécessaire, nous nous mettons à fabriquer et les choses sortent. Nous n’avons pas besoin d’un chef d’entreprise ", il synthétise. Pablo Perfumo, 38 ans, compare : "En échange, je me suis séparé de tout ce cinéma. Il est inévitable de porter le malaise à ta maison quand tu es près d’être à la rue".

"Ce qu’il faut c’est que le juge prononce la faillite une fois par toutes et livre l’usine aux travailleurs", réclame José Abelli, vice-président du MNER. La situation, en effet, n’est pas simple. En décembre dernier un groupe d’investisseurs conduit par l’ex titulaire d’Alpargatas, Guillermo Gotelli, a fait son apparition, et a fait un préaccord avec le propriétaire de Gatic, Fabian Bakchellian, pour louer les quatre usines de l’entreprise. Cette proposition a été présentée au juge Juan Manuel Gutiérrez Cabello, qui a accepté de la mettre en discussion. Bien que le siège de San Martín - vu l’autonomie qu’il a atteint - soit resté hors des prétentions de ce pool, les chefs d’entreprise refusent d’accéder à un accord avec la coopérative CUC, et les banques publiques n’acceptent pas sa proposition de location. Et pour le moment, ni la banque Banco Nacion, ni la Ville l’approuvent. Ce sera sûrement une décision du Gouvernement qui pourra en arrêter le dénouement.

Tandis que, les projets coopératifs se développent pour la Gatic. A Pigüé ils estiment que : "Malgré la détérioration des machines, nous pourrions produire 120 000 kilos de toile teinte en un mois", projette Clemar Litre. A San Martín, Andres Avelino Juárez recommande : "Ce qu’il faut faire - dit il en se donnant une claque - c’est d’utiliser la tête."

***

"Ne pas faire cadeau de l’affaire"

Par I H.

Gatic pourrait produire six millions de paires de chaussures de sport par an, selon des calculs du ministère de la Production de Buenos Aires. Cela représente 70 % du marché local, ont-ils expliqué, mais maintenant entre trois et quatre millions de paires sont importés du Brésil. "C’est un gaspillage et un malheur pour les travailleurs, en tenant compte du fait que les grandes marques cherchent déjà des fabricants en Argentine. « Le problème, ce sont les pressions en jeu ", dit un membre du cabinet à Buenos Aires, qui admet que la Banque de la Province est disposée à accepter pour solder ses dettes l’offre du groupe d’investisseurs que conduit le chef d’entreprise Gotelli. Le Mouvement National d’Entreprises Récupérées réclame qu’on déclare en urgence la faillite et que l’usine soit livrée aux travailleurs. "Accepter la proposition de Gotelli c’est faire cadeau d’une affaire qui facture 200 millions de pesos par an (57 M d’euros). Ce serait digne d’un État stupide. Si un travailleur va acheter un réfrigérateur, on lui demande patte blanche. Qui l’État, la Justice et les banques publiques exigent de Gotelli et Bakchellián la même chose", proteste Abelli, du MNER.

***

Un accord avec des entreprises

Par I H.

Dans le secteur du vêtement de sport est apparue la première entrée d’argent de la coopérative. Une ardoise, au premier étage, affiche de mémoire : "1.173 shorts pour l’entreprise Galex, représentent 938.40 pesos (268 €)". Là, travaillent dix femmes, toutes avec des tabliers égaux d’impression écossaise qu’elles ont conçu. Elles inventent maintenant aussi des modèles d’articles sportifs qu’elles essaient sur leurs propres corps. La majorité des ouvriers se concentre au rez-de-chaussée, où on élabore des chaussures. Il y a un climat de concentration et quelques défis : ils ont un accord avec Alpargatas pour livrer les premiers échantillons de chaussures Topper, ils préparent un modèle informel pour Grimoldi et ont déjà approvisionné plusieurs départs de marchandises à Open Sport.

Página 12. Buenos Aires, le 29 mars 2004

Traduction de l’espagnol pour [El Correo : Estelle et Carlos Debiasi

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