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26 juin 2017

Art, sexualité et rites à la nature dans la culture précolombienne

Occultation et destruction des Huaco érotiques de la culture moche

 

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Il y a quelques années, Federico Kauffmann Doig a publié le livre «  Sexe et magie sexuelle dans le Pérou antique  », un sujet malheureusement peu traité par d’autres spécialistes de la culture andine. Kauffmann considère que le sexe au Pérou antique avait une relation avec la fécondité de la terre et remarque que nos jours, chez plusieurs peuples des Andes de nombreux rites existent dans lesquels se combine la sexualité avec le magico-religieux : « L’objectif de ces rites est de solliciter par des moyens magiques, justement la fécondité des animaux et des plantes ». Il mentionne comme exemple, un rite conservé à Langui, Cusco, où pour certaines fêtes, des hommes et des femmes s’habillent avec des ornements de mouton et de lamas et dansent une représentation sexuelle.

Effectivement, au temps des Inca plusieurs de ces rituels ont existé. Les jeunes hommes partageaient des danses rituelles de la fécondité, comme celle célébrée en l’honneur de Chaupiñanca, déesse de la sensualité, dans laquelle les hommes finissaient par danser complètement nus parce qu’ils croyaient que, après les avoir vus la Pachamama ou « mère terre » ainsi, elle profitait encore plus. D’autres fêtes se terminaient par ce qu’aujourd’hui nous appellerions des orgies effrénées. Il existait aussi une autre fête de la fécondité, appelée acataymita qui avait lieu en décembre, quand commençaient à mûrir les paltos et qui consistait à réunir de jeunes hommes et femmes dans un terrain vague entouré de vergers, complètement nus ; ensuite ils couraient rapidement vers un coteau un peu distant, l’homme poursuivant la femme, et si un homme atteignait une femme, il la renversait et copulait avec elle. Ce rite durait six jours et on croyait qu’il avait une influence magique sur la maturation des fruits. Il est probable que tous ces rites avaient des racines pré-inca, et bien que les chrétiens essayèrent de les extirper ,ils ont continué à être beaucoup pratiqués après la conquête (dans la « Relation des augustins », de 1557, apparaît une référence concise de la pratique de cette coutume dans la région de Huamachuco).

Il y a aussi l’existence évidente d’un culte phallique pour invoquer la fécondité de la terre et des animaux. Dans Chucuito (Puno) et près de l’Église principale, existe une forêt de phallus agressifs taillés dans la pierre, connue comme el adoratorio del Inca Uyo (ou « membre viril de l’Inca », comme les villageois l’ont drôlement baptisé), bien que l’on croit qu’à l’orgine les sculptures étaient dispersées dans la campagne.

En général, à la marge de sa relation avec le magico-religieux, nous pouvons assurer que les Péruviens pré-colombiens ont pratiqué une sexualité libre de conflits d’ordre moral, et voyant comme quelque chose de naturel le fait de chercher le plaisir sans plus d’autre objectif que le plaisir lui-même. L’érotisme serait présent partout, dans tous les actes, dans tous les moments de la vie, l’incendie d’un regard, les caresses de la peau, la pénétration d’un corps, la grossesse et même dans l’accouchement, quand l’homme souffre des douleurs de la parturiente et qu’il se couche à côté d’elle, pour partager la naissance, une scène représentée dans un huaco, poterie moche de la Culture moche .

Comme nous le voyons dans les représentations de la céramique sculpturale de plusieurs cultures précolombiennes
(Moche, Vicús, Chimú), nous pouvons conclure que l’accouplement était exercé sous diverses formes. De la même manière, c’ est exprimé dans les documents que nous ont laissés des chroniqueurs et les « extirpateurs d’idolâtries », nous avons quelques éléments sur les pratiques intimes des Péruviens originaires ; par exemple un rapport sexuel simple entre garçons n’avait pas les implications morales ou hiérarchiques observées dans d’autres sociétés ; déjà depuis la puberté et même avant (selon chaque société) l’expérience amoureuse était acquise et la perte de la virginité n’était pas un sujet grave. Selon la documentation existante on déduit certaines femmes étaient dédiées à instruire les enfants dans la masturbation et comment prolonger l’érection. On sait que dans l’Acllahuasi ou la maison des élues, les filles entre 13 et 15 ans, destinées à être épouses ou concubines des nobles, étaient éduquées par la mamacona (ou matrone, soit l’aclla la plus âgée) dans les arts qu’une femme mariée devait savoir, y compris l’entraînement sexuel pour qu’elles puissent pleinement satisfaire leur futur couple.

Tout ceci seraiet maintenant taxé de perversions ou d’ aberrations, mais pour les Péruviens pré-colombiens c’était ce qu’il y avait de plus sain et normal. D’ailleurs, ce qui est le plus connu du grand public c’est comment les moches ont représenté avec beaucoup de détails dans leurs diverses poteries les positions du coït, au nombre de huit. En général on représente l’homme habillé et la femme nue. Comme faisant partie du jeu amoureux sont inclus le sexe oral et anal. Certains huacos représentent aussi la masturbation et les relations homosexuelles, bien que celles-ci soient moins sures , les poteries étant endommagées ou fragmentées, ou bien les détails ne sont pas perçus avec clarté. Comme je l’ai précédemment expliqué, tout indique que les poteries qui représentaient « des aberrations », ont été détruites par les mêmes mains de ceux qui étaient supposés les sauvegarder, bien que nous ne sachions pas exactement la quantité de pièces qui ont subi cette triste fin.

