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5 juillet 2012

Argentine : le mystère Sandoval

par Philippe Broussard *

 

Quel rôle cet ex-policier a-t-il joué sous la dictature ? Installé à Paris, accusé d’avoir été un tortionnaire, le Franco-Argentin explique sa version des faits ce jeudi devant la justice française.

<b>Mario Sadoval <br/>conteste son implication dans la disparition de Hernan Abriata en 1976. </b> Qui est vraiment Mario Sandoval ? Ce Franco-Argentin de 58 ans, qui se présente comme un expert en intelligence économique, aura l’occasion de s’expliquer sur ses activités, actuelles et passées, le 12 janvier, devant le tribunal d’Auxerre (Yonne). Ce jour-là, la justice examinera sa plainte en diffamation contre huit sites Internet poursuivis pour avoir produit, ou simplement relayé, des articles l’accusant d’avoir été un tortionnaire au service de la junte au pouvoir en Argentine entre 1976 et 1983. Parmi les médias incriminés figurent Marianne2, Mediapart et France Info, mais aussi des sites associatifs de gauche. Mario Sadoval conteste son implication dans la disparition de Hernan Abriata en 1976.

L’élimination des « éléments subversifs »

La plupart de ces articles, diffusés en mars et avril 2008, reprenaient des informations du journal argentin Pagina 12, réputé pour ses enquêtes sur la période de la dictature. D’après ce quotidien, Mario Sandoval était alors policier fédéral à Buenos Aires, et appartenait à un groupe spécialisé dans la traque, et parfois l’élimination, des « éléments subversifs ». Toujours selon Pagina 12, il aurait joué un rôle décisif dans la disparition, le 20 octobre 1976, d’un étudiant de 24 ans, Hernan Abriata. A l’époque, le surnom de Sandoval dans les rangs policiers était paraît-il « Churasco » (« beau gosse »).

Certains médias ont avancé d’autres éléments biographiques à son sujet. Après la chute de la junte, en 1983, alors que le monde découvrait l’ampleur des disparitions forcées en Argentine (30 000 personnes selon les défenseurs des droits de l’homme), Sandoval a fait carrière à l’étranger. En Colombie, il aurait fréquenté les paramilitaires d’extrême droite et participé, en tant que « conseiller politique », à une importante réunion clandestine de leurs chefs, en juillet 2001, à Ralito.

A Paris, ensuite, où il a obtenu la nationalité française, Sandoval a tracé sa voie dans « l’intelligence économique ». Comme Le Monde diplomatique l’indiquait dès 2007, il a donné des cours à l’Institut des hautes études de l’Amérique Latine (Iheal), et entretenu des liens avec les universités de la Sorbonne Nouvelle et de Marne-la-Vallée. Enfin, ces dernières années, il a pris part à divers colloques spécialisés. Quatre de ces interventions, entre 2006 et 2011, l’ont conduit à côtoyer Alain Juillet, qui fut un temps directeur de la DGSE (services secrets) avant de devenir conseiller de François Fillon, à Matignon. Des médias colombiens ont été plus loin en voyant en Sandoval un "conseiller" officieux de Nicolas Sarkozy.

Hernan Abriata, étudiant à Buenos Aires, fait partie des dizaines de milliers de personnes enlevées sous le régime militaire (1976-1983).

<b>Hernan Abriata, étudiant à Buenos Aires, fait partie des dizaines de milliers de personnes enlevées sous le régime militaire (1976-1983).</b>
Qu’en est-il réellement ? Sollicité par L’Express, Mario Sandoval a fait savoir, par courriels, qu’il s’exprimerait « après l’audience » d’Auxerre.

Du côté de l’Elysée, de bonnes sources assurent qu’il est « inconnu au bataillon ». Alain Juillet, également sollicité, a déclaré : « J’ai effectivement croisé ce monsieur lors de colloques. Il a toujours dit que ces accusations étaient mensongères, et je n’ai pas de raison de ne pas le croire. Pour moi, c’est un lynchage médiatique. Quant au rôle de « conseiller de Sarkozy » qui lui est prêté, c’est absurde ».

Reste le procès. Les poursuites engagées portent avant tout sur le volet argentin des accusations, et non sur les aspects colombiens et français. Mario Sandoval conteste avoir été un tortionnaire. Il affirme que son casier judiciaire est vierge et qu’il n’a pas été mis en cause dans le dossier Abriata. De fait, il n’est visé par aucune procédure, actuellement, en Argentine. Mais la nature exacte de ses fonctions dans la police, qu’il n’a lui-même pas précisée, fait mystère. Appartenait-il bien à un groupe de lutte contre la « subversion » ? Me Thonon-Wesfreid, avocate de l’un des sites poursuivis (El Correo), en est convaincue : « J’ai communiqué à la justice des preuves qui établissent, selon mes clients et moi-même, la réalité des faits reprochés ».

Philippe Broussard pour L’Express

L’Expresss. Paris, le 12 janvier 2012

* Philippe Broussard, est un journaliste français lauréat du prix Albert-Londres en 1993 et Rédacteur en chef du service « Enquêtes ». de l’Express.

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