recherche

Accueil > Notre Amérique > Réflexions > Antonio Gramsci : Société politique et société civile, hier, aujourd’hui et (...)

12 janvier 2019

Antonio Gramsci : Société politique et société civile, hier, aujourd’hui et toujours

 

La théorie de l’hégémonie de Gramsci est inséparable de sa conception de l’État capitaliste, dont il dit qu’il dirige par la force et le consentement. L’État ne doit pas être compris comme le seul gouvernement, Gramsci distingue deux grandes parties : la « société politique », lieu des institutions politiques et du contrôle constitutionnel-légal (la police, l’armée, la justice) ; la « société civile », lieu des institutions culturelles (l’université, les intellectuels) qui diffusent l’idéologie explicite ou implicite de l’État, dont le but est d’obtenir l’adhésion sur des valeurs admises par la majorité. La première est régie par la force, la seconde par le consentement. Gramsci précise cependant que cette distinction est avant tout conceptuelle et que les deux sphères se recoupent souvent.

Gramsci affirme que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ce faisant, la bourgeoisie s’engage dans une « révolution passive » par des concessions sur ses intérêts économiques immédiats, concessions qui s’avèrent en fait des modifications des formes de son hégémonie. Gramsci considère des mouvements comme le fascisme, le réformisme, le taylorisme et le fordisme, comme des exemples de ce processus.

Pour Gramsci, le parti révolutionnaire est la force capable de faire émerger des intellectuels organiques pour les travailleurs, outil qui permettra de contester l’hégémonie de la classe dominante sur la société civile. La nature complexe de la société civile moderne signifie que défaire l’hégémonie bourgeoise et conduire au socialisme est impossible sans une « guerre de position ». Pour Gramsci, l’avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l’affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante. Cette guerre de position serait rendue nécessaire par l’armature idéologique de l’État bourgeois moderne (éducation, presse, Églises, culture populaire). Car si dans les régimes dictatoriaux c’est principalement la société politique qui fait l’oppression, il pense que dans les sociétés occidentales la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l’objet du combat.

Bien qu’il soit difficile de tracer une ligne claire entre « société politique » et « société civile », Gramsci met en garde contre le culte de l’État qui découle de l’identification des deux, telle qu’elle serait faite, selon lui, par les jacobins et les fascistes.

Historicisme

Comme le jeune Marx, Gramsci était un fervent partisan de l’historicisme. Dans cette perspective, toute la signification découle de la relation entre l’activité humaine pratique (ou « praxis ») et les processus socio-historiques objectifs dont elle fait partie. Les idées, leur fonction et leur origine, ne peuvent être comprises en dehors du contexte socio-historique. Les concepts par lesquels nous organisons notre connaissance du monde ne dérivent pas en effet en premier lieu de notre rapport aux choses, mais plutôt des relations sociales entre les utilisateurs de ces concepts. Par conséquent, il n’y a pas de « nature humaine » inaltérable, mais seulement des variations historiques. De surcroît, la science ne « reflète » pas une réalité indépendante de l’homme, elle n’est vraie que dans la mesure où elle exprime le processus en cours dans une situation historique donnée. La majorité des marxistes tenait par exemple pour acquis que la vérité est la vérité quels que soient le lieu et le moment de sa connaissance, et que le savoir scientifique (marxisme inclus) est accumulé historiquement et n’appartient donc pas à la sphère, considérée illusoire, de la superstructure.

Pour Gramsci, cependant, le marxisme n’est « vrai » que dans un sens social pragmatique, au sens où en articulant la conscience de classe du prolétariat il exprime la « vérité » de son temps mieux qu’aucune autre théorie. Cette position anti-scientifique et anti-positiviste a été attribuée à l’influence de Benedetto Croce, sans doute l’intellectuel italien le plus respecté de son temps. Il faut toutefois rappeler que Gramsci insistait sur son « historicisme absolu » en rupture avec la teneur idéaliste et hégélienne de la pensée de Croce et avec sa propension à maintenir une synthèse métaphysique dans la « destinée historique ». Bien que Gramsci s’en soit défendu, sa conception historiciste de la vérité a pu être taxée de relativisme.

Critique de l’économisme

Dans un article écrit avant son emprisonnement et intitulé « La Révolution contre le Capital », Gramsci affirmait que la Révolution russe en Russie invalidait l’idée que la révolution socialiste ne pouvait se faire avant le développement total des forces capitalistes de production. Cela renvoyait à cette conception par Gramsci du marxisme comme une philosophie non-déterministe. Gramsci insistait sur le fait qu’affirmer la primauté causale des relations de production était mal comprendre le marxisme. Les changements économiques et culturels sont les expressions d’un processus historique de base, et il est difficile de dire quel élément a la primauté sur l’autre. La croyance fataliste, fort répandue dans les premiers mouvements socialistes, en un triomphe inévitable en raison des « lois historiques » était, du point de vue de Gramsci, le produit des conditions historiques d’une classe oppressée réduite à une action défensive. Cette croyance devait être abandonnée une fois que les travailleurs étaient capables de prendre l’initiative.