Le sexe anal, dans l’hétérosexualité, est représenté avec une « fréquence extraordinaire » dans les céramiques moches comme remarque Kauffmann Doig et on croit que c’était une méthode contraceptive très pratiquée parmi les moches, ce qui n’est pas une simple supposition gratuite, mais basé sur des indices raisonnables. Par exemple, il existe un huaco, où une femme est vue le sein à son fils tandis qu’un homme la pénètre analement ; de cette façon la grossesse serait évitée, puisque c’était une règle fermement suivie jusqu’à aujourd’hui dans le monde andin, la femme devait éviter d’être encore une fois enceinte pendant le temps d’allaitement de l’enfant, pour ne pas interrompre la production de lait maternel.

Certes, comme preuve de la pauvre mentalité des certaines personnes chargées de soigner l’héritage culturel, au « Musée National d’Archéologie, d’Anthropologie et d’Histoire du Pérou », (MNAAHP) de Pueblo Libre (Lima), des centaines d’huacos érotiques restent cachés dans les dépôts de cet énorme édifice ; récemment en mars 2004, ils ont été sortis « à la lumière », après presque un demi-siècle d’occultation, pour une exposition temporelle à propos du sujet sexuel dans le Pérou précolombien, mais, quand l’événement a été fini ils ont été à nouveau remisés sans de plus grandes explications. En revanche, près de là, au Musée Larco Hoyle, l’exposition des céramiques érotiques est continuellement ouverte au grand public.

La destruction des Huacos « aberrants »

Je souhaiterais préciser quelque chose de plus quant à l’information sur les huacos érotiques prohibés. Marco Aurelio Denegri l’a commenté lors d’un échange avec Federico Kauffmann Doig dans son programme de la télévision « La función de la palabra » [La fonction du mot]. Denegri soulignait qu’une grande partie de notre héritage culturel inca a disparu, pas seulement par œuvre des huaqueros et des trafiquants de pièces précolombiennes, mais par l’œuvre des chercheurs et archéologues eux mêmes, sous l’influence d’une morale et d’un patriotisme mal placé, inacceptable dans une profession comme celle-là.

De nombreuses pièces archéologiques qui représentaient des « pratiques dégénérées » ont été détruites ou mutilées, dégénérées selon le concept occidental et chrétien, bien évidement. Comment savons-nous que de telles pièces ont existé ? Par exemple, dans son très célèbre livre «  La antigüedad de la sífilis en el Perú  » [L’ancienneté de la syphilis au Pérou], de Julio C. Tello affirme textuellement que « la représentation de la copulation d’êtres humains avec des lamas se trouve très fréquemment  » dans les excavations ; le problème est que actuellement il n’existe AUCUNE de ces représentations. Que sont- elles devenues ?

Denegri a raconté que le docteur Arturo Jiménez Borja l’a mentionné quand il a vu une fois la docteur Rebeca Carrión Cachot jeter au sol des céramiques avec les représentations érotiques qu’elle considérait comme « dégénérées » ou « aberrantes ». Et pas seulement cette archéologue, mais plusieurs autres ont procédé de la même manière, impliquer dans une ardeur équivoque de vouloir conserver seulement une « vision digne » de notre passé précolombien. Non seulement les représentations de la zoophilie ont souffert entre les mains de ces iconoclastes (pour les appeler ainsi), mais aussi celles d’homosexualité et Dieu saura quoi d’autres. Ce qui a indubitablement été une perte irréparable du legs culturel de nos ancêtres. Et bien sûr, il ne manquera pas quelqu’un qui cherchera à accuser de tout cela la « morale restrictive » qu’impose l’Église Catholique en matière sexuelle, mais que les choses soient bien claires.

Les Péruviens pré-colombiens avaient aussi leurs taboues, comme nous actuellement, il faut comprendre les coutumes conformément à l’époque et à l’atmosphère dans laquelle elles se sont développées et ne pas chercher à les juger avec notre mentalité moderne occidentale et chrétienne. On ne peut pas mesurer les sociétés antiques avec le bâton ou la mesure avec laquelle maintenant nous nous mesurons. De plus, l’une des erreurs des missionnaires et doctrinaires catholiques a indubitablement a été de qualifier de « sataniques » les rituels et les cérémonies religieuses des peuples originaires, quand ceux-ci n’avaient pas le concept de Satan, et par conséquent ne pouvaient être « des adorateurs du diable ». Sans doute une absurdité totale.

Saludos, Álvaro S. Chiara G

Álvaro S. Chiara G pour Los Antiguos Peruanos

Los Antiguos Peruanos Lima, Pérou, le 4 décembre 2007.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par  : Estelle et Carlos Debiasi.

El Correo de la Diaspora. Paris, le 26 juin 2017

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