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11 juillet 2018

L’ERREUR EST HUMAINE MAIS IL FAUT L’ADMETTRE

Argentine :
Ce que Macri a fait, il ne l’a pas fait tout seul

 

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L’Argentine de Macri est un reflet de ce qui peut nous arriver. Comme un miroir qui avance, il a la vertu du récit dystopique : il nous raconte un futur possible tragique que nous sommes encore à temps d’éviter. On a rarement vu un programme de destruction économique porté en avant avec autant d’efficacité et en si peu de temps dans un contexte démocratique. Macri l’a fait.

Il a converti l’un des pays les plus désendettés du monde en un record mondial d’endettement externe. Il a réduit le pouvoir d’achat des salaires et la retraite moyenne la plus élevée du continent jusqu’à les submerger dans la liste de la précarité. Il a porté les tarifs subventionnés de son minimum historique à son maximum en un peu plus de 30 mois, au point de les rendre impayables pour la population en générale. Il a dévalué la monnaie de 300 %, en faisant passer le dollar de 9 pesos à plus de 28. Il a augmenté le chômage, la pauvreté, l’indigence, la mortalité infantile. Macri l’a fait.

Il a perverti la croissance économique et a détruit la consommation, en installant la récession et en produisant même la chute de la vente de biens de consommation courante, comme le lait et les aliments. Il a détruit les médias publics, en les vidant de leur contenu, en les plongeant dans l’ audience et des considérations populaires et a remis à des sociétés privées comme le Groupe Clarin, le contrôle effectif de l’information circulaire, de l’opinion et le dessin idéologique de la société. Il a détérioré la démocratie, il a réintroduit la prison politique, la répression violente, le harcèlement des adversaires, et grâce à une ingénierie perverse et inconstitutionnelle, il s’est assuré un pouvoir judiciaire complaisant et complice.Macri l’a fait.

Il s’est auto pardonné des dettes des millions de pesos avec l’État, il a octroyé à des entreprises propriété de sa famille comme Lecsa des travaux publics gigantesques et a permis à ses amis et parents de blanchir des fortunes mal acquises ou en fuites sans même les obliger à réintroduire cet argent dans le pays. Il a détruit le système de recherche scientifique, il a paralysé les programmes les plus innovateurs, il a gelé les sources de revenus pour le boursiers et en a diminué le nombre. Il a dilué le pouvoir d’achat des aides sociales, il a augmenté le nombre de travailleurs touchés par l’impôt sur les revenus, il a réduit l’investissement public dans l’éducation et la santé, il a viré, viré et viré des fonctionnaires de l’État, par des mécanismes d’une insensibilité étudiée, les empêchant d’être admis à leurs postes de travail, en mettant des policiers aux portes des bâtiments publics munis des listes noires et d’armes de guerre.Tout cela Macri l’a fait. En seulement 30 mois. Mais il ne l’a pas fait tout seul.

Pour pouvoir appliquer un programme aussi dévastateur Macri a disposé depuis le début de la protection d’un système parfait de désinformation. Un dispositif de propagande et de verrouillage qui a été capable de cacher presque tout, et ce qui n’a pas été possible d’étouffer, qui a réussi à filtrer par le concours des médias internationaux ou de courageuses investigations de très rares journalistes, la presse majoritaire s’est chargée de le justifier ou de travestir comme des rois Midas qui opèrent sur la réalité, transformant la catastrophe en vertu et vantardise.

Si on prouve que Macri a plus de cinquante sociétés offshore et qu’il a caché dans toutes ses déclarations sous serment, alors on le justifie en disant qu’elles étaient à son père et qu’elles ne sont pas illégales. Si on prouve que ses ministres favorisent des entreprises leur appartenant, alors on nie le conflit d’intérêts, si toute l’équipe gouvernante a placé sa fortune à l’extérieur, on l’explique comme une pratique habituelle dans le secteur privé. Si le président a plus de deux cents procès, on les attribue aux persécutions des gouvernants précédents. Si tous les indicateurs de l’économie coulent à pique vers les abysses, on présente ce désastre comme la conséquence d’une bombe qu’ils lui ont laissée et Macri fait des efforts pour la désamorcer. Jusqu’au fait désastreux de livrer du pays au Fonds monétaire international est habillé comme une prise de crédit dans des conditions spectaculaires, louant jusqu’aux exigences draconiennes stipulées dans la lettre d’intention qui exige littéralement la rigueur, plus de licenciements, plus de mega augmentations des prix et une plus grande réductions des salaires et des pensions.

Macri est un gouvernant cynique. Mais il ne possède pas le cynisme vulgaire d’homme politique ambitieux et sans-gêne, mais arbore le cynisme insultant, magnanime, superlatif. C’est le type le plus cynique du monde. Au moment où les indicateurs statistiques montrent que le chômage a augmenté au-dessus de 9 %, Macri se fait faire une interview aimable, où il dit qu’avec beaucoup d’effort ils ont réussi à créer des centaines de milliers de postes de travail, et raconte un monde de merveilles qui se cogne à la réalité immédiate et que les journalistes cooptés ne discutent même pas, mais acquiescent comme des idiots ou des fanatiques d’un culte à l’épreuve de toute intervention rationnelle.

Il est évident qu’il y a un président au service des secteurs les plus riches et plus concentrés de l’Argentine. Et il est évident qu’il y un journalisme d’enveloppes sous la table, financé par le pouvoir pour le bienfait du pouvoir. Tous ceux qui ont osé discuter dans le domaine de l’information ont été poursuivis, censurés, jetés, et même emprisonnés, comme les dirigeants du Groupe Indalo, propriétaires du canal d’information d’opposition, C5N. Ensuite, tandis que se déroule la Coupe du monde de football, 354 journalistes de la septuagénaire Agence étatique Télam [AFP argentine] ont été sèchement licenciés via un télégramme, qui est arrivé à la maison des infortunés à la même heure ou l’Argentine jouait son classement en huitièmes de finale dans un match à infarctus contre le Nigeria. De plus, toutes les terribles décisions de ces derniers jours ont été adoptées les mêmes jours et à la même heure où joue la sélection argentine, dans une manœuvre de distraction qui de grotesque n’en n’est pas moins effective, et propre à une fripouille. L’argument de la suppression massive des postes de travail au sein Télam est à peine moins que maccartiste, accusant les licenciés d’etre kirchneristes, quand parmi eux il y a des gens qui travaillent dans l’agence depuis plus de 20 ans et des votants de tous les bords politiques. Pendant ce temps, ceux qui ne sont pas jetés dehors reçoivent un télégramme souhaitant la bienvenue à une nouvelle agence Télam de la pluralité et du professionnalisme, dans une démonstration du cynisme féroce qu’ils exercent.

Tout ce qui se passe en Argentine peut arriver à l’avenir ici. Les mêmes dispositifs de propagande sont prompts pour mettre un programme tragique en application dans notre pays. Et le pouvoir dispose de ses candidats pour le porter en avant. L’unique chose dont ils ont besoin pour l’obtenir est de tromper une majorité de citoyens avec des fausses promesses et des opérations multiples qui contaminent la discussion politique et assombrissent la raison du peuple, au point que des centaines de milliers finissent par voter gaiement, avec des ballons de couleurs, pour leurs propres bourreaux.

Leandro Grille pour Caras y Caretas

Caras y Caretas. Uruguay. Dimanche, 1er juillet 2018

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi

El Correo de la Diaspora. Paris, le 11 juillet 2018

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