La « philosophie de la praxis » ne peut pas considérer que des « lois historiques » soient comme les agents ou le moteur du changement social. L’histoire est dépendante de la praxis humaine et implique donc la volonté humaine. Cependant, la volonté ne peut pas aboutir dans n’importe quelle situation : quand la conscience des travailleurs aura atteint un niveau de développement nécessaire pour l’action, les circonstances historiques seront favorables. Il n’y a aucune inévitabilité historique dans la réalisation de tel ou tel processus.

Critique du matérialisme « vulgaire »

Parce qu’il croyait que l’histoire humaine et la praxis collective déterminent la pertinence de telle ou telle question philosophique, les vues de Gramsci vont à l’encontre du matérialisme métaphysique soutenu par Engels (que Gramsci ne mentionne pas explicitement néanmoins) ou Plekhanov. Pour Gramsci, le marxisme ne s’occupe pas d’une réalité existant par et pour elle-même indépendamment de l’humanité. Le concept d’un univers objectif extérieur à l’histoire et à la praxis humaine est selon lui analogue à la croyance en Dieu, et tombe dans la réfutation du matérialisme énoncée par Kant ; l’histoire naturelle n’a de sens qu’en relation à l’histoire humaine. Le matérialisme philosophique comme sens commun est le fruit d’un manque de pensée critique et ne peut pas, contrairement à ce que disait Lénine, s’opposer à la superstition religieuse. En dépit de cela, Gramsci se résignait à l’existence de cette forme plus grossière du marxisme : le statut du prolétariat comme classe dépendante signifiait que le marxisme, philosophie de la classe ouvrière, pouvait souvent s’exprimer sous la forme de la superstition populaire et du sens commun. Néanmoins, il est nécessaire de défier efficacement les idéologies de classes éduquées, et pour cela les marxistes doivent présenter leur philosophie sous une forme plus sophistiquée, et entreprendre une véritable confrontation avec les vues de leurs adversaires.

Guerre de mouvement guerre de position

Gramsci pense que l’État est bien plus qu’une simple bande d’hommes en armes au service de la bourgeoisie. Selon lui, l’État est devenu un terrain de luttes pour le progrès social. De plus l’État s’est fortifié il dispose d’un système éducatif qui apprend entre autres l’obéissance. Il dispose aussi d’une police et d’une armée nombreuse et équipée et formée au maniement des armes. La perspective d’une prise de l’État comme dans la guerre de position s’estompe. La révolution bolchevique de Lénine n’est donc plus possible. Il reste donc la possibilité d’ouvrir des fronts multiples dans la politique, dans le droit, dans la culture (idéologie) et de faire avancer la tranchée comme dans la guerre de mouvement.

Critiques

Gramsci est très critiqué comme théoricien de l’entrisme. En attribuant aux bourgeois la volonté consciente de dominer les esprits des ouvriers, il justifie tous les moyens dont userait un parti prétendant défendre les intérêts de ceux-ci, malgré eux s’il le faut, comme la propagande ou l’entrisme.

Citations

On attribue à Gramsci la phrase : « Il faut allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté », la citation exacte est (traduit littéralement de l’italien) : « Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté » ; elle est extraite d’une lettre à son frère Carlo écrite en prison, le 19 décembre 1929 (Cahiers de prison, Gallimard, Paris, 1978-92). On parle souvent, à propos de cette citation, d’emprunt à Romain Rolland, sans citer de source ; on notera en revanche l’écho à l’aphorisme d’Alain : « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté. », tiré de ses Propos sur le bonheur (1928), XCIII (Pléiade Pr1:537). Dans son article Discours aux anarchistes, publié dans l’Ordine Nuovo dans son numéro 3-10 avril 1920, il a cependant nettement rattaché l’usage de cette expression à Romain Rolland en écrivant : « La conception socialiste du processus révolutionnaire est caractérisée par deux traits fondamentaux que Romain Rolland a résumé dans son mot d’ordre : Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté  ».

Antonio Gramsci a défini la crise par la célèbre citation :

« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés »

(dans la traduction française des Cahiers de prison parue aux Éditions Gallimard sous la responsabilité de Robert Paris : Cahier 3, §34, p. 283). La seconde partie de la citation est souvent traduite par « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »8. Une partie de la citation en italien est :« in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati ».

Extrait de la biographie dans Wikipedia

Répondre à cet article

Retour en haut de la page

El Correo

|

Patte blanche

|

Plan du site

| |

création réalisation : visual-id